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25 février 2011 5 25 /02 /février /2011 15:24

Sortie : 28 février 2011

Label : Honest Jon’s

Genre : Electronica rigide

Note : 7,5/10

 

Irrémédiablement, la pochette d’Horizontal Structures me renvoie à cette scène quasi mythologique de 2001 : l’Odyssée de l’espace, lorsqu’un singe découvre que frapper un objet avec un autre, l’os en question, permet de décupler sa force. S’en suit l’enchaînement le plus sublime de l’histoire du cinéma : l’os jeté dans les airs s’efface pour faire place à un vaisseau à la forme identique.

Il y a de ça dans la musique du Moritz Von Oswald Trio, notamment dans l’idée que la multiplication des forces peut aboutir à une sorte de perfection, ici métronomique, que l’évolution n’est que le fruit d’une superposition de modèles, que l’architecture n’est que l’addition de formes déjà connues.

 

Horizontal Structures est le deuxième album studio du combo (le live étant un objet à part) et il y a déjà cette notion de travail perfectionniste abouti, d’accomplissement indépassable. Le trio, composé par le maître Moritz Von Oswald (officiant aussi sous le pseudo de Maurizio et instigateur des mythiques Basic Channel et Rhythm & Sound), Max Loderbauer (NSI) et Sasu Ripatti (Vladislav Delay et Luomo), poursuit sa quête de l’édifice architectural parfait. Cette fois-ci au trio s’ajoute Paul St Hilaire (à la guitare) et Marc Muellbauer.

Mélange de dub, de jazz, de kraut, de kosmische et de musiques improvisées, les plages électro-acoustiques du groupe sont un exemple de rigueur abyssale et de répétitivité hypnotique. La démarche est presque austère. L’intérêt se situe au-delà du plaisir d’une écoute passive. Horizontal Structures est une musique du détail répondant à un agencement millimétré. La prouesse étant de donner l’impression d’une certaine improvisation. Il n’en est rien.

Pour négocier de tels agencements, il faut maîtriser les fondements. Pour maintenir droit l’édifice, il faut structurer son évolution. Horizontal Structures c’est quatre morceaux (entre 10 et 20 minutes) pour quatre constructions. Chaque piste se construit autour d’un son qui lentement va s’effacer, sans que l’on ne s’en rende compte, pour laisser d’autres instruments prendre le relais. L’aspect électronique, aussi apparent que transparent, sert de ciment pour mieux sceller l’ensemble.

Si Structure 1 se base sur un simple riff de guitare, Structure 2 se réfère uniquement à une pulsation régulière. Les réminiscences dub restent prégnantes, d’autant plus sur un Structure 3 chargé d’échos. Chaque morceau évolue alors vers une sorte de perfection froide empêchant cette musique d’être automatiquement cataloguée. Les influences s’entremêlent, autant africaines que latino-américaines, et on se laisse enfermer.

 

Le parallélisme avec le plan de 2001 prend place. Alors qu’on était parti d’un rien, un os lancé en l’air, on arrive à une structure futuriste répondant à la situation initiale. Subtilement, on vient de vivre une évolution parfaite. Horizontal Structures est l’objet architectural pur réussissant à fusionner la mélodie et la rythmique. Le Moritz Von Oswald Trio signe un album rigoureux et austère mais d’une maîtrise folle. Ce sont des architectes pointilleux.

 

http://4.bp.blogspot.com/_5HeGeE_QhSs/TUvhTaeO_OI/AAAAAAAAAcg/JwxhL-XbuwI/s1600/COVER_Moritz+von+Oswald+Trio.jpg

 

par B2B

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24 février 2011 4 24 /02 /février /2011 18:11

Sortie : février 2011

Label : autoproduit

Genre : Rock Indé

Note : 4,5/10

 

