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18 mai 2012 5 18 /05 /mai /2012 14:19

Sortie : 21 mai 2012

Label : Dial

Genre : Krautrock, ambient

Note : 5,5/10

 

Les panthéistes sont à l’affut du moindre battement de cils de leur totem, Pantha Du Prince. Imaginez l’émulation collective lorsque ce dernier a annoncé la mise en place d’un nouveau projet. Dès lors, il ne restait plus qu’à spéculer sur l’entité Ursprung.

Quelques mois après le teasing de l’allemand, il est enfin temps d’y voir plus clair. Pour être sincère, cela fait déjà un petit moment que l’album tourne chez moi, j’ai donc eu le temps de tranquillement l’écouter et l’étudier. Et le constat est pour le moins mitigé.

 

Avant tout chose, il est nécessaire de définir les contours d’Ursprung. Il s’agit de la collaboration entre Hendrik Weber, le fameux Pantha, auteur des sublimes albums techno This Bliss et Black Noise (chronique ici), et Stephan Abry, membre du groupe électro-expérimental Workshop. Nos deux compères se fréquentent depuis quelques printemps et l’envie de mêler leurs influences s’est révélée tellement forte que la maison Dial a décidé de sortir leurs expérimentations.

Exit la techno de Pantha Du Prince et les élucubrations électroniques de Stephan Abry. Ursprung fait place à une krautrock atmosphérique. Etant moi-même plutôt réceptif à ce genre, je suis donc parti avec un apriori des plus positifs. Et d’ailleurs, ce n’est pas le morceau d’ouverture qui me contredira. Mummenschanz étale son aura sur 10 minutes élégantes. On y retrouve la basse enveloppante et si particulière de Pantha. Le morceau se structure finement, prend progressivement place en nous, grâce à la légère guitare électrique de Stephan. Et quand la basse prend l’ascendant, c’est pour mieux nous emporter dans son mélancolique sillage. Une telle ouverture ne pouvait que présager une suite élégiaque. Il n’en sera rien.

Le duo se complait directement dans un krautrock chiant et abscon, flirtant de trop près avec la branlette superfétatoire où une guitare famélique copule maladroitement avec des bidouillages électroniques anecdotiques. Une grande majorité des morceaux n’a strictement rien à raconter et ne possède aucune âme. On imagine aisément nos deux potes en train de kiffer leurs créations sans aucun recul. Même lorsque Ursprung se prend pour les séminaux Durutti Column sur le titre Lizzy, ça tombe à l’eau devant le manque d’ambition. On pense alors à un autre récent semi-caprice de star en la personne de The Field, auteur du projet instrumental indolore, Loops Of Your Heart (chronique ici).

Pourtant, Ursprung arrivera par deux fois à me sortir de ma torpeur. Premièrement avec la lente ballade plaintive de Exodus Now (joliment clipé) et ensuite avec l’immédiat et quasi-cinématographique Kalte Eiche. Est-ce suffisant pour autant ? Loin de là.

 

Pantha Du Prince et Stephan Abry, ainsi que le label Dial, déçoivent avec ce Ursprung tristement inoffensif et ne réussissant qu’à provoquer l’indifférence. C’est bien dommage surtout lorsque l’on imagine à quel point cet album aurait pu être captivant si l’on se concentre uniquement sur les quelques titres stimulateurs de rêveries désincarnées.

 

http://images.hhv.de/catalog/detail_big/00272/272168.jpg

 

par B2B

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18 mai 2012 5 18 /05 /mai /2012 01:33

Sortie : avril 2012

Label : Nomadic Kids Republic

Genre : Folk, Minimal, Ambient, Field Recordings

Note : 8,5/10

 

Avec presque un album sorti tous les ans depuis 2006, The Green Kingdom navigue dans des eaux pures mais malgré tout confidentielles. Il est amusant d'apprendre que Mike Cottone vient de Detroit, tant sa musique semble opposée à une vie citadine. Ses productions électro-acoustiques avaient jusqu'alors fait la fierté et le bonheur de labels tels que SEM, Own Records et Smallfish. Jusqu'à ce qu'un certain Ian Hawgood, à la tête de l'extraordinaire label Home Normal et de sa jeune "filiale" Nomadic Kids Republic, ne vienne lui proposer une toute nouvelle exposition. J'avais moi-même chroniqué son Twig & Twine à l'automne 2009, mais la simple et rapide lecture de cette ancienne chronique me fait trop honte pour que j'ose communiquer aujourd'hui son lien. Egress est sorti le mois dernier, les exemplaires physiques n'ont presque pas eu besoin de promotion pour pratiquement tous s'écouler. Normal vous dirais-je, Egress est dans son genre, le meilleur album que j'ai eu l'occasion d'écouter cette année.

 

Qu'est ce que le minimalisme, au delà de cette étiquette parmi les autres qui permet à l'auditeur de se repérer ? C'est pour certains artistes (des vrais) une contrainte. Celle de devoir être évocateur avec peu et de parfois se laisser aller à l'essentiel en oubliant le superflu. Si certains ont érigé le minimalisme en tête de proue d'ambitions artistiques pseudo-contemporaines, d'autres refusent d'opposer le trop et le pas assez, rappelant à tout ce beau petit monde que la musique existe avant tout pour être écoutée par un plus grand nombre de curieux.

