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23 mars 2011 3 23 /03 /mars /2011 19:25

Sortie : mars 2011

Label : Mush Records

Genre : Pop psychédélique passée à la moulinette électronique

Note : 6

 

Bruce Blay aurait 12 bras. Une thèse que tendrait à accréditer son premier album sous le nom Melting Season dans lequel il joue les multi-instrumentistes en plus de chanter. Le Texan révèle avec ce LP un univers très particulier dans lequel le flower folk rencontre l'électronique à la manière d'un Bibio tout d'un coup épris de grands espaces et entouré de The Dodos, leurs guitares et leurs chants enjoués. Un monde assez psychédélique où ukulélé, batterie, marimba, cloches et bien d'autres instruments fusionnent avec divers enregistrements en intérieur ou en extérieur pour tendre vers une hypnose agréable.

 

Vous gambadez, nu, dans un grand champ de fleur. Le soleil vous réchauffe et élargi encore votre sourire béant. Vous êtes léger et heureux. Une mélodie joyeuse vous porte, rendant vos pas fluides et votre esprit est tout ouïe à la communion avec la nature. La tête vous tourne juste ce qu'il faut. Vous êtes comme dans une grande boule à neige version estivale. Quand soudain vous ressentez la première secousse. L'air se plisse et le panorama devient flou. Une drôle de brume vous encercle et vous ne reconnaissez plus tout à fait les lieux. Bruce Blay vient de distiller un décalage dans votre rêve hippie trop parfait. Il rend le sol mouvant, fait voltiger les herbages dans le ciel et onduler les arbres.

L'Américain expérimente, fait se dilater les sons, donne un sentiment d'abstraction. Il peut aussi bien laisser une guitare accrocheuse mener sa barque (The Cliffs ou Beside The Ferrymen), offrir un versant folk dominer (Trickle My Fears Away) ou partir dans des manipulations électroniques plus poussées (Unknown To Birds ou Beach Blanket), mais jamais il ne tombe dans la facilité. Sa matière sonore est maîtrisée, malaxée, bouleversée pour toujours donner une impression de flottement. Sa voix omniprésente est une sorte de repère dans ce grand tournoiement. Il ne pouvait dans ce trip n'y avoir de clin d'oeil à l'Inde (Green Beard) et ses voyages mentaux fameux.

Les premières lueurs du matin vous réveillent. Le feu est éteint au creux de ce grand canyon où vous avez passé la nuit. Il y a, épars, quelques restes de la fête de la veille, des mégots et des canettes, une bouteille d'une étrange mixture à laquelle vous avez goûté sans trop savoir ce que c'était. Vous vous frottez les yeux en essayant de vous rappeler de cette nuit. Vous n'arrivez pas parmi vos souvenirs à trancher ceux qui sont réels et ceux qui sont de l'ordre du fantasme.

 

Harmoni-Pet Deluxe est une expérience. Celle dont on ne revient pas tout à fait pareil. "Are you experienced ?" disait Jimi Hendrix, qui savait de quoi il parlait...

 http://bandcamp.com/files/10/40/1040150805-1.jpg

par Tahiti Raph

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21 mars 2011 1 21 /03 /mars /2011 16:04

Sortie : janvier 2011

Label : Fluid Audio

Genre : Electro-acoustique, Modern Classical

Note : 8/10

 

Ceux qui nous suivent régulièrement ont pu constater que je ne manque jamais une occasion pour poser des éloges à propos de Christoph Berg, baptisé artistiquement Field Rotation. L'Allemand est un virtuose, ni plus ni moins. Que ce soit lorsqu'il compose des oeuvres électro-acoustiques terrassantes de beauté (Licht Und Schatten déjà sur Fluid Audio et chroniqué ici), du drone ambient aussi abstrait qu'enveloppant (Why Things Are Different chez Hibernate, chroniqué ici) ou des fusions plus électroniques avec Aes Dana sur le label Ultimae. Son tant et tant attendu véritable premier album est enfin arrivé. Nos oreilles peuvent désormais prétendre à l'orgasme.

 

Si le piano est cette fois-ci moins mis en avant que sur les travaux précédents, Berg a su une nouvelle fois fusionner ses diverses influences avec la maestria des grands. Sur le premier Acoustic Tale d'introduction, ses drones se noient dans les notes d'orgue et des expérimentations qui se rapprochent des musiques concrètes. Celui qui est également violoniste témoigne magistralement de son amour démesuré pour les cordes, plus particulièrement lorsqu'elles sont caressées par des crins. Le violon est donc omniprésent. Il s'adjoint même les services d'une harpe et du violoncelle d'une autre très grosse pointure en la personne de Danny Norbury (Acoustic Tale 4). Devant cette brume glitchée et magnétique apparaît un sens inné du romantisme, à la fois intimiste et débridé. Bien que moins accessible que Licht Und Schatten, Acoustic Tales n'en est pas moins beau à pleurer.L'Allemand fait partie de ceux qui ont compris que les ordinateurs pouvaient les aider à transcender les limites techniques et technologiques de la composition classique. Pour une fois néanmoins, les machines ont l'humilité de se placer au second plan, laissant aux instruments la digne place qui leur est due. Si les mélomanes avertis trouveront dans la démarche délibérément romantique et mélancolique de l'Allemand des éléments de filiation avec un illustre compositeur russe qui a composé des Sonates pour Violoncelles, ils seront donc peu surpris de l'hommage vibrant rendu au maître pianiste Sergueï Rachmaninoff sur le sublime Acoustic Tale 8. Un autre hommage est rendu à un génie pratiquant la langue de Goethe, le slovaque Franz Kafka a inspiré Acoustic Tale 7, où le mode mineur et la dramaturgie qui l'accompagne renvoie si bien au déracinement et aux atmosphères cauchemardesques de l'écrivain. Nous, vulgaires francophones, sommes susceptibles de voir apparaître le fantôme de Jacques Brel, bouillonnant d'envie de lâcher La chanson des vieux amants au second plan des Acoustic Tales 5 ou 10. Mais la musique de Field Rotation est déjà bien assez belle comme ça, inutile d'y rajouter des pleurs scandés même magnifiques, qu'ils viennent du plat pays ou des territoires décharnés d'Europe de l'est.

