Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Présentation

  • : Chroniques électroniques - Chroniques de disques, de concerts, de festivals, de soirées de musiques électroniques, rap et bien d'autres...
  • Chroniques électroniques - Chroniques de disques, de concerts, de festivals, de soirées de musiques électroniques, rap et bien d'autres...
  • : Au confluent des musiques électroniques, du rap et des autres styles, ce blog, ouvert et curieux. Chroniques de l'actualité des sorties IDM, électronica, ambient, techno, house, dubstep, rap et bien d'autres encore...
  • Contact

Recherche

Archives

Catégories

16 novembre 2010 2 16 /11 /novembre /2010 11:16

Lieu : Turbinenhalle (Oberhausen, Allemagne)

Date : 5, 6 et 7 novembre 2010

 

Jour 1 :

Oberhausen, ville dortoir lugubre de la Westphalie, à peine à deux heures de Paris en passant par l'aéroport de Dusseldorf. L'architecture et la couleur des bâtiments ne laissent que très peu de choix aux autochtones. Tout donne envie ici d'écouter du rap hardcore ou du post metal. Seul notre hôtel laisse entrevoir un soupçon de vie. Bien sûr on se laisse tenter par les bratwurst de la Marktstrasse, notre intestin s'en souviendra. Trouver la Turbinenhalle relève de l'exploit quand on est vierge de tout Maschinenfest. Entre une voie de chemin de fer, un McDo et un gigantesque club de sport, la Turbinenhalle est là, quelque part. Manolito prend son courage (et son anglais) à deux mains pour solliciter un imposant culturiste qui se restaure à coup de junk food sur un parking.

- "Où est la Turbinenhalle s'il vous plaît ?

- La Turbinenhalle ? C'est une usine désaffectée reconvertie en salle de spectacles. Il faut prendre l'escalier derrière le parking et longer les usines fermées. Mais faites attention mademoiselle, il y a une faune étrange et suspecte qui rôde par là."

Ok, ça tombe bien, c'est pour ça qu'on est venu. Dès les portes, l'accueil est chaleureux, même les colosses qui font office de videurs ont le sourire. A l'intérieur, des stands aux couleurs d'Ad Noiseam, Ant-Zen, Hands Productions et Spectre. Chacun en profite pour remplir ses caisses. Beaucoup s'agglutinent autour des dernières sorties, pas forcément pour acheter, mais surtout pour parler musique avec les différentes têtes pensantes des labels. Tous très sympathiques pour la plupart. 13th Monkey finit son set devant une foule clairsemée. On croise Nicolas de Ad Noiseam pour solliciter une interview, mais à dix minutes du concert de Matta, ce n'est pas l'idéal. Seul le plus jeune des frères Matta est là. Il rendra une copie extrêmement sérieuse. Même si je ne suis pas un fan de dubstep, force est de reconnaître que le set costaud et burné du Britannique ne peut que remporter l'adhésion. Il a d'ailleurs conquis un public de soldats de l'indus, de goths, de punks et de nerds pas venus pour le voir à la base.

Débute alors la lente transhumance vers le stand d'Ad Noiseam, où beaucoup veulent acquérir l'objet de la surprise, qu'ils qualifient pour la plupart de breakcore. A peine le temps de reprendre son souffle (il n'y a qu'une seule scène au MF), que les déflagrations électriques et industrielles du trio Chrysalide résonnent jusque dans les reins. Les trois Français ont l'air plus que content d'être là, même si ils sont tous trois maculés d'une peinture noire qui leur donne l'allure d'oiseaux mazoutés. Rapidement ils envoient le bois, entre sonorités et rythmiques industrielles écorchées, tempo hardcore et énergie punk. Ils se donnent du mal et dépensent une énergie folle. L'effet visuel est indéniable. Je n'irai pas acheter le disque mais la prestation scénique est abrasive.

Très bonne surprise. C'est ensuite au tour de l'Allemand Andreas Brinkert, alias Bipol, de truster la scène. Entre indus et IDM, il jouera principalement des titres issus de son dernier album, Fritter Away, sorti en début d'année sur Ant-Zen. Excellent live, même si je suis moins client quand son pote vient beugler avec un succès relatif dans un micro mal réglé. Les premières minutes de Config.Sys me gonflent sévèrement. Nos errances aéroportuaires et l'ensemble de la journée ont eu raison de nous. Comme des hérétiques, on se casse en ayant loupé Ambassador21, Asche et Sonar.

 

Jour 2 :

Après une bonne nuit de sommeil et un sandwich douteux, nous sommes presque frais et dispos, prêt à enchaîner neuf heures de musique non stop. Simon Schall ouvre les hostilités avec un set pas inintéressant mais assez convenu dans l'ensemble. Le noise teinté d'indus des régionaux de l'étape Swanika m'hérisse les poils. Il est donc temps de se rafraîchir à coup de bières au goût de métal. Les choses sérieuses commencent avec Zero Degree. Sa musique, spatiale et minimaliste, hypnotise la foule un peu plus importante que la veille. Ses gestes sont éparses mais précis. Chacun a les yeux grands ouverts, on sent un bouillonnement interne indescriptible. Énorme claque. Le seul membre du duo quittera l'estrade sous les applaudissements d'un public groggy, avec une discrétion et une timidité plus que touchante.

L'album Probe (Ant-Zen) fera très bientôt l'objet d'une chronique, tout comme le nouvel album de celui qui s'avance alors : le suisse Abs6. Comme un DJ hip-hop, il gesticule au gré des déflagrations et s'escrime sur son laptop comme si sa vie en dépendait. Il livrera lui aussi un concert admirable, entre IDM, indus aux relents technoides et dustep. Très varié et très maîtrisé.

C'est alors qu'apparaît un de ceux qui a motivé ma venue au MF, le Grec Subheim. Nicolas d'Ad Noiseam m'avait prévenu au préalable : "Tu verras son nouvel album est très organique et beaucoup plus adulte que Approach. Il y a beaucoup de voix et un côté aérien et jazzy assez surprenant."

