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18 septembre 2012 2 18 /09 /septembre /2012 10:29

Sortie : Août 2012

Label : Triangle Records

Genre : Downtempo

Note : 7,5/10

 

TRI▼ANGLE Records fut le label hype de 2011 et quand je dis hype, je pèse mes mots. Adoubé par tout un pan de la presse indie, le label new-yorkais joue pourtant inlassablement la carte de l’esbroufe. J’en veux pour preuve cette soirée au Point Ephémère en février dernier où se sont plantés en long, en large et en travers des branleurs comme Balam Acab et oOoOO. Quand on décide d’arborer une attitude pédante sur scène, mieux vaut assurer derrière les mecs. Mais non, ce fut tout simplement d’une médiocrité affligeante. Pourtant, en toute fin de soirée, un artiste m’a permis de réévaluer le label. Holy Other, se cachant sous un drapé, livra alors un live immersif et enfumé. A l’époque, l’anglais avait seulement sorti un EP prometteur, With U, sorte de downtempo cadavérique lorgnant sporadiquement vers un dubstep à la Burial, minimaliste.

Maintenant que la hype est un poil retombé autour de Triangle Records, Holy Other en profite donc pour sortir son premier LP, Held. Bien que réticent, je me suis frotté à l’objet en essayant d’oublier tout le bordel inaugural. Et pour une bonne surprise, c’est une bonne surprise !

Il faut s’imaginer Held comme un parcours nocturne dans un Londres démembré. On avance à tâtons, les yeux mis clos. Holy Other garde son approche downtempo enfumé, excluant toute tension. On se laisse vaguement porter par cette atmosphère spectrale et par ces voix cadavériques jouant avec les clichés, mais réussissant pourtant à être transcender par une atmosphère cinématographique gorgée d’images.

Pourtant, je ne suis pas dupe et je sais que la plupart trouveront cet album anecdotique. Alors oui, la musique d’Holy Other n’est en rien extraordinaire, mais en même temps, ça m’a toujours soulé les concours de bites, à celui qui sortira le son « parfait », la rythmique la plus complexe. Je m’en fous qu’Holy Other fasse dans un downtempo immédiatement digérable, bien au contraire. Ici, le pouvoir d’attraction n’est pas dû à une mélodie complexe mais à une atmosphère délétère comportant son lot d’incertitudes. L’attraction devient alors immersion, aboutissant à une fascination primaire. Il suffit de tenter une écoute nocturne en voiture sur le périph’ pour s’en convaincre.

Held n’en demeure pas moins contextuel et je doute de la pérennité d’un tel album mais la problématique n’est pas là. Holy Other vient de sortir le meilleur (le seul ?) album venant de Triangle Records. Cette singulière errance nocturne demeure un insolite paradoxe.

 

http://i1.sndcdn.com/artworks-000026761357-cnyk1o-crop.jpg?6425e9e

 

par B2B

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17 septembre 2012 1 17 /09 /septembre /2012 16:36

Sortie : août 2012

Label : Koen Music

Genre : Noise, Abstract, Experimental

Note : 8/10

 

Propriétaire et tête pensante des labels Home Normal, Nomadic Kids Republic et Tokyo Droning, Ian Hawgood trouve aussi du temps pour composer sa propre musique. Les fins observateurs auront remarqué ses collaborations avec Bvdub, ses albums Wolfskin (première release du label Hibernate) et Snow Roads, ainsi que la collection de remixes de qualité supérieure Slow Films in Low Light. Si j'observe pour ma part avec la plus grande attention les sorties estampillées Home Normal, les déjà innombrables écoutes du merveilleux Sparks de la troupe Black Elk (ici) continuent de me donner des insomnies. Les multiples occupations du britannique installé au japon, contrastent avec son intriguant besoin de sommeil. On s'étonne donc, même avec grand plaisir, de le voir créer un nouveau label. Koen Music avait déjà accouché du Sparks cité plus haut. Evoquons donc aujourd'hui The Shattered Light, qui entama cette énième nouvelle direction. Car la force, l'originalité du projet et l'artwork qui l'accompagne, hissent déjà Koen Music comme une maison dont on attend énormément dans les mois à venir.

 

Si Ian Hawgood a toujours fait du son pour lui, dans un souci de toujours se renouveler, même sans jamais se soucier de ce qu'on en penserait, ou de comment l'auditeur tenterait d'analyser sa musique. C'est sans doute encore plus vrai pour The Shattered Light. La musique est parfois un irrésistible appel. Un défouloir salvateur et nécessaire pour ne pas céder à l'angoisse. Ou pour que la création s'élève comme une alternative à la procrastination. A tout ce qui échappe et nous dépasse aussi.

On parle souvent du processus de gestation long de certains albums, souvent pour ne rien en dire. The Shattered Light a mis quatre ans à apparaître dans une version publiable. Et c'est un évènement dramatique qui lui permit de voir le jour. Quand le britannique apprit le décès soudain de son père. Cet album est le fruit d'innombrables heures d'enregistrement, armé de deux de ses six cordes (une Fender Jazzmaster japonaise et une American Tele), de son tape recorder favori, d'une pédale de distorsion, d'amplis féroces et de tout ce qui lui tombait sous la main. 

