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9 juillet 2011 6 09 /07 /juillet /2011 16:10

Le 13 mars 2010, je franchissais pour la première fois les portes de la salle Pleyel à Paris pour un concert qui détonnait sur le programme de ce lieu dédié à la musique classique. Le public était aussi inhabituel, avec quelques abonnés de la salle qui se mêlaient aux nombreux fans de la première heure. Après la sortie d'un album éclectique, Laurent Garnier décidait donc d'investir cette scène atypique pour le DJ-producteur qui a déjà visité tous les clubs du monde à de multiples reprises. Pour cette date spéciale, un dispositif particulier était prévu pour 2h45 de musique et de lumières de haute volée… difficile pourtant de bien comprendre tout ce qui c'était passé en sortant. Après l'avoir vu en DJ set plusieurs fois au Rex Club ou à Marseille, en live à Budapest et à Lyon, le Français a fourni une prestation dont il a le secret. Différente. A l'heure où ce concert sort en DVD, Chroniques électroniques revient sur cette date avec un Laurent Garnier déjà bien réveillé à 10 h du matin, qui nous parle des invités qui n'ont pas pu venir, de l'émotion de cette date et d'un futur album… 

 

Comment est venue l'idée de jouer à Pleyel ?

Ce n'est pas moi qui ai eu l'idée. Je travaille depuis des années avec Eric Morand [avec qui il codirigeait le label F Com] et Christian Paulet [ancien directeur du Rex Club]. Ce dernier a souvent des grands rêves un peu fou, c'est déjà lui avait pensé à l'Olympia en 1998. Il a été contacté par Pleyel qui souhaitait programmer des artistes pour un public plus jeune et Christian a répondu oui tout de suite. Il m'a ensuite dit : "On a l'opportunité de faire une date à Pleyel"… je lui ai répondu que c'était complètement fou et que les abonnés allaient sauter au plafond. Après réflexion, nous avons décidé de faire un concert spécial avec des invités, des vidéos, etc. Quand je revois le concert, je m'aperçois que c'est allé beaucoup plus loin que nous le pensions au départ. Pleyel a été un grand tournant dans ma carrière, mais c'est quelque chose que je ne peux dire qu'un an après. Je ne pensais pas que le résultat serait tel et que cette date aurait autant d'impact sur moi.

 

Comment s'est organisé concrètement le concert ?

Christian et Eric me laissent toujours faire ce que je veux d'un point de vue artistique. Nous avions plein de très belles idées qui n'ont pas pu toujours se concrétiser. Pour les invités, nous avons contacté PJ Harvey. Son management a été super sympa, ils adoraient l'idée, mais elle était en studio à ce moment là, cela a donc été remis à une autre fois. Cela a été un peu plus compliqué, et n'a pas pu se faire non plus, avec Johnny Greenwood le guitariste de Radiohead. Quand on n'a pas eu PJ, je me suis dit qu'il n'y avait pas besoin d'avoir des artistes super connus. Je suis donc resté sur des personnes dont je suis fan et peu importe s'ils n'étaient pas connus des spectateurs. J'avais rapidement pensé à Anthony Joseph dont je suis archi fan et qui a pu venir. Nico [Crazy B] des Birdy Nam Nam, c'était une évidence car on se connait depuis des années et je voulais un scratcheur. Pour renforcer la section de cuivres, ce sont des potes de Philippe ["Red Face"] Naddaud qui sont venus.

 

Il y a également eu un travail particulier sur la vidéo, comment a-t-il été préparé ?

Sur ce sujet, j'ai pris la tête de tout le monde pendant un an et demi et nous avons retourné ciel et terre pour le faire. Il faut savoir que nous avions eu une expérience douloureuse pour la tournée Tales Of A Kleptomaniac, car l'équipe qui devait assurer les visuels nous a plantés au dernier moment. Pour éviter ce genre de problème, nous avons donc fait le choix pour Pleyel de demander à cinq personnes différentes de s'en occuper. La structure sur laquelle était diffusée les vidéos a été un casse tête chinois à monter… nous avons eu quelques journées de sueurs froides lors de la préparation.

 

Garnier-Pleyel.jpg

 

Comment a été bâtie la setlist ?

Je déteste me répéter, donc toute la musique a été repensée. Comme j'aime partager les décisions, nous avons fait plein de réunions avec les musiciens pour choisir la setlist à partir d'un premier choix de 30 morceaux. Puis tout a été réécrit et adapté pour l'occasion. Même les classiques comme Crispy Bacon ou The Man With The Red Face ont été joués dans une version unique. Les titres ont d'ailleurs depuis encore évolué, notamment Acid Eiffel.

 

Comment s'est passée la journée avant, puis le début du concert ?

Ca n'a pas été facile, notamment car un des saxophonistes s'est fait voler son instrument. Il était inconsolable car il y tenait beaucoup. Concernant le concert, j'avais déjà fait des concerts assis, je n'étais donc pas trop inquiet sur le fait que le public allait se lever et danser, il y avait eu tellement de travail en amont. Nous avons commencé avec Downfall, un titre assez lourd, pas facile d'écoute et que je n'avais jamais joué en concert. Cela a permis de faire comprendre que ça n'allait pas être comme d'habitude, les abonnés de Pleyel ont compris que nous n'allions pas jouer de la techno débile.

La setlist était construite pour faire monter l'ambiance au fur et à mesure et conduire les gens à danser. Après les applaudissements du deuxième morceau, j'étais lancé et je n'ai fait qu'en profiter. Sur les images du concert, on voit l'émotion, la connivence, nous étions tous sur un nuage. Nous nous sommes tous un peu étonnés sur scène, il y avait eu tellement de travail et de conditionnement qu'il fallait que l'on abandonne tout. Il y a eu des moments très forts, super émouvants, notamment sur Dealing With A Man où j'ai failli pleurer.

 

Comment se place ce concert dans tes souvenirs, l'Olympia que tu évoquais tout à l'heure était aussi un moment important ?

L'Olympia ne me laisse pas un souvenir aussi fort que Pleyel. C'était loin d'être un de mes meilleurs concerts, c'était plus un signe sur l'évolution de la techno en France, mais musicalement c'était moins fort. L'Elysée Montmartre était bien mieux. Nous avons fait beaucoup de bons concerts dans beaucoup d'endroits, au Canada, au Japon où à Split par exemple. Sur 300 ou 400 concerts en dix ans, il doit y en avoir 100 de très forts.

