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16 octobre 2011 7 16 /10 /octobre /2011 12:31

Sortie : 26 septembre 2011

Label : Jarring Effects

Genre : Electronica, Dubstep, Hip-hop, Expérimental

Note : 8/10

 

Lyon, 1995, un collectif se forme autour d'un local, mi-studio, mi-salle de répet. D'abord association, Jarring Effects  prendra le statut de label en 1998, avec une première compilation, Fantasques Hits. 15 ans plus tard, les voilà à leur 100ème référence. Entre temps Jarring a acquis une place fondamentale dans le paysage français des musiques underground, électroniques et alternatives. Une position de section défricheuse, de foncières attaches au dub et un goût pour les hybridations enfumées marquent le parcours du label dont les représentants les plus visibles portent les noms d'High Tone, Ez3kiel, Brain Damage, L'Oeuf Raide, Ben Sharpa, Scorn, Reverse Engineering, Playdoe... JFX n'a cependant pas toujours eu la vie rose, et a dû faire face à aux difficultés financières que la crise de l'industrie musicale réserve aux labels indépendants, parfois plus aux uns qu'aux d'autres. C'est un plaisir d'autant plus grand que de constater cette sortie. Ce n'est pas un anniversaire que célèbre ce coffret de trois disques, c'est une discographie de cent réalisations et de quinze ans d'amour du son.

 

La compil' JFX Bits vol. 1 représenta pour moi un émoi musical fulgurant, goûtant alors avec des yeux de nouveau-né, au contact inédit de sonorités rugueuses, de volutes de basses assassines et d'électronica énigmatique. Les sélections de Jarring n'ont pas perdu leurs effets de tourbillon trans-genre mêlé d'un esprit de diffuse cohérence. FX100 se compose de titres exclusifs, de relectures, de collaborations entre piliers du labels et de contributions d'invités étrangers. Chaque Lp a pour vocation de refléter un angle de la musique du label. L'auditeur passe ainsi du Dub To Dubstep au Hip-hop to Electronica pour finir sur les UFO, les inclassables. Outre le fait d'immortaliser l'identité du label à un moment donné, le caractère inédit des tracks et la construction progressive et intéressante de l'ensemble, ces 2h30 de son contiennent surtout des tonnes et des tonnes de pépites. Le disque Dub To Dubstep dessine différents axes à l'injection du dub dans l'électronique, passant par de l'électro-dub à faire vriller un sound system entier, par des influences de steppa hypnotiques et implacablement enveloppantes ou par du dubstep mâtiné de trous d'air et de poudre à canon. Parmi les meilleurs titres, citons l'irrésistible Seabord Coastline de Mayd Hubb & Lobe Radiant Dub System, le mélange de skank enfumés et de lynchage métallique du Spank d'High Tone revu par Niveau Zero et l'intervention de Led Piperz avec Rola Bearings. Le coup de chapeau peut être tiré à Dub Addict, qui épurent le désormais mythique et un poil facile Rub-A-Dub Anthem de High Tone, puis.. ne font rien pendant 6 minutes, et lâchent, en guise de piste cachée, un final hallucinant d'abstract hip-hop à la Free The Robots, tremblant de violence froissée et lancinante. Bombesque. 

Décoiffante, c'est encore léger pour qualifier la partie Hip-hop To Electronica. Jarring Effects semble avoir toujours eu un penchant pour les flow d'égorgeurs, lourds et pleins, qui te cisaillent un peu plus les chairs à chaque syllabe. Ce n'est pas un hasard si on retrouve dans leurs rangs des individus comme Oddatee, Ben Sharpa et ici des intervenants tels Thavius Beck, B Dolan, K-The-I??? ou Twelve & Non Genetic de Shadow Huntaz. Des personnages moins connus par ailleurs, Metastaz, Yarah Bravo & Miscellaneous cumulent des beats sur-dopés, des consonances old-school et des bribes de 8-bit, sur un Supah improbable mais excellent qu'abrase le flow féminin et lézardé de Yarak Bravo. Dans un genre différent – une instru bien plus rock – Fumuj fait de Duck Tape un truc jouissif et électrique. L'alliance de beats infectés et lourds et d'un flow capiteux, en oeuvre sur la majorité du disque, fonctionne particulièrement sur The Storm Never Past de Reverse Engineering & B Dolan. A ce jeu-là, les Suisses en blouse blanche sont incollables.

