Samedi 14 novembre 2009
Sortie : novembre 2009
Label : Discograph


Acteur majeur d'une scène électro lyonnaise moins précurseur que par le passé, Le Peuple De L'Herbe revient à l'actualité avec un cinquième album studio à la pochette franchement repoussante. Le groupe n'a pas changé son équipe pour ce Tilt dont on n'attendait au départ pas grand chose. On est donc plutôt surpris par les premiers titres bien foutus, avec des sonorités organiques percutantes - l'omniprésente trompette - et des MC plutôt affûtés. Ce qui frappe aussi, c'est l'influence anglaise qui pèse sur ce disque. Une bonne partie des titres sonne comme du Ninja Tune d'il y a quelques années, avec une forte pensée pour The Herbaliser. Pour renforcer cette référence britannique, les Lyonnais s'aventurent sur Pretty Bad Drug dans une drum'n'bass dynamique qui apporte un brin de fraîcheur bienvenu. Les voix de Jc001 et de Sir Jean entre rap et ragga rappellent aussi le style de certains de leurs homologues outre-Manche. Si l'on ajoute une énergie rock et quelques samples de films pour l'ambiance, les ingrédients semblent plutôt bien choisis.

Malheureusement, Le Peuple se perd en variations et il manque un fil rouge à cet album. Alors qu'on entrait bien dans leur univers, ils partent dans une électro spatiale tout en tension sur Swamp, font un détour complètement rock sur Get Stronger avant de revenir à un trip-hop habile parsemé de samples sur Nightmare. Malgré la qualité de ce dernier titre, il se perd un peu dans le melting pot sonore dont les quelques faiblesses finissent pas prédominer. Le groupe aurait sans doute dû se concentrer sur ses points forts plutôt qu'offrir une trop grande variété de styles pas toujours maîtrisés. Ainsi ce Catch Up final qui fait penser à du sous Chemical Brothers période Dig Your Own Hole.

Du Ninja Tune, du big beat, du trip-hop... c'est peut-être à sonner trop comme hier que Le Peuple De L'Herbe manque sa cible aujourd'hui. Toutefois, il y vraiment quelques bons morceaux sur Tilt qui valent la peine d'y jeter une oreille.


par Tahiti Raph
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Vendredi 13 novembre 2009
Un producteur français qui a brillé autant dans le rap que dans la musique électronique, DJ par dessus le tout, il n'y en a pas des tonnes. On en a interviewé un des rares, DJ Mehdi, à l'occasion de la sortie de son album de remix, Red, Black & Blue, qui permet de découvrir des titres passés ou présents du bonhomme dans des styles assez variés.

Commençons pas le commencement, peux-tu nous raconter tes premières expériences de producteur ?
Aussi loin que j'ai eu l'envie ou l'ambition de faire de la musique, ou même d'être simplement DJ, ça a toujours été pour faire du rap. Pour le dire autrement, le rap est antérieur à mon désir d'être musicien. J'ai d'abord voulu danser, puis taguer, puis rapper, puis beat-boxer. J'étais dans le hip-hop, ensuite je suis devenu DJ, puis compositeur, etc...

Quels souvenirs as-tu de cette période quand la Mafia K'1fry n'était pas encore très connue ?
D'excellents souvenirs. On était tous très jeunes, je connais par exemple Kery, Rohff et le 113 depuis que j'ai 15 ans. J'en ai 32 aujourd'hui. On apprenait la musique en même temps que la vie. On était tout le temps ensemble.

Il y a eu ensuite le succès, surtout avec le 113, et puis les premières tentatives plus électro, comment as-tu glissé du rap à l'électro ?
En 1996, après le premier album d'Idéal J, j'ai eu un coup de fil de MC Solaar. Il m'a demandé de venir à son studio, de lui faire écouter des instrus, de participer à la production de son 3e album. C'est là que j'ai rencontré Zdar et Boombass de Cassius - à l'époque Motorbass et La Funk Mob. Ils m'ont fait écouter leurs disques, puis emmené avec eux en tournée, mixer en Angleterre et aux USA. Sur une date à New-York, en 1998, j'ai rencontré Pedro (Winter aka Busy P, NDLR) et les Daft Punk. De fil en aiguille, Pedro et moi nous sommes rapprochés. Pour résumer, tout fut une affaire de rencontres.

