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4 septembre 2011 7 04 /09 /septembre /2011 12:05

Sortie : juillet 2011

Label : Tympanik Audio

Genre : Inclassifiable

Note : 8,5/10

 

Bruno Laborde a compris dès 1994 que l'informatique et les bécanes en général pouvaient lui permettre de dépasser largement les limites techniques du zicos lambda. Tout d'abord au sein d'Axonal Warfare, puis avec Neon Cage Experiment, il fait ses armes en produisant de l'EBM et de l'indus, tout en nourrissant l'espoir que sa culture musicale, old-school sensibilisée par la cold wave et les voix de pendus, lui permette d'exprimer plus tard quelque chose de plus personnel et libéré des obligations de compromis liées à la survie d'un groupe. Ses compositions en soliste trouvent rapidement un écho chez ceux qui produisent ce qui se fait de mieux dans le genre. A savoir Architect, pour qui il réalise un remix, Shannon Malik et son beau bébé Signifier, et bien sûr Paul Nielsen de Tympanik. Peu après le début de mes pérégrinations de "français de l'intérieur" en Alsace, j'apprenais que Normotone habitait pour encore quelques mois Strasbourg, ce qui permit l'enregistrement d'une interview que vous pouvez toujours retrouver ici. Inward Structures est donc son premier album solo, composé entre 2008 et 2010, paru le mois dernier sur le label chicagoan.

 

Dans Fight Club, le narrateur posait des mots sur sa progressive décompensation schizophrénique qui allait enfanter de sa cohabitation psychique avec un certain Tyler Durden. Parce qu'il n'est pas complètement fou, ou parce que la musique fait pour lui office de thérapie, Normotone livre ici une oeuvre ambivalente, ambiguë, dérangeante, anarchique, schizophrénique. Si le personnage interprété au cinéma par Edward Norton souhaitait sâlir toutes les plages normandes qu'il ne verrait jamais d'une marée bien noire, Normotone souille lui aussi d'une acre noirceur et d'une violence contenue, des territoires sonores riches et beaux. Pas par réaction, ou par pulsion nihiliste, mais plus simplement pour laisser exprimer les différents pôles de sa personnalité. Liant les pistes les unes aux autres avec des captures urbaines du quotidien, il livre pourtant un des rares albums que je pourrais écouter en mode shuffle. Pas parce qu'il est incohérent, mais parce qu'il est tissé d'instants saisis à des moments et à des humeurs différentes, pleinement dissociables les uns des autres. Fait rare, avec Inward Structures, le Français montre qu'un album peut être élaboré psychiquement sans pour autant être intellectualisé à outrance. Même s'il est loin d'être un débutant en matière de softwares, il n'a pas tout misé sur l'arsenal technologique et technique, probablement pour rendre cet album aussi oppressant qu'humain. Car comme il le disait très bien dans l'interview, cet album bénéficie du background musical d'un mec plus proche des quarante piges que du sortant du lycée. Puisant aussi bien dans la dark folk que dans les sombres ambiances d'un Lustmord, dans les lacérations digitales des techniques de sound design et dans l'indus des prémices, Inward Structures est probablement l'album le plus atypique paru chez Tympanik. Choix casse gueule de musicien et couillu de label. Car clairement, cet opus risque de désarçonner la fan base du label de l'Illinois et des amateurs des niches musicales plus clairement identifiées. De par son caractère intraçable tout d'abord, mais aussi de par la très importante présence des voix. Le timbre caverneux et chaud accompagnant parfaitement la guitare gracile de Isolation Is My Achievement, le spoken word angoissant sur These Hearts, ou la superbe participation de Charlotte sur Frozen Leaves (qu'on pourrait croire tout droit sortie de l'âge d'or des voix fragiles et pleine de vécu propres au trip-hop du milieu des années 1990). La participation de Punish Yourself sur l'excellent Black Horses Of Destruction est aisément reconnaissable. Si on ajoute à ce qui est bien plus pensé finalement que bordélique, que Normotone est aussi très bon pour créer de beaux glitchs et de cinglantes brisures rythmiques, on peut incontestablement dire que cet album est aussi dense, bon que courageux. Je recommanderais pour ma part plus particulièrement l'écoute de Some Few Words, du contrasté et ambivalent Defections, du beau et riche Milky Skin In A Yellow Fuzzy Light (où la rythmique principale headbangante vie très bien avec les minauderies de Angelika) et les terrifiantes et lacérées Confessions Of A Daydreamer. Seul regret : je ne comprendrais jamais pourquoi on s'évertue à adjoindre des remixes à de pareilles oeuvres, qu'ils soient bons ou mauvais.

