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2 octobre 2012 2 02 /10 /octobre /2012 10:22

Sortie : Aout (vinyle) / Octobre (CD)

Label : Perlon

Genre : Micro-house, minimal-house

Note : 8,5/10

 

Dissipons immédiatement tout malentendu. Ce n’est pas parce que Ricardo Villalobos est un DJ écumant tous les clubs de la planète, en particulier ceux d’Ibiza, qu’il est foncièrement un « vendu ». Parce que je les vois déjà venir les aigris : « Non mais sérieusement, Villalobos c’est de la merde ». Bande d’ignorants ! Il est pourtant un fait objectif difficilement réfutable : le Chilien est un des plus grands créateur house en activité. Il faut seulement apprendre à dissocier le personnage médiatique, excellent DJ mais péchant par trop de visibilité (attention, on est tout de même loin de Richie Hawtin qui a fait sa pute tout l’été), du producteur studio, capable de sortir un Alcachofa d’une exigence folle en 2003 avant d’enchaîner avec Fizheuer Zieheuer en 2006, masterpiece de 37 minutes se jouant de tous les codes house en redéfinissant les notions d’espace et de temps (écoute ici). Ricardo Villalobos est un érudit, un mec qui pense et travaille à la loupe le moindre son. Chez lui, la house n’est qu’un trompe l’œil lui permettant d’amener l’auditeur vers des sphères hautement plus élitistes. Ainsi, l’an dernier, il s’était octroyé le droit, avec son pote Max Loderbauer, de revisiter une partie du catalogue d’ECM pour un Re: ECM expérimental, aux confins du jazz (chronique ici).

Il était important de replacer le personnage dans un contexte éclaté car le triple album vinyle (il s’agit d’une simple galette, amputé de quelques morceaux, pour l’édition CD) qui sort aujourd’hui chez Perlon est d’une exigence folle. On n’écoute pas du Villalobos avant d’aller en club, on n’écoute pas du Villalobos en club, on écoute du Villalobos seul chez soi, posé sur son canapé, avec la plus grande attention.

Dependent and Happy est le meilleur album house de Ricardo depuis Alcachofa, c’est dire ! Le chilien a décidé de revenir à la house, dans l’idée de démonter celle-ci pour mieux la reconstruire. Il ne reste désormais qu’une seule balise à laquelle se rattacher : la rythmique 4x4. A partir de cette ossature rachitique, Ricardo se permet toutes les expérimentations possibles, tout en s’efforçant de rester cohérent. La construction de chaque track répond à un souci d’exigence hors-norme. L’élitisme est l’unique limite de l’album. En poussant aussi loin les recherches sur la house, Dependent and Happy tombe parfois dans l’exercice de style pédant. Mais c’est aussi ce parti-pris qui amène l’album vers des territoires vierges.

Pour enregistrer un tel projet, il est évident que Ricardo Villalobos a bénéficié du meilleur matériel disponible. Il en ressort un travail exceptionnel sur le son. En dépouillant au maximum ses morceaux, en tombant dans un minimalisme radical supprimant toute mélodie, Ricardo peut se concentrer uniquement sur les textures et la densité. La house devient micro-house et la moindre sonorité organique. Les sons n’en sont plus, se limitant parfois à de simples apparitions fugaces, n’ayant ni début, ni fin. Comme pour mieux illustrer cette recherche sonore, nombres de morceaux semblent obéir à un work in progress savamment orchestré. On entend parler sur Tu Actitud, la musique étant en arrière-plan avant de lentement prendre l’ascendant pour aboutir un collage d’éléments hétérogènes. Idem avec I’m Counting dont l’enveloppe house métallique s’accompagne de tablâs indiens comme éléments extérieurs non calibrés.

Dependent and Happy est une expérience sensorielle réclamant une étroite participation de l’auditeur. Il faut lentement disséquer les morceaux pour se rendre compte que tout se superpose avec sens, que tout se déconstruit avec préméditation et que le moindre son extérieur sporadique n’est pas là par hasard. Au bout du compte, Villalobos arrive à remettre en cause nos certitudes. Les 14 minutes deZuipox interrogent l’insubmersibilité de la rythmique 4x4, en ajoutant et supprimant continuellement des éléments incongrus. Tout n’est qu’un leurre. Ricardo s’amusant avec notre cerveau, parasitant la moindre connexion, dérivant à sa guise les schémas synaptiques. Inadaptable en club, sauf le temps d’un Kehaus métallique, Dependent and Happy n’en demeure pas moins hypnotique notamment via un Sammia exceptionnel de lancinance, d’inventivité, de nonchalance et d’intelligence. Réussir à maintenir un tel niveau d’exigence pendant 2h30 est remarquable.

