Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Présentation

  • : Chroniques électroniques - Chroniques de disques, de concerts, de festivals, de soirées de musiques électroniques, rap et bien d'autres...
  • Chroniques électroniques - Chroniques de disques, de concerts, de festivals, de soirées de musiques électroniques, rap et bien d'autres...
  • : Au confluent des musiques électroniques, du rap et des autres styles, ce blog, ouvert et curieux. Chroniques de l'actualité des sorties IDM, électronica, ambient, techno, house, dubstep, rap et bien d'autres encore...
  • Contact

Recherche

Archives

Catégories

10 mai 2012 4 10 /05 /mai /2012 09:21

Sortie : 24 Avril 2012

Label : Epic

Genre : Hip-hop hardcore

Note : 7/10

 

Le premier album de Death Grips, Ex-Military (chroniquée ici), m’avait mis dans le doute. S’agissait-il d’une imposture ? Autant de violence dans un album de rap me semblait trop calculée pour être sincère. Et puis d’ailleurs, à qui s’adresse le groupe si ce n’est à un parterre de blancs petits-bourgeois pour qui la révolution ne se dessine qu’au travers de concerts faussement subversifs de SebastiAn. Et finalement, pour la sortie de The Money Store, et suite à quelques récents lives pour le moins concluants (dont celui du récent Coachella) et des clips toujours aussi radicaux (récents exemples ici et ici), j’ai pris sur moi et décider d’appréhender le hip-hop du groupe au deuxième degré, tout en gardant en moi un puissant côté adolescent, prompt à pogoter comme un abruti, dans une optique uniquement exutoire.

Death Grips redéfinit les frontières du hip-hop. Le combo de Los Angeles a décidé de foutre des coups de pelles dans la gueule de tous les groupes, les poussant dans la tombe, afin de les enterrer vivant. Le duo nous ressert donc la même recette que sur son précédent opus mais il a appris à moins se fractionner, gagnant en cohérence ce qu’il perd en légitimité. Le batteur Zach Hill et MC Ride sont toujours aux commandes et le rouleau compresseur dévaste tout sur son passage.

Dès le micro sample de Get Got, martelant violemment votre cerveau, vous êtes en guerre. Cette  violence est inouïe mais en même temps jouissive. L’impression de se faire scier les gencives sur The Fever, tout en subissant outrageusement les postillons de MC Ride, ne sont qu’un prémices à la bataille. The Money Store étale son énergie punk le long de 13 titres rugueux et corrosif. De la bombe à fragmentation, avant un final découpé à la hache, de System Blower, aux sirènes annihilantes de The Cage, tout est fait pour que vous soyez dans l’obligation de supprimer tout recul. Vous ne pouvez plus réfléchir, vous vous contentez d’encaisser les coups. Et quand Fuck That prend la direction de Cannibal Holocaust avec sa rythmique tribale, vous êtes définitivement perdu. Il faut alors attendre la délivrance sur un Hacker à l’électro stupide et provocante.

Maintenant, soyons sérieux un instant. The Money Store n’est rien moins qu’un exutoire primaire, si ce n’est débile. Pour l’apprécier pleinement, il est nécessaire de savoir débrancher son cerveau. Ce vivier à émeutes n’est qu’un subterfuge destiné à ébranler la classe moyenne. Il faut donc prendre l’album comme il se doit : un succédané à une révolte qui ne viendra jamais. Mais pourtant, si tant est que l’on veuille bien adhérer au principe, le résultat demeure imparable d’efficacité et de brutalité.

 

http://new.assets.thequietus.com/images/articles/8366/Death_Grips_1332844031_crop_550x550.JPG

 

par B2B

Repost 0
Published by Chroniques électroniques - dans disque
commenter cet article
8 mai 2012 2 08 /05 /mai /2012 23:39

Sortie : février 2012

Label : 12k

Genre : Folk ambient, Lo-Fi, Experimental

Note : 8/10

 

L'écossais Gareth Dickson est quand même un sacré poissard. A peine tombé raide dingue d'une belle argentine, il part rejoindre sa dulcinée dans ses terres fertiles. Là-bas, il se fera mordre par un chien, échappera par miracle à la mort suite à une fusillade, et comme si cela ne suffisait pas, l'avion dans lequel il était embarqué a failli se crasher après qu'un des moteurs se soit mis à flamber. verni le mec non ? La petite histoire (communiquée par le label) ne dit pas si la belle a préféré se tenir à distance de son courtisan malchanceux. Voilà pourquoi le beau Gareth n'a rien sorti d'inédit entre 2007 et 2010. Souvent comparé très justement à Nick Drake depuis ses débuts, Gareth Dickson fait de la folk mais signe finalement souvent ses albums chez des crémeries électroniques, ou plutôt électro-acoustiques. Comme son Solina Sea, paru sur le regretté Benbecula de Christ. en 2005. C'est cette fois-ci sur le 12k de Taylor Deupree qu'il vient faire gémir sa six cordes. Il est vrai que le label de Brooklyn s'éloigne de plus en plus des expérimentations complexes qui avaient fait sa renommée pour succomber à des sonorités plus apaisées et organiques. Voilà pourquoi les oeuvres de Gareth Dickson y ont plus que jamais leur place, s'inscrivant pleinement dans cette nouvelle trajectoire. 