D'où ce besoin de se créer un espace propre et sécurisé, isolé du tumulte extérieur. Pour se concentrer sur cette avalanche de sentiments, qui submergent les heures sombres où les vestiges de l'enfance s'envolent. Je ne sais plus qui a dit qu'on ne devient réellement adulte que lorsque on a perdu ses parents. C'est pas complètement con, surtout si on sort un instant des postures aisées de l'enfance tortueuse et des classiques conflits oedipiens. On se prend alors à ne rien vouloir oublier, de l'odeur unique de l'aftershave, aux éventuelles heures où papa bonheur portait ses lourdes chevalières. Le premier souvenir côtoie alors celui où on apprit qu'un jour la faucheuse nous emporterait aussi. L'imposante et inéluctable responsabilité qui incombe au fils, de devenir père à son tour. L'heure où les photos craquelées par le temps ne retranscriront plus les traits qu'on a bien voulu retenir. Il restera alors la quête de l'esprit paternel. Cette persévérance à maintenir la lumière de ce père plus ou moins sévère, persécuteur, permissif, perméable, pernicieux ou même hypermétrope. Pour qu'avec toute la nuance qu'il pouvait contenir, son simple souvenir s'élève comme un phare dans la nuit et son délire.

C'est tout cela qu'évoquent les moindres mesures de The Shattered Light. Car au delà des lignes de guitares ne réside plus que le vide. Comme la lente montée de tension exceptionnelle de My Mountain Empire, où les guitares évoquent surtout la saturation et la surcharge des sentiments d'angoisse, de manque et d'oppression. Là ou la colère tutoie et insulte l'incompréhension. Cette même collision d'énergie et de sensations maculera les excellents titres The Truant Heart et The Eternal Loss. Jusqu'à ce que les esquisses de Seas Of Silence ne révèlent les contours d'un certain apaisement, d'une paix relative et de certains aspects affectueux, qui éclateront en pleine lumière sur la magistral titre qui donne son nom à l'oeuvre. Il restera alors, cette neige parasitaire et magnétique, grésillant les schémas de la conscience et cette presque impression de communication avec l'au-delà (Where Shadows Never Fall).

 

Oeuvre abstraite, instrumentale et expérimentale difficile à "chroniquer", The Shattered Light a le don de donner la chair de poule sans jamais céder à un pathos éculé. Même si une fois encore, le matériel et le format d'écoute ne pourront qu'amplifier ou réduire certaines difficultés d'accès. L'expérience, dédale personnel et obsédant, mérite d'être vécue. Avec le risque que certains, même coutumiers du genre, ne restent définitivement sur le bord de la route. Nul n'est égal face à la lumière. Au nom du fils, et du père.

 

http://www.fluid-radio.co.uk/wp-content/uploads/2012/07/Cover4.jpg

par Ed Loxapac

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13 septembre 2012 4 13 /09 /septembre /2012 09:34

Sortie : 10 Septembre 2012

Label : Ostgut Ton

Genre : Techno

Note : 8/10

 

C’est quand même de la triche de sortir un album sur Ostgut Ton. De la triche parce que le sound-design y est en permanence impressionnant et que la possibilité d’exploiter l’artillerie lourde du Berghain pour observer les répercutions directs sur les danseurs supprime les règles du jeu. Pire, la tendance à la redéfinition du son techno par le prisme des sorties estampillées Ostgut Ton sépare aujourd’hui le monde de la techno en deux catégories : ceux qui bénéficient d’une puissance sonore hors-norme et les autres, la plèbe. Tout cela pour finalement se demander : si Barker & Baumecker n’avaient été pas dans l’écurie berlinoise, Transsektoral aurait-il été aussi implacable et captivant ? La question mérite d’être posée mais ne doit surtout pas empêcher d’apprécier l’album comme il se doit.

Barker & Baumecker ont beau être des fidèles de l’antre berlinoise (autant au Berghain qu’au Panorama Bar), il faut bien avouer que la carrière passée des deux gaziers nous est totalement inconnue en France. D’ailleurs, inutile de revenir dessus car cela a peu d’intérêt.  Ce qui compte c’est que les deux bonhommes ont eu le temps de digérer l’espace proposé, d’en humer les moindres recoins. C’est con à dire mais cela a une influence prépondérante dans leurs travaux (et cela vaut pour tous les résidents du Berghain sortant un album).

Transsektoral est le premier exercice long-format du duo et il permet de retrouver Ostgut Ton après une année 2011 assez convenue et un début 2012 plutôt anecdotique. On retrouve ce parti pris radical, ce besoin de pousser l’auditeur vers des sphères inconnues. Le public néophyte en matière de musique électronique et qui pourtant veut absolument se rendre au Berghain, en ressort souvent dubitatif car le son proposé n’est pas qu’un assemblage de tracks techno bien droites, au contraire, le lieu sait laisser parler la musique expérimentale, les blancs et les appels d’airs. Et Barker & Baumecker savent combien un morceau minimaliste peut être bien plus étoffé qu’une explosion de testostérone. Mais s’arrêter là serait encore trop facile tant la puissance d’Ostgut Ton ne suffit plus à étonner le quidam. C’est ainsi que les machines analogiques ont décidé de prendre les commandes en y ajoutant de redoutables aspérités.

Transsektoral n’est pourtant pas un album de techno radical, il s’agirait plutôt d’un lent poison. L’album se scinde en deux parties distinctes. Les premières plages mettent en place une techno pour public exigeant car difficilement transposable sur une piste de danse. Shlang Bang est trébuchant, Crows claustrophobique tant les basses sont étouffées et les sonorités monochromatiques rachitiques. Cette première partie installe l’auditeur dans une noirceur de velours, où le beat se mélange à des nappes ambients crépusculaires, osant parfois s’aventurer vers un dubstep abyssal. Trans-it opère un changement significatif. A partir de là, l’album plonge dans une techno racée et hautement marquée par Detroit. Le métissage entre l’analogique 90’s de le Motor City et l’organique 10’s de Berlin aboutit à des morceaux puissants mais marqués d’une profonde humilité. Il n’en demeure pas moins que Buttcracker fait figure de machine de guerre radicale et froide. Le moindre beat vous claque dans les oreilles, vous obligeant à vous tenir aux murs, avant un finish démentiel, à rendre Mad Mike fou de jalousie.

