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12 août 2011 5 12 /08 /août /2011 12:37

Sortie : juillet 2011

Label : Editions Mego

Genre : Drones électroniques et électriques

Note : 7,5/10

 

Mika Vainio n’est pas que la moitié (parfois le tiers) de Pan Sonic, légendaire et défunt pionnier de la rythmic noise, du sound-design de fréquences brutes, et finalement du drone électronique en général. Egalement auteur de très nombreux travaux solo (sur Touch, Raster-Noton…) ou en collaboration (avec Charlemagne Palestine, Fennesz, mais aussi comme membre du Vladislav Delay Quartet, chroniqué ici), notre finlandais revient en plein été pour nous servir une nouvelle louche d’expérimentations bruitistes intitulée Life (…eats you up), qui plus est sur Editions Mego, digne successeur du légendaire Mego Records, pionnier lui aussi en matière d’electronica et d’expérimental dans les années 90, et dont le catalogue est aujourd’hui sauvagement pillé par nos nouveaux beatmakers.

 

Que cela soit avec Pan Sonic, en solo ou en collaboration, la musique de Vainio a toujours été à 100%, ou à 95% électronique. On y trouve en vrac des drones fréquentiels, des saturations distordues, des glitches meurtriers, des beats tour à tour métalliques et grésillants, une science des longues montées en tension auditive, et parfois même des kicks dévastateurs flashés à plus de 190 bpm. Ceci reste vrai, mais le propos de ce Life (…eats you up) est ailleurs.

Curieusement, les formations osant le mélange de drones électriques et électroniques sont rares, comme s’ils s’ignoraient réciproquement, engendrant ainsi un clivage abyssal mais vide de sens. C’est donc une agréable surprise que d’entendre Vainio les mélanger de façon systématique sur son nouvel LP. C’en est même le cœur du propos : fusionner les drones électroniques aux drones électriques, à parts égales, sans que les uns soient subordonnés aux autres.

Ainsi la première pièce magistrale du LP, In Silence a scream takes a heart, longue de plus de treize minutes, déploie lentement un mélange de ces drones antagonistes, laissant habilement une place au silence, qui devient un bruit dans ce contexte ; pas de beat, pas de kick, rien que du pur drone, sans envolée lyrique, tout en relance de riffs interminables et de fréquences sans fin, le tout dans une ambiance sombre et malsaine. Après Throat, court drone du même tonneau, déboule Mining, et la première rythmique du disque, martiale et indus, sur fond de larsens travaillés au scalpel et de drones électriques qui tirent jusque vers le doom. Le bien nommé Crashed surprend par ses drones de cuivres dignes d’un éloge funéraire, quand la conclusion A Ravenous Edge fait tranquillement exploser la différence entre la scierie et les chaînes des suppliciés au cachot.

Homogène mais aride, ce disque contient pourtant deux extraordinaires morceaux de bravoure. Le premier n’est autre qu’une reprise géniale du Open up and bleed des Stooges d’Iggy Pop, parfaitement reconnaissable quoique totalement passé à la moulinette drone et non sans des accents de doom. Le second, And give us our daily humiliation (bon esprit non ?), semble rendre hommage à l’un des cinq plus grands album de doom de tous les temps, j’ai nommé le Jerusalem/Dopesmoker de Sleep, dont l’unique morceau débutait par le bruit d’allumage d’un ampli de guitare, que Vainio reprend ici en le samplant pour en faire le beat d’une plage doom/drone furieuse et hypnotique.

 

C’est sûr, l’écoute de la bestiole est aride. Vainio n’est pas homme à pencher pour la compromission : on peut se caler dans le cul la perspective d’un single poppy. On a donc plus l’impression d’écouter une série de recherches sonores un peu disparates. Mais passé l’aspect patchwork vénitien, et muni d’un casque ou d’une installation HIFI conséquente, à même de rendre la finesse extrême et quasi inédite de l’entremêlement des drones à laquelle on assiste à l’écoute de ce Life (… it eats you up), on ne peut qu’applaudir des deux nageoires cette prise de risque sans filet.

