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21 avril 2012 6 21 /04 /avril /2012 04:43

Sortie : avril 2012

Label : Denovali

Genre : Ambient, Jazz

Note : 9/10

 

Un soir d'hiver 2008, je tombais sur l'intriguant artwork du premier opus de Bersarin Quartett. Donc bien avant que Denovali ne décide de le rééditer. Le label Lidar avait déjà sorti préalablement un opus de Jasper TX. Il n'en fallut pas plus pour m'encourager à me procurer l'album le plus rapidement possible. Il y a des albums comme ça qui terrassent. Qui ne laisse aucune chance à l'auditeur. Qui le pousse à savoir absolument qui se cache derrière ce fameux Quartett. La surprise est d'autant plus grande lorsqu'on apprend que seul un homme se cache derrière ce projet : l'allemand Thomas Bücker. On savait déjà depuis longtemps qu'on peut faire des trucs magiques avec les softwares et les plug-in. Mais donner une telle couleur à l'acoustique. Rendre un ensemble aussi orchestral armé d'un simple laptop, ça non. Vous aurez d'ores et déjà compris que Bersarin Quartett a conçu un album magnifique, que les plus connus Cinematic Orchestra n'auraient même pas pu imaginer, même avec la plus grande volonté du monde. Quand Denovali annonça la sortie d'un deuxième album, je me suis immédiatement repassé Oktober et Mehr Als Alles Andere, ouverture et dénouement d'un objet musical non identifié. Un véritable chef d'oeuvre des années 2000. Les premières écoutes de II s'envisagent donc avec l'émotion d'un enfant déballant ses cadeaux, avec l'excitation unique et naïve de celui qui ne sait pas ce qu'il va trouver.

 

Des bourrasques stellaires de l'introduction de Niemals Zurück émergent ce glitch, ce beat, ces quelques fragments de batteries insaisissables qu'on s'était déjà pris dans la gueule il y a plus de trois ans. Cette inexplicable impression que cette musique fut conçue en dehors du monde des hommes. Puis vient la désarmante approche onirique poussée à son paroxysme, qui fait du son de Bersarin Quartett un joyau idéal pour des écoutes domestiques et solitaires. L'étiquetage ou la dénomination résonne ici encore plus vaine que d'habitude. Le jazz, comme le post-rock, ne sont ici que pour former une entité ambient propre.

Comment ne pas succomber à cet aspect si limpide et à la fois si "heavy", quand il révèle tant de romantisme feutré, d'équilibre fragile entre violence subtilement contenue et volupté candide ? Der Mond, Der Schnee und Du et Im Lichte Des Anderen sont probablement les exemple les plus parlants. Les vents et les crins semblent étouffés par les nappes mais profitent d'arrangements très particuliers, qui renforcent ce jalousé mystère autour du travail de composition de l'allemand. Cette impression d'osciller entre terre et ciel trouvera son apogée sur le merveilleux Einsam Wandeln Still Im Sternensaal, dont les crins rappellent étrangement le Sarà Per Voi de Teho Teardo. Un malin, Dieu, qui nous a ouvert l'espace sans nous donner des ailes... Voilà ce qu'on peut penser à l'écoute du vertigineux Im Glanze Der Kometen. Mais parce que le rythme est dans le temps ce que la symétrie est dans l'espace, Alles Ist Ein Wunder libère le glitch et de trop longtemps captives rythmiques. L'étrange et inquiétant Rot und Schwarz connait même une furtive échappée techno aussi filandreuse qu'étouffée.

Je n'ai pas peur qu'ici et maintenant, se dévoilent le caractère excessif de mes rêves. Voilà ce que semblent dirent les trois derniers titres, d'où s'échappent des effluves de repos d'après big bang ou des secrets de la création du monde.

 

Bersarin Quartett réalise le tour de force de donner une suite équilibrée et cohérente à son chef d'oeuvre éponyme. Si II impressionne dès les premières écoutes, il révélera dans le temps des contours nouveaux à chaque fois plus évocateurs en fonction du contexte d'écoute. Voici donc une musique hybride et inclassable, qui ravira les aventuriers de tout bord. Il paraît que Brücker sait aussi s'accompagner de trois compères lors des lives, de quoi fournir des rêves fous, dignes des aspects les plus stoner de Bohren und der Club Of Gore.

