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18 septembre 2011 7 18 /09 /septembre /2011 14:47

Outre le fait d'être un garçon adorable, Access To Arasaka compte parmis les fers de lance d'une nouvelle scène IDM dont la frange américaine a depuis lontemps attesté de sa fertilité. L'auteur des chef-d'oeuvres que sont Oppidan (ici), void(); (ici) et Orbitus (ici) a accepté de se livrer à Chroniques Electroniques, avec un humour et une humilité infinis. Cette interview devait se passer entre New York (où j'étais cet été) et Rochester, où réside Robert Lioy. Mais le lieu approprié ne fut pas trouvé... et Paris/NY via skype c'est finalement très proche. 

 

(read the original version

 

Quelles ont été tes premières émotions musicales ? Avec quel type de musique as-tu grandi ?

 

Je ne saurais dire pourquoi mais quand j'étais enfant, la musique me faisait toujours imaginer certaines choses. L'une d'entre elles, dont je peux me souvenir précisément, s'apparente à un site de construction ou une pièce striée de bandes de lumière rouge venant d'un coucher de soleil traversant des stores. La connexion entre la musique capable de générer de images, des visions me semblaient incroyable. Je me souviens d'un moment, alors que j'étais très jeune, où j'étais allongé dans la cuisine essayant d'attraper un arc-en-ciel sur le sol. Ma mère était en train de faire la vaisselle et on écoutait la radio à ce moment-là. C'est l'un de mes plus lointains souvenir. Cet instant ne me lâche jamais. Toutes les choses alentours, l'idée même d'être un enfant mais c'est surtout la musique qui m'a profondément marqué. Puis j'ai grandi avec la musique des années 80's. Elle était réellement futuriste à l'époque, et elle l'est toujours. De nombreuses chansons comme Safe By Zero des Flecks m'apparait toujours comme quelque chose que l'on pourra écouter dans le futur.

 

Peux-tu nous parler de ton univers culturel, notamment de tes goûts littéraires et cinématographiques?

 

En terme de littérature, j'aime évidemment les œuvres cyberpunk mais je viens de finir enfin, de lire la série des Dark Tower de Stephen King, que j'ai trouvé fantastique. Je lis quasiment tout à la condition que ça soit bien écrit. En ce qui concerne le cinéma, j'admets adorer les films d'horreur. C'en est presque bizarre car la majeure partie de ma musique et tout le reste de ma vie sont plutôt communs et j'aime les films de science-fiction. A propos de films d'horreur, j'ai une préférence pour ceux qui développent une dimension psychologique, ceux de Jacob Ladder, Videodrome, même Silent Hill était franchement pas mal. Mais je reste amoureux des slasher des années 80's (sous-genre d'horreur ndlr), du genre de Les Griffres de la nuit (A Nightmare On Elm Street) et Vendredi 13...

 

                                       1303300046875 

 

Orbitus, ton dernier EP, révèle une dimension onirique, un certain apaisement dans le beatwork comme dans les émotions évoquées, qui tranche avec void(); l'album apocalyptique qui l'a précédé. Est-ce un choix délibéré ou quelque chose qui s'est imposé à toi ?

 

Ce fut un choix conscient et très délibéré. Le concept en réalité, derrière Orbitus ainsi que pour mon prochain album Geosynchron, est en quelque sorte inspiré par des séries de Richard K. Morgan, mais il est question en grande partie de mes propres désirs et de mes limitations personnelles. A vrai dire, c'était une création extrêmement personnelle pour moi. Une sorte de traitement par lequel je devais passer, simplement car c'est comme un recueil de rêves pris pour la réalité. En quelque sorte, l'expression de certaines angoisses qui m'envahissent à l'instant où je me réveille et je réalise que ma vie n'est pas vraiment ce que j'imaginais qu'elle serait 10 ans auparavant. Mais aussi comment il me serait possible de dépasser mes propres peurs pour m'efforcer d'aller vers quelque chose de substantiel, comme peut-être avoir du succès.  Pendant très longtemps j'ai gardé ma musique pour moi parce que j'avais peur que les gens la détestent. Je continue de retenir certaines choses et j'ai peur d'en essayer des nouvelles, j'ai peur de beaucoup de choses sans savoir vraiment pourquoi. Tout ceci parle de moi, essayant de gérer ces peurs et de les dépasser.