Le petit Grec s'avance et ouvre son set par Hush, la magnifique introduction du précédent album. La chanteuse Katja le rejoint alors. Tout n'est que beauté et volupté à partir de là. Certains auditeurs se cassent car il semble que ça manque de violence à leur goût. Mais un ballet langoureux de gothiques débute alors dans la fosse, donnant une dimension féerique au concert. Un baril d'essence se substitue aux boites à rythme. Subheim demande une bière qui tardera à venir. Ceux qui sont restés sont subjugués et tardent à réagir. Très très beau live, qui donne plus que jamais envie de se plonger littéralement dans son nouvel album : No Land Called Home (publié par Ad Noiseam).

On loupera le live d'Edgey pour se remettre de nos émotions, avant que le rythmic noise surpuissant des Canadiens d'Iszoloscope ne nous terrasse littéralement. Nous raterons Ah Cama-Sotz et Winterkälte, comblés par ce deuxième jour époustouflant. Nous avons d'ailleurs rencontré Dirk Geiger, seul représentant de Tympanik Audio, qui a récemment fait parler de lui avec son superbe album Autumn Fields (chroniqué ici). Manolito n'a depuis plus lavé ses mains, troublée à tout jamais par le charme de ce beau germain.

 

Jour 3 :

Nicolas Chevreux, de Ad Noiseam répond enfin favorablement à notre demande d'interview (retrouvez là  ici) dès l'ouverture des portes. Nous raterons donc les prestations de Horque et de Killer. Le dernier cité aura, parait-il, réalisé une prestation impressionnante, masqué et placé devant la régie face à un vieil écran de télé pourri. Le set breakcore du Français Lingouf fut ébouriffant et impressionnant de technique. Énorme baffe. Le trio Frl.Linientreu rendit lui aussi une excellente copie, troublante de maîtrise. C'est alors au tour du dready français Niveau Zero, et son dubstep de partouzeur de faire chavirer une foule surprise mais entièrement acquise à sa cause. La Manolito perd tout sens des réalités sous les coups de butoir de First.

nz.jpg

Les goths et les cyberpunks dansent le mia sur le dubstep. Hallucinant. Dès la fin du set, le stand d'Ad Noiseam annonce immédiatement la couleur. Albums de Matta et de Niveau Zero épuisés. On ira causer avec l'heureuse attraction du moment, qui s'est entre temps séparé de son éternelle cravate. On parle du site, de l'ouverture des gens au Maschinenfest, de son actualité. Un costaud accompagné de deux petites emo en goguette demande alors s'il est possible de prendre une photo et de se faire dédicacer un album. Ce n'est qu'en fin de soirée que nous comprendrons que ce colosse vaguement groupie n'était autre que... Architect. Une hallucination de plus. On loupe la prestation de Sonic Area, qui avait elle aussi tout l'air de valoir son pesant de peanuts. On va se restaurer légitimement pendant Null Vektor et Mono No Aware. Le power noise c'est définitivement pas notre truc. Qui d'autre qu'Architect pouvait mieux clore ces trois jours de festivités ? Son set, accompagné d'un visuel dispensable, fut absolument époustouflant. IDM, breakbeat, drum'n bass, dubstep... le gars sait tout faire. Son récent album, Consume Adapt Create, avait déjà planté le décor de cette illustre prestation. Sonnés par tant de bonheur, on s'aperçoit vers la sortie que personne ne souhaite en rester là. Les habitués se lancent alors dans une danse martiale bluffante sous des sonorités noisy et hardcore.

C'est ça le Maschinenfest. Un festival où on rencontre des personnalités aussi variées que bigarrées. Il y a même des spécimens, pour la plupart féminins, capables de terraser de par leur aura et leurs courbes les plus fervents cartésiens de la beauté. Tout le monde est ici très gentil et très ouvert. Prêt à s'isoler pendant trois jours dans cet ilôt entre deux frontières imaginaires qu'est la Turbinenhalle. Des Belges, des Allemands et des Britanniques, mais très peu de Français. Voilà qui nous renforce dans l'idée que la France est en retard sur ses voisins pour ce qui est de ce genre de sons. Ce festival qui n'affiche jamais complet est pourtant prêt à les accueillir. Une chose est sûre, l'année prochaine, au moins deux membres de Chronqiues électroniques y retourneront.

 

par Ed Loxapac

photos 2,3,4,5 et 6 par GAndy / ektroanschlag

Repost 0
Published by Chroniques électroniques - dans concert-soirée-festival
commenter cet article
15 novembre 2010 1 15 /11 /novembre /2010 16:21

Sortie : octobre 2010

Label : Tympanik Audio

Genre : Ambient, Heavy Electronics

Note : 7,5/10

 

Nous avions déjà parlé du Polonais Undermathic (pseudonyme plus aisément prononçable que son véritable nom, Maciej Paszkiewicz) à l'occasion de la sortie de son premier album, l'excellent Return To Childhood (ici). Tout juste un an plus tard, le multi-instrumentiste remet le couvert, toujours sur Tympanik Audio.

 

Rarement le label de Chicago n'avait autant fait de tels efforts de production. Tant et tellement qu'il est inutile de cataloguer cet album dans une des quelconques et vulgaires sous appellations innombrables que comportent les musiques électroniques. Électronique ? 10:10 PM l'est bien évidemment. On retrouve cette infection du beat, les profondes synth-lines et la légère frénésie rythmique qui avaient fait le succès de l'album précédent et qui demeurent l'apanage de la plupart des excellentes sorties du label.

Seulement voilà, 10:10 PM est un album de musiques électroniques qui jouit des grandes compétences de compositions et d'orchestrations d'un véritable musicien. Épique et cinématographique, 10:10 PM plante le décor d'une errance nocturne commençant à 10h10 du soir un 10 octobre 2010, dans les méandres des artères d'une mégalopole occidentale. Les rencontres et les visions, fortuites ou non, engendrent des sentiments oscillants entre beauté, peur et mélancolie subtile. Une oeuvre cohérente en somme, dont le concept premier ne rend jamais l'écoute rébarbative. Le souci du détail, les lumineuses orchestrations et le romantisme avéré de l'oeuvre laissent imaginer d'incalculables heures de travail et de composition. 10:10 PM n'est pas un album, c'est une fresque, presque un péplum moderne et urbain.