 

http://denovali.com/bersarinquartett/II200.jpg

par Ed Loxapac

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20 avril 2012 5 20 /04 /avril /2012 18:49

Sortie : Avril 2012

Label : Already Dead

Genre : Abstract Hip-hop, Breakbeat, Glitch, Ambient, Experimental

Note : 7,5/10

 

Mario Gonzales sort son second album sur le label de Chigaco, Already Dead. Le projet se nomme Ewphoria, une sorte de Noise-hop bordélique, psychédélique et érotique autour duquel tournoie notamment plusieurs artistes dont la création est nourrie par la pornographie. Il suffit de faire un tour sur leur Tumblr pour mieux comprendre leurs sources de création les soirs d'ivresses ou d’érections. L'album sort sur cassette pour les férus de bizarreries musicales mais est également disponible, à droite, à gauche, sur le net.

 

Les premières minutes de l'album sont les plus déroutantes. Les bruits fusent en stéréo accompagnés de rythmiques propres et simplistes. Les premières évasions mélodiques aériennes prennent place. On ressent l'utilisation des samples foutraques, déstructurés et retravaillés. Le morceau d'ouverture se veut peu concluant mais l'intérêt s’amplifie à l'écoute de B a Lie, qui traîne un Breakbeat plus euphorisant. Ewphoria n'hésite pas à marier un hippie et une sataniste pour donner un nouveau-né coincé dans l'éternel dilemme manichéen d'amour et de haine. Il y a des passages contemplatifs, d'autre plus dansants. On se sent noyé dans un festival, passant d'une scène à une autre. Si Alejandro Jodorowsky et Terence Fisher avaient voulu réaliser un film ensemble, ils l'auraient baptisé Ewphoria. La véritable perle de l'album, celle qui chahute et égaye les têtes, est Weed Hoez, qui de part sa mélodie simple mais astucieuse, prend n'importe qui au défi de ne pas sympathiser.

Les morceaux se composent souvent en plusieurs parties et Sexy Digusting se revitalise sur la fin avec une mélodie enfantine et un beat rêche convaincant. Les quelques excursions vers l'électro ou le breakcore sont les moments les plus jouissifs de l'album. La deuxième partie de Queen propose une alternance entre downtempo apaisant et éléctro virulent. Pray élève le BPM, son bazar glitché emmène la mélodie vers l'au-delà. Le voyage se termine sur l'Orient avec Trillwave, sonnant la fin du rituel de défloraison, où tous les spectateurs habillés en punjabis indiens, rentrent chez eux le sourire aux lèvres.

 

Ewphoria est une expérience racoleuse, un souk vendant diverses épices musicales, rafistolant plusieurs genres les uns aux autres, laissant une drôle de saveur en bouche. Il n'y a pas besoin de substances particulières pour apprécier un tel psychédélisme, approchant le délire spirituel d'un dévot confronté à l'érotisme barbare. C'est un peu le mythe du bon sauvage retranscrit par l'audio, l'ingénu face à l'outil éléctronique. La faible durée de l'album fait d'Ewphoria une œuvre dont on peut largement se dispenser, mais il est vivement recommandé d'aller jeter un coup d’œil aux productions cocasses de l'artiste.  

 

http://f0.bcbits.com/z/29/91/2991722483-1.jpg

par Pneu Rouillé

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20 avril 2012 5 20 /04 /avril /2012 11:16

Sortie : 24 Avril 2012

Label : Fauxpas Musik

Genre : Downtempo, ambient-dubstep

Note : 7,5/10

 

Celestial Light Beings débute par un déluge, une avalanche sonore. Sirènes, trains, vrombissements. C’est toute une ville que vous ingurgitez d’une seule bouchée. Mais immédiatement, ce trop-plein se stoppe de lui-même pour laisser place à un piano, suivi d’une nappe ambient et d’une rythmique downtempo. L’échappatoire est immédiate, vous prenez place dans l’univers de Desolate.

Le berlinois a beau nous ressortir exactement les mêmes ficelles que sur son précédent opus, The Invisible Insurrection (chroniquée ici), on accepte le voyage avec un bonheur empli de doutes. Car la musique de l’Allemand Sven Weisemann s’adresse avant tout aux solitaires, à ceux qui trouvent le repos la nuit, lorsque la ville s’endort, que le niveau sonore baisse progressivement pour laisser place à un fin magma insondable.

Celestial Light Beings n’a de dubstep que l’enrobage. Parlons plutôt de downtempo méditatif, d’ambient nocturne. Le potentiel cinématographique d’une telle œuvre est indéniable. Il faut dire que Desolate abuse à bon escient de cordes déchirantes et d’un piano évocateur. Les nappes entourant l’ensemble ne sont plus qu’un écrin accueillant les instrumentations acoustiques. Une fois de plus, le parallèle avec Burial s’impose, notamment dans la manière d’utiliser les voix fantomatiques et traînantes et surtout dans cette façon d’imposer par la douceur une rythmique puisant sa force dans des sonorités veloutées.

