Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Présentation

  • : Chroniques électroniques - Chroniques de disques, de concerts, de festivals, de soirées de musiques électroniques, rap et bien d'autres...
  • Chroniques électroniques - Chroniques de disques, de concerts, de festivals, de soirées de musiques électroniques, rap et bien d'autres...
  • : Au confluent des musiques électroniques, du rap et des autres styles, ce blog, ouvert et curieux. Chroniques de l'actualité des sorties IDM, électronica, ambient, techno, house, dubstep, rap et bien d'autres encore...
  • Contact

Recherche

Archives

Catégories

14 mars 2011 1 14 /03 /mars /2011 22:09

Sortie : février 2011

Label : Brownswood

Genre : Rap brumeux

Note : 7

 

Gilles Peterson a plus d'un tour dans son sac. Il est par exemple capable de nous sortir un rappeur au flow proche de Roots Manuva et dont l'univers rappelle celui d'un Gonjasufi, en un peu moins barré quand même. Ce MC rafraîchissant s'appelle Ghostpoet et n'avait sorti qu'un maxi avant ce Peanut Butter Blues & Melancholy Jam qui conduit à des comparaisons plus flatteuses qu'encombrantes.

 

Ce débit, ce ton parfois presque chanté, c'est celui de l'Angleterre urbaine de Roots Manuva. Ce trip débridé avec des productions sous forte perfusion électronique fait penser au voyage astronomique de Gonjasufi. Des influences dont il s'émancipe plutôt qu'elles ne lui pèsent. Ghostpoet n'entre pas vraiment dans ces cases et cela lui va bien. Qu'il plane complètement sur des mélodies confortables (One Twos Run Run Run) ou plus abstraite (Us Against Whatever Ever) ou qu'il soit - rarement - un peu plus conscient (Survive It), le rappeur ne perd pas son fil conducteur imaginaire. Il semble souvent sur une autre planète ou bourré au micro, son texte ne s'en faisant que plus imagé. L'homme est tourmenté, il paraît même parfois fiévreux (Finished I Ain't), et sa langueur pèse sur sa musique, ralentie par son débit nonchalant.

Pourtant, quelques rares sursauts sont possibles comme sur I Just Don't Know où les claviers donnent une impression de rave vue de loin, image par image, dans un épais brouillard qui maintient en apesanteur. Avec Gaaasp persiste ce sentiment d'ivresse - complètement affirmé sur Cash And Carry Me Home - qui distord la perception. Le soin avec lequel sont élaborées les rythmiques permet de porter ces gimmicks utilement répétitifs pour appuyer ce sentiment général de perte de contrôle. La voix ne devient alors qu'un envoûtant guide dans ce flou environnant. Les sons, parfois au bord du dubstep (Garden Path) exceptionnellement rock (Liiines), accompagnent à point le poète sous influence.

 

Pur produit de la musique indépendante anglaise, Ghostpoet apporte une fumée nouvelle qui vous embrume subtilement et vous colle un drôle de sourire malgré le côté sombre du personnage. A consommer sans modération.

 

http://www.cmj.com/wp-content/uploads/2011/02/ghostpoet-300x300.jpg

par Tahiti Raph

Repost 0
Published by Chroniques électroniques - dans disque
commenter cet article
14 mars 2011 1 14 /03 /mars /2011 11:12

Sortie : 14 mars 2011

Label : De Stijl Records

Genre : Electronica hype

Note : 3,5/10

 

Dans cette mouvance électronica lo-fi, il fallait bien un groupe à idolâtrer par les médias. Hype Williams est cette entité qui émoustille sites et blogs spécialisés. Ce duo londonien, formé par Roy Blunt et Inga Copeland, entretient malicieusement le mystère, n’apparaissant que furtivement et dévoilant sa musique selon ses propres critères de merchandising. Ne soyons pas dupes, en entretenant un semblant de parti pris underground, Hype Williams joue surtout avec les codes du milieu. Le groupe n’invente rien. Tout est trop roublard pour être sincère, que ce soit le nom du groupe renvoyant au réalisateur de clips hip-hop épileptiques, autant que la démarche hypocritement D.I.Y. Il n’en demeure pas moins que les deux premiers EP (Untitled et Find Out What Happens When People Stop Being Polite, And Start Gettin Reel) du groupe restent des Ovni intrigants. On est juste en droit de se demander pourquoi un tel groupe suscite une telle ébullition sur le net. Sans être indigeste, la musique d’Hype Williams n’est en rien révolutionnaire et encore moins impressionnante.

