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9 novembre 2010 2 09 /11 /novembre /2010 16:46

Date : 7 novembre 2010

Lieu : Maschinenfest, Turbinenhalle (Oberhausen)

 

Après trois jours d'errance dans les rues sinistres d'Oberhausen et de déflagrations soniques reçues au Maschinenfest, Nicolas Chevreux, boss du label Ad Noiseam, acceptait enfin de répondre favorablement à notre demande d'interview. Il demande à Manolito, quart féminin de Chroniques électroniques, si ce sera long. "Nan, pas plus d'un quart d'heure", lui répondit-elle. La diplomatie et le sens de la nuance de notre benjamine me laisse encore envieux à l'heure où j'écris ces lignes. Nicolas nous accordera en réalité plus d'une heure d'entretien. On se dirige backstage pour être plus tranquille. Là bas, Niveau Zero traîne son sourire reptilien tandis que Yann Faussurier (Izsoloscope) se restaure en compagnie d'une charmante amazone plus emo que cyberpunk.

 

Nicolas, peux-tu revenir tout d'abord sur ton parcours avant Ad Noiseam, et ce qui a motivé la création du label en Allemagne ?

Au début, j'ai débarqué dans le milieu de la musique dans les années 1990, avec une émission de radio que j'ai animé de 1995 à 1999 à Grenoble où j'étudiais. Ensuite, en 1998, j'ai créé un webzine que j'ai tenu jusqu'en 2002. Tout s'est toujours fait par étape. Je recevais plein de disques et de démos. j'ai eu un jour l'envie de publier une compilation avec des artistes pas encore très connus mais dont la musique me plaisait. C'était sans aucune ambition mais ça a plutôt bien marché. Jamais j'aurais pensé que, par la suite, je dirigerai un label dont le catalogue contiendrait plus de 130 disques. C'est donc rapidement devenu une activité à temps plein. Pour ce qui est de mon arrivée en Allemagne, ça n'a pas grand chose à voir avec la musique. J'avais étudié en France avant de bouger aux Etats-Unis. Ma copine était Allemande. Elle a voulu rentrer, je l'ai suivi et on s'est installé.

 

Malgré tout, y avait sans doute à l'époque un auditoire plus large en Allemagne pour ce genre de sons ?

C'est sans doute vrai avec le recul, mais j'en n'avais pas du tout conscience à ce moment là. En fait, Ad Noiseam a vu le jour après mon arrivée à Berlin. C'est vrai que si j'avais déménagé ailleurs, le label n'aurait peut-être pas eu le même succès ou n'aurait même peut-être jamais existé.

 

En France ça aurait peut-être marché autrement ?

C'est vrai que je vends aujourd'hui plus de disques en France qu'au départ. Je dirais même que c'est un pays où je vends pas mal, contrairement à l'Italie et l'Espagne où c'est le néant. Sans même parler de l'Afrique ou l'Amérique du Sud. Je ne dirais pas que Ad Noiseam est connu en France, contrairement aux artistes français signés sur le label qui eux, le sont. Je vends pas mal de disques en Europe de l'Est aussi mais c'est assez nouveau. Avant, c'était des pays où les gens n'avaient vraiment pas de thunes. A ce niveau là, Paypal et Internet ont remis les pendules à l'heure. C'est surtout en Russie, en Pologne, en Hongrie ou en Roumanie que ça marche bien. Les pays où il existe une scène électronique, même émergente.

 

Comment tu juges aujourd'hui l'évolution des musiques électroniques underground ?

Je dirais que ça bosse pas mal, que des choses intéressantes s'y font même si le terme underground ne m'apparaît plus adapté. Plus particulièrement pour le breakcore, l'EBM ou le power noise qui sont des scènes qui ont explosé il y a déjà un bon moment. C'est l'explosion du dubstep il y a cinq ans en Angleterre qui a réellement changé la donne. Mais ça c'est pareil, ça n'a plus rien d'underground aujourd'hui. Quand tu vois qu'un des membres de Skream a posé avec le Prince Harry... Clairement, y a pas eu de courant depuis trois ou quatre ans qui peut se réclamer de l'underground et qui m'a mis sur le cul.

 

Peut-être que dans les sphères plus expérimentales, y a un carcan autistique qui n'a pas encore sauté ?

Oui c'est vrai. Y a aussi une certaine complaisance dans certaines micro-scènes à ne pas trop aller entendre ce qui se passe autour. Y a eu l'explosion du power noise il y a 12 ou 13 ans, du breakcore il y a 7 ou 8 ans. Mais clairement, une nouvelle explosion underground, je ne vois pas, là maintenant, d'où ça pourrait venir.

 

Après, sur le terme "underground", je l'employais moins par rapport à l'aspect commercial ou visible, mais plus en terme d'état d'esprit ou même par rapport aux modes de "consommation" de la musique. On ne peut vraiment pas comparer les récents "travaux" de Rusko ou de Skream avec ceux de Matta ou de Hecq (sortis dur Ad Noiseam). Peut-être que c'est lié à l'âge aussi, les jeunes se prennent des caries en écoutant des sucreries putassières tandis que les auditeurs de Hecq sont plus des trentenaires qui ont une approche différente de la musique.

Pas sûr, pas forcément. Après, sur le côté commercial, c'est sûr qu'à la Fnac, tu vas trouver beaucoup de merde comme le dernier Rusko. D'ailleurs on peut le dire, Rusko c'est de la merde. Mais c'est tellement moins de la merde que Magnetic Man et tout un tas d'autres trucs.

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Comme quand t'écoutes la musique de Major Lazer ou de Diplo, on peut même dire qu'on est dans la vulgarisation pure et simple...

Oui c'est clair. Mais tu sais, c'est aussi valable pour la drum & bass. Moi j'ai choisi de sortir DJ Hidden et pas... des trucs que je ne citerai pas.

 

L'année dernière, le label grec Spectraliquid a fermé ses portes. Cette année, on dit que Jarring Effects est en grande difficulté. Qu'en est-il de Ad Noiseam ?

Pour Jarring Effects je sais pas, je ne pense pas qu'on puisse dire ça. Je les connais bien, je suis allé au lycée avec deux des mecs qui sont à la base du truc. C'est des mecs supers qui font un boulot énorme. je pense qu'ils vont s'en sortir. Parce que comme Ad Noiseam ou Ant-Zen, Jarring Effects a une vraie histoire et un catalogue très important. C'est sûr que si on avait commencé il y a deux ans ou aujourd'hui, ça aurait pas été la même histoire. C'est à ces difficultés là que se sont heurtés les gens de Spectraliquid. Pour ce qui est d'Ad Noiseam, cette année ça va plutôt bien, mais en 2008 et 2009 c'était l'horreur.

De toute façon, dans la musique underground, tu vends surtout du son à des gens qui n'ont pas de thunes, des gens qui vivent avec le RSA où l'équivalent allemand, qui ont des petits boulots. Y avait aussi les gens qui dépensaient 50 à 100 euros par mois dans la musique et qui, depuis la crise et la perte de leur job, n'achètent plus que trois ou quatre albums dans l'année. On a été vraiment victimes de la crise. De trucs financiers qui nous dépassent complètement. Si t'ajoutes à ça l'explosion du mp3, du piratage et de l'extrême multiplication des sorties, le constat est clair : ça devient très dur parce que les gens n'achètent plus de disques.

 

Il y a aussi tout un jeune public qui n'a pas été éduqué, qui ne ressent plus le besoin de se déplacer chez les disquaires pour palper et sentir les disques.