 

Les mots manquent souvent pour exprimer tant de beauté. A l'écoute d'une telle oeuvre, le moindre mot apparaît comme un parasite. Je ne peux donc vous proposer que de plonger dans cette oeuvre électro-acoustique géniale et bouleversante, bien trop atypique et inétiquetable pour figurer en digne place dans les tops qui pullulent en fin et en début d'année sur la toile. Si Godspeed You! Black Emperor avait dû faire ce genre de sons, nul doute que ça aurait ressembler à ce que compose Christoph Berg. Voilà, pour donner un peu plus envie aux puristes inspirés de tenter d'acquérir la version physique et son superbe digipack en s'adressant à Fluid Audio, qui distribue ce joyau à... 200 exemplaires.

 

http://www.thesirenssound.com/wp-content/uploads/2010/05/field-rotation-acoustic-tales1.jpg

par Ed Loxapac

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21 mars 2011 1 21 /03 /mars /2011 11:08

Sortie : 14 mars 2011

Label : Planet Mu

Genre : Dubstep

Note : 4/10

 

Le dubstep, ce sous-genre musical désormais survendu, n’en finit plus de décevoir (il est d’ailleurs affligeant de voir le terme dubstep être exploité à tout va par la presse pour la moindre production utilisant l’électronique). Le dubstep est mort dès son émergence en se tirant une balle dans le pied. Désormais, on parle de future garage, de UK bass, comme ci le mouvement allait se réinventer par la seule force d’une actualisation des termes. Dernier exemple en date avec le nouvel album de l’Américain FaltyDL, You Stand Uncertain.

 

Passons sur le début de carrière prometteur de Drew Lustman pour se concentrer uniquement sur ce nouvel opus. Les espoirs placés en FaltyDL étaient sans doute trop importants. On aurait voulu y voir la promesse d’un dubstep captivant, jouant autant sur la puissance des rythmiques que sur l’aspect émotionnel. Le résultat est tout simplement décevant. Il faut dire que FaltyDL ne fait rien pour arranger les choses en lançant son album par une bouse comme seul le trip-hop à la naphtaline a su en livrer dans les 90’s. Gospel Of Opal, porté par la voix insupportable d’Anneika, est une atteinte au bon goût. La même erreur se reproduisant avec Brazil. Le dubstep de FaltyDL ne se marrie pas aux voix, pire, il en devient rédhibitoire. C’est un sérieux frein au reste de l’album qui possède pourtant une singulière identité mais qui n’arrive jamais vraiment à décoller tant l'ensemble se révèle monocorde.

Pourtant, le temps de trois morceaux, The Pacifist, Open Space et You Stand Uncertain, Drew arrive à nous propulser dans son trip de voyageur compulsif (nous renvoyant malicieusement au lumineux teaser de l’album). Vous voilà en plein cœur du chowk de Bénarès, totalement paumé entre les klaxons incessants des rickshaws, les foutus vaches sacrées envahissantes et les lépreux qui tendent leurs moignons visqueux vers vous. Vous êtes ruisselant de sueur, non pas à cause de cette chaleur moite étouffante mais par la faute de ce foutu hippie crasseux qui ce matin, a daigné partager avec vous, sur un ghât abandonné au bord du Gange, un violent spliff de Népalais rose. Vous n’êtes pas parano, vous vous prenez en pleine gueule le quotidien indien, et le dubstep de FaltyDL est la seule chose à laquelle vous tentez vainement de vous raccrocher. Malheureusement, ce passage immersif se révèle être de la poudre aux yeux tant le reste de l’album n’arrive jamais à suivre car parasité par une esthétique un peu trop rouillée.

 

You Stand Uncertain est loin d’être la bombe annoncée, il fait même figure de pétard mouillé. Ce n’est pas que l’album soit un échec total, c’est simplement qu’il lui manque une envergure. C’est regrettable, d’autant plus que sporadiquement il arrive à nous faire copieusement tripper. Mais sur la longueur, FaltyDL livre un album trop plat qui s’écoute sans conviction.

 

http://4.bp.blogspot.com/-tRB35oW5ymo/TWJ9_Yaqb2I/AAAAAAAAAzk/3U5onM6zOXM/s1600/FaltyDL%2B%25E2%2580%2593%2BYou%2BStand%2BUncertain%2B%2528Planet%2BMu%2529.jpg

par B2B

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20 mars 2011 7 20 /03 /mars /2011 19:05

Sortie : février 2011

Label : Columbia

Genre : Synthpop dépressive

Note : 7/10

 