Fin de cette parenthèse qui n'apportera, je vous l'accorde, strictement rien à la chronique, mais qui soulignera comme il se doit, le tour de force tranquille réalisé ici par The Green Kingdom. Car Egress est un album de musiques électro-acoustiques qui sait transmettre tellement avec si peu. Nul besoin d'être doté d'un background impressionnant en la matière, pour succomber face à tant d'élégance et de simplicité. Il est donc accessible au plus grand nombre. Il suffit d'avoir un coeur et une installation hi-fi ou un casque pas trop dégueu, pour en faire le compagnon idéal à emmener sur une île déserte. Les plus jusqu'au-boutistes auront peut-être envie de se la jouer retraite Into the Wild, de quitter les bureaux oppressants pour aller se reposer à l'ombre d'arbres millénaires et vivre du fruit de leur chasse et de leur pêche. Rassurons d'ores et déjà les plus sceptiques, Egress n'est pas un album qu'on écoute chez Truffaut et n'a pas été playlisté par les communicants de chez Nature et Découvertes.

Les majestueux crins de Emerald Perspective nous transportent immédiatement vers des territoires calmes at apaisants. L'ambient, comme les drones et les field recordings, participent forcément à rendre ce soundscaping si immersif. Celui qui pose les oreilles et les pieds au creux de ces sentiers accueillants sera donc attentif au moindre boulversement, enveloppé dès les premières secondes d'écoute vers un microcosme auditif où la volupté et l'enchantement sont les seuls guides. Je ne reviendrais pas sur ma pseudo-thèse au sujet du minimalisme, mais mon dieu, comment est-il possible de témoigner d'autant de richesse avec un tel simple saupoudrage.

Je vous épargnerais mes visions ô combien personnelles, de farfadets rieurs courant à travers les touffes et les bosquets, de ce sentiment d'être enfermé dans une bulle de savon tel un narrateur omniscient des secrets d'une forêt chimérique. La catharsis, dépourvue de toute substance dramatique est pourtant bien là. Cachée derrière ce pur et troublant sens de l'esthétisme.

Signalons d'ores et déjà que les titres Woolgathering et Butterstorm sont des indispensables du genre. L'enchantement est de mise, surtout quant le deuxième cité lorgne du côté d'une folktronica savoureuse et fragmentée. Sur le premier, les accords simples de la gratte, associées à ce contraste dans les textures, entre le vert clair et le vert foncé, entre l'opaque, le nébuleux et le cristallin, ravivent les sentiments déchus des années de l'enfance ou à moindre échéance, d'une période où l'insouciance était de mise. Dans un genre aussi ondulé et plein de réverbérations limpides, l'excellent Rusticlub s'en tire plus qu'à bon compte, mais son caractère plus immédiat sur le versant émotionnel l'empêchera de prétendre au même niveau d'excellence. Idem pour la courte encordée homéopatique de The Caves of Summerisle.

C'est donc avec un plaisir encore plus grand qu'on accueillera les drones plus lourds et l'atmosphère plus embrumée de l'excellent Gray Waves, avant que notre nouvelle et virtuelle clairière préférée puisse prétendre à une jachère méritée sous un tapis neigeux, lors du morceau final au titre extrêmement bien choisi.

 

The Green Kingdom livre avec Egress son album le plus abouti et le plus remarquable. Il est encore temps de se le procurer via certains mailorders. Inutile de vous rappeler tout le bien que je pense de Home Normal et de Nomadic Kids Republic. Voici un album qui apporte la paix et le repos. Conseillons le donc à ceux qui souhaiteraient soigner leur éternel sentiment d'insécurité.

 

http://www.fluid-radio.co.uk/wp-content/uploads/2012/05/cover6.jpg

par Ed Loxapac

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16 mai 2012 3 16 /05 /mai /2012 00:55

Sortie : avril 2012

Label : Denovali

Genre : Doom Jazz, Experimental

Note : 8/10

 

Versant plus doom et plus expérimental du Kilimanjaro Darkjazz Ensemble, The Mount Fuji Doomjazz Corporation est toujours emmené par Jason Kohnen (Bong-Ra) et son comparse Gideon Kiers. Si on ne compte plus les projets du blond dreadlocké (Wormskull, Death Storm...), on ne prend pas de grand risque en affirmant que celui qui nous occupe aujourd'hui est celui qui déchaîne le plus les passions, de par sa définitive vocation live et spontanée. Planet Mu, Ad Noiseam, puis enfin la crémerie plus que recommandable Denovali, autant de labels majeurs sur lesquels cette formation opaque et cosmopolite diffuse son free-doom-jazz narcotique. De même que pour TKDE, la place des intervenantes féminines est plus que prépondérante, même si le violoncelle de Nina Hitz est cette fois-ci absent. Avec en tête, le trombone de Hilary Jeffery, accompagné par la voix pure de Charlotte Cegarra et le violon de Sarah Anderson cher aux fans de Chrome Hoof. Enregistré en live à Moscou, le quatrième album de la formation, Egor, est disponible depuis un peu plus d'un mois chez Denovali.

 

On en connaît qui ont dû prendre sévèrement cher à Moscou. Assister à un concert comme celui-ci relève de l'expérience, sonique et psychédélique. Car ce qui impressionne toujours avant tout chez TMFDC, c'est l'état d'urgence qui s'expulse de leur musique, ainsi que cet éternel besoin de se mettre en danger, de sortir du confort du studio. Voilà pourquoi à l'heure même où j'écris ses quelques lignes, le combo continue de sillonner les routes de la Russie.

Il y a d'ailleurs dans Ergor des symboles qui ne tromperont pas la ferveur du peuple russe. Ainsi que des hommages directs à l'Europe de l'Est, dans la mélancolie des violons dignes de comptines dramatiques ashkenazes, qui auront l'intelligence et la bienséance de ne pas résonner comme des covers de Mein Yddishe Mame ou de la B.O de la Liste de Schindler.