S'il faut de très nombreuses écoutes pour saisir toute l'ampleur de l'oeuvre, je pense pour ma part que cet album ne sera apprécié à sa juste valeur que dans quelques années. Nombreux seront ceux qui l'auront acquis récemment et qui le ressortiront bien plus tard en s'exclamant : "Putain, c'est une bombe. Je l'ai écouté plein de fois et c'est seulement aujourd'hui que je l'entends pour la première fois." C'est un peu cette époque que décrivent les zones traversées ici par le Polonais. Ce perpétuel anonymat des grandes villes où tout n'est que consommation, où on écoute un disque deux ou trois fois avant de le laisser se maculer de poussière jusqu'à la mort. Une époque où les choses qu'on possède finissent par nous posséder. L'espoir est pourtant là, incarnée dans les textures salvatrices et cristallines de 7 Years ou du somptueux final Sea.

Le pianiste mélancolique polonais a eu l'intelligence de ne doter aucun morceau d'une puissance trop importante, justement pour ne jamais avoir à se contenter que d'un seul. Même si Big City Nights (non ce n'est pas une reprise de Scorpions), Saiph, 10:10 Pm et I Remember ont ma préférence, tout comme les magnifiques titres de fin déjà cités plus haut, l'oeuvre est une nouvelle fois à envisager dans son ensemble. Le shuffle, c'est le MAL.

 

Undermathic et Tympanik signent ici une oeuvre majeure et adulte qui comblera ceux qui laissent le temps à la musique de se révéler. Hautement recommandé.

 

http://proc.com.ua/uploads/posts/2010-10/1287740435_00-undermathic-1.jpg

par Ed Loxapac

Repost 0
Published by Chroniques électroniques - dans disque
commenter cet article
15 novembre 2010 1 15 /11 /novembre /2010 11:21

Sortie : août 2010

Label : autoproduit

Genre : Hip-hop

Note : 8,5/10

 

Fairfax, L.A., CA. Une dizaine de branleurs skatent dans le nouveau quartier branché de la Cité des anges. Caméra HD au poing, joint de weed au coin du bec, ça bastonne sec. Les vannes fusent sur un débit californien. Une fois à la maison, on monte ces images, on pose son flow nonchalant sur des lyrics hardcore et un micro-sample et on fout tout ça sur tumblr. Tout y est gratuit : la musique, la violence, le sexe.

 

Odd Future serait donc parti de là, de cette base bitumée propice aux évasions viciées. Depuis, le collectif n’en finit plus de faire parler de lui que ce soit à travers ses vidéos (attention, âmes sensibles s’abstenir - ici) ou ses lyrics. La société se pose des questions, commence à avoir peur. Et merde, nous y voilà ! Où comment une bande de gamins est en train de faire flipper les parents.

L’angoisse est d’ailleurs légitime à la vue du crew. Odd Future, ou OFWGKTA (pour Odd Future Wolf Gang Kill Them All), se compose d’une petite dizaine de très très jeunes rappeurs : Tyler the Creator, Earl Sweatshirt, Domo Genesis, Hodgy Beats, Wolf Haley, Mike G, Left Brain, The Super 3, Syd tha Kyd, Jasper Loc et Mellowhype. Ces gamins n’ont peur de rien car, à 16 ans, on est en pleine expérience des limites. La mythomanie est plus un art de la provoc' qu’une simple pose. Les pistes sont brouillées pour mieux être redessinées. Alors qu’on croit tenir un collectif soudé, on fait face à une bande de gamins incontrôlables ne sachant pas vraiment de quoi il en retourne. A côté, le Wu-Tang, c’est une maison de retraite.

Trop roublards pour être sincère ? Pas si sur. Il semblerait que Earl soit actuellement en maison de redressement. Mais construire un mythe si jeune n’est-il pas suicidaire ? Ces gamins sont en train de foutre la merde comme rarement un groupe de rap l’a fait. Et le pire dans cette histoire, c’est qu’ils sont bons, très bons.

 

Chaque membre officie en solo et la plupart ont déjà sorti leur galette (récupérable sur leur site). Mais quand le collectif parle, c’est sous la forme de mixtape D.I.Y.. Dernière en date : Radical (téléchargeable gratuitement ici).

Ces petits cons offrent un condensé impressionnant de ce que le rap hardcore peut faire de mieux. Autant de potentiel est presque flippant. Le boss du crew, Tyler The Creator, possède une voix grave, un flow lent propulsant Splatter et Oblivion en plein armageddon. La production suit et on est terrassé. Le génie en devenir, Earl Sweatshirt, a ce flow flippant permettant de transfigurer les samples lancinants de Drop et Blade. Mike G transforme Everything That Yours en périple enfumé. Domo Genesis et Wolf Haley jouent avec une prod’ minimaliste sur un Double Cheeseburger anxiogène. Et quand retenti le monumental final de Swag Me Out, c’est tout le collectif qui s’y met pour vous bastonner à grands coups de barres à mine en pleine gueule pendant 7 minutes.

Radical dérange, Radical provoque. Les limites sont franchies et le mur défoncé. Les paroles deviennent un terrain de jeu nihiliste. Le rap redevient ce produit brut, refusant toute concession. Ces gamins ont compris le système, au lieu de jouer avec, ils préfèrent le défoncer.

 

L’industrie du disque est dépassée, les parents affolés. Odd Future est en train de foutre des coups de burins aux fondations du système. Ces gamins sont décidément trop doués, il devient difficile de croire en la légitimité de la construction d’un tel mythe. Mais putain, que c’est bon !

 

http://28.media.tumblr.com/tumblr_l5ma56TArk1qbl8lgo1_500.png

par B2B

 

Repost 0
Published by Chroniques électroniques - dans disque
commenter cet article
14 novembre 2010 7 14 /11 /novembre /2010 17:35

Sortie : octobre 2010

Label : Ultimae

Genre : Psytrance world

Note : 8/10

 

Attention, ne pas confondre Asura, aka Charles Farewell, avec le sublime projet du même nom du Californien Ryan York, dont nous avons déjà parlé maintes fois dans nos lignes. Asura était un duo à ses balbutiements, Farewell et Vincent Villuis. Ce dernier se consacre désormais à son projet Aes Dana, et à la direction du label lyonnais Ultimae. Christopher Maze et Alex Ackerman participèrent également jusqu'en l'an 2005, lorsque Charles Farewell devient alors le seul membre du projet. Ce collectif (qui n'en est plus un) en mouvement perpétuel laisse trois albums derrière lui, tous sortis sur Ultimae. Asura est aujourd'hui un des membres les plus intrigants et les plus attendus de la sphère Ultimae. 360 est sorti il y a un peu plus d'un mois. Entrons maintenant dans le vif du sujet.