 

Oeuvre dangereuse et dense, Inward Structures ne peut que difficilement laisser indifférent même si des réactions contrastées sont à prévoir. Voilà qui n'est pas forcément un mal, car ça changera des consensus mous envers les valeurs sûres que Tympanik a l'habitude de sortir. Les albums qui divisent et qui surprennent sont souvent ceux qui laissent une large empreinte. N'ayez pas peur de ce que vous ne connaissez pas, ou pas comme ça. Il y a ici un haut pouvoir d'abstraction et un potentiel cinématographique avéré. Qu'on se le dise. De tels travaux sont rares à l'heure de la lente et inéluctable dématérialisation de la musique...

 

http://www.speakerfire.com/images/products/preview/11715.jpg

par Ed Loxapac

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3 septembre 2011 6 03 /09 /septembre /2011 20:28

Sortie : juillet 2011

Label : Boltfish

Genre : Electronica

Note : 6,5/10

 

Le projet Biotron Shelf est né de deux esprits à qui l'on doit déjà beaucoup. Tous les deux fondateurs du label Boltfish, Cheju et Mint officiaient déjà en solo avant d'unir leurs talents. Un Cdr avait d'ailleurs vu le jour en 2006 sur le trop confidentiel et trop artisanal label belge U-Cover. Ceux qui nous lisent depuis 2009 savent tout le bien que je pense de Broken Waves, le magistral dernier album de Cheju. Je suis un peu plus réservé en ce qui concerne les travaux plus aériens et encore plus organiques de Mint. Vu la faible activité de Boltfish cette année, on peut se demander si le charmant label britannique ne serait pas en proie à des difficultés financières ou à un relatif  sommeil temporaire. Il est vrai que Cheju, connu également artistiquement sous son vrai nom Wil Bolton, a été bien occupé avec ses tout aussi passionnants essais drone et ambient, plus particulièrement Time Lapse (ici) sorti en fin d'année dernière. L'union des deux compères au sein de Biotron Shelf s'annonçait donc comme pleine de promesses.

 

Officier en duo est toujours un truc compliqué, surtout quand on bénéficie d'une certaine assise et d'un univers clair en solo. Car voilà, Clouds Bands And Arabesques souffre d'un caractère trop linéaire pour réellement accrocher l'auditeur féru des habituelles productions de chez Boltfish. Attention, les deux Anglais n'ont pas saboté le boulot, ils ont juste à mon humble avis peiné pour faire ressortir un sillon captivant et répondre aux attentes qu'avait généré l'annonce de cette sortie. Les jolies mélodies, profondes et crépusculaires, semblent surtout être touchées par l'aspect cristallin et par la nostalgie de l'enfance des textures de Mint (Butternut Squash, Forests Of Glass And Steel). Cheju a probablement oeuvré plus en retrait, polissant ses glitchs, ses rythmiques et ses effets avec la subtilité et la rigueur qu'on lui connaît, intégrant des sonorités traitées issues de vrais instruments, un peu comme sur le dernier album de Winter North Atlantic (A Tree Without Birds). Pour ma part, je retiendrais plus facilement le caractère groovy des graves ronflantes, des breaks et des rythmes de Clockwork Pharmacy, le nébuleux et crépusculaire The King's Horses et les plus riches Three Ten To Euston et Formless Geometry. La courte durée de l'album n'aidera pas à combler ce sentiment de semi-déception. Dommage.

