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24 mars 2012 6 24 /03 /mars /2012 08:12

Date : 1 octobre 2011

Lieu : Parking de la Turbinenhalle (Oberhausen, Allemagne)

Occasion : Maschinenfest 2011

 

C'était maintenant il y a plus de six mois. C'est très intéressant de vouloir faire des interviews, mais leurs retranscriptions est tellement chiante et longue, que la procrastination prend bien souvent le pas sur l'engagement et le sérieux. Mais ceci est un autre débat...

Le Maschinenfest maintient vivantes depuis 1999 les flammes du flambeau des musiques industrielles en Allemagne. Les labels ant-zen/Hymen, Ad Noiseam, Hands Productions et quelques autres en profitent pour donner une visibilité scénique aux artistes qui gonflent toujours un peu plus leurs rangs. On y croise une faune bigarrée et plus ouverte qu'on pourrait le croire, composée de goths, de soldats de l'indus et de créatures finalement plus emo que cyberpunks. La plupart des artistes qui comptent dans la sphère en profitent aussi pour faire le déplacement et allier plaisir, mais aussi parfois le business. Il est donc possible de converser aisément avec Dirk Geiger, Empusae ou Kirdek, de se gaver de burgers à la même table que Flint Glass (autre moitié de Tzolk'in) et d'entrevoir Lustmord s'essayer au breakdance pendant un dj set vintage de Nicolas Chevreux (Ad Noiseam). Tout un programme qu'on vous dit.

Se rendre en Allemagne sans aller bouffer au Burger King relève de l'infamie, surtout quand on est un demi gros, et qu'on est accompagné d'un ventre sur patte déguisé en sylphide et d'un webdesigner hippie récemment converti à Ableton Live. Le temple de la junk food de Oberhausen prend alors des allures de café de Flore, quand il réunit tout ce que la chronique électronique franco-belge a de plus sacré. Ben et Raoul du webzine à l'arrache tentent un marathon gastronomique entre deux échanges éclairés sur l'avant-garde du porno animalier. C'est en leur compagnie et en ces lieus saints, que fut planifiée sérieusement l'hypothétique rencontre avec Näo du soir.

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Car honnêtement, même si  Picture This If You Will avait laissé un bon souvenir, avec ses mélodies abstract hip-hop de yakusas composées dans la chambre de Pierre André Pernin, j'ai du mal à imaginer ça en live au Maschinenfest. Il paraît que le Bisontin est désormais accompagné d'un batteur et d'un gratteux, et que l'ingé son qui les suit est loin d'être un manche. La sortie imminente d'un album est programmée chez ant-zen, la surprise se mêle alors au scepticisme. Pourtant, le nom de Näo est sur toutes les lèvres dans les travées de l'antre qui accueille d'habitude des combats de catchs. Encore plus étrange quand on sait que l'édition 2011 accueille des noms comme Mobthrow, Lustmord, This Morn'Omina, Xabec ou Synapscape. Autant d'artistes et formations autrement plus rassembleurs que la nouvelle configuration bisontine. Leur set va pourtant faire chavirer la foule. Leur premier album éponyme (chroniqué ici) est calibré pour le live, la puissance et la spontanéité de leur electro-rock fait le reste. On en oublierait presque qu'ils n'ont absolument rien inventé et que les schémas de leurs constructions se répètent inlassablement. Les riffs bien gras et les kicks lourds répondent aux délicats carillons issus du laptop de Pierre-André. Le groupe se donne à fond, en même temps que les goths sautent partout comme de jeunes cabris. Ant-zen, qui avait pressé 500 exemplaires pour la sortie officielle à venir, en écoulera plus de la moitié juste après le concert. Ben vérifie que son matos d'enregistrement marche à peu près correctement (la sauce andalouse, ça fait pas de bien aux circuits) pendant que je m'empresse de solliciter Pierre André et son batteur fou, Thibault, pour réaliser l'interview à l'arrache sur le parking.

"Chroniques Electroniques ? Ceux qui écrivent des pures chroniques ?

_ Euh, ouais. Pas toujours. Nos camarades belges ont de la jupiler pas fraîche à offrir en plus.

_ Pas de soucis, on y va.

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Ce qui devait être une interview comme seuls les professionnels savent en réaliser se transforme en fait en une conversation bordélique. Je vais donc privilégier l'option narrative à l'empilage de questions réponses pas toujours des plus pertinentes.

Jordan (le gratteux mêchu) et Pierre André se connaissent déjà depuis un moment. Thibault chantait dans un groupe de neo-metal avant de se remettre à taper sur des cymbales. Ce dernier croise le premier dans un festoche de Besac, lui demande de lui envoyer très prochainement quelques samples, histoire de voir. Mais Pierre André ne le fera finalement que deux ans plus tard.

"Si t'es toujours chaud c'est maintenant, un ex-bassiste converti à la guitare fait aussi partie de l'aventure. Y a des concerts en prévision et faire un album très vite serait pas mal."

Le nouveau groupe veut tourner, peu importe où. Ils envoient des demos tout azimuts sans grandes convictions. Ils ont en même temps une prod allouée de 4000 euros pour rentrer en studio et faire leur album. Les gens de l'Elektroanschlag (festoche allemand très orienté indus et noise) leur demande de venir. Leur petite mais belle histoire est déjà en marche. Ils ne sont même pas encore au courant. Leur set est acclamé par un public peu coutumier de ce genre de trucs. On leur présente ensuite Tomas Hein (principal organisateur du Maschinenfest) qui leur propose de venir jouer quelques semaines plus tard. Puis s'avance ensuite un certain Stefan Alt (photographe, graphiste et boss de ant-zen et Hymen), qui leur dit très rapidement que son label serait ravi de les accueillir en son sein. Le plus drôle est que les membres de Näo n'ont aucune idée de qui sont ces gens, eux qui n'ont pratiquement aucune culture indus. Toujours est-il qu'ils acceptent, sans plus se poser de questions que ça. Thibault ajoute même :

"Moi j'écoute pas de musique. D'ailleurs je n'ai découvert The Doors que la semaine dernière. Alors ant-zen, le Maschinenfest, l'indus... je sais pas du tout à quoi j'ai à faire."

Rien d'anormal pour eux donc, dans la présence d'une guitare et d'une vraie batterie au MF. Quand on leur avoue que leur musique nous aurait apparue plus compatible à l'esthétique de la maison lyonnaise Jarring Effects, Pierre André avoue très rapidement admirer Hint et Ezekiel mais affiche une certaine gêne. Il avouera quelques minutes plus tard à l'abri des micros qu'un rapprochement est actuellement en cours, pour assurer l'édition française de l'album et pour les ajouter à leur catalogue d'artistes à booker. C'est aujourd'hui chose faite (officiel quelques semaines après l'interview).

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La petite histoire commence à avoir une sacrée gueule pour ce jeune groupe. Si Pierre André affiche moins de candeur que ses deux compères, c'est surtout parce qu'il sait qu'il sera plus compliqué de convaincre le public du Riddim Collision (plus habitué et peut-être plus aigri face à leur musique). En grand fan de Tool (un concert à Lyon engendra sa révélation scénique)  et en ancien dj hardtek, il sait que c'est sur ses lives que le groupe va bâtir sa réputation, et donc asseoir une éventuelle crédibilité pour enregistrer d'autres disques. Si ils continuent de faire tourner leur usine à gaz pour se partager l'écriture et les rôles, si ils parviennet à conserver leur spontanéité et leur énergie live, il se pourrait bien que leur histoire n'en soit qu'à ses balbutiements. Tant que leur deuxième album ne s'appelle pas Indus Jah, y a pas de raisons que ça se passe mal. Je ne relaterais pas ici les échanges et débats qui ont eu lieu au sujet du dernier album de Amon Tobin, de la suprématie de la Kronenbourg sur la Jupiler. Le groupe continue de tourner et est prêt à voyager en dehors de ses frontières. Näo va même ce soir même faire les sélections francomtoises pour jouer aux Eurockéennes et se représentera cette année à l'Elektroanschlag. L'histoire continue. Soyez en les témoins. L'electro-rock c'est pas toujours pourri, surtout quand trois garçons dans le vent savent aussi bien jouer des complémentarités évidentes entre électronique et électricité.

 

propos recueillis par Manolito, Ben, Raoul et Ed Loxapac

Retranscription par Ed Loxapac

Photos de Stefan Alt

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Published by Chroniques électroniques - dans Interview
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27 octobre 2011 4 27 /10 /octobre /2011 15:14

Alors que le 8 octobre dernier, le festival du Riddim Collision livrait une soirée sensiblement anthologique, aucun d'entre nous, hérétiques chroniqueurs, n'avions fait l'effort de trainer nos guêtres en cette belle ville de Lyon. L'occasion d'interviewer Hecq fut ainsi empoignée par Timothée Mathelin aka shift., le petit bonhomme qui, entre autres, à réalisé la magnifique bannière ci-dessus. Un partenariat de plus donc, dans le but de faire profiter nos aimables lecteurs d'une entrevue exclusive avec le sieur Boysen. 

 

L’anniversaire des 10 ans d’Ad Noiseam envahit l’Europe entière avec de fantastiques concerts ici et là, et repousse aujourd’hui encore les frontières en s’aventurant jusqu’en Russie. Le crew (cette fois-ci composé de End.user avec Bong-Ra, Mobthrow, Detritus, Hecq avec Matta, tous entourés par la tête d’Ad Noiseam : Nicolas Chevreux) jouait à Bordeaux, puis à Lyon pendant le festival du Riddim Collision, organisé par le label français Jarring Effects. 

 Une belle opportunité pour rencontrer le vengeur berlinois des terrains du neo-dubstep, Hecq aka Ben Lukas Boysen et parler de ses perceptions musicales, de ses productions, de ses projets à venir… et même parler un peu de la pluie…


Read or listen to the english original version, click here  

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Premièrement, que veut dire Hecq s’il te plait ?

 Cela vient de mon incapacité à trouver de bons noms… Cela vient de “What the Heck”».

J’ai juste changé le K et l’ai remplacé par le Q… et c’est tout…

 

Je crois que c’était pour toi hier, la première fois que tu venais jouer en France ? Est-ce vrai ?

 Oui, absolument. J’étais très excité à l’idée de venir ici, également car j’allais faire un set collaboratif avec Matta et que ceci aussi était quelque chose de tout nouveau pour moi.

Je n’ai jamais joué avec quelqu’un d’autre en même temps sur scène et Matta non plus d’ailleurs, donc c’était vraiment une première pour moi et pour eux. On s’est surtout vraiment marré, donc merci la France pour ça, c’était très bien !

 

Comment as tu trouvé le public français ?

 Génial. Ça sonne comme quelque chose que l’on doit dire lorsque l’on fait notre première quelque part mais c’était vraiment génial. Le public a été adorable mais également très pardonnant sur les erreurs que l’on a fait ; notamment des transitions ratées ou d’autres petits trucs qui ne sont pas très graves au final mais importants quand même pour nous, musiciens… et le public anticipait parfois ces breaks et voilà du coup, c’était vraiment un public très bien.

 

Comment était le set avec Matta ? Que faisiez-vous en gros ? Avez-vous joué des sons de toi et de Matta que vous changiez ensuite en live mutuellement ?

 Et bien, ouais, ça c’était le plan…. Jouer nos morceaux ou en tout cas faire nos DJ sets (donc pas nécessairement nos propres musiques - ce sera pareil ce soir, ce ne sera pas exclusivement nos musiques respectives) et donc le tout en simultané… mais on a eu des problèmes techniques, en gros on n’est pas arrivé à se caler, on a tout essayé mais ça plantait, donc à la fin, on a décidé de faire un set de 40 minutes chacun…

 

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Hecq VS Matta – Lyon, Riddim Collision Festival. Photo Credit : François Paren


Parlons un peu de ton nouvel album Avenger que tu as sorti sur Hymen Records. Tu as globalement changé de style depuis, on va dire, la sortie du Ep Sura sur Ad Noiseam et ici encore avec Avenger, c’est encore quelque chose de très club et orienté dubstep ; plus du tout ambient ou IDM comme ça a pu l’être auparavant. L’album est très bien reçu par la critique et les gens en général mais on observe néanmoins qu’une partie de tes premiers auditeurs semble être déçue par ces changements que tu amènes dans ta musique. Ces retours sont d’ailleurs évidemment liés à la « tendance dubstep » et à la «tendance à la critique du dubstep ».  Comment te sens-tu et comment réagis-tu face à ces retours qui te sont faits sur tes nouvelles productions ? 

 Et bien… Je pense qu’à chaque nouvel album, tu ne peux pas t’attendre à ce que tout le monde suive. Cela dépend aussi bien-sûr de la radicalité de ces changements…Ce que je peux dire et que je dois dire, c’est que c’était quelque chose qui était très drôle à faire et que je voulais vraiment faire. Il va y avoir un nouvel Ep qui va arriver bientôt et qui va être un peu dans le même genre… et peut être que ce sera tout… repartons ensuite dans de l’ambient ou de l’IDM ou n’importe quoi d’autres en fait, je suis ouvert à tout.  Mais je comprends que c’est dur lorsque l’on s’attache à quelque chose d’être encore satisfait lorsque ces changements arrivent. Moi-même, j’ai eu l’expérience plusieurs fois de « déceptions » avec des gens qui font de la musique que j’adore ;  et ce jour arrive où ils changent drastiquement leur manière de produire de la musique…alors la seule chose que je peux dire est… « ok, je ne peux plus suivre cela ».

En fait, tu ne peux pas te protéger des critiques et d’une certaine manière, je dois dire que je ne devrais pas trop m’en accommoder sinon je compromettrais l’idée même de ce qu’est HECQ et de quoi il s’agit de faire.

La critique est vraiment quelque chose de délicat car évidemment, elle n’a rien contre toi en tant que personne mais la musique que tu fais est tellement quelque chose de personnel que…enfin voilà, je pense que tout artiste doit vivre avec ça, alors au fond, il n’y a pas de mauvais sang à se faire !

 

Dans tous les cas, as-tu néanmoins un fort désir de brutalité dans cette nouvelle manière de produire de la musique ? Ce dernier album est toujours cinématique à certains moments mais les beats sont vraiment lourds et forts, que j’en venais à me demander ce qui se passait dans ta tête, à savoir : as-tu besoin de faire exploser tes basses avec brutalité ?

 En fait, non, je pense plutôt que c’est lié à la notion d’énergie. J’aime l’énergie. Ces musiques ne sont pas faites pour être diaboliques ou brutales. Elles peuvent être agressives mais ma perception sur ces musiques est qu’elles doivent être le plus possible chargées en énergie, mais pas forcément sombres.  En fait, je suis quelqu’un de personnellement enjoué mais j’avoue que la musique menaçante et agressive est une des meilleures choses qui existe… Avec bien sûr les sons les plus classiques, ambiants et minimaux… c’est étrange, je crois que je suis vraiment un compositeur  « border-line ».