 

Dans l'IDM actuelle, ta façon de traiter la matière sonore est unique, immédiatement reconnaissable. Outre l'aspect spatial des mélodies, les rythmiques réfutent le sens classique du terme. Les bugs numériques ont trouvé dans tes compositions une véritable expression musicale. En es-tu conscient? Pourrais-tu l'expliquer?

 

Je pense que la raison pour laquelle il y a un contraste entre les atmosphères, les drums et tous les éléments de ma musique vient du fait que je crée des morceaux basés sur mes influences. J'adore Orbital donc je les garde souvent en mémoire au moment de produire des mélodies ou des atmosphères, mais en même temps, Autechre et Chris Clark sont d'immenses influences en ce qui concerne le travail rythmique. J'imagine que j'essaye juste, d'une façon ou d'une autre, de fondre toutes mes influences ensemble, ce qui produit ce son auquel tout le monde s'est habitué. Je ne peux pas m'en attribuer le mérite, tout ça c'est grâce à ceux que j'ai pu écouter depuis toujours, je ne fais que les copier (rires). Tu as parlé de « bugs numériques », effectivement j'aime beaucoup conserver les erreurs dans mes compositions. Cela sonne de façon plus honnête ainsi, par exemple s'il y a une distorsion accidentelle, car j'ai placé trop d'effets ou si je découpe des samples et qu'il y un « pop » à la fin, la plupart du temps je les garde parce ça coule en quelque sorte avec la musique et que même si ce n'est pas la cas, ça me paraît honnête, de la même façon qu'un peintre ferait une erreur...

 

Access+To+Arasaka+ata promo09

 

Ta musique m'a toujours évoqué des milieux spatiaux, futuristes. L'espace, le vide astral se retrouvent dans l'esthétique d'AtA. L'inconnu et le futur sont-ils des sources d'inspiration?

 

Ils le sont certainement. L'espace est une immense inspiration pour moi, je conduis souvent jusqu'au milieu de nulle part, je m'allonge à l'arrière de ma voiture pour regarder les étoiles et penser à la musique que je pourrais créer. En plus  du futurisme et de l'espace, je suis aussi très influencé par le temps et la nature, les orages et le vent. Pour je ne sais quelles raisons, quand il y a un orage j'ai juste envie de m'assoir et d'enregistrer, c'est tout ce dont j'ai envie.

 

Langage de programmation, hacking et base de données hantent les titres de tes morceaux, ton propre site... Considères-tu que l'informatique puisse intervenir autrement dans l'art que comme un simple outil ?

 

Oui, je pense que c'est complètement possible. L'entière idée du code et des langages de programmation m'attire depuis que je suis jeune. Le simple fait de l'observer m'évoque une sorte de joie inexplicable. Je sais que le point de vue d'un programmeur est proche de la création artistique. C'est peut-être un sens esthétique personnel qui s'exprime mais je pense qu'il existe une corrélation entre les deux.

 

Considères-tu ta musique comme romantique ?

 

Fucking hell... non je ne pense pas. Certaines de mes réalisations ont une idée romantique, mais ce qui touche au romantisme est pour moi tellement beau et pur... J'imagine que j'ai fait quelques chansons qu'on pourrait qualifier de romantique mais personnellement je ne le ferais pas. C'est principalement dû au fait que je ne considère pas ma musique comme exceptionnelle. C'est un jugement personnel bien sûr, mais dans mon esprit, je n'ai jamais composé de morceau un tant sois peu romantique au sens ou peut l'être une chanson comme Take Me Back de Subheim. Elle n'est que pur romantisme.

 

Access+To+Arasaka+access

 

Tu évoquais la profondeur et la dimension personnelle que tu as mis dans Orbitus. N'y a t-il pas là un aspect plus romantique que dans void(); par exemple?