 

Pourquoi avoir décidé de sortir un DVD du concert de Pleyel ?

C'était tellement unique que j'ai forcé les choses pour que cela se fasse. C'est moi qui le finance. C'est une sortie à perte mais je veux qu'il existe ! C'est une des choses dans ma carrière que je veux pouvoir donner à mon fils. Dieu sait que ça a été compliqué de le sortir, quelques personnes ne nous ont vraiment pas aidés - pas les gens de Pleyel. Je suis très content du DVD étant donné que nous n'étions pas sensés le faire et que nous n'avions donc pas de dispositif vidéo particulier en place. Pleyel, c'est un tournant. Pendant des années j'ai essayé d'incorporer du jazz dans ma musique. J'estime avoir réussi avec ce concert et je peux passer à autre chose sans rougir de ce que j'ai essayé de faire. J'ai été au bout d'un truc.

 

Comment as-tu vécu le fait de reprendre ensuite la route avec la tournée LBS ?

LBS, c'est génial. Nous partons sur l'idée de jouer longtemps, avec 3 h de live sur des sets de 4 h par exemple. C'est un live freestyle avec des versions des titres plus longues chaque soir. C'est aussi un laboratoire de travail qui nous permet d'essayer des morceaux pendant deux ou trois mois avant de les enregistrer. Nous savons ainsi ce qui marche avant d'entrer en studio, à l'inverse de ce que je faisais avant. Il y aura un nouvel album et un nouveau live en mai-juin 2012, qui sera plus techno.

 

Autre actualité, est sorti il y a quelques mois la musique que tu as composée pour le ballet d'Angelin Preljocaj au théâtre du Bolchoï… que trouve-t-on sur ce disque intitulé Survivront Mille Ans De Calme ?

C'est un travail de commande. Preljocaj m'a demandé de faire de la musique pour un ballet inspiré de l'Apocalypse selon Saint Jean. Je lui ai proposé des ambiances, il a fait des remarques et nous avons ainsi travaillé par aller-retours pendant neuf mois. Cela s'est construit au fur et à mesure. Je me suis beaucoup impliqué dans cette musique qui me ressemble. Le disque n'est pas tout à fait la même chose que la musique du spectacle, c'est ce que j'ai voulu faire. Ce n'est pas un disque facile. Il fait en quelque sorte suite à The Cloud Making Machine, c'est très cinématique.

 

propos recueillis par Tahiti Raph

photo concert : Dominique Boisson

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8 juillet 2011 5 08 /07 /juillet /2011 13:56

Sortie : mai 2011
Label : Fieldwerk Recordings
Genre : Rap instrumental
Note : 6

 

Maker a décidément bien des difficultés à sortir un album seul ! Après ses excellents duo avec le MC Qwel, le producteur de Chicago s'associe à un autre Américain de Rhode Island, Joe Beats, pour un split album où chacun propose cinq titres dans un rap instrumental chaleureux. Deux vétérans de la scène rap outre-Atlantique, le premier, 13 années de pratique derrière lui et diverses collaborations ou travaux en solitaire, le second manipulant le sampleur depuis plus de dix ans en solo ou pour l'album Hope de Non Prophets.

 

Maker ouvre le bal avec un Jawbonafide qui donne parfaitement le ton de ce disque. Des instrumentaux groovy et bien conçus qui passent tout seul. Soul, jazz, les influences sont chaudes et downtempo. Les basses rondelettes accompagnent les beats imparables des deux producteurs. Courtes itérations musicales et samples de voix parsèment cet album pour surprendre l'auditeur et éviter la simple collection de titres vite compilés. Chaque morceau regorge de plus ou moins d'échantillons entremêlés qui vont et viennent pour construire un récit porteur. Sur Owner, la tonalité rap prend le dessus avec une batterie qui cogne un peu plus et l'apparition furtive d'un MC dont la phrase unique se répète comme un autre sample. À la manière d'un Big Pauper, l'Américain manie avec habileté ses sources, chants soul enjôleur, flûtes ou violons mélancoliques et toujours cette rythmique entraînante qui soutient le tout. Le travail est réalisé avec justesse, sans jamais en faire trop, sans facilité non plus.

Place ensuite à la série de Joe Beats qui attaque pied au plancher dans un style old school avec Seldom Seen et son tempo vitaminé. La flûte enjouée et la tonalité rap ne tranche pas avec l'ambiance précédente. Les deux hommes jouent dans la même cour, avec des références dans des genres similaires. Là encore, une certaine mesure et un sans de l'à propos à la Prince Paul se fait jour. Park, plus sobre, laisse libre une guitare aérienne avant de partir sur le poétique Blunted Lapdance, complainte soul sur laquelle Janis Joplin aurait sans doute aimé poser sa voix rocailleuse. En cinq titres seulement, Joe Beats arrive à relâcher la pression puis à la faire repartir avec le clavier accrocheur de Spring.

 

Parfait pour se dorer la nouille au bord d'une piscine ou parader dans une décapotable sous un soleil caniculaire, Falcon By Design accompagnera parfaitement ceux qui ont choisi le sud comme destination estivale. Ce disque n'a toutefois rien de superficiel, bien au contraire, les deux producteurs, aussi bon l'un que l'autre, ne laissant jamais le niveau baisser.

 

http://fieldwerk.com/wp-content/uploads/2011/04/falcon_cover_web1.jpg

par Tahiti Raph

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7 juillet 2011 4 07 /07 /juillet /2011 11:54

Sortie : 4 juillet 2011

Label : Ostgut Ton

Genre : Techno, house, électro, drone, ambient

Note : 7,5/10

 

Instigateur d’un renouveau techno depuis quelques années, le label Ostgut Ton n’en finit plus d’imposer sa radicalité. Même si le début 2011 n’est pour l’instant pas vraiment à la hauteur de nos attentes (un album de Steffi trop plat, un mix de Prosumer anecdotique), on attend toujours les sorties du label berlinois avec impatience. Et quoi de mieux pour figer l’été qu’une nouvelle galette anxiogène ? C’est à l’Allemand tobias. que revient la lourde tâche de relever le niveau avec ce Leaning Over Backwards.

 

Tobias Freund se cache derrière tobias., on le connaît aussi pour ses travaux sous les entités NSI (avec Max Louderbauer) et Sieg über die Sonne. Leaning Over Backwards a été entièrement composé à "l’ancienne", c'est-à-dire avec, entre autres, une bonne vieille Roland TR 808. On retrouve aussi Atom à la production. Ces précisions s’avèrent nécessaires pour mieux appréhender l’album car Leaning Over Backwards ne se dévoile pas au premier regard et c’est d’ailleurs mieux ainsi.