N : Ouais il y a de ça. Moi je préfère les formats physiques, surtout le vinyle, mais je vends aussi du mp3 dont les recettes profitent également au label et aux artistes. Le vrai problème avec le jeune public d'Europe occidentale, c'est qu'il s'est pris en pleine gueule la musique en tant que produit dérivé du merchandising. Que les jeunes privilégient le mp3 c'est pas le problème en fait. Mais maintenant on constate que les jeunes privilégient le style de vie qui va avec, que la musique en tant que telle. Pourquoi Ed Banger est devenu si gros ? C'est sûrement pas parce que leur musique est bonne. C'est surtout parce qu'ils ont réussi à vendre de l'image, une mode et ses produits dérivés.

C'est marrant parce que je me suis retrouvé à faire du merchandising une fois, dans mon magasin (Dense Berlin). On avait organisé un concert de Justice. Tous les jeunes fluos qui étaient là n'en avaient rien à foutre des disques. Pourtant j'en avais plein à leur vendre. Ils ne voulaient que les pin's et les T-shirts. C'est surtout un problème de curiosité envers la musique. Maintenant ce que veulent les gens c'est la sonnerie de Justice sur leur téléphone, des clips surdiffusés et une licence globale de distribution de la musique. C'est le contraire en Europe de l'Est car toute cette profusion n'existait pas là bas il y a pas encore si longtemps. Ils sont plus curieux et ont un rapport plus artistique à la musique. Là où le côté "marque" prend le dessus sur l'artistique, il y a un fléchissement des ventes. Bien sûr tu vas me dire qu'Ad noiseam est une marque aussi, mais j'ai jamais vendu d'autocollants de ma vie. Je dis pas que ça n'arrivera jamais, mais ça me ferait chier.

 

Comment tu justifies l'importante orientation dubstep sur le label cette année ?

Vu qu'Ad noiseam est mon label, que j'ai construit tout seul et que j'y fais tout, l'orientation se fait essentiellement en fonction de mes goûts. J'écoute chaque projet au moins 100 fois avant de le sortir. Même si je sais que ça peut bien se vendre mais que je m'emmerde, que ça ne me plaît pas, je ne le sors pas. Oui c'est plus dubstep parce que, je répète, je trouve que c'est ce qu'il y a de plus intéressant, de plus innovant en ce moment. Mais si dans un an je reçois des trucs aussi intéressants que Subheim, je les sortirai sans problèmes. Après, il ne faut pas que ça paraisse plus capitaliste que ça ne l'est ce que je vais dire... mais je pense qu'actuellement, il est plus facile de vendre du dubstep qu'autre chose. A qualité égale, je préfère vendre du dubstep qu'un bon truc plus expérimental mais qui pourrait me foutre à terre financièrement. J'ai un loyer à payer. En même temps, je n'ai jamais sorti de disques de Rusko, ce qui prouve que l'aspect commercial n'est pas si prépondérant que ça. Sinon, on serait pas là à en parler. Je me taperais des montagnes de coke à Hollywood.

 

Hors ADN, est-ce que tu peux citer quatre ou cinq disques qui t'ont plu cette année ?

Ouais même si je trouve que 2010 n'est pour l'instant pas une année exceptionnelle. Il y a eu un très bon album de Lorn, Nothing Else sur Brainfeeder. Celui-là je l'ai vraiment aimé. Dans un registre très différent, j'ai beaucoup aimé l'album black metal de Celeste, Ame Morte. C'est un groupe français et c'est carrément bien. Le Vex'd est très très bien aussi. Il y a aussi un label belge qui a ressorti des tiroirs un vieil album de Jean-Jacques Perrey. Donc tu vois, ça passe du black metal au moog... le chanteur de Third Eye Foundation, Matt Elliott , fait aussi des trucs géniaux en solo. Voilà, ça, ça fait vraiment partie des disques que j'emmènerais sur une île déserte. Cette année, j'attends encore le truc qui va me mettre une grosse claque. Par contre, il y a des trucs qui m'ont vraiment fait chier, plus particulièrement les derniers Flying Lotus et PVT. Pour le dernier, j'ai halluciné, je croyais même m'être trompé de disques. C'est quand même une sale année pour Warp.

 

Et justement, y a pas un artiste ou un groupe que tu rêverais de signer ?

Si les Beastie Boys m'envoyaient une démo, je crois qu'on pourrait s'entendre. J'ai eu la chance de bosser avec des gens que j'avais beaucoup idolâtré, comme Dälek ou Black Lung. Ah oui, et puis j'aimerais bien sortir un album de Lustmord un jour.

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Est-ce que tu peux nous dire quelques mots sur les quatre albums qui sortent ces jours-ci ?

D'abord il y a l'album du français Igorrr, du baroquecore avec des influences de musiques de 17e siècle, des voix d'opéras, des voix metal, c'est extrêmement cassé comme truc. Je m'entends parler et je me dis que ça ne doit pas donner du tout envie. Mais c'est très bon comme truc, le mec est ingénieur du son, c'est super ludique. Il y a l'album de Subheim, projet grec récemment installé à Londres. Electronique mais très orchestral, organique et très acoustique avec beaucoup de chants féminins aussi. C'est un peu pour moi la suite logique de l'album des Killimanjaro Darkjazz Ensemble que j'avais sorti l'année dernière, en plus lourd et moins trip-hop.

L'album de Black Lung, un mec qui fait de la musique depuis plus de 20 ans et qui vie dans le désert en Australie. C'est de l'electronica, industrielle avec un côté techno et un aspect western. C'est très ludique aussi. Y a plein de photos de chaire morte pour ceux que ça branche. C'est un ovni intemporel cet album là. Et pour finir, y a le disque de Matta, c'est pas vraiment un album, ça compile les deux vinyles déjà sortis, le remix de Hecq et trois inédits.

 

Dernière question, peux tu nous dire ce que représente pour toi le Maschinenfest, artistiquement et économiquement ?

Socialement tout d'abord, je trouve qu'il y règne une ambiance conviviale et familiale. Les gens ici sont vraiment gentils. Musicalement, je n'aime pas tout, comme tout ce qui est noise dont je suis maintenant un peu revenu. Cela me donne aussi l'occasion de donner un coup de projecteur sur des artistes signés chez moi, comme Matta, Subheim et Niveau Zero. Economiquement, faut le reconnaître, je me fais du blé. Les gens ici sont super ouverts. Même si c'est des puristes de l'Indus, tu leur balances du Matta et ils achètent tous les disques que j'ai en stock. C'est marrant car ils pensent tous que Matta ou DJ Hidden font du breakcore, comme un peu tout ce qui sort pour eux de l'éternel format 4X4.

 

Il est désormais temps pour Nicolas de rejoindre sa copine, seule face aux hordes de gothiques et de soldats de l'Indus qui veulent acheter l'album de Niveau Zero. Remercions-le encore du précieux temps qu'il nous a offert, en toute gentillesse et en toute humilité.

 

propos recueillis par Ed Loxapac et Manolito

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15 juillet 2010 4 15 /07 /juillet /2010 16:25

Auteur d'un premier album (chroniqué ici) qui nous a captivé, le producteur de Chicago Lorn nous présente son expérience musicale, sa musique et ses projets. Bienvenu dans son monde bien barré...

 

Peux-tu nous préciser ta formation musicale et tes travaux avant l'album Nothing Else ?