 

One Nation est le premier album officiel du groupe et on retrouve cet esprit lo-fi déroutant lui conférant une certaine intemporalité. Les morceaux vous glissent entre les oreilles telle une apparition fantomatique. L’album est loin d’être déplaisant si tant est qu’on mette de côté l’aspect technique. Il est uniquement question d’ambiance. On comprend néanmoins que le groupe cherche à nous placer dans un état proche de la neurasthénie. Entre les reverbs et les multiples filtres, One Nation devient un objet impalpable. Chaque morceau verse dans un psychédélisme dadaïste. Entre l’ouverture sci-fi d’Ital, l’impression d’être en plein film de cul déviant de William, Shotgun Sprayer et le trip anthropophage de Jah, on est en permanence dérouté sans être non plus secoué. C’est bien là le problème. Alors qu’un Matthewdavid (ici) ou un Jeremiah Jae (ici), dont on retrouve cette même phraséologie musicale visant à redéfinir les notions d’espace et de temps, vont pousser le trip jusqu’à ses limites, en le confrontant à l’expérience du collage psychédélique et en s’interdisant toute barrière, Hype Williams ne fait qu’effleurer le principe. Ainsi, le double morceau Dragon Stout / Homegrown, se révèle trop lisse alors qu’il y avait matière à prendre des chemins de traverses bien plus opiacés. De même, les 8 minutes de lévitation de MITSUBISHI sont une ode trop polie à la petite pilule du bonheur.

 

Sans être déplaisant, One Nation se contente de simplement survoler l’esthétique électronica lo-fi actuelle et n’est voué qu’à être un objet superficiel. Mais les sirènes de la hype vont cependant s’empresser d’en faire les chefs de files injustifiés d’une scène pourtant intéressante. Hype Williams récoltera les éloges pendant que les autres se contenteront des miettes. Monde de merde.

 

http://crocnique.files.wordpress.com/2011/03/one-nation.jpg?w=320&h=320

 

par B2B

Repost 0
Published by Chroniques électroniques - dans disque
commenter cet article
11 mars 2011 5 11 /03 /mars /2011 18:58

Sortie : février 2011

Label : Ant-Zen

Genre : Dark Ambient

Note : 8/10

 

Dire qu'Empusae est une figure des musiques underground relève de l'euphémisme. Le Belge Nicolas Van Meirhaeghe aka Sal-Ocin a marqué de ses noirs concentrés d'ambient, d'indus et de rythmic noise des labels comme Hands Productions, Divine Comedy ou Brume Records. Il est la moitié du passionnant projet Tzolk'in et membre de nombreuses formations telles que This Morn' Omina ou In Slaughter Natives, pour ne citer qu'elles. Le Japonais Shinkiro aka Kotodama, et de son vrai nom Manabu Hiramoto, est l'auteur de plusieurs albums de dark ambient, dont certains virent le jour chez le label français Athanor. La rencontre d'Empusae et de Shinkiro s'appelle Organic.Aural.Ornaments, publiée par le ponte en matière de musiques industrielles avant-gardistes, Ant-Zen.