Comme toute sortie d’Ostgut Ton, il faut faire preuve d’un minimum d’effort pour pouvoir en saisir toute la teneur. Leaning Over Backwards est d’une radicalité à toute épreuve. Les clubbers du Berghain vont avoir du grain à moudre avec cet édifice refusant le moindre kick, la moindre montée. Il va une fois de plus falloir combattre nos démons, face à face, sans échappatoire possible. C’est ce qui fait la marque de fabrique de la majorité des sorties du label mais ici, on atteint une sorte de point de non retour.

Dès l’ouverture en trompe l’œil, Girts verse dans une techno sourde, véritable gouffre pour le 6.1 de l’usine berlinoise. Mais c’est davantage l’extrême répétitivité des morceaux house qui marque durablement les esprits. Party Town impose sa lancinance en oubliant jamais les gimmicks récurrents (sonorités d’insectes rampants) d’Ostgut Ton pendant We Stick To The Plan se révèle aussi vicieux qu’une backroom teutonne. La répétitivité atteint son apogée via un épique Skippy au groove moite où le mot titre est répété pas moins de 1073 fois en 8 minutes. Qui a parlé de bourrage de crane ? A ce niveau, ça en devient fascinant.

Et alors qu’on pense tenir entre les mains un album techno, on se rend compte qu’il n’y a que 5 morceaux du genre sur les 12 qui scindent l’album. tobias. ne cherche pas la facilité, bien au contraire. On pourra trouver les essais purement électro à l’ancienne un peu vains mais quand le mec opte pour un drone à vous filer de l’eczéma, Observing The Hypocrites, on flippe sérieusement.

 

Leaning Over Backwards remet Ostgut Ton sur le devant de la scène d’une manière radicale. C’est ainsi qu’on voit le label du Berghain : défricheur, sans concession et toujours à la pointe de la techno. tobias. joue avec nos sens, nous malaxe le cerveau avec brio. Difficile d’entrevoir la lumière du jour après une telle proposition.

 

http://ecx.images-amazon.com/images/I/41JRF4qssgL._SL500_AA300_.jpg

par B2B

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5 juillet 2011 2 05 /07 /juillet /2011 22:47

Date de réalisation : juin 2011

 

Quelques jours après la publication de la chronique (ici) du double EP Distosolista/Texturtion du Français Frank Riggio, nous avons le plaisir de vous livrer (en version originale et in english) l'interview de celui qui, souhaitons le, va compter de plus en plus dans le paysage du abstract hip-hop et de l'electronica psychédélique et cinématographique. Bonne lecture.

 

Tout d'abord Frank, pourrais-tu te présenter à ceux qui ne te connaissent pas encore, et comment tu es venu vers les musiques électroniques ?

Et bien je m'appelle Frank Riggio, j'ai 31 ans et j'habite dans le sud de la France, pas loin de Toulouse. Je suis passionné de musique, de sound design, de mixage/mastering et de bidouillages en tous genres. J'aime la musique depuis tout jeune, même si personne n'est musicien dans ma famille. Bien sûr mon père balançait de la musique à la maison ou en voiture mais rien de plus. A vrai dire, c'est difficile à expliquer mais je sens que j'ai toujours eu ça en moi : la musique. J'ai commencé à produire de la musique séquencée par ordinateur vers l'âge de 15 ans. A cette époque là, je traînais plus dans le milieu des raves parties. Par la suite, on a décidé avec un ami de créer le label Sagaloops, très orienté acid hardtek. Ca a plutôt bien marché. On a sorti une bonne quinzaine de maxis. Vers mes 25 ans, j'ai décidé de changer de direction musicale pour enfin produire de la "vraie musique" sous le nom de Frank Riggio.

 

First Frank, could you introduce yourself to the ones who don't know you already, and explain how you came into electronic music ?

Well, My name is Frank Riggio. I'm 31 and I live in the South of France, near Toulouse. I'm passionated with music, sound design, mixing and mastering and any kind of patching. I've been loving music since I'm very young. Even if my father listened to a lot of music at home or driving, it came alone. There's no musicians in my family. I don't know, I could always feel it inside of me, it is weird to explain. I started producing music sequenced by computer when I was 15. At this period, I used to hang out in the rave parties environment. I created with a friend a label called Sagaloops, we have done acid hardtek, and it went pretty well. We've released about fifteen 12''. When I was 25, I've decided to change my musical stride to create "real" music under the name of Frank Riggio.

 

http://headphonecommute.files.wordpress.com/2010/02/frank-riggio.jpg 

 

Tu as sorti deux albums en libre téléchargement, qu'est ce qui explique que tu renonces aujourd'hui à ce type de diffusion pour tenter de vendre ta musique ?

Déjà parce que jusqu'à maintenant ma démarche commerciale et la diffusion de ma musique relevait quand même de l'amateurisme. Je n'avais pas vraiment le temps de m'occuper de tout ça ; le libre téléchargement est donc apparu comme le meilleur moyen de diffuser ma musique. Ensuite avec le temps, je me suis rendu compte que la musique en libre téléchargement était souvent bâclée, avec un côté un peu B-side ou  bon marché. Et aussi parce que je ne me sentais pas assez pris au sérieux à cause de ça. Maintenant avec ce double EP, ce n'est plus gratuit mais je reste raisonnable au niveau des prix. Tu te doutes bien que ma motivation première n'est pas de devenir riche. Je continuerai à donner ma musique pour certains projets, comme pour les outtakes du double EP (5 ou 6 titres) que je distribuerai très bientôt. Pou résumer j'ai vraiment envie d'emmener ma musique à un autre niveau, plus pro. Mais qu'elle soit gratuite ou payante, ma musique sortira toujours de mes tripes. 

 

You released two free downloading albums. Why do you now renounce to this format ans start to sell your music ?

First because until now, my commercial approach of my music was not very professional. I had not the time to deal with the communication part of my work, so free download has seemed to be the best way to spread my music. Then, with time, I realised that unfortunattely, free download was synonyme of bungled music, B-Side, cheapness or amateurism, and so my music was not really taken seriously. Now, my music is not free anymore, but I'm reasonable with the prices. You suspect that my motivations are not to become rich. However I will keep offering my music for some projects, as the outtakes of the double EP (5 or 6 tracks) that I'm going to release very soon. To sum up, I relly want to give an image more professional to what I do. But in all cases, free or paying, my music is released and comes always out of my guts.

