Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Présentation

  • : Chroniques électroniques - Chroniques de disques, de concerts, de festivals, de soirées de musiques électroniques, rap et bien d'autres...
  • Chroniques électroniques - Chroniques de disques, de concerts, de festivals, de soirées de musiques électroniques, rap et bien d'autres...
  • : Au confluent des musiques électroniques, du rap et des autres styles, ce blog, ouvert et curieux. Chroniques de l'actualité des sorties IDM, électronica, ambient, techno, house, dubstep, rap et bien d'autres encore...
  • Contact

Recherche

Archives

Catégories

11 juillet 2012 3 11 /07 /juillet /2012 01:20

Sortie : juin 2012

Label : Lost Tribe Sound

Genre : Instrumental (puisqu'il faut en donner un)

Note : 9/10

 

Vieo Abiungo est le side project d'un ange blond virtuose, épouvantail à demoiselle potentiel, que certains connaissent peut-être mieux sous son nom véritable : William Ryan Fritch. Ce diplômé en musicologie est un poly-instrumentiste insatiable, violoniste en particulier, membre du Skyrider Band cher à l'acclamé Sole de chez Anticon. Thunder May Have Ruined The Moment est son troisiéme opus, toujours signé chez Lost Tribe Sound, étrange et méconnu label américain qui vend aussi (en plus des disques) des bijoux et amulettes étranges qui raviront les hippies qui sommeillent. Si Peter Monro est crédité, c'est uniquement pour ses contributions de vidéaste pour le DVD qui accompagne l'objet déjà splendide.

 

Quand un tel album déchaînant tant de superlatifs voit le jour, on rêve de pouvoir lui coller un étiquetage nouveau et avant-gardiste, qui fera date et sera suivi par tous ceux qui y poseront de vierges oreilles. Peine perdue, la musique de Vieo Abiungo ne ressemble qu'à elle-même, suivant les même contours instrumentaux inqualifiables depuis deux ans. Ceux qui auront écouté les précédents opus regretteront peut-être une presque totale absence de renouveau dans la composition. Les innocents méritent pourtant d'être pardonnés, car l'oeuvre du jeune américain est une véritable fresque, finalement plus naturaliste qu'ethnologique, gravée dans une pierre confidentielle qui n'attend même pas d'être comprise et analysée pour être qualifiée littéralement de géniale. Si la formation classique de son auteur est indéniable, on sent rapidement que William Ryan Fritch a été bercé la gueule dans le bon son. Dans la musique classique bien sûr, mais aussi au son d'un jazz libre, déviant et tribal. Un biberonnage en règle au hip-hop des sources est aussi plus que probable. Il n'y a qu'à se soumettre à la manière dont il fait claquer les drums du splendide et exotique Thundering of Empty Promise pour en être le béat témoin. Son art de faire cohabiter d'ambivalentes sensations, dans cet agglomérant halo de lumière, relie des îles enfouies à d'entiers continents.

Car une telle musique pourrait avoir été imaginée par un guerrier déserteur ayant perdu le goût de la conquête, décidé à laisser son âme se promener entre l'Orient et l'Occident, pour ne jamais se soustraire à son inaltérable et viscérale foi en la terre, et en l'homme, d'où qu'il vienne. Toute référence à l'oeuvre d'Enrico Macias étant plus que fortuite, la plongée dans ses riches formats courts (particulièrement Bleed That Rock, The Milk of Venom) est plus que recommandée pour se confronter à la petite légende. La musique ici présentée est le reflet de tout un monde apte à apaiser les guerres, dépourvu de lésions dans la liaison.

Nomadisme, lumière, et incantations. Rafales, arrêts sur paysages. Constellations instrumentales. Piano, cordes. Instruments à vent et infinies percussions mêlés. Force est de dire qu’on ne saurait tout identifier, et peu importe, au fond. Ce sont des boucles qui carillonnent, des drones ethniques qui s’écoulent. On jurerait voir le passage de l’électronique là-dedans, mais il n’en est rien. Il y a là de la musique classique contemporaine, du jazz, des expérimentations. L’Orient, l’Afrique. Mais ce qu’on y trouve surtout, c’est une capacité singulière à pénétrer les marges des genres, à déplacer les bornes. D’où peut-être ce mystère aride qui se dégage de Thunder May Have Ruined The Moment, et auquel on voudrait ne pas trop toucher. Afin de ne vraiment plus en revenir.

Il y a quelque chose d’ensorcelant dans cet album. Une liberté hypnotique. Un élan épique qui ouvre des territoires, au centre, de plus en plus vastes. Une lumière qui dénude, et des lucarnes sur soi-même. C’est Thundering of Empty Promise et ses résonances cristallines, ses chœurs diaphanes, ses impulsions cicatrisantes et ses cordes à fleur de nerf. With its Slow Decay et ses ramifications tribales qui forcent à avancer toujours plus en avant, toujours plus en profondeur. Tandis qu’à l’intérieur, tout n’est qu’éboulement. La masse calcaire qui brouillait la vue s’effondre. Reste sous la langue un goût de terre, de feu, et d’eau. Une pulsation de renouveau.

Car là où d’autres auraient pu en rester à la simple cohabitation des influences, voire à frôler le pot-pourri indigeste, William Ryan Fritch parvient à creuser un territoire vierge et mélodieux de ses doigts à la virtuosité chamanique. Evitant de diluer le ressenti dans la profusion, invoquant également la retenue, il fait d’une richesse sans fond une cristallisation de l’essentiel. Et c’est bien là toute la force de cet album. Un vent de limpidité et d’harmonie souffle sur le foisonnement qui fait corps avec les émotions. Avec tout ce que ces dernières comportent de bifurcations, de fluctuations, d’incandescence et de pudeur. La menace, la peur, la frustration, aussi. Et ce qui consume. Thunder May Have Ruined The Moment réussit à nouer tous ses fils sonores en un unique nœud d’essence. Pour, au final, absorber pour apaiser.