Outre le fait de vouloir battre un record de connexions venues des sphères indés, pourquoi diable Chroniques électroniques pourrait bien publier une missive à propos du dernier album de  Radiohead ? Peut-être parce qu'ils utilisent des softwares et que l'électronique prend de plus en plus de place dans leurs réalisations depuis Kid A. Non, même pas. Ah Radiohead... ce groupe qu'on aime tellement adorer ou détester. Avant tout parce que nul n'aurait parier sur une telle trajectoire. Comment Pablo Honey et The Bends, modèles types de pop adulée sainte et de rock adolescent, avaient bien pu générer ce qui deviendra un gigantesque succès critique et commercial : OK Computer. Grâce à ce dernier, toute une génération de jeunes se souvient de la (trop) furtive perte de son pucelage lors des premières notes de Karma Police. Oubliant presque quelles réussites furent Paranoid Android, Electioneering ou No Surprises. Vinrent ensuite les chefs d'oeuvres Kid A et Amnesiac, diptyque expérimental entièrement réalisé avec l'aide des ordinateurs qui permit à beaucoup de gens de s'ouvrir à de nouveaux horizons musicaux. Encore aujourd'hui, Idioteque, The National Anthem, Everything In Its Right Place ou Like Spinning Plates demeurent des chefs d'oeuvre et ne semblent pas souffrir d'une quelconque érosion. Hail To The Thief, sorti dans un contexte politico-écologico-social plus que propice, réconcilia dans leur grande majorité les fans de la première heure et ceux qui avaient découvert le groupe grâce au diptyque cité plus haut. 2+2=5, Where I End And You Begin et There There sont malheureusement les dernières grandes chansons du groupe. Car le bleepien 15 Steps, le tubesque Jigsaw Falling Into Place et Bodysnatchers (titre où la guitare d'Ed O'Brien se rappelle à notre bon mais plus que lointain souvenir) sont tout ce qu'il y a à retenir du sirupeux et terriblement trop mainstream In Rainbows. Il n'y a donc plus que les fans intégristes et les "haters" patentés du groupe pour béatifier ou descendre en flèche ce nouveau disque, The King Of Limbs, sorti un jour plus tôt que la sortie officielle, annoncée elle-même il y a moins de dix jours, parce que les gens qui dirigent les labels et l'industrie du disque en général sont des méchants pas beaux.

 

Pour apprécier The King Of Limbs à sa juste valeur, il faut faire partie de ceux qui ont toujours supporté que Thom Yorke chiale sa mère, et cela pas seulement parce qu'il est roux. Il faut aussi aimer les ballades mièvres au piano, les faces B mal branlées d'In Rainbows et les roucoulements aigus d'un éternel enfant qui n'est jamais complètement sorti de son autisme. La stupeur et l'angoisse m'atteignent au moment où j'écris ces nobles lignes. Mon introduction va-t-elle être plus longue que mon exposé du contenu ? The King Of Limbs est tellement plat, tellement mièvre et si incohérent dans sa conception qu'il est difficile d'en ressortir quelque chose, si ce n'est un écrasant sentiment d'indifférence. La théorie de la nécessité des nombreuses écoutes pour saisir toute la substance est ici caduque, voire inutile. Pourtant, l'ouverture sur Bloom laissait présager du meilleur. Jouant sur les échos, la répétition d'une rythmique jazz de batterie et les enveloppes oniriques et enivrantes des claviers, ce joyeux bordel sonore associé à la subtile (oui, des fois) complainte de Yorke a tout d'une réussite et pourrait se révéler bluffante en live. Tiens, une gratte apparaît sur Morning Mr Magpie et c'est tout ce qu'on retiendra en plus des vives mais trop gentilles prières du rouquin, demandant à celui qui a tout pris de tout rendre. On va essayer d'oublier au plus vite Little By Little, où les cordes souhaiteraient bien être nâtives de Bayou La Batre mais résonnent trop semblablement comme les pires d'In Rainbows. Quelque chose de divinement bleepien s'introduit dès les premières mesures de Feral, la rythmique est tout de suite plus aboutie. La voix, spectralement mise en avant, se joue de l'auditeur avec ses fausses pistes et ses intrigues de cathédrale. La basse assomme et enrobe ce cadavre exquis, qui se révèle comme le morceau le plus riche et le plus élaboré de l'album. Sur la blogosphère pullule déjà une supposée influence de Burial pour ce morceau. Comme si dès qu'on utilise les voix de manière fantomatique et qu'on les associe à une rythmique syncopée, il fallait qualifier ça de Burialien... bref passons. Lotus Flower, premier clip balancé sur Youtube (où Yorke se dandine comme un ver de terre sous lexomil), épuise autant qu'il agace, mais pas autant que les profondément ennuyeux, gémiards et ratés Codex et Give Up The Ghost. Nous y voilà, le fameux moment des ballades pour fans de Coldplay (le talent en plus) dans le déni, preuve qui atteste plus que jamais de la bonoification de Thom et de sa troupe. "Allez les gars, maintenant on va faire pleurer les stades !!!!". Penchons nous maintenant sur le titre Separator, celui qui pourrait laisser penser que cet album n'a pas encore livré sa version intégrale. Il y a là encore cette intéressante utilisation des drums (c'est assez omniprésent dans l'album, ça, il faut l'avouer) et aussi une ligne de basse qui aurait dû jouir de l'aide d'une meilleure évolution mélodique et de surtout... moins de pleurs et de gémissements. On me répondra légitimement que les pleurs aigus et les gémissements de Yorke ne datent pas d'hier, mais jusque là les capacités et l'investissement vocal était au rendez-vous, ce qui permettait de faire passer les suppos plus facilement.