 

Clouds Bands And Arabesques ne décevra peut-être et heureusement pas tout le monde. Il peut être considéré comme un marche-pieds idéal pour ceux qui souhaiteraient tenter une première immersion dans la musique de la maison Boltfish. Les fans de Mint y trouveront peut-être également plus leur compte, avant l'imminente sortie de son nouvel album. On pardonnera donc aisément que les promesses potentielles ne soient pas parvenues à combler les légitimes espérances. La prochaine fois sera la bonne. Longue vie à l'electronica, humaine et organique, déployant des sensations charnelles et mélancoliques.

 

http://www.boltfish.co.uk/images/releases/BOLTLP012_CloudBandsAndArabesques_300px.jpg

par Ed Loxapac

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2 septembre 2011 5 02 /09 /septembre /2011 17:08

Sortie : septembre 2011

Label : Live at Robert Johnson

Genre : Deep house

Note : 8,5/10

 

Huitième et dernier volume annoncé de la série mixée des Live at Robert Johnson, dernier mix également de Dixon qui, si l’on en croit ses dires, ne veut plus se consacrer à ce genre d’exercice. Il flotte un parfum de fin du monde sur ce mix, ainsi qu’une odeur de sainteté. On connait Dixon, favori du label Innervisions, pour son Grandfather Paradox avec Âme et Henrik Schwarz (chroniqué ici), ou pour son Temporary Secretary (ici) en solo, c’est-à-dire pour le génie de sa deep-house moderne, classieuse, mélancolique, affranchie de la prostitution sonore de Chicago et dédaigneuse des mondanités arty new-yorkaises. Que nous réserve notre berlinois dans cette conjoncture ?

Joyau de quatorze facettes pour autant de morceaux sur la tracklist, ce mix présente une sélection racée, alternant morceaux pointus, remixes et edits, avec des références plus attendues dans ce style (Agoria, Mark E, Roman Flugel, Osunlade). Le voyage est pensé comme une mise en orbite progressive, et pour une fois prédomine le sentiment que ce mix n’est pas qu’un set live grossièrement raccourci au format LP : il se suffit parfaitement à lui-même, ne manquant de rien ni ne souffrant d’aucun excès. Seul fil conducteur, cette deep-house lumineuse, légère et chatoyante, estampillée Innervisions, teintée d’une nostalgie mélancolique et sereine comme un regard tourné vers l’horizon d’où l’on vient, et où l’on ne se rendra plus qu’au moyen des brumes de ses souvenirs.
Tout commence sur un edit de Dixon de P. Eladan, pour une intro tout en nappes planantes de synthés, qui rappellent le blues électronique délicat de Vangelis sur la BO de Blade Runner. La transition avec le 2 Ton d’Ursula Bogner témoigne déjà d’une subtilité dans les transitions entre tracks qui ne se démentira pas une fois le long du mix. Mais c’est avec le He said de Dominique, coup de génie en forme de balade housy désabusée, que Dixon émerveille une première fois grâce à ce track pulsé par quelques notes de guitare, suspendu à un spoken word grave et désespéré sur fond de violoncelle. Les morceaux d’Hauschka et de Barnt enchaînent harmonieusement avec une electro-pop entêtante aux accents warpiens de Boards of Canada.

Il faut donc attendre le sixième track, le For one hour d’Agoria, pour voir apparaître les premières lignes de basse groovy ainsi que le premier kick du mix, moelleux et lascif, appuyant un violon déchirant, le tout s’alliant pour la première grosse mise à feu dancefloor du mix. Les morceaux de Hatikvah et Kenton Slash Demon installent une deep-house classique et classieuse, toujours emprunte de cette tristesse nostalgique qui jalonne tout le voyage. Le ton se durcit un peu avec Cologne Tape qui, prenant un départ quasi shoegaze, finit par clouer l’auditeur avec une magnifique envolée de basses, pour déboucher sur le bel edit du Call me de Mark E par Dixon, et son piano vaporeux qui rappelle avec bonheur celui de Badalamenti sur la BO de Twin Peaks. Roman Flugel prend la suite avec une tech-house aux contours trance qui assure la transition tout en faisant chauffer un peu plus le dancefloor, mouvement prolongé par Bruno Gauthier, dont la tech-house sombre s’emmitoufle dans des boucles de synthés aux accents kraftwerkiens mornes et aériens. Dernier gros moment du mix, l’Envision d’Osunlade remixé par Âme et édité par Dixon, bombe deep-house dont la vulgarité légère est contrebalancée par sa capacité à retourner n’importe quel dancefloor en quelques notes. Le voyage s’achève avec Todd Terje, sur un morceau à la rythmique fiévreuse et à la ligne de basse rappelant celle du Behind the Wheel de Depeche Mode, prolongé jusqu’à l’extinction du kick et du mix avec lui.