 

En quelque sorte je suppose, void(); n'a pas le caractère introspectif d'Orbitus. L'idée même d'essayer de surmonter mes peurs a sous-tendue la réalisation d'Orbitus, par exemple le fait de ne pas être à la hauteur dans une relation sentimentale, et d'autres craintes de ce genre. Orbitus a été réellement composé pour moi. Je ne comptais pas le sortir, et puis Paul (Nielsen ndlr) de Tympanik m'a finalement convaincu de le faire.

 

On en connait le rendu sonore, mais en terme de concept, comment vois-tu l'application du cyberpunk à la musique?

 

Et bien, je pense qu'il y a différentes manières d'appliquer le cyberpunk à la musique. Il y a de la musique cyberpunk crée pour cet univers en particulier. Une bonne part de la musique heavy industrial aujourd'hui semble pouvoir être toujours écoutée dans quarante ans, lorsque les gens vivront dans un monde contrôlé par des robots ou quelque chose du genre. Je ne pense pas que ma propre musique ait une quelconque place dans une réalité cyberpunk. Il s'agit plus d'une interprétation cyberpunk pour moi-même, et pour mes contemporains. J'ai vraiment commencé à faire cela personnellement, quelque chose que des gens pourraient écouter en lisant William Gibson ou en jouant à un jeu-vidéo qui ait quelque chose à voir avec le futurisme. Je ne peux vraiment imaginer qui que ce soit écouter ma musique dans quarante ans.  

 

Tu es de loin l'un des artistes IDM majeurs aujourd'hui, et tu continues de sortir des Eps, parfois avec neuf titres, en téléchargement gratuit. Pourquoi ? Que penses-tu de la dématérialisation de la musique ? Comment rêverais-tu la situation de la musique aujourd'hui?

 

Je ne me vois certainement pas comme un artiste IDM majeur mais merci de dire cela. Et je ne sens vraiment pas que je le serais un jour, du moins dans mes propres yeux. Je pense toujours que j'ai encore énormément à apprendre, bien avant que je puisse un jour considérer cela. Mais j'ai débuté en souhaitant diffuser ma musique gratuitemment. Je n'aurais jamais pensé être signé sur un label, encore moins sur un label aussi incroyable que Tympanik. Donc à chaque fois que je sors quelque chose gratuitement maintenant, c'est un peu basé sur mon idée initiale de diffuser ma musique gratuitement, et en même temps, je pense que cela à voir avec le fait de dire merci aux gens. Ils mettent leur cœur et leur argent pour acheter quelque chose que j'ai crée, qui est une passion pour moi, que j'adore. Donc, le fait de m'assoir et de composer quelque chose d'autre à leur redonner échange me semble... je ne sais pas. Ca me semble être la moindre des choses. A propos de la deuxième partie de la question, je pense qu'il était attendu que la musique devienne digitale. Personnellement, j'aime les Cds et les disques physiques mais je comprends qu'il soit plus simple de tout avoir sur son ordinateur. Mais à cause de cela, du piratage, les choses deviennent incontrôlables. Maintenant que je suis sur Tympanik, Paul investit de l'argent car il croit en ce que je fais comme tout le monde dans le label, et je trouve injuste qu'il n'obtienne pas tout ce qu'il pourrait ou devrait à cause du piratage. Je ne suis pas sûr de la façon dont je rêverais la musique. Je pense que tant que je continue de faire mes propres disques et CDs, je serais heureux. Bon, si un nouveau format musical venait à apparaître, qu'il soit physique serait une bonne chose, pour je ne sais quelle raison, j'aime voir les discothèques chez les gens, cela me rend heureux.

 

Access+To+Arasaka

 

Que peux- tu dire à tes milliers de fans (et à moi) qui espèrent te voir un jour te produire en live?

 

Ah... que cela dépend complètement de ma chance de gagner au loto. Je n'ai jamais compté me produire en live donc tous mes investissements dans la scène musicale ont été dédiés à la production. Je n'ai même pas de laptop, c'est désolant! Donc, à moins que vous autres les gars, ne vous transportiez jusqu'à mon studio et acceptez de me voir debout sur une estrade avec un ghetto blaster à la main, ce ne sera pas pour tout de suite. Mais j'aimerais vraiment me produire sur scène.