Le groupe peut se permettre d'introduire son set en jouant à bas volume pendant près de dix minutes, plantant leur décor aussi plombant qu'orchestral. Puis, le trombone de miss Jeffery s'accentue jusqu'à affirmer la sentence, tandis que la voix de cantatrice de Dame Charlotte virevolte parmi les bidouillages hurlants de Sir Kiers. Pendant plus d'un quart d'heure, Lift Mashiny dévoilera dans toute sa progression les premiers contours de l'oeuvre.

Même si ça peut faire vomir certains puristes, la formation s'approche de plus en plus du jazz, même si l'enfermer dans cette noble mais trop hermétique case relève de la gageure. Alors oui comme dit un certain Nicolas de Berlin qui les connaît bien, "leur musique a gagné en consistance jazz ce qu'elle a perdu dans ses aspects les plus doom". Mais il y a toujours dans les fresques étalées, un reliquat post-rock, drone, ambient et même quelque chose qui vient du sound design. J'en veux pour preuve, les expérimentations toujours plus létales et franches de Gideon Kiers, qui sont définitivement avec la guitare de Eelco Bosman et les basses de Kohnen, les points d'armatures principaux de ce squelette complexe, beau et malade.

Voilà pourquoi, Stuchat' Kulakom Lestnitsa et Kosmonavt Rasputina (presque 40 minutes à eux deux) sont les pièces maîtresses de l'album. Parce qu'elles représentent cette synthèse brute et violente, aux confins de l'opéra post-rock et de la musique improvisée. La complémentarité des différents éléments est impressionnante, cette divine imbrication liante est la preuve des années passées à jouer ensemble et à écumer les scènes du monte entier. La fusion, voilà un mot qui ne veut depuis longtemps plus dire grand chose, mais qui apparaît définitivement comme le terme le plus adapté pour déterminer l'Ensemble. Ceux qui auront la bonne idée d'acquérir l'album n'auront certes pas de visuel associé, mais la retranscription du live est si bien réalisée que l'expérience psychédélique ne perdra que peu de sa substance. Et dieu sait que les albums live relèvent parfois de l'arnaque.

 

Savourons donc l'écrin ici offert (vendu en fait). Car même si le titre final connaît quelques longueurs, ses dernières mesures révèlent quelques surprises qui attestent que la musique du combo est définitivement à prendre au sérieux, même si eux ne semblent animés que par la passion et la spontanéité. Un groupe à voir en live avant ou après la mort.

 

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par Ed Loxapac

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15 mai 2012 2 15 /05 /mai /2012 13:20

Sortie : Mars 2012

Label : Exit Records

Genre : Ambient, expérimental et j’en passe

Note : 8/10

 

Dan Griober, plus connu sous l’entité Dan HabarNam, est un producteur roumain d’une trentaine d’années. Peu connu, si ce n’est totalement ignoré, dans notre contrée, le mec bosse pourtant dans la musique depuis une petite dizaine d’années et est notamment membre des duos Unu’ et Hard B.. Mais ce qui nous intéresse aujourd’hui, c’est la sortie de sa première galette solo, From The Known, étrange et attachant objet hybride.

 

Album ouvert aux quatre vents, From The Known est un parcours initiatique dont le salut passe par l’égarement. Son apparente simplicité n’est qu’un leurre imposé par son immersion progressive. Dan HarbarNam a intelligemment agencé son album de manière circulaire, en prenant un malin plaisir à répéter certaines sonorités à l’infini. Pris au piège de ce cercle vicieux, vous faites face à un mur infranchissable. Les sonorités font échos dans votre esprit, vous obligeant à remettre à plat vos certitudes.

Difficile de catégoriser From The Known. La carapace ambient n’est là que pour mieux cacher un intérieur où se mêle musique expérimentale, post-dubstep, bass-music, techno et même, si ce n’est surtout, tout un pan du space-rock des 70’s. Une guitare omniprésente mais fuyante donne ainsi à l’album des allures d’odyssée aérienne. Mais attention, nous sommes bien loin d’un rétro-futurisme assumé, il s’agirait plutôt d’hommage contenu.

Tout semble lointain et fragile lorsque débute l’album. Record et Divided sont des pièces tremblantes, capable de s’effondrer à tout moment. Alors que vous commencez à fermer les yeux, The Known se fait plus grave et vous surprend avec ses coupes nettes à la serpe. Mais l’anesthésie locale vous protège de la douleur. La rythmique peut alors prendre l’ascendant sur un Memory volontiers plus frontal. Le trip prend alors des allures de déambulation nocturne schizophrénique sur Betray The Present avant de se muer en fuite en avant sur la techno lointaine de Becomes. S’en suit une descente progressive s’achevant sur la basse écrasante de Regeneration. La boucle est bouclée, le rêve consumé.

 

Dan HabarNam signe un superbe album d’ambient éclatée et éclatante, à la poésie reculée. From The Known rappelle en cela l’extase triste des tableaux d’Edward Hopper. Une telle œuvre doit se vivre pleinement pour mieux vivre l’abandon.

