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19 septembre 2011 1 19 /09 /septembre /2011 19:09

Sortie : septembre 2011

Label : New Deal Records

Genre : rap instrumental / rap

Note : 6

 

Doctor Flake trace depuis 2003 sa route en toute indépendance, développant un rap instrumental posé et introspectif. Le Français a développé peu à peu son réseau et partage de plus en plus son univers intimiste avec d'autres artistes. Son quatrième album reste dans cet esprit, avec toutefois une touche un peu plus sombre qu'à son habitude.

 

Le son du producteur est assez facilement identifiable. Des nappes légères et discrètes, un beat indolent, une douce mélancolie et un rapport au temps distancié. Cette formule perdure tout au longs des dix titres. Les quatre en solo sont dignes de la qualité à laquelle il nous a habitué par le passé. Dès le Lost On The Beach d'ouverture, on retrouve des mélodies séduisantes, une guitare attirante et des voiles sonores qui vont et viennent sobrement. Swell Line ou le contemplatif Walk On The White Side sont d'autres passages instrumentaux agréables à l'écoute, mais qui passeront peut-être un peu inaperçus au milieu du reste.

Du côté des collaborations, Nawelle Saidi pose sa voix à la Beth Gibbons sur un flot de saturation qui berce tranquillement la nuque. La rencontre de la souplesse face à la dureté. On remarque aussi le spoken word effrayant de Black Sifichi sur le bien sombre et minimaliste Aorta. Miscellaneous de Fumuj fait une apparition propre sur le rap de Followers, tandis que Vale Poher réussit mieux sa tentative en français que celle en anglais qui clôt le disque de manière un peu facile. Des interventions diverses qui se fondent dans le monde du docteur.

 

Le Français garde sa formule éprouvée n'apportant que de rares touches de nouveautés avec les invités. Ceux qui connaissent déjà ses précédentes oeuvres peuvent s'en passer, les autres ont ainsi l'occasion de le découvrir.

 

http://f.bandcamp.com/z/37/83/3783155514-1.jpg

par Tahiti Raph

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18 septembre 2011 7 18 /09 /septembre /2011 22:55

Sortie : septembre 2011

Label : Hymen Records

Genre : Dubstep viril

Note : 8/10

 

Est-il encore possible que les lecteurs de nos lignes ne sachent pas qui est Hecq ? Baptisé Ben Lukas Boysen par ses glorieux géniteurs, il est probablement l'artiste électronique le plus talentueux et le plus génial depuis la retraite anticipée d'un certain Aphex Twin. Des albums tels que Scatterheart ou Night Falls doivent aujourd'hui encore figurer dans toute discothèque électronique intelligente qui se respecte. Il demeure fidéle à Hymen depuis ses débuts, même si sa proximité avec le dirigeant d'Ad Noiseam l'a logiquement poussé à y sortir ses premiers essais dubstep. On se souvient forcément de Sura, qui attribua couilles et pilosité fournie à un genre qui en manque cruellement. Ce monsieur sait diversifier ses activités, j'ai entendu dire que lui aussi (encore un) était architecte de formation. Sa probable passion pour les édifices l'a logiquement conduit à s'intéresser au sound design. Il a donc bâti les enrobages sonores de pléthore de publicités et de courts métrages. La récente intégration de Sura à la B.O du nouveau Assassin's Creed va probablement le propulser vers d'autres sphères. On entendra bientôt dans certains cercles (qu'il n'est pas nécessaire de désigner ici) des conversations comme celle-ci : "Tu connais Hecq mec ? C'est dubstep et c'est nouveau". On préférera nier d'un hochement de la tête et sourire, à la manière des derniers aigris, solitaires et magnifiques.

 

Il y a quelque part à la pointe du menton un point d'acupuncture que la corporation des gladiateurs du noble art connaît bien. L'uppercut est l'arme la plus adaptée pour approcher cette infime surface et jeter son adversaire au tapis en un instant, lui offrant une sorte de déflagration cérébrale qui lui conférera par la suite béatitude puis inconscience. Voilà ce que propose Hecq avec Avenger. En maître incontestable des cuts, il fait convulser le beat comme un boxeur sonné, ordonnant à l'auditeur de garder une certaine distance de sécurité pour ne pas se heurter à ses basses vicieuses et ondulées. Le combattant revêt son masque et prend des allures de héros, anonyme mais épique. Refusant de se réfugier sur ses seuls muscles saillants et affûtés, il use d'une technique implacable, presque irrespectueuse vis à vis de concurrents pourtant aguerris. Pour être plus concret, Hecq terrasse le dubstep en refusant d'incarner les poncifs. Définitivement épique, on peut même trouver une certaine mystique sur certains titres, semblables aux cérémoniels qui précèdent certains combats en Amérique du Sud. Tourne toi vers ton créateur avant de pourfendre ton ennemi ou de succomber sous ses coups. Voilà ce que semblent dire certaines voix et certains claviers profonds, entendables sur le costaud With Angels ou le plus atmosphérique Reprise. Ce n'est probablement pas des voix d'anges qui apparaissent sur l'interlude scarymooviesque Lynn And Nicolas Call. Même trafiquées, on peut supposer que ce sont celles de Nicolas Chevreux et d'Enduser. Voilà pour ma petite spéculation anecdotique, qui apportera au moins autant à l'oeuvre que les remixes qui ferment l'opus. Si je faisais une petite pause dans mes diatribes anti-remixes, je dirais que ceux de Architect, Trifonic ou Deadfader sortent un peu de l'ornière de la convention. L'érudit (ou l'aigri chiant et puriste) préfèrera les coups de butoirs agrémentés de réacteurs d'avions hurlant et de voix hybrides haranguant l'auditeur vers le ring d'un dancefloor définitivement musclé. Si Pulverized, Shutter et Nihilum, de par leurs vertus anihilantes, ont ma préférence, d'autres auront également du plaisir à retrouver Matta sur une Suture bien cousue.

