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26 juillet 2012 4 26 /07 /juillet /2012 21:08

Sortie : juin 2012

Label : Nothings66

Genre : IDM, Electronica, Glitch

Note : 8/10

 

Quand une pointure comme Ryuichi Sakamoto déclare que The Nothings Of The North est le meilleur album paru en 2009, ça a tout de suite un autre impact et une autre crédibilité. Mille Plateaux l'a ressorti peu après, pour asseoir un peu plus sa volonté de renaissance. Le japonais Ametsub n'en était pourtant pas à son coup d'essai, car Linear Cryptics, sorti en 2006 déjà sur Progressive Form, valait déjà bien le détour. L'avènement arrive parfois quand on y croit plus. Toujours est-il que le succès et la réputation d'Ametsub ont depuis largement dépassé les frontières du pays du soleil levant. Certains festivals l'ont fait jouer aux côtés de références comme Vladislav Delay, Jon Hopkins, Johann Johannson, ou Lorn et Apparat à un autre niveau. Il laisse dans son sillage des compatriotes prometteurs comme Fugenn & The White Elephants ou Geskia. Son nouvel album, All Is Silence, bénéficie d'une attente sans commune mesure cette année. Il est sorti le mois dernier sur le label japonais Nothings66. Voyons si le succès critique et commercial, n'a pas étiolé toute la richesse de sa musique organique et fourmillante d'idées.

 

Depuis son précédent opus, Ametsub est parvenu à réunir ceux qui apprécient l'IDM très geek et ceux qui ne jurent que par la mélodie et les aspects les plus organiques. Qui avait réussi ça jusqu'alors ? Même Boards Of Canada (que j'adule personnellement), sont aussi malheureusement connus pour leur grande anémie au niveau rythmique. Arovane peut-être. L'influence est d'ailleurs plus que jamais probable. Mais il est interdit de citer les intouchables, alors...

Toujours est-il que ce nouvel album plaira aux fans... d'Ametsub. Parce que même si aucun des titres ici présents (ptet Blotted Out ou Vestige for Wind Day avec le temps) ne peut prétendre aux mêmes aspects tubesques (car inattendus à l'époque) que Lichen With Piano ou Repeatedly, les schémas empruntés sont sensiblement les mêmes. Il y a toujours cette totale absence de volonté d'en foutre plein la gueule, alors que derrière ses qualités intrinsèque de composition, se planque quand même une technique sans faille. Le piano est toujours un élément essentiel et narratif. Tout comme ces fameux glitchs, court-circuitant des mélodies pleines de charme et de mélancolie, criardes et bigarrées dans les gammes chromatiques qu'elles évoquent.

Si les termes aériens et atmosphériques sont à bannir de toute chronique qui se respecte, ce sont pourtant des maîtres mots pour qualifier All Is Silence. Il y a aussi cet art de la nuance et de la retenue. Dans la folie douce de certaines vrilles, et dans un certain spleen qui file malgré tout le sourire. La musique d'Ametsub (surtout quand les nappes de synthés sont dominantes) est pour moi comparable à une aquarelle sur un papier peint dans une chambre d'enfant. Avec tout ce que cela comporte d'insouciance, et de représentation naïve de la création. Voilà qui n'a certes rien de révolutionnaire, ceci a été maintes fois tenté. Mais au prix de combien de caricatures et de facilités ?

Il y a aussi les gentilles invitations au dancefloor que l'on trouvait déjà sur le précédent opus. Le mignon Precipice Dive, ou au second plan des caresses d'octaves en aval, au son des kicks incisifs de Dimmur. Mais surtout lors de l'ascension gentiment noisy de Over 6633, et ces spirales finalement assez grossières. Ce titre se hisse pourtant comme un des meilleurs, et probablement comme un des moins attendus.

Citons aussi ces titres qui avec leur air "de ne pas y toucher", se révèlent au gré des écoutes comme les plus réussis. Grâce toujours à cet art d'insérer la vrille, sur Rufouslow et Muffled Blue. On pardonnera donc la présence des deux interludes pas mauvais mais un peu vides de sens, et les lasers ouvrant le très bon titre de clôture : Cloudsfall.

 

Ametsub a fait du Ametsub et c'est sans doute ce qu'il fait de mieux. Mais malgré les renforts de production et quelques incursions un peu plus expérimentales, l'effet de surprise est retombé. Loin de moi l'idée de parler de déception, plus de confirmation attendue tout sauf surprenante. All Is Silence est en tous cas un bien joli disque, qui se singularisera malgré tout en cette année ou l'IDM (l'electronica si vous préférez) subit une période de pénurie créatrice certaine.