Difficile de trouver une quelconque rupture dans ce disque, où la finalité du mouvement remplace les lignes directrices. La plante des pieds écorchée par le sol, on avance, parfois lentement, mais sans trébucher, porté par une acuité nouvelle. Avec cet album, Vieo Abiungo déploie une topographie de l’intime, là où totalité et évidence viennent se plier dans une même expiration.

 

Ce n'était arrivé qu'une fois. Acheter les yeux fermés un album déjà reçu dans sa froide et impersonnelle version promotionnelle. Car dans cette musique définitivement plurielle semble presque surgir un corps multiple et tentaculaire, qui pratique une dialectique qu'on découvre aujourd'hui mais qu'on semble connaître depuis toujours. Comme si tous ses organes étrangers jusqu'alors n'avaient qu'une seule et unique vocation : s'unir et fusionner pour procurer le trouble de l'insoupçonnable révélation. Face à pareille évidence, l'insolence laisse acerbe, le silence est une violence qui évoque bien plus que le verbe. Merci à la future chroniqueuse de notre nouveau projet à venir, pour sa brillante contribution.

 

http://www.experimedia.net/images/lts010cd.jpg

 

par Ed Loxapac et Aurélie Scouarnec

Repost 0
Published by Chroniques électroniques - dans disque
commenter cet article
9 juillet 2012 1 09 /07 /juillet /2012 02:32

Sortie : mai 2012

Label : Time Released Sound

Genre : Classical, Drone, Ambient, Experimental

Note : 8,5/10

 

Quand elle ne joue pas du violon sur des oeuvres majeures comme le Flare de Erik K Skodvin (Svarte Greiner et moitié de Deaf Center), paru sur Sonic Pieces en 2010, ou le magnifique Digressions de Greg Haines de cette année (dont on reparlera très vite, même si c'est tardif), Iden Reinhart trouve le temps de maintenir en vie son projet personnel Strië. Après un premier album passé presque inaperçu, elle revient sur le label britannique Time Released Sound, propriété de Colin Herrick, qui peut se targuer de réaliser d'exceptionnels objets artisanaux et renforce encore un peu plus l'intérêt d'acquérir des albums passionnants dans leurs versions charnelles. 

 

Ohtul est une oeuvre obsédante et névrotique, difficile à pénétrer mais littéralement addictive si on accepte de s'y plonger avec la conviction qu'elle mérite. Car oui, y jeter une oreille attentive n'est pas dénué d'un certain risque. Celui de basculer dans un rêve torturé, où des angoisses qu'on croyait obsolètes depuis des lustres se ravivent en toisant comme des cloportes l'inconscient et le déni. L'ambiance résolument lynchienne est là, souriante et vicieuse, face à cette nuit humide où prédateurs et spectres tissent une toile comparable à une tumeur ramifiée. L'invention la plus géniale du diable est d'avoir fait croire aux mortels qu'il n'existait pas. La bête est pourtant là, tapi dans des ombres opaques ou dans des buissons millénaires dont on ne sait pas les noms. Car toute la malice de Ohtul est là. Pendant les trois somptueux premiers titres, abstraits mais suffisamment immédiats pour ne pas laisser poindre l'union des cinq phalanges sur la naïve pommette.

Il y a là un nombre très important d'instruments qui n'évoquent finalement que très peu la torture (crins majestueux, cordes damnées mais vivaces, clarinette langoureuse et piano qui trouve dans ses frappes les plus aigües l'énergie et l'élégance du martyr romantique). Hällilaul et ses matières grouillantes n'annonçaient certes rien de très funky, surtout quand ses gémissement laissaient échapper des plaintes bien trop humaines. Le rêve humide se devait d'être agité, mais l'Arabesque et son suivant pouvait laisser planer l'espoir d'une certaine retenue dans la prise de pouvoir du disque sur l'auditeur. Le troisième titre est probablement le plus vicieux, quand le drone principal se montre aussi strident que pénétrant. Ou quand le piano rassuré est enveloppé d'une ouate propice à l'abandon des cloisons défensives. La voix masculine se veut sacrée mais n'exorcisera pas grand chose.

C'est à l'orée de Rapid Eye Movement que le rêve sombre, ou cette nuit habitée par le doute, prend une tournure plus anxiogène. Les sons se parent alors de reflets imprévus, révélant de fausses et improbables symétries, confrontant alors l'auditeur à d'inquisitrices questions. Le nystagmus illustré en musique, laisse alors échapper ce qui ne devait pas être vu. Il n'est alors plus seulement question de musique, mais aussi d'un sentiment d'étrange malaise et d'interrogation. Le drone et l'ambient, ont souvent l'habitude de revêtir des apparats médiévaux et souterrains pour créer de tels sentiments. C'est tout l'inverse avec Ohtul et c'est probablement ce qui le rend si désarmant. Il diffuse un contenu onctueux, des volutes sporadiques de souffle chaud sur le théâtre de nos peurs insondables. Lost In Between, tout est dans le titre et résume trop bien l'ambivalence de l'ensemble. C'est sans doute pour ça que la texture se montre alors plus grinçante et plus venteuse, le glitch et les larsens plus épidermiques. Le piano se fait plus grave dans son patinage, et semble doté d'yeux au dos des pédales pour surveiller ce qui tenterait de fuir. La dernière fois que je me suis chié dessus comme ça, c'était en écoutant le Grimoire de Kreng. La troisième salve de Sovn suit le même terrifiant sillon, en ajoutant gargarisme, voile noir et vaporeux sur un substrat mélodique qui ferait passer la tendre enfance au placard de Natascha Kampusch pour une kermesse mormone.