 

Vu ce que le bel écossais a traversé, on comprendra que son métaphorique songwriting se soit vu troublé par des sentiments qu'on qualifiera de légèrement paranoïaques. Le thème principal de ses lyrics évoque la déception amoureuse mais transmet un genre de spleen heureux et parfumé par les embruns. L'être aimé, ne fut-ce qu'un instant, ne laisse-t-il pas trace de son passage dans un éternel souvenir même quand il cède à d'autres cieux. A la seule pensée de ces instants uniques, vient parfois se former au coin des lèvres un sourire plus nostalgique que réellement triste. Les titres comme l'angoissé et presque fou Get Together, le minimalisme lyrical du rafraîchissant This Is The Kiss ou le très parlant Jonah de clôture illustre particulièrement ce ressenti. It's a big old sea, And you are cold and cowardly, Now you live from a memory...

Jamais on ne se prend à culpabiliser des déboires de Gareth. Ceux là sont tellement bien amenés. Rarement un truc aussi lo-fi n'aura semblé si propre et limpide. Car oui, l'écossais sait aussi taire sa peine orale, pour décliner ses gammes de cordes. Outre la technique (bluffante) de jeu très "piquée", le plus savoureux réside dans les différentes et très vintage méthodes d'enregistrement (tape recorder). Les titres Quite A Way Away et Happy Easters sont donc muets, mais dégagent des effluves preques ambient tant la démarche de spatialisation est forte. Les textures des cordes font preuve d'un joli contraste, déploie presque un dégradé chromatique chez les fous (bénis) qui voient des trucs que personne ne voit quand ils écoutent de la musique.

Gareth Dickson est aussi pertinent quand il se tait ou quand il pince, caresse et pique ses cordes comme des muses dociles et compréhensives. Ce qui charme encore plus, c'est ce côté si hésitant dans le chant, parfois à la limite de la justesse, face à ses chutes de cordes perlées. Le plus bel exemple, et le plus beau titre de l'album est d'ailleurs probablement le féerique Nunca Jamas, ôde à un pays imaginaire sans crainte et sans déception.

Parce qu'à Chroniques Electroniques, nous ne faisons que trop rarement l'apologie des guitares folk et des paroles, révélons une partie de celles de l'énigmatique Adrenalin pour vous donner une idée un poil plus précise de la poésie triste et chaude de Dickson.

The room now awakes

We are in place

Pearls are a dull pale dud

Flames are an old cold fake

We lie here in wait

 

Gareth Dickson est un insatiable voyageur qui va régulièrement à la rencontre du public. Les chanceux résidents de la belle ville de Strasbourg pourront le voir gratuitement se produire en concert dans l'intimité d'un appartement le 22 mai au soir. Votre serviteur y sera. Pour les autres, il reste encore quelques exemplaires à acquérir chez 12k. Quelques cordes de finesse dans un monde de brutes. 

 

http://images.junostatic.com/full/CS1900039-02A-BIG.jpg

par Ed Loxapac

Repost 0
Published by Chroniques électroniques - dans disque
commenter cet article
8 mai 2012 2 08 /05 /mai /2012 11:33

Sortie : 7 Mai 2012

Label : Versatile

Genre : House

Note : 4/10

 

Nous recevons la plupart des disques dont nous parlons. Chaque album s’accompagne d’un petit dossier presse nous présentant l’artiste et le projet. Ces lignes toujours dithyrambiques sont souvent un délice d’hypocrisie. Pour I:Cube, on atteint un niveau insoupçonné : la prétention absolue. Le texte apologique n’en finit plus de tenter de nous faire croire que c’est la première fois qu’un album est aussi brillant, extraordinaire, qu’il va révolutionner le monde,… Ça en devient tellement étouffe-chrétien que ça confine au risible. Bref, poubelle immédiatement pour ne pas biaiser mon regard.

Derrière I:Cube se cache le français Nicolas Chaix. Cela fait une bonne quinzaine d’années que le mec officie dans le milieu house français. Il a sorti une petite poignée d’albums sympathiques à l’époque. I:Cube est aussi membre du duoChâteau Flight avec le trublion Gilb’r. Après 8 années de silence, « M » Megamix voit donc le retour de Nicolas sur un long format.

 

L’album repose sur une idée simple : proposer une mégamix de 24 titres pour moins d’1h. Le pari est intéressant d’autant qu’il est particulièrement difficile de réduire des morceaux house à l’essentiel. I:Cube vient donc piocher allègrement dans sa discographie passée et inédite. « M » Megamix se pose comme un voyage pléthorique dans la house, d’hier à aujourd’hui. Oui enfin pour le présent, on repassera. En effet, l’album dans son intégralité puise dans une house bien trop datée et manquant singulièrement de contemporanéité.

L’entrée du mix se focalise sur une house 90’s, hésitant entre disco-spatiale kitsch et acid-house. In Alpha entame une difficile mutation vers une house compressée, estampillée french-touch 00’s. S’en suit une phase plus moite et plus cérébrale à partir de Jah Menta. La fin, fourre-tout, pioche dans la disco et la house de backroom avant de livrer le dernier maxi d’I:Cube, Lucifer en Discothèque, house musclée à l’énergie rock primaire.