 

http://www.hypestreet.ro/wp-content/uploads/2012/04/dan-habarnam.jpeg

 

par B2B

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14 mai 2012 1 14 /05 /mai /2012 01:09

Sortie : 21 Mai 2012

Label : Warp

Genre : IDM bariolée, Drill'n bass édulcorée

Note : 4,5/10

 

Tom Jenkinson est une légende. Un de ceux qui a assis la réputation et la créativité du label Warp et de l'IDM avec Aphex Twin, Boards Of Canada, Autechre ou Plaid dans une moindre mesure. Bassiste, batteur et pianiste, Squarepusher voue un véritable culte au jazz, plus particulièrement à celui de Miles Davis, Jaco Pastorius ou Joe Zawinul. Même si ses talents de musicien naturel étaient au dessus de la moyenne, il a rapidement compris que les limites de la technique musicale pure pouvaient être dépassées, grâce aux bécanes analogiques, et au hardware encore un peu plus tard. Car franchement, il y a fort à parier que tout comme AFX, il n'en a jamais rien eu à branler de ce fameux concept qu'est l'IDM. Même si ils en sont probablement deux des plus importants artisans. Son truc à lui c'est le jazz, comme l'acid est définitivement le truc du Richard. C'est d'ailleurs ce genre, que beaucoup décrivent comme éternel, qui fait la liaison entre les deux virtuoses. De cette amitié réelle accouchera Feed Me Weird Things sur Rephlex, album mythique qui assoira définitivement la filiation naturelle entre le jazz et une certaine idée de la D&B.

C'est ensuite la période bénie, celle de l'épopée héroïque de Warp, entre 1997 et 2001. Citons donc Hard Normal Daddy et Burningn'n Tree comme deux autres indispensables de la discographie du bonhomme. Certains puristes avérés décrivent la sortie de Go Plastic comme le début de la compromission vis à vis des racines jazz. En atteste My Red Hot Car, titre dancefloor composé par Jenkinson pour se foutre un peu de la gueule d'un de ses potes, qui jugeait sa musique comme trop cérébrale. Il n'empêche que cet album contient des tueries vrillées et ludiques absolues. Tout comme le bruitiste et probablement trop en avance sur son temps Ultravisitor.

C'est ensuite que les emmerdes (et l'esbroufe ?) commencent. Avec le live "foutage de gueule" de Do You Know Squarepusher, le ludique mais trop funky Hello Everything, l'anémique et pasteurisé Just A Souvenir, la branlette de Solo Electric Bass et le projet inaudible d'infusion R&B/909 Shobaleader One. Ufabulum est annoncé comme un album qui réhabilite le son Squarepusher d'antan. Ceux qui le dise sont des gens crédibles et de bonne compagnie. Voyons voir si notre indécrottable aigritude saura taire sa bile.

 

Reconnaissons tout de suite que si Ufabulum avait été l'oeuvre d'un illustre inconnu d'Europe de l'est, nous aurions salué le potentiel technique incroyable ici étalé. Nous l'avons fait à maintes reprises, pour des gens qui n'ont d'ailleurs que trop rarement transformé l'essai. Seulement voilà, Ufabulum est l'oeuvre d'un dieu vivant. Les bleeps du plutôt pas si pourri 4001 ne feront donc que peu de temps illusion, car Ufabulum trahit un triste vide sur le plan de l'originalité et de la composition. Encore plus quand on ressort le vieux matos légendaire pour lui donner une tonalité plus cliché qu'autre chose. Je parle bien sûr de l'omniprésence de certains synthétiseurs mythiques, qui font ici certes bien joli dans le casting, mais dont le jeu n'est finalement digne que de la série B. Inutile donc après ça de s'acharner à descendre le criard et bien trop sucré Unreal Square et de tout ce qui suivra jusqu'au pauvrissime Red In Blue, qui ressemble plus à un interlude raté et étiré qu'à autre chose. Reconnaissons tout de même qu'il y a quelque chose de naïf et rafraîchissant dans Stadium Ice, quelque chose qui rappelle un peu certains titres de Hello Everything. Maigre consolation car c'est définitivement ça le principal problème de ce nouvel opus. Plusieurs tracks rappellent de loin le génie que fut Squarepusher. Parce qu'il renoue avec les sons bleepiens et une certaine déstructuration. C'est un peu le principe de la caricature, que de grossir avec excès les traits de l'original. Nous faire croire que c'est comparable, ça relève par contre de la malhonnêteté, ou à moindre échelle, à de la publicité mensongère.

Tout ce qui paraissait autrefois maîtrisé, même dans la frénésie la plus débridée, résonne ici comme des brouillons de faces B, sortis des fonds d'un disque dur pour tenter de continuer à exister. Un titre nommé The Mettalurgist méritait donc forcément mieux que cet amoncellement de régurgitations, de gargarismes digitales presque empruntés à une french touch (sans majuscules) 2.0 en errance. Voilà pourquoi Drax 2 est particulièrement réjouissant. Parce qu'il prend son temps pour installer son infection dans la cathédrale, parce qu'il est captivant et qu'il laisse planer le doute sur l'issue du morceau, à l'aide de griffures nettes et sans bavures. Ne boudons donc pas notre plaisir quand à la quatrième minute la rythmique se déchaîne enfin comme il se doit. Avec ce qu'il faut de folie dans la maîtrise pour mettre tout le monde d'accord. Mon constat à propos de Dark Steering sera plus nuancé même si in fine, il peut jouir de la même efficacité. Je n'arrive pas à avoir d'avis définitif à son propos. C'est surtout que je ne parviens pas à le détester, même si il le mériterait peut-être, avec son débarquement de beats taillés dans le laser de jedi et ces bolides du futur tunnées à la portugaise. Idem pour 303 Scopem Hard, qui même si il n'est pas plus impressionnant que ça, démontre que Jenkinson a retrouvé les modes d'emploi de l'analogique. De tels hommages se trouvent un peu partout sur l'album, 808, 909, 303, autant de modèles de bécanes des années 80 qui peuvent faire rêver quand on sait les dompter. La dédicace à une certaine acidité sur le final Ecstatic Shock, sera un brin trop convenue pour s'avérer de qualité. Dommage. J'aurais voulu y croire.

