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Lundi 22 octobre 2012 1 22 /10 /Oct /2012 16:50

On vous l'avait promis, il y a déjà quelques temps. On l'a fait. Avec un peu de retard certes, parce que les devis des webdesigners alsaciens sont comparables à ceux des maçons portugais pour ce qui est de la date de livraison. Lassés du costume proposé par over-blog et du "tout électronique", nous mettons donc un terme à l'aventure Chroniques Electroniques sans le moindre regret.

Ponctuée de joies, de fractures inévitables et de déceptions relatives, cette "aventure" est aussi la vôtre. Vous, trolls, aigris ou naïfs, commentateurs et lecteurs plus ou moins anonymes et responsables. Merci. Continuez d'écouter de la musique, défricher la toile et les disquaires, sans vous soucier de l'avis des autres. Surtout pas du nôtre. Libre à vous donc de nous suivre vers d'autres cieux. Venez "brasser notre merde" sur notre nouveau projet, SWQW (www.swqw.fr), si le coeur vous en dit. On vous y attend, avec le même ton et accompagnés de plus d'une dizaine de plumes (d'autres arrivent, patience).

Au revoir.

Pour le reste ça se passe désormais sur SWQW 

 

http://4.bp.blogspot.com/_KJNpY_qE7Pg/Sn1-w7lRmCI/AAAAAAAAEDE/uPfOD4EG1tE/s400/5084-094553-9ed5d2bb421060085707ba50ec5c454c.jpg

  B2B et Ed Loxapac

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Jeudi 18 octobre 2012 4 18 /10 /Oct /2012 14:38

Sortie : septembre 2012

Label : Dronarivm

Genre : Ambient, Drone

 

Projet réunissant Wil Long et sa femme Danièle Baquet-Long, Celer est une référence pour bien des observateurs d'une certaine scène drone minimaliste et contemplative. Les deux tourtereaux furent maintes fois reconnus pour leurs objets faits à la main, sortis sur leur propre empreinte indépendante, célébrant leur amour sans faille tout autant que Dame Nature. Seulement voilà, Danièle est morte en juillet 2009 des conséquences d'une anomalie cardiaque. Si Wil tente de maintenir le projet vivant, Celer a perdu la moitié de son âme. Il reste pourtant à Wil une somme très importante d'enregistrements exclusifs en attente de sortie, issus de l'époque passionnée. D'autres releases, sold out depuis longtemps, revoient le jour chez des labels bien assis ou chez des petits nouveaux tout aussi passionnés. C'est la cas du label Dronarivm, propriété du moscovite Dmitry Taldykin, qui ré-édite ce Rags Of Contentment, déjà sorti sur cassette en 2010 chez le label Digitalis Limited.

 

Pour un label naissant, sortir (ré-éditer pour le coup) un album de Celer n'est pas forcément un fait d'armes des plus original. Ou alors, il faut que l'album en question soit un indispensable. Si on s'accorde sur le fait que l'objectivité est une gageure sans nom, c'est sans doute encore plus vrai pour la musique de Celer, qui parle autant aux oreilles qu à l'âme et à l'épiderme. Chacun détient donc sa vérité sur ce qui serait leur meilleur album. La tonalité générale de leur musique est certes descriptible, mais c'est nettement plus ardu dans l'individualisation des oeuvres. Que chacun plonge le coeur grand ouvert dans leurs réalisations, pour se faire une idée personnelle. Tout en sachant qu'encore aujourd'hui, pléthore de designers sonores peinent à comprendre comment le duo a pu retranscrire autant avec si peu.

Rags Of Contentment, ou 70 minutes d'eaux limpides faussement stagnantes aptes à réchauffer les songes. La procédure est certes simple pour ce qui est de la superposition des drones aux textures tendres et sèches. Mais il y a ce grain, ce son dont on ne saurait être pleinement sûr de l'origine. Cette totale impression de paix, d'évidence et de plénitude dans la complémentarité des lignes. Dans leur trajectoires parallèles comme dans leurs subtils sursauts. Comme quand la basse fréquence vient envelopper l'ensemble pour mieux faire vibrer la corde sensible de Pleased To Be In A State Of Sour Resplendency. Certains musiciens érigent des temples à l'héro pour glorifier leur dark side. Celer, ont bâti à partir de leur amour passionné, une cathédrale musicale qui résonne comme un orgue céleste dans le coeur des mortels qui savent encore s'émouvoir.

Et il y a cette maîtrise dans la manipulation des volumes, qui fait de chaque strate une bouffée d'air pur. Cette désarmante habileté à illustrer des points d'horizons fixes, alors qu'à l'intérieur, chaque vibration fait son office. Dévaste, autant qu'elle apaise. Si Things Gone And Still Here fera le pari de matières plus en collision, c'est sans doute pour mieux souligner tout l'aspect littéralement fusionnel de cette musique et de ceux qui l'ont composé. Avec de tels enregistrements, Celer ont gravé sur gllasmaster des instants feutrés, intimistes et touchés par la grâce. L'autre demeure un miroir même quand la glace se brise.

 

Merveilleuse pour certains, définitivement chiante pour d'autres, la musique du duo se doit d'être écoutée avec un matériel au niveau. Je ne saurais dire si cet album de Celer est un indispensable. C'est en tous cas un de ceux qui m'a le plus touché. Je vous épargnerais donc une notation encore plus dénuée de sens que d'habitude. Dronarivm crée de belles enveloppes pour accueillir leurs écrins musicaux. Un album de Listening Mirror est déjà disponible. La naissance de ce label est donc une nouvelle tout à fait remarquable.

 

http://dronarivm.files.wordpress.com/2012/08/dr01_small.jpg?w=620

par Ed Loxapac

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Samedi 13 octobre 2012 6 13 /10 /Oct /2012 02:07

Sortie : septembre 2012

Label : Home Normal

Genre : Drone, Ambient

Note : 8,5/10

 

Faire l'éloge du label Home Normal et de son propriétaire Ian Hawgood, est cette année presque devenu un réflexe. Pas seulement parce que je serais bien tenté de n'écouter que ce qu'y sort de ses portes lointaines. Mais surtout parce que chaque release est résolument différente, bien que très souvent marquée de cette même empreinte contemplative propice à l'abandon sans boussole. Vous ne serez donc pas étonnés de retrouver très bientôt et ailleurs, une chronique tout aussi élogieuse du nouvel album du canadien Nicolas Bernier. Pour ce qui est de l'esthète du jour, disons simplement que Tobias Hellkvist a juste sorti en 2010 une des plus remarquables réalisations du label, avec son acclamé et lumineusement organique Evolutions (encore achetable pour quelques temps chez Norman Records, pour la somme symbolique de 1,5 euros...). Inutile donc de préciser que Everything Is Connected est attendu comme un album majeur. Ce qu'il est, sans la moindre contestation possible.

 

On ne mesure jamais assez le travail en amont que nécessite un album pareil. Pour ce qui est de la composition pure bien sûr, mais aussi en matière de post-production. Probablement parce que cette musique si difficile à si bien faire est une référence en matière d'objet d'écoute domestique. Parce que de ces collages de drones de cordes, mêlés à des textures nobles issues du laptop, naît un ensemble sensible et fragile qui ne doit en aucun cas être intellectualisé avec excès.

Qui n'a jamais rêvé de remonter le fil du temps pour toiser sa propre vie avec un oeil nouveau, scrutateur mais jamais critique. Qui ne souhaite pas revenir au fil d'origine qui engendra les noeuds, tout en acceptant que ce qui a vécu était voué par définition à mourir. La nostalgie n'est-elle pas la version romantique et pleine de recul du spleen ? Le suédois semble porter un oeil réaliste mais plein d'affection sur le temps qui passe. Semant de nouvelles graines prometteuses sur des bribes de dépression saisonnière, pour célébrer l'oraison funèbre de l'automne en attendant l'hiver.