La série de mixes Live at Robert Johnson a souvent frappé juste (Chloé, Prins Thomas, Arto Mwambe), parfois avec un peu de maladresse (Ivan Smagghe, Roman Flugel, Ata) ; mais ce dernier volume la couronne comme l’une des plus importantes des années 2000. Le travail d’orfèvre de Dixon est exempt de tout reproche, tant sa deep-house est à la fois sensible, mélancolique, classieuse, tout simplement un cran au-dessus de ses contemporains. Interdiction de passer à côté !

 

http://www.catapult.co.uk/resources/cache/resize_box_it_-resources-product-images-37003-VOL8jpg.350x350.jpg

par Pingouin Anonyme

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2 septembre 2011 5 02 /09 /septembre /2011 16:56

Sortie : septembre 2011

Label : Project: Mooncircle

Genre : abstract-dubstep-ambient

Note : 6/10

 

Après avoir sorti l'an passé une mixtape de remixs de classiques du rap américain, le New-yorkais sort un maxi difficile à classer avec ses nappes atmosphériques, ses rythmiques distantes et ses voix aériennes. Avec des influences jazz, funk, blues et rock expérimental, Krts concocte avec ses machines cinq titres - auxquels est ajouté un remix - qui intriguent et apaisent, dans une voie plus calme que son album A Posing Flower de 2006.

 

Dans le genre mélodies aérées, Hold On se pose là. Les claviers virevoltent au milieu de légers cliquetis et de discrets craquements. Le tempo emprunté ne veut pas brusquer les ambiances planantes et reposantes qui prédominent. L'ensemble flotte agréablement et donne toute sa place à l'imagination de Krts. Le morceau éponyme laisse échapper une voix répétitive qui survole la mousse synthétique se déployant dans un large espace. Les paysages qui défilent sont épurés et s'étendent dans le lointain à perte de vue. Le producteur travaille sur le glitch avec mesure et construit avec patience. Son apprentissage du piano apparaît sur Whatever sur lequel il glisse quelques notes dans la torpeur de ce titre qui s'étire en longueur avec délicatesse. 

Alors que le maxi hésite entre ambient et abstract hip hop hétéré, des touches de jazz et de dubstep s'insinuent subtilement. Un saxophone lointain, quelques syncopes trouvent leur place au milieu de sonorités tout en retenue.

 

Le remix, très proche dans l'esprit, de Glenn Astro ajouté à ces cinq titres n'apporte pas grand chose à cet EP inspiré et évocateur. Le New-yorkais nous laisse dans une apesanteur agréable.

 

http://www.projectmooncircle.com/files/pmc087_cover_1200.jpg

par Tahiti Raph

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31 août 2011 3 31 /08 /août /2011 10:05

Sortie : 29 août 2011

Label : Triangle Records

Genre : Electronica immersive

Note : 5,5/10

 

Derrière Balam Acab se cache Alec Koone, Américain de 20 ans instigateur d’un son pour le moins singulier, sorte d’électronica possédée au pouvoir envotant. Rapidement signé par l’entité new-yorkaise TRI▼ANGLE Records, notre jeune homme se devait de proposer une suite à See Birds, premier EP fortement remarqué. Sort donc Wander/Wonder, premier exercice longue durée.