La vie de Mohini Geisweiller se situe à mi-chemin entre les romans de Lolita Pille et Martine à la Secte. Jeune et beau mannequin, elle tombe un soir de beuverie dans les filets d'un certain Adrien, beau parleur un peu mytho, qui l'entraînera dans l'aventure Sex In Dallas. Sex In Dallas, c'est ce trio de clubbers parisiens qui a connu les grandes heures du Rex, et qui a migré vers l'Angleterre et l'Allemagne, pour inonder les clubs mythiques sous ce qui n'est rien de plus qu'une énième tentative d'électroclash. Parce que voilà, la hype s'était emparé du truc, et encore aujourd'hui, dire que Sex In Dallas a toujours fait de la merde est aussi risqué qu'émettre des réserves à propos du régime de Nicolae Ceausescu en Roumanie dans les années 80. Car je suis quand même un peu courageux, j'ose dire ce jour planqué derrière mon ordinateur, qu'on se souvient aujourd'hui plus de leurs frasques sous toxiques que de leurs Everybody Deserves To Be Fucked ou Berlin Rocks. Mais voilà, Mohini en a marre de se retrouver sans culotte au petit matin dans les rues de Berlin avec la mâchoire encore un peu tendue. Elle quitte le groupe et souhaite revenir à quelque chose de plus... posé. L'été dernier, Les Inrocks, Teknikart, Têtu et plein d'autres magazines culturels crédibles saluent le retour de Mohini avec son EP Milk Teeth. Gros retour de hype, Danakil réalise son clip et un album est annoncé pour l'hiver suivant. Nous y voilà.

 

Si Milk Teeth était sorti en été, la musique de Mohini s'apprécie d'autant plus en hiver. Et encore plus si on tente de se sevrer de l'héro, un week-end gris et neurasthénique dans un 12m² sous le ciel de Charleroi ou de Manchester. A Nevers ça marche aussi, mais pour trouver du subutex un dimanche après-midi, c'est un rien plus complexe. Mohini a elle bien compris qu'un vieux synthé Casio coûte moins cher qu'une psychothérapie. Surtout quand on le trimbale dans son sac depuis l'adolescence. Même si sa synthpop est nouée de névroses, elle contient des vestiges de son (mauvais ?) goût pour les nappes de Giorgio Moroder et l'italo disco en général. Si on ajoute à cela une absence totale de voix et un matériel que nul n'ose plus utiliser, on est en droit de se poser cette troublante question. Comment Event Horizon peu-il être un bon album ? Car il l'est, assurément. Tout d'abord parce que le songwriting de Mohini est tout à fait pertinent, encore plus quand elle susurre en français. Qu'il y a quelque chose de particulièrement touchant et contrasté dans ce que raconte cette beauté froide et fragile, arborant aujourd'hui un teint frais comme la rosée, aussi rassuré que rassurant. Et parce que sa pop synthétique et minimaliste ne sonne pourtant jamais cheap, si ce n'est sur l'incompréhensiblement et unanimement salué Paris 2013. Et parce que voilà, artistiquement il y a quelque chose. On pourrait penser que la presse et le tout Paris aimerait finalement qu'elle aille encore plus mal, que ses pas si vieux démons la rattrapent (No Recollection Of This Happening et Tête d'Or) et qu'on la surprenne partageant les même rails que Nicolas Rey dans les chiottes du Flore après sa potentielle remise du Prix Constantin. La hype a déjà failli bousiller cette jeune beauté. Bien sûr les titres que contenait le EP Milk Teeth ont quelque chose de plus "tubesques" et de plus immédiats que les nouveaux arrivants. Ce sont pourtant les plus personnels. Les qualités de cet album sont en fait aussi ses défauts. Mais on reviendra souvent vers ses fables électro-pop qui n'excèdent presque jamais les 3min30, aussi désenchantées que ce que représente celle qui les chantent, définitivement et malheureusement bien installées dans leur époque. Si Toward, Systole/Diastol, Random, Plus Rien, April et Tempe ont nettement ma préférence, chacun fera ici son marché pour accompagner au mieux sa descente.

 

On peut légitimement se demander si Les Inrocks et consorts auraient encensé autant cet album si il n'avait pas été devancé par tous les détails sordides des errements de l'ex poupée chiffon de Sex In Dallas. Mohini n'a plus peur, même si elle ne connaît personne et qu'il fait terriblement froid lorsqu'elle regagne son trou paumé du 77. Un seul regret ou risque plutôt, que ce triste et joli album ne sorte jamais du microcosme parisien dans lequel bien des gens aimeraient l'installer. Mais Mohini n'est sûrement pas une victime et connaît déjà trop bien les sectes. Elle ne devrait plus avaler les mantras et les pleurs cérémoniels infusés des gourous toujours sans cravates, mais aujourd'hui chaussés de Sneakers.

 

http://img.over-blog.com/500x500/2/43/67/20/doc22/mohini_geisweiller-event_horizon.jpg

par Ed Loxapac

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19 mars 2011 6 19 /03 /mars /2011 10:37

Sortie : 12 mars 2011

Label : Abstrakt Reflections

Genre : IDM, Downtempo, Ambient

Note : 7/10

 

Après l'excellent album de r.oo (chroniqué ici), le netlabel argentin Abstrakt Reflections comble à nouveau les amateurs d'IDM ample et subtile en sortant le premier long format du Grec Mihalis A. aka Miktek. Cet originaire de Mytilene compte deux EP à son actif, ainsi qu'un superbe format court, Ambient Network, qui dépeignait l'univers astral, sombre et introspectif de son auteur. Mais Miktek prévient lui-même qu'Anisotropy explore des territoires sensiblement différents. Se faire une idée devrait être à la portée de tous, car à l'image des sorties d'Abstrakt Reflections, ce très bel album est livré gratuitement sur leur site.