 

http://t2.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcQTGkxy86uZJnLbE3AYrofHnY-rCCwLUknfj3GXZSTrP1qP8l95-A

 

par Pingouin Anonyme

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11 août 2011 4 11 /08 /août /2011 16:43

Sortie : juillet 2011

Label : Ad Noiseam

Genre : inclassifiable

Note : 8,5/10

 

Illustrateur, vidéaste et musicien, Raoul Sinier continue son petit bonhomme de chemin en sortant son cinquième album (le 3ème chez Ad Noiseam). Après avoir été les témoins lointains de sa vie quotidienne dans son appart', de sa cohabitation funeste avec un blanc de poulet et des agressions qu'il a subi venant de bustes de femmes vengeurs et de blobs à tête de bites, celui qui se refuse à intellectualiser sa musique et son art s'est mis en tête de chanter, de plus en plus. Annoncé ironiquement sur son facebook comme influencé par le fleuron de la nouvelle chanson française (Grand Corps Malade, Abd El Malik, Zaz, Christophe Maé), Guilty Cloaks était attendu par nos cages à miel avec la plus grande impatience.

 

Classifier la musique du sieur Sinier est un exercice périlleux, voire un non sens. Ses débuts étaient certes marqués par un bon goût prononcé pour le hip-hop vrillé et abstrait, cousu de mélodies ascensionnelles et oniriques, et de multiples distorsions. Raoul dirait que l'évolution de sa musique s'est faite spontanément, sans même y penser. On se souvient de l'excellent Tremens Industry et de ses vidéos associées. Le résultat aurait donc tendance à lui donner raison. Son intention de chanter serait donc venue comme ça, avec sa logique bien à lui. Cymbal Rush/Strange Teeth & Black Nails illustra le premier jet de ses nouvelles aspirations, en transmettant autant de promesses que d'inquiétudes pour le fan de la première heure. Angoisses vaines, car finalement rien n'a vraiment changé dans la manière que Sinier a d'envisager et de composer sa musique. Refusant toujours les dérives de "l'aspect technique à tout prix", il est ici encore simplement équipé de sa gratte, de son Mac et de son petit clavier controller. L'aspect distordu est peut-être un peu moins poussé certes, mais c'est probablement pour laisser une place plus limpide aux voix et aux textes. Car oui, on trouve toujours ce sens inné de la montée mélodique, ces sonorités tirées d'orgues, et plus que des vestiges d'un hip-hop vrillé. La vraie nouveauté tient dans le fait que les morceaux chantés s'impriment dans les synapses avec une désarmante facilité. Explication : ils sont tout simplement très bons. Si l'ambiguïté de la musique et son aspect dérangeant se fait peut-être moins affirmée, les textes compensent largement ce constat personnel. L'exemple le plus parlant est sûrement She Is A Lord, track mystérieux presque floydien, avec son texte (de Sylvie Frétet) nébuleux et au contenu étrangement féministe, se révèle comme le titre le plus atypique et le plus abstrait. C'est pourtant le premier "single" mis en avant. Raoul Sinier ne fait définitivement rien comme tout le monde. Et c'est sans doute ce qui le rend si passionnant. Citons également Over The Table, écrit par Nemanja Dragicevic, défini par lui même comme une fable ou pamphlet à l'égard d'une société d'herbivores. Car oui, les textes renforcent ici la folie latente qui a toujours habité la musique de Ra. Et même si il a encore des progrès à faire dans le chant, ça sature et c'est limite faux dans les aigus (le moins bon Too Late), sa voix ne dessert jamais l'équilibre des morceaux (l'excellent et forcément sombre The Enlightened Man) . J'avoue seulement maintenant que je pensais que ça pourrait être très indigeste sur long format. Green Lights et sa cavalcade de drums, le diptyque terriblement urbain et hip-hop Winter/Summer Days ou le troublant Walk de fin sont aussi plus particulièrement à retenir.

 

Uniquement motivé par sa quête de plaisir, Raoul Sinier sort ici un album aussi atypique que sa probable personne. Dire que c'est l'album de la maturité serait faux et sonnerait gimmick en fin de chronique. Je dirais donc ce que dirait sûrement Sinier lui même. C'est l'album d'une certaine continuité, de la sienne. Non dépourvu des aspects hip-hop qui avaient fait le succès et les éloges de ses précédents éssais, Guilty Cloaks vient se parer d'un certain habillage rock et d'enluminures de pop ascensionnelle. Surprenant et complètement dingue, cet album devrait plaire à un public nouveau, à l'image de sa mixture complexe et abstraite mais ratissant très très large. Bravo l'artiste.

