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17 juillet 2010 6 17 /07 /juillet /2010 00:44

Sortie : 12 juillet 2010

Label : Warp

Genre : IDM

Note : 8/10

 

Est-il encore nécessaire de présenter le duo de Sheffield ici ? Autechre  fait partie avec Aphex Twin et Boards Of Canada de ceux qui ont permis à l'IDM de sortir de son cercle d'initiés. Merci au label Warp qui, en son âge d'or, a signé en son antre une pléiade d'artistes qui révolutionnèrent la manière d'envisager la musique électronique. On s'étonne presque que Sean Booth et Rob Brown ne soient pas allés traîner leurs laptops sous d'autres cieux moins exposés. Mais peu importe. Fait rare, Autechre sort après Oversteps (chroniqué ici ) son deuxième album cette année. Si nous avions d'abord cru, vulgaires centaures que nous sommes, en la sortie d'un vilain recueil de faces B, Move Of Ten répare sans mal nos interrogations de vilains aigris.

 

Si Oversteps avait remis au goût du jour la dimension mélodique et sentimentale qu'Autechre avait laissé en jachère depuis un bon bout de temps, Move Of Ten vient s'inscrire dans une démarche plus brute et immédiate. Ce dernier opus ressemble étrangement à ce que le duo avait produit sur scène cette année. Ceux qui les avaient vus au printemps dernier dans la pénombre de la Machine du Moulin Rouge devraient s'en souvenir. Très industrielle, tissée d'acres et noirs desseins, capable de faire ressurgir de réptiliennes angoisses. Les boucles rythmiques sont tassées avec une minutie et une intelligence digne de la mécanique quantique. Certains vont me dire, c'est pas nouveau. Ils auront raison mais cette démarche vient rompre avec le cycle amorcé par le duo depuis les années 2000. Prenons par exemple le génial pce freeze 2.8i, conçu à la manière d'une araignée tissant sa toile et dansant autour de sa proie avant de la dévorer. C'est notre esprit qui, au gré des explosions de beats et de l'évolution de la trame ambient, vient se faire grignoter de l'intérieur. Le côté malsain, vicieux est palpable sur l'ensemble du disque. Quand le beat a la nausée, c'est le cerveau de l'auditeur qui se crée des visions de montagnes russes souterraines et claustrophobiques. Vous referez bien un petit tour de rew(1) ? Les immondices flottantes de nth Dafuseder.b ne vous ont pas rassasiés ? La sombre aurore déployée sur iris was a pupil n'a pas fini de hanter mes nuits de tourments. Move Of Ten diffuse décidément un parfum qui se révèle dans une opaque fumée. Comme sur le désarmant chef d'oeuvre twinien M62, où l'écho et la réverbération nous enveloppe littéralement dans leur nébuleux sillage. Si la lumière vient divinement chasser l'ombre sur ylmo, c'est pour que l'odyssée grouillante de Cep puiqMX explose mieux dans nos synapses.

 

Oversteps avait réchauffé les coeurs. Ce dernier essai s'élève comme un joyau sombre maculé de la classe des grands. Si j'étais cynique je dirais que le spectre génial d'Autechre n'abrite rien de nouveau. Mais si j'étais moi, je dirais que ce superbe album a des couilles de mammouth. La poésie camarade... A lire aussi la chronique de l'illustre Benjamin sur Playlist Society (ici).

http://ecx.images-amazon.com/images/I/51XCBZHZyQL._SL500_AA300_.jpg

par Ed Loxapac

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16 juillet 2010 5 16 /07 /juillet /2010 20:28

Sortie : juin 2010

Label : Budabeats

 

Le netlabel Hongrois Budabeats s’était déjà fait remarquer cette année avec le superbe album de Crookram (chroniqué ici).  Il sort maintenant l'EP d’un autochtone du pays magyar, Andràs Hargitai dit Banyek. Le bonhomme, bien installé dans la scène underground hongroise, gère le label d’électronica Bitlab Records, et publie de temps à autres des productions sous son propre nom.

 

Outre son titre à coucher sur le palier, Csodaszarvas comporte trois pistes (toutes aussi prononçables) et donne dans le dub électronique, un peu abstract hip-hop, un peu dubstep, plutôt  sympathique. Son style est comparable d’ailleurs à celui de Crookram, avec une utilisation d’instruments concrets, de sonorités vieillottes et d’ambiances de cinéma. Les voix, diverses et samplées, habitent agréablement les titres, et délivrent le propre du cachet de l'EP, du fait qu'elles parlent… hongrois. Sur Méhecske, Banyek fait habilement cohabiter un beat hip-hop, un wobble discret et des cordes qui auraient très bien pu faire la bande son des séquences stressantes de vieux films en noir et blanc. Ajoutées au dialogue entre mâle et femelle qui colle au titre, les dernières notes concluent  sur un air de valse. Plus court mais plus dispensable, Gyùtogato a des airs d’électronica tranquille, entre RJD2 et Bonobo. Enfin le titre éponyme (Csodaszarvas, oui c’est bien ça) se range du côté hip-hop jazzy, se dotant de quelques bons scratchs et de lointains airs de sax. Le tout n’est pas transcendant d’originalité, mais Baynek affirme une maîtrise sans faille de la catégorie dans laquelle il joue. Les années de travail du son que ce natif de Budapest traîne derrière lui s’affichent clairement dans le traitement du beat, dans les textures sonores fouillées ainsi que derrière les ambiances datées. 