 

Peux-tu nous parler de ton prochain album? La veine atmosphérique sera-t-elle davantage explorée?

 

Oui en quelque sorte. Il est clairement atmosphérique, c'est une sorte de prolongement d'Orbitus, mais le concept y est d'une certaine manière étoffé. J'imagine qu'il relève d'un point de vue plus mécanique, si cela a un sens. Il y a davantage de glitches, de sons surnaturels, je ne me suis pas tellement concentré sur des sonorités organiques. L'idée derrière Orbitus est basée sur des séries de Takeshi Kovacs (de Richard Morgan), Altered Carbon, Broken Angels et Woken Furies, et celui-ci également je pense. Il traite des humains s'acharnant à luter contre le passé. Son titre est Geosynchron et l'album étant achevé, il devrait sortir cet automne, avec un peu de chance, en octobre.

 

A quoi ressemblent tes projets à venir? Collaborations, écriture, vidéo? Peux-tu nous dire quelques mots sur ton projet artistique avec notre ami (et non moins talentueux) Timothée Mathelin aka shift. ?

 

Timothée, oui... Et bien on a cherché à construire un univers d'un genre clairement audio-visuel. J'ai crée des morceaux qu'il a interprété par le biais de ses artwork, et en même temps, il a crée de splendides travaux visuels que j'ai moi-même interprétés en musique. Donc je pense qu'on peut dire qu'il y a un artwork pour chaque musique mais on ne saura jamais vraiment ce qui a été crée en premier. Je suis particulièrement heureux de cette collaboration, principalement parce  que j'ai envie que tout le monde voit le travail qu'il a accomplit, c'est absolument incroyable. Cela va sortir bientôt, c'est quasiment fini. Il y a un autre projet qui s'est initié ces dernier jours mais je ne suis pas sûr que je puisse en parler... Je peux te dire que cela implique Erode, Dirk Geiger et moi-même. Nous sommes tous les trois en train de travailler ensemble mais je ne te dirai pas encore de quoi il s'agit.

 

http://idata.over-blog.com/2/47/16/19/manon/access-to-arasaka.jpg

 

Tu as toi-même étudié le design graphique. Existe-t-il selon toi, un lien entre cette discipline et les musiques expérimentales de type IDM?

 

D'une certaine façon, je pense que oui. Je suis souvent limité personnellement, mes créations visuelles sont restreintes parce que je ne suis pas assez compétent en modélisation 3D ou je n'ai pas de caméra pour les motions graphiques ou je n'arrive simplement pas à créer ce j'ai en tête. Mais l'IDM n'a aucune limite et j'ai l'impression de pouvoir faire absolument ce que je veux avec ça. Il n'y pas tellement de limitations, si ce n'est personnelles. Je pense qu'il existe une sorte de corrélation et j'essaye parfois d'appliquer à ma musique des règles qui sont propres au design graphique, tant que le résultat s'équilibre. Je suppose que la musique est presque une extension des créations visuelles pour moi, car je ne suis pas un expert, parfois il y a des choses que j'aurais envie d'être et que je ne peux pas, alors que la musique me le permet.

 

Est-ce qu'il y a une question que tu aurais aimé que je te pose ou un sujet que tu aurais aimé aborder ?

 

Robocop. (rires) Mais non, je n'en parlerai pas. Je parle de Robocop dans à peu près chaque interview donc on peut s'abstenir pour celle-ci.

 

 

Un grand merci à Robert Lioy pour son temps et sa sincérité.

propos recueillis par Manolito

Merci à FA

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Published by Chroniques électroniques - dans Interview
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commentaires

Rabbit 18/09/2011 23:46


Merci pour cette interview. En plus d'être pété de talent le bonhomme est effectivement touchant d'humilité...


Rick Larey 18/09/2011 20:38


Très bonne interview, très intéressant d'écouter, pardon, de lire le ressenti de cet artiste qui sort du lot.
Espérons le voir un jour sur scène...