 

L'oeuvre se divise en six Ornament(s), et retrace une progression irrépressible vers des bas-fonds vierges de repères. Cette immersion requiert d'accepter l'idée d'être poursuivi en permanence par des chimères ectoplasmiques, menaçant lorsqu'elles vous auront atteint de vous abandonner suffocant sur le bord de la route vers les limbes. Les drones deviennent des mirages impalpables, qui vous enveloppent puis vous fuient, et le sol caillouteux sur lequel vous évoluez semble vouloir se dérober à chaque pas. Tissé de dark ambient, de fluides bruitistes, et de résonances hautement organiques, cette album se fait l'image d'une angoisse transcendante, d'un état où l'isolation parfaite semble le seul recours à la tyrannie médiocre de la surface. Si l'ambient, dans sa forme la plus ténébreuse, est la torche ondoyante qui guide ce périple, mélodies et rythmiques ne se trouvent point escamotées. Plus l'on s'enfonce, plus les échos de troubles rituels se font entendre. Les rythmiques tribales et le roulement syncopé des drums entraînent une nette montée de la saturation de l'air. Emporté dans des spirales hypnotiques et opiacées, tout bon sens ayant depuis longtemps déguerpi, on cède à la tentation de la chute, oubliant quelles terrifiantes cavernes nous accueilleront plus bas.

Le dark ambient glaçant des First et Second Ornament(s) constitue une traumatisante mise en bouche. Electriques et stridents, des insectes bioniques sifflent à nos oreilles, tandis que des nappes spectrales brouillent toute pensée claire et criblent l'espace de brumeuses interférences (First). Sous les heurts d'un gong synthétique, la tension montera de plusieurs crans (Second). Mais au sein des abstraits et divins soundscapes, perce une insoupçonnée mélancolie. Le sublime Third Ornament ne pourra qu'en attester, lorsque derrière son entêtante rythmique, se libère, pur et paralysant, le vénérable chant des spectres. Une caresse de notes translucides ouvre le quatrième. Des cordes déchirent le coeur, et sous le rythme martial et funeste, en pauvre naïf béat, on continue de sombrer. Fifth Ornament signera la sentence céleste. Tel le galop effréné du char d'Hadès, cette cinquième parure est la course épique de celui qui comprend qu'il est désormais vain de tenter d'y réchapper. Comme tout souffle de vie, les mélodies ont déserté le final Sixth (Styx?). Ne plane plus qu'une puissante odeur de souffre, qui ne s'éteindra qu'à l'ultime exhalation du dernier des organismes.

 

A nous pauvre mortels, Empusae et Shinkiro offrent plus qu'un voyage initiatique, une descente dans des ténèbres inatteignables. Derrière le superbe artwork en filigrane de Salt se cache un objet dangereux, que seul les plus téméraires oseront pénétrer. Advienne que pourra, joyeux cauchemars.

 

zen-act252-x3

par Manolito

Repost 0
Published by Chroniques électroniques - dans disque
commenter cet article
10 mars 2011 4 10 /03 /mars /2011 10:45

Sortie : 28 février 2011

Label : Leaving Records

Genre : Electronica psyché californienne

Note : 7/10

 

Le Belge François Boulanger, aka Ssaliva, aurait-il passé ses étés à Los Angeles ? A l’écoute de Thought Has Wings, l’impression est tenace. Son électronica lo-fi psyché respire l’air californien et possède ce côté intangible propre au climat local. Et comme pour mieux nous conforter dans cette idée, l’album sort chez Leaving Records, label de Matthewdavid (chronique de son excellent EP ici), installé à la Cité des Anges. Leaving Records étant, ultime confirmation, distribué par Alpha Pup.

 

En plein revival électronica lo-fi, l’album de Ssaliva possède cette touche intemporelle puisant son inspiration davantage du côté du ciel que vers le bitume. Histoire de pousser l’abstraction à son paroxysme, Thought Has Wings est édité en cassette audio en édition limité à 200 exemplaires. Le délire fétichiste pourrait paraître un poil vain mais une fois l’album en route, vous comprenez immédiatement le délire.