Barker & Baumecker se paient le luxe de finir sur un morceau à la Border Community (où comment donner une leçon à Nathan Fake) via un Spur saisissant. Ces 10 minutes d’osmose, de tremblements et d’ascension émotionnelle démontrent que Berlin est aussi capable de faire parler les cœurs. En achevant ainsi leur album, le duo nous laisse hagard. On se frotte les yeux, cherchant la lumière qui a définitivement disparu.

Barker & Baumecker signe le grand retour d’Ostgut Ton. Transsekotoral permet de conjuguer la puissance du sound-design berlinois avec les aspérités de l’analogique. Voilà un LP qui risque de faire mal, très mal en live.

 

http://www.moduledistribution.com/wp-content/uploads/2012/08/COVER_Barker-Baumecker.jpg

 

par B2B

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11 septembre 2012 2 11 /09 /septembre /2012 01:07

Sortie : juillet 2012

Label : Raumklang

Genre : IDM, Indus, Downtempo

Note : 7,5/10

 

James Church, résident de l'Alaska, fait du son depuis déjà un petit moment.  Même avant qu'il ne contribue humblement, aux côtés de Paul Nielsen (Tympanik), Shannon Malik (Signifier), Kirdec et Miguel de Sousa (parmi tant d'autres) à l'élaboration de l'aujourd'hui mort webzine Connexion Bizarre. Il a depuis créé son propre label, CRL Studios, où il publie ses propres releases ainsi que celle de ses potes. Il met en avant deux facettes de sa personnalité artistique, l'une, plus agressive et plus intraçable en tant que Lucidstatic. L'autre, définitivement orientée vers une IDM teintée d'indus et de tribalisme narcotique : Pandora's Black Book. C'est avec cet avatar qu'il signera à mon sens sa plus belle réussite : Black Brothel, en 2009, millésime d'exception pour Tympanik. Raumklang Music, label dirigé par Dirk Geiger (autre artiste proche de Tympanik), lui ouvre en grand ses portes pour publier le présent Divergent.

 

En bon originaire des contrées glacées, Jimmy Church a su parer sa musique d'un étincelant spectre polaire. Surtout pour ce qui est de transmettre une bonne part d'onirisme à ses grasses nappes ambient. Même si Divergent est à envisager définitivement comme originaire d'un terreau downtempo, la palette rythmique tient ici une place conséquente. Tant et tellement, qu'il y a parfois comme une sensation de surcharge. L'impression que le cul entre deux chaises de l'américain, ne sait si il doit privilégier et donc s'asseoir, sur la partie rythmique ou sur l'atmosphère en général. Un peu comme si Lucidstatic voulait sortir de la boite de l'hibernation, pour péter le nez de PBB. Ce léger reproche trouvera sa source surtout en fin d'album, avec ce petit excès de strates et de maelström rythmique.

Car pour ce qui s'agit de l'ambiance et du rythme, Church est tout sauf un manchot. Car même si Divergent n'a pas la force torride et frénétique de Black Brothel, il contient son lot d'atmosphères ambivalentes à souhait. Là où la beauté limpide fréquente parfois d'obscures sanctuaires fleurant bon la pisse frelatée et les vapeurs froides de crackhouse. L'américain est un fan de la première heure du génial Tricky (même si, ça comme le reste, c'était mieux avant). On ne pourra pas réellement parler ici de propres influences, mais le même goût pour les ambiances claustrophobiques et malsaines est bel et bien là. Cet art de la synthèse difficile qu'est ce genre de downtempo, trouvera son apogée lors des excellents Burrowers et Formula 51. Quand ses glitchy beats donnent un tassement vertébrale à une nappe métastasée, on peut même dire que ça surbute carrément.

Notons également que l'aspect tribal, bien que discret, sera suffisamment bien maîtrisé pour ne pas tomber dans la caricature et le kitsch. J'en veux pour preuve le tout début de l'opus, où les glaces semblent pénétrées par des nuées de djinns haschichins. Saluons aussi les boursouflures saturées, ainsi que les tonalités vicieuses et écholaliques de Suspect. Tout comme le débordement âcre et diluvien des antagonistes Empty Spaces, ou le sépulcral Fear Of Tomorrow.

On regrettera par ailleurs que ce qui relevait au départ de l'onirisme (en terme de synthés) sombre un peu parfois dans l'ésotérisme éculé. Tout comme encore une fois dans ce sérail, le non apport de remixes pourtant pas mal branlés.

 

James Church livre ici un album certes imparfait, mais incontestablement sérieux et abouti. A l'heure ou sans même le sentir, tout un pan de cette scène se mord la queue tous crocs dehors, l'américain livre une copie qui comporte prises de risques et rigueur. Ne serait-ce que pour ça, le boulot est à saluer. De son côté, Raumklang se hisse petit à petit au même rang que les labels phares du genre. De quoi agrémenter à terme, les pantagruéliques barbecues de Dirk Geiger.