Cette musique définitivement picturale semble avoir un effet même sur la vision. Les yeux littéralement écarquillés, l'auditeur se laisse happer par les accélérations et les ralentis du défilé. Il y a même à plusieurs moments cette impression singulière, que les titres sont joués et écoutables à l'envers. De quoi renouer avec l'idée éventuelle autour de la faille temporelle. Mais tout ceci n'est qu'amas de suppositions, plutôt malvenu quand on a parlé plus haut de bannir l'intellectualisation.

Tobias Hellkvist est un alchimiste de la texture et du sentiment, transformant les masses nébuleuses du Fjälbacka d'ouverture en un concentré translucide et régénérant. Il amplifie chaque détail diaphane d'un spectre mystérieux, manipulant les volumes pour mieux remplir nos poumons de cette ère solaire. Jusqu'à ce que exsangue mais obsédant, un beat ne vienne tout modifier sur l'exceptionnel Christmas Rat. Quelle (agréable) surprise de retrouver un schéma 4/4 sur pareils trajets. Que dans pareille ossature où tout est si bien connecté, émerge un substrat de souffle retrouvé.

 

Album qui enchantera les amateurs de drone contemplatif, Everything is Connected s'élève comme un feu de paille dans les coeurs des âmes profanes, pour qu'à l'orée de chaque bataille son encre de chine frappe aux organes.

 

http://25.media.tumblr.com/tumblr_m6x7jlBWCP1r4ktep_1341882994_cover.jpg

par Ed Loxapac

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Mardi 9 octobre 2012 2 09 /10 /Oct /2012 15:10

Sortie : 15 Octobre 2012

Label : InFiné

Genre : Electronica-IDM, techno

Note : 6/10

 

Ce n’est pas une surprise que de retrouver Rone sur un second album lumineux, tant son premier exercice, Spanish Breakfast, laissait entrevoir un univers gorgé d’une IDM rêveuse. Mais le parisien avait le bon goût, à l’époque, de parsemer son LP d’explosions technos savamment dosées et prompts à émouvoir les plus récalcitrants d’entre nous. Depuis, Erwan Castex, de son vrai nom, s’est exilé à Berlin afin de tester à sa guise ses interminables nuits. Il en est ressorti tellement lessivé qu’il a décidé de botter en touche. S’en est désormais fini de la techno, place uniquement à une IDM-électronica sur un Tohu Bohu aussi inégal et anachronique que fugacement attachant.

Le mec n’a jamais caché son amour pour le Warp des 90’s et l’ossature de Tohu Bohu s’en ressent fortement. Trop fortement ? Sans doute. Car une fois passée l’ignoble pochette à l’esthétique autant douteuse que kitsch, l’album déploie son optimisme étouffe-chrétien avec une candeur à peine dissimulée. Rone s’est fait plaisir et cela se ressent à chaque beat, chaque nappe. Le problème c’est que son Tohu Bohu sonne résolument daté et aseptisé, limite électronica à papa.

Coucou le dowtempo deep de Plaid sur un Bye Bye Macadam ascensionnel et tremblant. Coucou l’impact progressif de Bola sur un Fugu Kiss misant sur son trop plein émotionnel. Coucou encore la grandiloquence de The Flashbulb et les spectres vocaux de Boards Of Canada sur un Beast glitché et progressif. Malheureusement, Rone n’atteint jamais le niveau de ses illustres prédécesseurs et semble se contenir en permanence. C’est regrettable car Tohu Bohu est loin d’être un album raté tant il est capable de propulser l’auditeur dans des songes vaporeux le temps de quelques instants éphémères mais intenses. Pour peu que vous vous mettiez à écouter l’album au casque dans un environnement extérieur, vous serez alors pris dans un tourbillon émotionnel imparable. Alors oui, cette électronica est éculée avec ses gimmicks trop prévisibles, mais son pouvoir d’attraction sait demeurer intact.

C’est quand Rone s’émancipe d’une IDM warpienne qu’il s’en sort le mieux, notamment sur un Icare (où il est accompagné de Gaspar Claus) cinématographique, tout en puissance contenue. Malheureusement, Rone s’échappe trop peu de ses références et son unique morceau techno, Parade, bien que radieusement imparable, n’est rien d’autre qu’un calque de l’univers trancey de Gui Boratto.

Parions que Tohu Bohu rencontrera un franc succès critique auprès de journalistes facilement impressionnables et néophytes en matière d’électronica. Malheureusement Tohu Bohu n’aura nullement réussi à nous transcender. En ne nous lâchant jamais la main, Rone finit par nous balader sur un sentier trop balisé. Il faudra apprendre à se contenter de fugaces apparitions, en se limitant à quelques écoutes sporadiques de tracks pris isolements, car c’est sur le temps court que Tohu Bohu sait révéler ses attraits et uniquement là.

 

http://www.hebdoblog.com/wp-content/2012/09/rone-tohu-bohu.jpg

 

par B2B

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Mardi 2 octobre 2012 2 02 /10 /Oct /2012 13:59

Sortie : octobre 2012

Label : Warp

Genre : Hip-Hop, Jazz

Note : 7,5/10

 

Steven Ellison est aujourd'hui un beatmaker reconnu à l'échelon international, et s'élève désormais comme la figure de proue du légendaire label Warp. Du moins on l'espère, ceux qui ne se sont jamais vraiment remis de l'ouverture pop du côté de Sheffield se rassurant comme ils peuvent. Flying Lotus peut même prétendre au titre de symbole, lui, neveu d'Alice Coltrane (femme de John), qui donna une toute autre ampleur au "glitch-hop" avec son excellent Los Angeles. 1983 n'en était que l'esquisse, tandis que Cosmogramma (ici, qui l'écoute encore aujourd'hui ?), se révélait avec le temps complètement étouffé par le monumental Do The Astral Plane. Le lotus volant a même créé son propre label : Brainfeeder, qui surfe un peu sur le cadavre de Ninja Tune et de tout ce qui ravit un public blanc fan de geekerie sous la casquette. Dans son sillage, persévèrent sans réellement convaincre sur la longueur des pointures techniques comme Nosaj Thing ou Dorian Concept. Toujours est-il que son nouvel opus dont il est aujourd'hui question, Until The Quiet Comes, jouit d'une campagne de promotion sans précédent. Comme souvent avec les prods Warp, un leak (mal cutté et issu de la version vinyle pour celui qui pullule) déboule près de deux mois avant la sortie officielle. Si les britanniques peuvent déjà trouver l'album dans leurs bacs, il faudra attendre encore quelques jours pour que les français qui le désire puissent en faire de même.

 

Quand est atteint un tel niveau de production et quand sont déployées pareilles textures de cordes, on peut parler de génie, de maîtrise, d'infusion brute entre deux genres (le jazz, le hip-hop) qui ont tellement à mutualiser. Il serait donc complètement inconscient de déclarer cet album foireux. Presque autant que de le déclarer excellent en fait.

Car sa foutue démarche d'amoncellement de formats courts a fait son temps. Placer ça sous couvert de concept et d'identité artistique relève de la convention aseptisée. On ne plonge pas dans un album de Fly'Lo comme dans un disque d'ambient, mais quand même. Empiler les idées sans aller au bout d'une seule, c'était très bien pendant deux ou trois albums, là on peut légitimement parler de redondance. L'auditeur n'a le temps de s'attacher à rien. Ou alors il faut écouter chaque titre trois fois de suite pour se saisir de ce qui le mérite indéniablement. Le concept se voulant telle une immersion dans les saynètes d'un rêve futuristico-psychédélique, le mode shuffle devrait logiquement en être banni. Voilà qu'on doit y revenir pour en saisir les plus belles matières. Dommage, et pêché d'incohérence à mon humble avis.