C'est un long processus. Je fais de la musique depuis que j'ai 14 ans. J'ai commencé en faisant juste des beats et quand j'ai eu 15 ans j'ai sorti une première autoproduction baptisée Tanks 4 Tots. J'ai ensuite commencé à expérimenter les arrangements et un niveau plus profond de production avec 7&13 EP. Puis est venu la première sortie vinyle, Grief Machine, qui m'a propulsé dans l'apprentissage du piano et l'expérimentation plus poussée avec les arrangements.

 

Comment t'es-tu connecté avec Brainfeeder ?

Flying Lotus avait simplement entendu une version précédente du titre Tomorrow présent sur Nothing Else et m'a contacté car il était intéressé pour entendre plus de ma musique. Nous avons commencé à dialoguer et après s'être rencontré pour mon concert à Low End Theory, il m'a invité à rejoindre Brainfeeder pour sortir un album. Je n'ai pas eu de nouvelles depuis...

 

Quelles sont tes influences sur cet album ?

De la musique classique, du métal, du drone, de l'électro, de l'IDM, du funk, du R&B... tellement de choses. J'écoute et je fais beaucoup de musique, il n'est donc pas facile de désigner ce qui m'a inspiré plus particulièrement. Come To Daddy d'Aphex Twin m'a toutefois vraiment ouvert le crâne et a été mon introduction à la musique électronique moderne. Cela résonne toujours en moi et je peux dire que son influence initiale peut s'entendre sur mon album.

 

Comment travailles-tu et avec quel équipement ?

J'utilise Logic Pro et pas mal de plugs in sur différents ordinateurs. Logic est toujours ouvert, mais je n'ai pas vraiment de méthode pour composer. Parfois je commence avec des mélodies, des cordes, des batteries, du chant. Je démarre sur ce qui m'intéresse sur le moment et je regarde où cela me mène. Typiquement, cinq ou six projets sont ouverts en même temps et je passe de l'un à l'autre car pas mal sont reliés. Parfois, j'ai trop bu et je tombe endormi pour me réveiller au milieu d'un tas d'ordures, des trucs que je ne me rappelle pas avoir faits, des choses que j'aime et d'autres qui n'ont absolument aucun sens.

 

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Chacun peut imaginer une histoire avec ta musique, quelle est la tienne ? Y a-t-il un message ?

Oui, mais c'est difficile à dire. Une grande partie de ma musique vient d'endroits que je ne saisis pas encore ou que je comprends tout à fait. Par exemple, sur le morceau None An Island, je me suis réveillé une nuit au milieu d'un rêve : j'étais sur un petit ferry qui se dirigeait vers une île. Quand je suis arrivé, les autres sont repartis sans moi et je marchais dans un escalier en spirale dans un château de pierres noires avec de nombreuses pièces. Je montais jusqu'au sommet où je croisais un homme mort qui jouait de l'orgue devant une fenêtre qui donnait sur un océan sans fin. Je n'ai toujours pas capté le sens de ce rêve, mais j'ai entendu la mélodie dans mon rêve et j'ai travaillé à recréer à la fois la scène et l'expérience que j'aie vécu.

 

Ta musique est-elle aussi noire que la pochette de l'album ?

Je voulais que la pochette soit toute noire, sans indication sur ce que c'était. Cela ne voulait pas signifier quelque chose de sombre, je ne voulais seulement pas capter le regard des gens avec quelque chose de flashy. Aussi profonde soit ma musique, je ne dirais par qu'elle est sombre non plus. Très égoïstement, je vais au plus profond de moi-même et de ma psyché pour découvrir des choses brûlées ou inconnues. Depuis le début des temps, le rythme et la musique ont sorti des choses des gens, électronique ou pas, j'essaie de faire ça aussi.

 

Comment vas-tu transposer ta musique en concert ?

En attendant de former un orchestre, je ferai les concerts seul en jouant de la batterie et en travaillant les cordes et les mélodies avec un contrôleur MIDI en gérant les effets et en utilisant ma voix.

 

As-tu déjà un nouveau projet ?

Je travaille actuellement avec mon ami de longue date Adoptahighway avec Omega Clash, mais seulement entre les remixs, les voyages, les concerts et le travail sur mon prochain album. Avec Nothing Else, je pense avoir éclairé quelque chose, mais maintenant il est temps de retirer tous les stops, d'affronter des peurs plus grandes, de prendre des grands risques personnels et de créer quelque chose de grand ou de très pénible.

 

propos recueillis par Tahiti Raph

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11 juin 2010 5 11 /06 /juin /2010 18:40

En septembre, le label anglais Ninja Tune aura 20 ans et, à l'image de ce que Warp a fait l'an passé, prépare différents événements pour cette célébration qui a déjà commencé sur Internet avec de nombreux mixs et morceaux à télécharger sur une page dédiée à ce 20e anniversaire. En attendant de voir Andreya Triana, The Cinematic Orchestra, Bonobo, DJ Vadim, Mr Scruff, Roots Manuva, The Herbaliser, Amon Tobin, Kid Koala, Daedelus, Coldcut, etc. à Paris à la rentrée, Matt Black, fondateur du label et toujours actif avec le groupe Coldcut, nous présente le dispositif et fait le bilan de ces 20 années.

 

Pourquoi avoir créé le label il y a 20 ans ?

C'était une réaction par rapport à la « corporate music » environnante, nous nous sentions piégés et Ninja était un moyen de nous échapper. Nous voulions créer une identité différente dans le milieu musical avec de l'expérimentation plutôt que des chansons pop. Nous voulions explorer de nouvelles directions et redevenir indépendants après avoir créé un premier label, Ahead of our time, pour lequel nous travaillions avec une maison de disque qui nous a bien niquée.

 

Le label a vécu et créé des subdivisions comme Big Dada, pourquoi ?

Big Dada était l'idée d'une personne de l'équipe qui voulait lancer un label de rap anglais, ce qui nous a semblé être une bonne initiative à soutenir. Nous avons réalisé que la perception des gens nécessite parfois de packager les choses. Nous ne jetons pas certains styles à l'extérieur du label, mais nous les présentons de manière intelligente.

 

Comment avez-vous choisi les artistes sortis sur Ninja Tune ?

Ce sont plutôt les artistes qui nous ont choisis. Nous en avons d'abord attiré certains qui faisaient des musiques originales pour l'époque, comme du abstract hip-hop. Et depuis, c'est le « nez » Ninja qui permet de trouver les nouveaux membres. Ce sont généralement des amis avec qui les choses se font naturellement. Un membre de Ninja peut être n'importe qui. Ce n'est pas à quoi tu ressembles qui importe, mais quelles sont tes connexions et d'exprimer ta personnalité dans la musique. Il n'y a pas de son Ninja. N'importe qui est un génie en étant lui-même.

 

Une des marques de continuité du label est l'existence de Solid Steel. Comment se situent soirées et podcast sous cette étiquette ?

C'est la radio de Ninja Tune. La radio est un bon média pour faire partager de la musique. C'est un espace libre, une grosse force du label. Solid Steel a évolué, pris sa propre identité, avec plus d'invités tandis que Coldcut s'en désengageait. Nous avons trois millions de téléchargements pour le podcast. C'est une part du label qui regroupe à l'origine pas mal de DJ.

 

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Plusieurs événements sont prévus pour les 20 ans, notamment cinq concerts en France, pouvez-vous nous les présenter ?

Il y aura tout d'abord la XX Box Set, une démarche habituelle pour les anniversaires des labels, mais nous trouvions ennuyeux de mettre des morceaux passés ou actuels. Nous avons donc fait la sélection sur le concept de « futurespective », avec de nouveaux artistes comme Rusty ou Flying Lotus qui produisent de nouveaux titres, tout en restant connectés avec Ninja.