Thought Has Wings est une ode au endless summer version LSD. La pochette est une invitation à la prise d’hallucinogène et la musique un écrin pour profiter de son trip. Tout est lumineux, ondulant et apaisant. Pendant 25 minutes, vous êtes bercé par des sonorités aquatiques, des voix tentant de trouver leurs places dans une matière impalpable. Les compositions de Ssaliva semblent être passées par des centaines de filtres avant d’avoir subi un lent essorage. L’ambiance surannée vous place alors dans un état contemplatif, figeant durablement votre sourire. Tout en volutes 70’s, en rythmiques chaloupées, Thought Has Wings est un antidote d’une rare douceur.

A l’écoute de Where I Winter, on s’imagine aisément sur la freeway 10 de LA, au volant d’une décapotable vieillotte en train de faire route vers les plages infinies de la ville. Le temps de garer votre caisse sur Pacific Av. et d’enclencher Laker et vous voilà à Venice, assis sur le sable à contempler ce coucher de soleil infini. Il ne vous reste plus qu’à vous diriger vers Echo Park pour une déambulation urbaine au son de Crayloa. Entre temps, les couleurs n’auront cessé de se moduler devant vous.

 

Thought Has Wings est une parenthèse électronica lo-fi des plus recommandable. Il ne vous reste plus qu’à vivre ce trop court trip, fenêtre ouverte, soleil de face, et soyez en sûr, vous aurez vous aussi des visions élégiaques.

 

http://static.boomkat.com/images/417200/333.jpg

 

par B2B

Repost 0
Published by Chroniques électroniques - dans disque
commenter cet article
9 mars 2011 3 09 /03 /mars /2011 10:54

Sortie : février 2011

Label : Mello Muic Group

Genre : Rap instrumental

Note : 5

 

A l'écoute de la musique d'Apollo Brown, on peut presque deviner qu'il vient de Detroit tant ses instrus rap sont imprégnés de soul. Il nous propose avec Clouds une collection de 27 titres courts, généralement autour de deux minutes, aux mélodies souvent puisées dans une soul accrocheuse et dont les rythmiques sont de celles qui font hocher la tête de manière répétitive.

 

Pas vraiment besoin de piocher le bon et le moins bon, Apollo Brown sait sélectionner ses samples pour imprimer une certaine nostalgie touchante (Never In A Million Years ou Heirloom) qui fait mouche à chaque reprise. Il sait puiser dans les violons des ambiances évocatrices (The Eleventh Hour ou Know The Time) qu'il accompagne harmonieusement de légères modulations. Si l'évolution des titres est limitée, la construction vient de l'enchaînement des extraits qui raconte peu à peu une histoire. Pris dans le récit, nous ne sommes pas surpris par l'arrivée furtive d'un MC sur Shoot The Heart. Et c'est presque à regret que s'achève certains morceaux comme Push ou One Chance qui pourraient tourner en boucle plus longtemps sans lasser.

Le producteur de Detroit se paye un petit hommage à DJ Shadow sur Human Existence où tout le monde reconnaîtra un extrait de Stem/Long Stem/Transmission 2 du Californien. Les rythmiques, sur des tempos plutôt apaisés, varient souvent pour se faire même parfois très discrètes (Seed Of Memory). Les rares déviations plus électroniques (Shadows Of Grief ou Balance) ne détonnent pas avec le reste, car le grain est similaire et la mélancolie reste intacte. L'Américain chasse l'ennuie par la multitude, évitant les platitudes et saupoudrant sa sélection de moments forts comme ce Choices émouvant ou le massif Drinking Life.

 

Il est au final assez difficile de déterminer ce qui fait la réussite de cet album. Les productions d'Apollo Brown sont efficaces et porteuses d'un message de paix. Le talent des bons beatmakers vient souvent du fait de dénicher les bons échantillons, même si les arrangements sont restreints, et tout ceci passe si bien...