 

Un peu maigres que ces trois titres pour apprécier pleinement le talent de Banyek, mais ils suffisent à donner l’envie d’un long format. Comme à son habitude, Budabeats livre ses disques en téléchargement gratuit, un clic donc pour un tour dans le pays où le hip-hop abstrait copule avec des sonorités du début du siècle.

 

                                                          

par Manolito

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16 juillet 2010 5 16 /07 /juillet /2010 14:55

Sortie : 12 juillet 2010

Label : XL

Genre : Ragga electronique

Note : 1/10

 

Non, non, ne faites pas de jugement hâtif. Ce n'est pas parce que l'on va parler du nouvel album de M.I.A. que l'on va forcément le défoncer. La petite Sri-Lankaise n'est pas une artiste indigne, ses deux premiers albums étaient loin d'être mauvais et le single Paper Planes reste un excellent morceau (pour une fois que Diplo ne fait pas de la merde). Ce qui est emmerdant avec M.I.A. c'est de constater à quel point les journalistes se sentent obligés de justifier sa musique par le biais de la politique et de son engagement. Ce n'est pas parce que la miss est Sri-Lankaise et défend les Tigres tamouls que l'on peut tout lui pardonner. Le résultat est sans appel, dès que M.I.A. sort un album, il y a comme un refus de la presse d'en dire du mal parce que vous comprenez, la pauvre, elle n'a pas un pedigree facile.

En même temps, elle ne fait rien pour arranger les choses. Une journaliste ricaine en a fait les frais récemment car ayant eu l'audace de "cracher" sur M.I.A. dans un article du NY Times, cette dernière s'est empressé, telle une ado merdeuse, de twitter le numéro de tél perso de la journaliste pour se venger. Comme pour mieux se racheter, Mathangi "Maya" Arulpragasam sort son troisième album en l'intitulant humblement /\/\ /\ Y /\.

Le principal souci de ce nouvel opus est sa roublardise. Elle aurait mieux fait de se limiter à un EP en sortant uniquement les 4 premiers titres plutôt respectables. L'ambiance guérilla acide de Teqkilla, le single efficace XXXO et les samples indus de Steppin Up semblent promettre un album puissant. Mais cela n'est que poudre aux yeux. S'en suit 12 titres sans intérêt oscillant entre bouse exotique inécoutable, It Takes A Muscle, et tentative de métal-techno à peine taillé pour une skin-party, Meds & Feds. M.I.A. arrive même à saccager Suicide et son Ghost Rider sur un Born Free détestable (mais pas autant que son clip de Romain Gavras, faisant partie de l'équipée "provoc-en-toc" de Kourtrajmé).

Pourtant, la production de /\/\ /\ Y /\ ne déconne pas malgré le fait que ce soit loin d'être des artisans du sons derrières les machines puisqu'on retrouve Diplo, Switch ou encore Rusko. Le côté faussement D.I.Y. de l'ensemble est loin d'être repoussant. On ne peut pas en dire autant de la pochette qui risque sûrement de remporter la palme de pire cover de l'année. Le problème de cet album est son manque de pertinence, cette approche complètement disloquée de la musique. On a du mal à écouter l'album d'une traite tant il manque de cohérence. C'est regrettable de la part d'une telle artiste qui jusqu'à maintenant nous avait habitué à bien mieux.

/\/\ /\ Y /\ ne fera pas date dans la discographie de la Sri-Lankaise. A trop vouloir en faire, M.I.A. nous fait frôler l'indigestion.

 

http://multimedia.fnac.com/multimedia/images_produits/ZoomPE/0/2/7/0634904049720.jpg

par B2B

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15 juillet 2010 4 15 /07 /juillet /2010 16:25

Auteur d'un premier album (chroniqué ici) qui nous a captivé, le producteur de Chicago Lorn nous présente son expérience musicale, sa musique et ses projets. Bienvenu dans son monde bien barré...

 

Peux-tu nous préciser ta formation musicale et tes travaux avant l'album Nothing Else ?

C'est un long processus. Je fais de la musique depuis que j'ai 14 ans. J'ai commencé en faisant juste des beats et quand j'ai eu 15 ans j'ai sorti une première autoproduction baptisée Tanks 4 Tots. J'ai ensuite commencé à expérimenter les arrangements et un niveau plus profond de production avec 7&13 EP. Puis est venu la première sortie vinyle, Grief Machine, qui m'a propulsé dans l'apprentissage du piano et l'expérimentation plus poussée avec les arrangements.

 

Comment t'es-tu connecté avec Brainfeeder ?

Flying Lotus avait simplement entendu une version précédente du titre Tomorrow présent sur Nothing Else et m'a contacté car il était intéressé pour entendre plus de ma musique. Nous avons commencé à dialoguer et après s'être rencontré pour mon concert à Low End Theory, il m'a invité à rejoindre Brainfeeder pour sortir un album. Je n'ai pas eu de nouvelles depuis...

 

Quelles sont tes influences sur cet album ?

De la musique classique, du métal, du drone, de l'électro, de l'IDM, du funk, du R&B... tellement de choses. J'écoute et je fais beaucoup de musique, il n'est donc pas facile de désigner ce qui m'a inspiré plus particulièrement. Come To Daddy d'Aphex Twin m'a toutefois vraiment ouvert le crâne et a été mon introduction à la musique électronique moderne. Cela résonne toujours en moi et je peux dire que son influence initiale peut s'entendre sur mon album.

