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3 août 2011 3 03 /08 /août /2011 16:00

Sortie : juin 2011

Label : M_nus Records

Genre : Techno minimal(ist)e

Note : 6,5/10

 

M_nus, le mythique label de Richie Hawtin, traverse depuis quelques années une période difficile, non sur un plan commercial, mais artistique. Après la déception Marc Houle (The Drift, chroniqué ici), Magda la décevante arlésienne (From The Fallen Pageici), et le LP foireux de Marco Carola (Play it loud !, ici), cette année 2011 ne part pas mieux que les précédentes. Barem (aka Maurico Barembuem), outsider argentin de l’écurie avec seulement quelques EP à son actif, sort à son tour son premier long format, After the Storm. De quoi se rassurer un peu sur l’avenir de la minimale estampillée M_nus, reconnaissable entre mille ?

Faire partie de la team Hawtin requiert de suivre un cahier des charges assez rigoureux et contraignant ; car Hawtin est M_nus et réciproquement, d’où un effet de mimétisme souvent dommageable sur ses subalternes, sûrement trop heureux de pouvoir côtoyer le maître et les moyens technologiques démentiels de prod’ mis à leur disposition. D’où un double écueil à éviter : d’un côté le mimétisme stylistique et sonore trop poussé, de l’autre le bidouillage électronique pointu mais d’une austérité à effrayer un moine… et la crête entre ces deux fossés est très fine.

 

"There is nothing better than a blue sky after the storm" : telle est la phrase obtenue en mettant bout à bout le nom des morceaux du LP. Et le début de la phrase, "there is nothing", soit les trois premiers morceaux, inquiète immédiatement comme une mauvaise prédiction. Il ne fait aucun doute que l’on se trouve en présence d’une sortie M_nus : lignes de basse minimales (deux à trois notes), boucles de percus extraterrestres en cascade, production hyper-spatialisée, filtres et effets très typés… mais par contre la sauce peine à prendre, sur ces morceaux ni vraiment mentaux, ni vraiment dansant, qui se contentent d’osciller maladroitement entre ces deux registres. Même la texture sonore, entre une ambiance vintage du Detroit des 90’s et une minimale berlinoise un peu crispante et répertoriée, ne parvient pas à convaincre. 

Le paradoxe est le suivant : lorsque Barem assume pleinement le son de sa famille et envoie sans complexe du M_nus dans le texte (Better, A, Blue), les compos fonctionnent parfaitement et raviront les amateurs du genre ; mais lorsque Barem fait du Barem (Than, Clear, Sky), l’atmosphère redescend immédiatement d’un cran. Les quelques idées qui structurent ses compos sont toutes dévoilées avant 1’30 de son effectif, ce qui laisse en général six longues minutes de développement travaillé mais souvent stérile, qui finit généralement par lasser. Le dernier morceau, After The Storm, présente une facette de Barem un peu plus aventureuse : d’abord presque langoureux, avec une rythmic/bass quasi deep-house, et quelques notes de saxo samplé, qui rappellent un peu la mélodie du célèbre générique de James Bond, confèrent une touche mélancolique paradoxale à ce premier long, trop long format.

 

Quatrième LP en demie teinte pour M_nus en 2011, cet After the Storm, décevant en soi, renforce les craintes que l’on ressent pour l’avenir du label, sa capacité à se renouveler, ou seulement à suivre les évolutions modernes de la sphère musicale électronique. Un nouvel LP de Hawtin (ou Plastikman) semble le seul horizon d’espoir. Richie, revient, on n’a plus les mêmes à la maison !

N.B : A l’heure où nous finalisions cette chronique, nous apprenons que Marc Houle, Magda et Troy Pierce quittent le navire M_nus, pour développer leur propre label Item & Things, fondé en 2006. Un signal d’alarme supplémentaire pour ce berceau de la minimale.

 

http://i1.sndcdn.com/artworks-000007377116-9z4r9z-crop.jpg?2671d3d

par Pingouin Anonyme 

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3 août 2011 3 03 /08 /août /2011 09:24

Sortie : juin 2011

Label : ant-zen

Genre : Rythmic Noise, Tribal, Industrial

Note : 7,5/10

 

Comment ne pas se pencher sur This Morn' Omina, projet collectif qui affole en ce moment même les charts alternatifs allemands et d'Europe de l'est. Mika Goedrijk (l'auteur l'année dernière du très bon mais un peu old-school Looking Glass-World) avait pris les commandes du projet seul. On se souvient plus particulièrement de la trilogie Hegira. Puis, Nicolas Van Meirhaeghe (Empusae, Tzolk'in, Sal-Ocin, etc.) l'a rejoint à peu près à l'époque du ralliement à ant-zen. Si l'arrivée de Nicolas a permis à Goedrijk de se démarquer un peu d'influences telles que Klinik ou Muslimgauze, et de lui céder une partie rythmique non négligeable, la recette appliquée demeure la même depuis un petit moment. L'unification des forces opposantes vient clore la trilogie Nyan. Alors que l'on constate la présence d'un nouveau membre en la personne de Karolus Lerocq, il arrive qu'un certain Spike rejoigne le duo en live, pour assumer une partie batterie plus naturelle.