 

Je sais d’ailleurs que tu es très influencé par des gens comme  Arvö Part ou encore Murcof pour la tension qu’ils créént et qu’ils font monter dans leur musique, mais ceci concerne des influences sur tes travaux ambient. Y’a-t-il des nouvelles personnalités qui  t’inspirent dans ce nouveau genre de production musicale que tu abordes ?

 Je dois dire que c’est une bonne question car je me rends compte que chez moi, je n’écoute quasiment aucune musique électronique.  Le seul truc électronique que j’ai intensivement écouté ces derniers mois est un remix de Clark sur un morceau de Maxïmo Park. Il y a quelques années, j’écoutais exclusivement de la musique électronique, mais pour moi, c’est aujourd’hui plus intéressant d’écouter tout le reste… donc non, en fait, je n’ai pas vraiment de modèle pour cela, ou alors Clark pourrait en être un si je devais en citer un… Aujourd’hui, j’écoute tous les styles de musique pour vraiment analyser la méta-forme de la musique, son idée, sa structure… et ainsi revenir à mes lignes d’infra-basses et appliquer ces modèles sur ma musique.

 

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Hecq – Lyon, Riddim Collision Festival. Photo Credit : François Paren

 

Tu viens de réaliser ta première bande originale pour un long-métrage qui s’appelle Restive, peux-tu nous en parler en peu et nous expliquer comment tu as travaillé pour un projet comme celui-ci ?

 C’est la première fois que je travaille sur la B.O d’un film. Je n’avais jamais fait ça avant mais j’ai toujours désiré de le faire, c’est un but ultime pour moi. C’est là-dedans que je veux être et donc tu n’imagines pas à quel point j’étais heureux quand j’ai su que j’allais le faire. C’est un film très spécial, j’ai envie de dire un film « niche ». Ce n’est pas du tout pour des gens qui s’attendent à un film à la Transformers, c’est très sombre et lugubre. C’est également structurellement difficile à tout comprendre, ce qui a évidemment une influence sur la musique. Tu as différentes chronologies et très peu d’acteurs...

 

En termes de musique, est-ce que le réalisateur t’a donné des libertés et t‘a demandé une certaine interprétation de l’image ?

 Complètement. Je ne pouvais pas avoir plus de libertés. La seule chose sur laquelle on a vraiment mis les bases était sur les types d’instruments que l’on allait utiliser pour illustrer l’image. C’est tout ce qu’il m’a laissé mais au final, au fil des semaines et pendant cette année de travail, on a vraiment beaucoup parlé…

 

Quand le film sort-il ?

 Il a été diffusé pour la première fois à un festival à Londres lundi dernier.  Je ne m’y connais vraiment pas beaucoup en terme de « festivals niches » parce que c’est aussi quelque chose dont on n’a pas trop l’habitude d’entendre parler, et donc du coup j’étais là bas et c’était vraiment bien d’y être, de s’asseoir avec des amis et le réalisateur du film et observer ces années de dur travail reflétées au cinéma…

 

As-tu de nouveaux projets en cours avec Rob Chiu, Christopher et Hewitt  sous Devoid Of Yesterday ?

 Et bien dernièrement,  aucun de nous trois n’a vraiment pris conscience du temps qui avais passé depuis un moment… Oui, on travaille encore ensemble mais rarement de cette manière, comme un triangle… d’amour ! Mais ouais, il va y avoir des nouveaux trucs à venir venant d’à la fois de Rob, Chris et moi. C’est sûr.

 

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Photo Credit : Liis Roden

 

J’ai une dernière question à te poser qui est assez personnelle. Il y a vraiment  quelque chose que j’aime et qui revient dans ta discographie, c’est la pluie. Parfois, dans tes musiques, tu amènes des sons de pluie, j’ai notamment en tête des  sons de Golden Pines ou encore Bad karma, et plus particulièrement une musique qui s’appelle Lost et qui est pour moi un formidable hymne à la pluie. Ainsi je voudrais savoir qu’est-ce qui t’inspire dans la pluie ?

 Et également, un jour, j’écoutais cette musique et je me disais tristement que c’était une formidable musique pour mourir. Plus tard, j’ai découvert en écoutant dans une interview pour Solipsistic Nations que celle-ci avait en fait été jouée pour les funérailles de ton père… Je me suis dit que Lost devait sans doute avoir une grande importance pour toi, peux-tu nous en dire plus ?

 Ouais… alors, d’abord par rapport à la pluie. Oui, j’adore la pluie, y’a pas beaucoup d’autres choses à dire en plus je crois.


C’est sûrement peut être la seule réponse que j’attendais. 

Nan, mais vraiment,  ce que j’aime avec la pluie… Tu t’assoies juste, comme un peu maintenant par exemple où l’on est en train de regarder ces grandes vitres panoramas, puisque d’ailleurs il pleut à l’heure actuelle… Il peut pleuvoir avec intensité, et toi tu es juste là et tu discutes. La pluie te force quelque part à rester à l’intérieur et te recentrer un peu sur toi.

La pluie a également un côté assez versatile dans son message où sa fonction. Je peux pas vraiment l’expliquer sans devenir un peu trop mystérieux parce qu’en fait, je ne m’étais plus penché sur la question autrement que … j’adore ça.

Il y a une musique du groupe Illusions of Safety sur un de leur projet ambient (album: Of and The). C’est quasiment une sorte de bourdonnement qui dure entre 25 et 28 minutes. Ça commence avec un thème orchestral qui dure à peu près 5 minutes mais qui n’est pas vraiment plaisant ni mélodique, mais au fil de la durée… c’est juste « woow »… et ceci se fond peu à peu en un énorme orage qui dure à peu près 20 minutes. C’est juste génial. J’adore ce morceau parce qu’il exprime très bien  ce léger grondement dans la distance. En fait, c’est juste un très bon enregistrement sonore, il n’y a pas de travail de composition en soit ; mais la tension compositionnelle, elle, se manifeste dans cette transition de l’orchestre qui meurt dans cet espèce de bourdonnement.

Le fait que cette piste Lost ait été jouée aux funérailles de mon père vient  à l’origine du fait que nous avons eu beaucoup d’échanges musicaux lui et moi. Quand j’ai commencé à lui présenter de la musique que j’aimais, j’avais à peu près 12 ou 13 ans. Et il n’était absolument pas un fan de ce que j’écoutais. Alors je lui ai dis, je vais t’apprendre à aimer ça. Et au travers des années, ce dialogue entre lui et moi a été très utile pour nous, puisqu’il a été éducatif. Puis il est tombé malade pendant longtemps et un jour il m’a demandé à ce que cette musique soit jouée pour ses funérailles, ce qui a été un honneur pour moi. Et quand ce jour est arrivé, cela a été incroyable car extrêmement touchant. Cette musique était en fait le testament du dialogue que j’ai eu avec lui. Tu vois, je veux dire... Comme ultime, tout ceci devient… littéralement le dernier morceau de musique de ta vie... Je n’oublierai jamais ça, évidemment pour beaucoup de raisons et ce que tu dis à propos de la mort est intéressant car il a probablement pensé la même chose, que cette musique était une belle musique pour mourir…

Merci beaucoup d’avoir répondu à mes questions.

Merci à vous.

 

                                                                         Propos recueillis par Timothée Mathelin

 

 
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18 septembre 2011 7 18 /09 /septembre /2011 14:47

Outre le fait d'être un garçon adorable, Access To Arasaka compte parmis les fers de lance d'une nouvelle scène IDM dont la frange américaine a depuis lontemps attesté de sa fertilité. L'auteur des chef-d'oeuvres que sont Oppidan (ici), void(); (ici) et Orbitus (ici) a accepté de se livrer à Chroniques Electroniques, avec un humour et une humilité infinis. Cette interview devait se passer entre New York (où j'étais cet été) et Rochester, où réside Robert Lioy. Mais le lieu approprié ne fut pas trouvé... et Paris/NY via skype c'est finalement très proche. 

 

(read the original version

 

Quelles ont été tes premières émotions musicales ? Avec quel type de musique as-tu grandi ?

 

Je ne saurais dire pourquoi mais quand j'étais enfant, la musique me faisait toujours imaginer certaines choses. L'une d'entre elles, dont je peux me souvenir précisément, s'apparente à un site de construction ou une pièce striée de bandes de lumière rouge venant d'un coucher de soleil traversant des stores. La connexion entre la musique capable de générer de images, des visions me semblaient incroyable. Je me souviens d'un moment, alors que j'étais très jeune, où j'étais allongé dans la cuisine essayant d'attraper un arc-en-ciel sur le sol. Ma mère était en train de faire la vaisselle et on écoutait la radio à ce moment-là. C'est l'un de mes plus lointains souvenir. Cet instant ne me lâche jamais. Toutes les choses alentours, l'idée même d'être un enfant mais c'est surtout la musique qui m'a profondément marqué. Puis j'ai grandi avec la musique des années 80's. Elle était réellement futuriste à l'époque, et elle l'est toujours. De nombreuses chansons comme Safe By Zero des Flecks m'apparait toujours comme quelque chose que l'on pourra écouter dans le futur.

 

Peux-tu nous parler de ton univers culturel, notamment de tes goûts littéraires et cinématographiques?

 

En terme de littérature, j'aime évidemment les œuvres cyberpunk mais je viens de finir enfin, de lire la série des Dark Tower de Stephen King, que j'ai trouvé fantastique. Je lis quasiment tout à la condition que ça soit bien écrit. En ce qui concerne le cinéma, j'admets adorer les films d'horreur. C'en est presque bizarre car la majeure partie de ma musique et tout le reste de ma vie sont plutôt communs et j'aime les films de science-fiction. A propos de films d'horreur, j'ai une préférence pour ceux qui développent une dimension psychologique, ceux de Jacob Ladder, Videodrome, même Silent Hill était franchement pas mal. Mais je reste amoureux des slasher des années 80's (sous-genre d'horreur ndlr), du genre de Les Griffres de la nuit (A Nightmare On Elm Street) et Vendredi 13...

 

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Orbitus, ton dernier EP, révèle une dimension onirique, un certain apaisement dans le beatwork comme dans les émotions évoquées, qui tranche avec void(); l'album apocalyptique qui l'a précédé. Est-ce un choix délibéré ou quelque chose qui s'est imposé à toi ?

 

Ce fut un choix conscient et très délibéré. Le concept en réalité, derrière Orbitus ainsi que pour mon prochain album Geosynchron, est en quelque sorte inspiré par des séries de Richard K. Morgan, mais il est question en grande partie de mes propres désirs et de mes limitations personnelles. A vrai dire, c'était une création extrêmement personnelle pour moi. Une sorte de traitement par lequel je devais passer, simplement car c'est comme un recueil de rêves pris pour la réalité. En quelque sorte, l'expression de certaines angoisses qui m'envahissent à l'instant où je me réveille et je réalise que ma vie n'est pas vraiment ce que j'imaginais qu'elle serait 10 ans auparavant. Mais aussi comment il me serait possible de dépasser mes propres peurs pour m'efforcer d'aller vers quelque chose de substantiel, comme peut-être avoir du succès.  Pendant très longtemps j'ai gardé ma musique pour moi parce que j'avais peur que les gens la détestent. Je continue de retenir certaines choses et j'ai peur d'en essayer des nouvelles, j'ai peur de beaucoup de choses sans savoir vraiment pourquoi. Tout ceci parle de moi, essayant de gérer ces peurs et de les dépasser.

 

Dans l'IDM actuelle, ta façon de traiter la matière sonore est unique, immédiatement reconnaissable. Outre l'aspect spatial des mélodies, les rythmiques réfutent le sens classique du terme. Les bugs numériques ont trouvé dans tes compositions une véritable expression musicale. En es-tu conscient? Pourrais-tu l'expliquer?

 

Je pense que la raison pour laquelle il y a un contraste entre les atmosphères, les drums et tous les éléments de ma musique vient du fait que je crée des morceaux basés sur mes influences. J'adore Orbital donc je les garde souvent en mémoire au moment de produire des mélodies ou des atmosphères, mais en même temps, Autechre et Chris Clark sont d'immenses influences en ce qui concerne le travail rythmique. J'imagine que j'essaye juste, d'une façon ou d'une autre, de fondre toutes mes influences ensemble, ce qui produit ce son auquel tout le monde s'est habitué. Je ne peux pas m'en attribuer le mérite, tout ça c'est grâce à ceux que j'ai pu écouter depuis toujours, je ne fais que les copier (rires). Tu as parlé de « bugs numériques », effectivement j'aime beaucoup conserver les erreurs dans mes compositions. Cela sonne de façon plus honnête ainsi, par exemple s'il y a une distorsion accidentelle, car j'ai placé trop d'effets ou si je découpe des samples et qu'il y un « pop » à la fin, la plupart du temps je les garde parce ça coule en quelque sorte avec la musique et que même si ce n'est pas la cas, ça me paraît honnête, de la même façon qu'un peintre ferait une erreur...

 

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Ta musique m'a toujours évoqué des milieux spatiaux, futuristes. L'espace, le vide astral se retrouvent dans l'esthétique d'AtA. L'inconnu et le futur sont-ils des sources d'inspiration?

 

Ils le sont certainement. L'espace est une immense inspiration pour moi, je conduis souvent jusqu'au milieu de nulle part, je m'allonge à l'arrière de ma voiture pour regarder les étoiles et penser à la musique que je pourrais créer. En plus  du futurisme et de l'espace, je suis aussi très influencé par le temps et la nature, les orages et le vent. Pour je ne sais quelles raisons, quand il y a un orage j'ai juste envie de m'assoir et d'enregistrer, c'est tout ce dont j'ai envie.

 

Langage de programmation, hacking et base de données hantent les titres de tes morceaux, ton propre site... Considères-tu que l'informatique puisse intervenir autrement dans l'art que comme un simple outil ?

 

Oui, je pense que c'est complètement possible. L'entière idée du code et des langages de programmation m'attire depuis que je suis jeune. Le simple fait de l'observer m'évoque une sorte de joie inexplicable. Je sais que le point de vue d'un programmeur est proche de la création artistique. C'est peut-être un sens esthétique personnel qui s'exprime mais je pense qu'il existe une corrélation entre les deux.

 

Considères-tu ta musique comme romantique ?

 

Fucking hell... non je ne pense pas. Certaines de mes réalisations ont une idée romantique, mais ce qui touche au romantisme est pour moi tellement beau et pur... J'imagine que j'ai fait quelques chansons qu'on pourrait qualifier de romantique mais personnellement je ne le ferais pas. C'est principalement dû au fait que je ne considère pas ma musique comme exceptionnelle. C'est un jugement personnel bien sûr, mais dans mon esprit, je n'ai jamais composé de morceau un tant sois peu romantique au sens ou peut l'être une chanson comme Take Me Back de Subheim. Elle n'est que pur romantisme.