 

http://bandcamp.com/files/13/40/1340259027-1.jpg

par Tahiti Raph

Repost 0
Published by Chroniques électroniques - dans disque
commenter cet article
8 mars 2011 2 08 /03 /mars /2011 18:39

Sortie : janvier 2011

Label : Harthouse Manheim

Genre : Techno datée

Note : 2,5/10

 

Hans Bouffmyhre est Ecossais. Il paraît que ça arrive à des gens très bien. Il a fait parler de lui tout d'abord en 2006 avec sa soirée Sleaze, où il a réussi à convier des pointures comme Chloé, Four Tet, Len Faki ou  Radio Slave. Surprenant et plein de culot, ce très jeune homme va ensuite se mettre à lâcher quantité industrielle de maxis sur des labels à la crédibilité relative. Comble de l'originalité dans ce genre de musiques, l'Ecossais décide ensuite de créer son propre label : Sleaze Records. Pléthore de ses tracks ont été playlistées par des maîtres comme Richie Hawtin, Troy Pierce ou Chris Liebing. Le gamin en veut et souhaite prouver au gentil monde de la techno qu'il n'est pas seulement "un coup d'un soir". Harthouse Manheim (qui a déjà sorti des pièces intéressantes de Miro Pajic, Joel Mull ou le désormais trop gai Gui Boratto) lui ouvre donc en grand ses portes pour réaliser son premier long format, baptisé Goodbye Anxiety

 

Puissante, lourde, sombre et hermétique, la techno de l'Ecossais ne peut être pleinement qualifiée de minimale. Pourtant, malgré une utilisation intéressante et intelligente des synthétiseurs et une insertion d'éléments parasitaires assommants qui contribuent à rendre l'ensemble un peu plus irradié, sa musique n'évite pas les travers kilométriques de cette dernière. On pourrait d'ailleurs se demander si les producteurs de techno ne souffriraient pas d'un quelconque complexe d'infériorité vis à vis des musiques moins axées sur le dancefloor. Je m'explique. Cet album est cohérent, ça il n'y rien à dire. Mais pourquoi donc réaliser des albums si ce n'est que pour retenir deux ou trois tracks qui auront leurs huit (probablement anonymes) minutes de gloire en club ? Même les DJ les plus chevronnés tombent souvent dans ce piège. Un album de techno réussi doit savoir s'émanciper des schémas prévisibles et surexploités. Alors oui, le puissant Voltage, l'oppressant Dirty Faces, l'ascensionnel Release Me et le subtilement dark As You Were Sir ont plus que le potentiel pour renverser un club exigeant. Les nostalgiques de l'old school aimeront aussi probablement Second Generation. Les autres se demanderont pourquoi un si jeune homme ne s'émancipe pas des gloires passées. Parce que voilà, l'écoute entière de cet album (que ce soit en club ou à la maison) a de quoi rendre hypocondriaque, puis neurasthénique. Tout cela est si plombant et prévisible, même caché derrière des velléités faussement cérébrales et underground. On reconnaît là un petit Ecossais qui devrait laisser sa musique bronzer à l'ombre d'un Villalobos ou d'un Luciano s'il ne veut pas que ses sets rassemblent uniquement des amateurs d'opiacés en pleine descente. Pourtant Dieu sait que je ne suis pas un féru des textures solaires et des ambiances tropicales. 

 

Bien que cohérent dans ce qu'il a probablement voulu faire, Hans Bouffmyhre demeure avant tout un DJ et un maximaker. Qu'il en reste donc là, son avenir est assuré. L'album techno est un exercice difficile où un sillon artistique clair doit émerger. Même si il n'est pas comparable au four de Marco Carola (ici), cet album est à oublier très rapidement.