 

http://images.music-story.com/img/album_R_400/raoul-sinier-guilty-cloaks.jpg

par Ed Loxapac

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10 août 2011 3 10 /08 /août /2011 17:10

Sortie : août 2011

Label : Planet Mu

Genre : Dubstep, deep-house, R&B

Note : 6,5/10

 

Ca y est, la London a dégueulé sa dernière hype, comme tous les deux mois depuis plus de cinquante ans. Le Pingouin revêt donc son vintage jacket, fourni avec son gramme de mauvaise C réglementaire, se déleste d’un prohibitif billet d’Eurostar, et vous chronique ce nouveau Room(s) de Machinedrum (aka Travis Stewart, originaire de New York), sur le dos duquel certains essaient depuis une grosse semaine de se faire de l’oseille à bon frais. Machinedrum : les hypermnésiques parmi vous savent qu’il s’agit d’un outsider de l’IDM, officiant depuis le début des années 2000 principalement sur Merck Records. Cette fois, c’est Planet Mu qui régale. Aucun besoin de rédiger un historique de la musique de Machinedrum, puisqu’il effectue sur ce LP un virage musical à 90°, passant d’une IDM de facture très classique à un mélange improbable de dubstep, de deep-house et de R&B.

 

A court terme, l’histoire montre déjà que le dubstep n’est pas qu’une mode, une hype parmi d’autres. Il fut effectivement un mouvement de percée : synthèse d’un dub erratique pour blancs, d’une drum&bass aux rythmiques tronquées, et d’un UK garage au bass-wobbles rageurs, le dubstep n’en fut pas moins musicalement assassiné deux fois : une par Burial et son trip-hop maquillé, une seconde avec Shackleton et son lissage ou glaçage des aspérités du son dubstep des origines, pour des morceaux cliniques et efficaces mais pacifiés. Depuis, le dubstep se divise en deux camps : ceux qui résistent, en redorant le blason révolutionnaire du style, et ceux qui se lancent dans la course du toujours plus mainstream.

Ce Room(s) de Machinedrum s’inscrit intentionnellement dans cette dilution générale du son dubstep. La structure du morceau d’ouverture, She died there, en décrit parfaitement l’esprit. Partant d’une rythmique dubstep dévitalisée, des vocaux R&B viennent s’imposer rapidement pour déboucher sur un ensemble deep-house mitigé. Ce sont ces vocaux de R&B prostitué pour MTV, parfois salement vocodés, qui expliquent sans doute la rampe de lancement que lui ont avancée les spécialistes de la tendance éphémère. Ils confèrent à l’ensemble de ce Room(s) une ambiance clubby assez mièvre, et dont le dosage d’influences musicales semble calibré en brainstorming de cadres-sup’ de la hype. Le Machinedrum a envie de plaire au plus grand nombre, et ça s’entend très fort.

Les amateurs du genre avaient pourtant déjà été prévenus : par exemple, depuis une petite année, le label Nonplus, antre des Instra:mental, D-Bridge ou ASC, semble en voie de fondre son dubstep initial avec des vibes soulful de plus en plus marquées. Mais jamais cette fusion n’avait été si claire, et surtout si racoleuse qu’avec ce Room(s). La plupart des morceaux exploitent la même recette décrite ci-dessus : la fusion d’une vieille hype, le dubstep, avec deux valeurs sûres du clubbing londonien, la deep-house fin 90’s et le R&B des années 2000. La seule chose qui rend finalement supportable l’écoute de ce LP, ce sont les sections rythmiques montées par Machinedrum, et leurs BPM surélevés : certes, seule la structure rythmique demeure dubstep au sens propre, tandis que le grain des beats évoque parfois d’autres influences un peu jazzy. Mais sur ce point au moins, il y a un travail indéniable.

 

On l’avait pourtant gueulé très fort il y a maintenant vingt-trois ans : "don’t believe the hype !" On a simplement avec ce Room(s) un album que personne n’aurait jamais eu l’idée d’écouter avec attention, si les managers de la com’ en électronique n’en avaient décidé autrement. Les Instra:mental le répétaient eux-mêmes sur leur mix Fabriclive de 2010 : "London : no future". Un disque qui fait réfléchir, mais pas vraiment à la musique.

 

http://img.electro-maniacs.net/19466.jpg

par Pingouin Anonyme

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10 août 2011 3 10 /08 /août /2011 10:41

Sortie : juillet 2011

Label : Bedroom Research

Genre : instru électro-rap / wonky / électronica

Note : 7/10

 

Pour sa première sortie payante, Bedroom Research a choisi de faire appel à une valeur sûre : le vétéran Himuro Yoshiteru, dont nous ne nous sommes toujours pas lassés de son Where Does Sound Come From ? de 2010 (chroniqué ici). Le Japonais signe son septième album sur lequel il démontre sa maîtrise des musiques électroniques en voguant entre électronica, rap abstrait, drum'n bass, voire dubstep, avec toujours des influences IDM. Une impressionnante synthèse des sons d'hier et de ceux d'aujourd'hui.

