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27 octobre 2011 4 27 /10 /octobre /2011 15:14

Alors que le 8 octobre dernier, le festival du Riddim Collision livrait une soirée sensiblement anthologique, aucun d'entre nous, hérétiques chroniqueurs, n'avions fait l'effort de trainer nos guêtres en cette belle ville de Lyon. L'occasion d'interviewer Hecq fut ainsi empoignée par Timothée Mathelin aka shift., le petit bonhomme qui, entre autres, à réalisé la magnifique bannière ci-dessus. Un partenariat de plus donc, dans le but de faire profiter nos aimables lecteurs d'une entrevue exclusive avec le sieur Boysen. 

 

L’anniversaire des 10 ans d’Ad Noiseam envahit l’Europe entière avec de fantastiques concerts ici et là, et repousse aujourd’hui encore les frontières en s’aventurant jusqu’en Russie. Le crew (cette fois-ci composé de End.user avec Bong-Ra, Mobthrow, Detritus, Hecq avec Matta, tous entourés par la tête d’Ad Noiseam : Nicolas Chevreux) jouait à Bordeaux, puis à Lyon pendant le festival du Riddim Collision, organisé par le label français Jarring Effects. 

 Une belle opportunité pour rencontrer le vengeur berlinois des terrains du neo-dubstep, Hecq aka Ben Lukas Boysen et parler de ses perceptions musicales, de ses productions, de ses projets à venir… et même parler un peu de la pluie…


Read or listen to the english original version, click here  

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Premièrement, que veut dire Hecq s’il te plait ?

 Cela vient de mon incapacité à trouver de bons noms… Cela vient de “What the Heck”».

J’ai juste changé le K et l’ai remplacé par le Q… et c’est tout…

 

Je crois que c’était pour toi hier, la première fois que tu venais jouer en France ? Est-ce vrai ?

 Oui, absolument. J’étais très excité à l’idée de venir ici, également car j’allais faire un set collaboratif avec Matta et que ceci aussi était quelque chose de tout nouveau pour moi.

Je n’ai jamais joué avec quelqu’un d’autre en même temps sur scène et Matta non plus d’ailleurs, donc c’était vraiment une première pour moi et pour eux. On s’est surtout vraiment marré, donc merci la France pour ça, c’était très bien !

 

Comment as tu trouvé le public français ?

 Génial. Ça sonne comme quelque chose que l’on doit dire lorsque l’on fait notre première quelque part mais c’était vraiment génial. Le public a été adorable mais également très pardonnant sur les erreurs que l’on a fait ; notamment des transitions ratées ou d’autres petits trucs qui ne sont pas très graves au final mais importants quand même pour nous, musiciens… et le public anticipait parfois ces breaks et voilà du coup, c’était vraiment un public très bien.

 

Comment était le set avec Matta ? Que faisiez-vous en gros ? Avez-vous joué des sons de toi et de Matta que vous changiez ensuite en live mutuellement ?

 Et bien, ouais, ça c’était le plan…. Jouer nos morceaux ou en tout cas faire nos DJ sets (donc pas nécessairement nos propres musiques - ce sera pareil ce soir, ce ne sera pas exclusivement nos musiques respectives) et donc le tout en simultané… mais on a eu des problèmes techniques, en gros on n’est pas arrivé à se caler, on a tout essayé mais ça plantait, donc à la fin, on a décidé de faire un set de 40 minutes chacun…

 

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Hecq VS Matta – Lyon, Riddim Collision Festival. Photo Credit : François Paren


Parlons un peu de ton nouvel album Avenger que tu as sorti sur Hymen Records. Tu as globalement changé de style depuis, on va dire, la sortie du Ep Sura sur Ad Noiseam et ici encore avec Avenger, c’est encore quelque chose de très club et orienté dubstep ; plus du tout ambient ou IDM comme ça a pu l’être auparavant. L’album est très bien reçu par la critique et les gens en général mais on observe néanmoins qu’une partie de tes premiers auditeurs semble être déçue par ces changements que tu amènes dans ta musique. Ces retours sont d’ailleurs évidemment liés à la « tendance dubstep » et à la «tendance à la critique du dubstep ».  Comment te sens-tu et comment réagis-tu face à ces retours qui te sont faits sur tes nouvelles productions ? 