 

http://n5mailorder.com/images/n66cd003.jpg

par Ed Loxapac

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25 juillet 2012 3 25 /07 /juillet /2012 10:20

Sortie : 18 Juin 2012

Label : Ki Records

Genre : Techno mélancolique, house éthérée

Note : 8,5/10

 

Le spleen du dancefloor est une marotte. Lorsque vous décidez de regagner vos quartiers, au petit matin, vous êtes pris d’une résignation mélancolique. Comme pris dans un étau, vous vous demandez si ce choix-là était le bon. Cette ritournelle pourtant vous la connaissez, vous savez inlassablement que vous allez devoir lui faire face. Mais pourtant, ce moment persiste et signe son retour inéluctablement, vous plaçant face à vos démons, vous obligeant à tout remettre en question.

Christian Löffler a parfaitement saisi la teneur de cette introspection et au lieu de la nier, il a décidé de la combattre psychologiquement, sans artifices. A Forest sera désormais votre étape transitive, vous permettant de mieux appréhender votre retour.

Album promis à une techno limpide et deep et à une house précieuse, A Forest s’avale d’une traite en maintenant sur toute la ligne une exigence de tous les instants. On ne joue pas à fendre les cœurs si facilement. Ou plutôt non. Pourquoi se compliquer alors que l’on peut déchirer une âme en à peine 3 notes ? La lenteur de Pale Skin est un écrin pour un spleen absolu. Mais Christian Löffler ne se limite pas à l’aspect émotionnel. Son album est bien plus fin. A mi-chemin entre la techno étouffée du Black Noise de Pantha Du Prince (chronique ici) et la deep-house éthérée du Leland de Francis Harris (chronique ici), A Forest est un album adulte où chaque sonorité est réfléchie, chaque ascension contenue. La libération attendra.

Pour mettre à jour de telles partitions, notre producteur fait appel en permanence au field-recording. En puisant dans un environnement sauvage, A Forest apparaît comme un album naturaliste. Ainsi, les cliquetis lointains se mêlent au beat pour aboutir à une techno de chambre. Pourtant, l’euphorie n’est jamais bien loin, venant raviver nos souvenirs. De la violence contenue de Field à la douce bourrasque de Blind, nous avançons tel un funambule, dans un paradoxe continu.

Pour mieux calmer nos envies d’explosions, Christian Löffler convoque, par deux fois, des chanteuses pour des ballades techno-pop en apesanteur. Mohna nous invite à une odyssée aérienne en planeur, sans moteur parasite. La danoise Gry (déjà présente sur l’album de Francis Harris, il n’y a pas de hasard) nous apaise sur un Feelharmonia désabusé.

Et dire que c’est un premier long format ! Christian Löffler signe un ineffable album de techno mélancolique. Le mec arrive à tout mettre dans un seul boitier. En mélangeant deep-house, techno-trancey, techno-pop, spleen, puissance et frustration, parfois tout cela en un unique morceau, on se dit que le génie existe bel et bien. A Forest sera ce pont nécessaire entre la nuit et le jour, ce point de passage permettant de faire la transition en douceur. Vous ne rentrerez plus jamais seul, vous aurez désormais un partenaire sur qui compter.

 

http://media.kompakt.fm/01/assets/releases/fitted/kicd02-a_forest.jpg

 

par B2B

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24 juillet 2012 2 24 /07 /juillet /2012 00:23

Sortie : juin 2012

Label : Ultimae

Genre : Ambient, Acid, Downtempo

Note : 8/10

 

Ce n'est pas la première fois que le scandinave Sync24 s'accorde une escapade en solo, jamais vraiment très loin de sa formation de prédilection : Carbon Based Lifeforms. Daniel Ringström (ou Segerstad, les paris sont ouverts) a en effet fait les beaux jours du label lyonnais Ultimae, avec son camarade Johannes Hedberg aux machines et l'apparition vocale régulière de Karin My Andersson. Après son Source de 2007, il a sorti le mois dernier Comfortable Void, ôde à une certaine acidité (TB-303 for life) et révélant une palette rythmique qui manque parfois à la certes magnifique harmonie linéaire de CBL.

 

Enveloppée dans un voile effervescent, la musique de Sync24 déploie sa narcotique répétition pour fondre sur sa proie sans prévenir, l'hypnotiser avant de la saillir. Comme un phasme Bacilus arrivé sur Terre par erreur. Les basses, angulaires et monolithiques, associées à ces baignades en contrées acides, définissent des fondements presque rétro-futuristes et sont aptes à sortir l'auditeur de son errance comateuse. Ce qu'il y a de plus frappant, et c'est assez récurrent sur les releases Ultimae, c'est cet art de planter des décors oniriques en début d'oeuvre, aux confins d'un psychédélisme sage et d'un soundscaping prononcé,  pour mieux préparer l'initiative midtempo à venir. C'est sûrement aussi pour ça, que les amateurs de techno mentale apprécient les releases du label, avant tout par cette troublante habileté à raconter des histoires sans fin réelle. 