Nous organisons aussi en septembre et octobre prochains des soirées un peu partout dans le monde [Londres, Berlin, Montréal, Bruxelles, Paris, NDLR] et notamment cinq à Paris, plus que dans les autres villes. La France est le territoire qui nous reçoit le mieux, là où on nous montre le plus d'amour, nous voulions donc lui rendre cet amour. Pour cet anniversaire, la devise est : nous sommes encore en vie, célébrons ! Il n'y a pas tellement de label qui ont survécu aussi longtemps...

 

Qu'avez-vous changé avec la révolution numérique et à la crise du disque ?

Nous nous sommes adaptés, et cela a été douloureux. C'est pour cela que nous sommes encore là. L'intelligence permet de survivre. Coldcut était dans le multimédia et notre premier label avait un site Internet. Cela nous a permis de mieux comprendre le paysage du divertissement. Nous nous sommes aussi améliorés dans la manière de gérer notre business. C'est dur, mais c'est l'évolution.

 

Quels sont les projets après l'anniversaire ?

Cet anniversaire est quelque chose d'important et qui nous a demandé beaucoup d'énergie. Nous continuerons ensuite le « Project for the Ninja century » qui doit aboutir à la domination du monde par tous les moyens. Nous voulons faire péter les esprits par notre musique et notre amour.

 

On pourrait reprocher à Ninja Tune de ne pas beaucoup se renouveler et de s'appuyer surtout sur ses membres historiques, qu'en pensez-vous ?

Pour l'anniversaire, nous ne faisons pas une compilation des meilleurs morceaux et regardez le programme des soirées et surtout celui de la XX Box, ce sont des nouveaux artistes ! Il y a aussi du sang frais avec le label de Flying Lotus, Brainfeeder, qui est en licence chez nous.

propos recueillis par Raphaël Richard

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21 mai 2010 5 21 /05 /mai /2010 16:48

Il s'était fait remarquer à la production du premier album de Psykick Lyrikah en 2004 (Des Lumières Sous La Pluie) et puis on l'avait un peu perdu de vue. Mr. teddybear revient avec un album solo, Huis-Clos (chroniqué ici), qui nous a donné envie de parler musique avec lui... A l'heure de la rencontre, il nous parle avec une grande humilité de son parcours et de son activité avec Dezordr Records.

 

Pour commencer, peux-tu nous raconter comment tu es tombé dans la musique ?

Je fais du son depuis que je suis adolescent, je n'avais ni projet, ni vraiment d'ambition au départ. J'ai bougé à Rennes pour mes études en 2000 et j'ai commencé à coanimer une émission de radio sur Radio campus Rennes. Je passais surtout de l'abstract hip-hop, un peu de post-rock ou des musiques de film et mon collègue des musiques plus extrêmes. On se rejoignait sur la drum'n bass. Au milieu de la playlist on balançait nos morceaux... ce qui a amené Arm [MC de Psykick Lyrikah] à me contacter. Nous avons beaucoup discuté musique. Nous avions pas mal d'influences communes.

 

De là débute l'aventure du groupe ?

Nous avons effectivement sorti une première mixtape en 2002, Lyrikal Tecknik, car on avait envie de concrétiser nos projets. Lors d'un concert, nous avons été remarqués par le label Idwet qui voulait sortir notre tape en CD. Ils l'ont finalement distribué sur un CD-R avec des titres en concert en plus. On est ensuite parti sur un album car nous avions plein de matière. Des lumières sous la pluie est sorti en 2004 et il a fait l'objet d'un gros gros buzz un peu étonnant. On fait pas mal de concert dont le festival Panoramas qui était notre première grosse date. On a joué avant Rubin Steiner qui a bien aimé et qui a décidé de nous aider. Puis nous avons fait les Transmusicales et on a eu un très bon article dans Les Inrocks... le truc est parti.

 

Et pourtant tu as choisi une autre voie ?

Je suis parti à Paris pour le boulot, ce qui a un peu cassé le délire. Une fois l'album sorti, j'avais http://i160.photobucket.com/albums/t180/dezordr/Huis_clos.jpgl'impression d'avoir fait le boulot. Je voyais la sortie d'un album comme un acte égoïste. Je n'étais pas prêt à aller sur scène, je ne comprenais pas la substance du live. Je suis beatmaker donc ma présence sur scène était un peu une arnaque. Ca n'a pas été facile. Arm s'en occupait plus et voulait se lancer à fond dans la musique alors que je préfère faire ça artisanalement, à côté d'un travail. Je trouve que ça solidifie ce que je fais et apprend l'humilité. Ca c'est donc un peu effiloché. Mais Psykick était un projet suffisamment solide pour tenir. Arm a donc continué avec le guitariste Olivier Mellano qui était déjà sur le premier disque.

 

Après ces années dans l'ombre, pourquoi revenir avec un album solo ?

Depuis longtemps j'avais envie de faire un album "bullaire", d'ambient. Il y a deux ans, j'ai fait un grand ménage dans mes archives et je me suis aperçu que j'avais cet album. C'est pour cela que l'on retrouve sur Huis-Clos des morceaux qui datent d'il y a plus de dix ans. Ca c'est donc fait un peu tout seul. Il y a peu de morceaux, mais c'est cohérent. Il m'a fallu tout ce temps pour trouver le fil rouge. Toutefois, j'ai rebossé pas mal dessus. J'ai ajouté des sons, modifié des structures, refait des prises avec des musiciens. J'avais une envie un peu floue au départ, je ne savais pas trop ce que ça donnerait. Mon univers est noir et tendu mais il n'y a pas que ça. Je ne voulais pas tomber dans la complaisance du mec torturé.

 

Comment travailles-tu et quelles sont tes influences ?

J'accumule les sons, les samples. Je bosse un peu comme un peintre, touche par touche. J'avais à l'origine une démarche très mentale, maintenant un peu moins. Je travaille avec un clavier midi, une MPC 1.000 et un ordinateur. J'aime l'aspect narratif de la musique. C'est ma manière de dire les choses vu que je ne chante pas. Je guide de cette manière. La musique parle suffisamment. Quand tu es trop personnel, il y a une confusion, un déséquilibre entre ce que tu es et ce que tu fais. Comme les auditeurs ne connaissent pas ta vie, ils se font leur propre voyage.

Le deuxième album de Set Fire To Flames m'a inspiré. C'est un collectif de 13 musiciens [notamment de Godspeed You! Black Emperor, NDLR] qui pour l'enregistrement s'étaient enfermés une semaine dans une ferme et ont laissé tourner la magnéto en permanence. On est dans le narratif complet, avec seulement des bruits de porte à certains moments.

 

Le label sur lequel sort l'album, Dezordr records, est en fait un collectif de musicien (Audioclockers, K2C, Dtracks, etc.) auquel tu participes ?

Le label est né sur les cendres de Kamasoundtracks, j'ai pris le train en route il y a deux-trois ans. Nous sortons pas mal de choses et notamment des compilations en téléchargement gratuit d'artistes que nous repérons sur Internet. Nous mettons aussi quelques-unes de nos productions. Un concept monté pour se faire plaisir. On essaie d'en sortir une ou deux par an, un rythme qui laisse le temps de laisser mûrir les choses, d'avoir de la cohérence. Et puis nous publions aussi des albums payants, ceux des membres du label car chacun a un projet à lui. Nous avons aussi actuellement un projet qui s'appelle pour l'instant "versus" et qui devrait déboucher sur une série de vinyles de collaboration entre les mecs du label.