 

Dès le premier titre Himuro démontre tout sa science du beat et sa maîtrise des bleeps. Il cisaille, découpe, colle, syncope... et ça envoie sec ! Entre les bleeps et les rythmiques qui cognent jamais là où l'on s'y attend, l'auditeur est pris entre plusieurs feux et se laisse vite submerger. Le bien nommé Enjoy Your Bath Time plein de vitalité fait plus dans le festif (comme la drum'n bass un pau faiblarde de Future In The Past) avec une forte présence de filtres pour faire évoluer la mélodie. Nous préférons quand il élève la folie d'un cran avec Shape of Light sur lequel les sons tournoient vivement dans les enceintes.

Mais la force du producteur est de ne pas jouer seulement la carte de la puissance et de la multiplication des sons. Il peut aussi, sur Empty Packet Inst par exemple, s'inscrire dans une certaine langueur avec un tempo faussement énergique. Ce morceau apparaît aussi avec trois MC invités en renfort, Freez, Booty et Nab, pour un rap qui offre une courte respiration. Avec Doublethink, il la joue carrément laidback façon soleil californien sans oublier de passer ses samples sur la table de torture. Les extraits plus sombres (Realize Your A Living Dead) ont aussi en réserve quelques breaks explosifs.

Ces différents passages révèlent des méthodes communes de bricolage avec des boucles de voix furtives et des rythmes complexes et parfois vertigineux. Moins surprenant dans le calme, les titres explosifs du Japonais, dont Weekday Music Championship, sont sa force principale car il y démontre toute sa maîtrise des machines. Sa palette de styles joués est aussi impressionnante, avec certains passages qui combinent des touches différentes, comme ce Self Construction qui évoque successivement l'IDM, le dubstep, les hits house 90's ou les beats wonky. La mixture peut alors sembler un peu trop riche ou abondante, demandant un peu de temps pour être digérée en une seule fois. Il faut toutefois rester jusqu'au Greedy Pigeon de conclusion, entre rap abstrait et électronica, où les mélodies contemplatives se succèdent sur le claquement entraînant de la caisse claire.

 

Qui trop embrasse mal étreint, dit le proverbe. A vouloir trop embrasser de genres musicaux, Himuro Yoshiteru se perd un peu en route. Si l'ensemble est de haut niveau, les titres plus festifs font un peu figure d'intrus et diluent encore un peu plus le reste du disque déjà très riche. 7th Shape Shifting contient en effet de nombreuses perles à ne pas rater.

 

http://www.bedroomresearch.com/sites/default/files/images/(BR034)%20Himuro%20-%207th%20Shape%20Shifting%20300.jpg

par Tahiti Raph

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9 août 2011 2 09 /08 /août /2011 21:30

Sortie : juin 2011

Label : Sun Sea Sky Productions

Genre : IDM méditative et relaxante

Note : 8/10

 

Antonis Haniotakis n'est pas un inconnu pour les coutumiers de nos humbles lignes. Tout d'abord parce qu'après s'être fait la main sur bon nombre de netlabels, il a sorti l'excellent Out In A Field à l'automne 2009 sur le label Symbolic Interaction aujourd'hui en sommeil. Lui demander d'appraître en clôture de notre compilation When Light's Drillin The Haze (toujours gratuitement disponible ici) était pour nous alors comme une évidence. Melorman sort donc aujourd'hui son deuxième album physique. La questionnante confidentialité entourant la sortie n'a d'égale que l'humilité et la gentillesse du musicien grec.

 

Souvent dans nos chroniques, et surtout dans les miennes, ce qu'il convient d'appeler l'IDM n'a une tribune élogieuse que lorsqu'elle est fracturée par des rythmes rugueux et industriels, ou alors quand elle déverse toute sa dark side. La crise globale que traverse le pays de Melorman n'a pourtant pas altérée la dimension enchanteresse de sa musique. Car oui, j'ose le dire, cette frange de la musique électronique a parfois le don de se montrer sirupeuse, pour ne pas dire chiante à mourir. Ce n'est pas le tout de mettre le paquet sur la sphère mélodique, surtout si c'est pour rendre une copie pauvre rythmiquement. Melorman réussie donc la performance de maintenir l'auditeur captivé, avec une musique douce, relaxante mais empreinte d'une mélancolie certaine, qui ravira les amateurs de sons propices à la contemplation. Autre point positif et original à mettre à l'actif du Grec, il sait jouer du synthé. Fait rare, à l'heure où la plupart utilise leurs bécanes comme des gadgets. Dès les premières notes de Celia, on retrouve avec bonheur ce sens aigu de la mélodie simple et mélancolique qu'il avait su injecter à sa relecture de The Robot Can't Swim de Magnitophono. Il y a même quelque chose de naïf, de presque candide dans les mélodies de Melorman (Forget, Saturday Morning, Under a Shelter...). Ce n'est pourtant jamais rébarbatif, surtout quand le rythme se fait plus poussé et plus subtil, comme sur Two And Nine. After Noon est définitivement un album qui file le sourire, qui donne envie de quitter les tourments des villes et leurs clapiers à ouvriers d'usines, céder aux atouts et à la fermeté intacte d'une jouvencelle furtive et au teint gorgé de soleil. Vaste programme me direz vous. Ce lieu existe. Melorman l'a trouvé en Crète. Voilà qui confère à l'oeuvre un spleen presque heureux, qui nous donnerait envie de rejoindre Melorman là où il puise son inspiration et son regard amusé ou laconique sur le temps qui passe. Belle oeuvre.