Les 10 morceaux ne font pas que traverser vos oreilles, ils transpercent aussi votre cœur, vous laissant parfois aux bords des larmes comme sur le sublime Desolation d’une simplicité désarmante. Desolate passe son temps à nous envouter, à provoquer nos songes. Ses compositions demeurent énigmatiques car se basant sur des sonorités surgissant de n’importe où pour mieux disparaître la seconde suivante. On vit une sorte de rêve éveillée et l’on s’y love avec plaisir, les yeux fermés.

Et quand je vous affirme que Celestial Light Beings est un album urbain, soyez en certain tant le travail sur la texture sonore donne l’impression de déambuler  dans un dédale de ruelles sombres. Mais là où la musique de Desolate flirte avec la prouesse c’est dans son paradoxe, dans sa façon de transformer l’instabilité en sérénité.

Un souffle continu vous caresse inlassablement la nuque comme pour mieux vous forcer à poursuivre vos pérégrinations. La mélancolie s’immisce lentement en vous pour ne plus vous lâchez. Vous n’êtes plus, vous vivez. Et lorsque que s’achève votre errance, vous n’avez plus qu’une chose à faire, recommencez inlassablement l’expérience en espérant que le soleil ne se lèvera plus jamais.

 

http://3.bp.blogspot.com/-MmYLfCMlN8w/T0ub6ptXc0I/AAAAAAAABVY/TF6zTKnu7Yc/s1600/desolate-celestial-light-beings.jpg

 

par B2B

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18 avril 2012 3 18 /04 /avril /2012 13:54

Sortie : 16 Avril 2012

Label : Delsin Records

Genre : Techno, dub-techno, deep-techno, ambient-techno

Note : 7,5/10

 

Claro Intelecto est un producteur mancunien reconnu depuis quelques années. Le bonhomme a pris du poids avec la sortie de Metanarrative en 2008. Pour être sincère, je dois reconnaître que cet album ne m’a jamais transcendé. En effet, malgré tout son savoir-faire en matière de dub-techno enveloppante, Claro Intelecto ne m’a jamais paru être un créateur hors-pair. Il n’empêche, Metanarrative possède pourtant un étrange pouvoir. C’est typiquement le genre d’album que j’aime réécouter à l’occasion, passivement mais non sans plaisir. Cela voudrait-il dire que Claro Intelecto insuffle avec malice un supplément d’âme dans ses productions ? En effet, l’attachement à ses morceaux se révèle sur la durée.

Depuis son dernier album, Mark Stewart, de son vrai nom, s’est fait relativement discret, sortant un tout petit nombre de maxis. Reform Club est donc une surprise, d’autant plus qu’il a décidé de lâcher l’entreprise Modern Love pour se diriger vers Delsin Records, label hautement qualitatif et pourvoyeur de talents incontestables de la scène techno actuelle (de Peter Van Hoesen à Delta Funktionen en passant par Conforce).

Reform Club permet de retrouver la dub-techno de Claro Intelecto mais dans un format s’adaptant au contexte actuel. Il serait d’ailleurs plus judicieux de parler de deep-techno. Ce nouvel LP n’a rien en soi d’extraordinaire mais il possède pourtant ce je-ne-sais-quoi qui le rend profondément attachant. D’une exemplaire sobriété, les 9 morceaux déroulent avec grâce leurs pouvoirs. Ce qui frappe tout du long, c’est cette mélancolie permanente. Reform Club est un album triste, qui s’écoute et se vit avec le cœur. Alors certes, la rythmique binaire vous invitera à la danse, mais celle-ci sera lascive et pensive. Point d’explosion, juste une résignation absolue.

De l’enveloppant et insidieux Blind Side, au résolument old-school Control (s’amusant avec la base rythmique du Pump Of The Volume de M.A.R.R.S.), en passant par l’ambient-techno alanguie de Night Of The Maniac, tout est propice à l’abandon. La basse est douce, les sons cotonneux. Rien ne viendra troubler vos songes. Vous n’avez plus qu’à vous laisser aller. Mais c’est lorsqu’il supprime le beat techno pour se concentrer sur une pulsation cardiaque que l’anglais se révèle être le plus captivant. Still Here devient alors une échappée nocturne déchirante.

A défaut d'être transcendant, Reform Club est un album de deep-techno attachant et sincère, totalement adapté à notre époque tant sa mélancolie troublante arrive à trouver échos dans nos corps. Pour cela, laissez du temps à cet album pour trouver la place qu’il mérite.