 

http://www.deeptechhouse.com/images/postimgs/de0703da6156dbb1526f7cfd6883f4f408ffd2aa.jpg

par Ed Loxapac

Repost 0
Published by Chroniques électroniques - dans disque
commenter cet article
8 mars 2011 2 08 /03 /mars /2011 00:57

Sortie : février 2011

Label : Abstrakt Reflections

Genre : IDM, Glitch

Note : 8/10

 

Nous avions déjà eu l'occasion de parler du jeune et passionnant netlabel Abstrakt Reflections à l'occasion de sa première sortie : Mourn de Apparent Symmetry (ici). Dirigée par Pablo Benjamin, cette maison compte dans ses rangs des artistes aussi prolifiques que talentueux, comme LPF12, Miktek et très bientôt le Canadien francophone VNDL. Le nouveau venu qui attire notre attention aujourd'hui est Ukrainien. Il se fait appeler r.roo (prononcez Rugaroo) et est connu par certains curieux sous l'avatar de Sound Wave Pressure. L'album qu'il distribue aujourd'hui, baptisé sobrement Into A Cloud, évoque les humeurs aléatoires et donc forcément capricieuses du ciel, en cachant à peine un message pas complètement subliminal. Peu importe, car comme l'Ukrainien le dit si bien, First comes the Music. Then the Words appear.

 

La musique de r.roo prend tout son sens quand on accepte d'y voir la lumière perforer la brume (Transformed). Cousue de romantisme et d'équilibre instable, elle semble installée sur une fine pellicule de glace prête à céder à tout moment. Into A Cloud joue divinement bien avec l'ambivalence des sentiments, entre beauté immaculée et déchaînement fougueux. Les glitchy beats s'abattent sur l'asphalte gelée, tantôt comme des grêlons (dreams) ou telles les perles d'une pluie acide (to drops). La lueur du soleil est comparable ici au combat acharné du phoenix pour ne pas disparaître (to scatter), représentée par les compositions classiques modernes jouées au piano ou avec des violons et violoncelles plaintifs jamais dépourvus d'espoir. L'usage du glitch n'a ici rien d'un vulgaire gimmick galvaudé, il est l'instrument de la décompensation céleste. Même si l'humain est heureusement impuissant face à la force des éléments, l'Ukrainien conserve une certaine maîtrise de son sujet en ne rompant jamais complètement le fil conducteur poétique de ses mélodies, même sur les très bouleversés World et Dreams. Souvenons-nous de notre enfance, de cette fascination mêlée de peur vouée aux orages et aux éclairs. Nous nous rappellerons peut-être alors de cette vieille femme qui nous promettait la cécité si nous ne détournions pas le regard de la fenêtre. C'est ce spectacle désarmant qui nous est offert à l'écoute du morceau qui donne son nom à l'ensemble de l'oeuvre. Nos yeux peuvent désormais restés grand ouverts, car nous savons aujourd'hui que les pluies torrentielles réservent des lendemains d'allégresse pour la nature essoufflée. Si les tempêtes laissent parfois derrière elles des territoires tout entiers sinistrés, n'est-ce pas avant tout pour laisser l'incontrôlable reprendre ses droits ? Into A Cloud laisse également entendre que ce qui a disparu est amené forcément à renaître (sun). Les petits et grands enfants que nous sommes peuvent donc continuer à rire et à imaginer, car comme celui de l'Ukrainien, notre monde transformé en nuage disperse les rêves et les pensées en gouttes à l'aube d'un soleil d'automne. 

 

Into A Cloud est un sublime album d'IDM évocatrice et descriptive. Nombreux sont légitimement ceux qui, comme moi, regrette de ne pas pouvoir posséder cet album sous une enveloppe physique et donc organique. Profitons alors du fait que cette oeuvre sompteuse est distribuée gratuitement en mp3 (ici) ou en FLAC (ici) pour les puristes. De quoi rendre cette réussite absolue un peu plus recommandable, comme d'ailleurs tout l'ensemble de leur catalogue.

 

http://www.abstraktreflections.net/images/rroo_into_a_cloud.jpg

          par Ed Loxapac

Repost 0
Published by Chroniques électroniques - dans disque
commenter cet article
7 mars 2011 1 07 /03 /mars /2011 21:26

Sortie : mars 2011

Label : Brainfeeder

Genre : Trip psychédélique rap

Note : 7

 

"Je construis juste ma musique d'un endroit différent spirituellement." Voilà comment Jeremiah Jae se situe par rapport au rap qu'il entend à la radio. Pont entre son Dxnce EP et son futur album, ce nouveau maxi du MC et producteur de Chicago viendra démontrer que chacun possède une énergie divine, comme le pense son auteur. Pour le style musical, à vous de l'imaginer...