L’idée du mix n’est pas mauvaise en soi et rend l’album assez ludique. Ca zappe rapidement d’un morceau à un autre, sans aucun souci de soigner les transitions. On se prend aisément au jeu. Mais passer le déballage du cadeau, il ne reste pas grand-chose. On écoute l’album sans jamais se focaliser sur un morceau ou une idée et, quelque part, c’est peut-être un mal pour un bien. En effet, si l’on se met à écouter attentivement ces extraits, on se rend compte de leurs faiblesses et de leurs côtés passe-partout. De plus, I:Cube a la fâcheuse tendance de surcharger inutilement ses tracks avec des apparats pour le moins inutile et des gimmicks éculés. Cela en devient très vite épuisant. Et c’est ainsi que l’ultime morceau, SH 50 Storm, se révèle être le plus intéressant puisque supprimant tout artifice superfétatoire, se concentrant uniquement sur une base house 80’s et refusant tout beat.

 

« M » Megamix a beau être un objet ludique, cela ne suffit pas à sauver l’album. Taillé pour une séance de gym tonique, il ravira les zappeurs et fans de house sautillante. Les autres écouteront le disque avec un sourire en coin en se disant que décidément, non, ce n’était pas mieux avant.

 

http://www.colette.fr/files/496e13d85e843682926fcf644cee189561fca3eb.jpg

 

par B2B

Repost 0
Published by Chroniques électroniques - dans disque
commenter cet article
7 mai 2012 1 07 /05 /mai /2012 02:40

Sortie : avril 2012

Label : ant-zen

Genre : Dark Folk, Ambient médiéval

Note : 8,5/10

 

Nicolas Van Meirhaege, ou Sal-Ocin est probablement un des artistes les plus passionnants et les plus prolifiques d'une certaine scène dark et industrielle. Le belge participe à la formation très rythmique et un poil rébarbative This Morn'Omina, au duo passionné par les anciennes cultures amérindiennes Tzolk'in avec Flint Glass, à Ah Cama-Sotz. Mais c'est probablement sous son avatar le plus personnel, Empusae, qu'il se montre le plus fascinant. Pour mémoire, vous pouvez (re)lire la chronique de son excellent et très abstrait Organic.Aural.Ornaments avec Shinkiro ici. Jamais avare en matière de rencontres et collaborations, Nicolas a sorti de nombreux disques sur Hands Productions et est un proche des bavarois de chez ant-zen. L'impatience et l'excitation se conjuguent dès l'annonce de la sortie d'un nouvel album. Symbiosis est disponible depuis à peine une quinzaine de jours, mais risque de tourmenter mes nuits pendants des années.

 

Il est extrêmement compliqué à notre époque d'arborer en musique une esthétique gothique sans en incarner les poncifs, maintes fois étalés. Il n'est pas forcément non plus nécessaire d'être triste pour se sentir bien sur les sentiers de la dark musique. Pour l'album aujourd'hui dévoilé, on parlera d'ailleurs plus de dark ambience que de dark ambient, tant la richesse dans l'enluminure rend la seconde dénomination obsolète, dans ce cas précis. Si les adorateurs des tambours et de la palette rythmique de Empusae trouveront ici leur compte, c'est définitivement dans son songwriting, dans sa capacité à s'entourer d'invités divers et variés et dans la profonde musicalité de Symbiosis qu'il faudra le plus plonger. A mon humble avis profondément inspiré par La Divine Comédie et par Le Paradis Perdu, c'est finalement plus du côté de John Milton, de Dante Alighieri, des tableaux du Caravage que des chemins infinis et sableux de Frank Herbert qu'il faudra chercher l'hommage. Car Symbiosis est une fresque relatant la tragédie humaine et ses tribulations. Dans certaines histoires tragiques les personnages doivent à la fin mourir, ou du moins faire semblant, parce qu'il n'est pire douleur que le souvenir du bonheur au temps de l'infortune. L'amour, la violence, la mort, l'allégorie du pêché, la peur du créateur en sont forcément les plus beaux ingrédients. Vous qui entrez, abandonnez toute espérance, même si l'Enfer est souvent pavé de bonnes intentions, d'autant de pêchés capitaux que de vertus cardinales.

Si l'oeuvre de Empusae est plus décousue, moins chronologique et donc plus anarchique dans sa conception que La Comédie, elle est aussi cousue de chants, commençant par le lugubre et terrifiant One And The Same, qui plantera idéalement les premiers éléments de ce décor digne de l'anté-purgatoire. L'instrumentation, aussi lyrique que fantomatique, est à la hauteur du monument.

Des eaux boueuses de l'Acheron (Deceivious Water) et du rivage de l'île proviennent des voix célestes et damnées (celles de Ann-Mari Thim, Peter et Cecilia Bjargo) pour mieux retenir ou faire passer les âmes du bon ou du mauvais côté de la Porte. Ce titre au rythme lent mais diaboliquement haletant tire toute sa substance dans sa progression, ses orchestrations de cordes et ses choeurs hérités du sacré, mais surtout parce qu'il introduit quelque chose de beaucoup plus lacéré et éprouvant : Dissection Of Purity.