Heureusement que le magnifique False Awakening reviendra armé de jeux autour des tonalités. Muant le dark en quelque chose de beaucoup plus cristallin. Le piano officie toujours dans une splendide retenue. Il est plus conquérant que guerrier, et pose des empreintes sur le canevas de violoncelle, accueillant comme un haut de fesse ferme de jouvencelle. Les stigmates du passé prennent alors la beauté de leurs propres tombes.

 

Ohtul est un album complexe, physique et malmenant. Chacun pourra y voir de différents reflets. Il n'en demeure pas moins terrifiant et beau à en crever. Le plus étrange est qu'il n'est jamais aussi explicite que quand il opte pour un minimalisme contenu et pas jusqu'auboutiste. Il faudra un nombre d'écoutes encore plus important que d'habitude pour en faire l'indispensable qu'il deviendra, sans contestations possibles.

 

http://timereleasedsound.com/html/wp-content/uploads/wpsc/cache/product_img_59_500x550.jpg

par Ed Loxapac

Repost 0
Published by Chroniques électroniques - dans disque
commenter cet article
6 juillet 2012 5 06 /07 /juillet /2012 14:52

Sortie : mai 2012

Label : auto-produit (enfin je crois)

Genre : Rap français

Note : 8/10

 

Ceux qui observaient déjà le rap au milieu des années 90 connaissent peut-être L'Indis. Il formait à l'époque avec son frère jumeau (Lavokato) le duo Les 10. Nakk Mendosa a toujours été proche des deux frangins. Seulement voilà, en 2001 alors qu'ils ont acqui une crédibilité et un succès critique certain, Lavokato plaque le rap, suivi rapidement par L'Indis, qui a du mal à persévérer dans le rap sans son jumeau. En 2010, il revient comme il était parti. Suivra un EP prometteur mais pas indispensable : Mes Classiques. Il s'aperçoit alors qu'il n'est pas oublié par ceux qui ont toujours adhéré à son style conscient, humble et extrêmement bien écrit. On l'aperçoit le temps d'un couplet sur la video du Gouffre qui a conduit à une certaine émulation vis à vis du projet de mixtape Marche Arrière (ici). Certains titres de Mon Refuge sont clippés avant même la sortie de l'album. Les réactions sont unanimes. Mon Refuge est légitimement annoncé comme un des meilleurs albums de rap français de l'année. Si ça crie au feu, n'appelles pas les sapeurs de Kinshasa.

 

Si on met de côté les désastres assumés que furent nos chroniques (assassinats gratuits) des albums du Klub des Losers et d'Orelsan, chez Chroniques Electroniques, on fait pas vraiment dans le rap, encore moins français.

Il faut dire que ce genre pourtant noble a connu de sacrés débordements, depuis l'avènement de certains de ces barons et de circuits alternatifs indépendants, tous attirés par le succès et la monnaie. Le rap en France s'est installé dans une logique schizophrénique. Celle de chroniquer la morosité et la précarité des quartiers populaires dans une démarche souvent purement capitaliste. Les vaches sacrées du genre ont bien tenté de nous faire croire que c'est bandant d'être indépendant, que demain c'est loin pour finalement couper un cake prédécoupé à l'avance. Tout ça pour mieux camoufler la faim de leur monde. Y a des lendemains de cuite qui font mal, et qui donnent logiquement envie de niquer des mères. Ceux qui tentent de survivre sont presque tous obligés de s'inventer des vies de gangsters ronins. Spamment comme des porcs et squattent plus les réseaux sociaux que le bas des blocs. Pourtant ça a du succès. Une certaine jeunesse issue d'une bourgeoisie relative est séduite par cet exotisme banlieusard, qu'elle a bien trop peur de côtoyer hors des circuits virtuels. Qu'elle vienne faire un tour de l'autre côté du périph' pour contempler le sinistre et s'apercevoir qu'ici la gauche est morte. Banlieue 13 est une fable putain. C'est sûr, ça fait moins rêver de savoir que des mecs valables dans le rap taffent comme des roumains à Rungis, chez PSA à Aulnay ou dans une école de primaire de Boboch. C'est pourtant vrai. Les heures de studio sont certes moins chères que les jingles publicitaires de chez Skyrock, mais il paraît qu'on attire pas les porcs avec du hallal. Pourquoi cette diatribe ? Parce que c'est peut-être aussi ça que raconte L'Indis sur les mesures de son refuge. Le rap a pris cher. Merci rapidshare mais pas seulement. Merci les réseaux sociaux, merci les boites à rythme (la même pour tous ?), merci à skyrock, générations et à tous les artistes virtuels qui ne mentent pas qu'à eux même.