 

Comment travailles-tu et avec quel équipement ?

J'utilise Logic Pro et pas mal de plugs in sur différents ordinateurs. Logic est toujours ouvert, mais je n'ai pas vraiment de méthode pour composer. Parfois je commence avec des mélodies, des cordes, des batteries, du chant. Je démarre sur ce qui m'intéresse sur le moment et je regarde où cela me mène. Typiquement, cinq ou six projets sont ouverts en même temps et je passe de l'un à l'autre car pas mal sont reliés. Parfois, j'ai trop bu et je tombe endormi pour me réveiller au milieu d'un tas d'ordures, des trucs que je ne me rappelle pas avoir faits, des choses que j'aime et d'autres qui n'ont absolument aucun sens.

 

LORN_MAIN.jpg

 

Chacun peut imaginer une histoire avec ta musique, quelle est la tienne ? Y a-t-il un message ?

Oui, mais c'est difficile à dire. Une grande partie de ma musique vient d'endroits que je ne saisis pas encore ou que je comprends tout à fait. Par exemple, sur le morceau None An Island, je me suis réveillé une nuit au milieu d'un rêve : j'étais sur un petit ferry qui se dirigeait vers une île. Quand je suis arrivé, les autres sont repartis sans moi et je marchais dans un escalier en spirale dans un château de pierres noires avec de nombreuses pièces. Je montais jusqu'au sommet où je croisais un homme mort qui jouait de l'orgue devant une fenêtre qui donnait sur un océan sans fin. Je n'ai toujours pas capté le sens de ce rêve, mais j'ai entendu la mélodie dans mon rêve et j'ai travaillé à recréer à la fois la scène et l'expérience que j'aie vécu.

 

Ta musique est-elle aussi noire que la pochette de l'album ?

Je voulais que la pochette soit toute noire, sans indication sur ce que c'était. Cela ne voulait pas signifier quelque chose de sombre, je ne voulais seulement pas capter le regard des gens avec quelque chose de flashy. Aussi profonde soit ma musique, je ne dirais par qu'elle est sombre non plus. Très égoïstement, je vais au plus profond de moi-même et de ma psyché pour découvrir des choses brûlées ou inconnues. Depuis le début des temps, le rythme et la musique ont sorti des choses des gens, électronique ou pas, j'essaie de faire ça aussi.

 

Comment vas-tu transposer ta musique en concert ?

En attendant de former un orchestre, je ferai les concerts seul en jouant de la batterie et en travaillant les cordes et les mélodies avec un contrôleur MIDI en gérant les effets et en utilisant ma voix.

 

As-tu déjà un nouveau projet ?

Je travaille actuellement avec mon ami de longue date Adoptahighway avec Omega Clash, mais seulement entre les remixs, les voyages, les concerts et le travail sur mon prochain album. Avec Nothing Else, je pense avoir éclairé quelque chose, mais maintenant il est temps de retirer tous les stops, d'affronter des peurs plus grandes, de prendre des grands risques personnels et de créer quelque chose de grand ou de très pénible.

 

propos recueillis par Tahiti Raph

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13 juillet 2010 2 13 /07 /juillet /2010 16:22

Sortie : juillet 2010

Label : Patpong Records

Genre : IDM vieux

Note : 2

 

Deux producteurs belges signés chez Patpong Records ont mêlé leurs différentes influences le temps d'un maxi. D'un côté, Dark Droïd apporte son style électronica et ses constructions élaborées, tandis que, de l'autre, Daito donne sa vision plus dansante de la musique avec son expérience house. Le résultat s'appelle Electric Rebirth et sonne comme un croisement à l'ancienne entre IDM et breakbeat.

 

Avec des sonorités très synthétiques, les deux hommes signent quatre titres sombres et énergiques. Les rythmiques donnent l'impulsion et des mélodies viennent s'intercaler aux côtés de divers bruits métalliques et froids. Sur Break The Beat, l'ambiance est presque années 1980 avec des sons assez minimaux, voire un peu pauvres. Cette tonalité se retrouve avec plus ou moins de réussite sur le maxi. Cela donne parfois un côté industriel bien vu, d'autres fois, cela sonne un peu comme un aveu d'impuissance. Sur Crazy Pizzi, la batterie a des airs de vieille boîte à rythmes et tire un peu le reste du morceau vers le bas bien aidé par une mélodie un peu facile. Ce choix de sonner comme au bon vieux temps est risqué et s'avère en l'occurrence assez périlleux.

Sur Electric Rebirth, le matériel est bien plus conforme à l'esprit et donne un résultat plus réussi. Les nappes un peu kitchs sont vite oubliées grâce au reste des sons qui créés une atmosphère futuriste et complexe. L'extrait le plus prenant reste toutefois le premier, 3D Soundsystem sur lequel la collaboration fonctionne le mieux. Un kick puissant pose le décor, puis les autres éléments s'amoncellent peu à peu pour faire monter la sauce tout en break. Il y a toutefois comme un goût de faux départ qui revient régulièrement...

 

Comme sa pochette, ce maxi sonne bizarrement comme un projet futuriste venu du passé. S'il n'est pas totalement inintéressant, il fait référence à une époque révolue... la même sensation que de regarder le Dune de David Lynch aujourd'hui.