 

Peux- tu nous en dire un peu plus à propos de ce double EP ?

Oui, j'en suis très fier. J'ai beaucoup pensé et réfléchi avant de le produire. Ce concept de double EP qui crée un LP en les assemblant, j'en avais l'idée en tête depuis longtemps. Il était temps pour moi de lui faire voir le jour. Si on se plonge bien dedans, on peut se rendre compte que les deux parties sont très cohérentes bien que très différentes. Texturtion est plus orienté hip-hop et est très lumineux, tandis que Distosolista est beaucoup plus dark et plus expérimental. Je voulais quelque chose de très texturé pour les deux parties et retranscrire un mood bien spécifique pour chacune. J'ai beaucoup utilisé les techniques de morphing, de vocoding, de filtering et de trashing aussi bien propres que cradingues. Ca grattouille dans l'oreille interne et c'est ce que je cherchais. J'ai éssayé d'adapter des techniques vintages à un contexte plus moderne. Ce double EP représente un véritable virage artistique à mes yeux. J'avais envie d'éoluer, de désapprendre, de rompre avec une routine de production dans laquelle je commençais peut-être à me sentir trop à l'aise. J'ai quasimment tout changé autour de moi pour cette sortie, les outils, la méthodologie, donc mon approche musicale et mon état d'esprit. Je voulais un résultat très personnel et donc très créatif.

 

Could you tell us more about this double EP ?

Yes, I'm very proud of it. I thought it over a lot before producing it. I had the concept of a double EP creating an LP when put together in mind for a long time. It was time for me to give it birth. If you dive properly in it, you can realize that the two EP's are as coherent and different. Texturtion is more hip-hop and luminous whereas Distosolista is more experimental and dark. But I wanted something very textured for both, with a specific mood for each. I used a lot morphing, vocoding, filetring and trashing techniques in order to obtain thoses neat but dirty textures I wanted it. It scraches the inner ear, and that's what I wanted. I tried to adapt vintage techniques to a more modern context. These Ep's represent an artsisting turning to me. I wanted to evolve, to unlearn, to free myself for a production routine, where I start maybe to feel too confortbale. I have almost changed everything around me for this release, my tools, my methodology, so my musical approach and my state of mind. I wanted a very personal and very creative result.

 

http://www.omeletterecords.com/files/imagecache/FullPage/artist_images/frank_rggio_artist_image1.jpg

 

Mon petit doigt m'a dit que tu préparais une trilogie d'albums...

Ah oui ! Ce projet me tient tellement à coeur. Si on compte les croquis, les esquisses et autres idées notées sur le papier... voilà bientôt trois ans que je travaille dessus. Je peux déjà annoncer que cette trilogie va être très spéciale, que ça va représenter une sorte d'évolution de l'esprit humain dans l'espace et le temps. Tout ça en trois étapes. Je peux aussi annoncer que le très doué et talentueux Shift. (Timothée Mathelin) a réalisé l'artwork de la première partie. Ce qu'il a fait est grandiose. Les trois LP ne sortiront pas en même temps. Mais à l'heure où l'on parle, j'ai preque terminé le premier. Les arrangement sont quasiment achevés, il ne me reste plus qu'à m'atteler au mastering. Les deux autres sont à peine commencés, y a encore beaucoup d'idées à mettre en place mais je suis plus que content de travailler dessus. Je veux sortir ça avec un an d'intervalle entre chaque, comme une sorte de Movie Saga. Aucune date n'est annoncée pour la sortie du premier volet. J'aimerais bien que ça se fasse avant la fin de l'année mais ça va être chaud. J'ai tellement hâte...

 

My little finger told me you were preparing an album trilogy...

Of Course. This project is so close to my heart. Counting the first sketches and other ideas put on paper, I am working on for more than three years. I can announce that is going to be a rather special trilogy, that it will represent a kind of evolution of the human mind in space and time. In Three steps. I can also announce that the very skilled Shift. (aka Thimothée Mathelin) realized the atrwork of the first LP. What he did is magnificent. The three LP's won't be released at the same time. As we talk, I have almost finished the first one, the arrangements are almost done, and I'm going to tackle the mastering soon. The two others LP's are just sketched. There are a lot of ideas to implement but I am more tah happy to work on it. I want to release them with at least an interval of a year between each album. Like a Movie Saga ! There is no release date for the first album, before the year end I hope, but it's going to be hard. I'mreally looking forward.

 

Quelles relations entretiens-tu avec les labels majeurs du genre ?

Mis à part que j'en ai marre d'être sans cesse harcelé par des labels comme Warp ou Ninja Tune pour me signer ? Plus sérieusement, je ne m'intéresse à tout ce qui se fait, peu importe la taille du label. De Ninja Tune en passant par Ad Noiseam, Anticon, Brainfeeder ou Tymapnik Audio. Je vais souvent aux updates, même si je suis déçu des directions prises par certains labels, je continue de m'y intéresser, comme s'il y avait un lien incassable. J'avoue que j'aimerais que ma musique soit diffusée et distribuée par un label solide avec un "fan base" déjà conséquent. C'est un truc qui me soulagerait pas mal, surtout au niveau de la promotion et de la communication. C'est à ça que j'aspire et c'est dans ce sens que je travaille actuellement.

 

What kind of relationship do you have with the major labels in the field ?

Excepet than I'm fed up with being harassed by labels like Warp or Ninja Tune ? More seriously, I'm interested taht is done, regardless the size of labels, from Ninaj Tuen to Ad Noiseam, Anticon, Brainfeeder or Tympanik Audio. I often go to the updates, even if I am very often disappointed by the new directions taken by some labels. I Keep my interest, like an unbreakable link. I admit that I would like my music being spread by a reliable label, with a significant audience, it would be a relief, mostly concerning communication and promotion. I am working on it now.

 

http://www.humanworkshop.com/e_zine/frank.jpg

 

Quelle place donnes-tu au sampling dans ta musique et quel matériel utilises-tu ?

