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16 mars 2011 3 16 /03 /mars /2011 11:53

Christophe Gilmore aka FluiD est un artiste qui n'a que faire des sentiers battus. Son premier album, l'excellent Duality (chroniqué ici), mêlait la crasse de la musique industrielle, la moiteur du dub et l'électricité du rock et du noise. Le Chicagoen répond aujourd'hui à nos questions, avec franchise et réalisme, sans fausse pudeur ni concessions.

 

(Read the english version)

 

Christophe, pourrais-tu retracer pour nous ton parcours musical avant Duality ?

 

Avant FluiD et avant Duality, j'ai appartenu à différentes formations en Californie, d'où je suis originaire (je vis maintenant à Chicago). J'y ai joué de la basse, du saxophone, de la batterie et du clavier. La musique de ces groupes allait du R&B/électro à la no-wave, du goth-industriel au thrash-métal, et j'en passe. Pour différentes raisons, les projets de ces groupes n'ont pas abouti. Après que le dernier se soit séparé, j'ai commencé à envisager réellement un projet solo. Même si j'ai profondément apprécié jouer dans ces groupes et collaborer avec des musiciens incroyablement talentueux et inspirants, il est fort probable que je continuerai de travailler seul dans le future proche. C'est pour l'instant, la meilleure manière que j'ai de créer et de me produire. En tant qu'artiste solo, c'est sous les alias Re: dux tion et subduxtion que j'ai lancé mes productions musicales. C'est ce passé, cette histoire musicale qui m'a amené à FluiD. Mais surtout, tout cela a fait ce que je suis, musicalement et conceptuellement. En plus de ce que j'ai appris musicalement, j'ai également pris conscience de mes motivations et des raisons qui me poussaient à faire de la musique. En tant que FluiD, j'ai réalisé trois sorties digitales (Noise in the Neurons, Unavoidable Abuses et Simultaneity), avant la parution de Duality. J'ai aussi réalisé quelques remixs (pour John 3:16, Disinvectant et Actors & Actresses) et sorti des morceaux sur différentes compilations.

 

Duality explore un sombre mélange de musique industrielle, dub, rock, hip-hop. Qu'est-ce qui a inspiré sa création ?

 

Duality est autant une réflexion de moi-même que de la musique et des artistes qui m'ont inspiré et m'ont influencé. J'ai réellement voulu créer un exposé musical de ce que je suis. La musique pour moi, relève de la communication de ce que je pense et de ce que je ressens. J'aurais aimé mieux réussir à communiquer verbalement. Il existe un mystère et une charge qui pèsent sur ce que je suis. Je pense que j'ai commencé à le comprendre, et à réaliser que cela faisait partie de moi. C'est quelque chose dans lequel je peux puiser et dont je peux tirer profit. Il était essentiel de ne pas se compromettre ni chercher à correspondre à quelque catégorie ou genre. Duality mêle différents genre musicaux car je n'en écoute pas qu'un seul. J'ai été profondément touché par la musique de nombreux artistes appartenant d'un très large spectre musical. Le monde regorge de musiciens et de musiques incroyables, et j'ai passé le plus clair de ma vie à les explorer. L'inspiration relève aussi du challenge. J'ai été non seulement inspiré, mais également mis au défi par tout ce que j'ai pu entendre, voir ou lire. J'avais besoin de faire quelque chose qui honorerait ceux qui m'ont influencé. D'une certaine manière, c'est aussi un remerciement à ceux qui ont propulsé l'art et la musique vers de nouvelles formes et de nouvelles directions.

 

'Envisioning Abstraction: The Duality Of FluiD' est le titre complet de ton album.Voilà qui est énigmatique. A quoi fais-tu référence ?