 Et bien… Je pense qu’à chaque nouvel album, tu ne peux pas t’attendre à ce que tout le monde suive. Cela dépend aussi bien-sûr de la radicalité de ces changements…Ce que je peux dire et que je dois dire, c’est que c’était quelque chose qui était très drôle à faire et que je voulais vraiment faire. Il va y avoir un nouvel Ep qui va arriver bientôt et qui va être un peu dans le même genre… et peut être que ce sera tout… repartons ensuite dans de l’ambient ou de l’IDM ou n’importe quoi d’autres en fait, je suis ouvert à tout.  Mais je comprends que c’est dur lorsque l’on s’attache à quelque chose d’être encore satisfait lorsque ces changements arrivent. Moi-même, j’ai eu l’expérience plusieurs fois de « déceptions » avec des gens qui font de la musique que j’adore ;  et ce jour arrive où ils changent drastiquement leur manière de produire de la musique…alors la seule chose que je peux dire est… « ok, je ne peux plus suivre cela ».

En fait, tu ne peux pas te protéger des critiques et d’une certaine manière, je dois dire que je ne devrais pas trop m’en accommoder sinon je compromettrais l’idée même de ce qu’est HECQ et de quoi il s’agit de faire.

La critique est vraiment quelque chose de délicat car évidemment, elle n’a rien contre toi en tant que personne mais la musique que tu fais est tellement quelque chose de personnel que…enfin voilà, je pense que tout artiste doit vivre avec ça, alors au fond, il n’y a pas de mauvais sang à se faire !

 

Dans tous les cas, as-tu néanmoins un fort désir de brutalité dans cette nouvelle manière de produire de la musique ? Ce dernier album est toujours cinématique à certains moments mais les beats sont vraiment lourds et forts, que j’en venais à me demander ce qui se passait dans ta tête, à savoir : as-tu besoin de faire exploser tes basses avec brutalité ?

 En fait, non, je pense plutôt que c’est lié à la notion d’énergie. J’aime l’énergie. Ces musiques ne sont pas faites pour être diaboliques ou brutales. Elles peuvent être agressives mais ma perception sur ces musiques est qu’elles doivent être le plus possible chargées en énergie, mais pas forcément sombres.  En fait, je suis quelqu’un de personnellement enjoué mais j’avoue que la musique menaçante et agressive est une des meilleures choses qui existe… Avec bien sûr les sons les plus classiques, ambiants et minimaux… c’est étrange, je crois que je suis vraiment un compositeur  « border-line ».

 

Je sais d’ailleurs que tu es très influencé par des gens comme  Arvö Part ou encore Murcof pour la tension qu’ils créént et qu’ils font monter dans leur musique, mais ceci concerne des influences sur tes travaux ambient. Y’a-t-il des nouvelles personnalités qui  t’inspirent dans ce nouveau genre de production musicale que tu abordes ?

 Je dois dire que c’est une bonne question car je me rends compte que chez moi, je n’écoute quasiment aucune musique électronique.  Le seul truc électronique que j’ai intensivement écouté ces derniers mois est un remix de Clark sur un morceau de Maxïmo Park. Il y a quelques années, j’écoutais exclusivement de la musique électronique, mais pour moi, c’est aujourd’hui plus intéressant d’écouter tout le reste… donc non, en fait, je n’ai pas vraiment de modèle pour cela, ou alors Clark pourrait en être un si je devais en citer un… Aujourd’hui, j’écoute tous les styles de musique pour vraiment analyser la méta-forme de la musique, son idée, sa structure… et ainsi revenir à mes lignes d’infra-basses et appliquer ces modèles sur ma musique.

 

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Hecq – Lyon, Riddim Collision Festival. Photo Credit : François Paren

 

Tu viens de réaliser ta première bande originale pour un long-métrage qui s’appelle Restive, peux-tu nous en parler en peu et nous expliquer comment tu as travaillé pour un projet comme celui-ci ?