 

http://www.raumklang-music.de/uploads/images/l_release_32_5a4e1w0q3z.jpg

par Ed Loxapac

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9 septembre 2012 7 09 /09 /septembre /2012 02:25

Sortie : septembre 2012

Label : Audiotrauma/ant-zen

Genre : Indus inspiré

Note : 8/10

 

Que ce soit en compagnie de son frère au sein de Chrysalide, avec Punish Yourself ou seul, Arnaud Coeffic a traîné ses guêtres d'éternel rebel sur les scènes de toute l'Europe. Bien qu'un peu en marge, son label Audiotrauma et son side project Sonic Area, ont toujours reçu le respect de la scène industrielle, et des labels majeurs qui constituent cette niche alternative. Je ne suis personnellement pas vraiment fan du côté "riot" et des postures un peu adolescentes pas toujours crédibles de Chrysalide, mais il faut reconnaître que le travail de Arnaud autour du son est énorme. Presque autant que sa vision de la musique industrielle et sa culture musicale au sens large. Qualités aussi rares qu'immenses, qui lui donnent toujours un coup d'avance (en matière de textures, de son brut et de puissance live), au sein d'une scène industrielle qui compte trop peu de Empusae, de Kirdec ou de Philipp Munsch. Ceux qui ont pu le voir au Noxious (autre fait d'arme d'Audiotrauma), à la Halle des Chars à Strasbourg ou au festival de la musique électro-industrielle de Paris, s'en souviennent encore. L'art de la mise en scène, associé à la puissance brutale, engendre même des comparaisons avec les regrettés X Makeena. Il fait de plus partie des artistes qui savent ne pas s'éparpiller. Sa discographie compte en douze ans : six albums dont une collaboration. Music for Ghosts jouit donc d'une certaine attente. C'est l'occasion d'une nouvelle association entre les strasbourgeois d'Audiotrauma et les bavarois de chez ant-zen.

 

Si cette Music for Ghosts est bien hantée de spectres plus ou moins flippants, on y préférera les moments teintés de romantisme sombre, où les poitrines opulentes des âmes déchues dégueulent littéralement de leurs cellules corsetées. Ou quand l'univers opaque de Lynch rencontre celui de Dario Argento. On ne saurait dire si les instrumentations classiques relèvent du pur sampling ou de compositions personnelles. Même si je pencherais pour ma part, pour la première hypothèse, il n'empêche que ces aspects classiques grandiloquents apportent un réel actif esthétique à l' ensemble de l'oeuvre. Ce qui pourrait laisser penser que l'album est aussi, hanté par les névroses, les fantasmes et les hallucinations de son auteur.

La palette rythmique et sonore est impressionnante, comme souvent. Il n'y a qu'à constater les premières secondes très "sound design" de Never Ever More, les breaks de The Endless Staircase, ou cette habileté à cisailler la mélodie de blasts abrasifs sur l'excellent The Infernal Clockwork, pour se convertir au constat. On n'est pas là dans la bête et méchante enluminure, Arco est un véritable orfèvre du son. Même quand on persiste à dire qu'en général, les interludes ont peu d'intérêt ainsi qu'un définitif côté old-school, le voile craquelé autour du piano de Dead Muse a le don de poser le doute. Que dire de l'intraçable Eureka, entre déflagrations noise, mélopées Mozartiennes et inspirations baroques. Ceci doit en live, gagner encore en puissance et en maîtrise.

J'avais pourtant eu un peu peur, à l'écoute du néanmoins sympathique The Living Caroussel, qu'il se prenne les pieds dans le tapis en oscillant de la sorte, entre ses postures de chef d'orchestre et de Monsieur Loyal. Ce sursaut ré-apparaîtra au son des voix trafiquées de clôture, du pourtant très bon jusque là Middle Night Ballet, qui me rappellent un peu trop celles entendues sur le 2010 de Chrysalide, et qui confirme que n'est pas Atari Teenage Riot qui veut.

La deuxième partie de l'ensemble laissera la place à des titres extrêmement ambitieux, pour ne pas dire pharaoniques, dans la recherche des accointances entre l'Indus et les sphères classiques. L'oreille un peu trop critique, constatera peut-être que certains passages connaissent la lourdeur et les excès de certains vieux peplums italiens. Les autres ne retrouveront rien à redire aux imposants Inframonde et Haunted Hall Motel Ballade. Pour le deuxième cité, accueillons avec bonheur ce saxo venu de nul part, et ses drums un peu plus naturelles. Tout comme les vrilles improbables et la sans haleine épopée rythmique de The Magic Storytellers. L'album se fermera au son de la martiale et tragiquement sollenelle Funeral March Of An Empire.

 

Bien que souffrant à de très rares moments des excès de ses ambitions, Music For Ghosts est un bordel maîtrisé mais inétiquetable, et demeure une oeuvre aboutie et originale. Un album qui fait du bien aux sphères industrielles et à une certaine idée de l'indépendance. Bien loin donc, de ce qu'on peut parfois reprocher, plus ou moins honnêtement, à certaines facettes du label Audiotrauma. Un album recommandé, qui ne peut que profiter d'une seconde vie en live.