Le premier album, les maxis sur la label Espionnage, comment se sont passés ces débuts solo ?
D'abord, il faut rappeler que je n'était jamais vraiment solo au début d'Espionnage. Il y avait toujours Manu Key avec moi, que ce soit derrière le sampler ou chez le banquier. L'idée du label, c'était vraiment tous les deux. D'ailleurs, les premiers maxis du label, Rohff, Rocé, 113, Karlito, sont tous des projets menés en duo. Manu Key est complètement central dans la naissance d'Espionnage. De même, l'équipe de Chronowax, notre distributeur à l'époque, et de 360 Design, notre graphiste/marketing, faisaient intégralement partie de l'équipe. Ensuite, l'idée de faire de la musique instrumentale, seul, était déjà présente dans les premiers albums d'Idéal J et de 113, où de longs interludes musicaux ponctuaient toujours les disques. 

Et puis tu as trouvé une sorte de nouvelle famille avec Ed Banger...
Tout ça fut très progressif. Comme je te l'ai dit, je connais Pedro depuis plus de dix ans. Il y a eu plusieurs étapes avant d'arriver à l'Ed Banger : d'abord il y avait "la bande des Daft", puis Headbangers Entertainment, avec Cassius, Cosmo Vitelli et Thomas Winter&Bogue. Enfin, le label Ed Rec, avec So-Me, Mr Flash et Justice d'abord en 2003, puis dans un deuxième temps Sebastian, Uffie, Feadz et Mr Oizo, vers 2006. On pourrait également ajouter Kavinsky, et les Institubes avec Surkin et Para One notamment, tout ça donnant naissance à une scène assez homogène, et très unie. Quelques bons maxis, quelques belles fêtes - en Angleterre surtout -, et une bonne émulation générale.

Te sens-tu un peu à part, par ta musique ou ton "ancienneté", par rapport aux autres groupes du label ?
Non, pas du tout. Chacun, dans le label, a une personnalité et un son propres. Il n'y a guère que Sebastian et Justice que tu aurais pu rapprocher excessivement en 2006/2007, mais ça n'est plus le cas aujourd'hui. Pedro a toujours veillé à ce que l'équipe reflète ses goûts musicaux : éclectiques et divers.

Tu viens de sortir un album de tes remixs, dont certains datent pas mal, pourquoi ce choix de l'album de remix et comment les as-tu choisi ?
Je me suis beaucoup posé la question, s'il fallait se servir de cette compil' pour "raconter mon histoire", en y incluant des choses anciennes, ou bien "ré-écrire mon histoire" en me concentrant sur les morceaux récents. J'ai choisi la première option, qui a aussi accouché du titre Red Black And Blue, comme trois périodes de ma vie de remixeur. Les titres anciens sont plus simples, plus dépouillés, plus rap aussi. C'est comme ça que j'ai commencé, c'est comme un petit témoignage. Enfin, parmi ceux que je voulais vraiment inclure, il y a eu plusieurs déceptions liées aux maisons de disques impliquées. Certaines major, Universal notamment, n'ont pas souhaité me laisser ré-utiliser des remixs que j'avais réalisé pour eux. Busta Rhymes par exemple, Ghostface Killa ou Akenaton. Pour ça, j'ai fait un autre disque, gratuit celui-là, qui s'appelle Black Black And Black, et qui reprend tous les tracks interdits. Il est en téléchargement gratuit sur mon site.

Tu as remixé des artistes très différents, et plus ou moins connus, comment choisis-tu ou es-tu choisi ? Quelle est ta recette pour remixer un titre ?
Il n'y a aucune règle. La seule constante pour moi, c'est m'amuser. Je choisis au feeling, des artistes que je connais ou pas, pour des labels cool ou des majors, gratuitement - souvent - ou pour beaucoup d'argent - parfois. Le truc le plus important reste pour moi la rythmique. beat/basse, c'est ce à quoi je m'attaque en premier.

On sent une certaine continuité dans ces remixs, comment définirais-tu ton style, ta patte que l'on retrouve souvent ?
J'ai beaucoup de mal à porter des appréciations sur ma propre musique, je préfère laisser ça à chacun, public ou journalistes. La musique a pas mal changé depuis 1999, l'industrie aussi, le matériel et les possibilités également. J'essaie de me tenir à ma ligne, là où me mènent mes mains et mes oreilles.

Quels sont tes projets musicaux et tes envies ?
Beatmaking and having fun.

Quels sont les groupes de rap et les artistes de musique électronique qui ne quittent pas ta platine en ce moment ?
Drake et Siriusmo, artistes de l'année.