Mais Comfortable Void est aussi un album qui ravira les fans de la première heure de CBL, surtout dans son premier tiers et cette si particulière utilisation des synthés immortels (mais chatoyants), quand le ciel et la terre se toise tout en respectant la symétrie qui leur incombe, avant de tout redéfinir, flouter la vision et brouiller les lois de la gravitation. C'est presque curieux d'y trouver Dance Of Droids à cet emplacement. Les robots ont eux aussi, droit à leur marche des fiertés, en terre aride où ils sont probablement persécutés pour leur moeurs inversés. Le titre suivant, dont le code enfantin est aisément déchiffrable, se révélera comme un symbole ambient dans la plus pure tradition des scandinaves, comme quand les vagues viennent s'abattre sur d'électriques épaves. Avec Nanites et Sequor, c'est probablement le titre le plus riche, avant tout parce qu'ils interviennent en charnière, en éléments perturbateurs. Les gaz et les guitares traitées (on dirait pour le dernier cité, en moins indalouse, celle de Hol Baumann sur Radio Bombay) créent les ondulations du futur bouleversement. Un peu plus loin, les kicks et les basses faussement apaisées, affûtent un peu plus loin leurs appétits de canidés.

Vient alors l'heure des tubes potentiels (nouvel avertissement dans l'oreillette pour inviter à la nuance) qui font lever les bras au ciel pour implorer la pluie, et s'humecter les labiales avant de succomber à la danse toute la nuit. Pas forcément à l'orée de l'excellent Something Something (qui ressemble beaucoup, dans l'utilisation d'un certain clavier, au meilleur d'Anklebiter) mais définitivement à l'invitation du capturé en live Wave et de l'ascensionnel Oomph, que j'aurais bien aimé me prendre en pleine gueule lors de la Nuit Hypnotique l'année dernière à la Filature de Mulhouse. Il fallait bien un titre ambient, nébuleux et contemplatif digne de ce nom pour amorcer le de-crescendo. Celui qui porte le titre un peu facile de There Is No Spoon érigera une fin à la taille de l'album, onctueuse et pénétrante malgré son léger côté 80's (les synthés, encore et toujours).

 

Après le radicalement dancefloor et déstabilisant album uptempo de Solar Fields, Ultimae, en la personne de Sync24, ravive la flamme d'un ambient psyché un peu trop discret cette année. Un très bon album donc, qu'il convient sans peine de recommander.

 

http://f0.bcbits.com/z/40/95/4095256905-1.jpg

par Ed Loxapac

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23 juillet 2012 1 23 /07 /juillet /2012 01:09

Sortie : juin 2012

Label : Home Normal

Genre : Field Recordings, Electronica, Ambient

Note : 9/10

 

Federico Durand fait partie de ces musiciens qui sont avant tout connus de ceux qui les connaissent. On sait qu'il est argentin, qu'il boit du thé, qu'il apprécie la nature et ce qu'elle a à offrir, la poésie de John Keat et qu'il est reconnu par certains labels au pays du soleil levant. Déjà auteur de deux autres albums en 2010 et 2011, dont le salué La siesta del ciprès, il est rapidement repéré par Ian Hawgood, qui dirige l'excellentissime label Home Normal entre l'Angleterre et le Japon. El Libro De Los Arboles Màgicos est sorti le mois dernier, et malgré la désarmante simplicité qui l'habite, il est un des indispensables albums de cette première partie d'année.

 

Home Normal est un label particulier. Qui écoule parfois tous les exemplaires de ses aventureuses réalisations à la période de la pré-commande. Pourquoi se lancer dans une campagne de promotion féroce quand la réputation (et la constante qualité) suffit à elle seule pour assurer succès critique et commercial (sujet relatif quand on presse à moins de 1000 exemplaires) ? Je suis donc comme le commun des mortels, contraint à me ruer sur les vendeurs spécialistes indépendants pour tenter d'obtenir ma copie tant convoitée. J'ai compris depuis déjà quelques temps, qu'il était inutile de harceler Ian Hawgood pour tenter de négocier des réceptions promotionnelles. Voici pourquoi les chroniques d'albums estampillés Home Normal ne sont pas légions, même si ils le mériteraient pratiquement tous.

Malgré son intitulé ô combien évocateur, l'opus de Federico Durand s'élève comme une alternative aux cons adeptes de la méditation dirigée, en quête d'un animal porteur de force au fond d'une caverne trop paisible pour être honnête. Il est aussi adressé à ceux qui souhaiteraient entamer un périple en Amérique du Sud bien différent de celui proposé par un échappé de Cabaret Voltaire entre Mexico et Vera Cruz l'année dernière : l'excellent, caniculaire et rugueux El Tren Fantasma.