 

Je l'ai déjà dit plusieurs fois. Le rythmic noise a sur moi des effets laxatifs non négligeables. Plus sérieusement, disons que ce genre associé à l'indus souffre des même dérives kilométriques que l'ensemble des musiques répétitives. Mais voilà, ça plaît. Il n'y a qu'à se rendre ne serait-ce qu'une fois au Maschinenfest pour s'en rendre compte. Il est vrai qu'en live, cette musique peut générer des danses et des transes collectives mémorables. Mais passons, car cantonner This Morn' Omina à ce genre serait réducteur face au travail (même répétitif) accompli. Car voilà, les rythmes et les ambiances du duo fleurent bon la bête traquée. La proie c'est l'auditeur, transposé en plein coeur de cérémonies amérindiennes offrant des sacrifices humain aux Dieux, ou vers l'époque glorieuse et enfumée des rituels haschischins. Certes, Sal-Ocin avait déjà fait ce genre de trucs en compagnie de Flint Glass au sein de Tzolk'in, mais jamais avec une dimension rythmique aussi marquée. Ici, les boites à rythmes cohabitent avec des percussions variées et plus... "biologiques". Voilà, en caricaturant un peu toute la force de ce projet : cette puissante et physique cohabitation des différentes strates rythmiques. Ponctuées ça et là de samples horrifiants et tribaux, elles s'associent à des interventions vocales furtives mais frontales, annonçant la montée de la transe frénétique. On croirait même en l'intervention du vilain pas beau Ra du Stargate de 1994 sur Naphal. Même dans la répétition hypnotique, le trio manie les fausses pistes angoissantes avec un talent certain. Il se permet même d'intégrer des pistes plus downtempo qui ne perdent pourtant jamais rien de leur potentiel mystique (Oahspe, l'intro de Iboga, The Sixth Order, etc.) et parfois même des plages où les atmosphères suggérées prennent un ascendant mérité sur le diktat rytmique. Si l'ensemble peut être envisagé comme une expérience initiatique et psychédélique pour le soldat chevronné de l'indus, les oreilles plus tendres préféreront dissocier Tanasukh, Nevi'im, Trimurti/Trefoil ou le superbe enchaînement final entre Nigunnum et Tawhid d'un ensemble trop éreintant.

 

Le succès actuel de This Morn'Omina ne surprendra que ceux qui ne croyaient pas en un revival de l'indus auprés de la jeune génération qui n'a pas connu ses prophètes. N'étant pas fan de ce genre de sons à la base, si ce n'est les travaux de Tzolk'in, de Iszoloscope ou des présents This Morn'Omina, je ne crierais pas à l'indispensabilité du concept, mais recommanderais vivement aux curieux et courageux d'assister à leur prochaine représentation au Maschinenfest. Là, ça devrait prendre une dimension toute autre. A recommander malgré tout, aux inconditionnels du genre.

 

http://ergor.org/V2/images_big/105494.jpg

par Ed Loxapac

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2 août 2011 2 02 /08 /août /2011 18:20

Sortie : août 2011

Label : Project: Mooncircle

Genre : rap instrumental

Note : 6/10

 

La série Finest Ego boucle son tour du monde. Après avoir visité la Russie (chroniqué ici), le Japon (ici), l'Australie et la Nouvelle-Zélande (ici), elle retourne en Europe où elle a débuté, en s'intéressant plus précisément au Royaume-Uni et à l'Irlande. Comme d'habitude, l'idée est de faire se croiser producteurs de longue date et nouveaux venus pour des variations plus ou moins électroniques autour d'instrumentaux sous influence rap. Le résultat est constitué de 25 morceaux variés et inégaux entre deux et cinq minutes.

 

Les premiers extraits révèlent tout de suite la variété des beatmakers réunis sur cette compilation, avec la crainte que la quantité ait prévalu sur la qualité. Don Leisure attaque sur un son wonky tranquille, Kelpe (qui sort tout juste un nouveau single) poursuit sur quelque chose de plus électronica quand Danny Drive Thru fait une tentative jazzy puissante et brûlante. Si vous n'avez pas perdu pied avec ces trois passages assez différents et plutôt réussis, vous pouvez continuer ce voyage éclectique de l'autre côté de la Manche... avec le risque de ne pas y trouver le même intérêt à chaque fois. Ainsi Survivor de Seagull Mansion et Wotchagonnado de Mr Beatnick s'avèrent un peu poussif alors que Drink Don't Drive de Huess et Sweet Vixen de S-Type font nettement plus remuer la tête. Ce ne sont donc pas forcément les vieux briscards ou les jeunes découvertes qui s'en sortent le mieux.