Propos recueillis par Tahiti Raph
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Vendredi 13 novembre 2009

Sortie : 13 octobre 2009

Label : Innervisions

 

Le crew formé par Dixon, Ame et Henrik Schwarz, au sein de l’excellent projet A Critical Mass, délivre depuis peu un son résolument house et teinté d’un minimalisme référencé. Après la sortie du très bon Grandfather Paradox cette année (chronique ici), Dixon a décidé de sortir son mix en solo. Mais là où la plupart des producteurs tombent dans la facilité, l’Allemand Steffen Berkhahn propose une relecture futée de chaque titre.


Temporary Secretary est l’exemple parfait du mix limpide, envahissant progressivement l’auditeur pour le plonger dans un état léthargique agréable. La mise en route est exemplaire avec l’electronica ensoleillé du Ongou d’Icasol qui devient crépusculaire avec le If I Had A Heart de Fever Ray. En enchaînant sur les sonorités tropicales d’Exotique de Roland Bocquet, Dixon capture l’auditeur dans un cercle vicieux sans issue. Ces quelques minutes suffisent à démontrer son talent pour raconter une histoire.

En optant pour une house racée et deep, Dixon ne fait aucune faute de goût. Sa façon d’amener chaque morceau lui permet de totalement annihiler les transitions. Son pote Schwarz démontre une fois de plus son génie et son bagage jazzy en remixant brillamment l’Equinox de Code 718. On retrouve ainsi Schwarz et Ame sur de nombreux titres, permettant de mieux nous guider.


En se jouant des modes, Temporary Secretary apparaît comme un des mix house les plus pertinent de l’année et confirme tout le bien que l’on pense du label Innervisions.

par B2B

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Jeudi 12 novembre 2009
Sortie : septembre 2009
Label : On The Edge



Alex Cowles multiplie les casquettes. En plus d'être le boss de l'excellent label Echodub, cet Ecossais est à la tête du blog SittingOvation et du magazine Modus. Accessoirement, il produit quelques galettes d'un ambient dubstep languide sous le nom de DFRNT.
Après une poignée de maxis sur Insectmind et dans sa propre maison, il sort son premier album, d'une durée folle, chez On The Edge. Et il voit les choses en grand : Metafiction est un double album qui regroupe d'anciennes productions, une brassée de nouveaux titres et 5 remixs concoctés par Quantec, Ital Tek, Scuba, Synkro et DJ Madd. Pari qui peut s'avérer risqué mais Metafiction n'a rien d'un assemblage artificiel de pistes. DFRNT parvient à insuffler une réelle harmonie à l'ensemble, grâce notamment à une atmosphère particulièrement pénétrante.
Loin des canons surexcités du dubstep, DFRNT ralentit le tempo et étire les mélodies, accordant ainsi une belle profondeur à l'espace qu'il ponctue de fines incursions techno. Si l'ambiance est résolument deep, elle ne se teinte jamais de noirceur et donne au périple l'allure miroitante d'un séjour subaquatique.
Sur Headspace,
il entremêle ciselures veloutées et flûtes analogiques, sur Epitome, il trace une parabole synthétisée pleine de spleen. Le splendide Dark Jazz dresse un paysage méditatif qui n'est pas sans rappeler les phases ambient de Caspa (Victoria's Secret), plage que DJ Madd s'empresse de pulvériser à coup de basses corrosives. De son côté, Quantec communique à Therapy le groove et la nonchalence qu'on lui connaît, pour un résultat des plus hypnotiques.

Metafiction est à la hauteur de ce que l'on pouvait attendre d'Alex Cowles. Comme Kode 9 chez Hyperdub, il creuse le sillon d'un dubstep inventif et novateur. De l'intellingent bass music en quelque sorte.
      
                                           http://www.jbhifionline.com.au/rkt/MEDIUM/%5C43%5C71%5C4371888.jpg
par Manolito
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Mercredi 11 novembre 2009
Sortie : 26 octobre 2009
Label : Fluid Audio

Christoph Berg est un Allemand originaire de Kiel, où il officie sous les traits de Field Rotation depuis 2008. Son éminente participation à la récente compilation Imaginary Friends chez Ultimae (chroniqué ici), ainsi que ce premier format court, mettent en avant l'immense talent du jeune prodige allemand avant la sortie de son premier album en 2010, toujours chez Fluid Audio.