 

Certes, Ultimae est un label passionnant qui élève notre chauvinisme au rang de fierté. Mais force est de reconnaître que cette année, en dehors de l'exceptionnel album Interloper de Carbon Based Lifeforms (ici), les sorties du label ont été un peu décevantes en comparaison de l'excellent cru 2009. Je n'ai jamais été très fan des mélanges entre world music, voix exotiques et musique électronique. Je m'attendais donc à ce que 360 rejoigne le camp des déceptions. Que nenni. Voici un des disques les plus surprenants de cette année.

Heureux qui comme Ulysse, a fait un beau voyage. On semble transportés à la rencontre de territoires fantasmagoriques, hébergeant les derniers peuples polythéistes de notre bonne vieille Terre. Pour le citadin que je suis, qu'il est agréable de pouvoir observer les déclinaisons de l'horizon à l'infini. Entre psy-chill des premières lueurs, downtempo, ambient et électronica qui pulse, Asura nous emmène au gré des tracks dans des zones lointaines qui n'ont pourtant jamais semblé si proches. Un battement d'ailes et nous y sommes. Les textures ondulent et plient sous les coups des bouleversements climatiques. L'insertion d'instruments naturels se fait sans forceps, les cordes et les crins principalement.

Si la deuxième partie de l'album décolle bien au delà de notre espace et couds de majestueux formats plus longs, plus progressifs et plus expérimentaux (le pictural Longing For Silence justifie à lui seul l'achat du disque), la précédente laisse la part belle à la démarche world et aux sensations plus immédiates. Retenons plus particulièrement l'enivrant El Hai d'ouverture, où le chant très oriental de la chanteuse rappelle le timbre nasal du jazzman tunisien Dhaffer Youssef. Altered State, qui lâche des basses ronflantes et un souffle puissant à peine perturbés par le retentissement d'un... vieux téléphone. Les synthés sont ici au sommet de leur utilisation. Et la basse repart, emmenant tout sur son passage. Entre ombre et lumière, Erase écorche le ciel et s'élève comme le titre le plus tortueux de l'opus.

 

Véritable ode au voyage, réel ou intérieur, 360 devrait être le compagnon audio de tous les anciens et néo combattants pour la sauvegarde d'un environnement fragile. Dans L'Alchimiste, le héros avait parcouru le monde pour finalement trouver son trésor non loin de chez lui. Asura a quant à lui bien compris, que la vérité et le bonheur demeurent ailleurs. Soundscaping, quand tu nous tiens...

 

http://www.ultimae.com/img/newsletter/inre043-ASURA-360-front.jpg

par Ed Loxapac

Repost 0
Published by Chroniques électroniques - dans disque
commenter cet article
13 novembre 2010 6 13 /11 /novembre /2010 11:00

Sortie : août 2010

Label : NonPlus+

Genre : Drum'n'bass

Note : 6,5/10

 

James Clements, aka ASC, est un producteur émérite de musique électronique. On le connaît avant tout pour son activisme du côté de la scène drum’n’bass. Même si la drum'n'bass reste trop souvent ce sous-genre abrutissant pour teuffeurs à nuques longues venus se remuer dans des MJC crasseuses sur une sono dégueulasse, il arrive parfois d’être surpris par le style. Ce fut le cas l’an dernier avec le massif album de DJ Hidden (ici). Chaque année amène sa petite, et unique, galette de d’n’b permettant d’entretenir l’espoir.

ASC est donc Anglais (ce n’est pas une surprise) et, depuis plus de 10 ans, il expérimente, tente de sortir des carcans inhérent au genre. Le mec s’en est le plus souvent sorti avec les honneurs. On retrouve ce Nothing Is Certain sur le label qui monte, NonPlus+, fondé par le duo Instra:mental. C’est le premier long format du label et pour une première, NonPlus+ s’en sort avec les honneurs.

Nothing Is Certain fait davantage figure d’album post-drum’n’bass, échappant ainsi à l’académisme. En flirtant de très près avec le dubstep, l’ambient, l’IDM et la techno, le résultat garantit un produit pour le moins captivant.

ASC ne prend pas l’auditeur pour un danseur sans cerveau, il préfère davantage installer une ambiance urbaine à la limite de l’angoisse. On est donc rapidement happé par cette odyssée urbaine prenant des allures de tour de périph' à 3h du mat’ sous la pluie. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien que le calme morceau inaugural s’intitule Midnight.

La rythmique n’est ainsi jamais offensive et vulgaire et préfère se focaliser sur un dubstep planant. Le trip souffre cependant d’une certaine longueur. ASC aurait sans doute dû recentrer son travail vers l’essentiel, mais cela n’empêche pas l’ensemble d’être profondément pertinent.

Difficile d’isoler un morceau tant l’album est homogène. Même si le titre final, Microsia, le fat The Depths et l’électronica de Fade Away Sessions (avec Consequence) ont mes préférences, on ne peut décemment pas s’en prendre au reste.

Nothing Is Certain est un album réellement abouti, proposant une autre idée de la drum’n’bass. ASC confirme son statut avec ce nouvel album des plus intéressant.

 

http://1.bp.blogspot.com/_04vb9TpD780/TJ3GVCAR-KI/AAAAAAAAB9I/53EzbB-nBdI/s1600/1279030045_6asc__nothing_is_certain.jpg

par B2B

Repost 0
Published by Chroniques électroniques - dans disque
commenter cet article
12 novembre 2010 5 12 /11 /novembre /2010 14:34

Sortie : octobre 2010

Label : Acroplane Recordings

Genre : Dubstep, Abstract hip-hop

Note : 6,5/10

 

Pierre Serafini aka Opti s'affiche comme un activiste plutôt reconnu de la scène électronique française, et particulièrement du côté de Lyon. Entre ses collaborations avec Jarring Effects, Combat Recordings ou F4t Music, il fonde avec Led Piperz et Perkid le label Airflex Labs, en 2008, dédié a la bass music au sens large. Alors que la réalisation de son premier album était achevée depuis un an, The Letter D ne sort que maintenant, chez l'écurie irlandaise Acroplane Recordings.