 

http://www.patpongrecords.com/03_label_media/patpong_records/dark_droid_daito/cover/cover_dark_droid_daito_electric_rebirth_patpong_records_800.jpg

par Tahiti Raph

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11 juillet 2010 7 11 /07 /juillet /2010 11:28

Date : 2-4 juillet 2010

Lieu : Belfort

 

Certains pourraient légitimement se demander pourquoi Chroniques électroniques s'évertue à se rendre aux Eurockéennes de Belfort. La présence des musiques électroniques y est famélique mais il règne en ce festival franc-comtois une ambiance "bon enfant". Si on ajoute à cela des middle-names toujours intéressants et le plus beau site de festival d'Europe, on comprend mieux pourquoi la pharaonique manifestation belfortaine suscite toujours autant d'attrait. Avouons également que certains membres de Chroniques électroniques ont un investissement plus qu'affectif pour ce festival. C'est donc au grand complet et avec une bonne humeur sans faille que nous nous rendons sur les luxuriants rivages du Malsaucy.

 

Vendredi 2 juillet

 

Par plus de 35° à l'ombre, les festivaliers ont tenté de se rafraîchir la glotte à coup de bières tièdes et d'apéros efficaces mais bon marché. La bière anti-émeute distribuée sur le site fera le reste...

Les vétérans du skate-punk-core (AOC) Sucidal Tendencies investissent la scène du chapiteau sous les acclamations d'un public qui n'était même pas né à leurs débuts. Emmené par leur enthousiaste et un peu gras leader/chanteur Mike Muir, les yankees feront résonner leurs classiques pendant plus d'une heure. Le batteur Eric Moore est tout bonnement impressionnant. Même si tout cela a plus que vieilli, la formation ne s'est pas contentée de faire le job et a vraiment transpiré. Après un envahissement de scène bien bordélique, le groupe part se reposer dans leurs loges avant de se décliner plus tard dans la soirée en tant que Infectious Grooves.

ST.jpg

C'est entre excitation et profonde interrogation que je me dirige alors vers la Grande scène pour assister à la prestation de The Dead Weather. Non content d'être devenu une icône du rock moderne suite à son succès mérité avec les White Stripes, le charismatique Jack White crée des all-star band depuis quelques années. Le bide de The Raconteurs retentit encore. Accompagné cette fois-ci de la poseuse, théâtrale mais tellement bandante Alison Mosshart et de Dean Fertifa (QOTSA) à la guitare, le groupe va me foutre une grosse baffe. Ce qui se révélait être une belle arnaque sur disque explose complètement en live. Y a un parfum de western un peu sombre bien influencé par The Velvet Underground et The Black Crowes du plus bel effet. Et quand Jack empoigne sa guitare sur Will Be Enough Water pour électriser la foule avec ses riffs de super-héros, Alison va s'asseoir pour cuver et fumer sa clope. Le très enlevé Cut Like A Buffalo fut aussi très enthousiasmant. Cette prestation demeurera comme une des plus grandes réjouissances du cru 2010.

Si il y a bien un groupe que je vais voir jouer avec une totale absence de réserve c'est bien les Black Keys. Fers de lance de la scène indé blues rock depuis déjà pas mal de temps, ils sont aussi apparus sur le génial projet hip-hop Blackroc. Dès leur entrée sous le chapiteau j'ai envie de crier à la supercherie. Dan Auerbach a coupé sa tignasse et sa barbe de redneck de l'Ohio et Patrick Carney ne porte même pas ses lunettes de geek. Voir un concert des Black Keys dans ces conditions relève de l'hérésie. Blague à part, le duo rendra une copie extrêmement carrée que je qualifierais comme plus propice à une prestation de festival que de réel concert. Les guitares n'étaient à mon goût pas assez cradingues et Dan ne s'est même pas roulé par terre. Je ne suis pas non plus très fan de leur dernier opus et de leur déclinaison en quatuor. Le clavier n'apporte vraiment rien. C'est parce que j'adore vraiment ce groupe que j'esquisse une déception relative. Le final sur I Got Mine renverra mon aigritude légendaire aux vestiaires.

dan.jpg

Après des groupes de cet acabit, le set anémique des Foals a le goût de tofu. Faussement math-rock et désormais réellement mainstream, ce groupe est à mourir d'ennui. La voix du chanteur est tellement agaçante que des envies de sacrifices de festivaliers fluos me viennent subrepticement à l'esprit. Traîner pas loin du chapiteau où Charlotte Gainsbourg susurre des banalités n'arrangera rien. Le seul point positif est qu'il fallait s'approcher très près pour entendre quelque chose. Rien entendu de pire depuis Joe le Taxi.

J'oubliais volontairement de préciser que les BB Brunes étaient également présents cet après-midi. La précision s'arrête là. Un journaliste d'un bien connu quotidien de l'Est croisera le chanteur perdu et torse sans poil sur une rive du Malsaucy. S'en suivit une conversation digne d'une rencontre du Troisième type.

- "Eh le journaleux, y a des poissons dans votre étang de merde ? demande le chanteur.

- Ouais c'est un étang de pêche, mais les poissons ne sont pas carrés et panés comme dans ton frigo."

Je demande à mon pote pourquoi il n'a pas rendu un immense service à la musique et à la société en noyant ce vil malotru. Il me répondra avec le dépit du queutard sans capote qu'il n'y avait pas assez de fond.