 

http://factmag-images.s3.amazonaws.com/wp-content/uploads/2012/03/Claro-Intelecto-08-03-12.jpg

 

par B2B

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18 avril 2012 3 18 /04 /avril /2012 01:32

Sortie : mars 2012

Label : Ad Noiseam

Genre : Indus, Pulverised Beats

Note : 8/10

 

On sait très peu de choses à propos du letton Oyaarss, si ce n'est qu'il a collaboré avec Cloaks, Amenra et qu'il a remixé des pièces plus classiques de son compatriote Peteris Vasks ou du polonais Zbigniew Preisner. Le label berlinois Ad Noiseam, qui refuse la sectorisation mais perpétue un certain sillon viril dubstep, lui donne l'occasion d'accéder à une toute autre visibilité que celle qu'il avait pu s'offrir au moment de son premier effort : Smaida Greizi Nakamiba. Bads est sorti le mois dernier. Il fallait bien quelques semaines pour correctement le digérer.

 

Outre la profonde musicalité de la langue lettone, Oyaarss propose sur Bads une véritable démonstration de torture infligée au beat. Les lacérations qu'il crée sur ses mélodies arides ont l'intelligence et la sauvagerie de tourner leur lame dans les chaires pour maintenir ouvertes les plaies. L'ajout de jus de citron en compresse ne s'imposait pas forcément, mais pourquoi faire les choses à moitié ? Oyaarss tire son vinaigre saumâtre des raisins de sa propre colère. Les parfums d'infusions de bêtes claquées et l'ambiance délétère transpose l'auditeur en territoire hostile, véritable doom-like où il est possible de défourailler à souhait sur des gargouilles vérolées. Qu'Ad Noiseam dorme tranquille, Anders Behring Breivik ne s'est pas inspiré de Bads pour mener sa purge anti-bolchévique à Utoya-les-bains.

Voilà longtemps qu'on n'avait pas entendu dans ces sphères, un truc aussi gratuitement violent et puissant. Nul doute que le petit Oyaarss fut nourri dès sa plus tendre enfance de metal hurlant et dissonant. Pas le temps de se reposer sur un héritage 4/4 suranné, il puise sa vélocité dans les mécanismes concassés du breakcore et du dubstep. Tout cela n'est pas très subtil, c'est très bien parce que c'est pas du tout le but. Oyaarss guérit les céphalées à coup de parpaings, de fractures et de désorientation rythmique.

Le beat, objet de toute les délectations électroniques, se recroqueville ici dans des postures foetales pour retarder sa chute certaine dans les flammes de la purification, sacrifié sur l'autel de la distorsion. Ce n'est pas un album, c'est une boucherie. L'élément abstrait parviendra fièrement à retenir ses ultimes couinements jusqu'aux assauts sans pitié de Malduguns. Si ce titre écrase littéralement et en toute logique l'ensemble homogène, c'est sans doute parce qu'il fallait bien trouver un germe de soja liant le steack haché au couteau, un point d'orgue dans l'anarchie. Bien sûr tous les autres titres profitent à moindre échéance de ce climat décharné, citons donc Dimba et sa plainte haletante conclue en noise libérée, ou les cauchemardesques 15 pilieni paties ïbas, Rigas ielas blüzs ou Un saule aus is dienvidos. La dernière minute de la fermeture sur Ziemeli révélera même des allures de paix après l'apocalypse. On en sort aussi éreinté que conquis.

 

Un truc pareil pourrait prendre une dimension supplémentaire en live. Pas sûr que le mec s'y risque, même si le Maschinenfest pourrait en être l'idéale occasion. Boucherie grossière plus que recommandée.

 

http://images.music-story.com/img/album_O_400/oyaarss-bads.jpg

par Ed Loxapac

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17 avril 2012 2 17 /04 /avril /2012 11:15

Sortie : Mars 2012

Label : Thin Consolation

Genre : Abstract Hip-hop, IDM, Minimal, Expérimental

Note : 8/10

 

A priori, nous avons affaire à un énième artiste autiste avec un pseudonyme imprononçable, qui a eu le bon goût d'avoir choisi la musique électronique expérimentale comme centre d'intérêt principal. LBNHRX a la trentaine et son second degré a l'air de tout déboîter. L'artiste réside en Belgique, accompagné du label auquel il est affilié : Thin Consolation qui nous propose sa dix-neuvième release avec Tales From The Moustache. Pour son premier album, le belge nous propose de vivre dans un univers poilu, avec comme pierre angulaire la problématique de la perte de cheveux et ses réflexions métaphysiques sur la calvitie. L'ambiance mystérieuse est orchestrée par une musique nonchalante chaperonnée par une tension absurde, rappelant parfois celle de Nicolas Jaar avec néanmoins un aspect expérimental plus développé.