 C’est la première fois que je travaille sur la B.O d’un film. Je n’avais jamais fait ça avant mais j’ai toujours désiré de le faire, c’est un but ultime pour moi. C’est là-dedans que je veux être et donc tu n’imagines pas à quel point j’étais heureux quand j’ai su que j’allais le faire. C’est un film très spécial, j’ai envie de dire un film « niche ». Ce n’est pas du tout pour des gens qui s’attendent à un film à la Transformers, c’est très sombre et lugubre. C’est également structurellement difficile à tout comprendre, ce qui a évidemment une influence sur la musique. Tu as différentes chronologies et très peu d’acteurs...

 

En termes de musique, est-ce que le réalisateur t’a donné des libertés et t‘a demandé une certaine interprétation de l’image ?

 Complètement. Je ne pouvais pas avoir plus de libertés. La seule chose sur laquelle on a vraiment mis les bases était sur les types d’instruments que l’on allait utiliser pour illustrer l’image. C’est tout ce qu’il m’a laissé mais au final, au fil des semaines et pendant cette année de travail, on a vraiment beaucoup parlé…

 

Quand le film sort-il ?

 Il a été diffusé pour la première fois à un festival à Londres lundi dernier.  Je ne m’y connais vraiment pas beaucoup en terme de « festivals niches » parce que c’est aussi quelque chose dont on n’a pas trop l’habitude d’entendre parler, et donc du coup j’étais là bas et c’était vraiment bien d’y être, de s’asseoir avec des amis et le réalisateur du film et observer ces années de dur travail reflétées au cinéma…

 

As-tu de nouveaux projets en cours avec Rob Chiu, Christopher et Hewitt  sous Devoid Of Yesterday ?

 Et bien dernièrement,  aucun de nous trois n’a vraiment pris conscience du temps qui avais passé depuis un moment… Oui, on travaille encore ensemble mais rarement de cette manière, comme un triangle… d’amour ! Mais ouais, il va y avoir des nouveaux trucs à venir venant d’à la fois de Rob, Chris et moi. C’est sûr.

 

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Photo Credit : Liis Roden

 

J’ai une dernière question à te poser qui est assez personnelle. Il y a vraiment  quelque chose que j’aime et qui revient dans ta discographie, c’est la pluie. Parfois, dans tes musiques, tu amènes des sons de pluie, j’ai notamment en tête des  sons de Golden Pines ou encore Bad karma, et plus particulièrement une musique qui s’appelle Lost et qui est pour moi un formidable hymne à la pluie. Ainsi je voudrais savoir qu’est-ce qui t’inspire dans la pluie ?

 Et également, un jour, j’écoutais cette musique et je me disais tristement que c’était une formidable musique pour mourir. Plus tard, j’ai découvert en écoutant dans une interview pour Solipsistic Nations que celle-ci avait en fait été jouée pour les funérailles de ton père… Je me suis dit que Lost devait sans doute avoir une grande importance pour toi, peux-tu nous en dire plus ?

 Ouais… alors, d’abord par rapport à la pluie. Oui, j’adore la pluie, y’a pas beaucoup d’autres choses à dire en plus je crois.


C’est sûrement peut être la seule réponse que j’attendais. 

Nan, mais vraiment,  ce que j’aime avec la pluie… Tu t’assoies juste, comme un peu maintenant par exemple où l’on est en train de regarder ces grandes vitres panoramas, puisque d’ailleurs il pleut à l’heure actuelle… Il peut pleuvoir avec intensité, et toi tu es juste là et tu discutes. La pluie te force quelque part à rester à l’intérieur et te recentrer un peu sur toi.

La pluie a également un côté assez versatile dans son message où sa fonction. Je peux pas vraiment l’expliquer sans devenir un peu trop mystérieux parce qu’en fait, je ne m’étais plus penché sur la question autrement que … j’adore ça.