13 tracks et 13 artworks, pour un résultat qui ne chamboule pas le genre, mais qui a de la gueule. Le Français concocte une mixture familière et confortable, qui mêle post-dubstep, glitch-hop et un soupçon d'électronica. L'espace se fait ample, les nappes et les beats paresseux paraissent gonflés a l'hélium, et évoqueraient presque des toiles de parasol que le vent fait bouffer. L'idée y est donc largement downtempo. Opti accorde un soin particulier aux textures qui enveloppent ses beats. Vibrantes, épaisses ou piquetées de carillons, les nappes mélodiques ont quelque chose d'engourdissant. Elles s'étendent grassement, tandis qu'un simple break sec vient tranquillement les fracturer.

Le producteur a déclaré que cet album retranscrivait les nombreux bouleversements qu'il a subi en une courte période. The Letter D semble donc être le fruit de sentiments contradictoires et houleux. Pourtant, ce tourment, bien dissimulé, ne bondit pas aux yeux. D'abord leurré par l'aspect bonhomme de l'ensemble, on prend ensuite conscience des larges taches noires qui maculent le disque. The Other One, l'excellent Infinity Begins de fermeture ou le si sombre interlude Angels laissent entrevoir de violents accents tragiques, et vous percent d'aiguilles aiguës de mélancolie. A cote, le trop naïf To Fall Under Your Spell perd salement en crédibilité. Mais la bombe de l'album reste Between My Eyes And Everything I Look At, pièce tourbillonnante (et triste) dont les pulsions du beat possèdent un tombé juste, précis, absolu.

Point de révolution donc, mais un travail dense et appréciable. Plus profond de surcroit qu'il n'y paraît.  

cover2.jpg

par Manolito

Repost 0
Published by Chroniques électroniques - dans disque
commenter cet article
12 novembre 2010 5 12 /11 /novembre /2010 13:01

Date : 11 novembre 2010

Lieu : Rex Club (Paris)


Pantha du Prince ?  en live ? au Rex Club ? Impossible de rater ça. Hendrik Weber a apporté dans ses valises le froid humide des Alpes suisses où il a enregistré certains sons de son dernier album, Black Noise (chroniqué ici).

 

Les Grands boulevards sont balayés par le vent et la courte file d'attente avance vite dans la chaleur du club qui se remplit rapidement. Marco Do Santos fait dans le lascif et poussif. Sa techno downtempo patauge au milieu de basses envahissantes. La piste s'anime vraiment avec l'arrivée de Jacques dont la sélection, assez physique, est bien plus entraînante. Il est temps de se chauffer avant que les choses sérieuses commencent...

A 2h30, Pantha du Prince prend possession de son matériel, placé devant la cabine DJ, comme c'est l'habitude pour les lives au Rex. Capuche sur la tête, l'Allemand ressemble à un moine-guerrier venu prêcher la bonne parole musicale. Sa grande mèche se découvre rapidement sur un Abglanz qui vient nous cueillir tout de suite. Son "bruit noir" se décompose, d'un côté, en un duo basse-batterie qui parle au corps, de l'autre, de bizarreries - claquements, craquements, etc. - qui cognent dans les aigus pour s'adresser à l'esprit. Il ne déstabilise toutefois pas le public serré sur la piste de danse par ce mélange totalement maîtrisé. La foule, complètement acquise à sa cause, exprime sa satisfaction lors des rares respirations et fond sous le charme de ce prince qui s'agite aussi derrière ses machines au rythme de ses beats. Satellite Sniper est une magnifique rampe de lancement vers un Lay In A Shimmer toujours aussi magnifique. Sur une sorte de rappel, il se lance dans une version totalement réinventée de Stick To My Side. La voix de Panda Bear hante gracieusement les lieux.

John Tejada ne peut pas lutter contre la classe de l'Allemand. A peine son premier disque lancé, après les chauds remerciements du public pour son prédécesseur, la salle se vide. Un mouvement que nous suivons tant il semble risqué de se polluer les oreilles après 1h30 d'un live de très haut niveau !

 

http://www.panthaduprince.com/img/photos/photo13.jpg

par Tahiti Raph

Repost 0
Published by Chroniques électroniques - dans concert-soirée-festival
commenter cet article
11 novembre 2010 4 11 /11 /novembre /2010 16:32

Sortie : septembre 2010

Label : Cypres Records

Genre : Quand le DJing rencontre le jazz

Note : 6

 

Les noms des groupes en présence est assez long, pas besoin d'ajouter de titre à ce disque fruit de la rencontre des 12 DJ belges de DJ Grazzhoppa's DJ Bigband et du trio Aka Moon. Fabrizio Cassol, saxophoniste de ce dernier groupe, était déjà proche de ce collectif de DJ en 2002 à sa création, réunissant alors "seulement" six scratcheurs. Avec Michel Hatzigeorgiou à la basse et Stéphane Galland à la batterie, il explore depuis 1992 la fusion du jazz avec d'autres univers musicaux, venus notamment d'Afrique. La rencontre s'est concrétisée sur scène au KVS à Bruxelles le 13 mars 2007. Trois ans plus tard, il est possible de la revivre sur CD et DVD. Le résultat est un énergique mix entre samples, scratchs et un jazz fusion séducteur.

 

Les grandes idées donnent parfois de petits résultats. Autant dire que ce n'est pas le cas avec DJ Grazzhoppa's DJ Bigband + Aka Moon. La majorité du disque fait se croiser habilement les manipulations des DJ, le sax, la batterie et la basse sans que personne ne se marche sur les pompes. Chacun dispose d'un espace bien défini et ne dépasse pas. Il ne semble pas y avoir de place pour l'impro tellement tout est calé au poil. Les scratchs répondent aux instruments, les claquements de caisse claire encouragent les DJ à envoyer leurs sons gravés sur vinyles. L'ambiance est festive et le cohésion parfaite. Sur 12 Sentences, l'heure du règlement de comptes a sonné entre platines et batterie qui rivalisent de technicité pour offrir de magnifique questions-réponses autour d'une rythmique sophistiquée. Plus technique encore, ce Solo Grazzhoppa en forme d'hommage aux débuts du DJing.