 

C'est donc avec sa verve toute "Moklessienne" (dénomination qui veut pas dire grand chose mais qui parlera à ceux qui apprécient les séances sauvages de name dropping) que l'Indis dévoile sa vision du rap et d'une époque bénie sur le plan musical et culturel (un peu moins à titre personnel visiblement). Il est un des rares rapeurs de sa génération à exprimer la dark side avec tant de pudique subtilité. Lui qui fut bercé au son de Nasty Nas, Mobb Deep, Big Pun et Raekwon sait à quel point la punchline ne saurait remplir le vide du contenu. J'ai une affection profonde envers ceux qui jurent plus par les instrus piano/violons qu'en faveur des productions surchargées en infrabasses influencées (avec 6 ans de retard) par le neo rap américain. Envers ceux qui parlaient des bras roulés de Pat Ewing plus que des frasques de Dennis Rodman. Envers ceux qui voient le rap plus comme un exercice lyrical et rythmique que comme une séance d'ego-trip qui ferait prendre 5cm de bite à chaque strophe. L'album de l'Indis est pétri d'anecdotes terriblement en lien avec l'actualité, la sienne et la notre. La nostalgie de celui qui a traversé le 90's comme un touareg du flow est palpable, certes, il y est aussi question de deuil. De candides rêves partis en fumée, mais aussi de la perte de frères, de sang et de lait. Et oui ma gueule, le rap c'est aussi parfois gris et morose. Ses propos banals effraient le bobo de paname qui la joue Carpe Diem. Ce n'est donc probablement pas par hasard si Lavokato sort de son silence sur deux titres, pour connecter Mon Refuge à l'époque royale et insouciante des 10.

Faut pas se voiler la face, c'est parce qu'il est terriblement humain que Mon refuge est imparfait. Le dernier quart de l'opus et certains feats ne s'imposaient pas à mon humble avis. Tout comme certains filtres un peu criards posés sur les samples vocaux. Les instrus sont implacables pour qui aime le rap à l'ancienne (et donc L'Indis) mais peuvent paraître redondantes envisagées dans le bloc album. Un peu comme le refrain du pourtant excellent Artiste Virtuel, qui rappelle que les mélodies plaintives ashkénazes recèlent souvent des perles potentielles. Ces quelques personnels reproches ne sauraient annuler l'excellente pratique de l'assonance et l'écriture en général. Des titres comme Barbaq de Printemps, Mon Fardeau, J'y ai cru, Traitrise et Trahison ou Marche Arrière valent à eux seuls l'achat du disque. Tout comme ceux qui célèbrent le retour partiel de Lavokato.

Du côté des featurings, il faut privilégier les apparitions du narvalo de la Croix de Chavaux (Swift Guad) et du portos de Corbeil (Zekwe Ramos) plutôt que l'ouverture américaine de Oto"10"dakt. Et oui, la sombritude que mes potes fredonnent, elle sent le bitume, elle sent le pétrole comme les cotes bretonnes. Dédicace à la rime qui se parfume à la rue, à la 8.6 et qui pisse dans de l'eau de Guerlain. Dédicace aussi à ceux qui préfèrent les paroles de Cabrel à celles de cette pute de Lea Castel.

 

J'aime ce rap comparable à un chantier, qui vide un sac de pierres à chaque couplet, ce fardeau qui a chaque mesure s'allège. Je vais pas m'ériger en chroniqueur avisé de rap français, j'ai été trop dévasté par les textes de Faycal pour m'extasier sur ce qui le mériterait sûrement. Toujours est-il que l'album de L'Indis est indispensable au milieu de l'étable des vaches maigres. Celui de Dooz Kawa sera chroniqué prochainement si dieu veut. Vu qu'on fait pas souvent dans le rap fr, retrouvez avec plaisir (ou pas d'ailleurs) dans notre player deux titres issus de Mon Refuge.

 

http://multimedia.fnac.com/multimedia/FR/images_produits/FR/Fnac.com/ZoomPE/5/3/6/3609560003635.jpg

par Ed Loxapac

Repost 0
Published by Chroniques électroniques - dans disque
commenter cet article
5 juillet 2012 4 05 /07 /juillet /2012 10:40

Sortie : Mai 2012

Label : Dawn Records

Genre : Techno, électronica, expérimental

Note : 8/10

 

Album casse-gueule car ouvertement autocentré et dont la démarche nombriliste aurait pu prendre des allures hautaines, Cosmogonie de vOPhoniQ réussit malicieusement à botter en touche en imposant sa dimension universelle.

En 2009, le lyonnais sortait un premier album, Human & Computer (disponible gratuitement sur la toile, ici), inégal car manquant de catalyseurs. Depuis, le mec semble avoir digéré la lenteur et la dolence. Dawn Records, petite entité lyonnaise promise à de beaux lendemains, a flairé en vOPhoniQ un potentiel indéniable et, 3 ans plus tard, sort Cosmogonie, LP d’une profondeur abyssale. Car Cosmogonie n’a pas pour optique première de revenir sur la formation de l’univers. Non, notre producteur a décidé de théoriser le genèse de son propre monde en le matérialisant auditivement. La résultante est un album se scindant en deux parties distinctes sur le papier mais indissociable entre les oreilles.

Puisque la cosmogonie de vOPhoniQ est une affaire personnelle, le repli sur soi qui accompagne la première partie de l’édifice permet de miser entièrement sur l’intériorité. L’apaisement trouve sa voix via une électronica éthérée, puisant dans un field-recording en sous-marin. Les expérimentations inaugurales deviennent des mélancoliques introspections où les nappes ambients ne viennent jamais prendre une tournure émotionnelle. Ici, tout est palpable et affaire de matières organiques. vOPhoniQ semble avoir parfaitement digéré 20 ans de musique électronique comme sur ce Human Tribute warpien et dissimulant un final mutin à l’aspect infini. Cosmogonie n’est pas une évidence, l’album ne répond à rien et donne plutôt dans la prolifération de questions. Pourtant, la sensation de bien-être est permanente, laissant les morceaux s’écouler lentement.