 

Quand un maître de l'IDM et du sound design fait du dubstep, ça a tout de suite une autre gueule. Voilà qui ne me fera pas changer d'avis à propos de ce genre surestimé et plus que soluble sur la durée. Hecq est un génie et ça, ça ne souffre d'aucune contestation possible. Il est encore temps de se jeter sur toute sa discographie. C'est un investissement dans la pierre de taille. Sinon, quitte à écouter du dubstep, autant que ce soit du Hecq.

PS : Ceux qui souhaiteraient acquérir la version limitée se verront offerts un masque de catcheur. De quoi faire le beau sur le dancefloor...

 

http://www.israbox.com/uploads/posts/2011-09/1315577076_cover.jpg

par Ed Loxapac

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18 septembre 2011 7 18 /09 /septembre /2011 14:47

Outre le fait d'être un garçon adorable, Access To Arasaka compte parmis les fers de lance d'une nouvelle scène IDM dont la frange américaine a depuis lontemps attesté de sa fertilité. L'auteur des chef-d'oeuvres que sont Oppidan (ici), void(); (ici) et Orbitus (ici) a accepté de se livrer à Chroniques Electroniques, avec un humour et une humilité infinis. Cette interview devait se passer entre New York (où j'étais cet été) et Rochester, où réside Robert Lioy. Mais le lieu approprié ne fut pas trouvé... et Paris/NY via skype c'est finalement très proche. 

 

(read the original version

 

Quelles ont été tes premières émotions musicales ? Avec quel type de musique as-tu grandi ?

 

Je ne saurais dire pourquoi mais quand j'étais enfant, la musique me faisait toujours imaginer certaines choses. L'une d'entre elles, dont je peux me souvenir précisément, s'apparente à un site de construction ou une pièce striée de bandes de lumière rouge venant d'un coucher de soleil traversant des stores. La connexion entre la musique capable de générer de images, des visions me semblaient incroyable. Je me souviens d'un moment, alors que j'étais très jeune, où j'étais allongé dans la cuisine essayant d'attraper un arc-en-ciel sur le sol. Ma mère était en train de faire la vaisselle et on écoutait la radio à ce moment-là. C'est l'un de mes plus lointains souvenir. Cet instant ne me lâche jamais. Toutes les choses alentours, l'idée même d'être un enfant mais c'est surtout la musique qui m'a profondément marqué. Puis j'ai grandi avec la musique des années 80's. Elle était réellement futuriste à l'époque, et elle l'est toujours. De nombreuses chansons comme Safe By Zero des Flecks m'apparait toujours comme quelque chose que l'on pourra écouter dans le futur.

 

Peux-tu nous parler de ton univers culturel, notamment de tes goûts littéraires et cinématographiques?

 

En terme de littérature, j'aime évidemment les œuvres cyberpunk mais je viens de finir enfin, de lire la série des Dark Tower de Stephen King, que j'ai trouvé fantastique. Je lis quasiment tout à la condition que ça soit bien écrit. En ce qui concerne le cinéma, j'admets adorer les films d'horreur. C'en est presque bizarre car la majeure partie de ma musique et tout le reste de ma vie sont plutôt communs et j'aime les films de science-fiction. A propos de films d'horreur, j'ai une préférence pour ceux qui développent une dimension psychologique, ceux de Jacob Ladder, Videodrome, même Silent Hill était franchement pas mal. Mais je reste amoureux des slasher des années 80's (sous-genre d'horreur ndlr), du genre de Les Griffres de la nuit (A Nightmare On Elm Street) et Vendredi 13...

 

                                       1303300046875 

 

Orbitus, ton dernier EP, révèle une dimension onirique, un certain apaisement dans le beatwork comme dans les émotions évoquées, qui tranche avec void(); l'album apocalyptique qui l'a précédé. Est-ce un choix délibéré ou quelque chose qui s'est imposé à toi ?