 

propos recueillis par Tahiti Raph

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12 mai 2010 3 12 /05 /mai /2010 23:27

Un soir d'avril 2003, le Batofar laisse sa porte ouverte à un projet de Laurent de Wilde. Le pianiste de jazz, qui invite Laurent Garnier à faire le warm-up (puis à jouer avec lui bien plus tard), s'entoure de jeunes musiciens qui ne voient pas de frontières entre les styles. Ils offrent donc aux spectateurs une nuit d'ivresse musicale indéfinissable. Au saxophone et aux machines opère Gaël Horellou. Le Normand d'origine a alors déjà derrière lui un certain nombre d'expériences, et déjà trois ans auprès de de Wilde. Et comme il ne tient pas en place, il est toujours extrêmement actif, que ce soit avec son quartet dans une veine très jazz, en solo sous pseudo Dual Snake avec ses machines et un son beaucoup plus électronique, ou un peu au milieu de tout ça. Avant de jouer le 14 mai au festival Jazz sous les Pommiers à Coutances et le 31 mai au Batofar, il fait le point avec nous sur tous ses travaux.

 

Peux-tu tout d'abord nous présenter tes différents projets et leur actualité ?

Je viens de réaliser deux disques de jazz. Le premier avec le trio Segment qui sort sur Petit label ces jours ci et sur lequel je suis accompagné de Philippe Soirat à la batterie et de Geraud Portal à la contrebasse. Nous jouons des standards et des compos enregistrés live en Espagne. Le second disque est en sextet avec encore Philippe Soirat et Geraud Portal, mais aussi Etienne Desconfins, David Sauzee et Michael Joussain. Il n'y a pas de sortie prévue pour l'instant, mais la musique - des compos arrangées par mes soins - est super.

Je prépare également un nouvel album de Cosmik Connection (projet électro drum’n jazz lancé en 1997), intitulé Atomik, qui sera distribué en ligne. Je travaille à finaliser le disque de mon concept solo, du saxophone et des machines, qui sortira également sur Petit label. Enfin, à venir de la musique électronique "pure" avec des nouveaux morceaux de Dual Snake.


Peux-tu présenter sous quelle forme tu joueras le 14 mai à Jazz sous les pommiers et ce qui est prévu le 31 mai au Batofar ?

A Coutances, je jouerai en trio sax- contrebasse-batterie avec Philippe Soirat et Yoni Zelnick à la contrebasse. Au Batofar, ce sera une soirée du label DTC et je jouerai, le même soir que Laurent de Wilde et Pushy!, des morceaux de mon projet solo dans un style électro planant psyché-ambient.

 

GHorellou

Selon les projets, tu passes du jazz à la musique électronique. Quel a été ton parcours, tes influences dans les deux styles ?

Pour le jazz, mes premiers gros kiffs quand j'avais 10/12 ans ont été Sidney Bechet, Charlie Parker, Coleman Hawkins, etc. le jazz classique ! J'ai aussi reçu une éducation musicale de fils de hippie à base de rock progressif, de reggae, de rythm'n'blues, de soul, de musique répétitive, etc. Je n'ai vraiment rencontré la musique electronique que vers 22 ans avec la vague free party et la déferlante jungle/drum'n'bass à partir de 1997.


Comment as-tu commencé à mélanger machine et saxophone ?

En jouant du sax dans des soirées drum ou des afters. Puis, avec le groupe Cosmik Connection, l'idée était de pouvoir passer après un DJ avec un groupe live, un défi au niveau du son et de l'intensité. Ce projet a eu plusieurs moutures avant de se stabiliser avec Jérémie Picard en trio batterie-sax-chant et machines. Nous avons fait de grosses tournées de 1998 à 2002 environ.

 

Le plaisir de jouer du saxophone et de programmer des machines, en studio et en concert, est-il différent ?

Programmer de la musique est un plaisir de compositeur. Jouer du saxophone en live a une dimension physique et interactive, ce n'est pas du tout le même travail.

 

De même, quel plaisir à être seul en scène avec des machines ou en groupe ?

Le plaisir de jouer en groupe est la magie de l'interactivité. Etre seul relève plus d'un voyage introspectif.

 

 

Propos recueillis par Tahiti Raph

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11 janvier 2010 1 11 /01 /janvier /2010 11:02
Alors que le nouvel album de Massive Attack, baptisé Heligoland (chroniqué ici), sort en février 2010, Chroniques électroniques a rencontré Daddy G (à droite sur la photo). Une interview publiée en deux parties (lire la 1ère partie) et dont la seconde permet d'aborder ce nouveau disque et la manière dont il a été conçu.

Pourquoi a-t-il fallu attendre six ans entre 100th Window et Heligoland, qui devait à l'origine s'appeler Weather Underground ?

Pendant ces six années, nous avons beaucoup tourné, notamment de 2004 à 2006 puis de nouveau après 2008 et la création du festival Meltdown qui nous a demandé aussi beaucoup de temps. J'ai continué à faire le DJ tandis que 3D enregistrait une bande originale de film (Danny The Dog, 2005, NDLR). Nous avons beaucoup travaillé, notamment avec l'enregistrement de différents éléments de l'album qui était prêt dès septembre 2008 dans une première version. Mais nous sommes repartis en tournée et lassés de certains titres. Un retour en studio s'imposait donc pour remettre à plat certains morceaux joués sur la tournée et en enregistrer d'autres.

Pour le titre de l'album, nous avions besoin de quelque chose vers quoi travailler, une lumière au bout du tunnel, une sortie. Weather Underground nous donnait une direction, mais nous ne l'avons pas conservé comme titre de l'album.

Comment choisissez-vous les artistes avec lesquels vous collaborez ?

Au fur et à mesure des années, nous avons été chanceux. Avec Blue Line et Protection, de nombreux artistes se sont produits à nos côtés, notamment les nombreux chanteurs qui nous ont accompagnés en sound system. Massive Attack n'a jamais voulu être un groupe dont les membres ont leur photo sur la pochette.

Il y a de nombreux artistes avec lesquels nous souhaitions travailler qui sont sur HeligolandHorace Andy ou Damon Albarn qui sont des bons amis, cela vaut aussi pour Tunde Adebimpe (chanteur de TV On The Radio, NDLR) avec qui nous avions déjà collaboré. Nous aimons aussi beaucoup Hope Sandoval et pour Martina Topley Bird, qui est aussi de Bristol, cela faisait un moment qu'on voulait enregistrer ensemble et nous avons eu cette fois la force de lui proposer.

 

MassiveAttack2.jpg

Vous avez aussi enregistré avec Mike Patton ?
Nous avons beaucoup de morceaux que nous gardons en stock. Trois ou quatre morceaux ont été enregistrés avec Mike Patton. Ils sont presque terminés mais, pour des raisons d'emploi du temps, pas assez pour être publiés.

Pourquoi ces titres, ou Dobro et United Snakes joués en concert, ne figurent pas sur l'album ?

Le choix des titres est le nôtre, en fonction de notre jugement, mais c'est peut-être le mauvais. Un album est avant tout un album car nous le décidons. Mais à l'époque d'Internet et des playlists, chacun peut faire son choix de titres. Un CD ne fait que 70 min, mais ce n'est que le début. Les artistes doivent donner plus, car les gens n'achètent plus de disques. Avant on allait dans les magasins, on touchait les disques, on les sentait. Aujourd'hui, il faut travailler le packaging, l'artwork ou offrir des titres en téléchargement. Peut-être que certains de nos morceaux seront disponibles sur Internet ou sur un prochain album.

Sur Live With Me avec Terry Callier, il y avait plus d'instruments et une plus forte présence de l'orchestration. L'utilisation d'instruments et une production moins chargée que sur 100th Window ont-elles guidé la création d'Heligoland ?