Si les deux faces évoquées donnent lieux à des disques remarquables – seules quelques minimes traces de dancehall perdues dans le chant d'un toaster, ou de grime dans le flow d'un rappeur m'auront moins émoustillée – le troisième Lp ne soutient pas la concurrence. Il les déclasse direct. Peut-être n'est-ce pas surprenant, peut-être est-ce justement dans l'hybride et l'owniesque qu'excelle JFX. Ces 11 pistes ne sont autre qu'une nébuleuse de bijoux noirâtres, où violence et douceur croisent le fer et se mélangent. Le charmant Juniper de Filastine Y La Bamba réussit une symbiose pop voilée/abstract hip-hop. Le travail du génial Professor Psygroove sur Kika d'Ez3kiel, tout en conservant le lyrisme de l'original, l'enrichit d'une variété de textures rythmiques impressionnante. L'enchainement le plus susceptible de faire disjoncter un paquet de connexions se résume à Scorn, Ohmwerk & Major Klemt et Uzul & Ez3kiel. Shake Hands est du Scorn pur jus, laissant grandir et louvoyer un rythme tellurique, calme mais plus décapant que de l'acide. Comment décrire Collision II de Ohmwerk & Major Klemt ? En commençant par dire qu'il pourrait faire passer certains artistes d'Ad Noiseam pour des chérubins et qu'il ne serait pas choquant posé à côté du récent Avenger de Hecq (chroniqué ici). Les mecs ouvrent les hostilités sur du breakcore qui ne rigole pas du tout. Malaxé, le matériau composite prend forme, épouse un rythme ébouriffant, crache des vapeurs mélodiques et consomme ses injections de dubstep et d'IDM, le tout en 3,35 minutes – ce qui est scandaleusement court. Si je n'avais qu'un track à retenir, ce serait celui-ci. Citons également l'exceptionnel Labyrinth qui ferme cet ensemble, de Picore & Strings Of Consciousness, Picore dont le très bon Assyrian Vertigo sera bientôt évoqué ici, ainsi que l'owni (c'est le mot) de Spade & Archer ft. France Loisir, Un Mojito et Je Meurs ft. Steve La Queen qui déclame sur des drones crispants « Et moi, courant cul nu, Crâne ouvert à l'arrière Je feins de vendre mon âme, Sauvée par une canette Hurlant à gosier ouvert: « Sucre! sucre! ferment! »... »

 

FX100 est un superbe objet, surtout lorsqu'on le tient entre ses mains. La qualité des productions, la pertinence des collaborations et l'ampleur du contenu en font un indispensable pour les fans de la première heure et un très bon moyen pour d'autres d'appréhender l'esprit du label. Hier soir le festival Riddim Collision organisé par Jarring Effects s'est achevé avec entre autres les concerts de Saul Williams et de Näo. Si celui de ces derniers fut aussi bon que leur prestation au Maschinenfest, les Lyonnais ont dû en prendre plein la gueule. Ceux qui, comme nous, ont loupé cette 13ème édition peuvent toujours s'ingérer l'intégralité des ces compiles à haut volume, ça régénère. Les autres aussi d'ailleurs. 

 

simul boxset web light

par Manolito 

 

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Published by Chroniques électroniques - dans disque
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commentaires

Rabbit 16/10/2011 19:13


Je confirme, Näo c'était plutôt bon mais Saul Williams surtout nous a gratifiés d'un concert électrique et tribal à réveiller les morts, avant un Kaly Live Dub aux basses puissantes et
enveloppantes comme d'hab. Et que dire du set épique de Dope D.O.D. qui a mis le public sens dessus-dessous ou de celui des Tha Trickaz que l'on n'attendait pas à un tel niveau de maîtrise dans
leur mix de hip-hop, d'électro saturée et de dubstep. Finalement seul Luke Vibert a été décevant, en mode d'n'b un peu paresseuse.