De nombreux titres rappellent la scène de Los Angeles comme Where Is Everyone de Darkhouse Family. Leurs beats bancals et leurs sonorités 8-bit rondes se fondent un peu dans la masse et ce sont finalement des expérimentations plus originales qui se démarquent, notamment ce Oi Stalker de Benjamin One qui déborde presque du cadre fixé pour aller vers un univers plus électronique et vrillé. Le Clever Carl de Ean prend aussi cette voie, avec une mélodie hypnotisante seulement entourée d'un rythme entêtant et d'une nappe synthétiques. Une autre difficulté qui se présente à l'écoute de cette compilation vient du choix de l'ordre des titres qui présentent des tempo très différents. Et plutôt que de proposer une évolution logique, les changements d'ambiance sont nombreux. Soosh donne par exemple dans l'électronica éthérée juste avant que Bobby Trank lâche un extrait funky énergique d'ailleurs un peu isolé dans ce style. Et s'il y avait encore besoin d'ouverture, les choeurs utilisés par Eomac et Jay Scarlett sont une invitation aérienne au voyage qui se prolonge sur plusieurs plages reposantes assez agréables à l'écoute. La sélection s'achève avec quelques instrumentaux plus classiques mais bien menés, dont ce French Vanilla de Monky qui sample un accordéon mélancolique surprenant.

 

Cette série reste une bonne manière de découvrir ou redécouvrir des beatmakers méconnus même si une direction artistique plus marquée serait utile. Il ne vous reste qu'à piocher dans ce nouveau volume selon vos préférences.

 

http://www.projectmooncircle.com/files/pmc082_cover.jpg

par Tahiti Raph

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31 juillet 2011 7 31 /07 /juillet /2011 10:33

Sortie : juin 2011

Label : Soma Records

Genre : Techno-dub

Note : 7,5/10

 

Ça buzze très négativement autour du dernier DeepChord. Après avoir encensé à bon droit le céleste et glaçant The coldest Season, puis le terrestre et mondain Liumin (chroniqué ici), les magazines, blogs et autres canaux de la critique électronique n'en finissent plus de générer des controverses autour de ce Hash-Bar Loops. Qu’a-t-il donc bien pu se passer ?

 

Rod Modell est en passe de devenir une légende de l’électronique des années 2000. Pour en comprendre la raison, il faut remonter aux premiers travaux techno-dub du début des 90’s, dont Robert Hood fut l’un des pionniers, et qui plongent leurs racines dans l’originelle Detroit. C’est par rapport à ce terreau initial que se comprend l’émergence du mythique label Basic Channel de Moritz von Oswald, ainsi que ses subdivisions berlinoises, Chain Reaction ou Rhythm & Sound, qui façonnèrent un son nouveau, "deep & dub", acclamé hier et (surtout) aujourd’hui dans les cénacles intellectuels de la musique électronique.

Oui mais voilà, c’était sans compter avec Rod Modell. Sur le label DeepChord, où le duo du même nom avec Mike Schommer produisit une longue série de maxis de 1998 à 2006, ou bien l’entité Echospace avec Steven Hitchell (The Coldest Season en 2007, Liumin en 2010), mais aussi en solo (Incense & Black Light en 2007, magnifique), cet Américain originaire de Detroit a lancé une véritable révolution dub-tech. Depuis cette année fameuse année 2007, en réinventant le style Basic Channel de part en part, Rod Modell compose une œuvre appelée à demeurer, qui surclasse par son feeling et sa modernité le son des anciennes productions berlinoises (on peut d’ailleurs considérer le Moritz von Oswald Trio comme une tentative pour raccrocher cette fantastique échappée sonore). Liumin, beaucoup plus chaud et organique, intégrant un field-recording tokyoïte de toute beauté, installa définitivement le son DeepChord en institution neuve, faisant déjà des émules plus ou moins conscients de leur rattachement généalogique.

Mais avec Hash-Bar Loops où Modell officie seul, ceux des auditeurs qui auraient souhaité une évolution sonore vont être déçus : c’est presque d’une "involution" dont il s’agit. Ce son DeepChord si particulier, tout en ressac dub et en souffles continus, ces nappes aériennes de bruit blanc compressées, ces trous d’air sonores, ces lentes pulsations profondes, crépitantes et ouatées, bref toute la magie des premiers travaux de Rod Modell s’est étrangement aplanie. Hash-Bar Loops porte d’ailleurs assez mal son nom : quoique les loops et le bar soient aisément repérables, on se demande où donc est passé le hash d’Amsterdam auquel le disque prétend rendre hommage. Après deux premiers tracks très classiques (Spirits, Stars), dont la facture tout en réverb rappelle Incense & Black Light, le troisième titre Sofitel (sic) a de quoi laisser perplexe. La dub-tech géniale à laquelle nous étions habitués semble muter en un sound-design classieux, aux textures finalement peu expressives et sans relief. Impression confortée par le titre suivant, Merlot, excessivement travaillé avec ses allers-retours d’un kick enfumé nappé de volutes lounge.