 

S’il y a bien une chose qu’on ne peut pas reprocher à Balam Acab c’est de ne pas posséder une réelle identité sonore. Alec Koone a réellement créé une entité musicale à la marge, une électronica-lo-fi puisant sa force dans un wall of sound grésillant. Wander/Wonder refuse l’ossature rythmique et préfère se concentrer sur des motifs cycliques. Le beat et la basse se font aléatoire pendant qu’une voix sous hélium accompagne le disque d’un bout à l’autre. Objet non conformiste, Wander/Wonder se révèle de prime abord fascinant grâce à Welcome, ouverture progressive qui lentement vous enveloppe ou bien par le jeu d’un Expect préférant la simplicité aux constructions labyrinthiques.

Mais rapidement, cette identité singulière s’efface et ce qui devait être un album audacieux devient une proposition vaine. La profondeur sonore n’est qu’un subterfuge et Wander/Wonder se transforme en grand bluff. Les sonorités aquatiques font miroiter le grand plongeon alors que l’on reste à la surface. Les sonorités organiques se répètent inlassablement sans vraiment parvenir à nous émouvoir.

On saisit alors rapidement que nous sommes en train de nous faire berner. Balam Acab c’est du Clams Casino intelligible, du Salem apaisé. Cette foutu esthétique east-coast actuelle semble répondre indirectement à la vague électro-lo-fi-psyché de Los Angeles (Matthewdavid, Jeremiah Jae, le label Leaving Records, etc.), le pouvoir de fascination en moins. Se voulant une musique aux relents élégiaques, l’univers de Balam Acab ne peut réussir à faire pénétrer durablement le soleil dans son voyage. New-York n’est pas Los Angeles et toutes les bonnes intentions n’y changeront rien. Tout cela finit pas sonner faux.

 

Balam Acab risque pourtant d’être copieusement encensé par les médias alors qu’une fois n’est pas coutume, il s’agit uniquement de l’arbre cachant la forêt. Wander/Wonder n’en reste pas moins un objet musical intrigant, c’est seulement que le trip est bien trop fourbe pour laisser une empreinte durable dans notre cerveau.

 

http://crocnique.files.wordpress.com/2011/08/balam-acab-wander-_-wonder.jpg

par B2B

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30 août 2011 2 30 /08 /août /2011 20:35

Sortie : août 2011

Label : Brainfeeder

Genre : jazz électrique

Note : 3/10

 

Avoir un CV long comme le manche de sa basse et être produit par Flying Lotus ne suffit pas à faire un bon disque. Exemple avec Stephen Bruner, alias Thundercat, qui a joué avec Leon Ware, Suicidal Tendencies, Stanley Carke ou Snoop Dog et qui sort son premier album sur Brainfeeder. Malgré un travail de longue haleine et de multiples invités, le résultat est un jazz électrique mutant et surtout ronflant qui ne décolle jamais vraiment.

 

La pochette, le label, le passé de l'artiste, le titre pompeux, rien ne semble vraiment coller. La batterie clinquante, le clavier gonflé aux hormones ou la voix suave de George Duke, le mélange est étrange. Si le son est confortable et l'ambiance chaleureuse, le côté lounge pépère prend trop souvent le pas sur les harmonies et les discrètes touches électroniques insufflées à ce jazz fusion qui se veut modeste et arrive bien à son but. Ce traitement du son, avec divers filtres, aurait pu faire la réussite de ce disque mais ne fait que le sauver du naufrage en lui donnant un soupçon d'originalité. Par bonheur les voix doucereuses (horripilantes sur Walkin' et Daylight) ne sont pas présentes sur tous les titres, ce qui permet aux extraits instrumentaux de prendre un peu de hauteur même si cela ne va jamais bien loin.

Il faut toutefois relever une certaine homogénéité tout au long de l'album qui peut s'avérer plaisant en fond sonore d'un bar de luxe où l'on sirote des cocktails trop chers dans des fauteuils clubs au cuir usé. Le plus curieux est cette grande discrétion de la basse qui ne surgit que par moment pour rappeler que Stephen Bruner manie l'instrument avec une grande dextérité. Il nous sort alors (sur Goldenboy ou Fleer Ultra) un peu de notre atonie pour nous montrer de quoi il est capable. Le temps d'un seul morceau, Mystery Machine (The Golden Age Of Apocalypse), il montre un visage plus expérimental qui interpelle mais disparaît bien vite. Dommage.