(Nul ne doit dicté à l'auditeur où, quand et comment écouter un disque. En tous cas sur les médias objectifs, crédibles et honnêtes. Tant mieux car Chroniques Électroniques, ainsi que son jalousé référencement, ne s'est jamais réclamé de ces trois qualificatifs. Vivement donc, qu'on laisse la place aux loups déguisés en agnelets qui se nourrissent allégrement de son cadavre encore chaud. Plus que quinze jours les amis (ici)...)

Le plus regrettable est en fait que des excellents titres soient autant noyés dans cet empirique bordel organisé. Surtout au début du disque. Je parle des sublimes contretemps de Getting There, de l'enfumée jungle tribale de Heave(n), de l'épopée bleepienne de Tiny Tortures et de All The Secrets (qui ressemble quand même énormément par endroits, à du très bon Ametsub). Sans oublier de citer tous les tracks où ruissellent les opulentes et irrésistibles lignes de basse de Thundercat, les effluves d'un Fender Rhodes ou cette géniale variation dans les origines plus ou moins naturelles des drums. Autant d'éléments qui confirment cet incontestable état de fait. Until The Quiet Comes est l'album le plus abouti de Flying Lotus, ce producteur de génie qui ne cesse d'agiter l'échiquier du hip-hop instrumental, sur lequel il tient une place de très haut rang.

Pour revenir à la sacro-sainte nuance et donc, par extension aux points négatifs, regrettons que tous ces excellents titres se voient tronçonnés par des pièces qui s'inscrivent un peu en poncifs dans la plus pure tradition du genre, sans rien y apporter de vraiment substantiel. Ou alors de glorieux noms, qui font joli sur les crédits de la pochette. Car, même avec toute la mauvaise foi du monde, il est impossible de contester le total non apport de l'ancienne égérie nu soul Erykah Badu à See Thru To U (avec également Dorian Concept), ou la famélique contribution de ce rouquin autiste de Thom Yorke sur Electric Candyman (et sur le pourtant excellent sans ça Only If You Wanna ?). N'évoquons alors que de manière très fugace, le déversement de bifidus actif qui s'échappe de la voix de Niki Randa. Attention, risques importants de coulante. Fort heureusement, le timbre obsédant de Laura Darlington n'a absolument rien perdu de sa superbe. Dommage alors qu'il intervienne en fin d'album (Phantasm), là où les quatre derniers titres déversent cette même regrettable substance caressant la flore intestinale.

 

Ces éléments viendraient alors confirmer l'hypothèse, qui insinue que Flying Lotus voudrait installer son son à l'ombre du mainstream. C'est à brève échéance pas forcément une malheureuse affaire, tant le natif de Los Angeles dépasse largement les simples contours d'un hip-hop qui a fait de lui un roi pas si fainéant. Il ne serait donc pas étonnant de voir sa casquette de producteur génial se parer de matières encore plus accessibles. Ca groove sec et ça dodeline déjà tellement bien, que j'en viendrais presque à déguster des fruits jaunes et charnus la fenêtre ouverte, contemplant et versant ma larme sur des petits blacks qui jouent sans chaussure au basket sur un playground jonchés d'immondices. Ne serait-ce que pour ça, je me réjouis que Warp puisse à nouveau remplir ses caisses. Et forcément, parce que l'aigritude est une maladie chronique, regretter le dénuement total qui entoura la sortie du magnifique U & I de Leïla (ici) un peu plus tôt cette année.

 

flylountilthequietcomes.jpeg

par Ed Loxapac

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Mardi 2 octobre 2012 2 02 /10 /Oct /2012 10:22

Sortie : Aout (vinyle) / Octobre (CD)

Label : Perlon

Genre : Micro-house, minimal-house

Note : 8,5/10

 

Dissipons immédiatement tout malentendu. Ce n’est pas parce que Ricardo Villalobos est un DJ écumant tous les clubs de la planète, en particulier ceux d’Ibiza, qu’il est foncièrement un « vendu ». Parce que je les vois déjà venir les aigris : « Non mais sérieusement, Villalobos c’est de la merde ». Bande d’ignorants ! Il est pourtant un fait objectif difficilement réfutable : le Chilien est un des plus grands créateur house en activité. Il faut seulement apprendre à dissocier le personnage médiatique, excellent DJ mais péchant par trop de visibilité (attention, on est tout de même loin de Richie Hawtin qui a fait sa pute tout l’été), du producteur studio, capable de sortir un Alcachofa d’une exigence folle en 2003 avant d’enchaîner avec Fizheuer Zieheuer en 2006, masterpiece de 37 minutes se jouant de tous les codes house en redéfinissant les notions d’espace et de temps (écoute ici). Ricardo Villalobos est un érudit, un mec qui pense et travaille à la loupe le moindre son. Chez lui, la house n’est qu’un trompe l’œil lui permettant d’amener l’auditeur vers des sphères hautement plus élitistes. Ainsi, l’an dernier, il s’était octroyé le droit, avec son pote Max Loderbauer, de revisiter une partie du catalogue d’ECM pour un Re: ECM expérimental, aux confins du jazz (chronique ici).

Il était important de replacer le personnage dans un contexte éclaté car le triple album vinyle (il s’agit d’une simple galette, amputé de quelques morceaux, pour l’édition CD) qui sort aujourd’hui chez Perlon est d’une exigence folle. On n’écoute pas du Villalobos avant d’aller en club, on n’écoute pas du Villalobos en club, on écoute du Villalobos seul chez soi, posé sur son canapé, avec la plus grande attention.

Dependent and Happy est le meilleur album house de Ricardo depuis Alcachofa, c’est dire ! Le chilien a décidé de revenir à la house, dans l’idée de démonter celle-ci pour mieux la reconstruire. Il ne reste désormais qu’une seule balise à laquelle se rattacher : la rythmique 4x4. A partir de cette ossature rachitique, Ricardo se permet toutes les expérimentations possibles, tout en s’efforçant de rester cohérent. La construction de chaque track répond à un souci d’exigence hors-norme. L’élitisme est l’unique limite de l’album. En poussant aussi loin les recherches sur la house, Dependent and Happy tombe parfois dans l’exercice de style pédant. Mais c’est aussi ce parti-pris qui amène l’album vers des territoires vierges.

Pour enregistrer un tel projet, il est évident que Ricardo Villalobos a bénéficié du meilleur matériel disponible. Il en ressort un travail exceptionnel sur le son. En dépouillant au maximum ses morceaux, en tombant dans un minimalisme radical supprimant toute mélodie, Ricardo peut se concentrer uniquement sur les textures et la densité. La house devient micro-house et la moindre sonorité organique. Les sons n’en sont plus, se limitant parfois à de simples apparitions fugaces, n’ayant ni début, ni fin. Comme pour mieux illustrer cette recherche sonore, nombres de morceaux semblent obéir à un work in progress savamment orchestré. On entend parler sur Tu Actitud, la musique étant en arrière-plan avant de lentement prendre l’ascendant pour aboutir un collage d’éléments hétérogènes. Idem avec I’m Counting dont l’enveloppe house métallique s’accompagne de tablâs indiens comme éléments extérieurs non calibrés.

Dependent and Happy est une expérience sensorielle réclamant une étroite participation de l’auditeur. Il faut lentement disséquer les morceaux pour se rendre compte que tout se superpose avec sens, que tout se déconstruit avec préméditation et que le moindre son extérieur sporadique n’est pas là par hasard. Au bout du compte, Villalobos arrive à remettre en cause nos certitudes. Les 14 minutes deZuipox interrogent l’insubmersibilité de la rythmique 4x4, en ajoutant et supprimant continuellement des éléments incongrus. Tout n’est qu’un leurre. Ricardo s’amusant avec notre cerveau, parasitant la moindre connexion, dérivant à sa guise les schémas synaptiques. Inadaptable en club, sauf le temps d’un Kehaus métallique, Dependent and Happy n’en demeure pas moins hypnotique notamment via un Sammia exceptionnel de lancinance, d’inventivité, de nonchalance et d’intelligence. Réussir à maintenir un tel niveau d’exigence pendant 2h30 est remarquable.