Le sampling était à la base de mes travaux précédents, jusqu'à Symmetric Human Door pour être plus précis. J'ai décidé de changer de technique depuis le double EP, je ne sample plus rien. Enfin... je ne sample plus les musiques d'autres artistes, ou si peu... J'utilise principalement des musiciens ou mes propres talents. Les sources sont beaucoup plus flexibles à traiter, plus personelles et donc plus simples à arranger. J'utilise beaucoup les méthodes de sound design maintenant. J'ai beaucoup appris grace au sampling, je me suis forgé une oreille musicale qui me permet d'être efficace. Je ne perds plus de temps à chercher des combinaisons, à trouver ce qui est assemblable ou pas. En ce qui concerne le matériel, j'utilise toujours un laptop puissant avec Cubase 5 principalement. Pas mal de plug-in et pas mal de hardware aussi, pour le mastering surtout : Compressor Eq, etc. Quelques synthés hardware aussi, du bon monitoring, un clavier controller MIDI, une bonne paire de micros, un enregistreur numérique de qualité et une carte son pro. Je ne posséde pas des centaines d'outils, mais tout ce que j'ai, je le connais par coeur et me sens bien avec. C'est le plus important. 

 

What place do you give to sampling in your music, and whant kind of material do you use ?

Samplin was the base of my previous works, until Symmetric Human Door to be more precise. I decided to change my technics with the double EP and also the albums trilogy to come. I don't sample anymore, well I don't sample other artists music anymore, or very rarely. I use musicians mostly, or myself, the sources are much more flexible to use, more personal and necessarily simpler to arrange. Also I use a lot of sound design techniques now. Regarding the material, I always use a powerful laptop with Cubase 5 mostly, some plug-ins but also some harware, above all for the mastering : compressor, EQ etc... SOme hardware synthesizer also, good monitoring, a keyboard/controller midi, a couple of good mikes, a proper digital recorder and a pro audio card. I don't have several hundred of tools but all I have I know it by heart and I feel good with it, it is important for me.

 

http://userserve-ak.last.fm/serve/500/8213471/Frank+Riggio+riggio2.png

 

Que réponds-tu aux mauvaises langues qui disent que ta musique est pompée sur celle d'Amon Tobin ?

Qu'ils ont bien le droit de penser ce qu'ils veulent, que je n'ai jamais caché l'influence de sa musique sur la mienne, que je respecte profondément l'artiste et tout ce qu'il a apporté au travers de ces 15 dernières années. D'écouter plus précisément ma discographie également, surtout ce dernier double EP. Nous avons tous nos influences, pourquoi les renier ? J'en suis même plutôt fier, certaines personnes n'ont pas compris mon approche pour mes premiers travaux, tout ça a été fait avec un respect des plus total, comme une sorte d'apprentissage. Il ne faut pas oublier que je suis autodidacte dans tout ce que je fais, ça passe beaucoup par l'écoute, donc l'influence. Un grand monsieur ce Amon Tobin, au même titre que d'autres musiciens que j'affectionne beaucoup. Maintenant, j'ai toutes les cartes en main pour voler de mes propres ailes, et c'est ce que je compte bien faire.

 

What do you answer to the scandalmonger who say that your music is pumped on Amon Tobin's one ?

That they have the right to think that they want, that I've never hidden the influence of his music on mine, that I deeply respect the artist and all that he brang for those last 15 years. To listen more carefully to my discography also, especially the double EP. We all have influences. Why repudiating them ? I am even pretty proud. Some people do not understand my approach for my first works. Everything I've done was done in a complet respect, like a kind of learning. Remember that I am a self-taught person, it comes very much with the listening and so the influence. Amon Tobin is a great man, as other musicians that I love. Now I have all I need to fly on my own, and that's what I'm coming to do.

 

Pourquoi ne fais-tu pas de live ?

Pour plusieurs raisons, pour ma fille avant tout. Je veux être présent pour elle quand elle a besoin de moi, et non pas toujours sur les routes. Je ne veux pas faire les choses à moitié. Faire un live par ci par là, ça ne me branche pas. Ensuite, je n'ai pas envie de me foutre de la gueule d'un public en appuyant tout simplement sur la touche play et encaisser de l'argent. Mais je ne fais pas une croix dessus, c'est juste une question de temps et de moyens. Le moment viendra où j'aurai l'occasion et l'envie de partager ça, avec un vrai concept.

 

Why don't you play live ?

Several reasons. For my daughter firstly, I want to be here for her when she needs me and not beeing constantly on the road. I never leave things half finished. I'm not interested in doing a live here, another one there. Then I ndon't want to fool a public by just press play and earn money. I don't write it off, it's just a matter of time and means. There will surely be a time where I would desire it and have the occasion to share it with a real concept.

 

http://userserve-ak.last.fm/serve/500/61448521/Frank+Riggio+riggio_trashed.jpg

 

Quel regard portes-tu sur les musiques électroniques à l'heure actuelle ?

Qu'il y a beaucoup de musique qui rentre dans mon oreille pour en resortir aussitôt. Les trucs trop convenus me gonflent. Mais il y a aussi de bien belles chsoes autour ne nous, il suffit juste de faire l'effort de chercher un peu car le mainstream a tendance à rendre aveugles et sourds beaucoup de gens. Comme une sorte de diktat musical. J'ai du mal avec les musiques électroniques qui veulent unqiuement résonner dans l'air du temps. Elles ne contiennent pas beaucoup de coeur et encore moins d'âme. D'un point de vue général, le dubstep au sens large ne m'émeut pas des masses, même si certains artistes arrivent encore à faire évoluer le truc. Je trouve que c'est devenu quand même assez générique, comme je disais, dans l'air du temps.

 

How do you see electronic musics in the present time ?

There are a lot of musics that come into my ear to immediately get out of it. Too conventional things tire me. But there are also beautiful things around us. We just have to do the effort of seeking a bit beecause mainstream tends to make a lot of people blind or even deaf, as if their musical taste were dicated. I am against electronic musics made to please people. I support musics made with the heart and above all with passion. Globally, dubstep does not move me unduly, except some artists who continue to make this kind of music evolve. It almost become generic, as if dubstep music makes you "cool".

 

http://www.playlistsociety.fr/wp-content/uploads/2011/06/Frank-Riggio-Texturtion-Distosolista-300x300.jpg

 

Peux-tu nous citer des albums qui t'ont particulièrement marqués ou déçus récemment ?