Pendant ce temps, du côté du Club Deville, bien trop peu nombreux furent ceux qui assistèrent à l'enfumé set trip-hop noisy des King Midas Sound.

Mes collègues B2B et Tahiti Raph tentent de me convaincre d'assister au show de Jay-Z. En effet, celui qui a échangé depuis déjà longtemps sa street crédibilité contre des tonnes de dollars avait d'abord projeté d'atterrir sur le site en hélico. Les rumeurs les plus folles circulent, on parle de la présence de Beyoncé. Il n'en sera rien. Simplement vêtu d'un T-shirt noir, il déboule sur une grande scène qui regorge de monde. Il livrera un show digne d'un blockbuster mais proche du niveau zéro musical. Outre les tubes Hard Knock Life ou Empire State of Mind, il se servira de samples de David Guetta, de Penjabi MC et de Prodigy pour inviter la foule à bouncer avec lui. Navrant pour certains, jubilatoire pour d'autres, il fallait avant tout envisager ce set comme un spectacle, ni plus ni moins. Les programmateurs ne s'y sont pas trompés, le succès fut au rendez-vous.

C'est avec grands regrets que j'ai raté le concert fusion des géniaux Converge pour assister à ce... spectacle ? Pour clôturer cette belle journée, Missy Elliott sera presque chassée de la scène à coups de bouteilles suite à une prestation catastrophique. Virer son staff une semaine avant le show n'était sûrement pas l'idée du siècle. En fin de festival, les programmateurs parleront même de faute professionnelle. Elle pourra peut-être reprendre la vente de crack pour se refaire. Il n' y avait en tous cas pas de clients pour ça ce soir là.

 

Samedi 3 juillet

 

Disons le tout de suite. Ce samedi fut la journée la plus faible du week-end mais recéla malgré tout quelques bons moments. Comme tout d'abord Omar Souleyman, ce taxi syrien qui soulève les foules à chacune de ses apparitions. Divinement kitsch avec ses lunettes en or, son keffieh et ses mocassins en cuir pleine peau, il est tout de même un peu statique comme bonhomme. Yalla ! et Choukrane ! seront les seules interractions avec un public pourtant entièrement conquis à sa cause. On verra même un bûcheron jurassien en T-shirt rose beugler son amour à Bachar Al Assad, c'est dire. Bref, sa musique traditionnelle funky mélangée à des sonorités électroniques issues d'un Korg est redondante et ne casse pas des briques mais est réellement attachante. Elle s'est en tous cas payée le luxe de faire chavirer un important public de curieux.

Viendront ensuite les sombres Serena Maneesh, formation shoegaze pas très doggystyle mais qui vaut son pesant de cacahuètes en salle. Le groupe a d'ailleurs l'air un peu mal à l'aise devant les 300 festivaliers présents. Il faut dire qu'avant leur entrée, un mec de la régie qui avait oublié de couper son micro a gueulé "Bon alors, elle arrive le frigo scandinave" en parlant de la charmante guitariste/chanteuse. Pourtant l'excellent leader/chanteur et guitariste Emil Nikolaisen se donne bien du mal pour faire chavirer l'auditoire. Malheureusement, les voix sont mal réglées et les sons qui envelopperaient littéralement une salle fermée s'envolent ici dans les airs. Dommage. Le groupe jouera pourtant un dernier morceau dantesque qui durera près de dix minutes. Un groupe à voir en salle et dans de meilleurs conditions absolument.

serena.jpg

Plus tôt dans l'après-midi on comprit pourquoi il y avait autant de festivaliers australiens sur le site. La faute à Airbourne, clone d'AC/DC, fleurant bon l'huile de vidange, la bière bouillante et les vestes en jeans avec des pin's et des clous. Le set du groupe fut couronné de succès, va comprendre. Il faut dire que l'escalade à 20 mètres du sol du guitariste perché dans le décor fut amusante. Et oui, la musique est parfois surtout un spectacle. J'ai des spasmes quand j'écris des trucs pareils.

Les chansons sombres et froides de The XX n'ont pas eu l'écho escompté. Faut quand même vraiment être con pour claquer des mains à l'unison pendant l'introduction d'une chanson déprimante. Malgré ça, le live du groupe était mal préparé, indigne des réussites relatives de l'album.

Quelques mots aussi sur la prestation des Sexy Sushi, où des adolescentes aux physiques de caissons de basses payent leurs nibards pendant qu'un cochon fait du air guitar avec un sapin sur scène. Les paroles, faussement provocantes, sont à la hauteur de l'assemblée de teenagers.

Les Hives feront le boulot avec leur rock garage abrasif mais sans surprises avant que Janelle Monae ne distille une charmante soul boboïsante et que Vitalic ne se plante sur une Grande scène trois fois trop grande pour lui où ses montées cradingues ni disco ni rock ne firent que l'effet de pétards mouillés. Cette journée fut donc bien plus faible.

 

Dimanche 4 juillet

 

Voici le dernier jour, tant attendu pour ma part qui en véritable groupie de Massive Attack se délecte de leur moindre apparition. Mais par bonheur, cette journée a offert d'autres surprises de taille. Tout d'abord avec deux formations françaises de grand talent :

Le groupe grenoblois Rien, qui diffusa un excellent post-rock carré et plein d'humour. Ils auraient mérité de jouer sur une scène plus grande, à la hauteur de leur talent, tout comme le groupe Gable et leur folk expérimentale et chatoyante.