Et ce sont ces mots qui restent malheureusement gravés dans l’esprit à l’écoute de ce disque : sound-design loungy. On y ressent l’atmosphère d’un travail mélancolique et chirurgical, très solitaire, conçu ou réalisé au fond de bars luxueux d’hôtels chics ; il y a plus de cosmopolitan et de caïpi’ que de hash sur ce disque. Comparé à Liumin, le field-recording s’y fait d’ailleurs extrêmement discret, en intro et outro de quelques compos. Même si certains titres sont si biens stylisés qu’ils parviennent à accrocher l’attention (Electromagnetic et ses collisions de bruits blancs en cascade, Black Cavendish et sa lente mise en tension sifflante et crépitante, le final Neon And Rain qui vous abandonne là, sous la pluie, en pleine ville la nuit, non loin du halo blafard d’un réverbère), le reste des morceaux de ce long LP lasse par tant de paresse sonore, quoique rien ne vienne réellement fâcher l’oreille (Tangier, Balm, City Center, Oude Kerk, Crimson). L’aisance de Rod Modell finit simplement par énerver devant sa facilité à produire des tracks léchés, sans fausse note, mais tout en évacuant soigneusement la moindre prise de risque – lui que nous pointions et pointons toujours comme révolutionnaire en électronique.

 

Révolutionnaire donc, Rod Modell semble avoir lui-même fomenté sa propre contre-révolution. Ce Hash-Bar Loops laisse déçu comme une période creuse de l’histoire. Cela étant, pas de quoi nécessairement sombrer dans le pessimisme, car toutes les légendes ont leurs ratés, qui font partie de ce que l’on aime encore, plus tard, plus loin, avec le recul. Mais là, ici et maintenant, c’est non.

 

http://www.inverted-audio.com/wp-content/uploads/2011/07/DeepChord-Hash-Bar-Loops-450x450.jpg

par Pingouin Anonyme

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30 juillet 2011 6 30 /07 /juillet /2011 09:00

Sortie : juillet 2011

Label : Anticon

Genre : rap

Note : 7/10

 

Serengeti pourrait être un pseudo pris par Joaquin Phoenix pour se lancer dans le rap. L'acteur, qui présente sa nouvelle carrière dans le film (canulard ?) I'm Still Here, se pose en défenseur d'une démarche honnête et indépendante, même s'il essaie de faire produire son disque par un P. Diddy dont le dépit à l'écoute de sa musique ne cesse de faire rire. Si Serengeti a sans aucun doute un flow plus maîtrisé et des textes mieux écrits, le son lo-fi sur lequel il pose et ses paroles franches peuvent rappeler la démarche de Phoenix. Le MC de Chicago nous entraîne dans son univers introspectif et sans prétention, dans la droite ligne du label qui sort ce Family & Friends, Anticon, après de nombreux disques publiés chez d'autres depuis 2002.

 

Yoni Wolf (de WHY?) et Advance Base ont totalement compris comment il fallait accompagner la voix de Serengeti. Ils ont donc bâti des instrumentaux fait de bric et de broc, jouant la musique sans forcément faire des boucles, collant des lignes de guitares discrètes à côté de batterie sobres, plaçant quelques rares parties chantées sans fioriture et ainsi parfaitement dans le ton. Ce choix donne une impression d'intimité et de sincérité. En effet, ces sons plein d'humilité poussent le rappeur à se livrer, raconter ses histoires avec franchise et simplicité. Et si l'ambiance n'est généralement pas très festive, un sommet de mélancolie est atteint sur The Whip, le seul titre de plus de trois minutes, dont le clavier poignant et lunaire vous hypnotise, vous mettant à la merci du texte. La force de ce Family & Friends est en effet la clarté de la voix qui permet de saisir facilement les propos de Serengeti. Dès le Tracks d'ouverture, sur lequel le MC dresse le portrait d'un homme qui n'a rien à perdre, l'attention se focalise sur le récit de l'Américain qui nous tient ainsi assez facilement en haleine.

Les morceaux peuvent alors défiler, le flow sera un repère. Entre passages profonds ou plus ironiques, l'album semble intégrer l'auditeur dans un cercle de proches et donne un sentiment de proximité avec son auteur. Un certain minimalisme prévaut et si quelques sons peuvent paraître un peu cheap, comme les joyeuses arpèges de ARP, tout est calibré pour rester sans prétention aucune. Des sons 8-bit de Godamit à la guitare faussement dansante de California, les deux producteurs incarnent parfaitement l'esprit lo-fi adapté à l'artiste. Au terme des onze titres, après un Dwight à la tension palpable, il nous semble faire partie de la famille ou des amis de Serengeti, de bien le connaître, et même de partager quelques souvenirs communs.

 

La simplicité et la sincérité du MC de Chicago font la réussite de cet album qui, par sa sobriété, parvient à se révéler touchant et original... une marque de fabrique chez Anticon.