Il ne faut pas parler de chef d’œuvre à l’écoute de ce triple album de Villalobos, le terme étant inapproprié. Dependent and Happy relève davantage de la démonstration. Il est clair que beaucoup crieront à l’imposture par tant de vacuité. Après tout, le reproche mérite d’être formulé. Je me range du côté de ceux qui pensent que Ricardo Villalobos est un génie de la musique électronique et qu’il vient de sortir un monstre dont on sondera les moindres recoins pendant des années.

 

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par B2B

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Published by Chroniques électroniques - dans disque
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commentaires

Hero 08/11/2012 16:35

"Pour enregistrer un tel projet, il est évident que Ricardo Villalobos a bénéficié du meilleur matériel disponible."

Oui, le sien. Si vous n'avez encore jamais virtuellement visité son studio c'est ici > http://www.youtube.com/watch?v=Y7GNJcuFnxI

Faya 08/10/2012 15:54

Dubitatif. Je suis Villalobos depuis la fin des 90s...époque ou il était loin d'avoir trouvé le son qui fait aujourdhui sa renommée. Alcachofa reste un album assez incroyable de part son
inventivité et sa capacité à réinventer un genre. Thé au Harem D'archimède est pour moi son disque le plus abouti. Tant au niveau du foisonnement de la production que la qualité des atmosphères
développés. Depuis à part une poignée de maxi je trouve que le Ricardo a bien du mal à se renouveler et à tendance à vider ses productions de la moelle si particulière qu'il avait réussi à
insuffler à une époque.

Un passant 06/10/2012 22:50

Très bonne critique, perso j'ai reçu une claque, qui me semblait plus ou moins inexplicable. L'album est certes difficilement digérable dans le sens où il propose plein de choses assez complexes et
inhabituelles en plus d'avoir un format très long, et pourtant, une vraie claque.

Vous avez très bien exprimé tout ça, et c'est pour cela que je poste ce commentaire. Je vous lis souvent, et vos critiques sont d'une qualité hors-norme. D'autant plus que vous associez la qualité
à la quantité, ce qui est plutôt rare. Je n'aurais qu'une critique à vous faire: parfois un certain "pédantisme" il faut l'avouer lorsque les albums lorgnent vers le mainstream (sans passer par les
cas Justice ou Sebastian je parlerais plutôt des Salem, FlyLo,etc, et ça se ressent même là lorsque vous traitez Richie Hawtin de "pute" alors que, quand même, c'est une énorme figure de la musique
électronique contemporaine, et jouer à Ibiza n'est pas forcément un défaut, suivant la façon dont c'est fait).

Mais, cela est de l'ordre du détail, et il me semble absolument normal de ne pas partager entièrement l'avis ou la sévérité de chroniqueurs que l'on adore, tout simplement car le contraire me
semble impossible tant la musique est infinie.

En bref, c'est plutôt des éloges que je vous fait là. Aussi, je veux juste préciser: Kehaus n'est pas dans l'album. Pourtant vous semblez l'associer avec celui-ci dans une de vos phrases. (du moins
il n'est pas dans ma version, après peut-être que ça peut différer, mais pas à ma connaissance, je préférais donc prévenir ici par précaution)

PS: Je suis un anonyme de sens critique qui ne notait pas ou peu, et PneuRouillé faisait partis de mes éclaireurs favoris. Si ce n'est pas indiscret, pourquoi es-tu parti ? En tout cas il est très
dommage d'avoir fait effacer toute ta collection. Si c'est indiscret dis-le moi je le comprendrais parfaitement.

PS2: Qu'en est-il de la "mort" du site (qui s'apprêtait à renaître) ? Il me semble qu'il était prévu pour Septembre un site neuf, et la fin de ce blog... mais bon, j'ai loupé quelques news,
peut-être que c'est là que s'explique mon ignorance sur le sujet ;)

Bon travail, merci pour tout, et continuez ! Et vive Villalobos ! (par ailleurs la discussion par commentaire est très intéressante: là aussi, cela semble être une particularité de votre site ;) )

Chroniques électroniques 07/10/2012 18:09



Un grand merci pour ces encouragements (et aussi pour les critiques).