 

L'album est enveloppé entre Awakening Razor et Fu Manchu's Thunder, deux morceaux expérimentaux. L'un entame, l'autre achève cette histoire de cheveux. Le premier narre l’avènement du régime de la terreur. Le rasoir se prépare à trancher accompagné de tintements dissolus dans le temps. Le morceau d'introduction est une prélude à Red Sink dont le nom est porteur de plusieurs interprétations. Le beat de ce dernier est résolument Hip-hop et la mélodie laisse place au suspens, à ce corps se vidant goutte à goutte de son sang qui tournoie ensuite dans la spirale aquatique du lavabo. Entre les deux tracks, il y a une véritable suite dramatique, un schéma narratif et musical. On retrouve ainsi des sons de Awakening Razor dans Red Sink. Le premier morceau prépare l'emboîtement des sons dans le deuxième, technique classique mais redoutable quand elle est bien amenée. Le souffle cherche d'abord un rythme régulier avant que s'ensuive le combo classique kick-snare. Le beat glitché ne paraît jamais fixe et synchronisé, il se décale et varie énormément. Cette première partie est fort intéressante et ancre le style de l'artiste, bien qu'elle précède un morceau d'un niveau encore supérieur.

Cut it/Or not est une bombe s'émancipant de la techno minimale à une teinte mélodique plus IDM, avec une envolée émotionnelle en guise de final. Les rythmiques sont sèches et ne tombent jamais réellement sur les temps. Les mélodies paraissent distordues avec des sonorités peu classieuses voir anormales. Le rendu est tout de même monstrueux, bel et bien enivrant, laissant place aux rêveries absurdes décalées qui contrastent la noirceur de l'album. Le jour de tondeuse s'est écourté et les poux fêtent cette chance à trois minutes de la fin du morceau. Chicken Wear Moustache Too est plus lugubre dans son atmosphère, commençant sur une longue mise en tension comme LBNHRX à l'air d'adorer. Les rythmiques alternent encore galop et marche dans le jeu d'irrégularité qui chemine toute l’œuvre. Happy Skin est un morceau plus dansant à la mélodie sournoise. La construction est bien ficelée, intriguant d'abord avec ses sonorités IDM-Dub, et mutant progressivement vers une simplicité rythmique Techno.

 

Dernier tableau, le diptyque composé de Fu Manchu's Fall et Fu Manchu's Thunder. Le premier morceau possède une rythmique cyclique qui s'enrichit progressivement jusqu'à abonder de bruits désordonnés et nihilistes. Ce nihilisme est ensuite constamment présent dans la dernière piste, Fu Manchu's Thunder, qui expérimente avec du bruit et une rythmique minimaliste sur 10 minutes. Le délire irréel se termine. Il est difficile d'apprécier une telle fin aux premiers abords et pourtant je trouve qu'elle est toute à fait en adéquation avec les autres propositions du musicien. Les timbres utilisés dans l'album sont les mêmes pour tous les morceaux. Il recycle et combine les mêmes outils dans des compositions différentes. Il nous livre alors 50 minutes parfaitement homogènes dans le contenu, qui peuvent cependant lasser rapidement par son système de progression un tantinet répétitif. Tales From The Moustache est une œuvre originale aussi bien sur la forme que le fond, prenant toutes les libertés qu'elle désire pour s'amuser et mélanger différents genres avec habilité.

Je me rends compte que je n'ai pas de point de comparaison assez juste avec la musique du belge, unique et osée, qui révèle un attachement particulier pour la progressivité et les ruptures. Comme un grand enfant, l'artiste crée un univers à partir de rien, et invite tout prétendant à venir jouer avec lui dans la cour de récré. Il est maintenant possible de revivre l'enfance d'un serial killer, de comprendre ses névroses, l'origine du mal, l'époque où ses camarades se moquaient de sa coupe de cheveux. Sa haine provient de cette discrimination capillaire. Voici le thriller psychologique qui remonte à la source du problème.

 

Il ne faut pas se le cacher, l'histoire de l'album qu'il est possible d'interpréter n'est qu'un prétexte infime devant l’ingéniosité de la musique bricolée de LBNHRX. Incolore, l'album n'est pas une pleine gorgée de sensations instantanées, son raffinement a plus lieu dans notre imaginaire. Il faut alors faire abstraction des modes capillaires, savoir s’examiner de la moustache jusqu'au pubis sans ressentir la moindre répugnance. Un conte musical assez fou, qui contient son lot d'hochements de tête pour les amoureux des beats abstract. Encore un album gratuit. Téléchargez la bête ici.