 

Pour bien appréhender ce nouvel album, il faut avant tout prendre du recul vis à vis de sa passion dévorante ou de sa répulsion profonde envers le groupe. Et donc objectivement admettre que Radiohead n'est ici plus que l'ombre de ce qu'il fut. Même les plus beaux diamants subissent les cruels mais logiques outrages du temps. The King Of Limbs est un disque anecdotique qui ne peut laisser qu'indifférent. Et cela même si je l'avoue, l'objectivité est souvent dans mes lignes accompagnée d'une forte dose de mauvaise foi et d'absence de compromis.

 

http://blog.rocktrotteur.com/wp-content/uploads/2011/02/the-king-of-limbs-radiohead-460x460.jpg

par Ed Loxapac

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23 février 2011 3 23 /02 /février /2011 23:07

Sortie : aux environs de fin janvier 2011

Label : autoproduit

Genre : Rap instrumental

Note : 6

 

Après un premier album - au bout de 15 ans de production - qui m'avait enthousiasmé en septembre dernier (Machines Hate Me, chroniqué ici) sur le label Alpha Pup, Dibiase sort en toute indépendance (un petit mail, 10 $ et il vous envoie le disque) une sorte de compilation des meilleurs instrus qu'il a sous le coude. Sound Palace est donc une beat tape distribuée directement du producteur au consommateur et qui vaut bien mieux que pas mal de produits diffusés par les canaux officiels.

 

Si son album était fortement marqué par sa fréquentation de la bande Flying Lotus, il revient ici à des choses moins électroniques avec des titres où samples et boîtes à rythme mènent la danse. Pas de fioriture, c'est carré et ça dure entre 1'30 et 3'30. Au revoir les sons 8-bit et bienvenue les échantillons bien organiques avec le grain qui va avec. Toutefois, Dibiase ne nous refourgue pas des morceaux mal branlés et vite enregistrés. Le travail à la production est soigné, même s'il y a un côté à l'arrache volontaire (comme la pochette). Sur DB Grover, il s'amuse avec le saxophone, le découpe, le coule dans la reverb, joue avec pour charmer l'auditeur. Plus loin, avec Cosignin, c'est en maniant des boucles de guitare et de violons qu'il élabore un extrait plus riche. Il se fait plus déconstruit sur Woman dans lequel la voix de Chaka Khan sur I'm Every Woman est un point de départ pour une grande foire du beat qui se perd en route à force de contre-pied.

Je ne vais pas non plus m'enflammer totalement car ces instrumentaux sont de bonnes factures mais ne sont pas révolutionnaires non plus. Ils défilent agréablement et l'Américain nous montre qu'il a le sens du bon sample. Pas mal de pistes comme Stars Out, Fly Me 2 The Moon ou le nerveux Rockout fonctionnent donc bien, d'autres sont un peu moins accrocheuses et tant pis. Sun City et Genie In The Sky sont ainsi un peu trop simples et défilent en roue libre.

 

Une bonne petite beat tape pour chiller au coin du bloc donc, en attendant que Dibiase se relance dans des productions plus audacieuses comme on le sait capable depuis Machines Hate Me.

 

http://i88.photobucket.com/albums/k177/bayan_k4/82112_320x-300x285.jpg

par Tahiti Raph

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22 février 2011 2 22 /02 /février /2011 11:35

Sortie : Février 2011

Label : Kranky

Genre : Ambient

Note : 8,5/10

 

En Novembre 1972, un groupe d’étudiants du MIT décide, sans fondement aucun, de balancer un piano du haut d’un immeuble, dans l’unique optique de pouvoir "voir". Les clichés et les vidéos se chargent d’immortaliser ce non-évènement radicalement spontané.