 

Access+To+Arasaka+access

 

Tu évoquais la profondeur et la dimension personnelle que tu as mis dans Orbitus. N'y a t-il pas là un aspect plus romantique que dans void(); par exemple?

 

En quelque sorte je suppose, void(); n'a pas le caractère introspectif d'Orbitus. L'idée même d'essayer de surmonter mes peurs a sous-tendue la réalisation d'Orbitus, par exemple le fait de ne pas être à la hauteur dans une relation sentimentale, et d'autres craintes de ce genre. Orbitus a été réellement composé pour moi. Je ne comptais pas le sortir, et puis Paul (Nielsen ndlr) de Tympanik m'a finalement convaincu de le faire.

 

On en connait le rendu sonore, mais en terme de concept, comment vois-tu l'application du cyberpunk à la musique?

 

Et bien, je pense qu'il y a différentes manières d'appliquer le cyberpunk à la musique. Il y a de la musique cyberpunk crée pour cet univers en particulier. Une bonne part de la musique heavy industrial aujourd'hui semble pouvoir être toujours écoutée dans quarante ans, lorsque les gens vivront dans un monde contrôlé par des robots ou quelque chose du genre. Je ne pense pas que ma propre musique ait une quelconque place dans une réalité cyberpunk. Il s'agit plus d'une interprétation cyberpunk pour moi-même, et pour mes contemporains. J'ai vraiment commencé à faire cela personnellement, quelque chose que des gens pourraient écouter en lisant William Gibson ou en jouant à un jeu-vidéo qui ait quelque chose à voir avec le futurisme. Je ne peux vraiment imaginer qui que ce soit écouter ma musique dans quarante ans.  

 

Tu es de loin l'un des artistes IDM majeurs aujourd'hui, et tu continues de sortir des Eps, parfois avec neuf titres, en téléchargement gratuit. Pourquoi ? Que penses-tu de la dématérialisation de la musique ? Comment rêverais-tu la situation de la musique aujourd'hui?

 

Je ne me vois certainement pas comme un artiste IDM majeur mais merci de dire cela. Et je ne sens vraiment pas que je le serais un jour, du moins dans mes propres yeux. Je pense toujours que j'ai encore énormément à apprendre, bien avant que je puisse un jour considérer cela. Mais j'ai débuté en souhaitant diffuser ma musique gratuitemment. Je n'aurais jamais pensé être signé sur un label, encore moins sur un label aussi incroyable que Tympanik. Donc à chaque fois que je sors quelque chose gratuitement maintenant, c'est un peu basé sur mon idée initiale de diffuser ma musique gratuitement, et en même temps, je pense que cela à voir avec le fait de dire merci aux gens. Ils mettent leur cœur et leur argent pour acheter quelque chose que j'ai crée, qui est une passion pour moi, que j'adore. Donc, le fait de m'assoir et de composer quelque chose d'autre à leur redonner échange me semble... je ne sais pas. Ca me semble être la moindre des choses. A propos de la deuxième partie de la question, je pense qu'il était attendu que la musique devienne digitale. Personnellement, j'aime les Cds et les disques physiques mais je comprends qu'il soit plus simple de tout avoir sur son ordinateur. Mais à cause de cela, du piratage, les choses deviennent incontrôlables. Maintenant que je suis sur Tympanik, Paul investit de l'argent car il croit en ce que je fais comme tout le monde dans le label, et je trouve injuste qu'il n'obtienne pas tout ce qu'il pourrait ou devrait à cause du piratage. Je ne suis pas sûr de la façon dont je rêverais la musique. Je pense que tant que je continue de faire mes propres disques et CDs, je serais heureux. Bon, si un nouveau format musical venait à apparaître, qu'il soit physique serait une bonne chose, pour je ne sais quelle raison, j'aime voir les discothèques chez les gens, cela me rend heureux.

 

Access+To+Arasaka

 

Que peux- tu dire à tes milliers de fans (et à moi) qui espèrent te voir un jour te produire en live?

 

Ah... que cela dépend complètement de ma chance de gagner au loto. Je n'ai jamais compté me produire en live donc tous mes investissements dans la scène musicale ont été dédiés à la production. Je n'ai même pas de laptop, c'est désolant! Donc, à moins que vous autres les gars, ne vous transportiez jusqu'à mon studio et acceptez de me voir debout sur une estrade avec un ghetto blaster à la main, ce ne sera pas pour tout de suite. Mais j'aimerais vraiment me produire sur scène.

 

Peux-tu nous parler de ton prochain album? La veine atmosphérique sera-t-elle davantage explorée?

 

Oui en quelque sorte. Il est clairement atmosphérique, c'est une sorte de prolongement d'Orbitus, mais le concept y est d'une certaine manière étoffé. J'imagine qu'il relève d'un point de vue plus mécanique, si cela a un sens. Il y a davantage de glitches, de sons surnaturels, je ne me suis pas tellement concentré sur des sonorités organiques. L'idée derrière Orbitus est basée sur des séries de Takeshi Kovacs (de Richard Morgan), Altered Carbon, Broken Angels et Woken Furies, et celui-ci également je pense. Il traite des humains s'acharnant à luter contre le passé. Son titre est Geosynchron et l'album étant achevé, il devrait sortir cet automne, avec un peu de chance, en octobre.

 

A quoi ressemblent tes projets à venir? Collaborations, écriture, vidéo? Peux-tu nous dire quelques mots sur ton projet artistique avec notre ami (et non moins talentueux) Timothée Mathelin aka shift. ?

 

Timothée, oui... Et bien on a cherché à construire un univers d'un genre clairement audio-visuel. J'ai crée des morceaux qu'il a interprété par le biais de ses artwork, et en même temps, il a crée de splendides travaux visuels que j'ai moi-même interprétés en musique. Donc je pense qu'on peut dire qu'il y a un artwork pour chaque musique mais on ne saura jamais vraiment ce qui a été crée en premier. Je suis particulièrement heureux de cette collaboration, principalement parce  que j'ai envie que tout le monde voit le travail qu'il a accomplit, c'est absolument incroyable. Cela va sortir bientôt, c'est quasiment fini. Il y a un autre projet qui s'est initié ces dernier jours mais je ne suis pas sûr que je puisse en parler... Je peux te dire que cela implique Erode, Dirk Geiger et moi-même. Nous sommes tous les trois en train de travailler ensemble mais je ne te dirai pas encore de quoi il s'agit.

 

http://idata.over-blog.com/2/47/16/19/manon/access-to-arasaka.jpg

 

Tu as toi-même étudié le design graphique. Existe-t-il selon toi, un lien entre cette discipline et les musiques expérimentales de type IDM?

 

D'une certaine façon, je pense que oui. Je suis souvent limité personnellement, mes créations visuelles sont restreintes parce que je ne suis pas assez compétent en modélisation 3D ou je n'ai pas de caméra pour les motions graphiques ou je n'arrive simplement pas à créer ce j'ai en tête. Mais l'IDM n'a aucune limite et j'ai l'impression de pouvoir faire absolument ce que je veux avec ça. Il n'y pas tellement de limitations, si ce n'est personnelles. Je pense qu'il existe une sorte de corrélation et j'essaye parfois d'appliquer à ma musique des règles qui sont propres au design graphique, tant que le résultat s'équilibre. Je suppose que la musique est presque une extension des créations visuelles pour moi, car je ne suis pas un expert, parfois il y a des choses que j'aurais envie d'être et que je ne peux pas, alors que la musique me le permet.

 

Est-ce qu'il y a une question que tu aurais aimé que je te pose ou un sujet que tu aurais aimé aborder ?

 

Robocop. (rires) Mais non, je n'en parlerai pas. Je parle de Robocop dans à peu près chaque interview donc on peut s'abstenir pour celle-ci.

 

 

Un grand merci à Robert Lioy pour son temps et sa sincérité.

propos recueillis par Manolito

Merci à FA

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23 août 2011 2 23 /08 /août /2011 18:29

Je profite de ma récente et mouvementée arrivée à Strasbourg pour rencontrer les gens du coin, surtout lorsqu'ils sont sympatiques et qu'à fortiori ils sortent ces jours-ci un album chez le label phare de Chicago : Tympanik Audio. C'est donc autour de quelques boissons houblonneuses que Normotone s'est prêté au jeu des questions réponses. Play, en français mais aussi dans la langue de Shakespeare. La chronique de son album sera elle publiée dans quelques jours.

 

Tout d'abord, peux tu nous parler de ton arrivée dans la musique et de tes influences ?

Déjà, je suis un amoureux du son depuis 1986. J'ai commencé par me mettre à la cold wave grâce à ce que tout l'Angleterre était en mesure d'apporter à l'époque. Donc forcément des groupes comme The Cure, Bauhaus, Joy Division ou Siouxie and the Banshee. Des groupes plus confidentiels de la scène française aussi, avec beaucoup d'EBM, plus particulièrement venus du label Pias. Et puis je suis venu logiquement aux musiques industrielles, avec des groupes comme Klinik et beaucoup d'autres. J'ai acheté mon premier synthé en 1993. On a formé un duo avec un pote, très influencé par la dark EBM du début des années 1990. On s'est séparés en 97. En 2004, j'ai fait partie de l'aventure Neon Cage Experiment jusqu'en 2006. C'était une formation extrêmement riche en terme d'expérience. On était quatre avec une culture, des bagages et des influences très diverses. C'était donc très enrichissant mais ça m'a permis de me rendre compte que j'étais trop associal pour faire partie d'un groupe. J'avais déjà commencé à travailler mon son en solo à cette époque là. Normotone est né de là, sans pour autant fermer la porte à des collaborations spontanées et volontaires pour prendre part au concept. Ce qui a le mérite de se soustraire à la gestion d'un groupe ou le travail en équipe qui n'est définitivement pas ma tasse de thé. Donc voilà, Normotone est une démarche solitaire mais ouverte aux autres points de vue. Je précise d'ailleurs que les différents intervenants ont sensiblement élargi mon horizon musical.

 

Could you tell me about your influences, and your musical background ?
I've been a music fan since 1986, at the time I was listening to cold-wave and british rock bands such as The Cure, Bauhaus, Joy Division, Siouxie and the banshee. Then I started listening to french cold-wave, very underground bands, most from the Play it against Sam label, EBM style music. And I discovered also Industrial music, Klinik, and many more ...
I started playing music in 1993, buying my first synthetiser, we formed a duo with a friend, in the "Dark EBM" style, influenced by Germand electronic stuff from early 90's, and we split in 97.
A new musical entity was born in 2004 called Neon Cage Experiment which ended in 2006. I learned a lot about this experience because the 4 members of the band had really different background and personality, which was great because we had a lot to share, but we didn't have the same vision and we couldn't get the tracks done. I realized I was too asocial to be part of a band, so I started doin music on my own, that's how Normotone started. But the concept was to be open to collaborations with other people, and on the other side have control on the music by doing most of it alone. Working with other people is rewarding cause you get different point of views.

 

Tu n'es pas le seul à officier dans ce genre de sons à Strasbourg. Comment qualifierais tu tes relations avec les gens du cru et du coin ?

C'est marrant parce que je me prends parfois à rêver que sur Strasbourg, on pourrait prendre une photo à l'image de la Sécession viennoise avec tous ces artistes dans une même pièce. Je pense qu'on en serait capables. On agit en parfaite intelligence les uns envers les autres même si on fait pas forcément la même musique. Certains sont des proches, d'autres juste des amis. On est toujours contents de se retrouver pour collaborer ou pour simplement bouffer ensemble chez les uns ou les autres. Il y a eu un effondrement au début des années 2000 à Strasbourg, mais les gens d'Audiotrauma ont redressé la barre. Il y a maintenant des gens de ma génération qui sortent leurs propres trucs. Comme Ex_Tension, qui sortent leur album en même temps que moi chez Tympanik. Je vais bouffer chez eux ce soir, on va pouvoir en reparler (rires). On n'est pas du tout entre nous dans une logique de compétition, on peut parler d'émulation tout au plus.

 

You don't seem to be the only one in that music style in Strasbourg, could you tell us about your relations with the city's musical scene ?
Well it's funny cause sometimes I think we could take a photo of all the artists from Strasbourg together, like they did it during the Vienna Cessation. We get along really well with each others, even if we don't play the same music, the same genres, we have lots of chats, dinners etc ... Some people are close friends. There was a bit of a down in the Strasbourg scene in the early 2000's but with the help of Audiotrauma there's been a real resurrection of electronic music there. I talk about artists like Ex_Tension, who signed on Tympanik like me, at the same time.

 

http://www.technodisco.net/img/artists/big/n/normotone.jpg

 

Transition idéale. Comment s'est fait le raccord avec Tympanik, label américain qui signe en même temps deux projets qui viennent du même endroit ?

A la base, Tympanik a eu vent de mon existence parce que j'avais travaillé sur un remix d'Ex_Tension sorti à l'époque chez M-Tronic. Pierre-Yves Hohmann d'Ex_Tension avait alors demandé à Paul Nielsen (boss de Tympanik) s'il était intéressé par leur travail. Et Paul aurait répondu à Pierre-Yves que si tout ressemblait à du Normotone, alors il n'y aurait pas de problème pour envisager une signature chez Tympanik. Puis pendant un an et demi plus rien ne s'est passé. Ex_Tension a ré-édité son album par le biais de Signifier, le nouveau label de Shannon Malick. En fait, tout s'est passé en 48 heures. Signifier et Tympanik étaient chauds pour sortir mon album. J'ai retenu Tympanik même si je garde d'excellentes relations avec Signifier. Je vais d'ailleurs poser un titre sur la prochaine compilation du label. Et Tympanik a également proposé à Ex_Tension de re-sortir Desert avec des remixes. Voilà, ça s'est fait comme ça. Après, je pense que l'intérêt que voue des labels américains à notre musique est dû à l'enracinement culturel européen pour cette musique. Culture beaucoup plus jeune pour les Américains. Peut-être apportons nous en tant que français une fusion manquante. Sans pour autant parler de "french industrial touch" (rires).

 

So how did you get in touch with the Tympanik Audio label ?

Well, I did a remix for Ex_Tension on an album released on M-Tronic. Pierre-Yves (from Ex_Tension) asked Paul Nielsen, Tympanik's boss, if he would sign him for an album. Paul answered he would, if every track sounded like my remix. I never heard of him again during a year and a half. Signifier, Shannon Malick's new label re-released Ex_Tension's album. Then, at the same time, Tympanik and Signifer contacted me to know if I was interested in signing for an album. I chose Tympanik but I keep good relations with Signifier. I'll give a track for the label's next compilation. I think americans are interested in european electronic music more and more, maybe because of european's older and various musical roots. Maybe we bring something new... without talking about a "french industrial touch" (laughs).