 

http://www.arcotrauma.com/wp-content/uploads/2012/03/MUSIC-FOR-GHOSTS-promo-fly-webfly-2.jpg

par Ed Loxapac

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8 septembre 2012 6 08 /09 /septembre /2012 00:28

Sortie : septembre 2012

Label : Touch

Genre : Noise, Ambient, Sound Design

Note : 8,5/10

 

Il est impossible d'évoquer le cas du finlandais Mika Vainio sans le relier à l'oeuvre de Pan Sonic, duo qu'il a formé avec Ilpo Väisänen. Même si il est de bon ton de rappeler que Sami Salo avait participé à la réalisation de leur premier album : Vakio. Peu veulent bien se rappeler les liens intimes et complexes qui unissent l'indus et la musique concrète. Les finlandais ont de la mémoire. Pour faire court et précis, disons simplement que Pan Sonic est le châinon manquant entre Pierre Henry et Einstürzende Neubauten, entre John Cage (happy birthday) et Throbbing Gristle. Tout ça en arborant la noblesse déchue du terme minimaliste. Chacun peut débattre de ce qui représente leur meilleur réalisation, il doit même y avoir des forums spécialisés pour ça. Toujours est-il que même leur dernier opus avant la scission en 2009, Gravitoni, même si il n'avait réellement rien apporté de nouveau au sillon du duo, avait mis tout le monde au garde à vous. Vainio suit depuis son aride bonhomme de chemin, lâchant des albums de fous (avec Fennesz parfois) sur des labels aussi sérieux que raster-noton ou les Editions Mego. Le génie renvoie parfois à une certaine arrogance. C'est sans doute pour cela que certains de ses albums, comme son Life de l'année dernière (ici), souffrent de critiques un peu faciles et de sous-estimation. FE3O4 est sorti il y a tout juste quelques jours chez Touch, et aimante déjà les commentaires.

 

Oeuvre radicale et abrasive, FE3O4 ne fait pas mystère de sa substance. Elle est pourtant faite d'alliages et de textures antagonistes, sous l'étendard rare et risqué de l'électrocité. A ce niveau là de textures et de procédures, on ne peut même plus parler de musique. Ni même de glitch, de drones ou de blasts. Le grain est unique, hyper soigné même dans ses décharges les plus sévères. Quand on sait que Vainio a à ses côtés une légende vivante du mastering en la personne de Denis Blackham, on peut jouer les érudits l'espace de cinq minutes, mais ne nous mentons pas. La surprise est de taille, même pour les coutumiers de Pan Sonic, Vainio, du harsh doom/noise et des postures de ces putains d'autistes de Sunn O))).

Si ce disque est aussi terrifiant, c'est parce que son autopsie est publique (les cris de la machine sur l'exceptionnel Magnetism). Parce que l'auditeur se prend chaque soudure dans la gueule comme autant de gnons, pénétré dans son fort intérieur par l'hyper-conductivité des déflagrations. Même au moments les plus contemplatifs de Magnetosense et Magnetosphere, cet horizon désertique, à perte de vue, provoque vertiges et palpitations. Sans clichés ni enluminures, Vainio fait du son industriel d'anticipation. C'est peut-être ce qui le rend pour certains si arrogant, si prétentieux.

D'autres, plus nuancés et forcément plus conquis, ne pourront que se délecter de trouver au milieu de pareille fournaise une froideur létale, un pragmatisme anarchique dans la manière d'exposer les coutures du sound design. Bénis soient les fous que nous sommes, aimantés par un son magnifique mais dérangeant glorifiant l'atome. L'expérience comprend son lot de terreurs et de sueurs, renvoyant à des émotions diaboliques mais jamais malsaines.

Le silence est un acteur sensible, parfois pesant dans ce genre de sons. Son second rôle n'est pas à envisager comme un vil subalterne. C'est la parcimonie de ses apparitions qui forme tout son vice. Tout comme le jeu autour des volumes, des ondulations des fréquences. Citons alors l'inquisiteur et apocalyptique Magnetosone pour calmer les trop nombreux apprentis sorciers des sphères expérimentales.

La plus grande invention du diable est d'avoir fait croire à l'homme qu'il n'existait pas. C'est sans doute pour ça qu'une partie non négligeable de l'album (vers la moitié) inonde l'auditeur dans une torpeur presque anesthésique. Pour qu'il se prenne la quenelle au moment où il ne s'y attend plus. Elle viendra dès l'entame du psychotique Elvis's TV Room, avec cette texture de glitch venue d'on ne sait où. Les fréquences crient pour laisser échapper encore une fois cette putain de cigale mutante venue des profondeurs infernales. Avant que ses dernières flatulences ne viennent crever, concluant l'oeuvre par dix secondes de saturations glitchées aiguës, qui peuvent tuer votre animal de compagnie préféré.

 

Qu'on le veuille ou non, Touch a encore fait super mal cette année. FE3O4 n'est pourtant pas une simple oeuvre supplémentaire à créditer à leur compteur. C'est une boucherie, réservée à un public averti. Un truc qui te renvoie à des rêves et des idées impossibles. Celle de se fâcher définitivement avec ses voisins hippies militants de l'anti-nucléaire. Ou celle d'un set de Mika Vainio vs Thomas Köner vs Lustmord, annihilant les hipsters qui filment les concerts de Rock En Seine avec un Ipad. Ne serait-ce que pour ça, aussi physique et malmenante soit-elle pour l'équilibre et l'oreille interne par extension, l'expérience mérite d'être vécue.

 

http://static.boomkat.com/images/594163/333.jpg

par Ed Loxapac

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7 septembre 2012 5 07 /09 /septembre /2012 19:12

Sortie : Août 2012

Label : Domino

Genre : Electro bordélique

Note : 6,5/10

 

Dan Deacon c’est l’anarchisme à l’américaine. Avec lui, la révolution est joyeuse et ludique et donne l’impression de s’adresser avant tout aux enfants. Et comme les états-uniens sont de grands gamins, le programme semble tout tracé.