 

Personne n'est près pour le voyage de Jeremiah Jae. Voyage spirituel plutôt que physique. C'est pourtant le physique qui peut en ressortir éprouvé. Pour bien débuter, il faut éprouver toutes les pistes. L'Américain colle donc ses samples, façon musique concrète, et empile les pistes, perturbant l'audition en empruntant une multitude de directions. Il emprunte d'ailleurs aux Beatles leur "number 9" (Revolution 9 sur l'album blanc) pour un clin d'oeil au genre.

Après laissé le temps de vous habituer à cette myriade de sons, vous tournez de l'oeil pour basculer dans un rap dézingué où le LL Cool J de I Need Love serait plutôt accro à l'acide (à ce sujet, voir la parodie de Necro, I Need Drugs). Il y a un parfum de hippie shooté à la musique indienne quand le MC bascule dans un rêve envoûtant et bienveillant.

Voici venir le dernier trajet, dont l'esprit psychédélique fiévreux n'a plus rien de bienveillant. Tout s'enchaîne la peur au ventre, et cette soudaine répétition embaume votre esprit qui va subir un cinglant réveil sur le final. Final flamboyant qui martèle de ses cymbales votre cerveau déjà bien malmené. Tout tourne autour de vous jusqu'à l'atteinte d'une nausée provoquée par le martèlement d'une mélodie infinie d'une secte anthropophage. Et pourtant c'est infiniment apaisé que vous vous sentez.

 

Jeremiah Jae est cinglé. Sa musique s'en ressent. Ceux qui aiment la surprise, le rap, la drogue, la cuisine asiatique, les labyrinthes antiques, les petits matins blêmes, trouveront peut-être assez de ressources pour planer jusqu'à Rappayamatantra et en revenir plus perché encore.

 

http://ninjatune.net/files/images/jeremiah-jae/two/5021392660196.jpg

par Tahiti Raph

Repost 0
Published by Chroniques électroniques - dans disque
commenter cet article
7 mars 2011 1 07 /03 /mars /2011 11:31

Sortie : 14 février 2011

Label : Type

Genre : Dark ambient

Note : 7,5/10

 

Lorsque la nuit polaire s’étend, l’obscurité n’est pas votre unique partenaire, il faut aussi faire lit commun avec le silence. Dès lors, le moindre craquement de la banquise devient vertigineux. La perte de repères vous guette et votre seule arme reste l’introspection.

La musique de Deaf Center devient alors ce médicament propice à l’apaisement. Qui aurait pu prédire que le repos viendrait d’un album de drone-ambient acoustique ?

 

Owl Splinters est le troisième album, tous sortis chez Type, du duo norvégien formé par Erik Skodvin et Otto Totland. Les deux complices sont donc dûment formés aux nuits infinies. Owl Splinters est une œuvre remarquable reposant sur aucun artifice superfétatoire. Les fans de Ben Frost trouveront ici matière à poursuivre leurs errances.

La musique de Deaf Center se contente de peu et réussi pourtant à stimuler activement nos songes. Avec une économie de moyens, un piano souvent présent, des cordes sombres et une fine dose de field recordings, le duo arrive à créer de magnifiques pièces de violence contenue. Divided, ouvrant l’album, est une symbolique composition spectrale dont les chœurs semblent invoquer on ne sait quel démon. Chaque morceau se déploie lentement, prend le temps d’imposer sa montée drone implacablement immersive. Le sublime Close Forever Watching est un modèle du genre. Se focalisant uniquement sur une ascension drone ô combien minimaliste, il suffit que tombe une unique note de piano, grave, pour avoir l’impression de subir une sentence divine. C’est tout de même impressionnant de se rendre compte que, parfois, la musique sait se rendre imposante avec un rien. Mais là où la fascination prend le dessus c’est dans cette impression d’écouter un album sombre réussissant pourtant à vous plonger dans un état proche d’un délicieux coma. Pour cela, Deaf Center accompagne le plus souvent ses créations de quelques touches de piano. On retrouve ainsi deux courts morceaux dont le piano en sourdine est un vibrant appel à l’apaisement.