Il faut attendre le deuxième mouvement pour la décharge de beats. Débute alors une odyssée techno aussi renversante que psychanalytique. Désormais, les morceaux dureront 10 minutes afin d’imposer leurs auras. La puissance contenue d’Enter The Mystic Truth se révèle insidieuse en prenant son temps pour capturer l’auditeur, lui subtilisant lentement toute forme de pensée évasive. Tout en volutes trancey, le morceau déjoue le moindre plan. La fuite en avant d’Overdrive se transforme en décollage exponentiel où les tremblements sonores ignorent la moindre certitude. Ces tracks techno se révèlent être des puits sans fonds, propices à l’abandon. On en ressort non pas lessivé mais simplement lavé.

vOPhoniQ signe un singulier mais avant tout admirable album d’électronica-techno. Cosmogonie justifie son titre. En nous enfermant dans une bulle lumineuse, nous voilà promis à une échappatoire misant sur l’observation de notre propre entité. Une certaine candeur échappe de ces réflexions auditives et la réverbération offerte aboutit à une ablution salvatrice.

 

http://4.bp.blogspot.com/-72dQ6SSJMI4/T8ZHgH8kuMI/AAAAAAAABjU/Q0NmTRAMwMs/s1600/vophoniq-cosmogonie.jpg

 

par B2B

Repost 0
Published by Chroniques électroniques - dans disque
commenter cet article
2 juillet 2012 1 02 /07 /juillet /2012 10:40

Sortie : 2 Juillet 2012

Label : Ostgut Ton

Genre : House

Note : 7,5/10

 

Le Berghain n’est pas seulement cet antre d’une techno dictatoriale, métallique et abrasive. L’usine renferme un club plus intimiste, le Panorama Bar. Juché en altitude du monolithe, cette cave est une zone érogène. Exit la techno, place à une house lascive et portée quasi intégralement sur le sexe.

Le boss du label maison, Ostgut Ton, n’est autre que Nick Höppner. Ce dernier vient régulièrement mixer dans la cage du Panorama Bar, il était donc logique qu’il vienne poser sa pierre à l’édifice pour un Panorama Bar 04, faisant suite au mix de Prosumer (chroniqué ici). On s’en tape pas mal de la carrière solo de Nick, ce dernier n’ayant sorti qu’une petite poignée de maxis, puisque la seule chose qui nous intéresse ici, c’est de juger la capacité à faire monter la sève des danseurs. Et à ce niveau-là, inutile de tergiverser, vous allez avoir chaud, très chaud.

Pendant que les plus radicaux s’acharnent dans l’immense salle du Berghain, prenant en pleine gueule une techno les réduisant en miettes, s’extasiant sur des montées apocalyptiques, à la recherche d’une tension permanente, les autres ont choisi de prendre leur temps. Ceux-là viennent chercher une autre forme de tension, uniquement sexuelle. Si le Berghain est une orgie noire, le Panorama Bar en est son éternelle préliminaire.

Cela, Nick Höppner l’a parfaitement intégré. L’homogénéité et la fluidité ont ici trouvé leurs lettres de noblesses. Le but n’est pas de provoquer mais de maintenir le danseur dans un état d’excitation permanente. La ligne directrice est résolument épurée afin d’obtenir un équilibre parfait. Au diable l’impayable introduction puisque le beat répétitif ne vous lâchera pas du début à la fin pendant que le groove se nichera dans les moindres recoins. Mais pour arriver à un tel équilibre, Nick joue en permanence au funambule. Le groove ne peut suffire, il faut impérativement insuffler une savante dose de vice afin de maintenir la pression. On assiste ainsi à un enchaînement permanent de tracks doucement vicieuses et outrageusement groovy.

Au petit jeu du tracklisting, là aussi, Nick vise le sans faute, se permettant d’ailleurs de proposer 20 titres, fait rare dans la sphère des mixes house exigeants. On erre de Fabrizio Mammarella à Dexter en passant par DJ Gregory,Manoo, Carsten Jost, Whirlpool Productions ou encore Dez Williams. Le tour de force étant de réussir à donner l’impression d’écouter un seul et même morceaux dans un souci d’homogénéisation affolant. Mieux, le bougre se paie le luxe de finir sur une tuerie absolue, alors même qu’un mix classique aurait joué la carte du ralentissement. Ainsi, le New For U d’Andrés apparait comme l’orgasme que l’on attendait plus.

L’été pointant le bout de son nez, il est grand temps de s’écouter ce mix avec un 40° au compteur. Ce Panorama Bar 04 de Nick Höppner pue le cul et tant mieux.

 

http://www.moduledistribution.com/wp-content/uploads/2012/05/COVER_Nick-Hoppner-panorama-bar4-400x400.jpg

 

par B2B

Repost 0
Published by Chroniques électroniques - dans disque
commenter cet article
29 juin 2012 5 29 /06 /juin /2012 12:57

Sortie : Juin 2012

Label : Ninja Tune

Genre : Hip-hop, Dubstep

Note : 7,5/10

 

Après avoir sorti en sur Ninja Tune (ou plus précisément sur la branche Brainfeeder de son camarade FlyLo) son premier album Nothing Else (chroniqué ici), prometteur bien qu'inégal et léger, Lorn s'est décidé à produire un album plus construit et abouti dans sa forme. Il garde cependant ses teintures noires et orientales, et cette manière personnelle de faire du Hip-hop bien gras. J'ajouterai que l'américain s'approche parfois du Dubstep (même si l'utilisation du terme se fait par dépit, ne sachant pas à quoi rallier Lorn plus précisément). Il m'aura fallu un certain temps pour juger cet deuxième opus de Lorn. Pensant que j'étais passé à côté du disque même après plusieurs écoutes, j'ai dû invoquer ma bonne foi pour avouer que cet ablum présentait des qualités indéniables.