 

http://ecx.images-amazon.com/images/I/61R2QT1jD4L._SL500_AA300_.jpg

par Tahiti Raph

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28 juillet 2011 4 28 /07 /juillet /2011 14:41

Sortie : juin 2011

Label : Honest Jon’s Records

Genre : Glitch, drone, free-jazz, experimental

Note : 8/10

 

Chroniques Electroniques ne s’était jamais penché sur les travaux pourtant fort nombreux de Vladislav Delay. Une injustice qui devait être réparée tant son œuvre, vaste et éclectique, a inspiré et inspire encore de nombreux compositeurs. Mr Delay est reconnu et apprécié pour son travail précis, patient et parfois microscopique sur le grain des textures sonores, ainsi que pour son sens si particulier du glitch, explicable peut-être par sa formation de batteur/percussionniste, qui lui permet d’atteindre des micro-rythmiques remarquables au sein même des séquences glitchées. Quoique résidant sur une île perdue en Finlande, son univers résolument urbain, option morne et désenchanté, fait toute la saveur de ses prods.

 

Multipliant les entités (le housy Luomo, les plus techno Sistol ou Uusitalo), avec sa femme musicienne connue sous le pseudo AGF, ou encore auprès de Moritz von Oswald dans son fameux trio, notre homme ne nous présente pas moins ici un nouveau format : le Vladislav Delay Quartet, qui accouche de ce premier LP justement intitulé Debut. Il est accompagné par deux musiciens, activistes peu connus, Derek Shirley et Lucio Capece ; mais c’est surtout la présence de Mika Vainio, fondateur du tutélaire Pan Sonic (également auteur d’un prolifique travail solo et de fructueuses collaborations avec, par exemple, Fennesz ou Charlemagne Palestine), qui rend cette formation intéressante, en la distinguant notamment du Moritz von Oswald Trio ou de ses travaux en solo.

Dès le premier morceau (ou sa réplique de mi-parcours, Hohtokivi), on sent toute l’envergure d’une rencontre entre Delay et Vainio : un traitement furieux et rythmé de fréquences saturées finalement proche du drone, la spécialité maison de Pan Sonic, creuse soigneusement les tympans, et rassure immédiatement… ouf, ce disque ne sera pas, à l’image des dernières productions solo de Delay, un glitch minimaliste dont l’intellectualisme menace chaque seconde de prendre le pas sur la musique. Non que cette galette soit funky, mais il se passe avec ce disque full-mental des choses audibles pour le commun des mortels – et ça c’est une bonne nouvelle !

Difficile de qualifier le style musical d’ensemble de ce VDQ. Le meilleur adjectif serait peut-être free : free-glitch, free-jazz, free-drone, free-electronica, free-field recording… l’abstractionnisme est ici brandi comme étendard et canon esthétique. Deux des morceaux de bravoure du VDQ (Santa Teresa, Killing the Water Bed) déploient, structuré autour de quelques notes lancinantes de contrebasse, un magma sonore désenchanté, où des visions aliénées de macadam détrempé par les pluies prennent le crâne de l’auditeur comme en un étau finement ciselé. Ce ne sont pas les drones mutants de Des Abends ou Salt Flat qui chasseront les nuages opaques du dessus de la ville-monde décrite ici. Et que dire de ce magnifique Louhos, où des consonances indus embrasent un free-jazz glitché, ou un glitch jazzy on ne sait plus, dont les samples de saxophone liquide mixés à un travail de fréquences sur des larsens laissent pantois de courage musical, de maîtrise et d’inventivité.

 

Cette approche musicale en quartet de Vladislav Delay confère un souffle nouveau à ses recherches esthétiques. Aussi riche et travaillé, mais ô combien plus percutant que ses dernières réalisations, espérons que ce Debut du VDQ inaugure une nouvelle phase du travail de notre prolifique finlandais, une perspective inédite sur le traitement du glitch. Morne, oui, mais fabuleux !

 

http://www.hhv-mag.com/files/tmp/310_310_1942-VladislavDelayQuartetVladislavDelayQuartet-www.hhv-mag.com.jpg

par Pingouin Anonyme

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27 juillet 2011 3 27 /07 /juillet /2011 19:09

Sortie : juillet 2011

Label : Error Broadcast

Genre : wonky beats / électronica trippée

Note : 4/10

 

Nous vous l'avions annoncé lors de sa récente double actualité (chronique de Five-Finger Remixes et Supershark EP ici), DZA préparait déjà un nouveau maxi. Le Russe découvert l'an passé revient chez Error Broadcast, mais s'écarte de ses beats électro-rap pour se lancer complètement dans l'électronique, dans un style rave-électronica bancal.

 

Si le genre musical a évolué, le producteur conserve ses sonorités synthétiques et une volonté d'occuper l'espace avec des nappes massives. Le maxi débute par l'étrange Zoo Keeper dans lequel les sons gadgets côtoient une animalerie mutante, sur fond d'ambiance à la fois tendue et ludique. Le bricolage est de mise, avec des scratchs qui bousculent l'imposante basse, des cliquetis de toutes parts, avant une envolée happy techno finale d'assez mauvais goût. Passée cette entrée en matière, DZA revient à des choses plus sobres, des titres courts aux relents funky numériques qu'il maîtrise mieux. Ses titres sont aérés, aériens, emplis d'une mousse légère qui subit les affres de rythmiques besogneuses. Chaque mesure foisonne de bleeps entremêlés, le ramenant sur Super Fly à un esprit que nous lui connaissons mieux. L'enchevêtrement est toujours minutieux, la cascade sonore se déversant dans un équilibre habilement maintenu.