Le trio place quelques références à l'Afrique sur Continents, premier signe d'ouverture vers d'autres styles. La voix de Monique Harcum est là pour impulser les autres rares variations, un peu molle sur la chanson jazzy Wonderful, plus convaincante sur la soul de Say Yeah. Retour à l'instrumental avec We Said We et son tempo survolté pour prendre un virage aux airs de drum'n bass. Une référence rap vient aussi enrichir l'ensemble qui reste toutefois bien homogène.

 

Cette rencontre originale donne un résultat qui l'est tout autant avec des DJ qui prouvent, si c'est encore nécessaire, qu'ils sont de véritables musiciens.

 

http://img202.imageshack.us/img202/3764/bbdvd2.jpg

par Tahiti Raph

Repost 0
Published by Chroniques électroniques - dans disque
commenter cet article
10 novembre 2010 3 10 /11 /novembre /2010 10:14

Sortie : novembre 2010

Label : LZO Records

Genre : Rap inspiré

Note : 7

 

Iris et Arm sont deux rappeurs français qui s'étaient notamment croisés sur Vu D'Ici, cinquième long format de Psykick Lyrikah, projet dont Arm est le seul membre stable. Les deux hommes aux textes imagés et puissants, complètement à part dans la scène rap française, se démarquent aussi par des choix de productions originaux et audacieux. La rencontre en dix titres sur Les Courants Forts sonne comme une évidence.

 

Les voix sont profondes, les textes directs, l'écriture loin des clichés du genre. Les amateurs de Psykick Lyrikah y trouveront sans aucun doute leur compte. L'univers est sombre et percutant. Les deux MC ont leur propre conception du rap et ne comptent pas s'en éloigner. Les allitérations sont soignées pour donner vie à leurs récits qui défilent facilement devant vos yeux grâce à des paroles évocatrices. Les refrains sont rares. Sur l'abstrait Plus J'Approche, il est question de sentiments qui sont habilement partagés sans explication du contexte dans lequel ils sont ressentis. L'auditeur est ainsi souvent invité à partager leurs sensations sans vraiment avoir tous les éléments pour se repérer. Ceci accroît l'aspect poétique qui règne incontestablement. La tension est ainsi palpable dans Et Pourtant même si la guerre évoquée reste très métaphorique.

Pour illustrer leurs histoires, une poignée de producteurs vient démontrer comment concevoir un instru autrement, sur des rythmes plutôt lents comme les flows des deux rappeurs. My Dog Is Gay (ex-Abstract Keal Agram), Le Parasite, Arm lui-même et quelques autres créés ces écrins mélodieux qui offre une certaine diversité à l'album. Les nombreux instruments utilisés font figure de contrepoids aux tons assez monocorde des MC. Robert Le Magnifique se démarque sur Le Lièvre avec un son de guitare puissant sur un sample guerrier strident, pour un des moments plus dynamique du disque. Dans un autre genre, LeKidd signe un morceau poignant avec Les Courants Forts et ses claviers lancinants et entraînants. 

 

Iris & Arm rappellent heureusement qu'une autre voie est possible dans le rap. Une voie plus exigeante et intéressante.

 

http://bandcamp.com/files/16/43/1643042602-1.jpg

par Tahiti Raph

Repost 0
Published by Chroniques électroniques - dans disque
commenter cet article
9 novembre 2010 2 09 /11 /novembre /2010 16:46

Date : 7 novembre 2010

Lieu : Maschinenfest, Turbinenhalle (Oberhausen)

 

Après trois jours d'errance dans les rues sinistres d'Oberhausen et de déflagrations soniques reçues au Maschinenfest, Nicolas Chevreux, boss du label Ad Noiseam, acceptait enfin de répondre favorablement à notre demande d'interview. Il demande à Manolito, quart féminin de Chroniques électroniques, si ce sera long. "Nan, pas plus d'un quart d'heure", lui répondit-elle. La diplomatie et le sens de la nuance de notre benjamine me laisse encore envieux à l'heure où j'écris ces lignes. Nicolas nous accordera en réalité plus d'une heure d'entretien. On se dirige backstage pour être plus tranquille. Là bas, Niveau Zero traîne son sourire reptilien tandis que Yann Faussurier (Izsoloscope) se restaure en compagnie d'une charmante amazone plus emo que cyberpunk.

 

Nicolas, peux-tu revenir tout d'abord sur ton parcours avant Ad Noiseam, et ce qui a motivé la création du label en Allemagne ?

Au début, j'ai débarqué dans le milieu de la musique dans les années 1990, avec une émission de radio que j'ai animé de 1995 à 1999 à Grenoble où j'étudiais. Ensuite, en 1998, j'ai créé un webzine que j'ai tenu jusqu'en 2002. Tout s'est toujours fait par étape. Je recevais plein de disques et de démos. j'ai eu un jour l'envie de publier une compilation avec des artistes pas encore très connus mais dont la musique me plaisait. C'était sans aucune ambition mais ça a plutôt bien marché. Jamais j'aurais pensé que, par la suite, je dirigerai un label dont le catalogue contiendrait plus de 130 disques. C'est donc rapidement devenu une activité à temps plein. Pour ce qui est de mon arrivée en Allemagne, ça n'a pas grand chose à voir avec la musique. J'avais étudié en France avant de bouger aux Etats-Unis. Ma copine était Allemande. Elle a voulu rentrer, je l'ai suivi et on s'est installé.

 

Malgré tout, y avait sans doute à l'époque un auditoire plus large en Allemagne pour ce genre de sons ?

C'est sans doute vrai avec le recul, mais j'en n'avais pas du tout conscience à ce moment là. En fait, Ad Noiseam a vu le jour après mon arrivée à Berlin. C'est vrai que si j'avais déménagé ailleurs, le label n'aurait peut-être pas eu le même succès ou n'aurait même peut-être jamais existé.