 

Brainfeeder confirme avec cet album sa fibre jazz, mais ce n'est pas vraiment ce que nous attendons de ce label... surtout quand c'est aussi dénué d'intérêt.

 

http://www.brainfeedersite.com/wp-content/uploads/2011/08/the-golden-age-of-apocalypse.jpg

par Tahiti Raph

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29 août 2011 1 29 /08 /août /2011 13:20

Lieu : Paris

Date : du 31 août au 11 septembre 2011

 

Le toujours irréprochable festival Jazz à la Villette permet de clotûrer brillamment l'été. La programmation flirte avec le sans faute. On pourra notamment y entendre Archie Shepp, Roy Hargrove, Brad Mehldau, Maceo Parker, Questlove (et pleins de potes pour une soirée afrobeat qui s'annonce dantesque), The Ex, Zu, ESG, Poni Hoax, Cinematic Orchestra, etc.

Chroniques Electroniques piochera dans cette prog afin de vous en livrer, dans la foulée, un compte-rendu détaillé.

 

http://www.sightdance.net/upload/1-E-concerts-jazz-clubs-festivals-Visuel_FINAL_JAV.JPG

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29 août 2011 1 29 /08 /août /2011 11:17

Sortie : août 2011

Label : Self-released

Genre : Detroit tech-house

Note : 7/10

 

Avouons-le, lorsque nous avons appris que le Hollandais Legowelt  (aka Dany Wolfers) autoproduisait son dernier album, The Teac Life, et le rendait officiellement disponible gratuitement sur Internet (ici, en 320kbps), nous avons craint une catastrophe. Qu’un type aussi référencé que lui (six LP à son nom depuis 1996, une vingtaine de pseudos différents, et des projets à n’en plus finir) s’autoproduise dans la plus stricte gratuité, cela pourrait augurer qu’il n’ait su trouver label à son pied, et que partant, son nouveau disque est complètement pourri, d’autant que la qualité des sorties de Legowelt demeure assez aléatoire. Erreur : The Teac Life légitime parfaitement les quatre clics nécessaires à le télécharger !

 

Quatre clics, mais 111 min au compteur ! C’est donc un double LP que le Hollandais nous présente, quatorze morceaux au long cours déroulant une techno dont l’unique visée semble être un hommage aux vétérans de Detroit. Legowelt n’a d’ailleurs jamais caché son admiration pour ces acteurs, citant volontiers Blake Baxter (pourquoi pas !...) comme un moment important dans ses découvertes musicales de jeunesse. Et de fait, ce The Teac Life présente aux oreilles de l’auditeur une sorte de catalogue des sons techno inventés et joués dans le Detroit des 90’s. Prédominance de synthés vintage aux mélodies froides, planantes et colorées, culte rendu à la 909, long développement de structures musicales aériennes… on baigne bel et bien en pleine nostalgie des origines !

Tout irait bien si l’ensemble n’était pas déjà si entendu, ou si Legowelt n’échouait pas si souvent à insuffler un souffle nouveau à ses compos ; car si c’est avec les vieux chaudrons qu’on cuisine les meilleures soupes, encore faut-il avoir de bonnes recettes de soupes. Or l’objet est tellement balisé que l’on pourrait dire, morceau après morceau, à quel acteur de la scène Detroit il rend hommage. Ce sont des "à-la-manière-de" que ces quatorze tracks : on y croise Model 500 (Beyond Ur Self), May & Saunderson (The Soul of the City), Carl Craig (première période), Blake Baxster (Wherever we go), mais aussi Drexciya, Eddie ‘Flashin’ Fowlkes ou Kenny Larkin. Certes, ces hommages sonnent bien, on s’y sent chez soi, y compris à l’aide d’un rendu sonore identique à ces vieux sons vinyles, quoique la production inévitablement déficiente du mp3 desserve l’ensemble du mix studio. Néanmoins, certains morceaux témoignent de vraies qualités de composition, parmi lesquels ce Forest Conditioner, sur lequel une dub-tech semblable aux premiers travaux de Rod Modell intègre des samples new-age de bruits de la forêt, pour mieux les distordre jusqu’à les fondre entièrement dans l’ensemble techno de départ, dans une admirable fusion de la nature et de la machine. Des consonances acid plus Britanniques colorent certaines compos, quand d’autres lorgnent vers une house elle aussi solidement ancrée dans les 90’s, tendance Chicago’s fever… un véritable voyage dans le temps !