Mais sur Limbo, le croisement de la basse vrombissante avec les claviers futuriste des années 1980 donne un mélange pas complètement savoureux. Cette impression de rave hollandaise du début des années 1990 se confirme avec le klaxon insupportable de Sea Monstr qui, passé les deux tiers du morceaux, débouche sur un passage nettement plus audible. Le Russe tente d'évoluer mais ne semble pas trop savoir où aller et se perd parfois dans des univers peu fréquentables.

Les six titres du EP sont complétés par deux remixs. Zoo Keeper est revu par l'Américain Salva qui en donne une lecture vitaminée et plus épurée, mais tout aussi datée. Quant à l'Italien Digi G'Alessio, il ne se débarrasse pas du kaxon dans sa version de Sea Monstr, il insiste même dans le genre agaçant et pompier qui rend difficile l'écoute de ce titre jusqu'au bout. Pourtant, là encore, une deuxième partie plus intéressante se fait jour à l'issue des trois premières minutes.

 

Un de chute pour DZA. Le Russe ne semble toutefois pas manquer de ressources et il est possible de le voir rebondir dans une autre direction la prochaine fois. Espérons qu'elle soit plus satisfaisante que cette fois-ci. 

 

http://www.error-broadcast.com/img/releases/600_ebc014_front.jpg

par Tahiti Raph

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27 juillet 2011 3 27 /07 /juillet /2011 16:10

Sortie : juin 2011

Label : Raster-Noton

Genre : Techno, Glitch, Ambient

Note : 9,5/10

 

Kangding Ray est un Français installé à Berlin. Cet architecte de formation s'est doucement mais sûrement rapproché des musiques électroniques, pour finalement s'installer durablement chez Raster-Noton. David Letellier (de son vrai nom) fait preuve d'un réel intérêt pour l'art contemporain, tant et tellement que sa musique s'en montre éclaboussée. Ses deux précédents opus avaient joui d'un certain bouche à oreille, jusqu'à l'acclamé Automne Fold en 2008. Ses travaux sont souvent moins minimalistes que ce qu'on peut trouver habituellement chez Raster-Noton. L'année dernière, son EP Pruitt Igoe annonçait déjà quelque chose d'énorme, dont il est question aujourd'hui.

 

Est-il nécessaire de citer des noms d'architectes pour prouver que ces derniers créent d'exceptionnels albums de musique électronique ? Les notions de structures et d'équilibres sont pour eux déjà un sacerdoce. L'informatique, les laptops et les softwares les ont aidés à réaliser leurs édifices sonores. Letellier lui, bénéficiait déjà d'une solide expérience de musicien rock et jazz avant de s'intéresser au matériel analogique. Son album Or, a quelque chose de diaboliquement révolutionnaire, invitant à l'alternative (or in english) et peut-être aussi à la dénonciation de ce matériau, de cette substance brillante représentant le capitalisme roi et la culture bling-bling. Mais peut-être est-il le témoin et la preuve de bien autre chose, l'idéal outil de célébration de l'apocalypse et de la chute de la culture club. Comme un certain Tim Hecker cette année, il renvoie à l'an de grâce 1972, où le complexe immobilier (l'amas de taudis) Pruitt Igoe, symbole d'un ségrégationnisme vicieux venait à rendre gorge et poussière. Il est donc bien question dans cet album d'alternative et de chute, de déclin, de démolition. Car la disparition laisse la plupart du temps place à autre chose. La destruction n'est donc ici pas purement pulsionnelle, mais intervenant avant tout comme force de proposition d'alternative.

La techno, même aux heures où elle a su se montrer brute et sombre, n'a jamais vraiment cesser de se rouler dans l'hédonisme. Et en résident berlinois, Kangding Ray a fait plus que l'observer, il l'a compris, décortiquée pour en livrer sa vision toute personnelle. Brutale, froide et implacable, puisant son héritage dans l'âge d'or de Detroit mais aussi dans les schémas de l'ambient et les anomalies digitales de la matrice. Ce type parvient à trouver des textures de glitch comme on a jamais entendu (Mojave). Ses kicks surpuissants et ses graves abyssales scindent en deux le sol, pour aspirer tout vestige organique de son passage (Odd Sympathy, Or (d'exception bordel !!!), Corracoid Process ou Leavalia Scheme). Quand Mirrors laisse s'élever une fumée opaque et acide accompagnée de drones menaçants, c'est en levée de rideau du néant apocalyptique, laissant la friche reprendre ses droits et prétendre à un repos mérité avant la construction des structures suivantes. Le terrifiant En Amaryllis Jour, échantillonne les textures et les nappes vaporeuses et profondes comme le mortel déchire une vulgaire feuille de papier. Tout ceci est juste exceptionnel. Si Monster laisse apparaître des voix féminines distordues, c'est avant tout pour mettre en avant ce discours terrible. Ces même voix se montrent tout au long de l'album, différemment et subtilement, et font sursauter l'auditeur apeuré et équipé d'un casque digne de ce nom, pensant que quelque chose venant de derrière vient pour l'aspirer à tout jamais. La fermeture sur La Belle évoque idéalement quelque chose de plus contemplatif, laissant l'écoutant béat et conquis par tant de larsens et d'écorchures, ne sachant expliquer s'il est frustré ou rassuré que cette tuerie absolue se termine.