 

Résolument porté sur l'ambient, les soundscapes oniriques et les grands espaces, Anisotropy apparaît comme une vaste fresque à la gloire de l'évasion de l'âme. Une chose est anisotrope si la vision que l'on a d'elle diffère selon son orientation. Observez-là de biais, et le rayonnement qu'elle dégage vous semblera ne plus exister. L'album de Miktek se doit d'être envisagé de front. Une dimension profondément organique marque son IDM downtempo. Les résonances mates et feutrées des multiples percussions créent des ambiances en clair-obscur, parfois ethniques, qui tranchent avec ses précédentes compositions. La démarche acoustique et les atmosphères languides pourraient même pousser au rapprochement avec le sublime No Land Called Home de Subheim. Alors que les denses volutes d'ambient ont peu à peu anesthésié vos contacts sensitifs avec l'extérieur, les cordes et leur poignant vibrato achèvent de transcender la charge émotionnelle latente. Les rythmiques aux consonances toujours concrètes, parfois puissantes, se parent à l'occasion d'un glitch piquant, et les textures semblent modulées avec une infinie délicatesse, distillant légères craquelures, échos poudreux et murs de vapeur.

Composé de quinze titres et long de presque une heure et demi, Anisotropy exige une imprégnation profonde et appliquée. Le seul regret viendra de la nuance entre la première et la seconde moitié. Cette dernière, ou plutôt les cinq morceaux finaux, apparaît moins passionnante à mon sens, que la phase liminaire, même si incontestablement la qualité demeure. Il faut dire qu'après des perles magnifiques comme Ping, son beat martelé mordant dans la chair de nappes de cordes, ou le sublime Collapse, qui voit le chant vibrant de Cellar Door épouser ses courbes, manifestement arabisantes, il n'est pas toujours évident de tenir la longueur. Il n'empêche que Never To Be Found, Anisotropy, Total Consciousness avec The Empath, Striped Aurora, When The Day Breaks et le très dark Apognosis sont fait de ce même bois, tous superbes et enivrants.

 

Mihalis A. rend une oeuvre singulière, méditative et écorchée. La légère irrégularité s'efface au vu de la densité d'Anisotropy, n'entamant en rien le talent criant du sieur Miktek. La sensibilité affleure et la beauté scintille d'elle-même. On émerge conquis.

 

re 

par Manolito

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18 mars 2011 5 18 /03 /mars /2011 18:15

Sortie : mars 2011

Label : Error Broadccast

Genre : Errance électronique psyché

Note : 7

 

L'année sera psychédélique ! au moins pour certains. Nouvelle indice en ce sens, le premier long format de iL, producteur de l'Illinois qui ferait partie de l'avant garde de la scène du beat. Tout un programme. Mais vu comment la dernière "tape" diffusée par Error Broadcast l'an passé avait marqué les esprits (Five-Finger Discount de DZA, chroniqué ici), celle-ci est tout autant à prendre au sérieux. Auussi expérimentale soit elle.

 

L'Américain annonce vite la couleur, une multitude de courts samples croulant sous les filtres et les bidouillages en tous genres. Un brouillage de pistes intégral qui donne un côté psyché à ses collages venus de la soul, du jazz, avec parfois un côté rap lointain et des voix déformées qui transparaissent péniblement. Le tout formant un ensemble maléable entre ambient et musique concrète qui évolue en laissant une trainée visqueuse derrière lui. iL innove en ne laissant aucun repère, sa musique étant une matière clairment indéfinie. Cela ne vaut pas la peine de citer des titres dans cet ensemble de 17 extraits qui ne forme qu'une et même masse translucide homogène et maléable. Le producteur joue avec les formes, créé des virages là où il n'y en a pas, place des chants fantomatiques sur des mélodies nuageuses, se laissant toute liberté pour rebondir en douceur. Chaque sonorité est nébuleuse, semblant rebondir avec souplesse contre les tympans.

Chaque passage séduit par son enrobage sucré mais déroute par sa volubilité. Chaque pause est une incertitude. Chaque reprise un nouvel enchantement. Même lorsque l'Américain frôle un drôle de R'n'B mutant, ses transformations rendent le résultat charmeur. Le ton léger, rarement ponctué d'une batterie qui claque sobrement, donne une sensation de flottement de bout en bout. Quand s'achève ce songe enivrant, et bien que nous n'ayons pas tout suivi, il ne reste que le regret qu'il ne se prolonge. 

 

iL n'explose pas en vol avec cet AppoLLo1ne3hree. Au contraire, il ouvre de nouvelles voies vers des galaxies musicales prometteuses.

 

http://i1.soundcloud.com/artworks-000003340916-kg4xu8-crop.jpg?c1f0ed

par Tahiti Raph

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18 mars 2011 5 18 /03 /mars /2011 01:46

Sortie : février 2011

Label : Africantape

Genre : Pop mutante

Note : 6,5/10

 

Avec son premier et brillant album éponyme, le trio de Brescia Aucan s'était attiré les éloges de ceux qui pensaient naïvement que le math-rock était bien plus qu'un sous genre mort né après l'avènement de Battles. Les comparaisons avec le quartet pas encore séparé du chevelu friendly Tyondai Braxton avaient donc fusé de toutes parts. Si les voix s'étaient montrées aussi absentes que les synthés discrets, le format court DNA allait frustrer ceux qui avaient promis un avenir radieux au trio italien, mais allait leur amener un nouveau public, admirateur de sonorités plus digitales. Dès l'annonce de la sortie de Black Rainbow, les sphères indés se sont exaltées comme de juvéniles pucelles face au fruit défendu. En pourfendeurs de la hype et en chantres du bon goût, il était grand temps que nous nous positionnions.