 

Vous l'aurez donc compris, il n'y a pas de temps à perdre avec ce nouvel album de Squarepusher, sauf si c'est pour se remémorer à d'épars moments la magie du passé. Pour ça, il vaut mieux investir dans ses glorieux albums précédemment cités, vendus actuellement à un prix pas trop abusif. Si Squarepusher n'en finit plus de décevoir, il demeure malgré tout un mythe. L'euphorie autour de ce nouvel album a de quoi faire sourire, ou pleurer. Vous qui nous accuser souvent de prétendre détenir une certaine vérité, autorisez nous à vous la faire partager. Cet album est quand même, un peu à chier.

 

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par Ed Loxapac

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10 mai 2012 4 10 /05 /mai /2012 09:21

Sortie : 24 Avril 2012

Label : Epic

Genre : Hip-hop hardcore

Note : 7/10

 

Le premier album de Death Grips, Ex-Military (chroniquée ici), m’avait mis dans le doute. S’agissait-il d’une imposture ? Autant de violence dans un album de rap me semblait trop calculée pour être sincère. Et puis d’ailleurs, à qui s’adresse le groupe si ce n’est à un parterre de blancs petits-bourgeois pour qui la révolution ne se dessine qu’au travers de concerts faussement subversifs de SebastiAn. Et finalement, pour la sortie de The Money Store, et suite à quelques récents lives pour le moins concluants (dont celui du récent Coachella) et des clips toujours aussi radicaux (récents exemples ici et ici), j’ai pris sur moi et décider d’appréhender le hip-hop du groupe au deuxième degré, tout en gardant en moi un puissant côté adolescent, prompt à pogoter comme un abruti, dans une optique uniquement exutoire.

Death Grips redéfinit les frontières du hip-hop. Le combo de Los Angeles a décidé de foutre des coups de pelles dans la gueule de tous les groupes, les poussant dans la tombe, afin de les enterrer vivant. Le duo nous ressert donc la même recette que sur son précédent opus mais il a appris à moins se fractionner, gagnant en cohérence ce qu’il perd en légitimité. Le batteur Zach Hill et MC Ride sont toujours aux commandes et le rouleau compresseur dévaste tout sur son passage.

Dès le micro sample de Get Got, martelant violemment votre cerveau, vous êtes en guerre. Cette  violence est inouïe mais en même temps jouissive. L’impression de se faire scier les gencives sur The Fever, tout en subissant outrageusement les postillons de MC Ride, ne sont qu’un prémices à la bataille. The Money Store étale son énergie punk le long de 13 titres rugueux et corrosif. De la bombe à fragmentation, avant un final découpé à la hache, de System Blower, aux sirènes annihilantes de The Cage, tout est fait pour que vous soyez dans l’obligation de supprimer tout recul. Vous ne pouvez plus réfléchir, vous vous contentez d’encaisser les coups. Et quand Fuck That prend la direction de Cannibal Holocaust avec sa rythmique tribale, vous êtes définitivement perdu. Il faut alors attendre la délivrance sur un Hacker à l’électro stupide et provocante.

Maintenant, soyons sérieux un instant. The Money Store n’est rien moins qu’un exutoire primaire, si ce n’est débile. Pour l’apprécier pleinement, il est nécessaire de savoir débrancher son cerveau. Ce vivier à émeutes n’est qu’un subterfuge destiné à ébranler la classe moyenne. Il faut donc prendre l’album comme il se doit : un succédané à une révolte qui ne viendra jamais. Mais pourtant, si tant est que l’on veuille bien adhérer au principe, le résultat demeure imparable d’efficacité et de brutalité.

 

http://new.assets.thequietus.com/images/articles/8366/Death_Grips_1332844031_crop_550x550.JPG

 

par B2B

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8 mai 2012 2 08 /05 /mai /2012 23:39

Sortie : février 2012

Label : 12k

Genre : Folk ambient, Lo-Fi, Experimental

Note : 8/10

 

L'écossais Gareth Dickson est quand même un sacré poissard. A peine tombé raide dingue d'une belle argentine, il part rejoindre sa dulcinée dans ses terres fertiles. Là-bas, il se fera mordre par un chien, échappera par miracle à la mort suite à une fusillade, et comme si cela ne suffisait pas, l'avion dans lequel il était embarqué a failli se crasher après qu'un des moteurs se soit mis à flamber. verni le mec non ? La petite histoire (communiquée par le label) ne dit pas si la belle a préféré se tenir à distance de son courtisan malchanceux. Voilà pourquoi le beau Gareth n'a rien sorti d'inédit entre 2007 et 2010. Souvent comparé très justement à Nick Drake depuis ses débuts, Gareth Dickson fait de la folk mais signe finalement souvent ses albums chez des crémeries électroniques, ou plutôt électro-acoustiques. Comme son Solina Sea, paru sur le regretté Benbecula de Christ. en 2005. C'est cette fois-ci sur le 12k de Taylor Deupree qu'il vient faire gémir sa six cordes. Il est vrai que le label de Brooklyn s'éloigne de plus en plus des expérimentations complexes qui avaient fait sa renommée pour succomber à des sonorités plus apaisées et organiques. Voilà pourquoi les oeuvres de Gareth Dickson y ont plus que jamais leur place, s'inscrivant pleinement dans cette nouvelle trajectoire. 