Si la musique se suffit à elle-même pour retranscrire tout l'aspect torturé, les plus imaginatifs d'entre vous pourront aisément être les témoins muets des sévices subis par les blasphémateurs, les usuriers, les gourmands, ou autre comte Ugolin, coupable d'avoir anéanti sa propre progéniture et par conséquence, condamné à être dévoré de l'intérieur pour l'éternité.

La Rivière Noire, susurrée habilement par Christelle Morvan (l'artiste Chris Nesis, compagne de Empusae) reflète probablement dans sa narration, une hypothétique incartade de Béatrice et Dante avant de contempler la Rosa celeste, comme Adam et Eve au jardin d'Eden, car être amoureux, c'est se créer de toutes pièces une religion dont le Dieu est faillible. Encore une fois la rythmique, comme la trame ambiante, claudicantes et fractionnées sont au service d'un ensemble, abstrait mais définitivement pictural.

Parce que peu de mots peuvent décrire le déchirant et sublime Seven Types Of Ambiguity, les chemins de la damnation explorés par ce piano si simple et si essentiel et les paroles désarmantes de Nick Grey (avec qui Empusae avait déjà collaboré il y a quelques années) n'ont nul besoin de l'analyse de ceux qui n'ont pas cédé au baptème.

Le purement instrumental, désertique et très ambient Kralizec fait un lien curieux mais pourrait finalement prétendre au titre de Kwisatz Haderach entre les époques, les mythes, croyances anciennes et théories d'anticipation. Celà pourrait être celà, le Paradis Perdu moderne.

 

Entièrement dépourvu des propos moralistes des oeuvres indispensables précédemment citées, Symbiosis est une expérience à vivre seul(e), face à ses propres constats ou non. La vérité du drame est dans ce pur espace qui règne entre la stance heureuse et l'abîme qu'elle côtoie : cet inapaisement total, ou cet ambiguité suprême. Parce que vous aussi, vous aimez vous mettre en slip pour citer Saint-John Perse, procurez vous cet album mystique et littéralement habité.

 

http://imageshack.us/a/img805/6743/essb.jpg

par Ed Loxapac

Repost 0
Published by Chroniques électroniques - dans disque
commenter cet article
5 mai 2012 6 05 /05 /mai /2012 00:09

Sortie : mars 2012

Label : Hands Production

Genre : IDM, Expérimental

Note : 9/10

 

Après 5 ans de silence, Talvekoidik réintègre le devant de la scène. Enfin, une scène bien particulière. Kai Christian Hahnewald est un membre du groupe de rhythmic noise S.K.E.T. fidèle à Hands Production. En 2007 il réalise son premier album, le dense et plus qu'inspiré Silent Reflections, qui sort en trois versions. En série limitée et avec des artworks différents chez 9t9 Records puis sous la forme d'une ré-édition chez Brume Records, label co-géré par le français Gwenn Tremorin. Il suffit des deux premiers titres pour classer ce disque au rang de tuerie. Aujourd'hui l'Allemand réintègre Hands pour sortir Negotiate The Distance, un deuxième album lourd de promesses.

 

Si son premier essai s'est avéré parcouru de sursauts d'emphase, d'une sorte de lyrisme indus, Negotiate The Distance rompt avec toute forme de surenchère. Le propos est épuré, la forme, magnétique et vibrante. L'oeuvre traite de la problématique de la distance, en lien avec les comportements humains, de ces jeux sociaux qui questionnent l'émotion et l'espace. L'idée de surmonter la distance – car tel est le sens du titre – s'inscrit également dans des logiques concrètes, évoquant ainsi la promiscuité urbaine, les immeubles poulaillers. Tel est le sens de l'artwork. Oui, Talvekoidik est quelqu'un qui intellectualise la musique. Non, ce n'est pas une tare. L'inverse fonctionne aussi, mais il peut être bon se prémunir du sens dépréciatif qui tend à planer sur ce terme, l'hypocrisie n'étant jamais loin. Précaution prise, il ne faudrait pour autant oublier qu'un tel album est en premier lieu une affaire de ressenti, d'émotions brutes et pourtant ambiguës, d'atmosphères si présentes qu'elles en paraissent réelles. Talvekoidik prend le brouillard comme fil rouge. Les drones guident ainsi l'oreille du début jusqu'à la fin, créant ce tissu de vibrations qui tantôt calfeutre, tantôt déroute. L'homme brasse l'IDM, l'expérimental, l'indus aux consonances tribales qu'il distille au milligramme. Difficile de nier des éléments néo-classiques quand piano et cordes occupent un tel espace. Outre des influences comme Beefcake ou Gridlock, l'Allemand s'inspire des musiques traditionnelles arabes, scandinaves, celtiques. Quoique officiant dans des genres différents, les fans du prodige français Hol Baumann ne perdraient probablement pas leur temps à se pencher sur ce que nous avons là. 