 

En France ça aurait peut-être marché autrement ?

C'est vrai que je vends aujourd'hui plus de disques en France qu'au départ. Je dirais même que c'est un pays où je vends pas mal, contrairement à l'Italie et l'Espagne où c'est le néant. Sans même parler de l'Afrique ou l'Amérique du Sud. Je ne dirais pas que Ad Noiseam est connu en France, contrairement aux artistes français signés sur le label qui eux, le sont. Je vends pas mal de disques en Europe de l'Est aussi mais c'est assez nouveau. Avant, c'était des pays où les gens n'avaient vraiment pas de thunes. A ce niveau là, Paypal et Internet ont remis les pendules à l'heure. C'est surtout en Russie, en Pologne, en Hongrie ou en Roumanie que ça marche bien. Les pays où il existe une scène électronique, même émergente.

 

Comment tu juges aujourd'hui l'évolution des musiques électroniques underground ?

Je dirais que ça bosse pas mal, que des choses intéressantes s'y font même si le terme underground ne m'apparaît plus adapté. Plus particulièrement pour le breakcore, l'EBM ou le power noise qui sont des scènes qui ont explosé il y a déjà un bon moment. C'est l'explosion du dubstep il y a cinq ans en Angleterre qui a réellement changé la donne. Mais ça c'est pareil, ça n'a plus rien d'underground aujourd'hui. Quand tu vois qu'un des membres de Skream a posé avec le Prince Harry... Clairement, y a pas eu de courant depuis trois ou quatre ans qui peut se réclamer de l'underground et qui m'a mis sur le cul.

 

Peut-être que dans les sphères plus expérimentales, y a un carcan autistique qui n'a pas encore sauté ?

Oui c'est vrai. Y a aussi une certaine complaisance dans certaines micro-scènes à ne pas trop aller entendre ce qui se passe autour. Y a eu l'explosion du power noise il y a 12 ou 13 ans, du breakcore il y a 7 ou 8 ans. Mais clairement, une nouvelle explosion underground, je ne vois pas, là maintenant, d'où ça pourrait venir.

 

Après, sur le terme "underground", je l'employais moins par rapport à l'aspect commercial ou visible, mais plus en terme d'état d'esprit ou même par rapport aux modes de "consommation" de la musique. On ne peut vraiment pas comparer les récents "travaux" de Rusko ou de Skream avec ceux de Matta ou de Hecq (sortis dur Ad Noiseam). Peut-être que c'est lié à l'âge aussi, les jeunes se prennent des caries en écoutant des sucreries putassières tandis que les auditeurs de Hecq sont plus des trentenaires qui ont une approche différente de la musique.

Pas sûr, pas forcément. Après, sur le côté commercial, c'est sûr qu'à la Fnac, tu vas trouver beaucoup de merde comme le dernier Rusko. D'ailleurs on peut le dire, Rusko c'est de la merde. Mais c'est tellement moins de la merde que Magnetic Man et tout un tas d'autres trucs.

75647_10150306113860722_529360721_15588644_6331110_n.jpg

 

Comme quand t'écoutes la musique de Major Lazer ou de Diplo, on peut même dire qu'on est dans la vulgarisation pure et simple...

Oui c'est clair. Mais tu sais, c'est aussi valable pour la drum & bass. Moi j'ai choisi de sortir DJ Hidden et pas... des trucs que je ne citerai pas.

 

L'année dernière, le label grec Spectraliquid a fermé ses portes. Cette année, on dit que Jarring Effects est en grande difficulté. Qu'en est-il de Ad Noiseam ?

Pour Jarring Effects je sais pas, je ne pense pas qu'on puisse dire ça. Je les connais bien, je suis allé au lycée avec deux des mecs qui sont à la base du truc. C'est des mecs supers qui font un boulot énorme. je pense qu'ils vont s'en sortir. Parce que comme Ad Noiseam ou Ant-Zen, Jarring Effects a une vraie histoire et un catalogue très important. C'est sûr que si on avait commencé il y a deux ans ou aujourd'hui, ça aurait pas été la même histoire. C'est à ces difficultés là que se sont heurtés les gens de Spectraliquid. Pour ce qui est d'Ad Noiseam, cette année ça va plutôt bien, mais en 2008 et 2009 c'était l'horreur.

De toute façon, dans la musique underground, tu vends surtout du son à des gens qui n'ont pas de thunes, des gens qui vivent avec le RSA où l'équivalent allemand, qui ont des petits boulots. Y avait aussi les gens qui dépensaient 50 à 100 euros par mois dans la musique et qui, depuis la crise et la perte de leur job, n'achètent plus que trois ou quatre albums dans l'année. On a été vraiment victimes de la crise. De trucs financiers qui nous dépassent complètement. Si t'ajoutes à ça l'explosion du mp3, du piratage et de l'extrême multiplication des sorties, le constat est clair : ça devient très dur parce que les gens n'achètent plus de disques.

 

Il y a aussi tout un jeune public qui n'a pas été éduqué, qui ne ressent plus le besoin de se déplacer chez les disquaires pour palper et sentir les disques.

N : Ouais il y a de ça. Moi je préfère les formats physiques, surtout le vinyle, mais je vends aussi du mp3 dont les recettes profitent également au label et aux artistes. Le vrai problème avec le jeune public d'Europe occidentale, c'est qu'il s'est pris en pleine gueule la musique en tant que produit dérivé du merchandising. Que les jeunes privilégient le mp3 c'est pas le problème en fait. Mais maintenant on constate que les jeunes privilégient le style de vie qui va avec, que la musique en tant que telle. Pourquoi Ed Banger est devenu si gros ? C'est sûrement pas parce que leur musique est bonne. C'est surtout parce qu'ils ont réussi à vendre de l'image, une mode et ses produits dérivés.