 

Vu ce que le bel écossais a traversé, on comprendra que son métaphorique songwriting se soit vu troublé par des sentiments qu'on qualifiera de légèrement paranoïaques. Le thème principal de ses lyrics évoque la déception amoureuse mais transmet un genre de spleen heureux et parfumé par les embruns. L'être aimé, ne fut-ce qu'un instant, ne laisse-t-il pas trace de son passage dans un éternel souvenir même quand il cède à d'autres cieux. A la seule pensée de ces instants uniques, vient parfois se former au coin des lèvres un sourire plus nostalgique que réellement triste. Les titres comme l'angoissé et presque fou Get Together, le minimalisme lyrical du rafraîchissant This Is The Kiss ou le très parlant Jonah de clôture illustre particulièrement ce ressenti. It's a big old sea, And you are cold and cowardly, Now you live from a memory...

Jamais on ne se prend à culpabiliser des déboires de Gareth. Ceux là sont tellement bien amenés. Rarement un truc aussi lo-fi n'aura semblé si propre et limpide. Car oui, l'écossais sait aussi taire sa peine orale, pour décliner ses gammes de cordes. Outre la technique (bluffante) de jeu très "piquée", le plus savoureux réside dans les différentes et très vintage méthodes d'enregistrement (tape recorder). Les titres Quite A Way Away et Happy Easters sont donc muets, mais dégagent des effluves preques ambient tant la démarche de spatialisation est forte. Les textures des cordes font preuve d'un joli contraste, déploie presque un dégradé chromatique chez les fous (bénis) qui voient des trucs que personne ne voit quand ils écoutent de la musique.

Gareth Dickson est aussi pertinent quand il se tait ou quand il pince, caresse et pique ses cordes comme des muses dociles et compréhensives. Ce qui charme encore plus, c'est ce côté si hésitant dans le chant, parfois à la limite de la justesse, face à ses chutes de cordes perlées. Le plus bel exemple, et le plus beau titre de l'album est d'ailleurs probablement le féerique Nunca Jamas, ôde à un pays imaginaire sans crainte et sans déception.

Parce qu'à Chroniques Electroniques, nous ne faisons que trop rarement l'apologie des guitares folk et des paroles, révélons une partie de celles de l'énigmatique Adrenalin pour vous donner une idée un poil plus précise de la poésie triste et chaude de Dickson.

The room now awakes

We are in place

Pearls are a dull pale dud

Flames are an old cold fake

We lie here in wait

 

Gareth Dickson est un insatiable voyageur qui va régulièrement à la rencontre du public. Les chanceux résidents de la belle ville de Strasbourg pourront le voir gratuitement se produire en concert dans l'intimité d'un appartement le 22 mai au soir. Votre serviteur y sera. Pour les autres, il reste encore quelques exemplaires à acquérir chez 12k. Quelques cordes de finesse dans un monde de brutes. 

 

http://images.junostatic.com/full/CS1900039-02A-BIG.jpg

par Ed Loxapac

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8 mai 2012 2 08 /05 /mai /2012 11:33

Sortie : 7 Mai 2012

Label : Versatile

Genre : House

Note : 4/10

 

Nous recevons la plupart des disques dont nous parlons. Chaque album s’accompagne d’un petit dossier presse nous présentant l’artiste et le projet. Ces lignes toujours dithyrambiques sont souvent un délice d’hypocrisie. Pour I:Cube, on atteint un niveau insoupçonné : la prétention absolue. Le texte apologique n’en finit plus de tenter de nous faire croire que c’est la première fois qu’un album est aussi brillant, extraordinaire, qu’il va révolutionner le monde,… Ça en devient tellement étouffe-chrétien que ça confine au risible. Bref, poubelle immédiatement pour ne pas biaiser mon regard.

Derrière I:Cube se cache le français Nicolas Chaix. Cela fait une bonne quinzaine d’années que le mec officie dans le milieu house français. Il a sorti une petite poignée d’albums sympathiques à l’époque. I:Cube est aussi membre du duoChâteau Flight avec le trublion Gilb’r. Après 8 années de silence, « M » Megamix voit donc le retour de Nicolas sur un long format.

 

L’album repose sur une idée simple : proposer une mégamix de 24 titres pour moins d’1h. Le pari est intéressant d’autant qu’il est particulièrement difficile de réduire des morceaux house à l’essentiel. I:Cube vient donc piocher allègrement dans sa discographie passée et inédite. « M » Megamix se pose comme un voyage pléthorique dans la house, d’hier à aujourd’hui. Oui enfin pour le présent, on repassera. En effet, l’album dans son intégralité puise dans une house bien trop datée et manquant singulièrement de contemporanéité.

L’entrée du mix se focalise sur une house 90’s, hésitant entre disco-spatiale kitsch et acid-house. In Alpha entame une difficile mutation vers une house compressée, estampillée french-touch 00’s. S’en suit une phase plus moite et plus cérébrale à partir de Jah Menta. La fin, fourre-tout, pioche dans la disco et la house de backroom avant de livrer le dernier maxi d’I:Cube, Lucifer en Discothèque, house musclée à l’énergie rock primaire.