Par rapport à Silent Reflections, le changement majeur s'opère au niveau du beat qui, dans le tableau, s'éloigne pour devenir un détail de l'armature. Rien, absolument rien n'est à abandonner dans cet album. Du drone opiacé et solennel de Take A Deep Breath jusqu'à la retombée délicate et dépouillée de Awaiting You To Return, les perles se succèdent. L'exceptionnel The Tree Knows A Secret, qui annonçait l'album et attisait les attentes, en résume l'esprit. Sa trame est une basse grondante, à l'impact lourd et incessant, qu'enlacent des volutes vocaux murmurés. Lorsque l'ensemble se stoppe pour reprendre dans un ultime gong, votre crâne se fait caisse de résonance. Au grade des beautés absolues, j'ajouterai à ce morceau Curtis Went Away, As Nobody Listened et Unreal Yearning. Le premier se détache du fait de sa rythmique cutée et puissante, jusqu'à l'instant fatal où tout vous reflue à la gueule. Tissé d'arabesques de violoncelle, de percussions et d'un piano volage, le second est de ces pièces que les mots ne savent décrire. 

 

Rares sont les albums qui délivrent un tel noeud d'émotions, qui vous plongent dans un état incertain, vulnérable, limpide et comblé. Expression d'un esprit torturé, Negotiate The Distance fait de la noirceur et du doute un matériau sensoriel magnifique, animé à la fois d'urgence et de retenue. Cet album est un chef-d'oeuvre. Quant à ceci, c'est ma dernière chronique. Bless bless. 

 

talvekoidikcd2012 

par Manolito

Repost 0
Published by Chroniques électroniques - dans disque
commenter cet article
4 mai 2012 5 04 /05 /mai /2012 00:51

Sortie : avril 2012

Label : Syrphe

Genre : Indus, Hip-hop, Breaks

Note : 8/10

 

 

Le Diktat (quel joli nom) est aujourd'hui composé d'un seul membre français, a publié un album avec Babylon Chaos sur le label très ambient OPN et un autre chez les énervés, efficaces mais un petit peu puériles Audiotrauma. A ses heures perdues, il publie des chroniques sur le très bon Noise Mag sous son véritable nom : Thomas Papay. Kirdec vient du plat pays, a des origines grecques et congolaises, sillone le monde à la rencontre des cultures alternatives quand il ne se charge pas du mastering des productions Ad Noiseam. Militant politique convaincu, il développe plus particulièrement des thèses libertaires, et protectionnistes à l'égard de nos amis les bêtes. C'est une des personnalités les plus emblématiques des sphères industrielles. Les deux lascars se rencontrent dans les vapeurs moites de la célèbre Villa Rouge de Montpellier en 2002. Kirdec est venu jouer avec Olivier Moreau (Imminent, celui dont la musique donne envie d'envahir la Pologne) au sein du projet Axiome. Le Diktat était encore à l'époque aussi composé de Benoit Gransac. Thomas et Cedric sont régulièrement bookés à l'époque dans les même soirées, et lentement mais sûrement, l'idée d'un album à quatre mains émerge. Voilà donc six ans que cette "collection" est en gestation. Ce n'est pas pour rien que le vieux remix Nihil ouvre les hostilités.

 

 Leur musique semble trouver sa genèse dans des coins sombres qui hument bon la pisse radio-active, la poudre et l'infection ferrailleuse. Si la tonalité globale est résolument industrielle, ont peut également dégager des poussées hip-hop, expérimentales et même dubstep. Si le power noise et sa rengaine 4/4 continue de séduire dans certaines contrées, les deux francophones ne sont pas tombés dans cet écueil depuis bien trop longtemps maintenu sous perfusion. De leurs boucles se profilent des instincts sauvages, habitées par des convictions politiques aussi rugueuses que leurs kicks. Si l'excellent, dark et sexy Black Smoke y va de son hommage au chef d'oeuvre nihiliste de David Fincher, c'est bien tout l'album qui est habité par les territoires sombres décrits par Chuck Palahniuk. Comme si leur collaboration hébergeait en son sein un corps étranger, un organisme apte à infecter les circuits. Car quand les Vagues à Lames de Kirdec déboulent au premier plan, leurs intentions sont vengeresses et destructrices, prêtes à suriner les plagistes en congés payés du CAC 40, à souiller un peu plus les berges nauséabondes de l'âme humaine consumériste. Le cuivre et les scratchs de la chancelante Torpeur viennent logiquement sonner les cloches faites de verre d'une apocalypse sans témoins.

Si les titres composés à quatre mains ont ma préférence, il est particulièrement étonnant de constater ô combien les personnalités rythmiques des deux compères sont complémentaires. Certains ont parfois besoin de comparaisons viables pour se faire une idée plus précise, alors citons Scorn, avant sa période Ohm Resistance.  Si Illusions et Cridacted posaient des bases encore plus incisives et pragmatiques, Le Diktat défouraille sèchement, en enchaînant probablement les trois meilleurs titres du disques : Ennemi Intérieur, comme un Verbal de Amon Tobin sous Skenan, rappelle qu'un jour le hip-hop fut aussi conscious que dansant. Hunter, et ses boucles de batterie épileptiques assujettis pour l'éternité à la Depakine. Et Black Smoke dont nous avons déjà parlé, tout droit sorti d'une darkroom mixte à Viagras tirés. Les gazs et l'acidité de Mourir de Bonheur prennent le temps d'installer la thèse guerrière et malade. C'est la première fois que je vois la terre en noir et blanc...