Pour répondre à tes 2 questions finales. Pneu Rouillé a pris un peu de recul, peut-être fera-t-il sa réapparition prochainement (personne n'est sur de rien). Le nouveau site va être lancé dans
quelques jours. Patience.



Note noire 05/10/2012 23:29

Villalobos étouffe, sublime, tord, écrase, étire et me fait plaisir.

Raphael 04/10/2012 21:23

Merci de me répondre aussi rapidement. La notion de work in progress est effectivement très intéressante. Pour ma part, Thé au H. d'Arch est beaucoup plus à mon goût qu'ECM. Je ne pense pas du tout
que ce soit un con, mais j'interroge sa démarche intellectuelle car elle me laisse parfois perplexe. En revanche, excuse mon ignorance mais je ne vois pas du tout ce que tu désignes par GRM (groupe
de recherche musicale?).
Aussi, quels sont tes critères pour apprécier une production de Villalobos?
- la technique ( qualité du son, construction des rythmes...à tout hasard, je n'ai aucune compétence dans ce domaine)?
- la palette de sentiments que les morceaux te procurent ?
- Autre chose?
Penses-tu qu'on ne puisse apprécier son talent qu'en ayant une oreille affinée, ou des notions de création de texture des sons en studio?

Désolé d'être aussi insistant, mais j'ai besoin de mettre certaine choses à plats concernant cet album et la discographie de RV en général, et tu es la seule personne passionnée avec qui je puisse
en discuter.
J'ai lu un jour par hasard sur un blog de musique un chroniqueur qui apparentait la morphologie du son d'Alcachofa à celle d'un reptile, une forme glissante sans ossature, froide et sensuelle à la
fois. Ca m'a paru très juste. Ce serait peut-être une façon d'aborder la question, qu'en penses-tu?

Par ailleurs j'aime beaucoup ce site, la pertinence et la tempérance de vos critiques, je vous souhaite plein de bonnes choses.

Chroniques électroniques 05/10/2012 11:04



Mes critères pour apprécier Villalobos sont les mêmes que pour n'importe quel autre album ou artiste. J'écoute une petite dizaine de nouveautés par semaine, cela se fait majoritairement en
diagonale. Dans cette dizaine d'albums, mon oreille va s'arrêter à un moment donné sur un son, une texture, une densité, une mélodie,... peu importe, au final, c'est ma subjectivité qui l'emporte
et qui doit être touchée irrémédiablement. Une fois cela fait, j'écoute l'album avec une grande attention, dans des conditions d'écoutes optimales (au casque, fort et dans un format d'écoute
acceptable, ce qui exclue le MP3 inférieur à 320 kbps).


Je ne suis pas un spécialiste de la technique car je ne suis pas musicien (malgré une formation classique). C'est plutôt le fait d'écouter à peu près tout ce qu'il se fait en musique électronique
(et particulièrement en techno, house et ambient), depuis une petit paquet d'années, que j'ai pu digérer un certain "savoir-faire" de la part des artistes. Mon oreille s'est affinée sans jamais
virer du côté de la technique pur. C'est le ressenti qui m'importe en premier lieu.


Pour Villalobos, j'admets être fan des DJ-sets du bonhomme, surtout lorsqu'il est en all-night long (j'ai un grand souvenir d'un set aux Nuits Sonores où il avait attendu près d'une heure avant
de lacher le premier beat). En matière de production, je le suis de près aussi, écoutant régulièrement ses albums. Ses créations relèvent me fascinent dans leurs approches rythmiques (le Fizheuer
Zieheuer est abyssale à ce niveau là), dans les textures organiques. Maintenant, au niveau des émotions, rien, il ne se passe rien. Et pourtant, je suis conquis. Si je devais rapprocher cela de
l'art contemporain, je dirai que les albums de Villalobos sont comme les structures de Sol LeWitt, des assemblages minimalistes blancs se superposant, se chevauchant, pour aboutir à une
redéfinition de l'espace. Avec Sol LeWitt, l'émotion est , absente mais il se dégage pourtant une maitrise absolue de l'environnement, tout comme un questionnement sur la notion d'espace.
Villalobos fonctionne de la même façon. En supprimant l'aspect émotionnelle (ce qui fait dire à de nombreux auditeurs que ses albums sont chiants), il se concentre uniquement sur le temps et
l'espace. Il tente d'ouvrir de nouvelles perspectives à ses auditeurs. Et c'est là qu'intervient d'ailleurs le GRM (il s'agit bien du Groupement de Recherche Musicale) dont Villalobos semble être
un pont.


 


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