Oui, il y a deus semaines j'ai découvert dans un mix de Tobin un artiste impressionnant qui s'appelle Colin Stetson. Il est saxophoniste et ce qu'il fait est juste dingue. Le disque s'appelle New History Warfare Vol.2 Judges. J'adore toujours autant Syl Kougaï. Le travail d'ingé son et d'expérimentation de Diego Stocco me plaît beaucoup aussi. Il arrive à surprendre de par ses inventions. Le dernier EP, Orbitus, d'Access To Arasaka m'a bien séduit également. Isam d'Amon Tobin m'a autant plus que déçu. Le côté texture/sculpture de cet album est effectivement très charmant et foutrement bien élaboré mais malheureusement, mis à part sur quelques titres, il a laissé son savoir musical émotif un peu sur la touche avec cet opus, c'est dommage. Le live m'a l'air assez exceptionnel, ça devrait bien se compléter du coup. Le dernier truc de DJ Shadow ne m'a pas plu du tout, je me demande où il va, enfin... sa musique ne me parle plus vraiment. Les sorties des gros labels me déçoivent souvent, encore une fois de par leur caractère trop convenu.

 

Could you quote albums that particularly marked you or disappointed you lately ?

Two weeks ago, I discovered an impressive artist in a Tobin mix. His name is Colin Stetson. He is a saxophonist and he does crazy stuff. His record is called New History Warfare Vol.2 Judges. I still love Syl Kougaï. The sound engeneer and experimentation work of Diego Stocco pleased me a lot as well. The last Access To Arasaka, Orbitus EP, also seduced me. Amon Tobin's Isam pleased me as it disappointed me. The texture/sound sculpture aspect i really charming and very well elaborated, but unfortunately, except a few tracks, he discarded his emotional ability in this album, which is too bad. The live seem pretty amazing however, so it complement one another. The last Dj Shadow EP didn't please me at all. I wonder where is he going, his music does not move me anymore. Globally, the big labels releases usually disappoint me, because again it's very conventional.

 

propos recueillis par Ed Loxapac

Translation by Manolito and Fanny Ardente

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4 juillet 2011 1 04 /07 /juillet /2011 10:28

Sortie : 20 juin 2011

Label : BLKRTZ

Genre : Dub, dub-ambient, dub-techno

Note : 8/10

 

Fort d’une carrière commencée il y a plus de 10 ans sur ses terres canadiennes, Scott Monteith, aka Deadbeat, est toujours resté fidèle au dub. Un dub s’inscrivant principalement dans la lignée des productions électroniques de Basic Channel (ce n’est pas un hasard si Scott erre désormais dans la cité berlinoise), un dub lancinant aux basses fréquences faisant vrombir nos organes. L’an dernier, Deadbeat avait sorti une excellente compilation de dub-techno, Radio Rothko (chronique ici), mais on attendait surtout la suite de son dernier opus, Roots & Wire. Même si Deadbeat est un régulier d’Echocord ou du regretté label ~scape, il a préféré mettre la main à la pâte en en profitant pour créer son propre label, BLKRTZ. Drawn & Quartered est ainsi la première sortie de cette nouvelle entité.

 

Coutumiers d’un dub immersif, aux textures sonores finement travaillées, vous allez trouver ici matière à l’extase. Ce Drawn & Quartered est un petit bijou du genre, un album d’une profondeur infinie, vous plaçant dans un état semi-comatique enivrant. Deadbeat maîtrise ses gammes à la perfection, il sait comment tenir un morceau et un album sur la longueur, comment maintenir l’attention avec un rien afin d’enfoncer davantage l’auditeur dans son trip.

Drawn & Quartered se compose de 5 plages de 10 minutes. Tout débute par un First Quarter vaporeux, un dub électronique respirant l’Orange Bud. Passé ce conditionnement nécessaire, Second Quarter se mue en dub-techno narcotique avant que le dub-ambient de Third Quarter ne vienne vous arracher une larme par l’entremise minimaliste de deux notes et de sonorités aquatiques. Deadbeat reste avant tout un chirurgien comme le démontre l’électro-dub aux echos métalliques de Fourth Quarter avant de nous achever avec Plateau Quarter, un dub à la structure plus classique et possédé par une intro abyssale. C’est dans cette ultime proposition que l’on perçoit l’apparition d’un semblant de mélodie, l’unique fois que Deadbeat nous fait sortir la tête de l’eau. En effet, sans s’en être rendu compte, les 40 premières minutes ne furent qu'une succession de paysages arides. Et pourtant, jamais l’album ne se révèle plombant et monotone, on y puise continuellement matière à l’apaisement, cela étant dû à une intelligente utilisation du field recording permettant d’aider et d’accompagner l’auditeur dans son errance.

 

Drawn & Quartered est une réussite totale, un album se révélant sur la longueur, puisant sa force dans sa lancinance. Deadbeat n'en finit plus d'imposer son immense talent dans la nébuleuse électronique.

 

http://images.music-story.com/img/album_D_400/deadbeat-drawn-and-quartered.jpg

par B2B

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3 juillet 2011 7 03 /07 /juillet /2011 17:20

Sortie : mai 2011

Label : Funkwelten

Genre : Ambient, Frozen Indus, Dark Electronics

Note : 8/10

 

Flint Glass est Français et se nomme en réalité Gwenn Tremorin. Il est le fondateur de Brume Records, a collaboré avec Tympanik et est la moitié du duo tribal noise indus Tzolk'in en compagnie du Belge Empusae. Je dois avouer ne pas connaître le sieur  Polarlicht 4.1 / Transistor, habitué des labels Funkwelten et Zone 30, et plus simplement appelé Ronny Jaschinski. Les deux compères ne sont pas des novices en matière de dark electronics, leur collaboration devrait être des plus sérieuses. 

 

En l'an de grâce 1968, ce cher René Barjavel publiait La Nuit des Temps. Si je cite l'illustre romancier français, pape visionnaire de la SF, de l'anticipation et même des théories cyberpunk, c'est parce que Zoran's Equation est ouvertement et librement inspiré dudit roman. Ceux qui souhaitent en savoir plus n'ont qu'à le lire, les moins littéraires se dirigeront logiquement vers les fiches de lecture des sites spécialisés. Les autres laisseront leur inconscient les guider sur les sentiers de la cryogénisation, des textures taillées au scalpel et des trames ambient issues d'un cloaque nauséabond. Si la rythmique et l'aspect plus percussif de la musique sont certes présents, c'est la retranscription des atmosphères qui est ici privilégiée. Certains regretteront peut-être que le romantisme (et le sentiment amoureux) ne résonnent pas comme une évidence, si ce n'est sur le superbe Sleeping Beauty de fermeture et ses hurlements de drones blessés. Le duo se concentre plus sur les obsessions de l'esprit hibernant, les intrigues scientifiques et les continents et civilisations englouties (Gondwana Land). Sans pour autant refaire l'histoire, on a quand même le sentiment qu'il règne ici quelque chose de moisi, de puant, comme si les corps transis des deux amoureux que sont Eléa et Palikan, avaient finalement choisi de céder à la putréfaction plutôt que de voir leur amour anéanti par la simple volonté de Simon, plus particulièrement sur Lost Souls et Frozen Bodies. Flint Glass confirme ici ses talents de composition d'ambiances sombres et terrifiantes, bien aidé par les fractures rythmiques et le parasitage glitché de Transistor