 

Nous voici donc face à un disque le long duquel on ne sombre pas dans l’ennui redouté, ce qui est en soi une réussite pour un album d’hommage aussi appuyé à la techno de Detroit, autoproduit et gratuit de surcroît (toujours ici). Si certes, ce LP s’adresse avant tout aux fans de l’époque ancienne, il a pourtant de quoi convaincre au-delà de ce seul pré carré. Laissez-vous tenter !

 

http://oedipepurple.files.wordpress.com/2011/08/legowelt-the-teac-life-back.jpg

par Pingouin Anonyme

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26 août 2011 5 26 /08 /août /2011 09:46

Sortie : 29 août 2011

Label : Ostgut Ton

Genre : Techno

Note : 8/10

 

Cela fait désormais 8 ans que le Berghain domine mondialement le clubbing, 8 ans que l’usine berlinoise toise de haut ses insipides concurrents. Chaque époque connaît son club emblématique, définissant un état d’esprit purement contextuel. Le Studio 54 new-yorkais des 70’s promettait un amour libre autour d’une disco décomplexée pendant que l’Hacienda mancunienne des 80’s synthétisait la communion d’une foule extasiée sur fond d’acid-house. L’optimisme a vécu son heure de gloire. Au Berghain, désormais, on lutte face à un mur de basses omnipotent. Et comme un contresens à notre époque d’éclatement des tendances, la musique du Berghain (et de son label Ostgut Ton) voit opérer un resserrement des styles et des mâchoires.

 

Marcel Fengler est un des piliers du Berghain, le type même du mec qui reste attaché, ad vitam aeternam, à son club. Il puise son inspiration dans les murs bétonnés de cette imposante antre fuligineuse et ses DJ sets deviennent alors des épopées hypnotiques. C'est ainsi à lui de proposer un mix faisant suite aux précédentes propositions de Ben Klock, Len Faki ou Marcel Dettmann. L’exercice reste toujours difficile car les résidents du Berghain ont davantage l’habitude de puiser leurs ressources dans des sets de plus de 4 h. La problématique de ce Berghain 05 étant ainsi de réussir à synthétiser un impénétrable univers en 80 min chrono.

Mais Fengler n’est pas dupe et sait comment rendre un mix magnétique. L’ouverture, d’une intelligence folle, tout en tension, en spatialisation gargantuesque, vous engloutit dans un puits sans fond. Fengler devient alors chimiste. Et quand le beat moite devient définitivement répétitif au bout de 20 min, vous n’êtes plus qu’un pantin désarticulé. Il est absolument inutile de revenir sur la tracklist tant l’ensemble fait bloc, tant les sons se chevauchent pour mieux copuler. Réussir à retranscrire la perfection du sound-system du Berghain est un tour de force que cette compil' réussit à maintenir. La basse vous enveloppe avant de vous plaquer au sol sans jamais non plus devenir cette force occulte privilégiant la violence. En effet, on aurait tort de voir dans ce mix une tentative de redéfinition de la noirceur. On sait que le Berghain n’est pas un terrain de jeu pour enfants, qu’il faut apprendre à lutter contre ses propres démons pour en faire surgir la lumière. Malgré une volonté d’en imposer, ce Berghain 05 n’en oubli jamais la sensibilité.

Le plus impressionnant restant ce pouvoir de persuasion émanant d’une telle régularité. Pendant 80 min, on reste complètement happé par cette force implacable qui refuse le compromis. Devenant alors otage, vous ne pouvez rejeter ce syndrome de Stockholm qui lentement vous envahit.