L'arnaque du jour fut signée par Julian Casablancas. Le chanteur des Strokes, tout de rouge vêtu, avait l'air d'être défoncé à la came frelatée et a dû se reposer sur un vocoder pourrave pour compenser son état et sa forme dégradée. Assez affligeant.

Vient ensuite l'heure de LCD Soundsystem. J'avoue que je n'ai jamais compris l'engoument autour de cette grande partouse du vide où l'électronique est aussi anémique que la dimension rock. Mais mes collègues B2B et Tahiti Raph veullent absolument aller se trémousser devant James Murphy et sa clique. J'observerais donc cet affligeant spectacle à distance. Le Murphy semble d'ailleurs faire la gueule, pas content que les gens pogotent au lieu de danser. Une fois le concert fini, mes collègues concèderont que le groupe n'était pas dans un grand soir. Je ne suis pas rassuré pour autant.

lcd.jpg

Je me dirige alors d'un pas alerte et motivé pour voir l'autre groupe dont je suis une abominable groupie : Woven Hand. Il faut dire que le génial David Eugene Edwards me file la chair de poule dès qu'il ouvre la bouche ou qu'il pince sa gratte. Tel un chamane des grands espaces américains, l'homme de foi irradie de sa classe et de son génie n'importe quel auditoire. Sa folk mystique bien teintée de rock illumine les rivages de la plage du Malsaucy.

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Un regret néanmoins, il partage la scène avec la sympathique formation hongroise Muzsikas. Leurs mélodies folkloriques hongroises ne sont pas désagréables mais me rappellent la bar mitzva et la cérémonie de circoncision de mon ami David Haddadou-Merzcowitz. Les sosies de Freud, Einstein et le regretté Dennis Hopper sont contents d'être là pendant que les vrais fans de Woven Hand et de 16 Horsepower font la gueule.

Sur la Grande scène, le démon fluo Mika célèbre sa grand messe. Par bonheur, le son n'est pas réglé trop fort, ce qui ne l'empêchera pas de jouer deux fois Relax devant un public sans âge distinct spécialement venus pour lui.

fans-de-mika.jpg

 

Vient ensuite le moment des réjouissances électroniques avec l'enchaînement Action Beat/Health/Fuck Buttons. L'électro noisy de Health se révèle fascinante et empreinte d'une énergie gorgée de sueur et de stimulants pas tout à faits légaux. Action Beat et leur noise nihiliste reprenne le cierge, ça slamme et pogotte à tout va. Les douches à la bière sont gratuites, la populace est de sortie.

Mais lorsque Fuck Buttons entame l'éffréné Surf Solar, les choses sérieuses commencent. le duo et leurs jouets étranges ne laissent que cendres et poussières partout où ils passent. Il y a toujours ce même sentiment de se prendre un moteur d'avion en pleine gueule. Leur set fut bien meilleur que celui de Dour l'an dernier où ils s'étaient perdus après Animal Collective dans leurs expérimentations.

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Mais pour les avoir vus une bonne demi-douzaine de fois ces deux dernières années, je préfère aller bien me placer pour le futur set de Massive Attack. On est groupie ou on l'est pas.

Robert Del Naja entre sur scène. Il a l'air très en forme. Le génial bassiste du groupe assomme tout le monde, bien aidé par cette invention fabuleuse qu'est la double batterie. Même si les morceaux d'Heligoland sont parfois un peu faibles en live et que le show n'ai que très peu évolué depuis 2004, la magie qui fait des bristoliens un des plus grands groupe du monde en live est intacte. Le guitariste est extrêmement investi, renforçant un peu plus la dimension rock habituelle. Dobro, Atlas Air, Safe From Harm, Angel, Inertia Creeps, Risingson et Girl I Love You sont divinement jouées. J'aurais bien échangé les trops mous et bien datés Teardrop et Unfinished Sympathy contre un United Snakes, un Butterfly Caught et un Anti-Star qui ont un potentiel de furieux en live. Tout le collectif défile. Daddy G et sa nonchalance féline habituelle, l'épuisé mais encore debout Horace Andy et la très charmante ex muse de Tricky, Martina Topley-Bird, qui se produisait en solo plus tôt dans l'après-midi.

Pour moi chaque concert de Massive Attack est un priapisme sonore anthologique de plus. Je ne suis donc pas tout à fait impartial.

3D.jpg

Qui d'autre pouvait plus dignement clore les festivités belfortaines de cette année ? Une fois encore, cachés derrière des blockbusters au goût discutable qui assurent la santé financière du festival, on trouve chaque année aux Eurockéennes un certain nombre de groupes confirmés et en devenir qui assureront une nouvelle fois, notre venue à l'édition prochaine.

 

par Ed Loxapac

photos prises par Cixie

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11 juillet 2010 7 11 /07 /juillet /2010 11:10

Sortie : 23 juin 2010

Label : M-Plant

Genre : Techno

Note : 8/10

 

On ne l’attendait pas vraiment celui-là. Robert Hood a beau être une référence indétronable du milieu techno (c’est quand même le mec qui a fondé Underground Resistance avec Mike Banks et Jeff Mills à Detroit dans les 90’s), sa techno puissante avait fini par perdre de sa superbe avec les années. En plus, Hood revient avec Omega, étrange projet visant à proposer une nouvelle B.O. de l’obscur The Omega Man, film de S.F. de 1971 avec Charlton Heston. Tous les ingrédients casse gueule sont réunis pour nous pondre un album de techno sans idée. Et bien vous vous fourrez le doigt dans l’œil ! Omega est une tuerie techno comme il en sort trop peu, un rouleau compresseur imparable.