 

On a tout lu à propos de ce nouvel album. Retour du vilain big beat ? Ersatz dubstep ? Il faut toujours étiqueter quelque part un groupe qui a délaissé les guitares pour l'électronique. Et si du fin fond de son Italie natale, le trio n'avait pas simplement voulu se jouer des paradoxes et faire danser les gens sur une musique finalement assez sombre. Ne cherchons pas à intellectualiser cette musique définitivement aussi spontanée que bien produite. Alors oui, les fautes de goût sont là et bien là. Surtout au niveau des titres chantés, même si braillés est encore un terme plus adapté. Comme sur l'odysée synthétique Sound Pressure Level, où le phrasé rapé criard ne s'imposait absolument pas. Quand on est Italien et qu'on tente de chanter en anglais, une certaine discipline en matière de prononciation et d'accentuation s'impose. Sur le déjà très indigeste Away!, où on croirait entendre Vitalic converti au dubstep, on comprend à peine ce qu'ils scandent. Au rayon de l'indigestion, Underwater Music s'avale comme un boulgour trop sec coupé au patchouli. Donc oui, les récentes interventions d'un membre unique du trio en DJ set, tendent à confirmer l'idée qu'ils ont tenté de faire du dubstep. C'est raté. Comme j'écrivais l'autre jour en commentaire à propos de je ne sais plus quel disque sur je ne sais plus quel webzine : si je pète dans un hautbois et que j'assois Jean Michel Jarre devant un clavecin baroque, ça fera pas du Haendl. Trêve de critiques plus ou moins faciles, Black Rainbow contient bien des petites perles qui justifient ce semblant de retour de hype. Tout d'abord avec ce Blurred d'ouverture, où les infra-basses interviennent en filtre à ce qui pourrait ressembler à une tentative trip-hop 2.0. Et dis comme ça, je sais que ça ne donne pas envie, mais c'est carrément réussi. Vient ensuite le sympathique et débridé Heartless, se révélant comme une réussite pop ascensionnelle (bien que toujours porteuse d'une prononciation anglaise discutable). Red Minoga poursuit les schémas de dubstep taillé dans le laser acidulé mais s'avère bien plus réussie. Tout comme Storm, qui fait parfois penser aux contours explorés par Nosaj Thing ou autres Free The Robots au sein de cette scène liquide et synthétique hip-hop désormais plus qu'émergente à Los Angeles. Citons enfin ce Black Rainbow de clôture, véritable célébration sombre et païenne qui tout comme l'ensemble de l'album invite à la danse même aux heures les plus chaotiques.

 

Coutumiers de la division, les Aucan vont encore susciter la question inquisitrice de l'évolution inattendue de certains groupes. Leur tentative d'ouverture au tout synthétique n'est pas exemptée de certains accrocs, bien au contraire. Le chant n'est peut-être pas à retenir pour l'avenir. Leur potentiel live évident devrait être mieux utilisé, et pourrait ainsi donner un rendu sur album plus puissant et forcément moins anecdotique. Il y a malgré tout ici certains morceaux qui redonnent à cette satané hype un semblant de lettres de noblesse. Voilà, je l'ai dit.

 

http://cdn2.greatsong.net/album/extra/aucan-black-rainbow-110473114.jpg

par Ed Loxapac

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17 mars 2011 4 17 /03 /mars /2011 16:27

Sortie : décembre 2010

Label : Connexion Bizarre

Genre : Industriel, Noise

Note : 7,5/10

 

Outre le fait qu'il soit l'organisateur de la Fête de la musique électro-industrielle (18 juin 2011 au Point Éphémère) et qu'il compte parmi ses fréquentations des gens comme Empusae ou Flint Glass, Sylvgheist Maëlström a sorti un album en fin d'année dernière (diffusé par le webzine portugais pointu Connexion Bizarre) qui prend aujourd'hui une signification toute particulière. Musicien mais également peintre et architecte, le Français a également participé à des compilations remarquées et estampillées du sceau du label français cher à Flint Glass : Brume Records. Il décrit lui même son projet de la manière suivante : "Sylvgheist Maëlström, 'esprit fantomatique de la nature', est en effet la traduction sonore du mouvement incontrôlable de l'environnement reprenant ses droits sur la civilisation".

 

Un Lahar est une avalanche, de boue et de débris rocheux, d'origine volcanique. L'album tire son nom de la catastrophe qui sévit un jour de mai 1980 dans l'Etat de Washington, quand le volcan Saint-Helen se déchaîna et élimina toute trace de vie humaine autour de lui. Sylvgheist Maëlström est littéralement fasciné par les catastrophes naturelles et les troubles climatiques dévastateurs. Tant et tellement que chacun des titres de l'opus en portent un nom. Si on en croit sa biographie, le Français aurait de très bonnes (et personnelles) raisons de se pencher sur les conséquences de tels phénomènes. Sa musique, bien que très abrupte et "descriptive", ne rompt pas complètement avec les ornements naturels. Elle nous transporte vers des lieux dévastés, où règnent une odeur de mort et de chaires brûlées. Certains se croiront plantés au milieu d'usines désaffectées, où cohabitent des ogives pas encore complètement obsolètes, des vestiges de chaînes de travail, une rouille tendant vers le vert de gris et une friche étonnamment naturelle qui tente de reprendre ses droits. Une musique résolument industrielle donc, mais qui renvoie à une dimension picturale difficilement explicable. On peut aussi parfois la qualifier légitimement de minimaliste, tant elle est peu chargée en couches sonores. C'est d'ailleurs souvent ce qui fait le défaut de ce genre de musiques, plus particulièrement le rythmic noise : ce fameux excès de superposition des strates de sons. Ici les rythmiques s'embrasent de manière forcément hypnotiques et répétitives, renforçant un peu plus cette palpable apologie de l'alchimie du feu et de la rouille. L'oreille avertie constatera d'ailleurs que les textures donnent presque toujours l'impression d'être en fusion. Les nappes rendues par les synthétiseurs pourraient représenter quelque chose de moins destructeur, porteur d'un espoir encore vivace. Voilà qui illustre parfaitement ce que Sylmalm a tenté de réaliser et expliquer : "La possibilité de combattre l'inéluctabilité de l'anéantissement par la création. La création par l'antidote à la perte."