On aimerait que des EP tels que celui-ci nous tombe plus souvent entre les mains. Sa longue durée ainsi que son extrême qualité renforce déjà tout le bien qu'on pensait secrètement de Christoph Berg.
Pianiste et également violoniste, Field Rotation crée un son doté d'un rare sens de l'esthétisme.
Ambient, drone, électronica et captures d'éléments acoustiques sont les divins ingrédients de Licht Und Schatten. Décliné comme une musique classique assistée par les ordinateurs, ce disque dépeint des atmosphères flottantes et pénétrantes, à la manière de micro bandes originales. Passant facilement de l'ombre à la lumière, chaque morceau est enchanteur, quelque soit le spectre exploré.
Overdubs, phénomène de polarisation, synthétiseurs, échantillonage, glitch et séquenceurs sont autant d'éléments technologiques qui contribuent à rendre cet objet sonore un peu plus original, un peu plus magnifique, telle une nouvelle façon de concevoir les fusions électro-acoustiques.
Constitué de sept titres en format physique, la version digitale est tristement amputée de trois morceaux. Voilà qui devrait vous convaincre un peu plus de vous procurer ce disque, dans son édition limitée de préférence.
Les sublimes Abendrot, Polarlicht, Tiefflug et Lichtbrechung ne parviennent pourtant pas à égaler tout le génie de Mandfinsternis, dialogue divin entre drones et larsens arbitrés par un piano classique et un glitch discret.
Voici donc encore une musique où l'émotion et l'introspection sont omniprésentes. Chacun pourra creuser au fond de lui même et ainsi faire travailler son imagination et la subjectivité.

Voilà un disque qui nous fait d'ores et déjà baver d'impatience, dans l'attente de l'album à venir. Nous allons également jeter un oeil désormais plus attentif aux sorties du jeune label Fluid Audio.

                                  
par Ed Loxapac
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Mercredi 11 novembre 2009
Sortie : octobre 2009
Label : Inflamable Records


Alors que son véritable premier album studio depuis 2002 - intitulé Seven - doit sortir sous peu, DJ Cam n'est pas resté absent des bacs avec notamment son "quartet". Le concept du DJ Cam Quartet ? réinterpréter en version jazz des classiques du rap US ou les titres samplés sur ces classiques. Le DJ français programme les rythmiques et des musiciens font le reste. Lancé sur le 2e CD lors de la compilation Saint-Germain-des-Prés vol.9 réalisé par notre homme (puis sorti en 2008 en LP sous le titre Rebirth of Cool), le projet a évolué pour donner Stay début 2009 puis Diggin' à la rentrée.

Autant le premier des deux sonnait un peu easy listening et manquait sérieusement de la patte de Cam, autant le second a une touche plus rap avec quelques scratchs pour appuyer l'hommage. L'exercice est donc déjà plus intéressant. Outre des batteries appuyées, les mélodies semblent davantage travaillées afin de créer de véritables versions originales qui présentent un intérêt en elle même et pas seulement pour la référence. Sur Boss Guitar, la boîte à rythme cogne dans les basses pendant que le guitariste laisse libre court à son imagination. Le thème à la guitare et un genre de refrain trompette-scratch structurent intelligemment le morceau.
Autre manière de rendre le clin d'oeil original, la présence sur trois titres de la chanteuse Inlove qui, malgré ue voix manquant de caractère, assure sa partie avec habileté et discrétion. Sur Little Sunflower, elle accompagne la mélodie sans trop en faire et c'est bien ainsi.
Par rapport à Stay, la production de Diggin' est clairement plus aboutie et l'intérêt s'en ressent. La construction des plages est plus riche et variée et chaque instrument prend sa place, laissant tantôt le piano, tantôt la guitare, tantôt la trompette être en avant. La réussite de ce nouvel LP vient aussi des détours soul que peut prendre le groupe, notamment sur Quincy et son groove particulier avec la présence de claviers apaisants.
Pour ceux qui en voudraient plus, vous pouvez tenter de dénicher la version japonaise du disque qui contient trois extraits de plus.

Si DJ Cam n'arrive toujours pas à se détacher de ses références américaines, il varie les manières de leurs rendre hommage. Cet album en est un exemples plutôt réussi. C'est toutefois en creusant sa propre voix, pourquoi pas avec ce "quartet", qu'il arrivera à atteindre un palier supérieur auquel il s'est heurté jusqu'ici.


par Tahiti Raph
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Mercredi 11 novembre 2009
Date : 10 novembre 2009
Lieu : Zenith de Paris


C'est non sans une certaine appréhension que le concert de Massive Attack se profile. Le groupe tient-il toujours la route ? ce trip-hop vieillit-il bien ? La bande attire toujours autant puisque le concert est sold-out. Le public, éclectique, prend lentement possession de la salle pendant la première partie. Martina Topley Bird se contente d'un concert plutôt cheap en étant seulement accompagné d'un étrange ninja. Malgré un Overcome bien venu et un final musclé sur Too Tough To Die, on reste sur notre faim.