El Libro De Los Arboles Màgicos décrit un havre de paix, entre rêve et réalité, en terre argentine, là où vie encore la mère de Durand, aux abords de la montagne Serranita et des rivages de la rivière Anisacate. Un endroit à l'abri des hommes et des tourments du monde, où les plaisirs simples s'accordent avec une flore et une faune luxuriante. Un lieu où l'harmonie ne serait pas un concept vain et obsolète. Un endroit où il ferait bon vivre, et où on accepterait un jour plus facilement d'aller fertiliser les chrysanthèmes.

Des oiseaux qui chantent, une rivière qui rigole, un vent calme qui berce la feuille des arbres... les albums qui témoignent de leur amour transi à Dame nature pullulent depuis déjà bien longtemps dans les bacs du monde entier. Il n'est pas rare de tomber sur des caricatures vides de sens et d'âmes au milieu de toute cette profusion de volupté bucolique. Matthieu sait mieux que quiconque qu'au banc des appelés, on comptera au final peu d'élus. L'album aujourd'hui présenté, malgré sa totale absence de velléités de démonstration et de révolution, peut prétendre à l'excellence.

Parce que son auteur emmènera avec lui sa vérité, entre sa part de réel et celle de fantasme, et qu'il transmet à partir d'un endroit connu de lui seul une forêt d'images, un océan d'élégantes mais simples émotions, où chacun trouvera son propre tabernacle dépourvu de tout symbole. D'être, ne fut-ce qu'un instant, cet enfant sans âge à la coiffe candide et naïve, qui parle à la terre et à ce qu'elle abrite.

Le coeur de cette étrange et minimaliste electronica ne bat pas au son des pourtant admirables field recordings. Elle trouve toute sa substance dans une réverbération limpide et profonde, qui fera basculer une bonne partie de l'oeuvre vers un post-rock suave et pénétrant (comme savaient en faire les Sigur Ros à leurs débuts) ou un shoegaze nouveau, sage et organique, qui n'aurait pas peur de la lumière et de l'absorption salvatrice de certains drones dénués de toutes sombres intentions. L'ombre est parfois limpide et gorgée de chaleur, lorsqu'elle est lâchée par la main qui protège plus qu'elle ne menace. Elle n'est même jamais aussi belle, drapée dans le mystère de son histoire, mais elle n'a plus rien à cacher. Elle fait face à la beauté sauvage et tranquille du lieu. Elle abdique, et sourit, dans ses apparats de boite à musique pour les cadavres des enfants que nous fûmes. Les cordes développent leur simple mélopée une fois sur un arbre perchées, s'envolant vers des sommets seulement accessibles à ceux qui savent encore rêver. Même si il ne transforme en ange sans ailes que pendant 45 minutes les âmes les plus bourrues, au moins, le rêve aura vécu.

 

Sold out très rapidement après sa sortie, il est question que cet excellent album se voit prochainement attribué une (dernière) presse supplémentaire de 200 exemplaires. Inutile de prévenir qu'il y aura là aussi bien peu d'élus. C'est sans doute aussi ça qui rend de telles oeuvres aussi personnelles et indispensables. Devrais-je dire un écrin de bien être, de paix intérieure, face à tout ce qui ne fait que bouillir dans la noirceur.

 

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par Ed Loxapac

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20 juillet 2012 5 20 /07 /juillet /2012 10:45

Sortie : Juillet 2012

Label : Dial

Genre : House, électronica

Note : 8,5/10

 

Je commençais à sérieusement m’inquiéter de n’avoir aucune nouvelle de John Roberts depuis plus de 2 ans. Alors oui, depuis la sortie de l’extraordinaire (et c’est un euphémisme) Glass Eights en 2010 (chronique ici), John n’a pourtant pas été invisible puisqu’il a tourné à peu près partout. Mais le fait de pouvoir vivre un live de l’éphèbe américain ne suffit pas à combler le manque. C’est d’une nouvelle création dont j’avais besoin. Et le gars a beau promettre un nouvel album prochainement, il faut bien nourrir la plèbe. Voilà enfin un EP à se mettre sous les crocs, Paper Frames, sortant inéluctablement chez Dial.

Le plaisir n’est pas intact, il est sublimé. A ce niveau-là de préciosité et de finesse, je veux bien attendre encore 2 ans avant le prochain exercice. Paper Frames est une parenthèse poétique d’une complexité folle, réussissant à développer 10000 idées en 15 minutes.