 

Je fais référence à l'idée d'une personne double. En tant qu'Afro-Américain (créole pour être plus précis), je suis constitué de deux identités égales. Il est important de reconnaître à la fois de posséder un héritage africain et d'être né aux Etats-Unis. Il n'y a pas à nier l'un en faveur de l'autre, mais c'est un acte d'équilibre difficile, un de ceux avec lesquels de nombreux Afro-Américains se démènent au quotidien. Comment se raccorder à un héritage et à une histoire dont on a été dépouillé ? Mes ancêtres seraient-il arrivés ici si ils n'y avaient pas été échangés et vendus ? Cela pointe aussi le sentiment de se sentir un peu comme un extra-terrestre dans son propre monde. Tout semble pré-défini. Etre noir revient à ceci, être américain revient à cela. Des limites sont imposées, des règles et des bornes sont mise en place, et surtout fonctionnent. Lorsque vous ne correspondez pas aux cases, lorsque vous oeuvrer à faire plus que ce que quelqu'un a pré-déterminé que vous pouvez faire ou être, vous vous trouvez étiqueté, et considéré comme différent, marginal. «Pas vraiment l'un des nôtres». Peu importe ce que « nôtres » recouvre à un instant donné. Il s'agit d'emprunter une voie singulière. Parfois cette voie vous écrase, et parfois c'est vous qui l'écrasez. Il ne s'agit pas de choisir une route différente, mais de choisir la seule route possible pour vous. Certains choisissent une voie, et d'autres se la voient imposée.

 

Tu as étudié la musique classique et le jazz, et appris à jouer d'une large variété d'instruments depuis l'enfance. Comment cette éducation t'a-t-elle mené à un univers musical où l'abstraction est la première chose que tu revendiques ?

 

Apprendre à jouer de nombreux instruments a fait partie de mon éducation musicale, et c'était parfois au delà du nécessaire. J'ai commencé la clarinette dans un groupe scolaire, et progressé vers le piano, le saxophone, la flûte, le hautbois, la batterie et la basse. J'ai étudié la musique classique et le jazz pour gagner en compréhension de ces deux musiques. L'abstraction relève de la réduction des choses à leur essence. Partant du jazz et de la musique classique, je me suis initié à de nouvelles choses, de nouvelles idées et de nouvelles approches, j'ai pris ces éléments et les ai incorporés à mon langage musical. L'abstraction ne relève pas nécessairement du néant. Pour moi, cela revient à étendre sa compréhension de quelque chose, puis la ramener à sa substance.

 

Jen Craft 4

 

Duality donne l'impression d'être empli de poussière et de fumée. Qu'est-ce qui te fait conduire l'auditeur dans de sombres et lugubres milieux ?

 

Le son de Duality cherche à immerger l'auditeur dans mon monde. J'ai toujours préféré le sombre et lugubre au lumineux et joyeux. Du cinéma à la musique, et dans l'art en général, le côté sombre est certainement présent dans ce qui m'attire. Je pense que cela a à voir avec l'autre monde que créent les ténèbres. Nous vivons à la lumière du jour, c'est notre environnement familier et peu intéressant tandis que la pénombre ne l'est pas. C'est à la fois une attirance pour l'inconnu et une curiosité de découvrir ce qu'il cache. La « poussière et la fumée » auxquelles tu fais référence représentent le caractère sonique et oppressant de mon style. Leur effet est celui de la suffocation. Un manque d'air comme le provoque la poussière et la fumée agit comme un poids sur votre corps. Je connais très bien ce poids, la musique aide à le soulager.

 

L'artwork de ton album, crée par Trey Crim, représente le drapeau américain couvrant la carte de l'Afrique. En outre, l'un de tes alias est The Post-human Cyborg. Pourquoi te considères-tu comme un «afrofuturiste» ? Quelle place occupe le futurisme dans ta musique ?

 

Tout d'abord, je veux dire que Trey a fait un travail génial en transposant visuellement mon concept pour Duality. J'ai eu l'idée de l'artwork il y de ça quelques années mais j'avais besoin d'avoir la bonne release qui lui correspondrait. L'idée était de représenter visuellement qui je suis; après tout, je suis un Afro-Américain. Le drapeau américain et le continent africain sont bien sûr deux images iconiques. Associez-les et vous obtenez une puissante déclaration visuelle, qui prête je l'espère à réflexion. Je me considère comme un Afro-futuriste pour plusieurs raisons. L'Afro-futurisme correspond pour moi à de l'espoir vis-à-vis de l'avenir. Un avenir qui apporte plus de lumière, de force et de dignité à tout les gens de couleur. Il est important pour eux de comprendre qu'il ne sont pas des personnes de seconde ou de tierce classe. Tous les jours, on doit contribuer à la construction d'un avenir plus lumineux. Je souhaite et envisage un futur que chacun participerait à construire et façonner. Les gens de couleur doivent comprendre qu'ils ont absolument droit à une place proéminente dans le présent et dans le future. Nous avons besoin de mieux comprendre notre passé. Le futurisme exprime le fait d'être meilleur que ce que l'on est. Il signifie « que puis-je envisager, comment puis-je être meilleur? ». C'est un concept quotidien et abstrait. Cela ne concerne pas vraiment les robots, les jet cars et les téléporteurs, mais plutôt comment vais-je devenir et rendre mon lendemain meilleur qu'aujourd'hui. Il est très facile de laisser notre esprit et le quotidien nous emprisonner. Je suis autant coupable de cela que n'importe qui.