Nous avons cherché à faire quelque chose de plus immédiat, de plus simple que sur l'album précédent. 100th Window est très froid, reflet de la manière dont il été produit et l'environnement qui n'était pas facile. Mushroom était déjà parti, je m'étais absenté. 3D était donc seul. L'atmosphère n'était pas très chaude autour de lui. Ce disque n'attirait pas vraiment vers lui. Sur Heligoland, nous nous sommes retrouvés avec 3D et l'ambiance était plus conviviale. Tous les morceaux ont leur identité propre, il y a plus de chansons qui peuvent facilement vous submerger. Nous voulions redonner de la chaleur avec la présence des orchestrations, mais pas sur tous les titres, certains restant assez sombres.

propos recueillis par Ed Loxapac et Tahiti Raph

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18 décembre 2009 5 18 /12 /décembre /2009 18:27
Alors que le nouvel album de Massive Attack, baptisé Heligoland (chroniqué ici), sort en février 2010, Chroniques électroniques a rencontré Daddy G (à droite sur la photo). Une interview publiée en deux parties et dont la première permet de revenir sur l'histoire du groupe, sa discographie... et de parler identité nationale !

Quand et comment s'est passée la rencontre avec 3D ?

En 1977-78, nous participions à la scène punk de Bristol avec des gens comme Nelly Hooper ou DJ Milo et d'autres amis dont 3D. Nous étions des jeunes gens fans de musique et qui prenions du bon temps. Nous avons créé à cette époque notre sound system, Wild Bunch Project, qui nous permettait de faire des mélanges des nombreux genres musicaux existants à l'époque en Angleterre : soul, punk, new-wave, reggae, etc. C'était très excitant car c'était multiracial et multi-influences. Les disques que l'on jouait alors sont la première influence de Massive Attack. Nous avons baigné dans une culture qui mélangeait les beats ensemble. A Bristol, il a toujours été question de "bassline", notamment avec la musique des Caraïbes et l'influence du dub. Le hip-hop est arrivé en 1983 et nous a beaucoup influencé. C'est le premier style qui nous a unis en tant que DJ. Une musique incroyable avec de nombreux éléments qui gravitent autour comme le breakdance ou le graffiti. Le hip-hop nous a donné notre première "arme" en tant que musicien : le sampler. Neneh Cherry a découvert notre sound system à ce moment là et nous a ouvert les portes des studios pour enregistrer nos premiers disques.


Quand on regarde la discographie de Massive Attack, on peut remarquer deux cycles : le premier, plus soul, avec Blue Lines et Protection, le second, plus rock, avec Mezzanine et 100th Window, très frozen wave. Heligoland est-il le début d'une nouvelle ère pour Massive Attack ?

Quand on regarde, il y a effectivement des cycles, et notre public a d'abord augmenté puis baissé au fur et à mesure de ces cycles. Au début, nous n'utilisions que des samplers, ils n'avaient pas beaucoup de mémoire, nous étions donc limités pour nos premiers disques, et notre musique n'était pas très évoluée. Blue Lines et Protection sont des albums de studio conçus avec des idées de DJ. C'était tout ce que l'on pouvait faire avec des samplers.

 

Quand nous avons commencé à tourner, nous sommes devenus un groupe et notre vision a changé, notamment car nous pouvions voir la réaction du public par rapport à notre musique. Nous avons alors élaboré nos albums avec l'idée qu'ils soient joués en concert. Nous avons alors introduit plus d'instruments. A la platine et aux samples se sont ajoutées la basse, puis les percussions de Talvin Singh, la guitare, etc. apportant aussi une puissance sur scène. D'autres influences sont venues ensuite nourrir nos expérimentations.

Pour résumer, les deux premiers albums étaient influencés par la scène punk avec des incursions funky, reggae, etc. Mezzanine est plus new wave, 100th Window... je ne sais pas ce que c'est !
MassiveAttack.jpg
Pouvez-vous nous expliquer le concept des messages qui passent sur des écrans durant vos concerts ?

Nous ne voulons pas mettre la politique dans la tête des gens, mais nous voulons qu'ils soient au courant, car il se passe beaucoup de choses dans le monde et ils ne peuvent pas tout remarquer. Les hommes politiques nous la mettent parfois bien profond. Massive Attack est très impliqué politiquement, il y a différentes causes qui nous tiennent à cœur, notamment la Hoping Foundation (Association d'aide aux Palestiniens, NDLR). Pour ces raisons, dans toutes les villes où nous allons, nous rencontrons des étudiants en journalisme et nous les interrogeons sur l'actualité. Nous passons ensuite ces informations sur les écrans pendant les concerts. Notre public est surpris par ces messages dont il n'avait pas toujours connaissance.

Quelle image avez-vous de la France au niveau politique ?

J'ai entendu parler du débat sur l'identité nationale la dernière fois que nous sommes passés en France. C'est un débat très actuel sur qui est représenté par un drapeau. Est-ce que cela signifie être français d'origine ? Etre arrivé en France dans les années 1950 ? Qui fait partie de ce drapeau ? Cela signifie quelque chose, notamment pour les pays colonisateurs pour qui il était normal au siècle dernier d'aller en Afrique et aux Caraïbes et décider qu'ils étaient chez eux, tuant ensuite les indigènes. Mais ces colonies ne sont pas la France, c'est l'Afrique. Les Américains ont aussi fait la même chose avec les Indiens à qui appartenait le pays à l'origine.

Ce n'est pas la même chose pour une personne qui vient dans notre pays et qui se bat pour survivre. Il vient en se foutant du drapeau. Pour un pays comme la France, le fait de coloniser un pays revient à s'approprier les terres, mais aussi les habitants. Mais si vous ne les autorisez pas à venir dans votre pays pour partager vos richesses, vous ne devriez pas exploiter ce pays.

N'est-ce pas pénible que les journalistes continuent de vous coller l'étiquette trip-hop, qui semble bien trop étriquée pour Massive Attack ?

Nous comprenons ce qu'est le trip-hop, qui à l'origine fut créée par James Lavelle. Cela permet aux gens de trouver les disques dans les magasins. Mais nous combattons le fait que cette étiquette nous soit collée. Massive Attack est mis dans une boîte qui nous emprisonne. Nous faisons une musique plus large que le trip-hop, mais c'est un nom qui décrit bien ce que nous faisions à l'origine : une musique à base de hip-hop mais qui va plus loin que cela.

(à suivre...)

propos recueillis par Ed Loxapac et Tahiti Raph

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13 novembre 2009 5 13 /11 /novembre /2009 18:28
Un producteur français qui a brillé autant dans le rap que dans la musique électronique, DJ par dessus le tout, il n'y en a pas des tonnes. On en a interviewé un des rares, DJ Mehdi, à l'occasion de la sortie de son album de remix, Red, Black & Blue, qui permet de découvrir des titres passés ou présents du bonhomme dans des styles assez variés.

Commençons pas le commencement, peux-tu nous raconter tes premières expériences de producteur ?
Aussi loin que j'ai eu l'envie ou l'ambition de faire de la musique, ou même d'être simplement DJ, ça a toujours été pour faire du rap. Pour le dire autrement, le rap est antérieur à mon désir d'être musicien. J'ai d'abord voulu danser, puis taguer, puis rapper, puis beat-boxer. J'étais dans le hip-hop, ensuite je suis devenu DJ, puis compositeur, etc...