Il ne faut pas parler de chef d’œuvre à l’écoute de ce triple album de Villalobos, le terme étant inapproprié. Dependent and Happy relève davantage de la démonstration. Il est clair que beaucoup crieront à l’imposture par tant de vacuité. Après tout, le reproche mérite d’être formulé. Je me range du côté de ceux qui pensent que Ricardo Villalobos est un génie de la musique électronique et qu’il vient de sortir un monstre dont on sondera les moindres recoins pendant des années.

 

http://cdn.pitchfork.com/albums/18342/homepage_large.81443659.jpg

 

par B2B

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Dimanche 30 septembre 2012 7 30 /09 /Sep /2012 18:53

Sortie : septembre 2012

Label : 12k

Genre : Ambient, Electronica

Note : 8,5/10

 

L'australien Kane Ikin connaît déjà très bien le label 12k et son propriétaire Taylor Deupree, puisqu'il forme avec son camarade Paul Fiocco le duo Solo Andata. On se souvient du Live à Melbourne de 2007, de l'album éponyme ainsi que du LP Ritual, sorti chez Desire Path et masterisé par un certain James Plotkin. Le EP Contrail avait déjà transmis de belles promesses l'année dernière (déjà chez 12k). Même si la remarquable collaboration qu'il exécuta avec David Wenngren (Library Tapes) cette année sur le label Kesh de Simon Scott valait déjà des points, Sublunar est bel et bien le premier long format de Kane Ikin. Les nouvelles directions entamées depuis peu par 12k sont encore un peu plus palpables, à la vue du changement de packaging (après 10 ans de déjà très sérieux objets). L'album bénéficie de l'étiquette album de la semaine chez les très crédibles vendeurs de chez Boomkat. Voilà qui devrait encore un peu plus agiter les curieux, les inspirés clients réguliers de 12k ayant déjà à l'aveugle commandé leur copie.

 

Si l'electronica avait son versant post-rock, nul doute que Sublunar pourrait prétendre au titre de référence. Parce qu'il se situe à des années lumière de tous les clichés interstellaires de l'ambient, mais surtout parce qu'il déverse une avalanche de textures. L'effervescent côtoie donc le granuleux, le cristallin et l'électrique. L'opus dénote aussi au niveau du grain. Certains artistes de chez 12k (Giuseppe Ielasi, Christopher Willits...) ont le bon goût de soigner, parfois jusqu'à l'excès, la production au sens large et la spatialisation sonore qui en découle. Là n'est pas la priorité de Sublunar. Il est ici question de vifs contrastes. Entre la limpide pureté de certaines nappes et les aspérités volontaires de signaux radiophoniques perdus dans la stratosphère. Ou comme dans l'aspect éclaté de beats, qui ont l'intelligence de ne pas complètement éclore.

Si aucun titre n'atteint les cinq minutes, certains se payent même le luxe de ne pas dépasser les 2'30. Mais cela sans jamais sombrer dans l'aspect "vignette" de ceux qui savent démontrer leur trop plein d'idées, mais sans jamais aller au bout d'une seule. Vous vous doutez donc bien qu'on abordera (sans excès) très bientôt, le cas du dernier Flying Lotus, même si il officie dans un registre certes très différent. Souvent le temps est un bon maître, et le hasard un bon juge...

Revenons donc à ce qui  nous occupe aujourd'hui : l'interminable descente d'un objet phono-graphique non identifié vers le plancher terrestre. Ceci en captant plutôt bien les résidus organiques qui parsèment sa dernière tribulation, entre conflits de substances et renforts analogiques. Inutile donc de préciser que cet opus n'atteindra pas les sommets de froideur de certaines (parfois excellentes) productions Ableton. Si l'outil n'est qu'un moyen de parvenir au résultat, quel qu'il soit, convenons que celui d'aujourd'hui peut prétendre à la pleine réussite. Saluons donc particulièrement Europa en ouverture, qui dévoile décidément des accointances communes au Code_Inconnu de Pleq et Nebulo (ici). Tout comme le ressac obsédant de Compression Waves, les cloches friables de Black Sands et tous ces tracks où l'australien étouffe le beat sans souffrances inutiles. Citons aussi les exceptionnels deux titres finaux, In The Shadow Of The Vanishing Night et Hyperion. Rien de trop, en tout la mesure.

 

Après les excellents albums de Gareth Dickson (ici) et Simon Scott (ici), ou l'indispensable chef d'oeuvre de The Boats (ici), 12k confirme avec Sublunar ses exceptionnelles, nouvelles et variées directions. Sublunar est assurément une des plus belles oeuvres ambient de l'année.

 

http://kaneikin.com/wp-content/uploads/2012/08/Kane_Ikin_Sublunar_small.jpg

par Ed Loxapac

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Mercredi 26 septembre 2012 3 26 /09 /Sep /2012 11:06

Sortie : Septembre 2012

Label : Time To Express

Genre : Techno

Note : 8/10

 

Le Belge Peter Van Hoesen est un homme discret. Bien que créateur du rugueux Entropic City, figurant dans notre top albums techno 2010 (ici, et pour la chronique ), le mec reste dans l’ombre, préférant mixer régulièrement pour son public bruxellois. Les petits curieux pensent ainsi que Peter est un jeune DJ, issu de la dernière génération. Que nenni, puisque notre bonhomme a eu le temps d’humer l’air techno depuis les 80’s et d’en saisir les moindres circonvolutions. Autant dire qu’il maitrise son sujet. La sortie de Perceiver, son deuxième album seulement, est loin d’être un détail.

Perceiver est un album organique. Pour arriver à créer de tels monstres, Peter Van Hoesen s’appuie sur des riens. Ce sont ces vides qui lentement vont venir s’immiscer en vous, s’installer sur la longueur, afin que, lors d’une simple embardée, l’impensable se produise, vous donnant l’impression que le beat prend vie. Ces moments étranges se produisent plusieurs fois, finissant par déclencher une sorte d’attente et de crainte malsaines.

Pourtant, Perceiver est un album minimaliste et rêche, se fondant sur une ossature réduite à sa plus simple expression. L’élément central est la respiration, celle permettant à un son de pleinement s’épanouir dans l’espace, lui laissant le champ libre pour s’exprimer. Jamais Peter Van Hoesen ne tente d’imposer une techno puissante. Les échos se multiplient, les mélodies disparaissent, finissant par aboutir à une musique rampante et radical, mais jamais sombre et froide.

Se construisant comme une montée en puissance infinie, Perceiver s’ouvre sur des constructions simples en apparences mais contagieuses et lancinantes sur le long terme. La rythmique est alors douce, permettant à l’auditeur de lentement s’imprégner de cette ambiance austère. A mi-chemin, Attack On The Reality Principle déconstruit la matrice inaugurale, éclatant le son dans un déluge de bugs informatiques. La machine peut alors pleinement se déployer et prendre l’apparence d’une lente descente vers les tréfonds d’un club moite et tendu. Le cut vicelard d’Inspection In Solitude foudroie alors le danseur. Mais là où Peter Van Hoesen se révèle encore plus fourbe c’est dans le déploiement de morceaux tels que Decoder ou Attitude 39. Le Belge nous donne les clés dès l’ouverture puisque tous les éléments sont présents sur la ligne de départ. La question est : que va-t-il en faire ? A ce petit jeu, sachez seulement que vous serez réduit en miette par l’unique force du mental.