 

Comment ta coopération avec Alrealon Musique, basé à Genève, a-t-elle commencé ?

 

J'ai rencontré Philippe Gerber aka John 3:16 qui a fondé et dirige Alrealon Musique via Myspace il y a quelques années. Au moment où nous nous sommes rencontrés, il faisait partie du groupe Heat From A Deadstar et j'utilisais l'alias Re: dux tion. On a simplement commencé à s'envoyer des messages, comme la plupart des musiciens le font. Il m'a dit que HFAD étaient en train de monter un album de remixes et m'a proposé d'en réaliser un. Finalement Philippe m'a appris qu'il créait un label et m'a proposé de sortir un album dessus. J'ai réalisé ma première production sur Alrealon Musique sous l'alias subduxtion. Nous travaillons ensemble depuis, et notre collaboration a abouti à la réalisation de Duality; je n'aurais pu imaginer de le produire avec quelqu'un d'autre. Même si Philippe et moi ne nous sommes jamais rencontrés, je le considère comme un de mes plus proches amis. Son soutien en tant qu'ami, label et associé ont été inestimables. Je suis chanceux d'avoir rencontré quelqu'un qui croit en moi et en la musique que je crée, de la manière dont il le fait. Je doute que je serais ici musicalement sans ses efforts inlassables et ses encouragements si nécessaires.

 

Quels artistes t'ont donné l'envie de faire de la musique ?

 

Miles Davis, Herbie Hancock, Justin Broadrick, Kevin Martin (The Bug), Trent Reznor, Prince, David Bowie, Skinny Puppy, Massive Attack, Tricky, Phillip Glass, John Zorn, John Coltrane, Ornette Coleman, Sun Ra, Public Enemy, The RZA, The Clash, PIL, Lee Perry, Adrian Sherwood, King Tubby, Slayer, Scorn, Ravi Shankar, Bill Laswell, Spectre tha Ill Saint et DJ Spooky. Ce sont juste quelques uns des artistes qui m'ont profondément affecté, influencé, inspiré et qui m'ont poussé me dépasser.

 

Qu'est-il prévu pour la suite de tes projets musicaux ?

 

En ce moment j'ai un morceau qui paraît sur une compilation tout juste réalisée, nommée 'Classwar Karaoke – Survey 13'. La compilation est téléchargeable gratuitement. Pour plus d'informations, vous pouvez vous rendre ici. Je me produirai en live durant le printemps et le reste de l'année. Un de mes titres apparaîtra sur une compilation à venir d'Oxfam International. Tous les bénéfices des ventes seront reversés à Oxfam International pour aider à reconstruire des communautés à travers le monde. Je suis très honoré qu'ils aient choisi de m'inclure dans ce projet. Une réalisation en collaboration avec John 3:16 est également prévue. Nous espérons la sortir à la fin de l'été ou au début de l'automne via Alrealon Musique. Merci beaucoup !

 

Un grand merci à FluiD pour son temps et sa sincérité.

 

propos recueillis par Manolito

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Published by Chroniques électroniques - dans Interview
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commentaires

raph 16/03/2011 13:32


S'il vous plaît la prochaine fois mettez le lien vers la version anglaise tout en haut, histoire qu'on le voit avant de lire entièrement la version traduite! :)

Merci pour l'interview!


Chroniques électroniques 16/03/2011 13:46



Remarque pertinente. Pour la peine, on a changé.