 

Peux-tu nous parler de la gestation de cet album et de ce que tu souhaitais obtenir comme résultat ?

Il y a des morceaux que j'avais déjà composé à l'époque de Neon Cage Experiment. J'avais envie de faire psycholgiquement un retour sur mes différents coups de foudre musicaux. C'est un peu macabre comme constat, mais cet album représente un peu un héritage, un testament, ce que je voulais laisser comme trace au cas où j'étais amené à mourir du jour au lendemain. Je voulais y mettre de ma personnalité, et de mes influences sur une période de plus de vingt ans. Voilà pourquoi l'album sonne comme un gros bordel sonore très hétéroclite. Je pense que les gens un peu plus vieux vont voir ça un peu comme un jeu de piste. C'est un album qui part dans tous les sens. Je peux humblement dire que ça peut ressembler à certains travaux de Foetus. Il y a même quelqu'un sur facebook qui m'a dit que ça lui vait fait penser à Coil, surtout pour le côté inclassable. Inutile de dire que je l'ai plus que pris comme un compliment. 

 

What was your vision of the album, at the start ?
I started just at the end of Neon Cage Experiment and I tried to make something really different. Something that could bring together my influences, and also my personality. Like a musical translation of 20 years of my life. It's not far from Foetus works, and also someone told me it sounded like Coil, in the way that you can't pigeonhole this music: it can be cold-wave, folk, old school industrial... 

 

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Quand on l'écoute, on sent que ce n'est pas l'album d'un mec de 25 ans qui a voulu faire une démonstration technique, que c'est quelque chose de très personnel. Que peux-tu répondre à ça ?

C'est quelque chose qui est complètement assumé. Je ne me sens absolument pas dans l'ère du temps à tel point que je suis étonné qu'un label comme Tympanik ait pu me signer. Je me vois presque comme le mouton noir de cette équipe. Paul (Nielsen) m'a même dit que que mon album était le plus spécial des releases de Tympanik. Quelque part on sait à quoi s'attendre avec leurs sorties, on sait qu'on ne trouvera pas quelque chose qui va complètement nous déstabiliser. C'est un label que je respecte infiniment et je suis presque surpris au final du choix de Paul. Mais en effet je pense qu'il faut avoir 40 ans pour faire un album comme ça (rires).

 

When we listen to your album, we feel that it's not the work of a 25 years old guy who wanted to do a technical demonstration. Do you agree ?

The album really sounds like the work of an experimented musician, it doesn't sound like what a 25 years old guy would do. It's not a technical demonstration, there's something more emotional. I'm not trying to be part of a trend, and in fact I feel like a black sheep on Team Panik cause I make something very different from the other artists, but I'm glad to be on this label. But you're right, for sure you gotta be 40 to make this kind of album ...

 

Si je te dis que c'est un album qui est à la fois dérangeant, ambivalent et complètement anarchique, est-ce que ça correspond à la vision que tu en as ?

Déjà cette analyse me réjouit au plus haut point, car il y a un travail là-dedans que je n'ai pas évoqué pour l'instant. Un travail mémoriel, qui en littérature par exemple peut être très déstabilisant. Si on prend un roman de Claude Simon, il nous fait voyager à travers, non pas une chronologie d'éléments temporels rassurants, mais par le biais de références basées sur son vécu. En définitive, il n'y a plus d'échelle temporelle. On suit un fil conducteur basé sur la mémoire, les associations d'idées, et on aboutit nécessairement à de la confusion, une sorte d'arborescence extrêmement complexe, qu'on est le seul à pouvoir maîtriser. L'aspect anarchique de mon album vient d'un travail musical, basé sur le travail de la mémoire, complètement introspectif. Un auditeur ne peut percevoir l'album comme je l'ai conçu, et heureusement. Maintenant ma grande question est : comment va-t-il être perçu ?

 

If I tell you the words: deranged, anarchic, ambivalent, would that fit in your vision of the album ?
Yeah, I really like this analysis . For me, it's a memorial work, like Claude Simon does it in litterature. He doesn't follow only one chronology, one time line, he makes you travel by relating each event and feeling of his life to a memory, like an arbouretum. The album was written in the same spirit, when I started a track I didn't have a plan, I'd just find a sound that brings me back to a musical memory, and then build on it with what comes in mind. That's maybe why it sound anarchic. It's really introspective, not meant to please the listeners. There are different layers, listening levels to each song. People won't perceive the same thing I did, while listening to it, so I'm wondering how they will receive it ...

 

Est-ce que ce n'est pas dangereux, d'un point de vue psychologique, de concevoir ce genre d'album ?

Non, je trouve que c'est une thérapie formidable. La démarche artistique, à mon sens, nécessite d'extérioriser des choses, positives ou négatives. Les autres formes d'art ne me touchent pas. La musique que j'ai voulu faire, au contraire, est une forme de catharsis, qui me fait au quotidien beaucoup de bien. Là où c'est dangereux c'est dans la perception de l'album par le public. Ou dangereux pour le label (rires).

 

Isn't it dangerous, I mean psychologically, to make this kind of album ?
No, it's a great therapy. The real artistic way to do music is to express emotion, get some feelings out, I don't think there's other way to make art, and if there is, I'm not interested in this. It's a form of cathartis. If something's dangerous, it's more to listen to the album than to make it, so it's more about the people's perception ... and the label took some dangerous risk in signing me too ! (laughs)

 

http://userserve-ak.last.fm/serve/252/28057751.jpg

 

Finalement, l'omniprésence des voix n'est-elle pas là pour humaniser l'album, pour contraster avec l'aspect terrifiant ?

Je pense déjà que l'on est terrifié que par ce que l'on ne connait pas. On a l'impression de pénétrer un univers qui est terriblement passionnel et terriblement humain, que du coup on ne maîtrise pas du tout. A la base dans mes goûts, j'ai toujours écouté des groupes "à voix", que ce soit Siouxie ou Ian Curtis avec Joy Division. L'intervention de la voix ne faisait que compléter l'univers que j'avais plus ou moins défini. Mais la voix sert quand même de modération parfois, dans la mesure où j'ai confié des morceaux à des collaborateurs, sans avoir aucune idée du résultat. Certain on changé leur propre registre pour s'adapter à ma musique, tout en apportant leur patte. Cela apportait une toute nouvelle dimension, quelque chose de plus large au titre initial. La voix en elle-même apporte d'autres émotions qui ne sont pas les miennes et que je n'ai pas controlé car tout le travail s'est fait à distance. Je n'ai rencontré qu'une seule personne sur les six avec lesquelles j'ai collaboré. Il s'agit de Laurent Kistler aka KL. Mais ce qui est affolant c'est que les gens à qui j'ai confié des morceaux en on vraiment compris la nature même, se le sont approprié et ne l'on pas trahis dans leur façon de travailler. Je tiens encore tous à les remercier.

 

Does the vocal featurings on the album have something to do with an attempt to humanize your music, to make it less scary ?
Well, one's only scared by what one's doesn't know. My "musical psychism" is maybe the reason of this scary side. I've always been fan of bands with vocals: Bauhaus, Joy Division, Siouxie. Vocals are there to complete the musical universe I created. I really didn't know what the people I chose to work with could do on the tracks, I never saw them for the recordings, save Laurent Kiessler. Some of them even changed their singing style to fit in what I made, they really understood the spirit of the album and did a great work.

 

Les oppositions entre le lumineux et le sombre, le beau et le laid, toutes ces ambivalences, d'où ça vient ?

Je pense qu'on peut tous s'enrichir mutuellement en accédant à un niveau spirituel supérieur, c'est ce qui nous différencie des animaux. Et le contraste fait partie intégrante du concept de l'album. Je pense que ces deux sphères communiquent entre elles et sont un peu obligées de cohabiter. L'avantage de la cohabitation c'est aussi qu'on n'a pas à faire le choix entre les deux pôles. Mais c'est comme pour l'équilibre social en fait, on ne peut pas exister dans cette société sans cette union des forces opposantes, sinon on est de suite marginalisé. C'est peut-être la cohabitation de ces deux sphères en musique, sur un album, qui rend ça effrayant. 


The opposition between Light and Darkness, Pretty and Dirty, where does that come from ?

 I think we all can reach a high level of spiritualism as much as we can be pure animals, the contrasts is part of the whole concept. It's more of a communication between the two sides, light and darkness, find a coherence and never let a track chose between those two. It's like the social equilibrium, you cannot live in society without having boths opposites, or you are marginalized. But maybe showing the two faces on an album is a bit scary.

 

As-tu eu "carte blanche" pour la conception vis à vis du label ?

On s'est beaucoup entretenus avec Paul. Chacun a bien joué son rôle. Il m'a signalé les morceaux qu'il trouvait trop faible ou pas assez travaillés. Je ne l'ai pas mal pris, ça fait partie du jeu. Il fait son boulot de label manager et m'a laissé le temps de peaufiner mon bordel. Avec le recul je lui en suis même reconnaissant car ça m'a permis d'être encore plus exigeant avec moi même. Il y a même des morceaux que j'ai complètement recommencé. Pour l'artwork, on a collaboré avec un pote artiste que j'estime énormément. Le genre de mec qui a un talent énorme et qui ne s'en rend même pas compte. Ou pas assez. Surtout en ce qui concerne ses qualités de compositions. On a fait un compromis pour que tout le monde soit content. Au départ, on avait fourni une version que Paul ne trouvait pas satisfaisante. Pas assez représentative de ce genre de productions.


Did you have total control over the album process ?

I talked a lot with Paul from Tympanik, we boths knew our roles from the start, he suggested me to take away some of the tracks, work harder on others, I didn't feel bad about it at all, he did his job, and gave me the time I needed to do my stuff. I agreed on this working process because he was right, and he helped me become more demanding about myself. For the artwork, I worked with really great people too, but I had to make some compromise, even if I like the actual cover, so it didn't bother me.


Pour quelq'un qui vient de la cold wave, de l'indus à l'ancienne, la musique électronique ça représente quoi pour toi ?

Il y a des choses vraiment extraordinaires. Il y a eu énormément de progrés, liés à l'évolution et à l'utilisation de la technologie mais pas seulement. J'ai surtout un problème avec les musiciens électroniques qui font dans la malhonnêteté intellectuelle. Y a tellement de trucs pourris qui font du mal à la musique électronique. Parce que voilà, ce genre est sans limites et ça va tellement plus loin que tous les malheureux clichés qu'on a l'habitude d'entendre. Du genre y a qu'à appuyer sur un bouton... la musique électronique est capable de transmettre de superbes émotions. Je suis très client, même plus que ça des travaux de Ben Frost ou de Soap and Skin, et puis du côté du mainstream je peux même citer Björk. Je ne me fixe pas vraiment de frontières au niveau des genres que j'écoute, ça va de la musique de chambre aux formations guitares/basses/batterie plus classiques. J'ai par contre renoncé à écouter de l'electro dark ou de l'EBM.


For someone whose coming from the cold-wave and old school industrial scene, what does electronic music represents today ?
There are really amazing things, touching things, there's been a lot of progress, I'm talking about hardware but also people making electronic music. I'm just a bit bored that any electronic musician can get stuff out, cause some of it shouldn't be . Electronic music has no limits, and contrary to the old clichés about the genre, it's meant to express emotions. I really like Ben Frost and Soap and Skin for example but also mainstream artists like Bjork. I can listen to chamber music as much as Bass/Drums/Guitar bands. I stopped listening to dark electro or EBM.

 

J'ai l'impression que tu as une véritable passion pour les voix de femmes. D'où ça te vient ?

Probablement de ma part féminine (rires). Mais c'est vrai, il y a des interventions féminines sur l'album. Je trouve qu'elles sont bien meilleures que les hommes pour retranscrire quelque chose de l'ordre de la fragilité ou de la vulnérabilité. Les voix d'hommes sont par contre excellentes pour exprimer la tristesse.


I see you have a passion for female voices, where does that come from ?

I don't know, maybe my female side (laughs) . You're right, there's 2 women on the album, singing. I think women have a secret to express feelings better than men, like fragility, vulnerability. Men's voices are more about sadness...

 

http://tympanikaudio.com/wp/wp-content/uploads/2010-12-20_011-web.jpg


Si tu pouvais dire quelques mots à ceux qui vont écouter ton album...

Bonne chance tout d'abord (rires). Je ne pense pas que ce soit un album destiné à un auditoire particulier. Chacun pourra y trouver quelque chose d'inétressant. Je baptise moi même mon son comme de la musique pour "cul assis". Il faut juste avoir du temps pour y plonger et être équipé d'un bon casque d'écoute. Je dirais qu'il ne faut pas l'écouter en version mp3 pourrie car c'est très introspectif, midtempo, pas le genre de trucs que tu vas écouter en club. C'est définitivement une thérapie personnelle pour moi, sans aucun compromis.


Have you got something to say to the people who will listen to your album ?

Good Luck ! (laughs) I think you gotta know this album is not made for a particular audience, everybody can find something interesting in it ... I think my music is for "sat down people", I mean that you have to take the time, get a good pair of headphones ... Don't listen to it on low quality mp3s, it's really introspective, mid-tempo tracks, not the kind of stuff you hear in the clubs. It's a personnal therapy, sincere, with no compromises.


Jouer en live, c'est un truc impossible pour toi ?

Dans l'état actuel des chose oui. Mais si on me proposait une partie visuelle associée, où la video pourrait prendre une vraie place, j'aurais probablement un autre discours. J'ai pas envie de me foutre du public en lisant mes mails derrière mon laptop pendant que j'appuie sur des boutons. Je sais pas si j'en ai les compétences et de toute façon, c'est vraiment pas un truc impératif pour moi. Si un jour il y a un projet intéressant et interactif, on en reparlera.


Does the live performance feels impossible to you ?

Right now, yes. My dream would be to propose a visual show with the music, where the video would take a really big place. I won't ever play live on laptop, looking like I'm reading my mails, like some others do. I find it a bit ridiculous, even if the music's good, I can't get interested watching a guy looking at his screen the whole concert. I haven't the knowledge of hardwares to play stuff live too, so it's not an imperative for me, but if someday I can make that kind of project, why not, if it's interesting...

 

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propos recueillis par Ed Loxapac

transcription par Manolito

traduction par Hank Above Skies

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9 juillet 2011 6 09 /07 /juillet /2011 16:10

Le 13 mars 2010, je franchissais pour la première fois les portes de la salle Pleyel à Paris pour un concert qui détonnait sur le programme de ce lieu dédié à la musique classique. Le public était aussi inhabituel, avec quelques abonnés de la salle qui se mêlaient aux nombreux fans de la première heure. Après la sortie d'un album éclectique, Laurent Garnier décidait donc d'investir cette scène atypique pour le DJ-producteur qui a déjà visité tous les clubs du monde à de multiples reprises. Pour cette date spéciale, un dispositif particulier était prévu pour 2h45 de musique et de lumières de haute volée… difficile pourtant de bien comprendre tout ce qui c'était passé en sortant. Après l'avoir vu en DJ set plusieurs fois au Rex Club ou à Marseille, en live à Budapest et à Lyon, le Français a fourni une prestation dont il a le secret. Différente. A l'heure où ce concert sort en DVD, Chroniques électroniques revient sur cette date avec un Laurent Garnier déjà bien réveillé à 10 h du matin, qui nous parle des invités qui n'ont pas pu venir, de l'émotion de cette date et d'un futur album… 

 

Comment est venue l'idée de jouer à Pleyel ?