Massive Attack arrive enfin. En choisissant de débuter le concert sur des nouveautés, la bande de Bristol affiche ses intentions. L'inaugural et instrumental Bulletproof Love s'immisce du coté de l'electronica d'Autechre. En enchaînant sur le drogué Hartcliffe Star, on retrouve les basses surpuissantes qui sont la marque de fabrique du groupe. Etonnemment, le son est très bon ce soir au Zénith, pas comme le public qui semble totalement anesthésié. Entre succession de valeurs marchandes et messages dépressifs, les visuels plongent la foule dans une ambiance profondément pessimiste.
Le groupe prend alors la voie du best of en entamant quelques classiques. Risingson fait littéralement trembler la salle avec la voix caverneuse de Daddy G. Teardrop, interprété par Martina Topley Bird, est instrumentalement révisité avec finesse. Les guitares d'Angel se mélangent avec puissance à la voix d'Horace Andy. Le show est carré, rien ne dépasse. On sent que 3D mène sa troupe avec professionalisme. Safe From Harm et Inertia Creeps finissent par provoquer une transe générale, les frissons persistent, les regards sont hagards.
Les deux rappels finissent d'achever Paris. Entre un Unfinished Sympathy apparaissant comme une bouffée d'oxygène et un Karmacoma frontalement viscéral, Massive Attack clôture son concert sous de longues acclamations méritées.

Les inquiétudes n'ont pas eu lieu d'être pendant ces 1h50 sans faille. Massive Attack reste un grand groupe, en permanente remise en question sonore. En ayant toujours su rester en phase avec son époque, ce groupe reste indémodable. Un concert de Massive Attack c'est davantage une parenthèse introspective qu'une fête. On en ressort fébrile.


par B2B
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Lundi 9 novembre 2009

Sortie : 9 novembre 2009

Label : Soma Records

 

La simple évocation du terme turntablism sur une pochette de disque trahit un postulat bivalent. Soit on tombe dans la branlette technique superfétatoire à la Q-Bert, soit on tombe dans l’exploitation intelligente des platines pour en sortir un groove mutant à la Cut Chemist. En parfait inconnu, on ne sait à quel sauce Pablo va manger ses MK2. Michael Hunter, de son vrai nom, semble être un parfait inconnu mais il s’avère qu’il est le compositeur de la musique des jeux vidéo GTA San Andreas et GTA IV.

 

Turntable Technology est une double galette sortant chez Soma Records et dont le premier disque est tout simplement magistral. Notre homme a judicieusement choisi la voie du groove et dès les premières minutes, à l’écoute de Sing et Fairchild, vous allez avoir l’impression qu’une gouffa surgit de votre crâne. Cette entrée en matière déborde d’une outrageuse énergie funk. Le hip-hop s’immisce ensuite avec le prodigieux exercice de style qu’est The Story Of Sampling où les lyrics de rap se transforment en blind-test géant. High Jazz clôture l’album en un vibrant hommage à The Cinematic Orchestra. En seulement 35 min, Pablo explose toutes les frontières en évitant avec classe le piège de la surenchère. Il inculque une véritable leçon de maîtrise.

Le second disque, anecdotique car permettant de retrouver les morceaux en version instrumental, permet surtout de mieux disséquer le travail de Pablo qui est à la base de la plupart des sons. On y pioche aussi quelques créations fortement cinématographiques comme le burtonien Act of Persuasion.

 

Turntable Technology permet de replonger avec plaisir dans les méandres d'un turntablism intelligent. A la croisée de The Avalanches et de DJ Yoda, ce premier album de Pablo est une oeuvre rare, donc incontournable.

par B2B

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Samedi 7 novembre 2009
Sortie : novembre 2009
Label : Domino


Après avoir sorti un album tous les deux ans de 1999 à 2005, Four Tet avait multiplié des sorties disparates en 2006, avant de lâcher le discret Ringer en 2008. Pour annoncer son nouveau disque prévu pour janvier 2010, There's Love In You, l'Anglais présente deux titres sur un single qui se démarque de ses habituels bricolages. Finies les constructions de bric et de broc aboutissant à des plages électronica séduisantes.