Perceiver est un album de techno pour adultes consentants. Entropic City avait permis de pénétrer dans l’univers de Peter Van Hoesen, un nouveau niveau vient d’être franchi avec ce LP radical et trouvant son essence dans les respirations, qui sont l’apanage des grands albums techno. A mi-chemin entre la rigueur des sorties Raster Noton et l’implacabilité de celles d’Ostgut Ton, Perceiver ne fait pas dans la dentelle. Clair, net et précis.

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par B2B

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Lundi 24 septembre 2012 1 24 /09 /Sep /2012 02:16

Sortie : septembre 2012

Label : Hymen Records

Genre : Glitch, IDM, Breakbeat

Note : 7/10

 

La très jolie Rachel Maloney, a l'honneur de poser la quatre-vingtième publication du sérieux et bien assis label Hymen Records, petite soeur de la face plus purement industrielle ant-zen. L'américaine n'est pas une nouvelle venue dans les sphères industrielles, puisqu'elle a déjà publié deux autres albums au sein de la maison bavaroise. Tonikom sait prendre son temps pour concocter ses albums, trois ans nous séparent de la sortie de The Sniper's Veil (chroniqué ici par ce cher B2B, avec toute la mansuétude et l'euphorie qu'on lui connaît vis à vis du style en question). Le dé-crescendo industriel est confirmé à l'annonce de ce Found And Lost. Si le poids des années ne semblent avoir aucune emprise sur les attributs naturels de la dame, en est-il de même pour sa musique ?

 

A la première écoute, on comprend rapidement que l'américaine garde un oeil grand ouvert sur tout ce que le paysage électronique a à offrir. Ratissant large, du hip-hop (ouais ouais, je crois même avoir entendu des scratchs) à la techno, de l'ambient à l'industriel apaisé, elle ponctionne ce dont elle a besoin pour créer son pot pourri. Si on en croit la teinte générale de l'album ainsi que les intitulés des tracks, ça a pas dû être la kermesse tous les jours. Car même si je n'ai pour ma part, pas été franchement séduit par l'album dans son ensemble, j'accorderais bien volontiers que Found & Lost est de loin sa réalisation la plus personnelle et la plus émotionnelle. Y a même à certains endroits un côté vide tripes assez remarquable. On regrettera donc qu'il y ai un tel écart entre des titres juste excellents, et d'autres qui ne méritent clairement pas de figurer au tracklistening (surtout en toute fin d'album).

Pour ce qui est de ciseler les breakbeats, la demoiselle n'a de leçons à recevoir de personne. Y a même là une maîtrise assez bluffante, probablement héritée des années où elle officiait dans le 4/4 bien harsh. Cette pluie acérée en ouverture, sur Across It's Glassy Surface, donne le ton des textures et des préférences rythmiques dominantes. Citons donc forcément Stumble, comme titre le pluis puissant de l'album, avec sa cavalcade de drums, son traitement pneumatique du beat ainsi que sa subtile atmosphère poisseuse et sournoise. Il n'y aura guère que l'abrasif, l'apnée ténébreuse Lost To The Flames pour prétendre à tel niveau. Peut-être également Eternal Internal, si on accepte un instant de lui pardonner ses accents dub rebattus jusqu'à l'excès. Car oui, il faut avouer que l'américaine a un vrai talent pour cisailler franchement la vague et la mélodie, apte à provoquer des crises de headbanging tout à fait spontanées. Les plus beaux titres rappellent à certains moments le style d'un autre pensionnaire de chez Hymen/ant-zen, en la personne du canadien L'Ombre.

Alors pourquoi diable intégrer de sempiternels samples de pianos plaintifs (si c'en est pas, ça ne change rien) à pareille oeuvre ? Je ne sais si c'est parce que je me suis depuis quelques temps plongé dans les vraies compositions classiques modernes, que j'en arrive à déplorer ce qui m'apparaît comme plus qu'une facilité ronflante, un véritable cliché. Point là de suspicion d'excès de grandiloquence américaine, je trouve juste dommage que pour évoquer ambiance mélancolique teintée de résignation ou d'espoir, Tonikom nous propose de sauter à l'élastique avec du fil à coudre. Je n'évoquerais donc que trop peu l'inécoutable Hope, tout comme les deux derniers morceaux qui font quand même remplissage en règle. Pareil pour les remixes, encore une fois tout à fait dispensables. Comme quoi, il ne suffit pas d'ajouter Haujobb aux crédits pour accoucher d'une réussite potentielle.

 

Bien qu'inégale, Found & Lost est une oeuvre qui, je n'en doute pas, trouvera son public. Du côté de ceux qui continuent de trouver intérêt et efficacité à cette scène un peu repliée sur elle-même. Loin de moi l'idée de leur jeter la pierre, j'ai moi même longtemps erré dans ces artères. Et on est quand même là assez loin de ce qui pullule sur pléthore de netlabels. Hymen sert ici un apéritif humble et tout à fait honnête, avant que le Cardiac de Nebulo ne mette à tout ce petit monde une jolie balayette.

 

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par Ed Loxapac

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Mercredi 19 septembre 2012 3 19 /09 /Sep /2012 01:43

Sortie : août 2012

Label : Rural Colours

Genre : Ambient, Drone, Field Recordings

Note : 8,5/10

 

Wil Bolton n'a jamais été aussi inspiré que depuis qu'il a laissé de côté les rivages de l'electronica glitchy. Certains se souviennent de son projet Cheju et des releases publiées en compagnie de Mint (Murray Fisher) sur leur label Boltfish. Le superbe Time Lapse, sorti sur Hibernate il y a maintenant deux ans, avait donné le ton à ses nouvelles trajectoires drone/ambient. L'originaire de Liverpool trouve l'inspiration au gré des rencontres et des voyages. Des labels sérieux et exigents comme Time Released Sound, Rural Colours (filiale de Hibernate) ou Home Normal (à la fin de l'année) lui ont accordé confiance et balise. Sa vision nostalgique et pleine d'affection du déclin de l'industrie britannique dans les West Midlands avait fait son oeuvre sur le superbe Quarry Bank (ici). Tout comme le fruit de ses errances au milieu de lieux aussi enchanteurs que dévastés, sur Under A Name That Hides Her (ici). Le monde semble trop vaste pour qu'il ne s'attarde uniquement sur les territoires vallonnés et contrastés du Royaume-Uni. Voilà pourquoi il multiplie les rencontres dans des résidences d'artistes à l'étranger. Kollane (paru également cette année sur Time Released Sound) avait d'ailleurs vu le jour dans ce cadre, plus précisément en Estonie. Si le Amber Studies dont il est aujourd'hui question est allé prendre le pouls des ruelles et des parcs de Cracovie en Pologne, nos solides informations révèlent que le britannique revient tout juste de Corée du Sud, avec probablement ce qu'il faut sous le bras pour nous pondre encore un grand album.

 

C'est avant tout parce que chaque voyage est différent que la musique de Wil Bolton ne saurait se reposer sur elle-même. Pourtant, on peut ici encore noter l'impressionnante habileté qu'à sa musique à se fondre littéralement dans la zone qui l'inspire. Cette troublante impression qu'il a su se rendre invisible pour mieux absorber l'essence même de la rue, avec cet inaltérable souci du détail. Faisant de chaque tableau une véritable scène vivante, fourmillante de variations et de mouvements. J'ai une profonde admiration pour les artistes qui savent ne pas verser dans la sempiternelle austérité du drone. Wil Bolton, a cette trop rare faculté de s'émouvoir d'un rien, de souligner un soudain aboiement de chien, l'effervescence relative d'une terrasse, les fragments de divagation d'un autochtone bourré, un vélo sans pilote, ou un klaxon un peu trop pressant. Pour rappeler à l'auditeur que chaque coin de rue contient son lot de grâce résiduelle, de nature pas tout à fait morte. Assujetti des concepts de soudscaping propres à l'ambient, il transporte néanmoins l'auditeur vers une galerie étrangère de vignettes instantanées, avec tendresse et émotion.