 

A l'ombre des anciens ou nouveaux labels phares du genre, certains continuent d'oeuvrer dans une indépendance et une confidentialité qu'on peut qualifier d'injuste. Comme d'autres musiciens grecs avant lui, tels que Spyweirdos, Subheim, Magnitophono ou Mobthrow, Melorman transmet des sensations qui redonnent toute leur noblesse à des sentiments essentiels. Les siennes plairont plus que certainement aux inconditionnels d'un certain label Boltfish. Chapeau bas.

 

http://ecx.images-amazon.com/images/I/51NHzreK%2BBL._SL500_AA280_.jpg

par Ed Loxapac

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8 août 2011 1 08 /08 /août /2011 14:25

Sortie : août 2011

Label : Anticon

Genre : électro-pop-folk

Note : 6/10

 

En plus d'avoir appris le piano dans sa jeunesse et la composition à l'université, Son Lux s'est essayé à la batterie et la guitare avant de se convertir à l'utilisation des machines. La synthèse de toutes ses influences a mis trois ans à se transformer en un premier album, At War With Walls And Mazes en 2008. Après un maxi l'an passé (Weapons EP, chroniqué ici), l'Américain revient avec un nouveau long format composé en un mois, durée fixée par le concours de la radio publique nationale dont il est lauréat. Un travail dans l'urgence et pourtant très soigneux où se mélange ses talents de multi-instrumentiste et un chant fragile.

 

Les bois grondent et une voix aérienne flirte avec les aigüs. Flickers plante le décor. La batterie effleure la membrane tandis que les violons bourgeonnent pour donner un charme désuet à la mélodie sensible. Le ton est sombre. Le chant pop-folk léger s'accommode d'instrumentations finement construites. Les cuivres de All The Right Things font éclore un sourire dans un univers fait de candeur et de douceur. L'artiste évoque le conte et la magie. En conviant de nombreux instruments et différentes voix (avec notamment le renfort de Jace Everett ou de Shara Worden de My Brightest Diamond), il bâtit des châteaux enchanteurs, fait pousser des forêts infineis parcourus par des héros émerveillés par ces mondes nouveaux. Le récit fait penser à un opéra-rock à l'échelle d'un théâtre de marionnettes. L'épique Rising est ainsi le reflet d'une épopée commencée dans la majesté des sonorités organiques avant de s'achever dans la violence de battements électroniques.

Ces rencontres improbables sont la marque de fabrique de Son Lux. Vous l'accepterez ou non. Le delay de la guitare rauque, les cordes brûlantes, le chant enjôleur et les sonorités synthétiques - de plus en plus présentes au fil des titres - se marient avec grâce même si la rencontre n'est pas toujours évidente. Après le magnifique Chase, l'ambiance mélancolique prend toute sa complexité avec Claws, sur lequel la rythmique électronique contrebalance un piano poignant. La basse et les cris de la guitare résonnent d'une cave où le personnage central de l'histoire semble confronté à ses peurs. La joie revient toutefois avec les percussions conquérantes de Let Go avant le Rebuild final, résumé des épisodes précédents où toutes les influences s'entrechoquent à nouveau.

 

Son Lux réveille votre âme d'enfant et fait appel à votre capacité d'abstraction pour oublier vos repères musicaux et vous laisser aller dans ce We Are Rising atypique et rêveur.