Ce n'est pas moi qui ai eu l'idée. Je travaille depuis des années avec Eric Morand [avec qui il codirigeait le label F Com] et Christian Paulet [ancien directeur du Rex Club]. Ce dernier a souvent des grands rêves un peu fou, c'est déjà lui avait pensé à l'Olympia en 1998. Il a été contacté par Pleyel qui souhaitait programmer des artistes pour un public plus jeune et Christian a répondu oui tout de suite. Il m'a ensuite dit : "On a l'opportunité de faire une date à Pleyel"… je lui ai répondu que c'était complètement fou et que les abonnés allaient sauter au plafond. Après réflexion, nous avons décidé de faire un concert spécial avec des invités, des vidéos, etc. Quand je revois le concert, je m'aperçois que c'est allé beaucoup plus loin que nous le pensions au départ. Pleyel a été un grand tournant dans ma carrière, mais c'est quelque chose que je ne peux dire qu'un an après. Je ne pensais pas que le résultat serait tel et que cette date aurait autant d'impact sur moi.

 

Comment s'est organisé concrètement le concert ?

Christian et Eric me laissent toujours faire ce que je veux d'un point de vue artistique. Nous avions plein de très belles idées qui n'ont pas pu toujours se concrétiser. Pour les invités, nous avons contacté PJ Harvey. Son management a été super sympa, ils adoraient l'idée, mais elle était en studio à ce moment là, cela a donc été remis à une autre fois. Cela a été un peu plus compliqué, et n'a pas pu se faire non plus, avec Johnny Greenwood le guitariste de Radiohead. Quand on n'a pas eu PJ, je me suis dit qu'il n'y avait pas besoin d'avoir des artistes super connus. Je suis donc resté sur des personnes dont je suis fan et peu importe s'ils n'étaient pas connus des spectateurs. J'avais rapidement pensé à Anthony Joseph dont je suis archi fan et qui a pu venir. Nico [Crazy B] des Birdy Nam Nam, c'était une évidence car on se connait depuis des années et je voulais un scratcheur. Pour renforcer la section de cuivres, ce sont des potes de Philippe ["Red Face"] Naddaud qui sont venus.

 

Il y a également eu un travail particulier sur la vidéo, comment a-t-il été préparé ?

Sur ce sujet, j'ai pris la tête de tout le monde pendant un an et demi et nous avons retourné ciel et terre pour le faire. Il faut savoir que nous avions eu une expérience douloureuse pour la tournée Tales Of A Kleptomaniac, car l'équipe qui devait assurer les visuels nous a plantés au dernier moment. Pour éviter ce genre de problème, nous avons donc fait le choix pour Pleyel de demander à cinq personnes différentes de s'en occuper. La structure sur laquelle était diffusée les vidéos a été un casse tête chinois à monter… nous avons eu quelques journées de sueurs froides lors de la préparation.

 

Garnier-Pleyel.jpg

 

Comment a été bâtie la setlist ?

Je déteste me répéter, donc toute la musique a été repensée. Comme j'aime partager les décisions, nous avons fait plein de réunions avec les musiciens pour choisir la setlist à partir d'un premier choix de 30 morceaux. Puis tout a été réécrit et adapté pour l'occasion. Même les classiques comme Crispy Bacon ou The Man With The Red Face ont été joués dans une version unique. Les titres ont d'ailleurs depuis encore évolué, notamment Acid Eiffel.

 

Comment s'est passée la journée avant, puis le début du concert ?

Ca n'a pas été facile, notamment car un des saxophonistes s'est fait voler son instrument. Il était inconsolable car il y tenait beaucoup. Concernant le concert, j'avais déjà fait des concerts assis, je n'étais donc pas trop inquiet sur le fait que le public allait se lever et danser, il y avait eu tellement de travail en amont. Nous avons commencé avec Downfall, un titre assez lourd, pas facile d'écoute et que je n'avais jamais joué en concert. Cela a permis de faire comprendre que ça n'allait pas être comme d'habitude, les abonnés de Pleyel ont compris que nous n'allions pas jouer de la techno débile.

La setlist était construite pour faire monter l'ambiance au fur et à mesure et conduire les gens à danser. Après les applaudissements du deuxième morceau, j'étais lancé et je n'ai fait qu'en profiter. Sur les images du concert, on voit l'émotion, la connivence, nous étions tous sur un nuage. Nous nous sommes tous un peu étonnés sur scène, il y avait eu tellement de travail et de conditionnement qu'il fallait que l'on abandonne tout. Il y a eu des moments très forts, super émouvants, notamment sur Dealing With A Man où j'ai failli pleurer.

 

Comment se place ce concert dans tes souvenirs, l'Olympia que tu évoquais tout à l'heure était aussi un moment important ?

L'Olympia ne me laisse pas un souvenir aussi fort que Pleyel. C'était loin d'être un de mes meilleurs concerts, c'était plus un signe sur l'évolution de la techno en France, mais musicalement c'était moins fort. L'Elysée Montmartre était bien mieux. Nous avons fait beaucoup de bons concerts dans beaucoup d'endroits, au Canada, au Japon où à Split par exemple. Sur 300 ou 400 concerts en dix ans, il doit y en avoir 100 de très forts.

 

Pourquoi avoir décidé de sortir un DVD du concert de Pleyel ?

C'était tellement unique que j'ai forcé les choses pour que cela se fasse. C'est moi qui le finance. C'est une sortie à perte mais je veux qu'il existe ! C'est une des choses dans ma carrière que je veux pouvoir donner à mon fils. Dieu sait que ça a été compliqué de le sortir, quelques personnes ne nous ont vraiment pas aidés - pas les gens de Pleyel. Je suis très content du DVD étant donné que nous n'étions pas sensés le faire et que nous n'avions donc pas de dispositif vidéo particulier en place. Pleyel, c'est un tournant. Pendant des années j'ai essayé d'incorporer du jazz dans ma musique. J'estime avoir réussi avec ce concert et je peux passer à autre chose sans rougir de ce que j'ai essayé de faire. J'ai été au bout d'un truc.

 

Comment as-tu vécu le fait de reprendre ensuite la route avec la tournée LBS ?

LBS, c'est génial. Nous partons sur l'idée de jouer longtemps, avec 3 h de live sur des sets de 4 h par exemple. C'est un live freestyle avec des versions des titres plus longues chaque soir. C'est aussi un laboratoire de travail qui nous permet d'essayer des morceaux pendant deux ou trois mois avant de les enregistrer. Nous savons ainsi ce qui marche avant d'entrer en studio, à l'inverse de ce que je faisais avant. Il y aura un nouvel album et un nouveau live en mai-juin 2012, qui sera plus techno.

 

Autre actualité, est sorti il y a quelques mois la musique que tu as composée pour le ballet d'Angelin Preljocaj au théâtre du Bolchoï… que trouve-t-on sur ce disque intitulé Survivront Mille Ans De Calme ?

C'est un travail de commande. Preljocaj m'a demandé de faire de la musique pour un ballet inspiré de l'Apocalypse selon Saint Jean. Je lui ai proposé des ambiances, il a fait des remarques et nous avons ainsi travaillé par aller-retours pendant neuf mois. Cela s'est construit au fur et à mesure. Je me suis beaucoup impliqué dans cette musique qui me ressemble. Le disque n'est pas tout à fait la même chose que la musique du spectacle, c'est ce que j'ai voulu faire. Ce n'est pas un disque facile. Il fait en quelque sorte suite à The Cloud Making Machine, c'est très cinématique.

 

propos recueillis par Tahiti Raph

photo concert : Dominique Boisson

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5 juillet 2011 2 05 /07 /juillet /2011 22:47

Date de réalisation : juin 2011

 

Quelques jours après la publication de la chronique (ici) du double EP Distosolista/Texturtion du Français Frank Riggio, nous avons le plaisir de vous livrer (en version originale et in english) l'interview de celui qui, souhaitons le, va compter de plus en plus dans le paysage du abstract hip-hop et de l'electronica psychédélique et cinématographique. Bonne lecture.

 

Tout d'abord Frank, pourrais-tu te présenter à ceux qui ne te connaissent pas encore, et comment tu es venu vers les musiques électroniques ?

Et bien je m'appelle Frank Riggio, j'ai 31 ans et j'habite dans le sud de la France, pas loin de Toulouse. Je suis passionné de musique, de sound design, de mixage/mastering et de bidouillages en tous genres. J'aime la musique depuis tout jeune, même si personne n'est musicien dans ma famille. Bien sûr mon père balançait de la musique à la maison ou en voiture mais rien de plus. A vrai dire, c'est difficile à expliquer mais je sens que j'ai toujours eu ça en moi : la musique. J'ai commencé à produire de la musique séquencée par ordinateur vers l'âge de 15 ans. A cette époque là, je traînais plus dans le milieu des raves parties. Par la suite, on a décidé avec un ami de créer le label Sagaloops, très orienté acid hardtek. Ca a plutôt bien marché. On a sorti une bonne quinzaine de maxis. Vers mes 25 ans, j'ai décidé de changer de direction musicale pour enfin produire de la "vraie musique" sous le nom de Frank Riggio.

 

First Frank, could you introduce yourself to the ones who don't know you already, and explain how you came into electronic music ?

Well, My name is Frank Riggio. I'm 31 and I live in the South of France, near Toulouse. I'm passionated with music, sound design, mixing and mastering and any kind of patching. I've been loving music since I'm very young. Even if my father listened to a lot of music at home or driving, it came alone. There's no musicians in my family. I don't know, I could always feel it inside of me, it is weird to explain. I started producing music sequenced by computer when I was 15. At this period, I used to hang out in the rave parties environment. I created with a friend a label called Sagaloops, we have done acid hardtek, and it went pretty well. We've released about fifteen 12''. When I was 25, I've decided to change my musical stride to create "real" music under the name of Frank Riggio.

 

http://headphonecommute.files.wordpress.com/2010/02/frank-riggio.jpg 

 

Tu as sorti deux albums en libre téléchargement, qu'est ce qui explique que tu renonces aujourd'hui à ce type de diffusion pour tenter de vendre ta musique ?

Déjà parce que jusqu'à maintenant ma démarche commerciale et la diffusion de ma musique relevait quand même de l'amateurisme. Je n'avais pas vraiment le temps de m'occuper de tout ça ; le libre téléchargement est donc apparu comme le meilleur moyen de diffuser ma musique. Ensuite avec le temps, je me suis rendu compte que la musique en libre téléchargement était souvent bâclée, avec un côté un peu B-side ou  bon marché. Et aussi parce que je ne me sentais pas assez pris au sérieux à cause de ça. Maintenant avec ce double EP, ce n'est plus gratuit mais je reste raisonnable au niveau des prix. Tu te doutes bien que ma motivation première n'est pas de devenir riche. Je continuerai à donner ma musique pour certains projets, comme pour les outtakes du double EP (5 ou 6 titres) que je distribuerai très bientôt. Pou résumer j'ai vraiment envie d'emmener ma musique à un autre niveau, plus pro. Mais qu'elle soit gratuite ou payante, ma musique sortira toujours de mes tripes. 

 

You released two free downloading albums. Why do you now renounce to this format ans start to sell your music ?

First because until now, my commercial approach of my music was not very professional. I had not the time to deal with the communication part of my work, so free download has seemed to be the best way to spread my music. Then, with time, I realised that unfortunattely, free download was synonyme of bungled music, B-Side, cheapness or amateurism, and so my music was not really taken seriously. Now, my music is not free anymore, but I'm reasonable with the prices. You suspect that my motivations are not to become rich. However I will keep offering my music for some projects, as the outtakes of the double EP (5 or 6 tracks) that I'm going to release very soon. To sum up, I relly want to give an image more professional to what I do. But in all cases, free or paying, my music is released and comes always out of my guts.

 

Peux- tu nous en dire un peu plus à propos de ce double EP ?

Oui, j'en suis très fier. J'ai beaucoup pensé et réfléchi avant de le produire. Ce concept de double EP qui crée un LP en les assemblant, j'en avais l'idée en tête depuis longtemps. Il était temps pour moi de lui faire voir le jour. Si on se plonge bien dedans, on peut se rendre compte que les deux parties sont très cohérentes bien que très différentes. Texturtion est plus orienté hip-hop et est très lumineux, tandis que Distosolista est beaucoup plus dark et plus expérimental. Je voulais quelque chose de très texturé pour les deux parties et retranscrire un mood bien spécifique pour chacune. J'ai beaucoup utilisé les techniques de morphing, de vocoding, de filtering et de trashing aussi bien propres que cradingues. Ca grattouille dans l'oreille interne et c'est ce que je cherchais. J'ai éssayé d'adapter des techniques vintages à un contexte plus moderne. Ce double EP représente un véritable virage artistique à mes yeux. J'avais envie d'éoluer, de désapprendre, de rompre avec une routine de production dans laquelle je commençais peut-être à me sentir trop à l'aise. J'ai quasimment tout changé autour de moi pour cette sortie, les outils, la méthodologie, donc mon approche musicale et mon état d'esprit. Je voulais un résultat très personnel et donc très créatif.

 

Could you tell us more about this double EP ?

Yes, I'm very proud of it. I thought it over a lot before producing it. I had the concept of a double EP creating an LP when put together in mind for a long time. It was time for me to give it birth. If you dive properly in it, you can realize that the two EP's are as coherent and different. Texturtion is more hip-hop and luminous whereas Distosolista is more experimental and dark. But I wanted something very textured for both, with a specific mood for each. I used a lot morphing, vocoding, filetring and trashing techniques in order to obtain thoses neat but dirty textures I wanted it. It scraches the inner ear, and that's what I wanted. I tried to adapt vintage techniques to a more modern context. These Ep's represent an artsisting turning to me. I wanted to evolve, to unlearn, to free myself for a production routine, where I start maybe to feel too confortbale. I have almost changed everything around me for this release, my tools, my methodology, so my musical approach and my state of mind. I wanted a very personal and very creative result.

 

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Mon petit doigt m'a dit que tu préparais une trilogie d'albums...