Se composant de 4 titres pour 2 morceaux véritables, Paper Frames doit se manipuler avec attention. John Roberts semble avoir exclu sa deep-house immédiatement assimilable pour se concentrer désormais sur des constructions beaucoup plus denses mais surtout fragiles. Ainsi, le morceau éponyme est une troublante ballade électronica où le moindre son semble être le fruit d’une longue recherche esthétique, et dont l’ensemble donne l’impression de pouvoir s’écrouler à n’importe quel moment. On n’a pas seulement la sensation d’entendre un simple morceau de musique, mais plutôt de vivre une expérience auditive de 5 minutes. Cette électronica luxuriante, lorgnant par fines touches avec une IDM suave, referme un monde propice aux rêves. Toute vision fantasmagorique semble être la bienvenue. A chacun de tisser sa propre histoire. L’autre morceau, Crushing Shells, révèle une house mutine à la rythmique frondeuse, vous laissant ainsi vous prendre les pieds dans le tapis. Là encore, la luxuriance est de mise, mais avec un aspect émotif davantage mis en avant.

On ne l’attendait plus et c’est sans coup férir que John Roberts vient nous réveiller. En redéfinissant totalement sa musique, il dévoile un nouvel aspect de son monde, davantage ouvert aux expérimentations poétiques. Prend ton temps mec, parce que si l’album à venir est de ce niveau, autant dire qu’on va atteindre des sommets.

 

http://seeksicksound.com/wp-content/uploads/2012/07/SSS-Chroniques-John-Roberts-Paper-Frames-EP.jpg

 

par B2B

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20 juillet 2012 5 20 /07 /juillet /2012 09:50

Sortie : Juillet 2012

Label : Stroboscopic Artefacts

Genre : Techno

Note : 8,5/10

 

Voilà le genre de rencontre qui fait salement saliver : Kangding Ray s’échappant un court instant de Raster Noton pour aller se frotter à l’entité techno de Stroboscopic Artefacts. D’un côté, nous avons l’auteur d’un des plus fascinant album de techno de 2011, Or, ayant reçu la très rare note de 9,5 dans nos lignes l’an dernier (chronique ici) et, de l’autre, se trouve le meilleur label techno de ces deux dernières années (de Lucy à Xhin).

Le français David Letellier poursuit ses constructions électroniques, véritables architectures à la précision chirurgicale. Chez Raster Noton, Kangding Ray se limitait, à raison, à un minimalisme confinant à l’autisme. Sa techno n’ayant pour autre optique que de redéfinir la base par la soustraction d’éléments inutiles. Or est ainsi un monument à l’apparence vide, mais se révélant d’une puissante complexité. Pour ce Monad XI, Kangding Ray a sorti l’artillerie lourde afin de livrer une machine de guerre d’une puissance implacable. Aucun espace vierge n’est envisageable, vous êtes happé pour un combat de 4 morceaux en 20 minutes.  

L’ouverture sur la techno glaçante de Cercle permet de progressivement pénétrer dans un univers glaçant et répétitif. On reste sidéré par la technicité du français, réussissant à dynamiter le moindre kick. Ainsi, lorsque Thar démarre, la meute est lâchée, le rouleau compresseur ratatine votre cerveau et vos jambes. Véritable fuite en avant, le morceau semble annoncer le futur de la techno. Les couleurs ont disparu, les machines ont définitivement remportés le combat. Véritable tour de force annihilant, Kangding Ray n’a plus qu’à dérouler sur les deux derniers tracks. La décharge mentale post-industrielle de Oise arrive à contenir sa puissance en arrière-plan pour un résultat impressionnant de maitrise, pendant que la rythmique de Isib vous plaque au sol avant de vous hypnotiser.

Ce court essai massif de Kangding Ray doit s’écouter fort, très fort, trop fort. Monad XI est d’une puissance dévastatrice. Dans la chronique de Or, Ed Loxapac célébrait la chute du dancefloor, je salue pour ma part sa résurrection sur ses propres cendres.

 

http://www.kangdingray.com/images/KR_monad.jpg

 

par B2B

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19 juillet 2012 4 19 /07 /juillet /2012 03:42

Sortie : mai 2012

Label : Hibernate

Genre : Flûte, Drone, Experimental

Note : 8/10

 

Flûtiste de formation, la forcément britannique Katie English est membre du groupe The Owl Service et s'occupe de son propre label : FBox Records. Elle est par ailleurs plus connue pour son projet expérimental et ambient Isnaj Dui, déjà apparu sur Home Normal, Smallfish et Rural Colours, filiale de Hibernate sur lequel est sorti Abstracts On Solitude il y a quelques semaines. Sa flûte basse étant un instrument propice aux concerts, précisons qu'elle a partagé la scène avec des gens aussi recommandables que Simon Scott, Nils Frahm, Konntinent ou Library Tapes. De quoi imager un peu le propos, et tout le sérieux de la lady.