 

Owl Splinters se révèle être une sublime partition de drone-ambient immersive et introspective. Les 45 minutes de l’album accompagnent alors vos songes. Vous vous surprenez à contempler le vide, à attendre un signe. Et quand celui-ci surgit, vous êtes alors cloué sur place. Remarquable.

 

http://s3.amazonaws.com/typerecords_site/covers/355/type080_cover_medium.jpg

par B2B

Repost 0
Published by Chroniques électroniques - dans disque
commenter cet article
6 mars 2011 7 06 /03 /mars /2011 18:27

Sortie : février 2011

Label : Lumi Netlabel

Genre : IDM, Downtempo, Ambient

Note : 7,5/10

 

Le tout récent et prometteur label rhône-alpin Lumi Netlabel se dédie à l'IDM downtempo, à l'électronica et à l'ambient lumineux. Cette jeune maison ouvre aujourd'hui son catalogue d'une bien jolie manière, en sortant Emotional Prints, une compilation qui convie d'éminents compositeurs du genre. Field Rotation, Melorman, Pleq, Esoteric Sob, Candle Nine, Amorph, Naono, Ametsub, Szymon Kaliski, Afull, Triton et aAirial marquent, chacun de son empreinte, cette pérégrination azurée et méditative.

 

Le monde dans lequel Lumi nous attire respire l'air pur et piquant, et se teinte d'un infini romantisme. Des nappes veloutées gonflent l'espace, les textures frémissent au gré d'un fictif souffle de vent, et les délicats glitchy beats semblent vous courir sur la peau. Onirique, aérienne et génératrice de nobles paysages, la sélection des Lyonnais offre une très belle échappée à qui pourrirait sous un trop plein de bitume. La dimension finement atmosphérique pourrait sembler un brin trop sage, si elle n'était assortie d'un lustre de mélancolie, dégageant toutes les émotions craquelées que chacun de ses fragments pourraient contenir. Le piano et les cordes, récurrents au long de la compilation, s'imposent comme les principaux coupables à cette nostalgie tamisée.

Ce qui me rend si sensible à la mélodie du Still de Melorman m'est inconnu. Mais la gracilité innocente et éprouvée de ses première notes a quelque chose d'intimement bouleversant. The Day Before Yesterday de Field Rotation, et sa très belle instrumentation, renvoient au contraire à des visions singulièrement paisibles et presque pastorales. Dans leur prolongement, le morceau délivré par aAirial, From N to P, m'apparaît comme l'un des plus beaux titres de sa composition. Une longue introduction planante et vibrante d'échos ouvrant sur une dernière minute indescriptible de puissance. Candle Nine également rend une copie troublante de maîtrise. La lente montée de Outpost, le piano allègre, la démultiplication scintillante de la mélodie, et sa douce redescente en font un titre phare de Emotional Prints. L'excellence se poursuit ainsi jusqu'à la fin, distillant quiétude en clair-obscur et spleen lumineux. Citons pour finir l'aiguisé Reflexion d'Amorph, l'émouvant Hypocrisy d'Esoteric Sob, le Entering the Crack of Dawn d'un Pleq égal à lui-même, et surtout le sublime, progressif et vrillé Elastic Squid de Triton.

 

Le label comme la compilation portent bien leur nom. Lumi Netlabel trace un premier trait d'une grâce éclatante, qu'il est plus que recommandé de se procurer, gratuitement, ici. Souhaitons à Lumi de nous offrir encore de nombreuses et futures escapades, à l'aune des nuages.

 

Front.jpg

par Manolito

Repost 0
Published by Chroniques électroniques - dans disque
commenter cet article