 

Comme à l'accoutumée, précisons que l'oeuvre est à envisager dans son ensemble et que le shuffle est le sheitan. Même si des titres comme Aurore Australe, Lost Souls, Immortals ou The Ice People se dégagent nettement de par leur grande qualité et de par leurs effets plus immédiats, ils ne desservent jamais cette oeuvre globale, ambitieuse et pharaonique, à l'image de l'écrivain qui l'a ici inspiré. Espérons que ce très bel album ne tombent pas dans les puits sans fonds de la nuit des temps et qu'il hantera les insomnies de férus de dark electronics exigeants. Plus que vivement recommandé donc.

 

http://multimedia.fnac.com/multimedia/FR/images_produits/FR/Fnac.com/ZoomPE/7/8/6/4025858036687.jpg

par Ed Loxapac

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30 juin 2011 4 30 /06 /juin /2011 21:39

Sortie : juin 2011

Label : Bellring

Genre : Abstract hip-hop

Note : 7

 

Toi qui apprécies les vieux Ninja Tune, les titres insrumentaux de Wax Tailor et même Chinese Man, tu pourrais bien aimer Hugo Kant. Quentin Le Roux, qui se cache derrière cet alias, vient, comme le dernier groupe cité, de Marseille et connaît d'ailleurs le trio sinophile puisque Zé Matéo vient poser quelques scratchs sur ce disque. Après avoir joué plein d'instruments depuis son plus jeune âge et participé à de nombreux groupes, explique sa bio en anglais, le Français laisse enfin en 2009 s'exprimer sa passion pour les machines dans un projet solo. Hugo Kant est né, et après un maxi en mai 2011, il passe directement au long format un mois plus tard.

 

Orchestrations bien branlées, rythmiques qui font remuer la nuque, quelques scratchs, il n'en faut pas plus pour penser à Mr. Scruff ou autres Herbaliser. Le sens du groove, les samples de voix sont là aussi pour confirmer l'impression. Le producteur fait dans l'accrocheur et ça marche. Les mélodies sont tout de suite plaisantes et il arrive à varier les ambiances pour éviter l'ennui. Il est ainsi appréciable de se laisser porter par le jazz enflammé à la Saint Germain période Rose Rouge de Thou Shalt Not Kill ou hypnotiser par le langoureux skank de Ranjia sur lesquels les interventions aux platines de Zé Matéo sont les bienvenues.

Le Français n'évite pas quelques facilités, comme la mélodie de The Old Tune, celle déjà trop recyclée de The Chord Craker, ou l'utilisation du discours de Charlie Chaplin dans Le Dictateur sur le morceau éponyme qui bénéficie pourtant d'un bel accompagnement... des maladresses, dirons-nous, qui ne doivent pas faire oublier les très bons 5 For You And 5 For Me - avec le sample du Bon, La Brute et le Truand qui va bien - ou le tout aussi cinématographique Leonids. Ces deux passages démontrent, comme peut le faire Chapelier Fou, l'utilité d'être musicien pour maîtriser différents instruments et savoir enrichir de couches complémentaires ses compositions.

Le rythme global de l'album est bien géré avec des passages plus calmes, l'introspectif June, et d'autres plus festifs, notamment Delirium qui évolue vers une curieuse drum'n bass où se croisent une cantatrice et un riddim syncopé énergique. Le tout s'achève avec le réussi So Why ? et sa guitare envoûtante à laquelle répondent des flûtes quasiment omniprésentes.

 

Hugo Kant peut déjà compter parmi les dignes représentants de l'école abstract hip-hop française avec ce disque bien mené de bout en bout. Il est rare de voir autant de maturité dès le premier album, pour sûr qu'il a dû y passer du temps !

 

http://i1.sndcdn.com/artworks-000008292371-modsnu-crop.jpg?2b64c8d

par Tahiti Raph

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30 juin 2011 4 30 /06 /juin /2011 10:34

Date : 29 juin 2011

Lieu : Cabaret Sauvage (Paris)

 

La canicule est arrivée sans coup férir hier soir dans la salle du Cabaret Sauvage. Lorsque les effluves lubriques de Nicolas Jaar se sont stoppées à 00h30, le public en transe avait du mal à contenir son excitation. Pour mieux comprendre cet état, il faut faire un bond en arrière de quelques heures.

 

Le Rex Club prend ses quartiers dans le jardin de la Villette le temps d'un festival, le ME.002, à la programmation exemplaire. On retrouve le public habituel des nuits du Rex. A 21h, on a encore l'impression que c'est l'heure du petit déj' pour tous ces clubbers. Mais Acid Pauli va faire monter la pression avec intelligence. Son DJ set progressif est finement mené en prenant comme principe de superposer une chanson (uniquement la voix) sur un beat house langoureux. Toujours sur le fil du rasoir, à la limite du mauvais goût par moment, follement branché, ce DJ set dynamite la foule et prépare ainsi le terrain à John Roberts.

L'Américain prend possession de la scène à 22h afin de présenter son live tant attendu. L'auteur du chef d'oeuvre deep-house Glass Eights (chronique ici) ne va pas décevoir. John Roberts réinvente ses morceaux en live en superposant ses créations. L'enchevêtrement des formes permet de maintenir l'attention pendant que ce malin de John utilise avec parcimonie des gimmicks de club volontiers plus frontaux. Pendant 1h, la quasi intégralité de l'album est passé en revue sans avoir l'impression d'une quelconque redondance. C'est d'une rare finesse et il est objectivement impossible de remettre en cause un tel talent.