 

Ce Berghain 05 ne peut que confirmer, une fois de plus, la domination du club berlinois sur la concurrence mondiale. Marcel Fengler ne joue plus seulement avec nos sens, tel le plasticien Sol LeWitt, il devient un architecte de l’espace, redéfinissant notre vision par la force d’un seul volume, étalant notre perception par le spectre du minimalisme. Ce Berghain 05 n’est alors qu’une porte d’entrée vers une nouvelle "structure" sensorielle.

 

http://stilroutine.de/wp-content/uploads/2011/07/berghain_05_marcel_fengler.jpg

par B2B

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25 août 2011 4 25 /08 /août /2011 17:10

Sortie : 28 mars 2011

Label : OHM Resistance

Genre : Post drum & bass

Note : 8/10

 

On l’avait raté, on a eu tort, on y revient ! Le label OHM Resistance (Method of Defiance, Scorn, Blood of Heroes, Enduser, Gator Bait Ten, etc.), fondé par le New-yorkais Kurt Gluck, côtoie en termes d’underground pointu les Hymen, Tympanik et autres Ad Noiseam dont Chroniques électroniques relate régulièrement les pérégrinations musicales. D’autant qu’ici, c’est le boss en personne qui fait parler la poudre, avec cet énorme troisième LP de son entité Submerged, intitulé Before Fire I Was Against Other People.

 

Le joli artwork de ce disque définit mieux la musique de Submerged que n’importe quelle étiquette, musicale, avec son paysage brumeux de terres brûlées. Kurt Gluck n’est pas homme à se contenter d’un style musical par disque, même si son terrain de prédilection demeure la drum & bass qu’il joua initialement avec l’infatigable vétéran du style, Bill Laswell (avec lequel il a enregistré son premier LP, Brutal Calling, édité sur Avant, le label de John Zorn). Et si certains tracks nous balancent ici une d&b simple mais explosive (Transport, Before Fire), ce n’est que pour mieux armer les autres morceaux d’influences extérieures. Ainsi de l’ouverture Space Arabs, sorte de montée dubstep sur fond de mélodies orientales, ou du Death Sentence, sur lequel à nouveau un dubstep malade se fait bastonner la gueule par des kicks de déments et des basses à en fêler des parpaings de béton armé.

Entre drum & bass et breakcore, Borderguard génère des tornades de bass-wobbles aux bourrasques toxiques saupoudrées d’arpèges au yukulélé (si !), tandis que Rorshach fait sonner ses patterns de caisse claire comme une exécution en rafale au pistolet automatique. La décharge obtenue justifierait à elle seule la parution du LP. Mais Kurt Gluck n’est pas homme à travailler seul, et s’entoure ici de lieutenants prestigieux à l’esprit tout aussi fracassé. Ainsi Mick Harris (Napalm Death, Scorn) et Dr. Israël s’allient pour faire sonner sur Nowhere to hide un dub membré comme un hippopotame en rut, quand ce n’est pas le guitariste de Pale_Project, Jason Selden, qui vient poser sur No One ses riffs postcore lourds comme du plomb, et survolés par des hurlements proches du gargarisme au verre pilé.

Mais c’est sur l’ultime morceau et sommet incontestable du disque, Dead, que Submerged déploie tout son artillerie, accompagné par les hurlements et guitares de Justin Broadrick (Godflesh, Jesu), et par la batterie de Ted Parsons (entendue avec les Swans, Prong, Fœtus, Killing Joke, et… une bonne dizaine d’autres groupes de cette acabit). On s’y prend en pleine face un metal frondeur à la fois indus et postcore, bientôt amplifiée d’une drum & bass traversée de spasmes breakcore, le tout adossé à une construction épique faites de montées en tension permanentes, et scandées par un Broadrick hurlant comme un damné que "you’re dead". On l’avait compris !

 

Par la bite de Jupiter, impossible de rater cette dégelée musicale, où Submerged nous prouve que si, la drum & bass a encore bien des choses à dire, des oreilles à calciner, et des pans musicaux entiers à travailler, incorporer, revitaliser. A classer parmi les grands disques du genre. OHM.

 

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par Pingouin Anonyme

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Published by Chroniques électroniques - dans disque
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