 

Abstracts On Solitude est une oeuvre opaque, mystérieuse et pénétrante. Bien que définitivement accessible au commun des mortels, c'est probablement l'album le plus étrange que j'ai pu écouté cette année. Plus de par son caractère ambivalent et presque mystique à certains moments, que par sa conception proprement dite. Car même si Isnaj Dui dépeint des aurores bancales et fragiles, les contours principaux de Abstracts On Solitude peuvent se réclamer d'une certaine majesté. Surtout quand les notes les plus graves de l'imposante flûte se noient dans celles du dulcimer (cithare celtique) pour créer un drone onctueux, à la manière d'un baume curatif (Edit, Nature of Light et le magnifiqueThe Last Will Become A Darker Grey). Il y a même de fugaces instants ou les rayons du spectre du jour semblent faire reculer les masses menaçantes potentiellement pluvieuses vers des versants plus lointains et asséchés. Le protocole a même des allures solennelles, au delà du ravissement et des charmes plus immédiats.

Malgré ça, l'album héberge en son coeur des aspects plus tortueux et angoissés, qu'on pourrait même qualifiés d'hypocondriaques. Pas seulement parce que le splendide et très morcelé What Lies Inside fut composé suite à une importante crise de panique. Ce sera bien plus subtilement illustré quand un improbable glitch et des électrons libres se ruent sur la composition classique, pour déchiffrer ses lignes de vie, dans un ballet plus "écho" que "choré"graphique. Ou quand Peripheral Motion et sa simple encordée inquisitrice, laisse échapper sur cette si particulière paix cynique des pets sismiques, qui raviront ceux qui érigent le pessimisme en art de vivre. Ce jeu autour de la dissonance et de l'imprévu a quelque chose d'assez admirable, presque autant que l'art diluvien de la réverb' sur Quarter Wave.

 

Célébrer l'angoisse pour mieux en préparer le contre, ou l'inverse. C'est probablement ce conflit de sentiments, et ces impressions d'oppression malgré la volupté apparente, qui font de Abstracts On Solitude une oeuvre aussi personnelle qu'attachante, abrasive dans son absence de vraies réponses aux fausses questions. Hibernate a encore frappé un grand coup. Nous reparlerons très vite de Isnaj Dui cette année. Puisqu'il y a fort à parier que les quelques exemplaires restants s'épuiseront très vite.

 

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par Ed Loxapac

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16 juillet 2012 1 16 /07 /juillet /2012 10:17

Sortie : 27 Juillet 2012

Label : 50 Weapons

Genre : Techno, bass-music

Note : 7,5/10

 

Rene Pawlowitz, aka Shed, poursuit sa chevauchée solitaire. Auteur en 2010 de The Traveller, album de proto-techno autant minimaliste que fascinant (chronique ici), on ne l’avait pas perdu de vu pour autant. Lui qui officie le plus souvent sur Ostgut Ton, dont dernièrement derrière l’entité de The Traveller pour l’EP A100, a donc décidé de passer chez 50 Weapons, le label des relous Modeselektor. The Killer est la troisième fournée de notre allemand et une fois de plus, l’autisme est de mise.

Se réduisant à l’essentiel, The Killer annonce la domination du rachitisme. Ici, le gourou est le beat. Et plus ce dernier est lourd et massif, plus il se suffit à lui-même. De toute façon, Shed n’a jamais fait dans la démonstration et le concours de bites. Il préfère bouffer la gueule de son public avec une proto-techno autant implacable qu’avant-gardiste (attention, on est tout de même loin de la radicalité d’Emptyset par exemple). C’est ce minimalisme de tête brulé qui confère à The Killer sa puissance. Pourtant, il ne s’agit nullement d’un album violent. Le paradoxe est ainsi permanent, donnant l’impression de se faire ronger les neurones alors même que la rythmique joue la carte de la docilité.

The Killer fait figure de rouleau-compresseur amical. I Come The Night apparaît comme un techno fascisante avec son roulement rythmique glouton. Progressivement annihilant, le morceau se déploie tel une armée de zombies, avec ses murmures lugubres et ses sirènes lointaines sonnant la charge. De même, Ride On donne l’impression de foncer droit dans le mur avec son motif répétitif avant de tomber dans un mouvement circulaire en forme de crise de Delirium Tremens, et un appel au combat vous forçant à affronter vos propres démons. Shed en profite aussi pour retravailler son récent EP, The Praetorian, en le réduisant à des nappes tremblantes.

Malgré l’homogénéité de l’ensemble, on ne sait jamais à quelle sauce on va être avalé. On attend patiemment la suite, dans un mélange de crainte et d’aveuglement. Pour arriver à un tel degré d’hypnose, Shed semble avoir travaillé la masse sonore de telle façon que tous les sons semblent soudés. Chaque track est un poids lourd vous tombant d’un coup sur le crâne, vous réduisant en miettes. Pourtant, on ne peut s’empêcher de penser qu’il manque un petit quelque chose pour rendre The Killer totalement insubmersible. Comme si ce radicalisme imposé était une force autant qu’une faiblesse.

Shed demeure un cas à part dans la sphère techno actuelle et The Killer ne viendra certainement pas contredire cela, l’allemand continuant d’opter pour un minimalisme fracassant et magnétique.