Omega surprend par sa contemporanéité. Là où on aurait pu craindre un album de techno de Detroit old-school, pétri d’influences futuristes, on se retrouve avec un objet n’hésitant pas à user des gimmicks actuels chers au label berlinois Ostgut Ton. Prenons Towns That Disappeared Completely sous perfusion Detroit avec son puissant kick et dont les sonorités d’insectes rampants rappellent vicieusement les récents travaux de Marcel Dettmann.

Robert Hood n’est pas le pape de la techno minimale pour rien. Omega nie la mélodie pour privilégier la puissance. Le résultat est sans appel, Omega ramone les neurones sans concession. La techno surpuissante d’Alpha avec son ambiance "rave dans un hangar" ne fait pas dans la dentelle malgré d’incessantes variations. Ce côté à la limite de l’indus risque d’en refroidir plus d’un mais pourtant jamais Omega ne prend le chemin du bourrinage facile. Alors oui, c’est anxiogène et claustrophobique mais les basses élastiques et le groove permanent empêchent le bad trip. Robert Hood ne se contente pas de proposer une techno robotique et de temps en temps, une petite nappe vient apaiser les esprits comme sur Think Fast. Finalement, on saisit mieux l’idée initiale de refonte de la B.O. de The Omega Man. Lentement mais sûrement, Robert Hood nous immerge dans une ambiance mêlant ambiance futuriste et sonorités organiques pour au final nous laisser dans l’espace, à la recherche d’une impossible bouffé d’oxygène qui ne viendra jamais.

Avec Omega, Robert Hood signe un album de techno puissant et racée, pont idéal entre la techno de Detroit des 90’s et la techno organique actuelle. Mr Hood démontre une nouvelle fois son rôle majeur dans le courant techno depuis bientôt 20 ans.

 

http://2.bp.blogspot.com/_-XwayVfz5Q8/TSHsta-M2gI/AAAAAAAAA9o/ZIBuJRcoWl8/s1600/robert_hood__omega__sleeve200202222.jpg

 

par B2B

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9 juillet 2010 5 09 /07 /juillet /2010 16:15

Sortie : juin 2010

Label : Error Broadcast

Genre : Abstract hip hop

Note : 7

 

Il n'est désormais plus question de louper une seule sortie du génial netlabel abstract/liquid hip-hop Error Brodcast. Dernière en date, le nouveau maxi d'AEED qui, outre trois nouveaux titres, contient cinq remixs. Le producteur suisse Aid Copelj qui se cache derrière ce pseudo avait marqué les esprits l'an dernier avec le mini-album Synesthesia toujours disponible en téléchargement gratuit sur le site du label).

 

Le morceau titre est dans le pur style Error Broadcast, un abstract hip-hop inventif gorgé de sonorités 8-bit, une ambiance futuriste, une rythmique qui part volontairement dans tous les sens et un sample de voix qui donne une touche organique lointaine. Seul regret : Error Code ne dure que 2'26 quand on aurait voulu le voir se prolonger un peu plus. Ce titre, sur la version numérique, est ensuite décliné en trois remixs... un peu plus longs. Le premier de Pixelord est plus épuré, les nappes prédominent et le glitch est omniprésent. La relecture de Portformat est plus sombre et s'éloigne singulièrement de l'original, ce qui n'est pas plus mal pour éviter de lasser. Tout comme Pixelord, le producteur ralenti le tempo et simplifie le rythme pour privilégier le travail sur les nappes qui sont ici rêches et glaçantes. Le troisième remix est l'œuvre d'Ichiro qui joue aussi la voie de l'apaisement. Ces trois versions offrent trois visions différentes tout en restant dans l'esprit abstract hip-hop du label.

La seconde nouvelle livraison du Suisse est Perfect Flashing, qui convie Railster, pour un croisement entre une voix aérienne, quelques touches électro à l'ancienne et l'univers habituel d'AEED. Le résultat est surprenant et confirme les qualités d'expérimentateur de son auteur.

Enfin, Moussaka avec Morpheground, toujours dans la même veine, propose un gros travail du côté de la rythmique et des pointes hip-hop difficilement identifiables. Côté remixs, celui d'AD Bourke, complètement barré, va un peu loin dans le décalage, tandis que celui de fLako ressemble à un bricolage de sonorités dans lequel un clavier maladroit s'insère avec parcimonie. Deux relectures imaginatives quoiqu'un peu moins convaincantes.

 

Huit pistes à savourer, à décortiquer pour alimenter cette année 2010 décidément très fertile dans ce genre musical.

 

http://bandcamp.com/files/29/41/2941063413-1.jpg

par Tahiti Raph

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9 juillet 2010 5 09 /07 /juillet /2010 10:28

Sortie : 16 août 2010

Label : Ghostly International

Genre : Electro-pop

Note : 5,5/10

 

En 2007 sortait Asa Breed, sublime album d’électro-pop vaporeuse, de Matthew Dear. L’Américain n’en était pas à son coup d’essai, lui qui depuis le début des années 2000 propose un son électro froid entre funk déviant et pop désincarnée. Ne voulant pas rester bloquer sur ses acquis, il a depuis multiplié les projets (dont Audion) pour mieux se réinventer. Et voilà le Matthew qui nous revient avec Black City, annoncé ouvertement comme étant son album le plus sombre. Après tout, malgré la saison, pourquoi ne pas se prendre une dose de spleen ?