Il y a une musique du groupe Illusions of Safety sur un de leur projet ambient (album: Of and The). C’est quasiment une sorte de bourdonnement qui dure entre 25 et 28 minutes. Ça commence avec un thème orchestral qui dure à peu près 5 minutes mais qui n’est pas vraiment plaisant ni mélodique, mais au fil de la durée… c’est juste « woow »… et ceci se fond peu à peu en un énorme orage qui dure à peu près 20 minutes. C’est juste génial. J’adore ce morceau parce qu’il exprime très bien  ce léger grondement dans la distance. En fait, c’est juste un très bon enregistrement sonore, il n’y a pas de travail de composition en soit ; mais la tension compositionnelle, elle, se manifeste dans cette transition de l’orchestre qui meurt dans cet espèce de bourdonnement.

Le fait que cette piste Lost ait été jouée aux funérailles de mon père vient  à l’origine du fait que nous avons eu beaucoup d’échanges musicaux lui et moi. Quand j’ai commencé à lui présenter de la musique que j’aimais, j’avais à peu près 12 ou 13 ans. Et il n’était absolument pas un fan de ce que j’écoutais. Alors je lui ai dis, je vais t’apprendre à aimer ça. Et au travers des années, ce dialogue entre lui et moi a été très utile pour nous, puisqu’il a été éducatif. Puis il est tombé malade pendant longtemps et un jour il m’a demandé à ce que cette musique soit jouée pour ses funérailles, ce qui a été un honneur pour moi. Et quand ce jour est arrivé, cela a été incroyable car extrêmement touchant. Cette musique était en fait le testament du dialogue que j’ai eu avec lui. Tu vois, je veux dire... Comme ultime, tout ceci devient… littéralement le dernier morceau de musique de ta vie... Je n’oublierai jamais ça, évidemment pour beaucoup de raisons et ce que tu dis à propos de la mort est intéressant car il a probablement pensé la même chose, que cette musique était une belle musique pour mourir…

Merci beaucoup d’avoir répondu à mes questions.

Merci à vous.

 

                                                                         Propos recueillis par Timothée Mathelin

 

 

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Published by Chroniques électroniques - dans Interview
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commentaires

Dirty Pony 06/06/2012 03:35

Slt Raph, ne te connaissant pas je suis ravi d'apprendre que la simple lecture d'un article de presse arrive a te réconcilier avec de la musique. Mais j ai quand mm envi de te dire que tes
commentaires sur le line up de la soirée me laissent penser que tu as était aussi attentif a son déroulement, que vraiment objectif dans tes propos.

Rabbit 28/10/2011 10:25


Merci à l'équipe pour cette touchante interview.


quelqu'un 28/10/2011 09:40


Il pleuvait fort sur la grand' route …J'aurai voulu comme au déluge voir sans arrêt tomber la pluie


Raph 27/10/2011 19:21


Cool. L'interview me réconcilie avec le bonhomme, il est réfléchi et dit des choses intéressantes.
Nan parce que je me suis bougé le cul pour le Riddim Collision (en étant à Grenoble en même temps j'avais pas le droit de ne pas y aller :) et franchement j'ai été bien déçu pour Hecq et Matta.
Leur set était pas à la hauteur de ce qu'ils savent faire j'ai trouvé. Ils avaient clairement l'air d'être là surtout pour s'amuser...bon tant mieux pour eux hein, mais pour nous bah c'était moins
cool. Bref ils se rattraperont une prochaine fois j'éspère.

Du coup Mobthrow coup de coeur de la soirée pour moi. Il nous a fait un mix "à la Subheim", tout en finesse, progressif, vraiment j'étais fou!

Et sinon chapeau à Mat3r Dolorosa qui nous a fait une chouette intro pour tout ce beau monde.
Et chapeau aussi à Enduser d'avoir sauvé la fin de soirée de la mauvaise humeur de Bong-ra, j'étais mort de rire, il boudait sur la scène le gars, du jamais vu!!

Au passage merci encore pour vos chroniques (et oubliez pas de reprendre les émissions sur Radio Campus Paris hein!).

Raph