Ah oui ! Ce projet me tient tellement à coeur. Si on compte les croquis, les esquisses et autres idées notées sur le papier... voilà bientôt trois ans que je travaille dessus. Je peux déjà annoncer que cette trilogie va être très spéciale, que ça va représenter une sorte d'évolution de l'esprit humain dans l'espace et le temps. Tout ça en trois étapes. Je peux aussi annoncer que le très doué et talentueux Shift. (Timothée Mathelin) a réalisé l'artwork de la première partie. Ce qu'il a fait est grandiose. Les trois LP ne sortiront pas en même temps. Mais à l'heure où l'on parle, j'ai preque terminé le premier. Les arrangement sont quasiment achevés, il ne me reste plus qu'à m'atteler au mastering. Les deux autres sont à peine commencés, y a encore beaucoup d'idées à mettre en place mais je suis plus que content de travailler dessus. Je veux sortir ça avec un an d'intervalle entre chaque, comme une sorte de Movie Saga. Aucune date n'est annoncée pour la sortie du premier volet. J'aimerais bien que ça se fasse avant la fin de l'année mais ça va être chaud. J'ai tellement hâte...

 

My little finger told me you were preparing an album trilogy...

Of Course. This project is so close to my heart. Counting the first sketches and other ideas put on paper, I am working on for more than three years. I can announce that is going to be a rather special trilogy, that it will represent a kind of evolution of the human mind in space and time. In Three steps. I can also announce that the very skilled Shift. (aka Thimothée Mathelin) realized the atrwork of the first LP. What he did is magnificent. The three LP's won't be released at the same time. As we talk, I have almost finished the first one, the arrangements are almost done, and I'm going to tackle the mastering soon. The two others LP's are just sketched. There are a lot of ideas to implement but I am more tah happy to work on it. I want to release them with at least an interval of a year between each album. Like a Movie Saga ! There is no release date for the first album, before the year end I hope, but it's going to be hard. I'mreally looking forward.

 

Quelles relations entretiens-tu avec les labels majeurs du genre ?

Mis à part que j'en ai marre d'être sans cesse harcelé par des labels comme Warp ou Ninja Tune pour me signer ? Plus sérieusement, je ne m'intéresse à tout ce qui se fait, peu importe la taille du label. De Ninja Tune en passant par Ad Noiseam, Anticon, Brainfeeder ou Tymapnik Audio. Je vais souvent aux updates, même si je suis déçu des directions prises par certains labels, je continue de m'y intéresser, comme s'il y avait un lien incassable. J'avoue que j'aimerais que ma musique soit diffusée et distribuée par un label solide avec un "fan base" déjà conséquent. C'est un truc qui me soulagerait pas mal, surtout au niveau de la promotion et de la communication. C'est à ça que j'aspire et c'est dans ce sens que je travaille actuellement.

 

What kind of relationship do you have with the major labels in the field ?

Excepet than I'm fed up with being harassed by labels like Warp or Ninja Tune ? More seriously, I'm interested taht is done, regardless the size of labels, from Ninaj Tuen to Ad Noiseam, Anticon, Brainfeeder or Tympanik Audio. I often go to the updates, even if I am very often disappointed by the new directions taken by some labels. I Keep my interest, like an unbreakable link. I admit that I would like my music being spread by a reliable label, with a significant audience, it would be a relief, mostly concerning communication and promotion. I am working on it now.

 

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Quelle place donnes-tu au sampling dans ta musique et quel matériel utilises-tu ?

Le sampling était à la base de mes travaux précédents, jusqu'à Symmetric Human Door pour être plus précis. J'ai décidé de changer de technique depuis le double EP, je ne sample plus rien. Enfin... je ne sample plus les musiques d'autres artistes, ou si peu... J'utilise principalement des musiciens ou mes propres talents. Les sources sont beaucoup plus flexibles à traiter, plus personelles et donc plus simples à arranger. J'utilise beaucoup les méthodes de sound design maintenant. J'ai beaucoup appris grace au sampling, je me suis forgé une oreille musicale qui me permet d'être efficace. Je ne perds plus de temps à chercher des combinaisons, à trouver ce qui est assemblable ou pas. En ce qui concerne le matériel, j'utilise toujours un laptop puissant avec Cubase 5 principalement. Pas mal de plug-in et pas mal de hardware aussi, pour le mastering surtout : Compressor Eq, etc. Quelques synthés hardware aussi, du bon monitoring, un clavier controller MIDI, une bonne paire de micros, un enregistreur numérique de qualité et une carte son pro. Je ne posséde pas des centaines d'outils, mais tout ce que j'ai, je le connais par coeur et me sens bien avec. C'est le plus important. 

 

What place do you give to sampling in your music, and whant kind of material do you use ?

Samplin was the base of my previous works, until Symmetric Human Door to be more precise. I decided to change my technics with the double EP and also the albums trilogy to come. I don't sample anymore, well I don't sample other artists music anymore, or very rarely. I use musicians mostly, or myself, the sources are much more flexible to use, more personal and necessarily simpler to arrange. Also I use a lot of sound design techniques now. Regarding the material, I always use a powerful laptop with Cubase 5 mostly, some plug-ins but also some harware, above all for the mastering : compressor, EQ etc... SOme hardware synthesizer also, good monitoring, a keyboard/controller midi, a couple of good mikes, a proper digital recorder and a pro audio card. I don't have several hundred of tools but all I have I know it by heart and I feel good with it, it is important for me.

 

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Que réponds-tu aux mauvaises langues qui disent que ta musique est pompée sur celle d'Amon Tobin ?

Qu'ils ont bien le droit de penser ce qu'ils veulent, que je n'ai jamais caché l'influence de sa musique sur la mienne, que je respecte profondément l'artiste et tout ce qu'il a apporté au travers de ces 15 dernières années. D'écouter plus précisément ma discographie également, surtout ce dernier double EP. Nous avons tous nos influences, pourquoi les renier ? J'en suis même plutôt fier, certaines personnes n'ont pas compris mon approche pour mes premiers travaux, tout ça a été fait avec un respect des plus total, comme une sorte d'apprentissage. Il ne faut pas oublier que je suis autodidacte dans tout ce que je fais, ça passe beaucoup par l'écoute, donc l'influence. Un grand monsieur ce Amon Tobin, au même titre que d'autres musiciens que j'affectionne beaucoup. Maintenant, j'ai toutes les cartes en main pour voler de mes propres ailes, et c'est ce que je compte bien faire.

 

What do you answer to the scandalmonger who say that your music is pumped on Amon Tobin's one ?

That they have the right to think that they want, that I've never hidden the influence of his music on mine, that I deeply respect the artist and all that he brang for those last 15 years. To listen more carefully to my discography also, especially the double EP. We all have influences. Why repudiating them ? I am even pretty proud. Some people do not understand my approach for my first works. Everything I've done was done in a complet respect, like a kind of learning. Remember that I am a self-taught person, it comes very much with the listening and so the influence. Amon Tobin is a great man, as other musicians that I love. Now I have all I need to fly on my own, and that's what I'm coming to do.

 

Pourquoi ne fais-tu pas de live ?

Pour plusieurs raisons, pour ma fille avant tout. Je veux être présent pour elle quand elle a besoin de moi, et non pas toujours sur les routes. Je ne veux pas faire les choses à moitié. Faire un live par ci par là, ça ne me branche pas. Ensuite, je n'ai pas envie de me foutre de la gueule d'un public en appuyant tout simplement sur la touche play et encaisser de l'argent. Mais je ne fais pas une croix dessus, c'est juste une question de temps et de moyens. Le moment viendra où j'aurai l'occasion et l'envie de partager ça, avec un vrai concept.

 

Why don't you play live ?

Several reasons. For my daughter firstly, I want to be here for her when she needs me and not beeing constantly on the road. I never leave things half finished. I'm not interested in doing a live here, another one there. Then I ndon't want to fool a public by just press play and earn money. I don't write it off, it's just a matter of time and means. There will surely be a time where I would desire it and have the occasion to share it with a real concept.

 

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Quel regard portes-tu sur les musiques électroniques à l'heure actuelle ?

Qu'il y a beaucoup de musique qui rentre dans mon oreille pour en resortir aussitôt. Les trucs trop convenus me gonflent. Mais il y a aussi de bien belles chsoes autour ne nous, il suffit juste de faire l'effort de chercher un peu car le mainstream a tendance à rendre aveugles et sourds beaucoup de gens. Comme une sorte de diktat musical. J'ai du mal avec les musiques électroniques qui veulent unqiuement résonner dans l'air du temps. Elles ne contiennent pas beaucoup de coeur et encore moins d'âme. D'un point de vue général, le dubstep au sens large ne m'émeut pas des masses, même si certains artistes arrivent encore à faire évoluer le truc. Je trouve que c'est devenu quand même assez générique, comme je disais, dans l'air du temps.

 

How do you see electronic musics in the present time ?

There are a lot of musics that come into my ear to immediately get out of it. Too conventional things tire me. But there are also beautiful things around us. We just have to do the effort of seeking a bit beecause mainstream tends to make a lot of people blind or even deaf, as if their musical taste were dicated. I am against electronic musics made to please people. I support musics made with the heart and above all with passion. Globally, dubstep does not move me unduly, except some artists who continue to make this kind of music evolve. It almost become generic, as if dubstep music makes you "cool".

 

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Peux-tu nous citer des albums qui t'ont particulièrement marqués ou déçus récemment ?

Oui, il y a deus semaines j'ai découvert dans un mix de Tobin un artiste impressionnant qui s'appelle Colin Stetson. Il est saxophoniste et ce qu'il fait est juste dingue. Le disque s'appelle New History Warfare Vol.2 Judges. J'adore toujours autant Syl Kougaï. Le travail d'ingé son et d'expérimentation de Diego Stocco me plaît beaucoup aussi. Il arrive à surprendre de par ses inventions. Le dernier EP, Orbitus, d'Access To Arasaka m'a bien séduit également. Isam d'Amon Tobin m'a autant plus que déçu. Le côté texture/sculpture de cet album est effectivement très charmant et foutrement bien élaboré mais malheureusement, mis à part sur quelques titres, il a laissé son savoir musical émotif un peu sur la touche avec cet opus, c'est dommage. Le live m'a l'air assez exceptionnel, ça devrait bien se compléter du coup. Le dernier truc de DJ Shadow ne m'a pas plu du tout, je me demande où il va, enfin... sa musique ne me parle plus vraiment. Les sorties des gros labels me déçoivent souvent, encore une fois de par leur caractère trop convenu.

 

Could you quote albums that particularly marked you or disappointed you lately ?

Two weeks ago, I discovered an impressive artist in a Tobin mix. His name is Colin Stetson. He is a saxophonist and he does crazy stuff. His record is called New History Warfare Vol.2 Judges. I still love Syl Kougaï. The sound engeneer and experimentation work of Diego Stocco pleased me a lot as well. The last Access To Arasaka, Orbitus EP, also seduced me. Amon Tobin's Isam pleased me as it disappointed me. The texture/sound sculpture aspect i really charming and very well elaborated, but unfortunately, except a few tracks, he discarded his emotional ability in this album, which is too bad. The live seem pretty amazing however, so it complement one another. The last Dj Shadow EP didn't please me at all. I wonder where is he going, his music does not move me anymore. Globally, the big labels releases usually disappoint me, because again it's very conventional.

 

propos recueillis par Ed Loxapac

Translation by Manolito and Fanny Ardente

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19 avril 2011 2 19 /04 /avril /2011 16:41

En trois albums, Saul Williams a imposé un style unique avec une musique entre rock, rap et électronique, parfois qualifiée d'afro-punk, pour accompagner des textes abondants et d'une rare richesse déclamés avec une verve imparable. Découvert dans le film Slam de Marc Levin en 1998, qui faisait sortir cet exercice de style des cafés branchés de New York pour conduire au meilleur comme au pire, l'Américain a tracé sa propre en route sans s'intéresser aux modes, signant un classique absolu avec Amethyst Rock Star, produit par Rick Rubin, en 2001. Diamant brut suivi en 2004 par l'album Saul Williams qui enfonçait le clou avant de s'adjoindre les services de Trent Reznor de Nine Inch Nails en 2008 pour son troisième long format The Inevitable Rise And Liberation Of Niggy Tardust. Il avait goûté sur ce dernier aux joies de l'indépendance avec une distribution par Internet (quelques mois après Radiohead).

Il revient sur une major, Columbia/Sony, pour son quatrième album, Volcanic Sunlight, qui bouscule une nouvelle fois ses habitudes musicales, puisque, comme il le dit lui-même, il s'agit d'un "Niggy pop". Saul chante, laisse plus de place à la musique et montre de nouvelles facettes de sa personnalité, plus heureuses, même s'il garde toujours une impressionnante énergie et une intensité qui bouscule. Après le Bréil, New York, Los Angeles, l'artiste a posé ses valises a Paris où nous l'avons rencontré pour évoquer ce disque qui sort en numérique le 18 avril et début mai en "physique".

 

Chacun de tes albums est différent, comment Volcanic Sunlight se démarque des autres ?

C'est la première fois que je n'écris aucune chanson avec de la colère, cet album donne la perspective la plus globale de moi-même, c'est une meilleure réflexion de qui je suis. Beaucoup de gens connaissent ma colère, mais je ne suis pas une personne énervée. Je ne suis aujourd'hui pas plus heureux ou moins en colère. Volcanic Sunlight est la suite de Niggy Tardust, à la fin du titre Dance, je dis d'ailleurs "this is Niggy pop"...

Comment as-tu conçu cet album ?

Je travaille seul, souvent tard chez moi, avec ma basse et des écouteurs pour pouvoir écouter la musique fort. Avant, j'écrivais des poèmes que j'enregistrais quand je sentais quand ils étaient terminés. Cette fois-ci, j'ai travaillé d'abord la musique. Je suis arrivé à Paris avec dix-onze titres composés à Los Angeles, et je n'avais pas encore les textes. Je les ai fait écouter à Renaud Letang en chantant au hasard sur les instrumentaux.

Quel a été le rôle de Renaud Letang en tant que producteur ?

Il a été le gardien de la sécurité. Il régnait une certain ambiance sur les démos qui aurait pu être perdue si nous avions surproduit les morceaux. Je suis venu avec les squelettes des chansons, nous avons ajouté les muscles avec les rythmiques puis nous avons amené d'autres instruments comme les cuivres pour faire la peau. Trois ou quatre musiciens, comme David Sztanke, le clavier de Tahiti Boy, et Vincent Taeger, le batteur de Pony Hoax, sont venus pour donner vie aux morceaux à l'issue du processus créatif qui a duré environ six mois avec Renaud Letang. Ma fille Saturn et Janelle Monae ont également participé à l'enregistrement.

C'est pour cette raison qu'il y a moins de texte sur cet album ?

La poésie n'est pas quelque chose qui appartient aux mots, c'est une manière de percevoir les choses. Dans ce disque, la poésie est plus dans la musique que dans les textes. En réécoutant mes anciens albums, je me suis toujours demandé comment dire moins, faire des économies de langage. Je voulais exprimer des émotions sur mon amour du monde et pas en parler. Et si cet album est plus chanté que par le passé, je ne commence pas à chanter, je commence seulement à le faire en public.