Les sources des drones oscillent, entre guitares et claviers vintage, mais sont empreints de ce même trait gras, de cette profondeur chaleureuse propice à la contemplation erratique. On ne saurait dire, si c'est eux qui se noient dans le canevas de captures urbaines ou le contraire. Peu importe après tout, car face au charme humble mais enchanteur de la musique de Wil Bolton, on se surprend à ne plus réfléchir. A se laisser aller vers là où il souhaite nous emmener, sans jamais intellectualiser, ou tenter de décrypter telle ou telle nuance dans l'enregistrement ou l'aspect technique. D'être enfin, cet anonyme que personne ne sent ni voit venir, quand il semble plongé dans un mauvais roman de gare et qu'il scrute et écoute en réalité, le moindre centimètre d'authenticité d'une conversation commune ou du spectacle pas si pathétique d'un chat errant, qui se fait les dents sur un biberon presque vide.

L'usage de la réverbération trouvera ici toute sa plénitude, à l'abri des clichés du genre. Chaque écho, chaque variation de volume ou de fréquence, révélant à chaque fois dans leurs interstices, leurs lots de surprises et de simples trésors. Si les trois premiers titres savaient transmettre autant avec si peu, les sublimes 23 minutes de Plac Szczepanski ouvrent les voies de la cohabitation des guitares et des claviers. De cette richesse sonore enveloppante jaillit la quintessence du genre. Ébloui comme un enfant scrutant l'environnement sur le rebord de son lit, l'abandon n'est pas loin. Qu'il est bon de céder à ces visions friables et nébuleuses dans pareil écrin...

 

Wil Bolton signe ici probablement sa réalisation la plus aboutie, la plus chaleureuse dans ses témoignages pas si abstraits. Après le chef d'oeuvre All The Other Hearts I Knew d'Hakobune (chroniqué bientôt sur notre futur nouveau site), Rural Colours publie ici une énième indispensable réussite. Une pré-écoute sur le bandcamp (ici) pour tenter de convaincre les derniers sceptiques vaut peut être encore mieux, qu'une nouvelle recommandation perdue dans le camaïeu.

 

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par Ed Loxapac

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Mardi 18 septembre 2012 2 18 /09 /Sep /2012 10:29

Sortie : Août 2012

Label : Triangle Records

Genre : Downtempo

Note : 7,5/10

 

TRI▼ANGLE Records fut le label hype de 2011 et quand je dis hype, je pèse mes mots. Adoubé par tout un pan de la presse indie, le label new-yorkais joue pourtant inlassablement la carte de l’esbroufe. J’en veux pour preuve cette soirée au Point Ephémère en février dernier où se sont plantés en long, en large et en travers des branleurs comme Balam Acab et oOoOO. Quand on décide d’arborer une attitude pédante sur scène, mieux vaut assurer derrière les mecs. Mais non, ce fut tout simplement d’une médiocrité affligeante. Pourtant, en toute fin de soirée, un artiste m’a permis de réévaluer le label. Holy Other, se cachant sous un drapé, livra alors un live immersif et enfumé. A l’époque, l’anglais avait seulement sorti un EP prometteur, With U, sorte de downtempo cadavérique lorgnant sporadiquement vers un dubstep à la Burial, minimaliste.

Maintenant que la hype est un poil retombé autour de Triangle Records, Holy Other en profite donc pour sortir son premier LP, Held. Bien que réticent, je me suis frotté à l’objet en essayant d’oublier tout le bordel inaugural. Et pour une bonne surprise, c’est une bonne surprise !

Il faut s’imaginer Held comme un parcours nocturne dans un Londres démembré. On avance à tâtons, les yeux mis clos. Holy Other garde son approche downtempo enfumé, excluant toute tension. On se laisse vaguement porter par cette atmosphère spectrale et par ces voix cadavériques jouant avec les clichés, mais réussissant pourtant à être transcender par une atmosphère cinématographique gorgée d’images.

Pourtant, je ne suis pas dupe et je sais que la plupart trouveront cet album anecdotique. Alors oui, la musique d’Holy Other n’est en rien extraordinaire, mais en même temps, ça m’a toujours soulé les concours de bites, à celui qui sortira le son « parfait », la rythmique la plus complexe. Je m’en fous qu’Holy Other fasse dans un downtempo immédiatement digérable, bien au contraire. Ici, le pouvoir d’attraction n’est pas dû à une mélodie complexe mais à une atmosphère délétère comportant son lot d’incertitudes. L’attraction devient alors immersion, aboutissant à une fascination primaire. Il suffit de tenter une écoute nocturne en voiture sur le périph’ pour s’en convaincre.

Held n’en demeure pas moins contextuel et je doute de la pérennité d’un tel album mais la problématique n’est pas là. Holy Other vient de sortir le meilleur (le seul ?) album venant de Triangle Records. Cette singulière errance nocturne demeure un insolite paradoxe.

 

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par B2B

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Lundi 17 septembre 2012 1 17 /09 /Sep /2012 16:36

Sortie : août 2012

Label : Koen Music

Genre : Noise, Abstract, Experimental

Note : 8/10

 

Propriétaire et tête pensante des labels Home Normal, Nomadic Kids Republic et Tokyo Droning, Ian Hawgood trouve aussi du temps pour composer sa propre musique. Les fins observateurs auront remarqué ses collaborations avec Bvdub, ses albums Wolfskin (première release du label Hibernate) et Snow Roads, ainsi que la collection de remixes de qualité supérieure Slow Films in Low Light. Si j'observe pour ma part avec la plus grande attention les sorties estampillées Home Normal, les déjà innombrables écoutes du merveilleux Sparks de la troupe Black Elk (ici) continuent de me donner des insomnies. Les multiples occupations du britannique installé au japon, contrastent avec son intriguant besoin de sommeil. On s'étonne donc, même avec grand plaisir, de le voir créer un nouveau label. Koen Music avait déjà accouché du Sparks cité plus haut. Evoquons donc aujourd'hui The Shattered Light, qui entama cette énième nouvelle direction. Car la force, l'originalité du projet et l'artwork qui l'accompagne, hissent déjà Koen Music comme une maison dont on attend énormément dans les mois à venir.

 

Si Ian Hawgood a toujours fait du son pour lui, dans un souci de toujours se renouveler, même sans jamais se soucier de ce qu'on en penserait, ou de comment l'auditeur tenterait d'analyser sa musique. C'est sans doute encore plus vrai pour The Shattered Light. La musique est parfois un irrésistible appel. Un défouloir salvateur et nécessaire pour ne pas céder à l'angoisse. Ou pour que la création s'élève comme une alternative à la procrastination. A tout ce qui échappe et nous dépasse aussi.

On parle souvent du processus de gestation long de certains albums, souvent pour ne rien en dire. The Shattered Light a mis quatre ans à apparaître dans une version publiable. Et c'est un évènement dramatique qui lui permit de voir le jour. Quand le britannique apprit le décès soudain de son père. Cet album est le fruit d'innombrables heures d'enregistrement, armé de deux de ses six cordes (une Fender Jazzmaster japonaise et une American Tele), de son tape recorder favori, d'une pédale de distorsion, d'amplis féroces et de tout ce qui lui tombait sous la main. 