Mais c'est surtout Nicolas Jaar qui est attendu ce soir par un public de plus en plus impliqué. Mais comment le très éthérée Space Is Only Noise (chronique ici) va-t-il passer en live ? La crainte de voir l'ambiance retomber est grande. Nicolas s'installe aux machines avec le reste de son groupe (batterie, claviers, saxo, guitare). Dès l'ouverture, le ton est donné. Nicolas Jaar part dans un downtempo moite sidérant de tension contenue. Lorsque le beat est lâché, la foule explose. Le tour de force de Nicolas Jaar est de provoquer l'euphorie avec un beat n'excédant jamais les 100 BPM. C'est impressionnant de maîtrise. Les corps se mettent à chalouper, les gouttes de transpiration ruissellent sur la piste. Plus le concert avance et plus la lubricité s'impose. Rarement un concert d'électro n'aura été autant imbibé de sexe. Nicolas commence alors à jouer avec nos jambes en multipliant les accélérations et les chutes de rythmes avec une aisance folle. Il suffira d'un rappel pour achever la foule, d'un morceau électronica, à la limite de la musique concrète, au finish malaxant une rythmique d'n'b avant un Space Is Only Noise If You Can See phénoménal et s'arrêtant net, laissant ainsi les gens transi.

 

C'est rare une telle qualité sonore dans une soirée, une telle progression dans la luxure. Rien ne fut à jeter dans ce line-up qui a su imposer sa puissance dans sa retenue. Brillant !

 

http://www.parislanuit.fr/images/pack/events/main_380.jpg

par B2B

 

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28 juin 2011 2 28 /06 /juin /2011 09:00

Sortie : Avril 2011

Label : Autoproduit

Genre : Hip-hop hardcore

Note : 7/10

 

Death Grips vous prend à la gorge, vous l’arrache, avant de vous injecter de l’acide dans ce trou béant. L’apocalypse est désormais là, le hip-hop abrasif de Death Grips en sera la bande-son. Planquez-vous, il s’agit d’une bombe à fragmentation. Il ne vous reste plus que cette crack-house pour vous recueillir, à l’abri d’un matelas moisi et imbibé de pisse.

 

Death Grips a de quoi faire passer Necro pour une pucelle. Ce hip-hop se défend à coups de tronçonneuse par l’intermédiaire de beats tranchants. Ex Military est une mixtape (téléchargeable gratuitement ici) d’une violence inouï, à l’esthétique crade. L’enrobage lo-fi cache des déflagrations rock primaires, des embardées dubstep vrillantes, des rythmiques syncopées à l’extrême, des samples psychés piqués à Bowie et Link Wray. Parfois, tout s’imbrique dans une partouze droguée et le rouleau-compresseur prend des allures de marche militaire amphétaminée. Votre cerveau n’arrive plus à suivre, puis soudainement tout s’arrête et s’en suit un nouveau cauchemar. Le MC n’en finit plus du vous gueuler dessus, postillonnant comme il se doit. Guillotine apparaît telle la sentence suprême, sa basse lourde ne peut retenir la lame tranchante, son final vous malaxant nerveusement les neurones. Spread Eagle Cross The Block pue le trip sous LSD avarié mélangé à du mauvais bourbon. Ex Military est une destruction sans règle, un appel à tout démolir, une provocation fascinante.

Et si Death Grips était une imposture ?

Odd Future est déjà passé par là, traçant une nouvelle voix en imposant un brillant renouveau hip-hop. Death Grips utilise les mêmes codes et principes ; clips hardcore, mixtape gratuite, fascination pour l’absurde, sur-utilisation de l’humour noir. Tiens, c’est d’ailleurs étrange de remarquer que les deux groupes viennent de la même cité, Los Angeles, la mégalopole californienne qui s’est imposée depuis 2 ans comme la nouvelle mecque de la subversion. Death Grips en connaît les principes musicaux actuels et utilise à bon escient l’esthétique electronica-psyché lo-fi si symptomatique de la Cité des Anges. Il suffit d’ajouter la part de mystère nécessaire (mais qui est ce MC flippant ?) pour entretenir le buzz et de s’attacher les rênes d’un spécialiste de la scène indie (Zach Hill) et le tour est joué, le tour de passe-passe peut commencer.

 

Death Grips est un paradoxe fascinant. On ne peut s’empêcher d’y déceler une pointe de provocation formatée mais pourtant, Ex Military réussit à tout retourner sur son passage, à provoquer une intense émulation. Autant de puissance dans un album relève tout de même d’une volonté de redéfinir la base. Death Grips a décidé de foncer dans le mur, peu importe les dégâts.

 

http://thirdworlds.net/img/exmilitary640.jpg

 

par B2B

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27 juin 2011 1 27 /06 /juin /2011 18:40

Sortie : mai 2011

Label : autoproduit

Genre : Abstract hip-hop

Note : 7

 

Inspiré par DJ Shadow, Massive Attack et Portishead, il y a pire. Ce n'est toutefois pas facile de porter l'héritage de ces mastodontes. Le Couturier avait bien débuté en plaçant l'an passé une relecture de Stem sur The DJ Shadow Remix Project (chroniqué ici). Restait à confirmer ce coup d'éclat avec sa propre musique. Le Toulousain a donc façonné un premier maxi assez convainquant.

 

Dense, profond, puissant. Sans copier le DJ californien, le Français reprend ses grands principes à son compte pour concocter ses morceaux long format - cinq titres pour 31 minutes - à la production léchée qui ne baisse jamais en intensité. Son mélange de samples, de synthés, de guitare et de basse forme un tout au groove confortable. De l'explosif The Mass d'ouverture au Catch Yourself de clôture, la tension ne se relâche pas. Il y a bien la première partie de I Still Need A Name qui débute plus calmement, mais c'est pour s'effacer face à une montée énergique bien soutenue par une batterie nerveuse. Seul Snooper et son riff un peu reggae est plus tranquille. Cet extrait, plus court que les autres, offre une respiration bienvenue en milieu de programme. 

La douce guitare au début de Melancholia annonce un passage qui prend son temps pour éclore, la patiente intro laissant place à quelques éclairs sonores qui lancent vraiment le titre. Ces constructions minutieuses, dont chaque partie pourrait presque être un morceau à part entière, forment un ensemble riche dans lequel l'auditeur s'aventure avec curiosité. Les voix, rares, viennent ajouter au goût de mystère. Le chant masculin de I Still Need A Name ou la femme parlant sur Catch Yourself ne sont que de courtes interventions humaines dans un univers de machines. Le producteur nous perd dans son dédale de pièces sonores qui se succèdent logiquement et qui donnent à chaque fois envie d'explorer la suivante.

 

Avec un autre maxi programmé pour septembre prochain et un album début 2012, Le Couturier prévoit déjà de continuer à nous abreuver régulièrement de ses bonnes mixtures, et c'est tant mieux.

 

http://f.bandcamp.com/z/12/60/1260491527-1.jpg

par Tahiti Raph

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