 

Après une entrée en matière plus qu'alléchante avec Mercy, rappelant entre autres l'audace d'Altered Carbon, les bases de l'album se discernent. Lorn maquille sa musique avec des textures crades. Il adore cela. D'ailleurs sa virilité est un peu trop explosive, sans aller non plus le confronter à un fou furieux comme Milanese. Il compense d'ailleurs un morceau sur deux par un assortiment de voix fantomatiques, comblant l'arrière plan de sa mélodie comme sur Weigh me down. L'esprit lugubre du titre enchante réellement et laisse place à une forme de sensualité. L'américain a pour péché mignon les styles wonky et club dont il aime la classe et la sueur, le dynamisme et les voix graves qui font fantasmer la gente féminine. Globalement, on peut être assez satisfait de la finition et de l'homogénéité du disque. On ressent l'ambiance profonde filée d'un bout à l'autre de l'album. Sa musique dévoile une violence stylisée qui aurait pu agrémenter pour le meilleur comme pour le pire les films de Nicholas Winding Refn. A plusieurs reprises, Lorn nous joue la carte du hipster mal-aimé. I better ou The gun présente cette même voix bourrue et nonchalante qui lance un appel au secours à la hype, celle qui le laisse pourrir au second plan.

En tant qu'artiste de Ninja Tune, il se contente aussi de placer certains morceaux peu recherchés comme Chhurch, qui laisse penser que les notes du morceau ont été disposées de manière hasardeuse. Le tout se contente d'être convaincant et de faire trois minutes minimum. On avait ressenti la même difficulté sur le récent premier album de Slugabed qui cherchait beaucoup trop à combler des pistes, dans l'unique but de faire genre je fais un vrai LP d'une dizaine de morceaux. N'empêche que ces malins ont quand même parfois une sacré inspiration. Pour Lorn, c'est assez facile, il joue à peu près sur trois niveaux : une branche éléctro-downtempo qui exhale la classe ; des beats bien crades en guise de style fondateur, se ralliant à une volonté d'Hip-hop futuriste ; et une troisième branche qui s'est démarquée sur ce deuxième volet, une facette dark-ambient morbide aboutissant toujours sur l'arrivée du beat énervé, climax dont il est si friand. Everything is a violence témoigne, rien que par son titre, du désespoir qui règne dans l'atmosphère d'Ask the dust. Le sympathique Dead Dogs insuffle par sa construction, une véritable tension cinématographique. Lorn possède des sauts d'humeur, il tergiverse et on a peur qu'il radote un peu à l'avenir. Mais vu le nombre impressionnant de futurs retraités sur Ninja Tune et de leur nombre consternant de recrus lamentables, on peut se demander si Lorn n'est pas un des futurs fers de lance de l'écurie dans lequel on garde encore espoir.

 

Avec cet album, Marcos Ortega a compris que sa musique peut faire plus que bouger les têtes. Mais on constate finalement qu'Ask The Dust s'inscrit dans la lignée de Nothing Else avec son lot de déceptions. Ses qualités singulières restent cependant les mêmes. Remarquons cependant que les albums attendus bénéficient souvent d'une chronique trop pressée, la plupart du temps à leur désavantage. Le dernier Clark s'est révélé par exemple, comme un excellent disque avec le temps. Alors à défaut de faire l'unanimité, cet album s’immiscera dans certains walkmans pour une période indéterminée. Quant aux aigris au bon cœur, ils continueront à synthétiser les releases de Ninja Tune par un simple mot : « chiant ».

 

http://musikplease.com/wp-content/uploads/2012/06/lorn-ask-the-dust.jpeg

 

par Pneu

Repost 0
Published by Chroniques électroniques - dans disque
commenter cet article
29 juin 2012 5 29 /06 /juin /2012 11:08

Sortie : 18 Juin 2012

Label : Smallville

Genre : Deep-house

Note : 8,5/10

 

La deep-house est un cercle, la techno un carré. Ce raccourci, bien que réducteur, permet cependant de mieux comprendre la dynamique deep-house qui nous intéresse ici. Musique répétitive, s’enfermant volontairement dans des schémas narratifs sommaires et aboutissant à la formation inéluctable d’un cercle vicieux, la deep-house actuelle n’en demeure pas moins le plus solide viagra qui soit. Cette musique transpire le cul à chaque instant.

Depuis quelques années, la scène d’Hambourg nous gratifie régulièrement d’albums de hautes volées. Il faut dire que la ville habite le meilleur label du genre, Dial. Mais à côté de cette vénérable maison, se trouve Smallville (qui vient d’ailleurs régulièrement piocher chez les artistes voisins). Smallville c’est un savoir-faire indiscutable. L’an dernier, le label (présent aussi à Paris, dans les sous-sols du disquaire Ground Zero) nous avait ébloui avec l’intemporel The Story About You de Moomin (chronique ici), et l’année précédente avec la sieste crapuleuse d’Asper Clouds de Christopher Rau (chronique ici). Smallville prend son temps, se limite à un album par an pour une poignée de maxis. C’est à ça que l’on repère les grands, à ce respect profond de la musique et du public.

2012 sera donc l’année de Smallpeople avec un Salty Days qui ne déroge pas à la haute teneur qualitative du label. Bienvenu dans la deep-house d’esthète, dans une musique sachant transcender ses propres codes pour aboutir à des créations éternelles. Toute en rondeur, la musique du duo Smallville, formé par l’impeccable Julius Steinhoff et le plus discret Dionne, est une ôde au cool, le vrai. La basse est confortable, vous pouvez vous laisser aller sans crainte. Le temps de la paresse est arrivé, à vous cette ambiance jazz lointaine. Salty Days déroule ses 9 titres avec une nonchalance folle. Les corps se laissent aller, la partouze alanguie peut commencer.