D'où ce besoin de se créer un espace propre et sécurisé, isolé du tumulte extérieur. Pour se concentrer sur cette avalanche de sentiments, qui submergent les heures sombres où les vestiges de l'enfance s'envolent. Je ne sais plus qui a dit qu'on ne devient réellement adulte que lorsque on a perdu ses parents. C'est pas complètement con, surtout si on sort un instant des postures aisées de l'enfance tortueuse et des classiques conflits oedipiens. On se prend alors à ne rien vouloir oublier, de l'odeur unique de l'aftershave, aux éventuelles heures où papa bonheur portait ses lourdes chevalières. Le premier souvenir côtoie alors celui où on apprit qu'un jour la faucheuse nous emporterait aussi. L'imposante et inéluctable responsabilité qui incombe au fils, de devenir père à son tour. L'heure où les photos craquelées par le temps ne retranscriront plus les traits qu'on a bien voulu retenir. Il restera alors la quête de l'esprit paternel. Cette persévérance à maintenir la lumière de ce père plus ou moins sévère, persécuteur, permissif, perméable, pernicieux ou même hypermétrope. Pour qu'avec toute la nuance qu'il pouvait contenir, son simple souvenir s'élève comme un phare dans la nuit et son délire.

C'est tout cela qu'évoquent les moindres mesures de The Shattered Light. Car au delà des lignes de guitares ne réside plus que le vide. Comme la lente montée de tension exceptionnelle de My Mountain Empire, où les guitares évoquent surtout la saturation et la surcharge des sentiments d'angoisse, de manque et d'oppression. Là ou la colère tutoie et insulte l'incompréhension. Cette même collision d'énergie et de sensations maculera les excellents titres The Truant Heart et The Eternal Loss. Jusqu'à ce que les esquisses de Seas Of Silence ne révèlent les contours d'un certain apaisement, d'une paix relative et de certains aspects affectueux, qui éclateront en pleine lumière sur la magistral titre qui donne son nom à l'oeuvre. Il restera alors, cette neige parasitaire et magnétique, grésillant les schémas de la conscience et cette presque impression de communication avec l'au-delà (Where Shadows Never Fall).

 

Oeuvre abstraite, instrumentale et expérimentale difficile à "chroniquer", The Shattered Light a le don de donner la chair de poule sans jamais céder à un pathos éculé. Même si une fois encore, le matériel et le format d'écoute ne pourront qu'amplifier ou réduire certaines difficultés d'accès. L'expérience, dédale personnel et obsédant, mérite d'être vécue. Avec le risque que certains, même coutumiers du genre, ne restent définitivement sur le bord de la route. Nul n'est égal face à la lumière. Au nom du fils, et du père.

 

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par Ed Loxapac

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Jeudi 13 septembre 2012 4 13 /09 /Sep /2012 09:34

Sortie : 10 Septembre 2012

Label : Ostgut Ton

Genre : Techno

Note : 8/10

 

C’est quand même de la triche de sortir un album sur Ostgut Ton. De la triche parce que le sound-design y est en permanence impressionnant et que la possibilité d’exploiter l’artillerie lourde du Berghain pour observer les répercutions directs sur les danseurs supprime les règles du jeu. Pire, la tendance à la redéfinition du son techno par le prisme des sorties estampillées Ostgut Ton sépare aujourd’hui le monde de la techno en deux catégories : ceux qui bénéficient d’une puissance sonore hors-norme et les autres, la plèbe. Tout cela pour finalement se demander : si Barker & Baumecker n’avaient été pas dans l’écurie berlinoise, Transsektoral aurait-il été aussi implacable et captivant ? La question mérite d’être posée mais ne doit surtout pas empêcher d’apprécier l’album comme il se doit.

Barker & Baumecker ont beau être des fidèles de l’antre berlinoise (autant au Berghain qu’au Panorama Bar), il faut bien avouer que la carrière passée des deux gaziers nous est totalement inconnue en France. D’ailleurs, inutile de revenir dessus car cela a peu d’intérêt.  Ce qui compte c’est que les deux bonhommes ont eu le temps de digérer l’espace proposé, d’en humer les moindres recoins. C’est con à dire mais cela a une influence prépondérante dans leurs travaux (et cela vaut pour tous les résidents du Berghain sortant un album).

Transsektoral est le premier exercice long-format du duo et il permet de retrouver Ostgut Ton après une année 2011 assez convenue et un début 2012 plutôt anecdotique. On retrouve ce parti pris radical, ce besoin de pousser l’auditeur vers des sphères inconnues. Le public néophyte en matière de musique électronique et qui pourtant veut absolument se rendre au Berghain, en ressort souvent dubitatif car le son proposé n’est pas qu’un assemblage de tracks techno bien droites, au contraire, le lieu sait laisser parler la musique expérimentale, les blancs et les appels d’airs. Et Barker & Baumecker savent combien un morceau minimaliste peut être bien plus étoffé qu’une explosion de testostérone. Mais s’arrêter là serait encore trop facile tant la puissance d’Ostgut Ton ne suffit plus à étonner le quidam. C’est ainsi que les machines analogiques ont décidé de prendre les commandes en y ajoutant de redoutables aspérités.

Transsektoral n’est pourtant pas un album de techno radical, il s’agirait plutôt d’un lent poison. L’album se scinde en deux parties distinctes. Les premières plages mettent en place une techno pour public exigeant car difficilement transposable sur une piste de danse. Shlang Bang est trébuchant, Crows claustrophobique tant les basses sont étouffées et les sonorités monochromatiques rachitiques. Cette première partie installe l’auditeur dans une noirceur de velours, où le beat se mélange à des nappes ambients crépusculaires, osant parfois s’aventurer vers un dubstep abyssal. Trans-it opère un changement significatif. A partir de là, l’album plonge dans une techno racée et hautement marquée par Detroit. Le métissage entre l’analogique 90’s de le Motor City et l’organique 10’s de Berlin aboutit à des morceaux puissants mais marqués d’une profonde humilité. Il n’en demeure pas moins que Buttcracker fait figure de machine de guerre radicale et froide. Le moindre beat vous claque dans les oreilles, vous obligeant à vous tenir aux murs, avant un finish démentiel, à rendre Mad Mike fou de jalousie.

Barker & Baumecker se paient le luxe de finir sur un morceau à la Border Community (où comment donner une leçon à Nathan Fake) via un Spur saisissant. Ces 10 minutes d’osmose, de tremblements et d’ascension émotionnelle démontrent que Berlin est aussi capable de faire parler les cœurs. En achevant ainsi leur album, le duo nous laisse hagard. On se frotte les yeux, cherchant la lumière qui a définitivement disparu.

Barker & Baumecker signe le grand retour d’Ostgut Ton. Transsekotoral permet de conjuguer la puissance du sound-design berlinois avec les aspérités de l’analogique. Voilà un LP qui risque de faire mal, très mal en live.

 

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par B2B

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Mardi 11 septembre 2012 2 11 /09 /Sep /2012 01:07

Sortie : juillet 2012

Label : Raumklang

Genre : IDM, Indus, Downtempo

Note : 7,5/10

 

James Church, résident de l'Alaska, fait du son depuis déjà un petit moment.  Même avant qu'il ne contribue humblement, aux côtés de Paul Nielsen (Tympanik), Shannon Malik (Signifier), Kirdec et Miguel de Sousa (parmi tant d'autres) à l'élaboration de l'aujourd'hui mort webzine Connexion Bizarre. Il a depuis créé son propre label, CRL Studios, où il publie ses propres releases ainsi que celle de ses potes. Il met en avant deux facettes de sa personnalité artistique, l'une, plus agressive et plus intraçable en tant que Lucidstatic. L'autre, définitivement orientée vers une IDM teintée d'indus et de tribalisme narcotique : Pandora's Black Book. C'est avec cet avatar qu'il signera à mon sens sa plus belle réussite : Black Brothel, en 2009, millésime d'exception pour Tympanik. Raumklang Music, label dirigé par Dirk Geiger (autre artiste proche de Tympanik), lui ouvre en grand ses portes pour publier le présent Divergent.