 

http://funkyoudear.com/wp-content/uploads/2011/06/we_are_rising.jpeg

par Tahiti Raph

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7 août 2011 7 07 /08 /août /2011 21:03

Sortie : juillet 2011

Label : 4AD

Genre : Dubstep 8-bit, IDM vintage

Note : 7,5/10

 

Le mystérieux Anglais Zomby nous revient pour un second LP : Dedication. Après un premier en 2008, intitulé Where Were U In 92 ? (Werks Discs), qui proposait un curieux revival rave un peu kitsch, Zomby s’est essayé sur une dizaine de maxis (dont deux sur Hyperdub) à une tentative peu commune : concilier un dubstep léger mâtiné d’IDM rétro avec de la 8-bit. Et ça sonne pas mal !

 

C’est le label 4AD qui distribue ce Dedication, ce qui est en soi un fait historique. Label mythique anglais fondé en 1980, pionnier dans beaucoup de ce qui s’est fait de mieux en musique gothique éthérée durant cette longue décennie (Bauhaus, Dead can Dance & This Mortal Coil, Cocteau Twins), 4AD n’en avait pas moins finalement pris assez tôt un virage indie (n’est-ce pas lui qui découvrit également les Pixies ?), virage qui s’est même intensifié jusqu’à nos jours (Bon Iver, TV on the Radio, The National, que sais-je…). Mais de là à signer un type comme Zomby, il fallait franchir un pas nouveau dans la direction musicale du label !

D’autant que la musique de Zomby est assez particulière. Un point avant tout, qui intrigue forcément : la durée des seize tracks de ce Dedication, dont la moyenne est de… 2’20 ! A vrai dire, on se l’explique assez mal. Tout se passe comme si, ayant enregistré un double LP rempli ras la gueule de morceaux de plus de sept minutes, Zomby avait subitement décidé de sélectionner le meilleur passage de ces longs morceaux, pour finalement ne présenter qu’eux en trentaine de petites minutes. La démarche, droit au but, court et efficace, n’est pas sans rappeler, à un tout autre niveau, celle du grindcore (débuts et arrêts de morceaux abrupts, volonté d’aller immédiatement à l’essentiel, mise en avant de l’énergie musicale).

Musicalement, c’est fatalement déstabilisant. D’autant que le LP démarre par des morceaux franchement dubstep, épurés de ses classiques bass-vomiting, et 8-bit exclue. Witch Hunt ouvre le bal en rappelant le classique Night de Benga, quand Alothea affiche un dubstep un peu tristounet et assez joli. Mais c’est sur le single Natalia’s Song que Zomby commence à réellement convaincre. La chose fait penser à de l’IDM sous lithium plaqué sur une rythmique dubstep cotonneuse, où un joli brin de voie féminine samplé confère à l’ensemble une énergie mélancolique, à la fois poppy et malsaine.

Mais dès le quatrième morceau Black Orchid, le son tellement typé de la 8-bit intervient à quasiment tous les tracks. Le mariage n’est évidemment pas dénué d’accrocs : dubstep, 8-bit et IDM sont à la base des styles suffisamment étrangers les uns des autres pour que l’écueil menace à chaque boucle. Tous les morceaux ne sont donc pas absolument folichons, mais des titres comme Lucifer (56 secondes !), Digital Rain ou Haunted parviennent à convaincre, se faisant tantôt lyriques, tantôt irrésistiblement dansants, ou tout simplement bien foutus, comme le final Mozaïk.

 

Efficace et finalement audacieux dans ses mélanges, quoiqu’un peu mainstream aux entournures, ce Dedication de Zomby convainc, mais laisse à l’auditeur un goût de trop peu, la faute à cette durée définitivement trop courte des morceaux, qui donne l’impression d’un catalogue sonore intéressant mais factice et trop vite feuilleté. La prochaine fois, on vise les 50 min ?

 

http://passionweiss.com/wp-content/uploads/2011/07/zomby-dedic.jpg

par Pingouin Anonyme 

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7 août 2011 7 07 /08 /août /2011 17:12

Sortie : juin 2011

Label : Hymen Records

Genre : IDM, Dubstep, Indus, D&B, Tech/House

Note : 7/10

 

Daniel Myer est un poids lourd. Et pas seulement parce qu'il fut membre du légendaire duo Haujobb en compagnie de Dejan Samardzic. Installé chez Hymen depuis un bon moment avec son projet Architect, ce gaillard dont la carrure impressionnante n'a d'égale que la timidité (ou l'humilité peut-être) a réalisé des albums importants. Rarement dans le sérail des musiques post-industrielles, on aura croisé un gaillard faisant preuve de tant d'éclectisme. Du dubstep au hip-hop, des prémices de l'indus à la drum'n bass, l'Allemand tourne dans le monde entier en intégrant toujours à ses prestations son acclamé remix de Behind The Wheel de Depeche Mode. Après son Consume Adapt Create de début 2009 (non chroniqué dans nos lignes), inutile de dire que tous les beatmakers confirmés ou en devenir allait se battre pour participer à cette compilation de remixes. Upload Select Remix est donc très représentatif des goûts et des artistes qui gravitent autour d'Architect. Le résultat s'annonce donc extrêmement varié. Trop peut-être...