Des décennies plus tard, Tim Hecker se retrouve avec une simple photo de cette action entre les mains. L’instantané figeant le temps pour l’immortalité réveille alors le compositeur. L’idée de création sonore, de mobilité, s’installe à partir d’un déséquilibre suranné.

Le lecteur connaisseur de Tim Hecker ne peut en aucun cas s’étonner d’une telle démarche de sa part. Le Canadien a toujours eu besoin d’une révélation pour aboutir à la conception. Lui, le doctorant enseignant la "sound culture" à des universitaires cadrés, a besoin de s’émanciper à travers sa propre musique. Son Salut passe par l’élaboration de cathédrales ambients autant opaques qu’immersives. Sa musique n’a jamais eu pour vocation de satisfaire nos acquis mais plutôt de nous questionner sur la notion d’abstraction.

Ravedeath, 1972 ne se décortique pas, Ravedeath, 1972 se vit. Tout est bloc pour mieux brouiller les pistes. Celui qui viendra chercher une musique balisée, ne trouvera qu’un dédale insondable. Le maelström sonore de Ravedeath, 1972 n’est qu’un prétexte à l’implication physique de l’auditeur. Ecouter l’album, avec un niveau sonore vous rendant presque sourd, devient alors un lent voyage réclamant une puissante implication physique. Derrière le mur sonore, quelques notes tentent de percer. On est sûr de les avoir déjà entendues, mais quand ? Les bruits se croisent, la matière sonore devient alors cet espace du possible où chaque blanc devient une énigme et où le temps ne vous appartient plus.

En enregistrant son album dans une église islandaise, en compagnie de Ben Frost, Tim Hecker a implicitement joué la carte de l’immersion absolue. On est enveloppé par cet orgue vaporeux, semblant surgir d’un brouillard insondable. Tout fonctionne sur cette ambivalence voulant imposer une tempête lénifiante. On se prend alors à errer à travers les sons, à supprimer toute évaluation du temps. Pendant 50 minutes, on vit totalement à travers cette musique.

Ravedeath, 1972 est un album rare, une abstraction absolue aux multiples portes d’entrées et dont chaque écoute vous place dans un état jusque là inconnu. Sortir de l’album devient alors un défi, comme si tout s’était modulé autour de vous.

Finalement, l’idée de laisser un piano tomber depuis un immeuble devient bien plus qu’une simple performance au fort potentiel visuel artistique. Les étudiants du MIT l’ont bien compris et depuis 1972, chaque année, ils réitèrent l’opération. Comme si la répétition codifiée d’un geste symbolique allait leur permettre de retrouver ce déséquilibre passé. Tim Hecker est un observateur avisé. Son Ravedeath, 1972 n’est rien d’autre qu’une tentative de définir l’instabilité parfaite. Son allégorie touchant à la perfection.

 

http://www.reviler.org/wp-content/uploads/2011/02/tim-hecker-ravedeath-1972-review.jpg

 

par B2B

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21 février 2011 1 21 /02 /février /2011 21:50

Sortie : février 2011

Label : Passage Extra

Genre : Electronica

Note : 5

 

Après Jumble en ce début d'année, c'est encore à Fuselab que nous devons la découverte d'un nouveau label, en l'occurrence Passage Extra (sous-division du label Passage) qui signe sa première publication avec le EP sept titres de Stereo Silence. Le Canadien qui dit officier dans un style "cut & paste" produit de l'électronica vitaminée aux nappes généreuses.

 

Claviers aériens, rythmiques nerveuses et bouts de sons dispensés à droite à gauche. Voilà la recette utilisée pour ce maxi. La méthode est homogène et la cohérence s'en ressent. L'écoute de ce Take A Look At est fluide de bout en bout, guidée par quelques mélodies accrocheuses et une utilisation de l'espace qui vous laisse flotter dans un univers en mouvement. Shore Song est le tremplin qui vous entraîne dans ce disque avec sa montée initiale animée de cris de mouettes mutantes. Tournant tous autour de trois minutes, les morceaux défilent sur un tempo élevé ne laissant pas beaucoup de place à la respiration. Les batteries synthétiques et les sons 8-bit côtoient habilement des samples acoustiques.