Il fallait bien après ça que le Diktat fasse beugler de grasses cordes rock sur Crisis avant la conclusion dont le titre Les pays qui cherchent des obus, n'a pas besoin de vaine description pour illustrer le propos.

 

Mourir de Bonne Heure est une belle promesses mais restera probablement orpheline. Prions pour qu'elle donne un sérieux coup de projecteur sur les productions Syrphe et sur l'univers de Kirdec. L'idéal serait que les deux camarades déploient leurs cavalcades communes et associatives en live. Pour ceux qui ne souhaitent pas attendre l'hypothétique matérialisation de ce voeu chaste, l'acquisition de l'album est bien évidemment plus que recommandée.

 

diktat.jpeg

par Ed Loxapac

Repost 0
Published by Chroniques électroniques - dans disque
commenter cet article
3 mai 2012 4 03 /05 /mai /2012 18:32

Sortie : mars 2012

Label : Jarring Effects

Genre : Dub, electro-dub

Note : 8/10

 

Après des collaborations réussies avec Kali Live Dub, Improvisators Dub, Wang Lei et Zenzile, les chouchous lyonnais de la place Bellecour, j'ai nommé High Tone, posent leurs valises à Saint-Etienne pour une passe d'armes avec le fiévreux Brain Damage. Très attendu après une série de concerts en France, dont deux dates retentissantes au 104 à Paris, que nous réserve donc ce High Damage, porteur d'attentes nombreuses et légitimes ?

 

Les deux formations s'illustrant dans un dub aux basses plombées et électroniquement bidouillées, saupoudrées de samples ou de spoken words, tantôt frondeur ou orientalisant, le résultat devait légitimement poutrer de l'igloo. Le premier morceau, The Dawn, ouvre la danse sur un dub classique, robuste et lancinant, qui semble marier les deux formations de manière complémentaire, le substrat renvoyant au son de Brain Damage et le travail d'effets à celui de High Tone. Après un Stereovision dont peut être retenu un certain sens du classicisme dub mis en tension par un joli travail sur les wobbles, Brain Tone fait ressentir toute la lourdeur du vide, de la suspension des basses et des rythmiques pour mieux asseoir sa démarche pachydermique. Centré sur le chant de Zeb Mcqueen, Shake up me convainc moins avec son raggae-dub vu et revu, quoique sympathique par ailleurs. Belle surprise, le très planant The Midday Sun prolonge de façon cotonneuse un I did my Time tout en hochement de tête et liquéfaction musicale d'influences hybrides. Incontestablement, la grande réussite de ce High Damage repose sur de mariage de deux sonorités dub caractérisées par l'effacement des frontières et l'aspiration des influences. Que l'on soit fan de l'une ou l'autre des formations, le dub y reste roi, et bien malin qui parviendrait à départager de manière pointilleuse les apports respectifs de High Tone et Brain Damage.

Le morceau ZZZ détonne le long de ce cheminement musical, plus poisseux et inquiétant qu'à l'ordinaire. L'étiquette parfois accolée aux deux formations de "dub mutant" y prend tout son sens, en alliant des sonorités de différents continents dans un même continuum sonore, toujours dub, mais tellement plus que cela. Soufflant le chaud en même temps que le froid, ce High Damage poursuit sa route avec un Watching you menaçant de noirceur, avant de se clore avec The Dusk, tout en réverbérations profondes et manipulations électroniques de toutes sortes. High Damage réussit ici ce pour quoi tant s'effondrent : ouvrir le seul dub sur son dehors, multiplier les effets, pour un résultat dont toute linéarité est exclue.

 

Que l'on apprécie l'une et/ou l'autre de ces formations cultes du dub français, difficile de ne pas y trouver son compte, tant le soin apporté à la composition de ce High Damage y est audible, préférant souvent les chemins de traverses au dub monolithique dont ils sont pourtant les héritiers. Lourd comme le plomb et subtil comme la plume, ce disque est bien plus que recommandable. 

cover HighDamage FX101 rvb300dpiLOW
par Pingouin Anonyme 
Repost 0
Published by Chroniques électroniques - dans disque
commenter cet article
3 mai 2012 4 03 /05 /mai /2012 12:32

Sortie : Avril 2012

Label : Honest Jon’s Records

Genre : Electronica magnétique

Note : 3,5/10

 

Actress est l’artiste hip par excellence. Dissipons immédiatement tout malentendu, je n’ai rien contre la hype, il en émerge sporadiquement d’excellentes révélations au pouvoir d’attraction mérité. Mais parfois, l’inverse s’impose et justement, avec Actress c’est le cas.