C'est marrant parce que je me suis retrouvé à faire du merchandising une fois, dans mon magasin (Dense Berlin). On avait organisé un concert de Justice. Tous les jeunes fluos qui étaient là n'en avaient rien à foutre des disques. Pourtant j'en avais plein à leur vendre. Ils ne voulaient que les pin's et les T-shirts. C'est surtout un problème de curiosité envers la musique. Maintenant ce que veulent les gens c'est la sonnerie de Justice sur leur téléphone, des clips surdiffusés et une licence globale de distribution de la musique. C'est le contraire en Europe de l'Est car toute cette profusion n'existait pas là bas il y a pas encore si longtemps. Ils sont plus curieux et ont un rapport plus artistique à la musique. Là où le côté "marque" prend le dessus sur l'artistique, il y a un fléchissement des ventes. Bien sûr tu vas me dire qu'Ad noiseam est une marque aussi, mais j'ai jamais vendu d'autocollants de ma vie. Je dis pas que ça n'arrivera jamais, mais ça me ferait chier.

 

Comment tu justifies l'importante orientation dubstep sur le label cette année ?

Vu qu'Ad noiseam est mon label, que j'ai construit tout seul et que j'y fais tout, l'orientation se fait essentiellement en fonction de mes goûts. J'écoute chaque projet au moins 100 fois avant de le sortir. Même si je sais que ça peut bien se vendre mais que je m'emmerde, que ça ne me plaît pas, je ne le sors pas. Oui c'est plus dubstep parce que, je répète, je trouve que c'est ce qu'il y a de plus intéressant, de plus innovant en ce moment. Mais si dans un an je reçois des trucs aussi intéressants que Subheim, je les sortirai sans problèmes. Après, il ne faut pas que ça paraisse plus capitaliste que ça ne l'est ce que je vais dire... mais je pense qu'actuellement, il est plus facile de vendre du dubstep qu'autre chose. A qualité égale, je préfère vendre du dubstep qu'un bon truc plus expérimental mais qui pourrait me foutre à terre financièrement. J'ai un loyer à payer. En même temps, je n'ai jamais sorti de disques de Rusko, ce qui prouve que l'aspect commercial n'est pas si prépondérant que ça. Sinon, on serait pas là à en parler. Je me taperais des montagnes de coke à Hollywood.

 

Hors ADN, est-ce que tu peux citer quatre ou cinq disques qui t'ont plu cette année ?

Ouais même si je trouve que 2010 n'est pour l'instant pas une année exceptionnelle. Il y a eu un très bon album de Lorn, Nothing Else sur Brainfeeder. Celui-là je l'ai vraiment aimé. Dans un registre très différent, j'ai beaucoup aimé l'album black metal de Celeste, Ame Morte. C'est un groupe français et c'est carrément bien. Le Vex'd est très très bien aussi. Il y a aussi un label belge qui a ressorti des tiroirs un vieil album de Jean-Jacques Perrey. Donc tu vois, ça passe du black metal au moog... le chanteur de Third Eye Foundation, Matt Elliott , fait aussi des trucs géniaux en solo. Voilà, ça, ça fait vraiment partie des disques que j'emmènerais sur une île déserte. Cette année, j'attends encore le truc qui va me mettre une grosse claque. Par contre, il y a des trucs qui m'ont vraiment fait chier, plus particulièrement les derniers Flying Lotus et PVT. Pour le dernier, j'ai halluciné, je croyais même m'être trompé de disques. C'est quand même une sale année pour Warp.

 

Et justement, y a pas un artiste ou un groupe que tu rêverais de signer ?

Si les Beastie Boys m'envoyaient une démo, je crois qu'on pourrait s'entendre. J'ai eu la chance de bosser avec des gens que j'avais beaucoup idolâtré, comme Dälek ou Black Lung. Ah oui, et puis j'aimerais bien sortir un album de Lustmord un jour.

                                                       http://b.vimeocdn.com/ps/101/422/1014220_300.jpg

Est-ce que tu peux nous dire quelques mots sur les quatre albums qui sortent ces jours-ci ?

D'abord il y a l'album du français Igorrr, du baroquecore avec des influences de musiques de 17e siècle, des voix d'opéras, des voix metal, c'est extrêmement cassé comme truc. Je m'entends parler et je me dis que ça ne doit pas donner du tout envie. Mais c'est très bon comme truc, le mec est ingénieur du son, c'est super ludique. Il y a l'album de Subheim, projet grec récemment installé à Londres. Electronique mais très orchestral, organique et très acoustique avec beaucoup de chants féminins aussi. C'est un peu pour moi la suite logique de l'album des Killimanjaro Darkjazz Ensemble que j'avais sorti l'année dernière, en plus lourd et moins trip-hop.

L'album de Black Lung, un mec qui fait de la musique depuis plus de 20 ans et qui vie dans le désert en Australie. C'est de l'electronica, industrielle avec un côté techno et un aspect western. C'est très ludique aussi. Y a plein de photos de chaire morte pour ceux que ça branche. C'est un ovni intemporel cet album là. Et pour finir, y a le disque de Matta, c'est pas vraiment un album, ça compile les deux vinyles déjà sortis, le remix de Hecq et trois inédits.

 

Dernière question, peux tu nous dire ce que représente pour toi le Maschinenfest, artistiquement et économiquement ?

Socialement tout d'abord, je trouve qu'il y règne une ambiance conviviale et familiale. Les gens ici sont vraiment gentils. Musicalement, je n'aime pas tout, comme tout ce qui est noise dont je suis maintenant un peu revenu. Cela me donne aussi l'occasion de donner un coup de projecteur sur des artistes signés chez moi, comme Matta, Subheim et Niveau Zero. Economiquement, faut le reconnaître, je me fais du blé. Les gens ici sont super ouverts. Même si c'est des puristes de l'Indus, tu leur balances du Matta et ils achètent tous les disques que j'ai en stock. C'est marrant car ils pensent tous que Matta ou DJ Hidden font du breakcore, comme un peu tout ce qui sort pour eux de l'éternel format 4X4.

 

Il est désormais temps pour Nicolas de rejoindre sa copine, seule face aux hordes de gothiques et de soldats de l'Indus qui veulent acheter l'album de Niveau Zero. Remercions-le encore du précieux temps qu'il nous a offert, en toute gentillesse et en toute humilité.

 

propos recueillis par Ed Loxapac et Manolito

Repost 0
Published by Chroniques électroniques - dans Interview
commenter cet article