Quels souvenirs as-tu de cette période quand la Mafia K'1fry n'était pas encore très connue ?
D'excellents souvenirs. On était tous très jeunes, je connais par exemple Kery, Rohff et le 113 depuis que j'ai 15 ans. J'en ai 32 aujourd'hui. On apprenait la musique en même temps que la vie. On était tout le temps ensemble.

Il y a eu ensuite le succès, surtout avec le 113, et puis les premières tentatives plus électro, comment as-tu glissé du rap à l'électro ?
En 1996, après le premier album d'Idéal J, j'ai eu un coup de fil de MC Solaar. Il m'a demandé de venir à son studio, de lui faire écouter des instrus, de participer à la production de son 3e album. C'est là que j'ai rencontré Zdar et Boombass de Cassius - à l'époque Motorbass et La Funk Mob. Ils m'ont fait écouter leurs disques, puis emmené avec eux en tournée, mixer en Angleterre et aux USA. Sur une date à New-York, en 1998, j'ai rencontré Pedro (Winter aka Busy P, NDLR) et les Daft Punk. De fil en aiguille, Pedro et moi nous sommes rapprochés. Pour résumer, tout fut une affaire de rencontres.

Le premier album, les maxis sur la label Espionnage, comment se sont passés ces débuts solo ?
D'abord, il faut rappeler que je n'était jamais vraiment solo au début d'Espionnage. Il y avait toujours Manu Key avec moi, que ce soit derrière le sampler ou chez le banquier. L'idée du label, c'était vraiment tous les deux. D'ailleurs, les premiers maxis du label, Rohff, Rocé, 113, Karlito, sont tous des projets menés en duo. Manu Key est complètement central dans la naissance d'Espionnage. De même, l'équipe de Chronowax, notre distributeur à l'époque, et de 360 Design, notre graphiste/marketing, faisaient intégralement partie de l'équipe. Ensuite, l'idée de faire de la musique instrumentale, seul, était déjà présente dans les premiers albums d'Idéal J et de 113, où de longs interludes musicaux ponctuaient toujours les disques. 

Et puis tu as trouvé une sorte de nouvelle famille avec Ed Banger...
Tout ça fut très progressif. Comme je te l'ai dit, je connais Pedro depuis plus de dix ans. Il y a eu plusieurs étapes avant d'arriver à l'Ed Banger : d'abord il y avait "la bande des Daft", puis Headbangers Entertainment, avec Cassius, Cosmo Vitelli et Thomas Winter&Bogue. Enfin, le label Ed Rec, avec So-Me, Mr Flash et Justice d'abord en 2003, puis dans un deuxième temps Sebastian, Uffie, Feadz et Mr Oizo, vers 2006. On pourrait également ajouter Kavinsky, et les Institubes avec Surkin et Para One notamment, tout ça donnant naissance à une scène assez homogène, et très unie. Quelques bons maxis, quelques belles fêtes - en Angleterre surtout -, et une bonne émulation générale.

Te sens-tu un peu à part, par ta musique ou ton "ancienneté", par rapport aux autres groupes du label ?
Non, pas du tout. Chacun, dans le label, a une personnalité et un son propres. Il n'y a guère que Sebastian et Justice que tu aurais pu rapprocher excessivement en 2006/2007, mais ça n'est plus le cas aujourd'hui. Pedro a toujours veillé à ce que l'équipe reflète ses goûts musicaux : éclectiques et divers.

Tu viens de sortir un album de tes remixs, dont certains datent pas mal, pourquoi ce choix de l'album de remix et comment les as-tu choisi ?
Je me suis beaucoup posé la question, s'il fallait se servir de cette compil' pour "raconter mon histoire", en y incluant des choses anciennes, ou bien "ré-écrire mon histoire" en me concentrant sur les morceaux récents. J'ai choisi la première option, qui a aussi accouché du titre Red Black And Blue, comme trois périodes de ma vie de remixeur. Les titres anciens sont plus simples, plus dépouillés, plus rap aussi. C'est comme ça que j'ai commencé, c'est comme un petit témoignage. Enfin, parmi ceux que je voulais vraiment inclure, il y a eu plusieurs déceptions liées aux maisons de disques impliquées. Certaines major, Universal notamment, n'ont pas souhaité me laisser ré-utiliser des remixs que j'avais réalisé pour eux. Busta Rhymes par exemple, Ghostface Killa ou Akenaton. Pour ça, j'ai fait un autre disque, gratuit celui-là, qui s'appelle Black Black And Black, et qui reprend tous les tracks interdits. Il est en téléchargement gratuit sur mon site.

Tu as remixé des artistes très différents, et plus ou moins connus, comment choisis-tu ou es-tu choisi ? Quelle est ta recette pour remixer un titre ?
Il n'y a aucune règle. La seule constante pour moi, c'est m'amuser. Je choisis au feeling, des artistes que je connais ou pas, pour des labels cool ou des majors, gratuitement - souvent - ou pour beaucoup d'argent - parfois. Le truc le plus important reste pour moi la rythmique. beat/basse, c'est ce à quoi je m'attaque en premier.

On sent une certaine continuité dans ces remixs, comment définirais-tu ton style, ta patte que l'on retrouve souvent ?
J'ai beaucoup de mal à porter des appréciations sur ma propre musique, je préfère laisser ça à chacun, public ou journalistes. La musique a pas mal changé depuis 1999, l'industrie aussi, le matériel et les possibilités également. J'essaie de me tenir à ma ligne, là où me mènent mes mains et mes oreilles.

Quels sont tes projets musicaux et tes envies ?
Beatmaking and having fun.

Quels sont les groupes de rap et les artistes de musique électronique qui ne quittent pas ta platine en ce moment ?
Drake et Siriusmo, artistes de l'année.

Propos recueillis par Tahiti Raph
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2 septembre 2009 3 02 /09 /septembre /2009 22:01
Alors que Fluorescent Black doit sortir le 29 septembre (chronique ici), nous avons rencontré Anti-Pop Consortium pour parler de leur 4e album, qui s'inscrit dans la veine des trois premiers sortis entre 2000 et 2002. Beans (à droite sur la photo) et High Priest (à gauche donc), deux des trois MC du groupe new-yorkais, défendent avec calme cette nouvelle production et annonce déjà l'enregistrement de la suite... après leur tournée américaine et européenne prévue pour cette fin 2009.

Qu'avez-vous fait ces sept dernières années, entre la sortie d'Arrythmia et celle de Fluorescent Black ?
Beans (surpris) : Ca fait sept ans, c'est fou ! Pendant cette période, nous avons travaillé chacun de notre côté. Nous avons aussi vécu différents événements personnels et maintenant nous revoilà ! Nous avons continué à nous voir, mais nous n'avons pas fait de musique ensemble jusqu'à il y a deux ans. Nous avons alors recommencé à tourner ensemble et à enregistrer le nouvel album.

Avez-vous changé personnellement et dans votre manière de travailler depuis les premiers albums ?

Beans : Nous sommes devenus des personnes différentes, plus matûres. Nous avons plus d'expérience et nous avons donc évolué d'un point de vue créatif. Notre vie personnelle a bien entendue affectée notre musique.
High Priest : Il y a aussi une grosse différence au niveau de l'écriture. Avant nous adaptions de la poésie pour en faire des morceaux. Aujourd'hui nous écrivons plus de véritables chansons. Et ce sera encore le cas dans le prochain album que nous envisageons de sortir au début de l'année 2010.

Comment fonctionne Anti-Pop au niveau des productions, quelles sont vos influences ?
High Priest : Earl Blaize est notre ingénieur du son et notre producteur. Même si les autres membres produisent aussi des instrumentaux, la majorité de Fluorescent Black a été composée par lui. Ses influences sont Herbie Hancock, Stevie Wonder, mais aussi la musique concrète ou les bandes originales de films de science fiction.