Petite mise au point : Actress est anglais et se prénomme Darren J. Cunningham. Il est l’auteur de Hazyville, premier album relativement méconnu sorti en 2008. C’est la sortie de Splazsh en 2010 qui l’a véritablement propulsé sur le devant de la scène. L’album n’avait pas été chroniqué sur nos lignes car il m’avait paru pour le moins anecdotique. En effet, la musique d’Actress est un étrange mélange de UK Bass et d’électronica, pour un résultat tantôt énigmatique, tantôt insipide. Malgré sa relative faiblesse, ce deuxième album n’était pas indigent et possédait un charme certain.

R.I.P. est la nouvelle création du bonhomme et là, par contre, on frôle l’escroquerie totale. Exit la bass music, place à une électronica-magnétique cheap. Le travail sur le rendu sonore demeure cependant intéressant dans la mesure où Actress applique quantité de filtres au point de rendre sa musique fantasmagorique. Mais cela ne suffit pas pour autant à rendre R.I.P. intéressant, loin de là. Les motifs répétitifs et le peu de variations de l’ensemble ne suffisent pas à donner du relief à toutes ces sonorités aspirées. L’impression d’écouter continuellement des ébauches de morceaux est rédhibitoire. On pourra toujours me targuer que, justement, toute la magie d’Actress est là, il n’en demeure pas moins, que pour moi, ce n’est, ni plus, ni moins, que du foutage du gueule.

Deux artistes, eux aussi clairement buzzés, me viennent à l’esprit. Premièrement, Oneohtrix Point Never pour l’esprit « vignettes ». Mais là où le new-yorkais arrive à  offrir une singulière balade psyché, Actress se contente de proposer un zapping sans queue ni tête. Deuxièmement, Hype Williams pour le côté branleur. A ce petit jeu, les deux font armes égales à ceci près que Hype Williams se morfond désormais dans les abysses de la musique électronique.

Mais revenons à Actress. Prétendre que tout l’album est honteux serait tout de même non-recevable. Je sauve deux morceaux de cet ersatz : Shadow From Tartarus pour sa dualité intéressante entre un magma impénétrable et une mélodie spatiale et N.E.W. pour sa comptine bouffant progressivement tout le spectre sonore pour étaler le temps avec paresse. Le reste est risible. Le fait de donner un rendu magnétique à tous les morceaux ne fait que les noyer dans l’ennui. De la techno de chambre figée et étouffée de Marble Plexus, au faussement rampant mais vraiment endormant Tree Of Knowledge, je me suis rarement autant fait chier à l’écoute d’un album tant on reste éternellement bloqué sur la ligne de départ.

Et dire que certains osent parler de musique cérébrale. C’est prendre les gens pour des cons et revient à faire croire que Jeff Koons fait de l’art et Christophe Honoré du cinéma. Non, nous sommes dans le domaine des imposteurs, glorifiés par des médias hypocrites et suiveurs. Faire croire que la création musicale est là, relève d’une ignorance crasse. R.I.P. ne provoque qu’ennuie et indifférence et Actress est le symbole même du poseur insignifiant.

 

http://27.media.tumblr.com/tumblr_m2sa82V8EC1qzoqu9o1_500.jpg

 

par B2B

Repost 0
Published by Chroniques électroniques - dans disque
commenter cet article
2 mai 2012 3 02 /05 /mai /2012 01:31

Sortie : avril 2012

Label : Ad Noiseam

Genre : Ambient, Shoegaze, Post-Rock

Note : 8/10

 

Voilà maintenant dix ans que Matthew Jeanes (Larvae) suit son petit bonhomme de chemin chez Ad Noiseam. J'avoue n'avoir jamais été fan du son du bonhomme, que ce soit quand il officiait dans l'électronique à tendance club, ou dans le hip-hop mutant. Il n'empêche que ses trois albums précédents ont eu un certain succès, et ont donc suscité une certaine attente. Ad Noiseam fait partie de ces labels qui accompagnent les artistes jusqu'au bout de leur démarche. On se souvient du surprenant, à la fois mature et anarchique No Land Called Home de Subheim, ou du breakcore pour adultes Even Weight de Enduser. De là à dire que le label allemand accompagne ses ouailles vers une certaine maturité, il n'y a qu'un pas à franchir. Exit Strategy est annoncé comme un album presque dénué de beats. L'excellente vidéo de Vows and Promises a renforcé l'intérêt. Alors qu'en est il vraiment ?

 

Larvae a beau avoir enregistré son album à Austin, il ne semble pas qu' Exit Strategy fut imaginé en contemplant les édifices des Silicon Hills. Mais plus en suivant les rivages du Colorado, vers des étendues plus sauvages, lors des nuits estivales caniculaires que le Texas connaît si bien. Là où on trouve la paix en attendant l'arrivée du matin, en écoutant peut-être du Labradford ou tous ces groupes qui ont semé les bases du dit post-rock.

La matière première de cet album est définitivement organique, mais l'annoncer comme dépourvu de beats serait mentir. C'est justement parce qu'il se fait si rare qu'il fait si bien mouche quand il apparaît, en sniper de luxe, derrière les fameux regains de tension des guitares, qui font le sel de cette épopée contemplative et apaisante. Le beat est aussi là pour parfois suppléer les textures de batteries définitivement naturelles. Et il le fait très bien.