Salty Days est une escapade lancinante, prenant sa source dans la house old-school, le cool jazz et l’ambient évanescent. Le piano, souvent présent, n’est là que pour appuyer en douceur les hands claps permanent, pendant que les nappes ne sont qu’une partenaire de seconde zone. Il y a comme une atmosphère surannée qui échappe de ce Salty Days, une atmosphère où il fait bon se lover.

Bien qu’immédiat, cet album n’en demeure pas moins d’une rare intelligence. And You And You a la malice de laisser trainer interminablement sa nappe ambient en arrière-plan, maintenant l’auditeur dans un état semi-comatique. Beauclair se révèle deep jusqu’au point de non-retour, arrivant progressivement à flouter l’ossature du morceau avant d’en faire émerger la lumière. The Loon’s Groove est un rêve éveillé, un délectable trip sous une serre tropicale. Je m’arrête là même si chaque morceau mériterait une étude approfondie. Ajoutez à cela un son d’une pureté folle, une limpidité générale indécente, et vous aurez compris qu’il ne s’agit ni plus ni moins que d’un bijou.

Est-ce une surprise de retrouver Smallville à ce niveau ? Non. Arriver à maintenir une telle régularité dans l’excellence reste à saluer. La fournée 2012 du label est un album flirtant avec la perfection. Salty Days de Smallpeople fera bien plus qu’accompagner votre été, soyez en certain.

 

http://www.electrobuzz.net/wp-content/uploads/2012/06/00-smallpeople-salty_days_smallvillecd05-2012-electrobuzz.jpg

 

par B2B

Repost 0
Published by Chroniques électroniques - dans disque
commenter cet article
27 juin 2012 3 27 /06 /juin /2012 13:48

Sortie : 18 juin 2012

Label : Delsin

Genre : Techno, électro

Note : 7,5/10

 

Niels Luinenburg officie derrière les platines depuis une poignée d’années. Plus connu sous l'avatar de Delta Funktionen, le hollandais fait partie de ces DJ misant sur une techno sourde et mentale lors de leurs sets. Récemment, il a sorti Inertia, mix terrifiant, vortex annihilateur. Mais ce qui fait la marque de Delta Funktionen, c’est son entêtement à puiser dans l’esthétique sonore des 90’s, chipant autant dans la techno de Detroit que la house de Chicago. Après une pluie de maxis, logique de retrouver notre bonhomme derrière un album, un vrai.

Traces risque d’en rebuter plus d’un étant donné le parti pris résolument old-school de l’entreprise. Les plus jeunes d’entre vous risquent fort de trouver cet album complètement anachronique, si ce n’est daté, et d’ailleurs, il sera difficile de les contredire. Niels Lunienburg n’en a rien à foutre des codes en vigueur du milieu techno, il préfère les contourner, les pervertir, les malaxer, pour mieux les ignorer. Le résultat est autant atypique que fascinant.

On pense souvent à la tentative de Kraftwerk de rendre les émotions robotiques tangibles, à l’électro 80’s synthétique de Drexciya à Afrika Bambaataa et à la techno de Detroit,période UR. Alors non, ce n’était pas mieux avant (ceux qui disent cela sont des vieux cons de conservateurs) mais force est de reconnaître que le mixage de Traces rend honneur à ce temps perdu. La qualité sonore de l’album est sa principale force. L’absence de compression permet de distinguer le moindre claquement, le moindre beat. L'album vit littéralement entre vos oreilles.

Moins techno qu’on aurait pu le croire/vouloir, Traces développe principalement des motifs électro synthétiques à l’image d’Enter, reposant sur la modulation infinie d’un son acide (la mythique 303 est omniprésente) pour aboutir à l’abandon physique et mentale. Et là où aurait pu poindre rapidement une certaine lassitude, l’effet inverse se produit, aboutissant à une transe antique. Le fait de se reposer principalement sur des motifs simples et des variations acides transforment l’album en objet incontrôlable. On l’observe se mouvoir seul dans l’espace, totalement ahuri par cette absence de compromis comme le démontre les 10 minutes libératrices d’On A Distant Journey.

A côté de cela, le bougre de Niels réussit tout de même à sortir 3 titres techno consécutifs malins et rugueux. L’enchaînement de Redemption, Target et And If You Know permet de se retrouver pendant 20 minutes en pleine trip temporel. Cette fois-ci, l’ossature est actuelle et convoque les démons de la techno sourde et suffocante avant de brillamment mélanger les genres en introduisant les sempiternelles élucubrations acides.

Avec Traces, Delta Funktionen envoie chier la totalité de la scène techno, démontrant qu’un pont est possible entre les 90’s et 2012. Le pari était risqué, il le demeure. L’album risque fort d’en dérouter plus d’un mais le voyage temporel audacieux mérite largement le détour.

 

http://minimalistica.org/wp-content/uploads/2012/06/Delta-Funktionen-%E2%80%93-Traces.jpg

 

par B2B

Repost 0
Published by Chroniques électroniques - dans disque
commenter cet article
26 juin 2012 2 26 /06 /juin /2012 15:30

Lieu : Gaïté Lyrique

Date : 30 juin à 20h

 

Les apparitions du génie Ben Frost sont trop sporadiques pour être loupées en France. Encore plus quand il est accompagné de Roly Porter, auteur du génial Aftertime de l'année dernière, et du prometteur quartet français Insiden. Aux confins du drone, de l'ambient, du noise et de la musique contemporaine, le spectacle offert en configuration assise risque d'être littéralement "habitant" et habité. Il faut savoir saluer les rares salles parisiennes qui prennent des risques en proposant de véritables affiches culturelles. Merci donc à la Gaîté Lyrique. Ceux qui furent (ou qui le seront) bouleversés par les oeuvres Theory Of Machines et By The Throat peuvent encore acheter les quelques places encore disponibles. Ils peuvent aussi se rendre dans notre rubrique concours et ainsi tenter de gagner deux invitations pour la soirée. Nous y serons et vous proposerons un live report peu après. Chez Chroniques Electroniques, on sait gâter les oreilles avisées.