 

Vous aurez compris que Or est une oeuvre exceptionnelle, maculée d'un sillon artistique aussi désarmant que passionnant. Fait rare en matière de techno actuelle, tout comme le fait d'éveiller celui qui l'écoute à l'abstraction et à la subjectivité. Or est juste une des plus belles oeuvres techno de ces dix dernières années. Excusez du peu. Voilà un must have absolu. Vous ne pourrez pas dire que vous n'étiez pas prévenus. Célébrons la chute du dancefloor en dansant mes bien chers frères.

 

http://www.adnoiseam.net/store/images/kangding_ray-or.jpg

par Ed Loxapac

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26 juillet 2011 2 26 /07 /juillet /2011 15:42

Sortie : juin 2011

Label : Cocoon Records

Genre : Tech-house minimale

Note : 5/10

 

Lorsque l’on décide un soir chez soi, un peu esseulé, quelques shots de Mezcal et deux ou trois spliffs dans le nez, d’intituler son nouvel LP On the Road, il faut être intimement décidé à produire le disque de sa carrière. Personne n’ignore la provenance de ce titre évocateur, soit le génial roman de Jack Kerouac, écrivain tutélaire de la Beat generation (avec William Burroughs ou Allen Ginsberg), qui secoua l’Amérique littéraire des années 1950 et 1960, contemporaine de l’explosion de la jeunesse jazz d’après-guerre et de l’invention parallèle du glam-rock (Bowie, The Velvet Underground, Iggy & the Stooges, etc.). Le Polonais Jacek Sienkiewicz, curieusement peu connu du grand public malgré désormais quatre LP au compteur, dont trois chez Cocoon, semble avoir voulu relever le défi de mettre en musique cette œuvre définitivement entrée, tout comme Le Festin Nu, au panthéon des œuvres littéraires du 20e siècle.

 

Le con m’aura fait espérer 1'30 un chef-d’œuvre inconnu, mais soyons net : c’es un échec. On aurait pourtant pu imaginer de bien belles choses : un On the Road transposé dans la Pologne natale de Sienkiewicz, ou bien une évocation deep, dub ou micro-house de paysages sud-américains ocres et desséchés, défilant lors d’interminables et chaotiques voyages en camionnette bringuebalante, flash de bourbon à la main, aux côtés de jeunes pleins de rêves et de désirs d’horizons nouveaux : prendre la route et ne plus la lâcher, se perdre dans ces interminables et désertiques lignes droites aux nids de poules incessants et au soleil meurtrier. On aurait pu y sentir la liberté adolescente de fuir un monde sans intensité, où la seule promesse d’héritage d’une petite ferme texane tient lieu d’accomplissement vital ; on aurait dû sentir la lente fulgurance du départ conscient vers nulle part, l’errance comme seul but, le refus des identités fixes…

A la place, nous avons une tech-house minimale basique et sans relief, que les DJ internationaux n’intégreront dans leurs playlists qu’en vertu de l’inévitable anonymat du bonhomme. Aucun morceau n’est vraiment mauvais, mais aucun non plus seulement bon. En tout cas, on peine à déterminer un seul track qui pourrait sauver l’ensemble. C’est terrible, parce qu’outre la prétention infinie du titre de ce LP, On the Road incarne parfaitement cette minimale insupportable que dénonce dans son ensemble Chroniques électroniques : des morceaux longs de plus de huit minutes pour faire croire à un développement spirituel profond, alors qu’il n’y a que de la répétition stérile de boucles inintéressantes ; une monotonie malheureusement involontaire, soutenue par un BPM mid-tempo inamovible… rien ne parvient à enthousiasmer, aucun paysage défilant "on the road" ne réussit à nous captiver. Même le single qui surclasse habituellement les autres titres de ce genre de prod’ est absent, et l’on ne sent malheureusement jamais cette étrange excitation à l’idée d’arriver aux portes de Las Vegas, la vulgaire… rien, pas une émotion.

 

Ni bon, ni mauvais, seulement inexistant : tel pourrait être l’appréciation global de ce travail de laptop technologiquement dépassé, qui peut être comparé à nombre de Dubfire, Radio Slave et autres charpentiers du linéaire. Tout au plus un mauvais warm-up, ce On the Road sans cœur ni génie atterrira bien vite dans les bacs de la prétention sans scrupule. Si vous cherchez une BO du roman On the Road, allez plutôt voir du côté de l’americana des pères historiques du drone, Earth (par exemple le magnifique The Bees made honey in the lion’s skull). Désespérant !