 

Nul doute que ceux qui ont été informés d'une potentielle re-formation de Haujobb (un EP vient de sortir chez Tympanik) se sont jetés sur cette compilation. Ce disque ne doit d'ailleurs pas être envisagé autrement que tel. Des titres comme Fast Lane, Pure, The Beauty And The Beat, The Bitch Is Back ou Attack Ships On Fire valaient déjà leur pesant de cacahuètes à la sortie de Consume Adapt Create. Il n'est donc pas surprenant de voir les pointures du genre y laisser une empreinte nouvelle et personnelle. Du côté des réussites, citons Stendeck qui s'en sort plus que honorablement avec des sources quand même très dubstep à la base, ou Hecq, qui ne pouvait que servir magistralement son approche chirurgicale du beat et du cut sur The Beauty and The Beat. End.user également, avec sa drum'n bass musclée, virile et sans concessions. Keef Baker et Comaduster ont aussi aussi pris du plaisir à faire le job. Mais le titre le plus bluffant et mystique est assurément celui de Subheim, sublimant Attack Ships On Fire avec un sens du romantisme troublant et des qualités atmosphériques et orchestrales rares dans cette niche musicale. VNDL, Canadien nouveau venu (dont le premier album chez Hymen ne devrait pas tarder à voir le jour), offre lui aussi une relecture intéressante de I Lost My 808, avec son dubstep létal et brouillé. Venons en aux regrets. Tout d'abord constatons que certains remixes ne sont pas de première fraîcheur. Certains des artistes présents avaient déjà rendu leur copie peu de temps après la sortie de Consume Adapt Create. Le fait aussi d'intégrer des versions purement techno (Andre Winter, David Partido, etc.) a  simplement vocation de représenter au mieux les goûts variés du maître mais se révèle comme totalement dispensable pour le fan de la première heure de Daniel Myer. Dommage, et peu cohérent. Précisons que ceux qui souhaitent acquérir ce disque se verront offrir une volée supplémentaire en mp3, avec les interventions pertinentes de Normotone, Dryft, Marvul ou de The Empath.

 

Upload Select Remix contient de petites pépites. Mais l'ensemble n'est pas assez cohérent ou original pour complètement se démarquer des sources originelles et se réclamer de l'indispensable. Un truc de collectionneur donc, qui peinera à faire patienter les puristes et ceux qui attendent patiemment la sortie d'un nouvel album d'Architect et l'hypothétique reformation d'Haujobb. Il est par contre vivement recommandé de se procurer l'ensemble de la discographie d'Architect, et à fortiori d'Haujobb. Ceux qui étaient au Maschninefest l'année dernière savent...

 

http://www.hymen-records.com/all/hymen-y794-x3.jpg

par Ed Loxapac

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6 août 2011 6 06 /08 /août /2011 19:03

Sortie : juin 2011

Label : Schematic

Genre : IDM, Experimental

Note : 8/10

 

Le duo américain Phoenecia s'est nourri des 90's. En 1995, Romulo del Castillo et Joshua Kay fondent Soul Oddity et réalisent l'album Tone Capsule. Leur projet Phoenecia, axé sur une IDM aux consonances de musique concrète, éclot en 1997 avec un EP, Randa Rommet, sorti sur Warp Records. Les deux comparses créent alors leur propre label Schematic, qui collaborera avec Autechre, Richard Devine ou Scott Herren (Prefuse 73), comme avec The Designers Republic. En une décennie, ces deux natifs de Miami ont réalisé une paire d'albums, Brownout et Echelon Mail. Voilà pour leur actif. Aujourd'hui c'est de l'excellent Demissions dont on parle, troisième album inclassable, abstrait et très beau.