Le présent nous apprend que parfois, les désordres climatiques ne sont pas que de la volonté de Dame Nature. L'homme, a force de jouer les apprentis sorciers, pourrait bien être l'auteur de sa propre perte pour qu'ensuite, enfin, encore une fois, la nature reprenne ses droits. Si tous les titres ne sont pas aussi passionnants que la démarche artistique et que l'artiste en lui même, Katrina, Lahar - Mont Saint Helens, Lothar, Chicxulub, Toungouska et Kobe sont absolument renversants et originaux, lâchant souvent une frénésie rythmique qui renvoie encore une fois à quelque chose d'incontrôlable. Les obsédés du contrôle et les nouveaux venus dans ce genre de sons resteront donc probablement sur le bord de la route, témoins peut-être de l'exode de ceux qui fuient les déchaînements futurs. Les autres attendent désespérément que Fukushima apparaissent en bonus track.

Cover-copie-1.jpg

par Ed Loxapac

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17 mars 2011 4 17 /03 /mars /2011 11:08

Sortie : 21 mars 2011

Label : Raster Noton

Genre : Expérimental

Note : Non noté

 

APPREHENSION :

Aucune idée de qui peut bien être Anne-James Chaton avant de lancer Evénements 09 sur ma platine. Le simple fait d’être labellisé Raster Noton aurait pourtant dû me mettre la puce à l’oreille. Le label prenant un malin plaisir à multiplier les sorties expérimentales (de qualité). Le tracklist de l’album aurait aussi dû réveiller mes synapses : Evénement n°20, jeudi 22 janvier 2009Evénement n°21 jeudi 19 février 2009 - … Et c’est parti pour une déclamation d’une suite de mots, de nombres, le tout se structurant autour d’un beat étrange répétant inlassablement le même mot.

Bon, ok, j’ai entre les mains une performance. Il me faut désormais les clés nécessaires pour l’appréhender. Quoi qu’il en soit, je poursuis l’expérience (pas désagréable) jusqu’à son terme, histoire de pleinement vivre la chose. J’aurai très bien pu m’arrêter là et livrer une chronique baclée stipulant que tout cela n’est qu’une vaine tentative d’expérimentation sonore foirée (on a déjà vu plus intéressant et plus fouillé dans le genre) mais pourtant, cela m’intrigue tant l’expérience s’est révélée hypnotique.

 

SOLUTION :

Anne-James Chaton est un artiste français, un performer, un "poète sonore" fricotant de près avec Alva Noto et le groupe The Ex. Ses évènements ne sont pas le fruit d’une expérience unique puisqu’il distille cela depuis une dizaine d’années au travers d’expositions diverses. Il nomme lui-même ses travaux comme étant de la "littérature pauvre". Cela consistant à collecter les multiples textes insignifiants nous entourant en permanence : reçus, tickets de métro,… Une fois ce matériau en main, Anne-James lit ces textes de manière quasi mécanique. Pour convertir le tout en musique, il y ajoute une sorte de refrain scandé. Pour cela, il puise une information brève capitale d’un jour J choisi (d’où les titres).

Le résultat est une expérience du sampling pour le moins unique. La performance, assez fascinante, devient rapidement hypnotique. En utilisant des refrains qui claquent, "Le printemps de Téhéran", "Taliban", il arrive à maintenir une tension permanente.

 

Événements 09 n’est pas à proprement parlé un disque de musique électronique. Bien entendu, des machines sont derrières tout ça. Anne-James Chaton est simplement un performer se jouant de notre quotidien merdique pour aboutir à des non-évènements. Cet ovni n’a en soi aucun intérêt musical mais il a le mérite de susciter une étrange curiosité.

 

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par B2B

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16 mars 2011 3 16 /03 /mars /2011 11:53

Christophe Gilmore aka FluiD est un artiste qui n'a que faire des sentiers battus. Son premier album, l'excellent Duality (chroniqué ici), mêlait la crasse de la musique industrielle, la moiteur du dub et l'électricité du rock et du noise. Le Chicagoen répond aujourd'hui à nos questions, avec franchise et réalisme, sans fausse pudeur ni concessions.

 

(Read the english version)

 

Christophe, pourrais-tu retracer pour nous ton parcours musical avant Duality ?