 

http://www.unrezt.be/wordpress/wp-content/uploads/2012/02/lbnhrx_cover.jpg

par Pneu Rouillé

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16 avril 2012 1 16 /04 /avril /2012 13:49

Sortie : 2 Avril 2012

Label : Traum

Genre : Techno

Note : 7,5/10

 

Max Cooper est une valeur montante de la sphère techno. Depuis 3 ans, l’anglais nous abreuve de morceaux trancey de plus en plus maitrisés. Pour le moment, le bougre n’a pas encore sorti d’album mais étant donné son côté prolifique, je miserai bien une pièce sur un LP très prochainement. Mais ce qui m’intéresse aujourd’hui, c’est son dernier EP, Egomodal. Un format court de 60 minutes c’est du rarement vu, surtout à l’époque où de nombreux albums peinent à dépasser la demi-heure. Max Cooper reste fidèle à Traum Schallplatten depuis quelques sorties et il a bien raison étant donné la qualité du label abritant notamment Dominik Eulberg, Fairmont ou encore Minilogue.

La techno de Max Cooper possède une identité singulière, à la croisée des chemins entre les productions trancey de Nathan Fake et la douce noirceur de Pantha Du Prince. Autrement dit, vous n’êtes jamais pris au dépourvu, tout est uniquement question de volupté. Pour aboutir à une telle sérénité, Max Cooper s’appuie principalement sur une nature omniprésente. Ainsi, le superbe Autumn Haze se mue en ondée tropicale luxuriante. S’appuyant sur une multitude de petites notes incessantes, il faut attendre sa montée infinie pour apercevoir le soleil. On retrouve cette même approche climatique sur un Raw orageux avec sa masse vrombissante et tremblante (mention spéciale pour le remix tout en tension de Marc Romboy). Et quand il ne convoque pas Zeus, Max Cooper s’en remet à Poséidon. Micron devient alors une enveloppante odyssée sous-marine, portée par le chant des baleines. A mesure que vous vous enfoncez dans les abysses, le morceau déploie son pouvoir d’attraction.

A côté de ces escapades bucoliques, figure l’étrange Simplexity, permettant de découvrir une nouvelle facette de l’anglais. Se composant d’un collage énigmatique au premier abord, le morceau prend sens progressivement avant de complètement vous anesthésier (là encore, mention spéciale pour le remix stellaire et implacable de Rone).

Vous aurez donc compris que Max Cooper est un amoureux de la nature et que son Egomodal EP s’adresse aux hippies venus danser pieds nus sur la plage. L’anglais n’en finit plus d’affirmer son potentiel, il ne lui reste plus qu’à convaincre définitivement avec un long format.

 

http://linetechno.net/wp-content/uploads/2012/04/Max-Cooper-Egomodal-EP-300x300.jpg

 

par B2B

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15 avril 2012 7 15 /04 /avril /2012 17:43

Sortie : février 2012

Label : Ultimae

Genre : Ambient, Psy-chill

Note : 8/10

 

Les habitués de nos lignes n'ont pas besoin qu'on leur rappelle tout le bien qu'on pense de la maison lyonnaise Ultimae. Calme en ce premier semestre, le label lyonnais n'a rien sorti depuis l'impressionnant album Until We Meet The Sky de Solar Fields (ici). La sortie d'un album uptempo du même suédois est annoncée pour fin avril. Pour patienter, concentrons nous sur cette récente compilation : Greenosophy. Comme à chaque fois pour ce genre de réalisations, les gens d'Ultimae laisse carte blanche à un proche pour concocter une compilation. On se souvient de l' audio-poetry de Nova pour Imaginary Friends (ici) ou du grec Fishimself pour l'épopée grecque Ambrosia (ici). C'est cette fois-ci le dj suisse Cyril Miserez (aka Mizoo) qui s'y colle. Parmi les invités on compte le français Cell, l'américain Liquid Stranger, le britannique James Murray, le grec Miktek et bien sûr le suédois Solar Fields. Rien que ça...

 

On ne reviendra pas sur la faculté des artistes Ultimae à transposer l'auditeur vers des pays de songes profonds et vierges de toute présence humaine. L'injection est prête dès l'Initial introduction, batifolons d'ores et déjà comme des papillons, épris de conquête d'imaginaires nations.