Il se démarque tout d'abord par le format, Love Cry, premier de deux morceaux et le seul programmé pour figurer sur le futur album, s'étend sur neuf minutes. Les nappes électroniques glacées dressent un paysage désertique et inamical. La batterie bossa dynamise ce départ brumeux, lui donnant un côté house minimale dont les rares soubresauts forment d'étranges messages robotiques. Au milieu du titre surgit une voie féminine répétitive renforçant le côté house groovy. Ce chant sensuel se multiplie offrant une nouvelle tournure. D'autres sons, dont une basse musclée, font alors leur apparitions pour enrichir la mélodie et faire monter la sauce. Kieran Hebden arrête tout à coup la surenchère et opère une descente en douceur.
Our Bells n'est pas du tout dans le même esprit, ressemblant plus à ses expérimentations passées. Il fait tinter durant sept minutes de nombreuses cloches pour constituer un lit sonore qui fait plus penser à l'ambiance d'un temple hindou balayé par le vent qu'à un morceau de musique enregistrée. Que veut-il faire passer avec ce second extrait ? Mystère. Parfait pour une séance de relaxation, il se pose ici comme un ovni laissant songeur et dubitatif.

Ce single annonce sans doute un album assez house, même si Four Tet précise qu'il ne va pas délaisser les expérimentations si vite...


par Tahiti Raph
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Samedi 7 novembre 2009
Sortie : 16 novembre 2009
Label : Kitsuné


L'écurie Kitsuné, qui enflamme surtout le microcosme nombriliste parisiano-parisien, sort sa 8e compilation pour le bonheur des kids à mèches. Malheureusement, p'tit Jean, leur idole, s'est coupé les cheveux. Et oui, les modes changent mais Kitsuné persiste. C'est non sans un certain masochisme que l'on se surprend à écouter chaque nouvelle cuvée du label dans l'espoir d'y dénicher un ou deux titres produisant leur petit effet.

Cette compil' ne déroge pas aux louables habitudes éclectiques de Kitsuné mais les 19 titres semblent majoritairement datés. On nage en plein revival 80's avec un mauvais goût affirmé. Comment ne pas être affligé à l'écoute de Jolie Chérie et son électro-pop même pas digne d'un générique de Max Pécas ?
Autant l'avouer, il n'y a quasiment rien à se mettre sous la dent si ce n'est Maximus, track techno de Beni (remixé ici par Harvard Bass) sonnant comme du Brodinski ou bien l'électro rétro-futuriste du Junocide de Logo et l'électro salace du I Love London de Crystal Fighters. Trois titres restant un bilan excessivement faible et ces derniers devant leur survie à la médiocrité de l'ensemble.
Le reste de la compil' est tout simplement sans intérêt. Les sonorités spatiales et les sons 8-bit se succèdent tout du long dans un élan de classicisme éprouvant. Les confirmés Siriusmo, Midnight Juggernauts ou Heartsrevolution nous endorment littéralement pendant que les buzzés Two Door Cinema Club et Memory Tapes peinent à convaincre de par leur manque d'inventivité.

La presse a beau s'extasier régulièrement devant chaque sortie du label (c'est une fois de plus le cas avec cet opus), on se rend vite compte que cette hype est veine et formatée. En nous vendant chaque sortie comme étant la quintessence de la branchitude, l'édifice se retourne contre le label qui apparaît davantage aujourd'hui comme le fer de lance d'un son aseptisé et sans créativité.


par B2B
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Vendredi 6 novembre 2009

Sortie : 26 octobre 2009
Label : Atom River

Entre ses productions scéniques aux quatre recoins de la planète, Alan Myson dit Ital Tek vient de lâcher Mako, 4 bombes pour 20 min de son beaucoup trop courtes. Ce nâtif de Brighton s'était déjà illustré avec Cyclical sorti en 2008 sur Planet Mu, album remarquable qui incarnait à merveille l'orientation du label de Mike Paradinas vers un dubstep subtilement mâtiné d'IDM. En 2009, le bonhomme a déjà livré un maxi, Massive Error sur Planet Mu également, et s'est chargé de la première compilation de Bun-E, le netlabel de Synthene. Aujourd'hui c'est son propre label Atom River qui accueille ce nouvel EP, foudroyant de maîtrise. Entre basses spectrales, synthétiseurs lancinants et textures pétries de sonorités métalliques, Ital Tek effectue un parfait crossover entre électronica des 90's et dubstep futuriste.
Le disque s'ouvre avec Chemical Temple qui vous met à terre, irrémédiablement. La ligne de breaks s'ébranle sur un rythme à contre temps, vrillé de déflagrations mécaniques. S'élève alors la plainte des synthés, lointaine et puissante, tandis que le beat se désagrège dans des circonvolutions de basses aqueuses. Sur Mako, les machines se font vintages, et la mélodie rétro futuriste se pare de nappes lumineuses. Sur le beat heurté de Topaz - véritable pépite dubstep techno - se couche un chant électronique sublime, englouti peu à peu par un déluge de cuts.
Manhattan joue dans un registre plus industriel, avec des lames incisives découpant dans le vif une matière sonore qui semble directement inspirée des briques et de la fumée froide d'une usine désaffectée du Sussex.