Black City n’arrivera pourtant jamais à égaler son prédécesseur. Ce nouvel album est loin d’être indigent mais il est bien trop léger pour se révéler indispensable. Le problème de Black City est qu’il vous passe entre les oreilles sans même que l’on s’en aperçoive. C’est tout de même con pour un album d’électro-pop qui se veut introspectif. Pourtant, les intentions sont bonnes et l’on prend du plaisir à se balancer tranquillement à l’écoute de Slowdance dont l’électro-pop est autant contemplative que désabusée. Le timbre de voix grave de Matthew a beau être réconfortant sur un More Surgery lancinant et inquiétant, le reste de l’album est trop propre et manque de saveur. L’influence de Brian Eno sur Gem, ambient porté par un piano dépressif, ne suffit pas à transporter l’auditeur, tout comme l’électro-pop sous perfusion indienne de Shortwave.

Il est pourtant difficile de rejeter totalement cet album car il possède une réelle cohérence, un son qui lui est propre, une atmosphère des petits matins blêmes poignante. Black City ne peut s’écouter que d’une traite, toute tentative d’isoler un morceau rend le projet caduque. Cet aspect "bloc soudé" rend ce quatrième essai de Matthew Dear attachant mais se révèle insuffisant sur la longueur. Au risque de se répéter, on reste loin de l’excellent précédent album de l’Américain, Asa Breed, et c’est fort regrettable.

 

http://betterpropaganda.com/images/artwork/Black_City-Matthew_Dear_480.jpg

 

par B2B

 

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8 juillet 2010 4 08 /07 /juillet /2010 11:52

Sortie : 19 juillet 2010

Label : Hotflush Recordings

Genre : Dubstep organique

Note : 8,5/10

 

Dominic Maker et Kai Campos constituent Mount Kimbie. Sortis l’année dernière, les deux EP des Anglais, Maybes et Sketch On Glass prédisaient déjà un futur alléchant. Résonnances organiques, rythmiques percussives et climat cotonneux, le post-dubstep de Mount Kimbie dégage à l’oreille quelque chose d’éminemment doux et intimiste. Émergent alors deux EP de remixs, par Falty DL, James Blake, avec lequel ils collaborent souvent, ou SCB (avatar techno de Scuba). Et en effet, qui d’autre que Paul Rose aka Scuba pour sortir le séduisant duo, sur son label Hotflush Recordings. Des remixs de leur part pour Foals ou The XX ne manquent pas de faire mijoter le buzz. Laisser reposer et servir glacé : Crooks & Lovers est un superbe premier album.

 

Entre UK garage, électronica, ambient, et doté d’effluves de hip-hop, de jazz ou de post-rock, ce disque convoque maintes influences, mais demeure inétiquetable. Dans la famille des pionniers du dubstep expérimental et ralenti, tels que l’on en trouve chez Hotflush, chez Hyperdub ou Hessle Audio, Mount Kimbie se distingue par l’esprit lumineux, clair et gai qui habite leurs productions. Nulle noirceur plombante ni ténèbres torturés ne s’observent sur Crooks & Lovers. Mais cela n’affecte en rien la profondeur des titres, ni la façon dont ils s’immiscent en vous, submergeant votre coquille d’un mélange de mélancolie et de joie apaisée. Rarement en dubstep, à part peut-être chez Burial, les samples de voix n’ont été plus subtilement utilisés, notamment sur Carbonated, à qui un chaud timbre féminin donne des tons exotiques. Le duo manipule les machines avec une sorte de délicatesse élégante, associant des instruments acoustiques, des fields recordings et des clappements en tout genre, à des rythmiques gentiment bancales. L’album entier semble frotté au papier de verre (mais tout doucement hein), conférant une texture grenue à de nombreux morceaux. Un peu comme si le grain de la photographie de l’artwork s’appliquait à la musique enfermée dans le disque. Sauf que la pochette, elle, on se contentera de la regarder de très loin.

 

Rien n’est à jeter sur ce sublime album. L’aspect solaire et même… pop est davantage présent que sur leurs précédents EP, mais la cohérence et la qualité sont telles que même un nombre d’écoutes s’approchant du bon milliard ne suffit pas à lasser. Dans un état proche de la béatitude, on ondule mentalement sur le génialissime Would Know. Avec son intro tirant sur la folk expérimentale, Before I Move Off a tout de la perle immédiate et jouissive. Quant à Ode To Bear, cette pièce paisible et bouleversante vous berce avec une douceur infinie dans des milieux aquatiques, eux-mêmes traversés de lueurs changeantes.

 

Percussif, complexe, ludique, rêveur, atmosphérique, les adjectifs ne manquent pas pour décrire ce bijou. Et justement parce que, pour la plupart des auditeurs, cela ne s'apparentera en rien à du dubstep, Crooks & Lovers est avidement recommandé à toutes et tous. Un grand disque.

 

                                             Mount-Kimbie---Crooks---Lovers.jpg

                                                                                                                                        par Manolito

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