Le crescendo planté ici est implacable, les profonds et fourmillants titres ambient de Liquid Stranger et Rildrim préparent le terrain pour des radiations plus incisives et plus dancefloor, proches de ce qu'on connait des dj sets de chez Ultimae. Les basses ronflantes et félines du Emerge de Sesen en sont les idéales rampes de lancement. Tout comme la fresque capturée en live de Cell, Ideal Spiral, qui déploie des schémas dans la plus pure tradition Ultimae. La dimension hypnotique se fait certes plus palpable sur les titres vraiment downtempo mais l'invitation à la célébration ne sera pas en reste. Peu importe si les transitoires Nubian Sandstone et Subzero de Ajja et Tripswitch font un peu office de ventre mou.

Le renversant Cobalt 2.0 de Solar Fields attaque aussi bien la tête que les membres et se révèle comme d'excellente augure avant la sortie de son prochain album uptempo. Levons les yeux vers le ciel pour mieux guetter l'avènement d'une nouvelle ère. La fin de l'opus ne souffrira d'aucune fautes de goût. Les cordes liquéfiées de Miktek relâchent la pression et nous font regagner des rivages plus ambient et donc plus contemplatifs. Les parfums du Folding Patterns de James Murray se révèlent dans la fumée et dans une galerie de miroirs au fond d'un tabernacle éternel. Magnifique. Que dire également à propos du luxuriant Broken Dream Of A Snail du maltais Cygna, entre classico-folk-ambient de forêts fantasmées et chants fantomatiques sacrées. Il perpétuera le songe jusqu'à la nouvelle sortie avec une douceur maternelle.

 

Il faudra cette année encore compter sur Ultimae pour transmettre rêve éveillé et transe mentale. Greenosophy ravira les inconditionnels du label et révélera même des contours plus dancefloor qu'on ne croise que peu souvent sur leurs productions. Encore un coup de maître pour la maison lyonnaise.

 

http://f0.bcbits.com/z/13/76/1376872978-1.jpg

par Ed Loxapac

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15 avril 2012 7 15 /04 /avril /2012 03:15

Sortie : février 2012

Label : 12k

Genre : Drone, Electro-acoustique, Ambient

Note : 8/10

 

Les deux Steve, Peters et Roden, sont loin d'être des débutants. Leurs collaborations, ainsi que leurs propres réalisations respectives sont presque inchiffrables. Féru de fields recordings et d'improvisations électro-acoustiques, le quinquagénaire Steve Peters est un membre à part entière du Seattle Phonographers Union. Steve Roden est plus jeune mais un nombre impressionnant de releases est également à mettre à son crédit. Peintre et sculpteur, ses talents de musicien sont le plus souvent au service d'installations plus poussées. Leur rencontre et leur ralliement pour l'occasion au 12k de Taylor Deupree relève de tout sauf du hasard. Not A Leaf Remains As It Was est le fruit de leur enfermement dans un studio de Seattle. Le but était de faire un album, le "comment" et le "avec quoi" ont été décidé sur place, pour notre plus grand plaisir.

 

Leur collaboration avec la chanteuse Anna Homler datait de 1995. Déjà à l'époque, ils s'étaient dit qu'il serait de bon ton de créer à deux un album avec des parties vocales importantes. Qui devait chanter demeurait la question.

Armés d'un bouquin de poèmes japonais (jisei) qui leur parlait, ils avaient maintenant une base de travail. Le japonais étant une langue qui ne s'improvise que très difficilement, ils allaient devoir se contenter de la phonétique. C'est donc bien des phonèmes nippons qui s'égrainent tout au long de Not A Leaf Remains As It Was, et non pas un dialecte elfique imaginaire.

La musique des deux Steve trouve toute sa profondeur dans ses propres silences. On s'accroche à la moindre réverbération du son, au moindre echo comme à un rameau de bois sauvage pour ne pas basculer dans l'opacité. Rarement le drone n'avait su se parer d'autant de rayons et de souffles si réchauffants. La fresque Winds Through Bleak Timber, aussi riche que minimaliste finalement, en est le parfait exemple illustré. Le "langage" utilisé, contribue forcément à amplifier l'aspect mystérieux de cette vapeur abstraite. De là à considérer ces volutes de voix comme des mantras, il n'y a qu'un pas que je ne franchirais pas. Même si sur Fade Away Within, une dimension monastique est certaine. Les chaînes d'un être en quête de rédemption semblent se traîner.

Il y a tout au long de l'album des apparitions d'objets étranges, du quotidien ou plus ou moins placés intentionnellement sur le sol du studio, qui serviront d'éléments perturbateurs à ces fables sacrées. Frottements de cordes, roulis de conques marines, verres et cristal, carillons. De l'enchevêtrement de saturations parviennent des souffles murmurés rassurants (Water Veins) en ce purgatoire plus paisible qu'un mausolée. Seul Two Or Three Fireflies viendra apporter des notes de pianos infinies et inquiètes ainsi que des sonorités plus inquisitrices à cet ensemble lumineux.