 

Saul_Williams.jpg

 

Au milieu de l'album figurent des titres plus pop, avec des influences funk qui sont nouvelles chez toi, pourquoi cette nouvelle direction ?

Ces morceaux sont tout à fait logiques pour moi. Le titre Give It Up me fait penser à James Brown et je rappelle que je suis né après que ma mère a été évacuée d'un concert du chanteur. C'est typique de la musique que j'écoute. Dans le passé, j'utilisais la musique pour des raisons politiques, j'avais des choses à démontrer, alors que là je cherche plus l'énergie. Je crois en la vérité, je ne suis pas optimiste mais réaliste. La danse est aussi nécessaire que le combat. Depuis mon séjour au Brésil, je pense que les meilleurs combattants sont les danseurs. Sur cette partie du disque, je suis plus danseur que combattant.

Malgré ce côté plus joyeux, tu gardes toujours cette même intensité, en es-tu conscient ?

C'est quelque chose que j'ai découvert en travaillant avec Trent Reznor. Je pensais qu'il fallait que je sois en colère pour aller avec la musique sur laquelle je chantais. Dans cet album, tous les morceaux sont une explosion de lumière. Le volcan évoqué dans le titre de l'album est une métaphore pour évoquer cette lumière qui jaillit de la musique. Il faut à chaque fois trouver la manière de pousser les nuages pour sortir.

Cette intensité vient sans doute de la mise en avant de la batterie, pourquoi ce choix ?

La batterie est l'instrument qui a la plus forte similarité avec mon rap. Les gens qui écoutent mes disques pensent beaucoup aux paroles, mais ce sur quoi je me concentre depuis le premier album, ce sont les rythmes. Ils sont sur cet album plus organiques et plus proches de mes influences, des musiques avec lesquels j'ai grandi au Brésil, la samba ou l'ambiance des carnavals, ou d'autres artistes que j'ai écouté comme Fela. Je partage ainsi plus mes goûts musicaux, je suis aujourd'hui plus ouvert alors que j'étais avant dans un style plus pointu.

 

http://musikplease.com/wp-content/uploads/2010/12/saul-willliams-sunlight.jpg

 

Il y a aussi un côté plus rock dans cet album, pourquoi ce choix ?

Le son de l'album n'est pas vraiment quelque chose que j'ai choisi. Tout était électronique au départ. Nous n'avons rien enlevé, mais nous avons ajouté des musiciens pour remplacer certains sons. Il reste donc toujours des éléments électroniques dans les morceaux.

Peux-tu nous dire quelques mots sur Rocket, qui débute sur un sample d'un classique du rap, et sur New Day qui achève le disque d'une manière assez puissante ?

Au début de Rocket, il y a effectivement un sample de The Bridge de Mc Shan et Marley Marl, déjà utilisé par Mobb Deep et Dr Dre. C'est le titre le classique absolu du rap pour moi, il a fait KRS One et le son du Queen's. Il me semblait intéressant de l'utiliser car il rappelle une époque vraiment dure à New York. L'utiliser consistait à prendre quelque chose de sombre et essayer de le porter vers la lumière, comme je l'ai expliqué. Tout le monde partage cette expérience avec moi, cela montre l'évolution des choses.

New Day est le dernier morceau que j'ai composé pour l'album, il a été écrit à Paris. Sa particularité est que je l'ai composé seulement sur ma basse, sans programmation. Les autres éléments sont venus s'ajouter plus tard.

 

 

propos recueillis par Tahiti Raph

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12 avril 2011 2 12 /04 /avril /2011 13:50

Depuis 2007, le producteur résident au Canada publie régulièrement des beats tapes étonnantes ainsi que des maxis et titres jouant avec les codes du rap pour faire des instrumentaux nourris de samples et d'électronique. Des bidouillages intrigants et originaux que le producteur publie généreusement sur Internet. Sans oublier un certain côté ludique. Nous l'avions découvert l'an passé avec son EP Cailloux Germés (chroniqué ici). A l'occasion de la sortie de Turquoise (en téléchargement ici), 7e volet de sa série des couleurs débutée par Noir en 2007, nous avons "shipé" à Kenlo Craqnuques quelques questions pour en savoir plus sur sa musique et son univers sonore...

 

Peux tu présenter ton parcours musical ?

Mon père écoutait James Brown et les grands classiques congolais à la maison. Et la danse était obligatoire dans les soirées, même vêtu d'une tenue de soirée importable. J'ai commencé dans le rap sous le nom KenLo, puis je me suis mis aux beats plus tard. Au-delà de faire des beats tous les jours, je suis d'abord un mélomane. J'apprécie toutes les musiques qui croisent mon oreille.

 

Avec quel matériel travailles-tu ? Quelles sont tes méthodes pour composer ?

Un laptop, fruity loops, nanocontrolla, nanokeys. Ma méthode repose sur l'essai-erreur. Je creuse des sons qui me surprennent et les combine avec des sons auxquels je suis habitué. J'aime le faire en fredonnant. Les meilleurs "joints" sont des accidents. La portativité du truc permet d'aller directement sur le quai pour faire le beat ''quai''.

 

Tu viens de sortir Turquoise, le 7e volet de ta série des couleurs, peux tu nous présenter la série et nous donner les particularités de ce dernier volet ?

Turquoise demeure dans le même esprit de laboratoire que les autres couleurs. Je prolonge le plaisir de partager des beats moins achevés que je continue de découvrir même après avoir fait circuler, utiliser la distortion comme percussion et donner son heure de gloire à des sons cheap. Sur cette toute dernière couleur du dimanche, j'aperçois l'oasis qui se manifeste entre autres par l'introduction de deux pièces (Pause mcItal et Famille Nomade) d'un projet intitulé O2 en développement avec ma complice Caroline Dupont.

 

http://www.musicismysanctuary.com/wp-content/uploads/2011/03/KenLo_Craqnuques_Turquoise_2011_1-300x300.jpg

 

Joues-tu tes compositions en live ? 

Le live est un terrain encore plutôt vierge pour moi. Je joue le plus souvent mes beats dans les vernissages de mes camarades graffwriters, je fais des petites séquences, zappe mon broadcasting d'effets sonores, mais bon... je ne me considère pas comme un musicien live encore à ce niveau. En ce moment, je travaille là-dessus, au travers de l'envie inévitable de passer au prochain beat !

 

Comment diffuses-tu tes compositions ?

Je suis signé sous Google Records. Les Craqnuques au complet sont télélourdables gratuitement sur Musicismysanctuary.com et les autres projets circulent sur des adresses flottantes (Bullesbubbles avec VLooper, etc.), mis à part Cailloux Germés qui est sorti via le netlabel Error Broadcast. Je crois que le monde qui écoute mes galettes est comme moi, des gens qui cherchent de la musique au lieu de plier à qui fait le meilleur market thing. Au moment où je m'apprêtais à publier Noir sur ma page Myspace (rip), mon grand frère m'a introduit aux concepts de creative commons, copyleft et tout ça. Aujourd'hui je respecte forcément les dinosaures de la préhistoire (alias l'institution du droit d'auteur), mais je ne crois toujours pas que mes beats m'appartiennent. C'est pas écrit sur le fichier mais le partage gratuit implique que celui qui le sent, partage à son tour.

 

Tu travailles avec d'autres artistes, avec qui as tu collaboré et pour quel type de musique ? 

Je fais partie d'une troupe postrigodon appelée Alaclair Ensemble, au sein duquel je fais des beats et rappe, en plus de produire ici et là pour d'autres rappers des environs (K6A, Karma Atchykah, Metazon, etc.).

 

Quels sont les groupes que tu apprécies en ce moment ?

Afrobeat, l'ami, afrobeat ! Segun Bucknor.

 

Peux tu nous parler de tes projets musicaux, de tes envies ou rêves ?

Collaborer avec d'autres créateurs qui reconnaissent les bienfaits communautaires de la musique. Entre autres, une fusion acoustique à travers le projet O2. S'en viennent aussi d'autres beat tapes avec VLooper. Ah oui... et je vais me mettre à chanter bientôt je crois !

 

Propos recueillis par Tahiti Raph

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16 mars 2011 3 16 /03 /mars /2011 11:53

Christophe Gilmore aka FluiD est un artiste qui n'a que faire des sentiers battus. Son premier album, l'excellent Duality (chroniqué ici), mêlait la crasse de la musique industrielle, la moiteur du dub et l'électricité du rock et du noise. Le Chicagoen répond aujourd'hui à nos questions, avec franchise et réalisme, sans fausse pudeur ni concessions.

 

(Read the english version)

 

Christophe, pourrais-tu retracer pour nous ton parcours musical avant Duality ?

 

Avant FluiD et avant Duality, j'ai appartenu à différentes formations en Californie, d'où je suis originaire (je vis maintenant à Chicago). J'y ai joué de la basse, du saxophone, de la batterie et du clavier. La musique de ces groupes allait du R&B/électro à la no-wave, du goth-industriel au thrash-métal, et j'en passe. Pour différentes raisons, les projets de ces groupes n'ont pas abouti. Après que le dernier se soit séparé, j'ai commencé à envisager réellement un projet solo. Même si j'ai profondément apprécié jouer dans ces groupes et collaborer avec des musiciens incroyablement talentueux et inspirants, il est fort probable que je continuerai de travailler seul dans le future proche. C'est pour l'instant, la meilleure manière que j'ai de créer et de me produire. En tant qu'artiste solo, c'est sous les alias Re: dux tion et subduxtion que j'ai lancé mes productions musicales. C'est ce passé, cette histoire musicale qui m'a amené à FluiD. Mais surtout, tout cela a fait ce que je suis, musicalement et conceptuellement. En plus de ce que j'ai appris musicalement, j'ai également pris conscience de mes motivations et des raisons qui me poussaient à faire de la musique. En tant que FluiD, j'ai réalisé trois sorties digitales (Noise in the Neurons, Unavoidable Abuses et Simultaneity), avant la parution de Duality. J'ai aussi réalisé quelques remixs (pour John 3:16, Disinvectant et Actors & Actresses) et sorti des morceaux sur différentes compilations.

 

Duality explore un sombre mélange de musique industrielle, dub, rock, hip-hop. Qu'est-ce qui a inspiré sa création ?

 

Duality est autant une réflexion de moi-même que de la musique et des artistes qui m'ont inspiré et m'ont influencé. J'ai réellement voulu créer un exposé musical de ce que je suis. La musique pour moi, relève de la communication de ce que je pense et de ce que je ressens. J'aurais aimé mieux réussir à communiquer verbalement. Il existe un mystère et une charge qui pèsent sur ce que je suis. Je pense que j'ai commencé à le comprendre, et à réaliser que cela faisait partie de moi. C'est quelque chose dans lequel je peux puiser et dont je peux tirer profit. Il était essentiel de ne pas se compromettre ni chercher à correspondre à quelque catégorie ou genre. Duality mêle différents genre musicaux car je n'en écoute pas qu'un seul. J'ai été profondément touché par la musique de nombreux artistes appartenant d'un très large spectre musical. Le monde regorge de musiciens et de musiques incroyables, et j'ai passé le plus clair de ma vie à les explorer. L'inspiration relève aussi du challenge. J'ai été non seulement inspiré, mais également mis au défi par tout ce que j'ai pu entendre, voir ou lire. J'avais besoin de faire quelque chose qui honorerait ceux qui m'ont influencé. D'une certaine manière, c'est aussi un remerciement à ceux qui ont propulsé l'art et la musique vers de nouvelles formes et de nouvelles directions.

 

'Envisioning Abstraction: The Duality Of FluiD' est le titre complet de ton album.Voilà qui est énigmatique. A quoi fais-tu référence ?

 

Je fais référence à l'idée d'une personne double. En tant qu'Afro-Américain (créole pour être plus précis), je suis constitué de deux identités égales. Il est important de reconnaître à la fois de posséder un héritage africain et d'être né aux Etats-Unis. Il n'y a pas à nier l'un en faveur de l'autre, mais c'est un acte d'équilibre difficile, un de ceux avec lesquels de nombreux Afro-Américains se démènent au quotidien. Comment se raccorder à un héritage et à une histoire dont on a été dépouillé ? Mes ancêtres seraient-il arrivés ici si ils n'y avaient pas été échangés et vendus ? Cela pointe aussi le sentiment de se sentir un peu comme un extra-terrestre dans son propre monde. Tout semble pré-défini. Etre noir revient à ceci, être américain revient à cela. Des limites sont imposées, des règles et des bornes sont mise en place, et surtout fonctionnent. Lorsque vous ne correspondez pas aux cases, lorsque vous oeuvrer à faire plus que ce que quelqu'un a pré-déterminé que vous pouvez faire ou être, vous vous trouvez étiqueté, et considéré comme différent, marginal. «Pas vraiment l'un des nôtres». Peu importe ce que « nôtres » recouvre à un instant donné. Il s'agit d'emprunter une voie singulière. Parfois cette voie vous écrase, et parfois c'est vous qui l'écrasez. Il ne s'agit pas de choisir une route différente, mais de choisir la seule route possible pour vous. Certains choisissent une voie, et d'autres se la voient imposée.

 

Tu as étudié la musique classique et le jazz, et appris à jouer d'une large variété d'instruments depuis l'enfance. Comment cette éducation t'a-t-elle mené à un univers musical où l'abstraction est la première chose que tu revendiques ?

 

Apprendre à jouer de nombreux instruments a fait partie de mon éducation musicale, et c'était parfois au delà du nécessaire. J'ai commencé la clarinette dans un groupe scolaire, et progressé vers le piano, le saxophone, la flûte, le hautbois, la batterie et la basse. J'ai étudié la musique classique et le jazz pour gagner en compréhension de ces deux musiques. L'abstraction relève de la réduction des choses à leur essence. Partant du jazz et de la musique classique, je me suis initié à de nouvelles choses, de nouvelles idées et de nouvelles approches, j'ai pris ces éléments et les ai incorporés à mon langage musical. L'abstraction ne relève pas nécessairement du néant. Pour moi, cela revient à étendre sa compréhension de quelque chose, puis la ramener à sa substance.

 

Jen Craft 4

 

Duality donne l'impression d'être empli de poussière et de fumée. Qu'est-ce qui te fait conduire l'auditeur dans de sombres et lugubres milieux ?