 

inparadisumref

Pour plus d'informations sur la soirée, cliquez ici.

Repost 0
Published by Chroniques électroniques - dans concert-soirée-festival
commenter cet article
26 juin 2012 2 26 /06 /juin /2012 02:05

Sortie : Mai 2012

Label : 12k

Genre : Musique concrète, Drone, Ambient

Note : 8,5/10

 

Simon Scott est un multi-instrumentiste quadragénaire établi à Cambridge. Sa vision de l'art sonore est le plus souvent maculée par sa sensibilité écologique et par la recherche des fusions électro-acoustiques. Si certains l'ont probablement connu sans le savoir au sein de Slowdive comme batteur entre 1990 et 1994, d'autres s'étonneront d'apprendre qu'il est celui qui dirige le méconnu mais excellent label Kesh. Ceux qui le suivent depuis longtemps se souviendront probablement de sa collaboration avec Dag Rosenqvist, et encore plus de ses deux albums chez Miasmah, label pourtant référence en matière de musiques sombres et dérangeantes. Reconnu à sa juste valeur par des pointures du genre comme The Caretaker, Tim Hecker, Lawrence English ou Library Tapes, Simon Scott a sorti le mois dernier son Below Sea Level sur 12k, propriété d'un certain Taylor Deupree.

 

Il existe un territoire à l'est de l'Angleterre qui se nomme les Fensland, les Fens pour les intimes. En dehors du fait que ce lieu est le paradis des carpistes et des pêcheurs de silures, sa principale particularité est de se situer en dessous du niveau de la mer. Inutile donc, de chercher de saugrenues explications à la signification du nom de baptême de l'album. Scott y a traîné quand il était môme, et a voulu retourner capturer la magie de l'endroit. Son oeuvre ne peut être qu'envisagée dans son enveloppe physique, accompagnée de son carnet de notes et de photographies, pour en saisir toute la démarche.

Les albums fêtant la beauté de Dame Nature à coup de field recordings plus ou moins bien captés pullulent en ce moment. Tant et tellement qu'on peut même perdre patience et intérêt envers la mare des naturalistes en herbe. De devenir aigri face à tant de productions estampillées Natures et Découvertes. Ou alors, il faut que ce soit bien fait, loin des clichés et des pseudos et faciles contraintes. Scott excelle dans l'exercice, avant tout dans son art de faire déborder les différentes couches de sons pour ensuite brouiller les champs visuels et auditifs, tel un aquarelliste virtuose.

Les accords de sa guitare trouvent toute leur profondeur dans leus aspects les plus dénudés, contrastant ainsi avec une réverb diluvienne et une multitude de traitements sur la matière brute. Car toute l'immense force de Below Sea Level est là. Dans le contraste et l'obsédante variation des textures. Dans la cohabitation des captures de pleine nature et les venteuses poussées numériques, et dans l'habile collision des matières analogiques, électriques et organiques. C'est sûrement lors du deuxième titre que la démarche acousmatique sera autant, et surtout si bien poussée. Même si la plus contemplative et plus dépouillée première pièce peut aussi prétendre à l'excellence. 

Mais c'est avant tout dans la manière de rendre terriblement riche une musique qui veut éviter toute surcharge que Scott se montre le plus convaincant. On pourra dire tout ce qu'on veut pour tenter de décrire l'oeuvre, sa sauvage puissance découle sans la moindre contestation des méthodes d'enregistrement extrêmement poussées. Pour évoquer la rupture, la faille temporelle entre les images que Scott a conservé de sa tendre enfance et la vision artistique lumineuse mais brumisée qui est la sienne aujourd'hui. Ses tableaux mouvants ne se connaissent pas de natures mortes, se chargent d'électricité statique et de bruit pas tout à fait blanc pour dérouter les oiseaux des cultures et du tracteur. Car même sans ses saisies de svelte coulis, de boite à musique d'une enfance trop vite passée, d'une moissonneuse et de vents contraires, Simon Scott manie l'épouvantail et le trompe l'oeil avec malice et génie. Son canevas abstrait de musique définitivement concrète déroule tout son enivrant mystère jusqu'à ce que la guitare faussement candide ne reprenne sa liberté de narrer. Des histoires de changements, de périodes évaporées face au progrès et à l'inaltérable roue du temps. La cinquième piste, ajoutera sons et images au vain propos. Même si les oiseaux sont les seuls spectateurs des mutations, de cette vision de re-fragmentation en un bloc des éléments. De cet aspect de corps, d'une extrémité d'aile à l'autre, qui n'existe que dans la pensée de celui qui écoute plus qu'il n'entend, pour ensuite se révéler dans ses aspects les plus palpables. Simplement fascinant.

 

Simon Scott réalise ici un chef d'oeuvre indispensable de musique exigeante. Une seule écoute au casque pour se faire piquer. Des centaines à venir pour y puiser d'innombrables trésors et détails cachés. Bien au delà d'une convenue recommandation. 

 

http://2.bp.blogspot.com/-q5HasoFDlV4/T9yINfXkGII/AAAAAAAAAQs/D6LUCKcqTzg/s1600/12k1071.jpg

par Ed Loxapac

Repost 0
Published by Chroniques électroniques - dans disque
commenter cet article