 

Avant FluiD et avant Duality, j'ai appartenu à différentes formations en Californie, d'où je suis originaire (je vis maintenant à Chicago). J'y ai joué de la basse, du saxophone, de la batterie et du clavier. La musique de ces groupes allait du R&B/électro à la no-wave, du goth-industriel au thrash-métal, et j'en passe. Pour différentes raisons, les projets de ces groupes n'ont pas abouti. Après que le dernier se soit séparé, j'ai commencé à envisager réellement un projet solo. Même si j'ai profondément apprécié jouer dans ces groupes et collaborer avec des musiciens incroyablement talentueux et inspirants, il est fort probable que je continuerai de travailler seul dans le future proche. C'est pour l'instant, la meilleure manière que j'ai de créer et de me produire. En tant qu'artiste solo, c'est sous les alias Re: dux tion et subduxtion que j'ai lancé mes productions musicales. C'est ce passé, cette histoire musicale qui m'a amené à FluiD. Mais surtout, tout cela a fait ce que je suis, musicalement et conceptuellement. En plus de ce que j'ai appris musicalement, j'ai également pris conscience de mes motivations et des raisons qui me poussaient à faire de la musique. En tant que FluiD, j'ai réalisé trois sorties digitales (Noise in the Neurons, Unavoidable Abuses et Simultaneity), avant la parution de Duality. J'ai aussi réalisé quelques remixs (pour John 3:16, Disinvectant et Actors & Actresses) et sorti des morceaux sur différentes compilations.

 

Duality explore un sombre mélange de musique industrielle, dub, rock, hip-hop. Qu'est-ce qui a inspiré sa création ?

 

Duality est autant une réflexion de moi-même que de la musique et des artistes qui m'ont inspiré et m'ont influencé. J'ai réellement voulu créer un exposé musical de ce que je suis. La musique pour moi, relève de la communication de ce que je pense et de ce que je ressens. J'aurais aimé mieux réussir à communiquer verbalement. Il existe un mystère et une charge qui pèsent sur ce que je suis. Je pense que j'ai commencé à le comprendre, et à réaliser que cela faisait partie de moi. C'est quelque chose dans lequel je peux puiser et dont je peux tirer profit. Il était essentiel de ne pas se compromettre ni chercher à correspondre à quelque catégorie ou genre. Duality mêle différents genre musicaux car je n'en écoute pas qu'un seul. J'ai été profondément touché par la musique de nombreux artistes appartenant d'un très large spectre musical. Le monde regorge de musiciens et de musiques incroyables, et j'ai passé le plus clair de ma vie à les explorer. L'inspiration relève aussi du challenge. J'ai été non seulement inspiré, mais également mis au défi par tout ce que j'ai pu entendre, voir ou lire. J'avais besoin de faire quelque chose qui honorerait ceux qui m'ont influencé. D'une certaine manière, c'est aussi un remerciement à ceux qui ont propulsé l'art et la musique vers de nouvelles formes et de nouvelles directions.

 

'Envisioning Abstraction: The Duality Of FluiD' est le titre complet de ton album.Voilà qui est énigmatique. A quoi fais-tu référence ?

 

Je fais référence à l'idée d'une personne double. En tant qu'Afro-Américain (créole pour être plus précis), je suis constitué de deux identités égales. Il est important de reconnaître à la fois de posséder un héritage africain et d'être né aux Etats-Unis. Il n'y a pas à nier l'un en faveur de l'autre, mais c'est un acte d'équilibre difficile, un de ceux avec lesquels de nombreux Afro-Américains se démènent au quotidien. Comment se raccorder à un héritage et à une histoire dont on a été dépouillé ? Mes ancêtres seraient-il arrivés ici si ils n'y avaient pas été échangés et vendus ? Cela pointe aussi le sentiment de se sentir un peu comme un extra-terrestre dans son propre monde. Tout semble pré-défini. Etre noir revient à ceci, être américain revient à cela. Des limites sont imposées, des règles et des bornes sont mise en place, et surtout fonctionnent. Lorsque vous ne correspondez pas aux cases, lorsque vous oeuvrer à faire plus que ce que quelqu'un a pré-déterminé que vous pouvez faire ou être, vous vous trouvez étiqueté, et considéré comme différent, marginal. «Pas vraiment l'un des nôtres». Peu importe ce que « nôtres » recouvre à un instant donné. Il s'agit d'emprunter une voie singulière. Parfois cette voie vous écrase, et parfois c'est vous qui l'écrasez. Il ne s'agit pas de choisir une route différente, mais de choisir la seule route possible pour vous. Certains choisissent une voie, et d'autres se la voient imposée.

 

Tu as étudié la musique classique et le jazz, et appris à jouer d'une large variété d'instruments depuis l'enfance. Comment cette éducation t'a-t-elle mené à un univers musical où l'abstraction est la première chose que tu revendiques ?

 

Apprendre à jouer de nombreux instruments a fait partie de mon éducation musicale, et c'était parfois au delà du nécessaire. J'ai commencé la clarinette dans un groupe scolaire, et progressé vers le piano, le saxophone, la flûte, le hautbois, la batterie et la basse. J'ai étudié la musique classique et le jazz pour gagner en compréhension de ces deux musiques. L'abstraction relève de la réduction des choses à leur essence. Partant du jazz et de la musique classique, je me suis initié à de nouvelles choses, de nouvelles idées et de nouvelles approches, j'ai pris ces éléments et les ai incorporés à mon langage musical. L'abstraction ne relève pas nécessairement du néant. Pour moi, cela revient à étendre sa compréhension de quelque chose, puis la ramener à sa substance.

 

Jen Craft 4

 

Duality donne l'impression d'être empli de poussière et de fumée. Qu'est-ce qui te fait conduire l'auditeur dans de sombres et lugubres milieux ?