La surprise et la diffusion du venin bienfaisant se fait dès les premières mesures de Locked From The Inside, morceau faussement minimaliste qui prend son temps pour dévoiler ses reliefs. Cette impression de nonchalante évolution est d'ailleurs finalement beaucoup plus subtile qu'il n'y paraît au premier abord, et a le don de clore les yeux des sceptiques de départ, dans l'attente de ce qui fera dévier le thème central de son inertie apparente. C'est très palpable sur l'excellent Vows and Promises, quand le beat et ses boursouflures pneumatiques font trembler ses eaux calmes. Ce sera encore plus vrai sur le tout aussi fort The Switch, titre béat par excellence jusqu'à sa moitié supérieure, quand la batterie déboule et laisse enfin les guitares se saturer pour dévoiler les premières lueurs du jour qui suivent les aurores diluées dans le brouillard.

C'est aussi pour ça que que le beat est pertinent, quand il propose contraste et sursaut, comme sur sur N-1, où les synthétiseurs sont plus présents et la rythmique plus vorace. Ou comme sur le plus court mais très intéressant Quitter, où il semble y avoir comme un glissement de terrain dans les travées ambient. Sans le moindre remix qui dénaturerait la substance originale (fait rare à l'heure actuelle dans certaines sphères électroniques), le nocturne, plus riche et ambigu Easy, viendra fermer cette bien jolie incursion interne, là où les scénarios de nos songes ne trouvent réalisateur que dans notre propre imaginaire.

 

Voilà déjà un moment que je pensais que Mobthrow était une pointure en ce qui concerne le mastering (depuis Emerging Organims 4 en fait). C'est probablement sur cet album que son office est le plus remarquable. Il est parfois bon de s'émanciper des sentiers doggystyle pour trouver un peu de profondeur. A méditer. Bien bel album en tous cas.

 

http://www.adnoiseam.net/images/stories/discography/160/adn160-635.jpg

par Ed Loxapac

Repost 0
Published by Chroniques électroniques - dans disque
commenter cet article
30 avril 2012 1 30 /04 /avril /2012 09:42

Sortie : 28 Février 2012

Label : Scissor and Thread

Genre : Deep-house

Note : 9/10

 

L’ondulation des corps est une constante incessible du Leland de Francis Harris. Pris dans un mouvement régulier, vous vous abandonnez et n’avez plus qu’à vous faufiler, telle une anguille, entre les instrumentations jazz et la douce volupté d’une basse bienveillante.

Francis Harris surprend avec ce nouveau projet, lui qu’on a connu plus instantané lorsqu’il officiait sous l’entité d’Adultnapper. L’américain a décidé de mettre du Lexomil dans ses productions afin de mieux manipuler l’auditeur friand d’une deep-house racée.

 

Leland doit s’appréhender avec paresse tout en laissant tous vos sens à l’affut. La sieste éveillée durera près de 80 minutes, mais il y a fort à parier que vous déciderez de la prolonger. Le principe est simple : une dynamique deep-house, des élucubrations jazz, une voix relaxante. Mais les apparences sont trompeuses. N’y voir qu’un disque de deep-house lounge serait injuste, si ce n’est méprisant.

Leland respire à chaque instant, prend son temps pour installer son ambiance oisive. Dès Pensum, on saisit la teneur du propos de Francis Harris. Il est question de non-agression dans cette deep-house jazz aux relents dub. La trompette, en mode sourdine, devient un antalgique insidieux. Vous ne vous contentez plus d’écouter, désormais, vous ressentez, vous vibrez et vous succombez lorsqu’advient l’extrême onctuosité de ces Living Lips, portées par un piano lointain et un violoncelle résigné. De même, le corps est traversé par la neurasthénie d’Of The Field, ode à une évanescence tutélaire.

Toute l’alchimie de l’album réside dans cette dualité parfaitement domestiquée entre la présence électronique et l’utilisation d’instruments live. L’instabilité n’a pas lieu d’être, tout semble parfaitement s’emboiter. La dynamique jazz rappelle ce cool trop souvent oublié quand il n’est pas pressuré. Chez Francis Harris, il est uniquement question de retenue et d’effacement, de maîtrise désintéressée et désinvolte.

Je passe sous silence les remarquables plages d’électronica-pop, portées par la voix bienveillante de la danoise Gry Bagøien, et utilisant avec parcimonie et justesse le field-recording pour aboutir à des écrins de subtilité. Une sensibilité à fleur de peau s’échappe de ces chansons intemporelles, venant directement vous foudroyer en plein vol. Car s’il y a bien une ossature permettant de rendre Leland homogène, elle s’observe au-delà de la simple musicalité mais plutôt du côté de l’émotivité. Leland c’est du spleen sous perfusion, du romantisme doux-amer.

 

Remarquable de retenue, Leland est un sublime album de deep-house. Tel un manifeste de la paresse, l’album s’écoute inlassablement, dans le seul but de prolonger votre léthargie. La résonnance s’installe alors définitivement en vous, pour ne plus jamais vous lâcher.

 

http://cdn.shopify.com/s/files/1/0148/8675/products/leland_cover_600.jpg?1500

 

par B2B

Repost 0
Published by Chroniques électroniques - dans disque
commenter cet article