L’idée du mix n’est pas mauvaise en soi et rend l’album assez ludique. Ca zappe rapidement d’un morceau à un autre, sans aucun souci de soigner les transitions. On se prend aisément au jeu. Mais passer le déballage du cadeau, il ne reste pas grand-chose. On écoute l’album sans jamais se focaliser sur un morceau ou une idée et, quelque part, c’est peut-être un mal pour un bien. En effet, si l’on se met à écouter attentivement ces extraits, on se rend compte de leurs faiblesses et de leurs côtés passe-partout. De plus, I:Cube a la fâcheuse tendance de surcharger inutilement ses tracks avec des apparats pour le moins inutile et des gimmicks éculés. Cela en devient très vite épuisant. Et c’est ainsi que l’ultime morceau, SH 50 Storm, se révèle être le plus intéressant puisque supprimant tout artifice superfétatoire, se concentrant uniquement sur une base house 80’s et refusant tout beat.

 

« M » Megamix a beau être un objet ludique, cela ne suffit pas à sauver l’album. Taillé pour une séance de gym tonique, il ravira les zappeurs et fans de house sautillante. Les autres écouteront le disque avec un sourire en coin en se disant que décidément, non, ce n’était pas mieux avant.

 

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par B2B

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7 mai 2012 1 07 /05 /mai /2012 02:40

Sortie : avril 2012

Label : ant-zen

Genre : Dark Folk, Ambient médiéval

Note : 8,5/10

 

Nicolas Van Meirhaege, ou Sal-Ocin est probablement un des artistes les plus passionnants et les plus prolifiques d'une certaine scène dark et industrielle. Le belge participe à la formation très rythmique et un poil rébarbative This Morn'Omina, au duo passionné par les anciennes cultures amérindiennes Tzolk'in avec Flint Glass, à Ah Cama-Sotz. Mais c'est probablement sous son avatar le plus personnel, Empusae, qu'il se montre le plus fascinant. Pour mémoire, vous pouvez (re)lire la chronique de son excellent et très abstrait Organic.Aural.Ornaments avec Shinkiro ici. Jamais avare en matière de rencontres et collaborations, Nicolas a sorti de nombreux disques sur Hands Productions et est un proche des bavarois de chez ant-zen. L'impatience et l'excitation se conjuguent dès l'annonce de la sortie d'un nouvel album. Symbiosis est disponible depuis à peine une quinzaine de jours, mais risque de tourmenter mes nuits pendants des années.

 

Il est extrêmement compliqué à notre époque d'arborer en musique une esthétique gothique sans en incarner les poncifs, maintes fois étalés. Il n'est pas forcément non plus nécessaire d'être triste pour se sentir bien sur les sentiers de la dark musique. Pour l'album aujourd'hui dévoilé, on parlera d'ailleurs plus de dark ambience que de dark ambient, tant la richesse dans l'enluminure rend la seconde dénomination obsolète, dans ce cas précis. Si les adorateurs des tambours et de la palette rythmique de Empusae trouveront ici leur compte, c'est définitivement dans son songwriting, dans sa capacité à s'entourer d'invités divers et variés et dans la profonde musicalité de Symbiosis qu'il faudra le plus plonger. A mon humble avis profondément inspiré par La Divine Comédie et par Le Paradis Perdu, c'est finalement plus du côté de John Milton, de Dante Alighieri, des tableaux du Caravage que des chemins infinis et sableux de Frank Herbert qu'il faudra chercher l'hommage. Car Symbiosis est une fresque relatant la tragédie humaine et ses tribulations. Dans certaines histoires tragiques les personnages doivent à la fin mourir, ou du moins faire semblant, parce qu'il n'est pire douleur que le souvenir du bonheur au temps de l'infortune. L'amour, la violence, la mort, l'allégorie du pêché, la peur du créateur en sont forcément les plus beaux ingrédients. Vous qui entrez, abandonnez toute espérance, même si l'Enfer est souvent pavé de bonnes intentions, d'autant de pêchés capitaux que de vertus cardinales.

Si l'oeuvre de Empusae est plus décousue, moins chronologique et donc plus anarchique dans sa conception que La Comédie, elle est aussi cousue de chants, commençant par le lugubre et terrifiant One And The Same, qui plantera idéalement les premiers éléments de ce décor digne de l'anté-purgatoire. L'instrumentation, aussi lyrique que fantomatique, est à la hauteur du monument.

Des eaux boueuses de l'Acheron (Deceivious Water) et du rivage de l'île proviennent des voix célestes et damnées (celles de Ann-Mari Thim, Peter et Cecilia Bjargo) pour mieux retenir ou faire passer les âmes du bon ou du mauvais côté de la Porte. Ce titre au rythme lent mais diaboliquement haletant tire toute sa substance dans sa progression, ses orchestrations de cordes et ses choeurs hérités du sacré, mais surtout parce qu'il introduit quelque chose de beaucoup plus lacéré et éprouvant : Dissection Of Purity.

Si la musique se suffit à elle-même pour retranscrire tout l'aspect torturé, les plus imaginatifs d'entre vous pourront aisément être les témoins muets des sévices subis par les blasphémateurs, les usuriers, les gourmands, ou autre comte Ugolin, coupable d'avoir anéanti sa propre progéniture et par conséquence, condamné à être dévoré de l'intérieur pour l'éternité.

La Rivière Noire, susurrée habilement par Christelle Morvan (l'artiste Chris Nesis, compagne de Empusae) reflète probablement dans sa narration, une hypothétique incartade de Béatrice et Dante avant de contempler la Rosa celeste, comme Adam et Eve au jardin d'Eden, car être amoureux, c'est se créer de toutes pièces une religion dont le Dieu est faillible. Encore une fois la rythmique, comme la trame ambiante, claudicantes et fractionnées sont au service d'un ensemble, abstrait mais définitivement pictural.