 

http://50weapons.com/files/thumb/290x290/monkey_4facca90449120.37142580.jpg

 

par B2B

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14 juillet 2012 6 14 /07 /juillet /2012 17:30

Sortie : juin 2012

Label : Touch

Genre : Sound Design radical, Ambient isolationniste

Note : 8/10

 

Thomas Köner est un pionnier du multimédia trop rarement cité. L'allemand n'est pas loin des cinquante piges et compte onze albums à son actif, avec celui présenté aujourd'hui. Ingénieur du son de formation, il a rapidement trouvé surfait le simple travail autour des aspects mélodiques, pour se concentrer sur la couleur et le grain du son. Son approche sonique assez radicale lui a valu la reconnaissance de ses illustres pairs depuis belle lurette. Il a énormément travaillé pour le cinéma et s'est illustré avec ses installations sonores bien poussées, en lien avec des évènements très contemporains. Il a parcouru les couloirs du Musée d'Orsay, du Louvre et du Centre Georges Pompidou. Pour ce qui est de sa discographie, disons qu'il a connu les grandes heures de Mille Plateaux, même si ses oeuvres les plus mythiques (et presque introuvables) sont ses quatre premières, parue sur le mythique et néerlandais label Barooni entre 1990 et 1995. Si le préambule ici déroulé ne vous a pas encore convaincu de tout le sérieux du bonhomme, précisons seulement maintenant qu'il est la moitié de Porter Ricks, duo techno tout simplement génial et légendaire. Après un flirt avorté avec Glacial Movements, Novaya Zemlya est sorti le mois dernier sur le label Touch, référence expérimentale si il en est.

 

Bon c'est quoi ça Novaya Zemlya, hormi le point le plus oriental d'Europe, une île entre la Russie et la Norvège qui compte un peu plus de 2000 habitants, et le terrain de chasse idéal pour ceux dont le kiff ultime est de courir nu derrière des rennes et des ours polaires ? L'île, composée de deux parties distinctes de par leur relief et leur climat un peu différent, est habitée par deux spécificités pour le moins surprenantes. Tout d'abord parce que c'est le lieu où le mirage polaire atmosphérique fut pour la première fois observé. Ce qui veut dire en "un tout petit peu plus clair", que l'atmosphère y agit comme un guide d'ondes, et qu'une partie de la lumière émise par le soleil se propage selon une trajectoire inhabituelle et peut être observée sur le côté où la Terre est plongée dans l'obscurité. C'est fascinant n'est-ce pas ? Merci donc à Wikipédia.

Mais la Novaya Zemlya fut aussi un haut lieu des expérimentations militaires russes pendant la guerre froide. C'est aussi là que s'est produite l'explosion de l'AN602 en 1961, bombe à hydrogène et plus dévastatrice arme nucléaire jamais testée. Il doit y avoir un léger petit goût de plutonium dans les cours d'eaux. Cette petite leçon d'histoire vous aura peut-être ennuyée, mais elle pourrait à elle seule faire office de chronique, tant l'album dont il est question est habité par l'histoire, le climat, le relief et les mésaventures de l'île.

Ce qu'il y a de plus troublant, c'est que malgré son probable refus musical (tout est relatif) le son jusqu'auboutiste de Thomas Köner n'est pas dépourvu d'un certain reliquat mélodique. Quelle est la part de field recordings ? Thomas Köner s'est-il rendu sur place ? Mystère, et c'est sans doute mieux comme ça. Car l'auditeur est lui transporté, vers ce nouvel archipel où la perception semble modifiée. L'allemand décrit lui même son oeuvre comme un passeport vers la géographie métaphysique. Ne cherchez pas de drums, il n'y en a pas. On peut néanmoins soupçonner qu'il se soit concentré sur la partie la plus glaciaire de l'île, tant on semble entendre, sur la première pièce de la trilogie, la scission des blocs de glace et la déshydratation opérée par les vents sur les fragments qui demeurent. Tellement que la deuxième partie est presque entièrement conçu de ce souffle chaud propice à la désertification, et de ces graves abyssales qui semblent venir d'en dessous et prêtes à dégommer du subwoofer. Faudrait quand même pas oublier que les nappes phréatiques contiennent un peu de plutonium, même si la paix et un côté chill relatif emplissent les atmosphères de fonte et de renaissance qui suivent les climats blafards et inquisiteurs de la troisième partie.