 

Le son de Duality cherche à immerger l'auditeur dans mon monde. J'ai toujours préféré le sombre et lugubre au lumineux et joyeux. Du cinéma à la musique, et dans l'art en général, le côté sombre est certainement présent dans ce qui m'attire. Je pense que cela a à voir avec l'autre monde que créent les ténèbres. Nous vivons à la lumière du jour, c'est notre environnement familier et peu intéressant tandis que la pénombre ne l'est pas. C'est à la fois une attirance pour l'inconnu et une curiosité de découvrir ce qu'il cache. La « poussière et la fumée » auxquelles tu fais référence représentent le caractère sonique et oppressant de mon style. Leur effet est celui de la suffocation. Un manque d'air comme le provoque la poussière et la fumée agit comme un poids sur votre corps. Je connais très bien ce poids, la musique aide à le soulager.

 

L'artwork de ton album, crée par Trey Crim, représente le drapeau américain couvrant la carte de l'Afrique. En outre, l'un de tes alias est The Post-human Cyborg. Pourquoi te considères-tu comme un «afrofuturiste» ? Quelle place occupe le futurisme dans ta musique ?

 

Tout d'abord, je veux dire que Trey a fait un travail génial en transposant visuellement mon concept pour Duality. J'ai eu l'idée de l'artwork il y de ça quelques années mais j'avais besoin d'avoir la bonne release qui lui correspondrait. L'idée était de représenter visuellement qui je suis; après tout, je suis un Afro-Américain. Le drapeau américain et le continent africain sont bien sûr deux images iconiques. Associez-les et vous obtenez une puissante déclaration visuelle, qui prête je l'espère à réflexion. Je me considère comme un Afro-futuriste pour plusieurs raisons. L'Afro-futurisme correspond pour moi à de l'espoir vis-à-vis de l'avenir. Un avenir qui apporte plus de lumière, de force et de dignité à tout les gens de couleur. Il est important pour eux de comprendre qu'il ne sont pas des personnes de seconde ou de tierce classe. Tous les jours, on doit contribuer à la construction d'un avenir plus lumineux. Je souhaite et envisage un futur que chacun participerait à construire et façonner. Les gens de couleur doivent comprendre qu'ils ont absolument droit à une place proéminente dans le présent et dans le future. Nous avons besoin de mieux comprendre notre passé. Le futurisme exprime le fait d'être meilleur que ce que l'on est. Il signifie « que puis-je envisager, comment puis-je être meilleur? ». C'est un concept quotidien et abstrait. Cela ne concerne pas vraiment les robots, les jet cars et les téléporteurs, mais plutôt comment vais-je devenir et rendre mon lendemain meilleur qu'aujourd'hui. Il est très facile de laisser notre esprit et le quotidien nous emprisonner. Je suis autant coupable de cela que n'importe qui.

 

Comment ta coopération avec Alrealon Musique, basé à Genève, a-t-elle commencé ?

 

J'ai rencontré Philippe Gerber aka John 3:16 qui a fondé et dirige Alrealon Musique via Myspace il y a quelques années. Au moment où nous nous sommes rencontrés, il faisait partie du groupe Heat From A Deadstar et j'utilisais l'alias Re: dux tion. On a simplement commencé à s'envoyer des messages, comme la plupart des musiciens le font. Il m'a dit que HFAD étaient en train de monter un album de remixes et m'a proposé d'en réaliser un. Finalement Philippe m'a appris qu'il créait un label et m'a proposé de sortir un album dessus. J'ai réalisé ma première production sur Alrealon Musique sous l'alias subduxtion. Nous travaillons ensemble depuis, et notre collaboration a abouti à la réalisation de Duality; je n'aurais pu imaginer de le produire avec quelqu'un d'autre. Même si Philippe et moi ne nous sommes jamais rencontrés, je le considère comme un de mes plus proches amis. Son soutien en tant qu'ami, label et associé ont été inestimables. Je suis chanceux d'avoir rencontré quelqu'un qui croit en moi et en la musique que je crée, de la manière dont il le fait. Je doute que je serais ici musicalement sans ses efforts inlassables et ses encouragements si nécessaires.

 

Quels artistes t'ont donné l'envie de faire de la musique ?

 

Miles Davis, Herbie Hancock, Justin Broadrick, Kevin Martin (The Bug), Trent Reznor, Prince, David Bowie, Skinny Puppy, Massive Attack, Tricky, Phillip Glass, John Zorn, John Coltrane, Ornette Coleman, Sun Ra, Public Enemy, The RZA, The Clash, PIL, Lee Perry, Adrian Sherwood, King Tubby, Slayer, Scorn, Ravi Shankar, Bill Laswell, Spectre tha Ill Saint et DJ Spooky. Ce sont juste quelques uns des artistes qui m'ont profondément affecté, influencé, inspiré et qui m'ont poussé me dépasser.

 

Qu'est-il prévu pour la suite de tes projets musicaux ?

 

En ce moment j'ai un morceau qui paraît sur une compilation tout juste réalisée, nommée 'Classwar Karaoke – Survey 13'. La compilation est téléchargeable gratuitement. Pour plus d'informations, vous pouvez vous rendre ici. Je me produirai en live durant le printemps et le reste de l'année. Un de mes titres apparaîtra sur une compilation à venir d'Oxfam International. Tous les bénéfices des ventes seront reversés à Oxfam International pour aider à reconstruire des communautés à travers le monde. Je suis très honoré qu'ils aient choisi de m'inclure dans ce projet. Une réalisation en collaboration avec John 3:16 est également prévue. Nous espérons la sortir à la fin de l'été ou au début de l'automne via Alrealon Musique. Merci beaucoup !

 

Un grand merci à FluiD pour son temps et sa sincérité.

 

propos recueillis par Manolito

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20 novembre 2010 6 20 /11 /novembre /2010 12:28

 

Autumn Fields, ou l'alliance brillante de l'IDM, de l'ambient et du glitch. L'allemand Dirk Geiger sortait ce bijou en septembre dernier, sur Tympanik Audio (chronique ici). Il était l'unique représentant de Tympanik au récent Maschinenfest. L'occasion de le rencontrer et de se promettre une interview...

 

Quel a été ton parcours musical avant de rejoindre Tympanik Audio?

 J'ai produit de la musique avec un ami pendant des années, sous le nom de Kraftmaschine. J'ai commencé mon projet solo "Dirk Geiger", il y a quatre ans ans, et j'ai sorti un album sur mon propre label Raumklang Music. J'ai aussi publié des albums digitaux sur d'autres bons labels, ainsi des morceaux sur diverses compilations.

 

Autumn Fields, ton deuxième album, tranche par son aspect ambient avec les habituelles sorties de Tympanik. Comment expliques-tu leur choix?

 C'était la décision Paul (Nielsen, NDLR), boss de Tympanik Audio. Je lui ai envoyé une demo, après un certain temps, il m'a contacté, et m'a dit qu'il aimerait sortir l'album. Il l'avait écouté en boucle, et elle ne lui sortait pas de la tête. Je pense que c'est pour cette raison qu'il a voulu produire Autumn Fields. Je pense également que Tympanik Audio n'est pas fixé à un genre de musique, le seul critère retenu est la qualité. Le style en lui-même importe peu.

 

Quel fut cheminement entre Dondukov 15, ton premier album (sorti sur ton propre label Raumklang Music) et Autumn Fields?

Ma musique est devenue plus adulte entre Dondukov 15 et Autumn Fields. Désormais je travaille davantage avec des field recordings, afin de donner à mes morceaux une histoire. La musique elle-même évolue vers un style plus personnel. Mais cela se produit automatiquement.  

 

Quelles ont été tes influences pour Autumn Fields?

L'influence d'Autumn Fields est mon humeur lors de la production. Toutes les influences autour de moi. Ma vie privée, les personnes qui m'entourraient, et le monde tel que je le vois. Autumn Fields est un témoin du temps. De mon propre temps, de mes inspirations à cet instant, et de leur retentissement.

 

Ton album semble directement inspirée de l'automne. Qu'est-ce qui te fascine tant dans cette saison? Et quelle place occupent les field recordings dans ta musique?  

L'atmosphere de l'automne est simplement fascinante. La couleur des arbres, le brouillard du matin, et le soleil le transpercant continuellement. L'automne suscite toujours en moi une certaine humeur creative. Les field recordings demeurent une partie importante de ma musique. Ils offrent un cadre à mes titres. Il rendent les morceaux visibles. Cependant, je ne les utilise pas pour chaque pièce, cela depend toujours du titre.

 

Mélancolie, angoisse, tristesse, Autumn Fields joue directement avec nos émotions. D'où vient cette sensibilité?

Je pense que c'est intrinsèque à la musique. S'en est même le sens. La musique est là pour toucher nos émotions. J'ai essayé de conserver l'ambiance mélancolique du festival de l'automne et de la traduire en musique. Si l'auditeur ressent ce sentiment, alors j'en suis heureux. J'ai atteint mon but.


http://img.over-blog.com/500x333/2/47/16/19/wwautumn_fields_inlay.jpg

 

Un nombre consequent de titres - Gewiterregen, Autumn Life, Noise FormatOverhead Projection et Itch Glitch - font l'objet de superbes vidéos. Peux-tu nous en dire deux mots, et comment envisages-tu le lien entre l'œuvre musicale et le support visuel ? 

Les videos ont été produites par deux artistes differents. Je les ai decouvert et suivi sur internet depuis longtemps. Il s'agit d'Orazio Oz Sturniolo et de 4Sternenstaub. J'aimerais les remercier encore pour leurs travaux exceptionels. Bien sur, la video ouvre à un autre univers. Les émotions passent par les images, et une bonne video sert nécessairement le morceau. Particulierement aujourd'hui, Youtube est un canal majeur pour toucher un maximum de gens. Et il serait dommage de passer à coté d'une telle opportunité.


Tu appartiens depuis longtemps à un groupe, Kraftmaschine. Peux-tu nous parler de cette formation? Et qu'est ce qui t'a mené vers un projet solo ? 

Je produis de la musique depuis 1997 avec mon ami Benede tto Rizzo, sous le nom de Kraftmaschine. L'Industriel, Rythmic Noise me semble le genre auquel notre musique correpond le mieux. Nous avons eu plusieurs CD-R autoproduits qui se sont bien vendus ces dernieres annees, et avons participé à différentes compilations. Malheureusement il est presque impossible pour nous de jouer de la musique ensemble, vivant dans deux villes éloignées. En ce moment, chacun de nous produit son propre son. Puis nous nous envoyons les morceaux par internet, afin que chacun puisse les retravailler.

Entre ton label Raumklang Music, Kraftmaschine et ta propre musique, quels sont tes projets pour l'avenir ?

Je suis actuellement en train de travailler sur les morceaux d'un prochain album. En 2011 je me produirai en concert. N'étant pas encore totalement booké, si par bonheur quelqu'un d'intéressé lisait cette interview, ce serait un plaisir d'en parler. Sur mon label Raumklang Music sera publié en décembre un nouvel album du musicien russe arMuta. L'album s'inscrit dans le genre IDM, breakcore, glitch. Puis en 2011 suivra la sortie d'autres albums sur Raumklang Music. D'ailleurs Combustion Engine publiera probablement un disque en 2011 également. Nous sommes déjà en contact avec des labels. Souhaitez- nous bonne chance.

L'annonce d'un futur album est bien entendu réjouissante. Une chronique de l'album d'arMuta sera prochainement publiée sur Chroniques électroniques. Il ne me reste plus qu'à remercier chaleureusement Dirk Geiger pour sa sincérité et le temps qu'il m'aura accordée.


Original version :

What has been your musical trail before joining Tympanik Audio?

I produce music for years with a good friend, under the name Kraftmaschine. I started my Solo Project “Dirk Geiger" about 4 years ago and I had an album released at my own label Raumklang Music, some digital albums on other great labels and also tracks on compilations released since this time.

 

Autumn Fields, your second and very ambient album, contrast with the usual releases of Tympanik. How could you explain their choice?

It was the decision of Paul (Nielsen NDLR), the label head of Tympanik Audio. I sent him my demo and after some time he has contacted me and told me that he would like to release the album. He said he has listened to it again and again and it does not go out of his head. I think that was the reason why he released Autumn Fields.

I also think that Tympanik Audio is not fixed to a style of music, the only criteria being the quality. The kind of music does not matter.

 

What has been the progress between Dondukov 15, your first LP (out on your own label Raumklang Music) and  Autumn Fields?

My music became more adult between Dondukov 15 and Autumn Fields. I’m working now more with field recordings to give my tracks a story. The music itself is evolving to a more personal style. But that happens automatically.

 

What has been the influences of Autumn Fields?

The influence of Autumn Fields is my mood when I produced it. All the influences around me. The private life, the people surrounding me and the world as I see it. Autumn Fields is a witness of time. Of my time, my inspirations at that time and the noises of it.

 

Your album seems directly inspired by autumn. What fascinates you so much in this season? And what place do field recordings occupy in your music?

The atmosphere of autumn is just fascinating. The colors of the trees. In the morning the fog and the sun breaks through it again and again. The autumn always triggers in me a certain creative mood. Field recordings are an important part of my music. They give my tracks a frame. They make the the songs visible. However, I do not use this in every pieces. It always depends on the individual title.

 

 Melancholy, anguish, sadness, Autumn Fields plays directly with our emotions. Why this sensitivity?

I think it still comes with the music. That is the meaning of music. Music is to reach our feelings. I tried to keep the melancholy mood of the autumn festival and to process it into music. If the listener can feel that feeling, then I'm happy. I've done everything right.

 

Many tracks of your album - Gewiterregen, Autumn Life, Noise Format, Overhead Projection and Itch Glitch – led to beautiful videos. Could you talk a little about them? And how do you consider the link between musical work and visual medium?

The videos are produced by two different video artists. I got to know them for a long time over the internet. There are Orazio Oz Sturniolo and 4Sternenstaub. I would like to thank them again for their brilliant work. The video, of course, allows much much more. Here, emotions are also shown in pictures. A good video for a song is important. Especially in this days. Youtube is an important channel to reach many people. In addition, it would be unfortunate if one omits this opportunity.

 

You belong to a band since a long time, Kraftmaschine. Could you talk a bit about it? And what led you exactly to a personal project?

I have been producing music since 1997 with my good friend Benedetto Rizzo under the name Kraftmaschine. The music fits well in the genre Industrial, Rhytmic Noise. We had many good sales of self released CD-R’s, and have contributed to various compilations during the last years. Unfortunately, It’s almost impossible to play music together, because we live in different cities and the distance is too big. At the moment, each of us is producing their own music. Then we send each other the songs via the internet and each can then edit them.

 

With your label Raumklang Music, Krafsmaschine and your own music, what are your plans for the future?

I am currently working on songs for a new album. In 2011 I will play some live gigs. I’m not booked out, so if anyone reads this interview and is interested, it would be nice to hear from them. On my label Raumklang Music will be published in December a new album of the Russian musician arMuta, The album fits into the genre IDM, Breakcore, Glitch. In 2011 will follow further releases on Raumklang Music. Combustion engine will probably publish an album in 2011 also. We are already in contact with some labels. Wish us luck.

propos recueillis par Manolito

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