Tandis que vous vous laissiez griser par un flot harmonieux de nappes, Crystal Ocean vient vous cueillir à froid avec son glitch discret et son énergie contenue. Apparaît à ce moment là plus en évidence les talents de copieur-colleur de Stereo Silence qui multiplie les pistes pour tenter de déboussoler. Il tient toutefois bien son fil jusqu'à ce Flying Stone final qui mêle éléments ludiques sur une base qui semble avancer inexorablement et s'enrichir de tous les bleeps croisés sur son chemin. Le Canadien s'arrête toujours avant d'en faire trop, laissant des subtilités à découvrir à chaque écoute.

 

Ce maxi est plus profond que la première écoute le laisse présager, la légèreté pressentie masquant en fait des constructions plus complexes. Une exploration rafraîchissante...

 

http://fslab.net/wp-content/uploads/2011/02/FULL_SS.jpg

par Tahiti Raph

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20 février 2011 7 20 /02 /février /2011 17:14

Sortie : février 2011

Label : Ad Noiseam

Genre : B.O d'un film qui n'existe malheureusement pas.

Note : 9/10

 

Nombreux sont ceux qui ont connu Noel Wessels au milieu des années 1990, époque où il sévissait dans l'underground scène hardcore et où ses sets endiablés ont atomisé des raves dans le monde entier. Le Hollandais est également la moitié de The Outside Agency, projet hardcore surfant parfois sur le gabber mais qui a eu l'intelligence de ne pas succomber à des sirènes trop régressives et trop "stade anal". Ceci n'est pas une dédicace aux fans de Somatic Responses. En tant que DJ Hidden, il fait partie des rares à être parvenu à sortir la D&B d'une ornière kilométrique et galvaudée. Son récent et admirable dernier album, The Words Below (ici), fait partie définitivement des références du genre, même si certains jusqu'au-boutistes lui reprochent d'être trop propret dans son approche des sonorités et textures urbaines. Le premier long format de son projet Semiomime est attendu de longue date par les fans de ses précédents projets, mais pourrait bien ravir aussi un public qui n'avait jusqu'ici jamais entendu parler de lui. Qui d'autre que le label Ad Noiseam pouvait avoir légitimité à sortir un tel projet ? Lui qui n'a pas eu peur de publier des albums de musiques électroniques adultes, comme le subtilement anarchique mais définitivement émotionnel No Land Called Home de Subheim (ici).

 

Pour le commun des mortels, sortir la musique électronique des formats club est une gageure. Pourtant, des aigris coutumiers du genre et des autistes adeptes des micro scènes vont probablement reprocher à From Memory une prétention totalement fictive. Car oui, cet album vient rompre avec toutes les conventions et les étiquettes. C'est un album de musiques électroniques certes, mais ce genre est bien trop étroit pour lui céder toute la place qu'il mérite. Ne soyons pas réducteur, From Memory est une oeuvre époustouflante.

Il faut prendre un métro souterrain pour plonger dans la mémoire de Semiomime. Et dès les premières minutes de Unveiled, une glorieuse révélation vient se soumettre à notre esprit. Noel Wessels aurait-il réalisé le disque de musicien dont nous le savions capable mais dont nous n'osions rêver ? Oui, et plus encore. Car From Memory est la bande originale d'un film muet qui n'existera sans doute jamais. Qu'il souligne des heures et des heures de travail titanesques en matière d'arrangements. Parce qu'il y a ici une approche de la composition et une manière d'envisager les orchestrations qu'on ne trouve la plupart du temps que dans les musiques classiques, modernes ou non. Volontairement, je n'énumérerais pas la somme impressionnante d'instruments naturels rencontrés ici. Je dirais juste qu'il y a du hautbois (Parade). Pas parce que ça a quelque chose d'exceptionnel en soi, mais parce qu'en moi réside encore des vestiges de l'enfant qui fut bercé en écoutant Pierre et le Loup. Vous l'aurez compris, au coeur de cette percée introspective, cinématographique et urbaine résident des compositions qu'on pourrait qualifier de classiques. Citons Parade (et ses crins balkaniques virevoltant), The Mole Children (où des notes de piano troublantes courent et s'agitent pour ne pas être absorbées par un blast ambient et industriel planqué au second plan) et le sublime, épique et indescriptible The Exquisites (conclu par des drums hip-hop du plus bel effet). Voici autant de titres, éclaboussant de classe et de maîtrise, que seul un mélomane ouvert sur la musique dans son ensemble peut concevoir. Mais Semiomime n'est pas à dissocier complètement de DJ Hidden. Car oui, From Memory est aussi un album de DJ. Parler ici de beatmaker serait même plus noble et plus approprié. Il ne renonce pas au saint breakbeat, celui qui cisèle comme un chirurgien les séquences mélodiques. Sur Stalactite, Gnosis, Transistor et Proceeder, on retrouve celui qui sait saillir et gifler vivement les courbes opulentes de splendides mélodies. Souvenons nous d'ailleurs de certains titres de The Words Below, comme The Dreamer ou No Notice qui étaient peut-être déjà les esquisses réussies de ce nouveau projet pharaonique. Retenons aussi The Remembering, faux interlude au piano qui relève furtivement nos synapses hors de ces eaux sombres et troublées pour nous rappeler que ce disque est une invitation au souvenir. Créé de toutes pièces ou inconscient ? L'histoire emportera avec elle ses secrets et c'est sans doute mieux comme ça.