 

C'est toujours difficile de décrire du son contemplatif et subjectif de ce niveau, sans sombrer dans le lyrisme au jus de minou façon Marc Levy que certains de nos concurrents et amis adorent tant. D'autant plus quand l'introduction faite dans le livret associé par Thierry Charollais, est apte à filer des complexes à n'importe quel chroniqueur en herbe. Cette musique épidermique se doit d'être ressentie plutôt que décrite, à un volume à s'en assommer, avec un matériel de très haut niveau. C'est dommage parce que ce détail (conséquent) rendrait presque l'oeuvre élitiste. Pas en son coeur, mais plus parce que le commun des mortels n'a pas toujours accès à un matos digne de ce nom pour s'immerger dans sa passion. Le casque est encore plus recommandé, si celui qui le porte a la bonne idée de couvrir la moindre source de lumière qui l'entoure. Une oeuvre radicale réservée à un public averti, mais plus que recommandée. Ne cherchez pas de titre dans le player, ça n'a ici aucun sens et vous seriez capables de vous dégoûter à vie du mp3. Peut-être en faudrait-il un dans ce cas.

 

http://2.bp.blogspot.com/-t35qv7uH_oU/T-UxqxEFP6I/AAAAAAAAWSg/RVylzdr3M4o/s1600/Thomas+K%C3%B6ner+-+Novaya+Zemlya+(2012).jpg

par Ed Loxapac

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13 juillet 2012 5 13 /07 /juillet /2012 09:52

Sortie : 23 Juillet 2012

Label : Brainfeeder

Genre : Hip-hop psyché et expérimental

Note : 7,5/10

 

Jeremiah Jae était programmé pour sortir des skeuds sentant bon le compost. Le chicagoan a notamment été élevé par un papa jazzman, dans une posture post-hippie, devenue aujourd’hui une caste formatée à part entière. Entre bouffe végétarienne locavore et vélo à pignon fixe, le mec est cependant parvenu à s’émanciper de cette base pour réussir à créer un son singulier. Le rap de Jeremiah Jae a beau transpirer la skunk par tous les pores, il n’en demeure pas moins une tentative de collage sonore étonnamment réussie.

On suit le bonhomme depuis quelques temps, son EP Rappayamatantra nous avait tapé dans l’œil l’an dernier (chronique ici). A l’époque, Jeremiah Jae quittait sa windy city natale pour aller se dorer la pilule du côté de Los Angeles. Il faut dire que quand papa Flying Lotus vous appelle pour vous proposer un contrat chez Brainfeeder, difficile de résister. Direction la mecque des hipsters : L.A. L’idéal pour notre poulain qui en connaît tous les rouages. Et quoi de mieux qu’une ville inhumaine pour mettre en avant un life-style aux antipodes. C’est que le Jeremiah n’en a rien à foutre de la tune, pour lui, la vraie valeur est celle du cœur (là, vous avez le droit de vous marrer). Maintenant que tous les ingrédients sont réunis, le bonhomme n’a plus qu’à sortir son premier album, Raw Money Raps.

 

Les premiers maxis de Jeremiah Jae étaient prometteurs et l’album ne déçoit pas. Pour autant, difficile de parler d’un véritable album tant ce dernier se structure autour de titres sortis ces deux dernières années. Mais faisons abstraction du subterfuge pour mieux se concentrer sur l’identité sonore de l’objet. Raw Money Raps est un album de hip-hop enfumé et psychédélique, dans la ligne directrice des sorties Brainfeeder, tendance Teebs et Samiyam. Mais Jeremiah Jae va plus loin dans l’esthétique arty. Le gazier est un artiste protéiforme, en adéquation totale avec son époque. On sent poindre l’influence de la peinture et plus particulièrement du collage dans nombre de ses morceaux, que ce soit avec le dadaïste Guerrilla (Evolution Pt. 1) ou le trip sous hélium de Raw Money (Passage). Raw Money Raps est un ensemble de vignettes courtes (la plupart des morceaux dépassant rarement les 2min30) s’enchaînant dans un joyeux bordel. Le pire dans cette partouze, c’est le sentiment de tenir un objet homogène.

Mais se limiter à cela est réducteur. Le plus intéressant se trouve plutôt du côté de la soul. Le flow nonchalant de Jeremiah est souvent couvert par une ambiance de soul malade, à base de micro-samples impalpables et fantomatiques. On passe ainsi du rachitique et abscons Cat Fight au cinglant Greetings (feat. Tre) subtilisant la semence du Psyché Rock de Pierre Henry. Nous faisons face à la soul du futur, prenant racine dans l’explosion des schémas narratifs standardisés. Les histoires ne se racontent plus, elles se donnent à vivre uniquement dans la fragmentation.

 

Raw Money Raps est un ovni hip-hop confirmant le talent de Jeremiah Jae. L’américain s’amuse des codes du milieu pour mieux les détourner. Il en résulte un album bordélique et pourtant sincère et accrocheur. On écoute alors Raw Money Raps comme un ensemble de propositions indéchiffrables, se demandant jusqu’où peut aller l’audace.

 

RAWMONEYRAPS_FINAL.jpeg

 

par B2B

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