 

Touché par une grâce et un halo certain, Not A Leaf Remains As It Was fera le bonheur de ceux qui cherchent la paix de l'esprit et de l'âme. La musique expérimentale quand elle sait se montrer accessible et dépouillée, peut renfermer d'iconoclastes trouvailles qui mènent droit au chemin de la volupté. 35 minutes plus que recommandées pour ceux et celles qui souhaitent se noyer dans la lumière d'un drone enchanteur. 

 

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par Ed Loxapac

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13 avril 2012 5 13 /04 /avril /2012 23:26

Sortie : Avril 2012

Label : Self-release

Genre : Electro, Pop, Classifiable ?

Note : 8/10

 

Raoul Sinier est un compositeur hors-pair et artiste accompli dans tous les domaines. Même après avoir arrêté de sampler, il crée toujours à partir d'oeuvres déjà existantes. Sa dernière release est, comme le nom l'indique, un album de covers dans la lignée esthétique de Guilty Cloaks. Tout avait pourtant été détaillé sur son style dans la chronique (ici) de ce dernier chef-d'oeuvre qui s'est révélé être un des disques indispensables de l'année dernière. L'artiste en remet une couche, affichant de nouveau ses couleurs rouges et noires dans un exercice de reprise qui affiche chaque morceau dans sa nébuleuse artistique.

 

N'ayant pas été élevé par une culture musicale Rock, je connaissais l'origine de seulement 6 morceaux sur 11. Ce n'est pas un handicap mais l'appréciation se décuple une fois les références acquises pour pouvoir se prêter au jeu des reprises. La première claque arrive avec Jöga. C'est un acte téméraire de vouloir reprendre la voix de Björk et son morceau surpuissant, et pourtant la production du français laisse penser que le combat est à armes égales. Le souffle de la voix de Raoul est impressionant, son timbre est doux et contraste ses synthés aux arpèges diaboliques. Ce n'est que le deuxième morceau et je ne suis pas encore au bout de mes surprises. Je reste assez neutre sur les tracks dont je n'aime pas assez l'original pensant qu'il y a peut-être une limite à l'exercice, comme sur le morceau Riders on the Storms. Je n'ai jamais compris la passion planant autour de cette chanson, pourtant je suis fan des Doors. Un changement radical d'esprit a lieu sur Street Spirit (Fade Out) par rapport au morceau d'origine. Comme au théâtre, en changeant la mise en scène, on en change parfois l’interprétation. L'original berçait n'importe qui dans son sommeil avec la mélancolie de Radiohead. On retourne le morceau face verso et nous obtenons ainsi une chanson plus énergique, me faisant carrément penser aux sonorités de The Streets.

Si Metronomy a pourri votre été l'année dernière, il y a peut-être moyen de racheter votre avis sur la reprise de The Bay, bien plus pêchu que l'original, avec une vrai montée mélodique et progressive comme le fait si bien Raoul à l'accoutumée. Pour ma part, je sélectionnerai aussi le onzième et dernier morceau de l'album, The Rip de Portishead, qui est parfaitement adapté au style de Raoul Sinier. Je préfère sa version à celui du groupe anglais. Les comparaisons avec les originaux de chaque artiste respectif sont vraiment intéressantes. Nous assistons plus à une opération chirurgicale qu'une défiguration. C'est un véritable travail de maître que certains fans décortiqueront pour trouver les variantes et touches propres aux nouvelles versions que nous propose Raoul Sinier. On peut parler d'album au sens noble du terme, toutes les reprises sont dans la continuité de ses derniers travaux et elles dégagent toutes l'atmosphère toujours aussi ambiguë de l'artiste dans chacune de leurs mesures. Retoucher des artistes "Pop" avec tant de pertinence, relève forcément d'une volonté artistique déterminée, dont l'intuition créatrice est une illumination divine. Respect.

 

Raoul Sinier est un artiste auquel nous pouvons accorder toute notre confiance à l'avenir. Cette sortie propose des morceaux plus accessibles méritant d'être écoutés par tous, et surtout par ceux qui ont hiberné ces quelques dernières années et qui n'ont pas pu prêter un brin d'attention à un artiste qui avance depuis longtemps, doucement mais sûrement. Raoul Sinier vous sert en personne Covers sur un plateau, téléchargez gratuitement l'album ici.

 

http://www.chroniquesautomatiques.com/wp-content/uploads/2012/04/RS-Covers-Artwork.jpg

par Pneu Rouillé

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