 

From Memory est une éclatante oeuvre sombre qui se révèle déjà comme une des réussites absolues de cette année. Il ne peut en être autrement. Elle mérite de fédérer des auditeurs qui nagent de près ou de loin dans la sphère des musiques électroniques. Sauf ceux qui souffriraient peut-être d'un rachitisme émotionnel incurable. Et ça aussi, il ne peut en être autrement. Précisons comme nous le faisons souvent que le shuffle est le Mal et que le mp3 est un format définitivement obsolète pour envisager de tels chefs d'oeuvre à leur juste valeur. Cordialement, bisou, même aux fans de Somatic Responses.

 

http://www.adnoiseam.net/store/images/adn139.jpg

par Ed Loxapac

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19 février 2011 6 19 /02 /février /2011 14:58

Sortie : février 2011

Label : Noecho Records

Genre : Expérimentation cramée

Note : 6

 

Après deux albums pour Noecho Records depuis août dernier, Pous maintient le rythme avec un maxi (tout est en téléchargement à prix libre sur le site du label)  pour la même maison dans un style IDM explosif où les voix viennent donner une touche rap aussi surprenante que percutante. Nous ne savons pas grand chose de plus de cet Anglais dont la musique proche de la démence parle sans doute plus qu'une bio.

 

Si Justin Bieber entendait ces sept titres, il changerait de sexe et coucherait avec des musaraignes épileptiques. En effet, ce maxi bouscule la norme et l'auditeur se retrouve violemment shampouiné à coup de sonorités énervées. Après une courte intro, Sole est invité (samplé semble-t-il) sur Goteborg pour poser un texte soigneusement articulé sur une ambiance mystérieusement déconstruite. Des bruits surgissent de toutes parts pour faire monter la pression autour d'un MC qui convient étonnement bien à ce monde chaotique. La tension augmente avec Soilookaround, un dub déshumanisé au tempo lent. Les grésillements se multiplient et une voix à la fraîche innocence se détache. Crown (Israel dub) et ses airs de rap instrumental venu d'une future ère post-numérique où des robots parkinsonien ont pris possession du monde est une parfaite introduction pour le grand moment du maxi. Sur Dday, Pous utilise un sample vocal de Twizz qu'il pose sur un déluge de secousses sonores qui viennent vriller les neurones avec la plus grande délectation. La voix s'arrête mais la tornade continue...et se prolonge même sur Pentala Harbour (dubplate) sur lequel l'Anglais nous montre tout son talent à jouer de la scie circulaire.

 

Merci à Ed de m'avoir fait découvrir ce disque suprenant et inovant. Si vous avez soif de découverte et d'originalité électronique, mangez-en. (artwork non contractuel)

 

th-VPLErelease-04_02_2011__05_31.jpg

par Tahiti Raph

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19 février 2011 6 19 /02 /février /2011 10:52

Sortie : novembre 2010

Label : Hibernate Recordings

Genre : Ambient, Abstract, Neo Classical, Acousmatique

Note : 7,5/10


 

Danny Saul est un musicien originaire de Manchester. Sa démarche artistique a tendance à tirer vers l'ambient, le post-rock et plus généralement les compositions électro-acoustiques abstraites. Il a collaboré avec des pointures du genre comme Xela, Ben Frost, Machinefabriek, Greg Haines ou Peter Broderick. Comment se fait-il avec toutes ses fréquentations qu'il n'ait rien signé chez Type Records ? J'en sais rien, demandez lui. Kinison - Goldthwait sort en tous cas sur le toujours passionnant label Hibernate Recordings, où étaient déjà parus de récents et excellents travaux de Wil Bolton et Field Rotation.