Ital Tek nous sert donc de la drill'n'bass dorée sur tranche. Mako est un EP qui donne une faim du diable, il ne nous reste plus qu'à piétiner jusqu'au prochain long format.


                                      

  par Manolito

 

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Vendredi 6 novembre 2009
Date : 8 décembre 2009
Lieu : Elysée Montmartre (Paris)

Les festivités célébrant l'occasion l'anniversaire de 20 ans de Warp se succèdent pour notre plus grand plaisir. Après les soirées Warp 20 (chroniqué ici), WarpEd
(chroniqué ici) et les sorties de compilations (chroniqué ici) retraçant l'historique du glorieux label, la soirée Pure 20(10) s'annonce déjà comme un succès.
Le groupe math-rock Battles devrait livrer un énième concert épique dont ils ont le secret.
Le digne représentant d'un abstract hip-hop liquide et glitchy à souhait Flying Lotus sera également de la partie, tout comme Nice Nice, nouvelle signature du label et le mythique Four Tet, qui ira de son DJ set pour rendre la soirée encore un peu plus attractive.

Chroniques Electroniques y sera. Et vous ?

                                    
par Ed Loxapac
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Vendredi 6 novembre 2009
Sortie : 18 janvier 2010
Label : Ninja Tune

Tony Simon vit à New-York, dans le désormais très arty quartier de Manhattan. Son père est un sculpteur plus que remarqué sur la scène new-yorkaise. Tony Simon est connu par les amateurs de hip-hop abstrait et instrumental sous le nom de Blockhead. Il est celui qui se cache derrière la plupart des instrumentaux et des productions du groupe Aesop Rock. Il est également bien connu pour ses apparitions de producteur au sein du très pointu label Def Jux. En ce qui concerne, son side project solo, il est resté fidèle à l'écurie Ninja Tune, où furent publiés ses trois albums, dont le monumental Music By Cavelight en 2003. Downtown Science était doté d'un côté plus rock, avec une présence plus conséquente des instruments. Tout comme ce dernier, le non moins réussi Uncle Tony's Coloring Book avait déconcerté certains fans de la première heure. Celui-ci avait pourtant dépeint un patchwork musical enivrant et varié.
La sortie d'un nouvel album est donc pour nous bien plus qu'un évènement. Bien que plus confidentiel et un brin plus obscur, Blockhead mériterait amplement d'être reconnu pour son travail autant que la sainte trinité constituée de DJ Shadow, DJ Krush ou encore RJD2.
A contrario de ses illustres confrères, sa discographie ne contient que très peu d'accrocs.

Loin des productions hip-hop instrumentales actuelles, Blockhead franchit ici un nouveau palier dans sa manière de composer. Oubliez tout de suite les anémiques compositions qui envahissent les bacs avec le désormais redondant rituel, articulé autour du classique basse/batterie, beat et sampling.
Orfèvre de la programmation rythmique et esthète des orchestrations, Blockhead fait de chaque morceau une toile de maître mouvante.
Tous les morceaux de The Music Scene sont conçus comme de véritables petites histoires, en constante évolution. Pas d'inertie ici, chaque élément de variation s'affiche pour mieux introduire le suivant, le thème principal se renouvelant au moins trois fois sur chaque track.
Sa marque de fabrique immédiatement reconnaissable est toujours aussi présente... mais quelque chose a changé. La production est extrêmement léchée, faisant de cet album, conçu comme un scénario multiple, un recueil de pépites exceptionnelles capables avec aucun mot de transmettre des émotions rares.
Là ou certains s'efforcent de fonder des révolutions techniques et technologiques, Blockhead se contente de faire... de l'art.
Son goût pour les instruments samplés ou non est omniprésent. Guitares, harpes, flûtes, trompettes, piano, kit de batterie en tous genre, inondent de toute leur classe cet intemporel opus. Des samples groovy, soul blaxploitation, hindouisant ou encore vaudou viennent eux aussi contribuer à cet orgiaque et génial marasme sonore.
Rien à jeter dans cet album. Tout est absolument enchanteur, et cela même si l'ébouriffant The Daily Routine surpasse allégrement tout l'ensemble. Conçu autour d'une odyssée de junkies azimutés et en manque, les différentes sphères de l'addiction semblent évoqués. Une véritable réussite qui pourrait bien faire passer Blockhead pour un conteur virtuose.