Depuis une dizaine d’année, notre geek distribue une musique pour le moins unique, apparaissant comme un mélange mal digéré d’électronica, de pop, de noise et de 8-bit, le tout malaxé sur une rythmique à 180 BPM. Il a fallu du temps pour que ses créations soient reconnues, plus exactement 2007 et la sortie de Spiderman Of The Rings. Mais ce qui vaut à notre bonhomme un tel capital sympathie, ce sont ses prestations live absolument démentielles. C’est con à dire, mais qui n’a pas vécu une telle expérience peut difficilement en saisir la portée. Dan Deacon a pris l’habitude de jouer au milieu du public avec tout son arsenal harnaché autour du corps. Le public n’est pas invité, mais obligé de donner du sien, que ce soit dans des danses crétines ou des chorégraphies grand-guignolesques. Toute cette mise en scène aboutit à une transe collective surréaliste, ou des litres de sueurs finissent par s’envoyer en l’air. L’expérience relève de la thérapie de groupe.

Tout cela pour dire qu’il faut envisager un album de Dan Deacon comme une mise en bouche d’un live à venir. Pris isolément, America est un album épuisant car trop bordélique. Mais si l’on s’imagine le rendu sur scène, le point de vue diffère. Bien que moins fascinant que son dernier opus, Bromst, il faut reconnaître à America son potentiel anarchique. Dan Deacon aime mixer les genres pour aboutir à un mélange indigeste mais euphorisant. Guilford Avenue Bridge donne l’impression que Battles a bouffé une cargaison de tazs, True Trush verse dans la partouze hippie avec ses chœurs acides. Ça part dans tous les sens, ne laissant aucun espace de répit, supprimant ainsi toute pensée extérieure. Vous vous faites littéralement bouffer le cerveau pour finir transformer en pantin, avec un sourire béat aux lèvres.

Dan Deacon se paie même l’audace de finir sur une métaphore des USA en 4 mouvements. Bien que parfois grandiloquent et au final bien trop naïve, cette pièce se révèle attirante. L’ouverture symphonique de Is A Monster laisse place à des machines affranchies avant l’inévitable copulation. Le thème central étant en place, The Great American Desert peut déployer sa pop-kraut-pysché avant que Rail ose affronter la musique répétitive américaine. Manifest clôture l’ensemble sur une partouze salvatrice. C’est tellement osé et outrancier que la réceptivité primaire prend l’ascendant sur la réflexion.

Même si America ne fera pas date dans la discographie de Dan Deacon, le sillon tracé par l’américain reste à saluer. En se permettant tout, et surtout le pire, Dan Deacon réussi à préserver son esprit frondeur et jubilatoire, transformant sa musique en gigantesque terrain de jeu pour grands enfants.

 

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par B2B

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4 septembre 2012 2 04 /09 /septembre /2012 20:11

Sortie : 3 Septembre 2012

Label : Border Community

Genre : Techno-IDM

Note : 4/10

 

L’Anglais Nathan Fake fut l’élément déclencheur, celui qui provoqua la lame de fond techno-trancey au début des 00’s. Son pote James Holden commençait à peine à diriger l’entité Border Community que tout une pseudo-scène trancey en profita alors pour exploser. En 2005, il fut alors impossible de passer une soirée techno sans finir les bras en l’air en écoutant The Sky Was Pink, monument électronica de Nathan Fake remixé avec génie par James Holden (rappel ici). Notre petit anglais sortit dans la foulée le fort sympathique et aérien Drowning In A Sea Of Love. S’en est suivit un silence radio de 3 ans et la sortie d’un Hard Islands volontiers plus techno mais un brin pantouflard. Nouveau silence radio de 3 ans avant le retour aujourd’hui de l’enfant prodige, toujours à la même adresse, pour un Steam Days qu’on jugera au mieux anecdotique, au pire insipide.

 

C’est emmerdant de retrouver un artiste et de se rendre compte qu’il n’a pas évolué, pire, qu’il a régressé. Que ce Steam Days sonne daté ! Je veux bien admettre le fait que Nathan Fake n’en a rien à foutre des nouveaux codes en vigueur, que pour lui la mode est une vaste connerie (sur le fond, difficile de le contredire) mais réussir à s’enliser avec autant de convictions dans une techno-IDM aussi naïve que faussement trancey est triste. Nathan Fake tombe dans l’écueil de la répétitivité, en oubliant que depuis le début des 00’s, le son a puissamment évolué, atteignant aujourd’hui des qualités en sound-design dépassant l’entendement (et faisant qu’il est devenu difficile d’apprécier correctement un album si on ne possède par un matos hi-fi coutant un bras). SonSteam Days sonne étonnamment cheap et rappelle les belles heures de l’IDM du début des 90’s. Mais ce temps-là est désormais révolu et n’a aujourd’hui qu’une valeur testamentaire (sauf rares cas). Ainsi, Nathan Fake aurait beaucoup écouté Autechre ces derniers temps, mais on a l’impression qu’il a découvert le groupe via Incunabula, sorti en 1993, et que le cheminement s’est arrêté aussi net.

Si Nathan Fake ne s’était planté que là, on aurait alors pu croire qu’il s’agissait d’un album hommage à l’early-IDM, mais Steam Days n’est que survol. On n’accroche à rien, à aucune mélodie. L’album traverse votre espace mental comme un courant d’air. La faute revenant en grande partie à un son trop rond, trop propre, trop aseptisé. Tout cela manque d’aspérités ! Ajoutons à ce triste étalage négatif que l’album manque d’émotions. Jamais joyeux, jamais angoissant, on ne navigue même pas entre deux eaux puisque c’est l’indifférence qui prend le dessus.