 

A la vue de cet énigmatique artwork, on peut légitimement penser qu'on a une curiosité entre les mains. Danny Saul revient en fait à sa manière sur un incident qui a opposé les deux acteurs américains Sam Kinison et Bobcat Goldthwait pendant une émission de radio de Howard Stern. Alors comment illustrer ça quand on officie dans le drone et l'ambient mêlé d'un semblant de post-rock ? Et surtout pourquoi retranscrire ça en musique ? Peut-être simplement parce que Danny Saul n'a que faire de l'intellectualisation et du questionnement de ceux qui veulent absolument commenter et analyser sa musique. Son amour pour les guitares et les pianos est ici transcendé en un moyen d'expression assez inattendu. Il consacre en tous cas autant de temps à chaque protagoniste, même si la partie de Kinison est scindée en trois séquences. On peut d'ailleurs se demander s'il ne prend pas partie, tant Kinison semble aérien, léger et dénué d'agressivité comparativement à l'instable et imprévisible Goldthwait. Pour les plus cartésiens, cet album est à envisager de manière pleinement dissociée de l'artwork pour ne pas se perdre dans une quête analytique probablement absurde. Il est question ici d'un album de musique expérimentale pourtant extrêmement accessible au commun des mortels. Le jeu autour du contraste entre les textures, l'utilisation de l'écho comme une enveloppe à tiroirs multiples ne font que confirmer le soin apporté à souligner le mystère autour des lieux et contextes d'enregistrement. Je n'ai pour ma part jamais constaté autant de subtilité ou de poésie dans le peu d'extraits des émissions d'Howard Stern que j'ai vu. En fait, Danny Saul parvient à rendre cet évènement intéressant avec cette démarche de narration musicale abstraite et ambiguë. Les coutumiers de ce genre de sons salueront sa divine manière de transformer et de polir la matière brute. En l'agrémentant de tape recordings et de tout ce que la technologie de studio offre à ceux qui savent l'exploiter, sa musique touche à son apogée lors de On Howard Stern, pour en suite laisser place à un échange entre le piano et l'orgue sur le titre final, mystérieusement baptisé On U.S Route 95 April 10, 1992.

 

Hibernate Recordings peut ajouter cette pièce énigmatique mais magnifique à son catalogue déjà bien garni. Il y a des disques comme ça, dont on est obligés de parler à l'aide de mots forcément inadaptés, tant la démarche musicale se situe loin des concepts d'analyse et donc de critiques inutiles. Chapeau bas monsieur Danny Saul. A réserver tout de même à ceux qui veulent débuter ou confirmer leur approche des musiques expérimentales.

 

http://www.store.fluid-radio.co.uk/wp-content/themes/acquisto1/timthumb.php?src=http://www.store.fluid-radio.co.uk/wp-content/uploads/2011/09/hb21-1400.jpg&h=410&w=408

par Ed Loxapac

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18 février 2011 5 18 /02 /février /2011 10:57

Sortie : 9 février 2011

Label : M_nus

Genre : Techno minimale

Note : 1,5/10

 

Ami DJ, toi qui aime la tech-house autoroutière, cet album est pour toi ! Tu pourras entretenir ta soirée comme il se doit, sans jamais offenser ton public. Avoue que c’est quand même pratique hein ?!

L’Italien Marco Carola n’est pourtant pas un manchot, lui qui depuis plus de 10 ans délivre des DJ sets hypnotiques faisant la part belle à des morceaux au groove contagieux. Malgré une poignée d’albums dispensables, il n’avait rien sorti depuis 2003 et on attendait de pied ferme un nouvel opus. Il nous revient donc par l’intermédiaire de M_nus avec Play It Loud!.