Comment construisez-vous vos titres ?
High Priest : Nous faisons d'abord la musique. Chacun apporte une série de beats à Blaize et nous voyons ceux qui nous font réagir le plus. Nous choisissons ensuite dans quel ordre nous allons intervenir puis nous faisons les arrangements.
Beans : Blaize nous donne des indications à chacun pour nous expliquer comment chacun doit poser sa voix. Pour cet album, nous avions quatre ou cinq chansons au départ qui ont donné la dynamique pour les autres morceaux. Elles ont servi de base. Et tous les titres ont été testés sur scène ces deux dernières années. Nous ne jouions parfois que deux anciens titres.

Il y a un titre un peu à part sur le disque : Timpani avec un instrumental assez tribal et une fin de morceau complètement dansante... comment est né ce titre ?

Beans : Nous devons ce titre à M. Sayyid (le 3e MC de Anti-Pop, NDLR) qui a d'abord composé la première partie. La seconde a été faite dans notre studio, puis les deux ont été rassemblées avec quelques arrangements.
Quand j'ai entendu ce titre, j'ai tout de suite annoncé que je ne poserai que sur le refrain...

Comment vous situez-vous sur la scène rap américaine, de quels artistes vous sentez-vous proche ?
Beans : M. Sayyid dirait que nou sommes une alternative à la scène rap américaine. Je nous vois plus comme une option. Nous aimons des artistes comme Gaslamp Killer, Flying Lotus, Edan ou bien sur Public Enemy.

propos recueillis par Tahiti Raph
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15 juillet 2009 3 15 /07 /juillet /2009 10:59

Après l'avoir vu à La Maroquinerie et avant de l'apprécier à nouveau aux Eurockéennes, nous avons contacté Chapelier Fou pour en savoir plus sur son parcours, l'origine de cette douce musique qu'il produit et les secrets de son live. Le Metzin, qui tourne actuellement pour présenter son LP Darling, Darling, Darling... sorti chez Ici D'Ailleurs en mai, vous dit tout (ou presque) sur son futur album, suer au violon et son organisation en concert. 



Peux-tu tout d'abord résumer ton parcours musical, comment tu t'es mis à la musique, quels artistes t'y ont poussé ?

J’ai eu au départ une formation classique, en commençant par le violon, au conservatoire de Metz, puis quelques années de clavecin, plus tard. J’ai arrêté vers 16 ans, mais j’y suis vite revenu pour terminer mes études en formation musicale, analyse, et je suis aussi passé par un peu d’écriture et de composition.

J’ai également fait quelques années de fac de musicologie, qui m’auront ouvert à d’autres musiques, contemporaine notamment, et qui m’ont laissé pas mal de temps à moi.

Enfin, j’ai passé mon diplôme d’état de prof de formation musicale.

Pour ce qui est de la musique électronique, j’y suis venu vers l’âge de 15 ans, par le sampling. Je décortiquai alors toute le discothèque de mon père (classique, jazz, musiques du monde, etc.) pour en extraire des tous petits bouts que j’organisais dans fruityloops, une sorte de sampler/boite a rythme logiciel. A l’époque, j’étais assez influencé par ce qui se faisait chez Ninja Tune - Amon Tobin, The Herbaliser, Bonobo, Kid Koala, etc. - et Warp - AFX, Plaid.



Tu viens de sortir un nouveau EP, quel est sa couleur, son esprit ?

Cet EP est en fait un fragment d’un album que j’ai réalisé il y a quelques temps et qui n’a jamais été commercialisé. A vrai dire, je l’ai vendu moi-même par correspondance grâce aux concerts et à internet. Mais c’est resté limité, peut-être 200 exemplaires ?

Les morceaux de cet EP sont très représentatifs de ma musique en général. Même sur six titres, ça part un peu dans toutes les directions. Il y a du violon, de la mandoline, des petits objets samplés et rejoués, des claviers, etc. Enfin bref, c’est le bordel et j’aime ça. J’aime bien concevoir un morceau comme une petite "étude" au sens musical du terme. Darling… explore l’utilisation du violon comme une espèce de machine à riffs, et travaille aussi sur la voix humaine, sa décontextualisation et son harmonisation. Trèfle est une étude sur les microboucles, car tous les accords du début sont réalisés à partir d’un sample d’un instrument à cordes africain dont l’attaque est mise en boucle. GmbH a été conçu avec un jouet musical à lamelles métalliques. Superstitions est une sorte de dance extraterrestre truffée de samples et de synthés et de sons de Nintendo, alors que je l’ai composé dans le Jura, en plein dans la montagne. Bizarre…



Comment as-tu travaillé sur ce disque ?

Tout est fait dans ma chambre, de l’enregistrement au mastering. Tout sauf la pochette, qui vient de mon colloc’, la chambre d’en face.

J’ai enregistré pas mal de trucs quand il faisait super chaud. J’aime me foutre en caleçon quand il fait 40°, et suer sur ma 20e prise de violon.


A la Maroquinerie, tu dégageais une grande maîtrise de tes instruments et de tes machines, comment abordes-tu le live ?

La problématique du live est essentielle pour moi. J’essaye de créer une manière de fonctionner qui me soit propre et qui soit évidente, affichée, mise à nue, avec pour ligne de conduite la volonté d’en faire le maximum, de prendre des risques, de laisser une part à l’imprévu.

Ceci a débouché sur plusieurs principes, voire dogmes : jouer un maximum d’instruments live : claviers, violon, guitares, mandolines ; boucler live tous ces instruments pour construire des orchestrations plus ou moins fournies ; pour les parties programmées, tout déclencher à la main. Je me refuse à utiliser une structure préprogrammée, une timeline définie, qui enferme le morceau dans un carcan rigide. A cet effet, j’utilise un monome qui me sert à déclencher et stopper des séquences et boucles, et qui me donne aussi des infos sur ce qui se passe ; Utiliser l’aléatoire pour créer des variations autonomes.

Sinon, je ne dirais pas que j’ai une grande maîtrise de mes instruments. Je suis même assez médiocre dans tout ce que je joue. La performance réside surtout dans le fait de tout faire en même temps, ce qui nécessite un travail monstre de répétitions ainsi qu’une concentration extrême sur scène. Je suis constamment en train de penser à ce que je vais faire dans les secondes qui suivent.


Comment se sont passés les dernières dates et à quoi t'attends-tu pour les quelques festivals à ton programme ?

Bien. Mais je ne suis pas fan des festivals et des gros machins. Pour moi c’est un peu la foire à la musique, c’est super fatigant. Je ne comprends pas vraiment pourquoi le public aime ça.



Quels sont tes projets acuels ?

Actuellement, et comme toujours, j’ai plein de trucs sur le feu. Le gros morceau, c’est mon album, qui est à peu près terminé. En ce moment, je mixe, j’agence, et j’enregistre encore quelques trucs.

Sinon, je bosse sur des remixs du prochain album de Tiersen, et je viens de finir un titre pour le disque This Immortal Coil qui sort en octobre.

Il est aussi question que je bosse avec Matt Elliott pour les lives de Third Eye Foundation, j’espère que ça se fera, car Matt a une idée du live qui me branche bien.

On vient aussi de me proposer de faire la BO d’un premier film.

Enfin, j’ai pas mal de concerts de prévus pour la rentrée, donc ça représente beaucoup de boulot et d’organisation.


par Tahiti Raph

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