 

En bon originaire des contrées glacées, Jimmy Church a su parer sa musique d'un étincelant spectre polaire. Surtout pour ce qui est de transmettre une bonne part d'onirisme à ses grasses nappes ambient. Même si Divergent est à envisager définitivement comme originaire d'un terreau downtempo, la palette rythmique tient ici une place conséquente. Tant et tellement, qu'il y a parfois comme une sensation de surcharge. L'impression que le cul entre deux chaises de l'américain, ne sait si il doit privilégier et donc s'asseoir, sur la partie rythmique ou sur l'atmosphère en général. Un peu comme si Lucidstatic voulait sortir de la boite de l'hibernation, pour péter le nez de PBB. Ce léger reproche trouvera sa source surtout en fin d'album, avec ce petit excès de strates et de maelström rythmique.

Car pour ce qui s'agit de l'ambiance et du rythme, Church est tout sauf un manchot. Car même si Divergent n'a pas la force torride et frénétique de Black Brothel, il contient son lot d'atmosphères ambivalentes à souhait. Là où la beauté limpide fréquente parfois d'obscures sanctuaires fleurant bon la pisse frelatée et les vapeurs froides de crackhouse. L'américain est un fan de la première heure du génial Tricky (même si, ça comme le reste, c'était mieux avant). On ne pourra pas réellement parler ici de propres influences, mais le même goût pour les ambiances claustrophobiques et malsaines est bel et bien là. Cet art de la synthèse difficile qu'est ce genre de downtempo, trouvera son apogée lors des excellents Burrowers et Formula 51. Quand ses glitchy beats donnent un tassement vertébrale à une nappe métastasée, on peut même dire que ça surbute carrément.

Notons également que l'aspect tribal, bien que discret, sera suffisamment bien maîtrisé pour ne pas tomber dans la caricature et le kitsch. J'en veux pour preuve le tout début de l'opus, où les glaces semblent pénétrées par des nuées de djinns haschichins. Saluons aussi les boursouflures saturées, ainsi que les tonalités vicieuses et écholaliques de Suspect. Tout comme le débordement âcre et diluvien des antagonistes Empty Spaces, ou le sépulcral Fear Of Tomorrow.

On regrettera par ailleurs que ce qui relevait au départ de l'onirisme (en terme de synthés) sombre un peu parfois dans l'ésotérisme éculé. Tout comme encore une fois dans ce sérail, le non apport de remixes pourtant pas mal branlés.

 

James Church livre ici un album certes imparfait, mais incontestablement sérieux et abouti. A l'heure ou sans même le sentir, tout un pan de cette scène se mord la queue tous crocs dehors, l'américain livre une copie qui comporte prises de risques et rigueur. Ne serait-ce que pour ça, le boulot est à saluer. De son côté, Raumklang se hisse petit à petit au même rang que les labels phares du genre. De quoi agrémenter à terme, les pantagruéliques barbecues de Dirk Geiger.

 

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par Ed Loxapac

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Dimanche 9 septembre 2012 7 09 /09 /Sep /2012 02:25

Sortie : septembre 2012

Label : Audiotrauma/ant-zen

Genre : Indus inspiré

Note : 8/10

 

Que ce soit en compagnie de son frère au sein de Chrysalide, avec Punish Yourself ou seul, Arnaud Coeffic a traîné ses guêtres d'éternel rebel sur les scènes de toute l'Europe. Bien qu'un peu en marge, son label Audiotrauma et son side project Sonic Area, ont toujours reçu le respect de la scène industrielle, et des labels majeurs qui constituent cette niche alternative. Je ne suis personnellement pas vraiment fan du côté "riot" et des postures un peu adolescentes pas toujours crédibles de Chrysalide, mais il faut reconnaître que le travail de Arnaud autour du son est énorme. Presque autant que sa vision de la musique industrielle et sa culture musicale au sens large. Qualités aussi rares qu'immenses, qui lui donnent toujours un coup d'avance (en matière de textures, de son brut et de puissance live), au sein d'une scène industrielle qui compte trop peu de Empusae, de Kirdec ou de Philipp Munsch. Ceux qui ont pu le voir au Noxious (autre fait d'arme d'Audiotrauma), à la Halle des Chars à Strasbourg ou au festival de la musique électro-industrielle de Paris, s'en souviennent encore. L'art de la mise en scène, associé à la puissance brutale, engendre même des comparaisons avec les regrettés X Makeena. Il fait de plus partie des artistes qui savent ne pas s'éparpiller. Sa discographie compte en douze ans : six albums dont une collaboration. Music for Ghosts jouit donc d'une certaine attente. C'est l'occasion d'une nouvelle association entre les strasbourgeois d'Audiotrauma et les bavarois de chez ant-zen.

 

Si cette Music for Ghosts est bien hantée de spectres plus ou moins flippants, on y préférera les moments teintés de romantisme sombre, où les poitrines opulentes des âmes déchues dégueulent littéralement de leurs cellules corsetées. Ou quand l'univers opaque de Lynch rencontre celui de Dario Argento. On ne saurait dire si les instrumentations classiques relèvent du pur sampling ou de compositions personnelles. Même si je pencherais pour ma part, pour la première hypothèse, il n'empêche que ces aspects classiques grandiloquents apportent un réel actif esthétique à l' ensemble de l'oeuvre. Ce qui pourrait laisser penser que l'album est aussi, hanté par les névroses, les fantasmes et les hallucinations de son auteur.

La palette rythmique et sonore est impressionnante, comme souvent. Il n'y a qu'à constater les premières secondes très "sound design" de Never Ever More, les breaks de The Endless Staircase, ou cette habileté à cisailler la mélodie de blasts abrasifs sur l'excellent The Infernal Clockwork, pour se convertir au constat. On n'est pas là dans la bête et méchante enluminure, Arco est un véritable orfèvre du son. Même quand on persiste à dire qu'en général, les interludes ont peu d'intérêt ainsi qu'un définitif côté old-school, le voile craquelé autour du piano de Dead Muse a le don de poser le doute. Que dire de l'intraçable Eureka, entre déflagrations noise, mélopées Mozartiennes et inspirations baroques. Ceci doit en live, gagner encore en puissance et en maîtrise.

J'avais pourtant eu un peu peur, à l'écoute du néanmoins sympathique The Living Caroussel, qu'il se prenne les pieds dans le tapis en oscillant de la sorte, entre ses postures de chef d'orchestre et de Monsieur Loyal. Ce sursaut ré-apparaîtra au son des voix trafiquées de clôture, du pourtant très bon jusque là Middle Night Ballet, qui me rappellent un peu trop celles entendues sur le 2010 de Chrysalide, et qui confirme que n'est pas Atari Teenage Riot qui veut.

La deuxième partie de l'ensemble laissera la place à des titres extrêmement ambitieux, pour ne pas dire pharaoniques, dans la recherche des accointances entre l'Indus et les sphères classiques. L'oreille un peu trop critique, constatera peut-être que certains passages connaissent la lourdeur et les excès de certains vieux peplums italiens. Les autres ne retrouveront rien à redire aux imposants Inframonde et Haunted Hall Motel Ballade. Pour le deuxième cité, accueillons avec bonheur ce saxo venu de nul part, et ses drums un peu plus naturelles. Tout comme les vrilles improbables et la sans haleine épopée rythmique de The Magic Storytellers. L'album se fermera au son de la martiale et tragiquement sollenelle Funeral March Of An Empire.

 

Bien que souffrant à de très rares moments des excès de ses ambitions, Music For Ghosts est un bordel maîtrisé mais inétiquetable, et demeure une oeuvre aboutie et originale. Un album qui fait du bien aux sphères industrielles et à une certaine idée de l'indépendance. Bien loin donc, de ce qu'on peut parfois reprocher, plus ou moins honnêtement, à certaines facettes du label Audiotrauma. Un album recommandé, qui ne peut que profiter d'une seconde vie en live.

 

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par Ed Loxapac

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