 

Et patatra, le mec s’est complètement englué dans les travers du label de Richie Hawtin. On l’imagine aisément découvrir tous les joujoux de cette nouvelle maison, se délectant d’avance de ce qu’il va bien pouvoir en faire. Au final, on se dit qu’il n’a pas du passer longtemps à peaufiner son album tant celui-ci est formaté, répétitif et, avouons-le, profondément chiant.

Rien à sauver ici tant l’ensemble est poli. Premier souci, l’album est long, très long avec ses 18 titres pour plus de 100 minutes. Ecouter l’album d’une traite est tout simplement impossible. Deuxième souci, chaque titre ressemble au précédent comme si Carola s’était limité à simplement mélanger différemment les mêmes ingrédients. Au bout de 2 morceaux, la messe est dite. Troisième souci, tout cela manque cruellement de prises de risques. On n’est jamais surpris, toujours bien installé sur cette route filant droit, tellement droit qu’on finit par s’y emmerder. Le mec pousse même le vice en appelant un de ses morceaux Suspense. Il fallait oser.

Alors oui, l’album jouit d'une production irréprochable mais c’est une habitude chez M_nus. La bassline reste impressionnante mais c’est aussi une habitude chez M_nus. Mais tout cela ne suffit pas à faire de Play It Loud! un album intéressant. Tout au plus, certains DJ, peu aventureux, sauront y piocher sporadiquement quelques morceaux. Marco Carola a beau préciser que son album est destiné aux clubs, il n’en demeure pas moins que l’ensemble est bien trop linéaire pour être acceptable.

 

Play It Loud! est l’archétype même de l’album tech-house prévisible. A trop arrondir les angles, Marco Carola a fini par livrer un album insipide, sans aucune inspiration. Play It Loud! certes mais pas plus de 2 minutes alors.

 

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par B2B

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17 février 2011 4 17 /02 /février /2011 21:25

Sortie : février 2011

Label : Pingipung

Genre : Carnet de voyage

Note : 7

 

Batteur et joueur de Marimba, Sven Kacirek a posé ses valises à Hambourg. Producteur de musique électronique, il ne cesse de se déplacer pour mettre au point différentes collaborations. Auteur d'albums, pour Kompakt notamment, de musique de film ou de spectacle de danse contemporaine, il s'est cette fois-ci lancé dans une composition avec des musiciens kenyans au cours d'une longue visite de laquelle il a rapporté de nombreux enregistrements qu'il a retravaillé dans son studio allemand.

 

Sven Kacirek nous propose bel et bien un voyage. Et comme dans tous voyages, il y a des moments forts et des moments de calme, du ressenti, des images qui se gravent dans la rétine et souvent de la découverte. Son disque contient donc des courtes plages qui posent l'ambiance, avec des bruits de la vie de tous les jours, du vent, des éléments simples qui donnent le cadre. Il nous fait sentir le pays qu'il visite, nous entraîne sur son chemin. Dans ce bain, le producteur nous conduit facilement dans ses morceaux à l'esprit sans doute électronique, mais aux sonorités profondément kenyanes. Même s'il mélange son propre jeu à celui des musiciens croisés sur place, tout semble importer de là bas. Son marimba et ses grosses caisses se fondent aisément dans les instruments traditionnels, notamment le nyatiti d'Okumo Korengo. Puis il y a ces voix, lointaines ou en avant, parmi lesquelles celle de la chanteuse vétérante Ogoya Nengo. Le chant vient aussi par touche, pour égayer ou juste apporter une couleur de plus.

L'album s'écoute d'une traite, l'esprit libre, le cerveau prêt à se laisser emporter vers ces territoires lointain. Kacirek vient simplement donner un esprit électro dans la construction ou le côté envoûtant de certains morceaux. L'album fait penser à la démarche, certes un peu plus house et plus à l'ouest de l'Afrique, opérée par Frédéric Galliano avec ses African Divas il y a quelques années. Les projets dans le style étant rare, l'originalité est suffisamment intrigante pour se laisser guider de bout en bout dans ces pérégrinations mélodieuses.

 

Un album pour ceux qui veulent faire une pause dans l'électronique et s'accorder un petit voyage au Kenya. Une ballade paisible qui ne lasse pas au fil des écoutes tant le déroulé est riche et multiple.

 

http://ecx.images-amazon.com/images/I/517g3JJrUwL._SL500_AA300_.jpg

par Tahiti Raph

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