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20 juin 2012 3 20 /06 /juin /2012 00:59

Sortie : 21 juin 2012

Label : Hymen

Genre : OST, Sound Design, Ambient

Note : 8/10

 

C'est presque étrange de devoir appeler Hecq par son vrai nom : Ben Lukas Boysen. Lui qui fut un des rares artistes à raviver les flammes de l'IDM au milieu des années 2000, lorgnait depuis déjà quelques années sur les berges difficiles et dévaluées du sound design. On ne cite que trop rarement ses oeuvres ambient comme 0000 et surtout Night Falls, à côté de son récent et dernier éssai dubstep Avenger (ici). Toujours est-il que le génie de Hecq ne peut souffrir d'aucune contestation. Il fut probablement l'artiste qui contribua le plus à l'assise de Hymen Records (avec Venetian Snares, Beefcake et Gridlock). Restive n' est pas la première B.O à laquelle il participe, mais c'est bien un baptême sur un aussi long format, bénéficiant d'une telle exposition. Il faut dire que le film y est pour beaucoup, après sa projection au Raindance festival et des critiques aussi tranchées qu'aux antipodes. Ben Lukas Boysen s'est cette fois-ci adjoint les services du virtuose et adulé Nils Frahm, égérie de ceux qui découvrent le moderne classical seulement aujourd'hui. Le pianiste allemand n'est crédité que pour ce qui est du mastering (de qualité extrême) et pour le dernier titre. Son ombre aussi longiligne qu'élégante, plane pourtant sur Restive tel un voile sombre et feutré.

 

Il est toujours très ardu de dissocier une BO de la véritable toile. Encore plus quand on a pas vu l'oeuvre cinématographique et que sa partie musicale peut se réclamer de l'ambient certes, dans sa dénomination générique, mais surtout de canevas et de superpositions électro-acoustiques lourdes et obscures.

Restive aborde un thème difficile, largement commenté par les politiques et les médias, plus rarement par ceux qui le vive. Je parle de la violence conjugale, dans ce qu'elle a de plus complexe et de cru. Il semblerait également que le film dépeigne les instincts maternels et de survie avec une certaine mais pudique violence. Pas bien compliqué de lire le synopsis ou le dossier de presse communiqué par le label. Il serait peut-être un brin présomptueux de dire que la musique se suffisait à elle-même pour suggérer le thème. Prenons le risque, parce qu'aussi troublant soit-il, c'est vrai.

Il y a un adage qui dit qu'on fait du mal à ceux qu'on aime, mais il oublie surtout de dire qu'on aime ceux qui nous font du mal. Le film de Jeremiah Jones et la BO (puisque c'est avant tout de celà dont il est question) illustre cette tension magistrale qui ne sombre pas dans le voyeurisme, ce spasme éternel qui secoue les intérieurs les plus solides comme des coques de noix à la dérive. Toujours avec ambivalence et retenue, la musique dévoile la force et la complexité des scènes comme des vignettes instantanées et malmenantes.

Car au milieu de ce conclave d'infra-basses et cet empilement de cordes et de drones dénués du moindre espoir, surgissent parfois les lueurs d'une compassion ambiguë, même si on ne sait jamais à quel protagoniste elle se destine. Avant tout sur Jeva et Sorry. On devine sur le dernier cité l'apparition du piano de Nils Frahm, pleine de cette beauté simple et dépouillée qui donne envie de s'y pendre avec bonheur, comme dans des bras aptes à réchauffer les plus inavouables conflits intérieurs. Parce que les bourreaux sont parfois aussi des victimes, et que leur seule culpabilité de céder au pire ne suffit pas à émettre de démagogiques jugements, la violence subie et perpétrée s'exprime en musique, mais dans ce qu'elle a de plus terrible et de plus humain. C'est probablement ce qui rend l'album aussi dérangeant.

Parce que les passages relatant de traques et d'enjeux sont les plus nombreux. Avec cette apparition subite et brutale des drums pour annoncer la sentence funeste des coups à venir, ces réacteurs venus d'un sol ne révélant aucune tranchée où se recroqueviller dans un mince élan foetal de survie; l'enchaînement entre le très affûté Premonition et le glaçant Grave, en passant par le littéralement décharné Junkyard saisissent les tripes comme un noeud coulant constitué de barbelés. Ou comme lorsque on ne peut que sentir le maintien de sentiments ténus, venant des émanations putrides qui jaillissent de la pure et opaque réverbération de Bag et Pals, la musique cherche le point de rupture, la saturation, avec justesse et presque même du vice. Voilà pourquoi probablement, le plus beau et le plus ambivalent morceau se nomme Poison.

Parce que malgré son caractère définitivement terrifiant, la musique de Restive relate une histoire d'amour, où les personnages s'aiment aussi mal que trop, jusqu'à en oublier leur existence individuelle. Même si le sound design est froid et implacable comme une prod Ableton, c'est bien là que réside tout le tour de force. Dans cette capacité à surélever le sentiment au dessus de l'abîme. La fermeture de Nils Frahm, dont les bruits des pressions des touches et des pédales font partie intégrante d'une mélodie belle à pleurer (comme l'allemand en faisait à l'époque de Wintermusik) renforcera ce bouleversant état de fait.

 

Restive est donc une oeuvre aussi sentimentale que terrifiante. Même si elle ne révélera tout son véritable potentiel qu'une fois noyée dans le support visuel, elle réunit deux monstres sacrés des territoires ambient, qui seraient bien inspirés d'élargir leur champ de collaboration. Rappelons comme souvent que le format mp3 est ici banni pour saisir toute la sève obscure d'une oeuvre qui ne pourra que bénéficier d'une installation solide, pour éviter les sensations de radiateurs qui suintent.

 

http://n5mailorder.com/images/y803.jpg

par Ed Loxapac

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Published by Chroniques électroniques - dans disque
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commentaires

Laurent 02/07/2012 21:23

A propos de Hecq et de BO, profitons de l'occasion pour dire que Night falls finissait avec une expérience à ma connaissance unique ( même si la chose n'est peut-être qu'une interprétation
hasardeuse de ma part ) : Créer la BO d'une BO, soit, en l'occurence, la BO de la musique de Delerue pour Le Mépris.

ygjk 20/06/2012 18:06

Ah bin super, merci beaucoup.

ygjk 20/06/2012 16:08

Le peu que j'en ai écouté semble vraiment impressionnant, vous auriez des pistes pour acheter en FLAC (voir même en CD)? Amazon et autres ne permettent que le MP3...

Chroniques électroniques 20/06/2012 16:45



C'est probablement parce qu'il n'est pas encore sorti je pense. Mais tu peux le commander là :


http://mailorder.ant-zen.com/product/id/1998;jsessionid=F086F0C22FC3B7764071C19F42103DDD


ou là :


http://www.adnoiseam.net/store/ben-lukas-boysen-restive_p3611.html



shift. 20/06/2012 12:34

Hâte de voir le film.
Ben LuKas Boysen, avec un K.

TechNono 20/06/2012 12:23

C'etait uniquement pour le jeu de mots... Un peu bas étage je l'avoue.

Je me ferai une idée plus concrète via Bandcamp. Nous sommes d'accord, le mp3 c'est le mal mais je n'aime pas acheter aveuglément.

Quoiqu'il en soit merci pour la mise en garde!