The Music Scene est un chef d'oeuvre absolu. Ceux qui ne pourraient pas attendre sa sortie physique prévue pour début 2010 peuvent déjà se procurer ce joyau abstract hip-hop sur le site de Ninja Tune en format digital. Comme on les comprend...

                                

par Ed Loxapac
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Jeudi 5 novembre 2009
Sortie : novembre 2009
Label : Mush Records


Mush Records nous a encore réservé une belle surprise avec le nouvel album de Lymbyc Systym ! Les Américains, dont je ne suis pas familier des précédents travaux, nous y présentent un étonnant ensemble post-folktronica. Cékoidon ? Tout d'abord, une belle maîtrise des machines avec une riche recherche de sons aussi bien électroniques qu'analogiques. Il y a ces petits claviers, mais également de puissants cuivres. Ca, c'est pour l'électronica... et un peu plus.
Ensuite, on y trouve des mélodies fragiles, des ambiances à l'équilibre précaire et au message intime. La guitare caressante de Late Night Classic, par exemple. Voilà pour le folk.
Enfin, le post(-rock) est présent quand la batterie fougueuse impose son rythme et fait partir ce curieux attelage vers des répétitions entêtantes et entraînantes.

Trichromatic impose un départ nerveux et coloré qui vient s'échouer sur Interiors et sa luxueuse plainte d'un calme redoutable. Vous commencez alors à vous assoupir quand le tempo repart, les percussions se multiplient et le groupe vous cueille pour relancer la machine. Difficile de ne pas tomber sous le charme et d'esquiver le message délivré par ces mélodies envoûtantes. Malgré l'absence de chant, il semble que les instruments mis en avant vous parlent. Les thèmes sont si communicatifs que l'on ressent la peine, la joie et les interrogations des membres de Lymbyc Systym. Ainsi le morceau Kubrick faire ressentir une sensibilité à fleur de peau alors que Contemporary Art démontre une puissance qui ne laisse de place au doute. Un univers qui peut toutefois demander quelques écoutes pour s'y adapter.

Grâce à un album aux différentes facettes mais à l'ambiance unique, les Américains nous offrent un petit régal pas prêt de s'arrêter de tourner sur ma platine !


par Tahiti Raph
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Jeudi 5 novembre 2009
Sortie : novembre 2009
Label : Initial Cuts


Inspiré autant par Laurent Garnier, Scan X, Pink Floyd ou Portishead, Enola, projet solo de la moitié de Noirdegout, arrive avec un premier album de techno sobre et impeccablement produit. Pas étonnant d'y retrouver l'expérimenté Scan X aux manettes... Le maître mot de ce disque est la patience. Les dix plages étendent dans la longueur leurs évolutions mesurées sur un beat calibré pour faire remuer nonchalement les hanches. Ce n'est pas de la minimale, même si on en est pas loin par moment, notamment sur ce The A Trip qui monte à son rythme autour de sa mélodie légèrement rêveuse. On pense alors plus à James Holden qu'aux productions techno de la maison F Com.
Différence majeure avec l'Anglais, le résident de Besançon peut aller chercher quelques voix, comme ce chant illuminé et sérieux sur Sarah. La rythmique se fait alors plus pop même si les nappes envahissantes maintiennent le lien électronique avec le reste. Autre voix et autre ambiance sur In Utero dans un style électronica décalé.
L'influence Garnier/Détroit pointe son nez sur Lascive, son groove hypnotique et sa batterie syncopée. Un voyage mental sans surprise mais qui délivre avec habileté son message apaisant et souvent bien deep. Enola aurait peut-être gagné à introduire quelques ruptures dans ses titres, même si ceux-ci déroulent avec une impressionnante facilité. Sa pratique du DJing lui a sans doute dicté cette continuité convaincante.

C'est un bel univers dont Enola nous ouvre les portes. Alone ne devrait pas le laisser isolé bien longtemps...

par Tahiti Raph
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