Parce que peu de mots peuvent décrire le déchirant et sublime Seven Types Of Ambiguity, les chemins de la damnation explorés par ce piano si simple et si essentiel et les paroles désarmantes de Nick Grey (avec qui Empusae avait déjà collaboré il y a quelques années) n'ont nul besoin de l'analyse de ceux qui n'ont pas cédé au baptème.

Le purement instrumental, désertique et très ambient Kralizec fait un lien curieux mais pourrait finalement prétendre au titre de Kwisatz Haderach entre les époques, les mythes, croyances anciennes et théories d'anticipation. Celà pourrait être celà, le Paradis Perdu moderne.

 

Entièrement dépourvu des propos moralistes des oeuvres indispensables précédemment citées, Symbiosis est une expérience à vivre seul(e), face à ses propres constats ou non. La vérité du drame est dans ce pur espace qui règne entre la stance heureuse et l'abîme qu'elle côtoie : cet inapaisement total, ou cet ambiguité suprême. Parce que vous aussi, vous aimez vous mettre en slip pour citer Saint-John Perse, procurez vous cet album mystique et littéralement habité.

 

http://imageshack.us/a/img805/6743/essb.jpg

par Ed Loxapac

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5 mai 2012 6 05 /05 /mai /2012 00:09

Sortie : mars 2012

Label : Hands Production

Genre : IDM, Expérimental

Note : 9/10

 

Après 5 ans de silence, Talvekoidik réintègre le devant de la scène. Enfin, une scène bien particulière. Kai Christian Hahnewald est un membre du groupe de rhythmic noise S.K.E.T. fidèle à Hands Production. En 2007 il réalise son premier album, le dense et plus qu'inspiré Silent Reflections, qui sort en trois versions. En série limitée et avec des artworks différents chez 9t9 Records puis sous la forme d'une ré-édition chez Brume Records, label co-géré par le français Gwenn Tremorin. Il suffit des deux premiers titres pour classer ce disque au rang de tuerie. Aujourd'hui l'Allemand réintègre Hands pour sortir Negotiate The Distance, un deuxième album lourd de promesses.

 

Si son premier essai s'est avéré parcouru de sursauts d'emphase, d'une sorte de lyrisme indus, Negotiate The Distance rompt avec toute forme de surenchère. Le propos est épuré, la forme, magnétique et vibrante. L'oeuvre traite de la problématique de la distance, en lien avec les comportements humains, de ces jeux sociaux qui questionnent l'émotion et l'espace. L'idée de surmonter la distance – car tel est le sens du titre – s'inscrit également dans des logiques concrètes, évoquant ainsi la promiscuité urbaine, les immeubles poulaillers. Tel est le sens de l'artwork. Oui, Talvekoidik est quelqu'un qui intellectualise la musique. Non, ce n'est pas une tare. L'inverse fonctionne aussi, mais il peut être bon se prémunir du sens dépréciatif qui tend à planer sur ce terme, l'hypocrisie n'étant jamais loin. Précaution prise, il ne faudrait pour autant oublier qu'un tel album est en premier lieu une affaire de ressenti, d'émotions brutes et pourtant ambiguës, d'atmosphères si présentes qu'elles en paraissent réelles. Talvekoidik prend le brouillard comme fil rouge. Les drones guident ainsi l'oreille du début jusqu'à la fin, créant ce tissu de vibrations qui tantôt calfeutre, tantôt déroute. L'homme brasse l'IDM, l'expérimental, l'indus aux consonances tribales qu'il distille au milligramme. Difficile de nier des éléments néo-classiques quand piano et cordes occupent un tel espace. Outre des influences comme Beefcake ou Gridlock, l'Allemand s'inspire des musiques traditionnelles arabes, scandinaves, celtiques. Quoique officiant dans des genres différents, les fans du prodige français Hol Baumann ne perdraient probablement pas leur temps à se pencher sur ce que nous avons là. 

Par rapport à Silent Reflections, le changement majeur s'opère au niveau du beat qui, dans le tableau, s'éloigne pour devenir un détail de l'armature. Rien, absolument rien n'est à abandonner dans cet album. Du drone opiacé et solennel de Take A Deep Breath jusqu'à la retombée délicate et dépouillée de Awaiting You To Return, les perles se succèdent. L'exceptionnel The Tree Knows A Secret, qui annonçait l'album et attisait les attentes, en résume l'esprit. Sa trame est une basse grondante, à l'impact lourd et incessant, qu'enlacent des volutes vocaux murmurés. Lorsque l'ensemble se stoppe pour reprendre dans un ultime gong, votre crâne se fait caisse de résonance. Au grade des beautés absolues, j'ajouterai à ce morceau Curtis Went Away, As Nobody Listened et Unreal Yearning. Le premier se détache du fait de sa rythmique cutée et puissante, jusqu'à l'instant fatal où tout vous reflue à la gueule. Tissé d'arabesques de violoncelle, de percussions et d'un piano volage, le second est de ces pièces que les mots ne savent décrire. 

 

Rares sont les albums qui délivrent un tel noeud d'émotions, qui vous plongent dans un état incertain, vulnérable, limpide et comblé. Expression d'un esprit torturé, Negotiate The Distance fait de la noirceur et du doute un matériau sensoriel magnifique, animé à la fois d'urgence et de retenue. Cet album est un chef-d'oeuvre. Quant à ceci, c'est ma dernière chronique. Bless bless. 

 

talvekoidikcd2012 

par Manolito

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