Etrangement, les morceaux les plus intéressants de l’album se révèlent être les plus évidents, les plus immédiats, presque les plus vulgaires. La répétition de quelques notes et l’ascension prévisible de Glow Hole ainsi que le martellement lumineux de Warble Epics démontrent que Nathan Fake a besoin d’un fil conducteur pour maintenir l’attention de l’auditeur.

 

C’est un triste constat qui s’impose face ce Steam Days de Nathan Fake. Lui qui aura suscité tant d’attentes n’est désormais plus que l’ombre de lui-même.

 

http://www.bordercommunity.com/borderbooking/wpblog/wp-content/uploads/2012/09/SteamDaysFINALCOVER-1024x1024.jpg

 

par B2B

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2 septembre 2012 7 02 /09 /septembre /2012 23:30

Sortie : juillet 2012

Label : Editions mego

Genre : Krautrock, Tempête électrique

Note : 8/10

 

Le multi-instrumentiste d'origine irakienne Oren Ambarchi, pensionnaire régulier du label Touch, pourrait prétendre au titre d'artiste de l'année, si la presse et le monde de la critique musicale n'étaient pas aussi sclérosés. Après le superbe Audience Of One (ici), dont les certes presque "pop" arabesques étaient déséquilibrées par le malade et démentiel Knots, il a sorti une collaboration avec Fire! (Mats Gusstafson, Johan Berthling et Andreas Werliin) chez Rune Grammophon. Si j'en crois une trop rapide et récente écoute, ses larsens trouvent au milieu de la section rythmique jazz libre, un foyer où il fait bon s'embraser. D'autres récentes sorties, avec Keith Rowe ou Brinkmann, ont également attiré mon oeil à défaut d'avoir convaincu mon porte-monnaie. Il revient pour l'heure, avec ses complices de toujours (Joe Talia et Lachlan Carrick) à la post-production, chez une autre maison référence qu'il connaît bien : les brillantes et expérimentales Editions Mego.

 

Sagittarian Domain séduira ceux qui apprécie le versant krautrock du Oren, et donc à fortiori, ceux qui avaient pris une claque monumentale en écoutant Knots. Il séduira aussi surtout, ceux qui ne connaissent pas la crise. Car aussi excellent soit-il, à l'heure où la musique est encore payante (aux dernières nouvelles), débourser près de vingt euros pour presque autant de minutes de musique : ça fait quand même un peu mal au cul. Ceci n'engage que moi, et si cette importante précision ampute un peu la notation finale, elle ne remet en aucun cas en question la qualité profonde et électrique de l'album.

Prenez une batterie qui a le diable aux trousses, associez là à une simple ligne tubulaire de Moog Bass et à des percussions rampantes et cardiaques, vous obtiendrez la toile de fond de Saggitarian Domain. Cette martiale, et implacable boucle répétitive, a finalement plus pour ambition de servir de base pour les envolées hurlantes des larsens d'Oren Ambarchi, que de sombrer dans un climat hypnotique éculé. Cela même si la répétition et le caractère hypnotique sont les éternels fondement du krautrock. C'est ailleurs qu'il faudra chercher la véritable performance. Dans ce crescendo de violence psychotique guitarisée, dans la frénésie des charleston, dans ce concours d'éructations électriques tout sauf nihilistes.

Les instruments de Oren Ambarchi emploient un vocabulaire logique comparable à celui d'une machine. Il y a même des moments où les textures les plus sèches de la guitare se confondent avec celles des percussions. Si bien qu'on on vient par moments à douter de l'origine des sons. Que ceux qui pensent avoir malgré tout le temps de se poser la question s'en prennent aux subtils et lents schémas d'amplification, de la grosse caisse et de la cymbale hi-hat tout d'abord, avant qu'un premier tourbillon n'embrase la mécanique au milieu de la 13ème minute. Les saturations tournent et virevoltent autour de la batterie, cherchant presque à la crasher. Au milieu de la franchise de certains cris, réside un solo abrasif et inhumain qui s'entame à l'orée de la 18éme minute et qui n'acceptera de se désagréger lentement dans un dernier cri strident qu'à la 28ème, pénétré par de fantomatiques bourrasques sans origines propres. C'est à ce moment que la machine semble s'enrayer, rendre gorge et trépasser. Il n'en est rien. Un inespéré et plaintif tapis de cordes classiques viendra panser les plaies auditives subies pendant ces presque 30 minutes de véritable boucherie. Le violon d'Elizabeth Welsh, déjà présent sur Salt (Audience Of One) est particulièrement remarquable. Cette issue encordée aurait pu se révéler convenue et maladroite. Elle est juste belle à chialer.

 

Assister à pareil spectacle en live relève presque du fou rêve. Sauf si Oren Ambarchi accepte une nouvelle fois de confier la batterie à Joe Talia. Ceux qui n'y croient pas, pourront en y mettant le prix, se consoler avec la version enregistrée. Ils sont donc invités aussi à découvrir les oeuvres d'un autre résident des Editions Mego : Marcus Schmickler. Car même si Oren Ambarchi est trop virtuose et honnête pour s'ouvrir au plagiat, la ressemblance est parfois à s'y méprendre. Certains blogueurs fins connaisseurs avaient déjà remarqué cet état de fait. Toujours est-il que Sagittarian Domain n'a pas à baisser la tête devant ses hypothétiques inspirations. Ni devant Knots, avec qui il forme quand même une sacrée paire. Hautement recommandé, surtout à l'heure des soldes.