 

Encore maintenant, les sons de Phoenecia semblent emprunts de reliquats de l'âge d'or warpien. Il y a dans Demissions une profonde recherche d'abstraction, de réfutation de la mélodie au sens classique du terme. Mais puristes qu'ils sont, les deux sont à des lieux d'une trop grande et pénible opacité. L'univers de Phoenecia est difficilement descriptible. Une chose est claire, ce disque possède des capacités d'absorption impressionnantes. Et cela même si on ne peut jamais être vraiment certain de l'endroit dans lequel on a atterri. Faille temporelle dans un futur troublé sans être réellement menaçant ou réminiscences d'un passé plus fédérateur, nul ne peut le dire. Les nappes paraissent habitées. Les rythmiques s'apparentent à des pulsations organiques d'origine inconnue. Parfois on voit poindre des lueurs magnifiques, telles des tonalités liquides qui subliment les froides répétitions de boucles impérieuses. Demissions est un album intransigeant, qui se doit d'être proprement assimilé, délivrant alors des trésors de sculpture sonore, de finesse et d'ambiances sombres et moirées.

Un disque qui s'ouvre sur une pièce telle que Two-Part Invention For Bohdran & Computer démontre déjà un niveau plus que conséquent. Telle une symphonie bruissante s'étirant sur 12 minutes, le morceau trace dans sa première partie des liens de filiation avec les compositions concrètes. Des touches d'électronica légères et pures marquent la transition vers le second mouvement. Des drums travaillées aux pinceaux développent alors une quasi-trance, métallique et tribale. S'en est terrassant. Autres pépites, le délicat et jamais naïf Aunt Annie, ou Dogness, qui emprunte un sample du My Dogan de Kettel. Demissons se referme avec superbe, sorte de classe impétueuse qui le teinte de bout en bout. Frénétique, vicieux et fleurant bon les influences d'Autechre, Livelihoods brouille tous les codes, vous crache de la fumée dans le cerveau et progresse avec des desseins hallucinatoires. Un truc énorme.

 

Il n'est pas impossible que ce disque doive attendre quelques années pour être justement apprécié. Phoenecia réussit la performance d'unir une vision avant-gardiste et un profond esprit old-school. Entre IDM, drill'n'bass, ambient et manipulations abstraites, Kay et del Castillo livrent un album profond, chimique et élégant. Les nostalgiques de l'époque où Warp couronna ses grands seigneurs pourraient être à nouveau comblés.

 

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par Manolito

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4 août 2011 4 04 /08 /août /2011 18:36

Sortie : juillet 2011

Label : Fake Four Inc

Genre : rap beats

Note : 5/10

 

Après un Buggy plutôt électronica l'an passé chez Mush (chroniqué ici), Loden nous revient cette année avec un troisième long format, sorte de beat-tape, bien plus rap dans l'esprit donc, pour l'excellent label Fake Four Inc qui ne cesse de nous régaler cette année. Entre instru rap sobres et sons plus wonky, le Belge envoie 22 pistes qui visent à former un ensemble continu.

 

Concentré sur les textures, le producteur travaille ses crépitements sombres et ses claviers vrombissants sur des rythmiques basiques qui varient rapidement. Plutôt que de se concentrer sur les titres, ce Burning Man Stage Hand invite à se laisser porter de plage en plage au gré de variations ténues et profondes. La batterie est un repère mouvant dans cet univers synthétique qui se niche dans les coins ou au contraire emplit l'espace pour enrober l'auditeur. S'il utilise encore quelques fois des boucles (The Most Commonely Accepted Timespan), Loden préfère envoyer ses nappes et autres sons de manière moins répétitive. Il s'adonne ainsi à une espèce d'adaptation post-industrielle de l'instrumental d'inspiration rap, avec des ambiances décharnées et grises. Le format court des titres donne ainsi une impression de désolation où les seules technologies survivantes ne fonctionnent jamais longtemps.

La dernière partie de l'album contrebalance toutefois cette impression avec des titres électro plus enjoués. Le Belge délaisse les mélodies torturées pour passer, avec Starlet ou Offusive Behavior, à des claviers plus légers et énergiques. Ce passage de l'ombre à la lumière des spots colorés conserve toutefois un cadre assez similaire. Ce côté festif sur la fin, qui laisse même une impression de Daft Punk période Discovery sur Planeskip, surprend un peu tout en redonnant un petit coup de fouet quand le besoin s'en faisait sentir. Tout ceci semble toutefois plus ressembler à des ébauches avancées qu'à des morceaux achevés. Et si la spontanéité est appréciable, l'ensemble manque un peu de caractère. 

 

Ce troisième album est moins abouti que le précédent et ressemble plus à une beat-tape pour faire du buzz qu'à un véritable LP. Ne le jetez pas trop vite non plus car Loden a des qualités de beatmakers non négligeables et démontre une certaine originalité dans sa démarche avec ce côté sombre largement exprimé.

 

http://s3.amazonaws.com/releases.circleintosquare.com/340/images/loden_digital_lores_fakefour.jpg

par Tahiti Raph

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