 

Le son de Duality cherche à immerger l'auditeur dans mon monde. J'ai toujours préféré le sombre et lugubre au lumineux et joyeux. Du cinéma à la musique, et dans l'art en général, le côté sombre est certainement présent dans ce qui m'attire. Je pense que cela a à voir avec l'autre monde que créent les ténèbres. Nous vivons à la lumière du jour, c'est notre environnement familier et peu intéressant tandis que la pénombre ne l'est pas. C'est à la fois une attirance pour l'inconnu et une curiosité de découvrir ce qu'il cache. La « poussière et la fumée » auxquelles tu fais référence représentent le caractère sonique et oppressant de mon style. Leur effet est celui de la suffocation. Un manque d'air comme le provoque la poussière et la fumée agit comme un poids sur votre corps. Je connais très bien ce poids, la musique aide à le soulager.

 

L'artwork de ton album, crée par Trey Crim, représente le drapeau américain couvrant la carte de l'Afrique. En outre, l'un de tes alias est The Post-human Cyborg. Pourquoi te considères-tu comme un «afrofuturiste» ? Quelle place occupe le futurisme dans ta musique ?

 

Tout d'abord, je veux dire que Trey a fait un travail génial en transposant visuellement mon concept pour Duality. J'ai eu l'idée de l'artwork il y de ça quelques années mais j'avais besoin d'avoir la bonne release qui lui correspondrait. L'idée était de représenter visuellement qui je suis; après tout, je suis un Afro-Américain. Le drapeau américain et le continent africain sont bien sûr deux images iconiques. Associez-les et vous obtenez une puissante déclaration visuelle, qui prête je l'espère à réflexion. Je me considère comme un Afro-futuriste pour plusieurs raisons. L'Afro-futurisme correspond pour moi à de l'espoir vis-à-vis de l'avenir. Un avenir qui apporte plus de lumière, de force et de dignité à tout les gens de couleur. Il est important pour eux de comprendre qu'il ne sont pas des personnes de seconde ou de tierce classe. Tous les jours, on doit contribuer à la construction d'un avenir plus lumineux. Je souhaite et envisage un futur que chacun participerait à construire et façonner. Les gens de couleur doivent comprendre qu'ils ont absolument droit à une place proéminente dans le présent et dans le future. Nous avons besoin de mieux comprendre notre passé. Le futurisme exprime le fait d'être meilleur que ce que l'on est. Il signifie « que puis-je envisager, comment puis-je être meilleur? ». C'est un concept quotidien et abstrait. Cela ne concerne pas vraiment les robots, les jet cars et les téléporteurs, mais plutôt comment vais-je devenir et rendre mon lendemain meilleur qu'aujourd'hui. Il est très facile de laisser notre esprit et le quotidien nous emprisonner. Je suis autant coupable de cela que n'importe qui.

 

Comment ta coopération avec Alrealon Musique, basé à Genève, a-t-elle commencé ?

 

J'ai rencontré Philippe Gerber aka John 3:16 qui a fondé et dirige Alrealon Musique via Myspace il y a quelques années. Au moment où nous nous sommes rencontrés, il faisait partie du groupe Heat From A Deadstar et j'utilisais l'alias Re: dux tion. On a simplement commencé à s'envoyer des messages, comme la plupart des musiciens le font. Il m'a dit que HFAD étaient en train de monter un album de remixes et m'a proposé d'en réaliser un. Finalement Philippe m'a appris qu'il créait un label et m'a proposé de sortir un album dessus. J'ai réalisé ma première production sur Alrealon Musique sous l'alias subduxtion. Nous travaillons ensemble depuis, et notre collaboration a abouti à la réalisation de Duality; je n'aurais pu imaginer de le produire avec quelqu'un d'autre. Même si Philippe et moi ne nous sommes jamais rencontrés, je le considère comme un de mes plus proches amis. Son soutien en tant qu'ami, label et associé ont été inestimables. Je suis chanceux d'avoir rencontré quelqu'un qui croit en moi et en la musique que je crée, de la manière dont il le fait. Je doute que je serais ici musicalement sans ses efforts inlassables et ses encouragements si nécessaires.

 

Quels artistes t'ont donné l'envie de faire de la musique ?

 

Miles Davis, Herbie Hancock, Justin Broadrick, Kevin Martin (The Bug), Trent Reznor, Prince, David Bowie, Skinny Puppy, Massive Attack, Tricky, Phillip Glass, John Zorn, John Coltrane, Ornette Coleman, Sun Ra, Public Enemy, The RZA, The Clash, PIL, Lee Perry, Adrian Sherwood, King Tubby, Slayer, Scorn, Ravi Shankar, Bill Laswell, Spectre tha Ill Saint et DJ Spooky. Ce sont juste quelques uns des artistes qui m'ont profondément affecté, influencé, inspiré et qui m'ont poussé me dépasser.

 

Qu'est-il prévu pour la suite de tes projets musicaux ?

 

En ce moment j'ai un morceau qui paraît sur une compilation tout juste réalisée, nommée 'Classwar Karaoke – Survey 13'. La compilation est téléchargeable gratuitement. Pour plus d'informations, vous pouvez vous rendre ici. Je me produirai en live durant le printemps et le reste de l'année. Un de mes titres apparaîtra sur une compilation à venir d'Oxfam International. Tous les bénéfices des ventes seront reversés à Oxfam International pour aider à reconstruire des communautés à travers le monde. Je suis très honoré qu'ils aient choisi de m'inclure dans ce projet. Une réalisation en collaboration avec John 3:16 est également prévue. Nous espérons la sortir à la fin de l'été ou au début de l'automne via Alrealon Musique. Merci beaucoup !

 

Un grand merci à FluiD pour son temps et sa sincérité.

 

propos recueillis par Manolito

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