 

http://editionsmego.com/media/release/208/1/eMEGO144_front-350x350.jpg

par Ed Loxapac

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30 août 2012 4 30 /08 /août /2012 23:49

Sortie : juillet 2012

Label : Nomadic Kids Republic

Genre : Ambient, Drone, Glitch

Note : 8,5/10

 

Certains contesteront probablement le fait qu'on ne parle ici jamais assez de Pleq. Après avoir déroulé jusqu'à plus soif son concept de "glitch & melancholy", le polonais Bartosz Dziadosz a évolué vers des territoires sonores plus acousmatiques et bien plus expérimentaux. Son excellente collaboration avec la virtuose et jeune protégée de Nils Frahm : Anna Rose Carter, lui a donné une toute autre visibilité auprès d'un public plus mélomane et surtout, plus éloigné de la stricte "computer music". D'autres, avec le toujours excellent Spheruleus, Lauki ou Quinn Walker, ont également retenu l'attention. Les mieux informés évoquent même une réalisation probable et future avec la géniale Strïe. De quoi maintenir en éveil et en appétit ceux qui ne sauraient se satisfaire de l'insatiable créativité du prince du glitch polonais. La maison japonaise Nomadic Kids Republic, propriété de Ian Hawgood (encore lui), accueille aujourd'hui le travail réalisé en commun avec l'encore plus prolifique Hakobune (près de 20 albums en 2 ans). Takahiro Yorifuji jouit déjà d'une très belle assise au Japon et en Grande Bretagne, lui qui a déjà posé pour un temps ses valises chez des gens aussi respectables que Hibernate, Symbolic Interaction, Rural Colours, Somehow recordings ou encore Constellation Tatsu. Comme souvent avec NKR ou Home Normal, la réalisation est déjà presque introuvable. Une nouvelle presse est annoncée pour septembre, même si certains exemplaires sont encore chopables chez le pas trop cher et britannique mailorder Norman Records (chez qui je dépense un fric monstre actuellement).

 

Si les recettes de fabrication n'ont nul besoin d'être connues pour apprécier à sa juste valeur le résultat, on peut sans prendre trop de risques affirmer que Hakobune s'est chargé de concocter de bonnes et grasses nappes tapissées de drones pastoraux, tandis que Pleq trouvait d'improbables textures de glitch, les mystérieux field recordings métalliques et certaines basses dont il a le secret.

Adrift est réservé aux plus contemplatifs des amateurs d'ambient. S'éloignant des simples ambitions purement musicales, il doit être envisagé comme une colossale vague de lumière, comme un bain de vapeur facilitant la fixation béate d'un horizon faussement statique, pour qui saura reconnaître ce désarmant souci du détail. Car si l'ambient et le drone sont des genres linéaires par essence, ce type de soudscaping n'a pour autre volonté que d'immerger l'auditeur dans son écrin vaporeux et bienfaisant, de l'isoler du monde réel et de ses tumultes. Alors peu importe si la variété du souffle et les micro-sursauts sur la couche, prendront tout leur temps pour faire leur office.

Si The Beginning et Adrift évoquent le calme, la luxuriance et la volupté de lieux enfouis dans les airs, les vents de Storm s'acoquinent avec des intentions plus défavorables. Les ondulations se font plus amples, le climat un peu plus ambivalent même si nul ne viendra encore cette fois-ci tronçonner la lame de fond. L'éclatement du glitch introductif sur Depths of Immersion secouera l'anévrisme de l'auditeur plus absorbé qu'attentif, l'oscillo-battement des drones se fait plus nette et agglomérant. Si l'atmosphère sur ce titre se révèle plus pastorale que jamais, elle est pourtant habitée d'un nerf rongé et de vertus définitivement isolationnistes. On aura alors compris que le crescendo, vers les sentiers venteux de l'ambivalence et des flux spectraux, ne se perdra pas en route céleste. Mouvement qui trouvera son point d'orgue sur la fresque Horizon Line (que n'aurait pas renié les pensionnaires du label italien Glacial Movements), où la vision se dégrade peu à peu, révélant des mouchetis pastellisés de variation autour du blanc, jusqu'à liquéfier complètement la perception visuelle et auditive. Le collyre antihistaminique absolu pour qui souahiterait se lancer dans l'hibernation de ses propres pensées les plus gelées. Ce titre, exceptionnel, mérite à lui seul l'achat de l'ensemble. Le dosage adéquat entre isolation et hermétisme est ténu. Les deux lascars ont trouvé le point de limite.

Etrangement, ou pas d'ailleurs, l'album se refermera (The Land Unknown) sur une jungle sonore plus indomptable et donc plus sauvage, d'où s'élève une faune volatile et grillonnante. Pas forcément des plus rassurante. Les lignes de basses magnétiques et abyssales de Pleq trouveront ici un écho tout particulier. Le drone a des lentes mais certaines convulsions cardiaques, tant et tellement qu'on pense le myocarde à la limite de la rupture. Mais l'équilibre, précaire et abrupte pour l'oreille interne, tiendra son rang. Grand album, subtil et précis dans son sage mais sévère fracas.

 

Presque dans un rôle de contre-emploi, Pleq & Hakobune livre ici un album d'ambient majeur qui trouvera sa place entre le Floods de James Murray (ici) et le Tele de Pjusk (ici). Nul doute que les deux bougres ne vont pas s'arrêter là cette année. Une énième aventure électronique de grande qualité est à ajouter au crédit de Nomadic Kids Republic. 2012, grand millésime pour l'ambient.

 

http://25.media.tumblr.com/tumblr_m4mvwsuhUf1rwevwt_1338042125_cover.jpg

par Ed Loxapac

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