 

http://www.deeptechhouse.com/images/postimgs/9e08f5589bca34cc7f3255e0aaf519d63b3264ab.jpg

par Pingouin Anonyme

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25 juillet 2011 1 25 /07 /juillet /2011 23:57

Sortie : mai 2011

Label : Koma Records

Genre : Industrial, Dark Poetry

Note : 7,5/10

 

Il y a un peu moins de deux ans, nous avions déjà parlé du projet Elastik, emmené par le Francilien Thomas Prigent. Déjà à l'époque, son alliage entre sonorités industrielles chirurgicales et spoken word avait créé plus qu'une bonne surprise. C'est aussi l'occasion de reparler de la mystérieuse et captivante Horror 404, plus que jamais membre active du projet.

 

Commençons tout d'abord par dire que Critik est bien mieux produit que son prédécesseur. C'est pourri comme façon de commencer une chronique non ? Ok. Je vais la jouer autrement.

Critik est un reflet noir et dérangeant, celui d'une génération qui n'a pourtant connu aucune guerre ni réelle grande dépression. Mais cette génération est aussi celle qui a découvert la notion de tube de l'été, la candidature de Nicolas Hulot à la primaire écologiste, le Loft, le Goncourt de Houellebecq, Ed Banger Records, la fusion de l'ANPE avec l'Unedic, et la positive attitude. C'est aussi la génération à qui on vend des clopes et à qui on interdit de les fumer dans les lieux publics. Celle à qui on a mis une membrane de latex entre les sexes. Celle sur qui les labos pharmaceutiques font chaque jour un peu plus de profit en lui dealant légalement des benzos pour calmer son malaise. Mais certains de ses membres acceptent de vivre dans ce grand tout, dans cette matrice béante qui dicte à ses ouailles souriantes et pas toujours peroxydées comment bouffer, jouir et s'accoutumer de ce nouvel esclavage moderne. Ces innocents sont bénis car ils ne se posent pas de questions et acceptent le diktat schizophrénique. Seuls les conscients sont sujets au malaise, à la maladie mentale et à une salvatrice marginalisation. C'est avant tout ce que renvoie Critik, l'existence de ces témoins et victimes de ce malaise moral et physique. Celles et ceux qu'on traite de fous et qui pourraient bien le devenir. Celles et ceux qui portent des colliers de chiens pour étaler leur enchaînement. Ces gens, font peur.

Tout comme le venin de Prigent, qui se diffuse lentement dans les esgourdes, à la manière d'un opiacé illégal s'injectant dans le sang de celui qui veut oublier et canaliser ses frustrations. Comme le débit de Faustine Berardo (Automatik), rampant, nasillard et blairwitchien qui évolue vers un chant fluide, chaud et inspiré. Aussi comme Cheval Blanc, cet illuminé qui a découvert qu'il n'était pas les autres et qu'on a traité de fou, qui a rencontré le vide, celui de sa propre existence. Que dire du ton apocalyptique et du texte mystérieux de Black Sifichi, et des visions morbides de Cecilia H, qui se demande bien ce qu'il adviendra d'elle lorsque son corps aura entamé sa lente putréfaction. Horror 404, elle, me faisait déjà frissonner le bas ventre il y a deux ans, et pose cette fois-ci du jus de citron sur des plaies invisibles, celles qui ne cicatrisent jamais vraiment. Sa description réaliste (pas cynique) de l'overdose généralisée de tout, son choix des mots taillés au scalpel pour évoquer la déception et la colère (envers les autres et peut-être envers elle-même), sa façon d'administrer du verbe à cet alien qui dévore son corps impatient a quelque chose d'admirable. Car oui, ce genre d'exercice peut vite devenir caricatural si l'on tombe dans le dévidoir de sa dark side trop assumée. Non, même quand elle prend des intonations lascives pour exposer des trucs sordides (Ekymose), c'est surtout certes pour accentuer le sentiment de malaise mais avec un contraste qui ne saurait perdre sa subtilité. Même les titres exclusivement instrumentaux de Prigent ont pris en richesse et en profondeur, déployant des aspects noise des catacombes et des contours de rock lourd et cradingue.

 

Prigent a su une nouvelle fois composer des ambiances entêtantes alliées à des rythmes lourds sans jamais perdre de vue que le discours des membres du collectif était aussi important et complémentaire que le son. Un musicien de Bristol végétarien mais friand de houblon et de tennis de table a dit : If You Treat All Like Terrorists, We Will Become Terrorists. Horror 404 a dit : Tortueux sont les chemins qui mènent à mon sanctuaire. Ceux qui ont un plan sont vivement invités à m'envoyer un mail, je leur révélerais peut-être l'identité du Britannique végétarien. Et sinon oui, cet album est vivement recommandé. L'acquisition de l'objet peut se faire en direct, en passant par le site de ce troublant collectif qu'est ElastiK.

 

http://media.virginmega.fr/Covers/Large/BLV/3661585893806.jpg

par Ed Loxapac

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