 

Ce fut un choix conscient et très délibéré. Le concept en réalité, derrière Orbitus ainsi que pour mon prochain album Geosynchron, est en quelque sorte inspiré par des séries de Richard K. Morgan, mais il est question en grande partie de mes propres désirs et de mes limitations personnelles. A vrai dire, c'était une création extrêmement personnelle pour moi. Une sorte de traitement par lequel je devais passer, simplement car c'est comme un recueil de rêves pris pour la réalité. En quelque sorte, l'expression de certaines angoisses qui m'envahissent à l'instant où je me réveille et je réalise que ma vie n'est pas vraiment ce que j'imaginais qu'elle serait 10 ans auparavant. Mais aussi comment il me serait possible de dépasser mes propres peurs pour m'efforcer d'aller vers quelque chose de substantiel, comme peut-être avoir du succès.  Pendant très longtemps j'ai gardé ma musique pour moi parce que j'avais peur que les gens la détestent. Je continue de retenir certaines choses et j'ai peur d'en essayer des nouvelles, j'ai peur de beaucoup de choses sans savoir vraiment pourquoi. Tout ceci parle de moi, essayant de gérer ces peurs et de les dépasser.

 

Dans l'IDM actuelle, ta façon de traiter la matière sonore est unique, immédiatement reconnaissable. Outre l'aspect spatial des mélodies, les rythmiques réfutent le sens classique du terme. Les bugs numériques ont trouvé dans tes compositions une véritable expression musicale. En es-tu conscient? Pourrais-tu l'expliquer?

 

Je pense que la raison pour laquelle il y a un contraste entre les atmosphères, les drums et tous les éléments de ma musique vient du fait que je crée des morceaux basés sur mes influences. J'adore Orbital donc je les garde souvent en mémoire au moment de produire des mélodies ou des atmosphères, mais en même temps, Autechre et Chris Clark sont d'immenses influences en ce qui concerne le travail rythmique. J'imagine que j'essaye juste, d'une façon ou d'une autre, de fondre toutes mes influences ensemble, ce qui produit ce son auquel tout le monde s'est habitué. Je ne peux pas m'en attribuer le mérite, tout ça c'est grâce à ceux que j'ai pu écouter depuis toujours, je ne fais que les copier (rires). Tu as parlé de « bugs numériques », effectivement j'aime beaucoup conserver les erreurs dans mes compositions. Cela sonne de façon plus honnête ainsi, par exemple s'il y a une distorsion accidentelle, car j'ai placé trop d'effets ou si je découpe des samples et qu'il y un « pop » à la fin, la plupart du temps je les garde parce ça coule en quelque sorte avec la musique et que même si ce n'est pas la cas, ça me paraît honnête, de la même façon qu'un peintre ferait une erreur...

 

Access+To+Arasaka+ata promo09

 

Ta musique m'a toujours évoqué des milieux spatiaux, futuristes. L'espace, le vide astral se retrouvent dans l'esthétique d'AtA. L'inconnu et le futur sont-ils des sources d'inspiration?

 

Ils le sont certainement. L'espace est une immense inspiration pour moi, je conduis souvent jusqu'au milieu de nulle part, je m'allonge à l'arrière de ma voiture pour regarder les étoiles et penser à la musique que je pourrais créer. En plus  du futurisme et de l'espace, je suis aussi très influencé par le temps et la nature, les orages et le vent. Pour je ne sais quelles raisons, quand il y a un orage j'ai juste envie de m'assoir et d'enregistrer, c'est tout ce dont j'ai envie.

 

Langage de programmation, hacking et base de données hantent les titres de tes morceaux, ton propre site... Considères-tu que l'informatique puisse intervenir autrement dans l'art que comme un simple outil ?

 

Oui, je pense que c'est complètement possible. L'entière idée du code et des langages de programmation m'attire depuis que je suis jeune. Le simple fait de l'observer m'évoque une sorte de joie inexplicable. Je sais que le point de vue d'un programmeur est proche de la création artistique. C'est peut-être un sens esthétique personnel qui s'exprime mais je pense qu'il existe une corrélation entre les deux.

 

Considères-tu ta musique comme romantique ?

 

Fucking hell... non je ne pense pas. Certaines de mes réalisations ont une idée romantique, mais ce qui touche au romantisme est pour moi tellement beau et pur... J'imagine que j'ai fait quelques chansons qu'on pourrait qualifier de romantique mais personnellement je ne le ferais pas. C'est principalement dû au fait que je ne considère pas ma musique comme exceptionnelle. C'est un jugement personnel bien sûr, mais dans mon esprit, je n'ai jamais composé de morceau un tant sois peu romantique au sens ou peut l'être une chanson comme Take Me Back de Subheim. Elle n'est que pur romantisme.

 

Access+To+Arasaka+access

 

Tu évoquais la profondeur et la dimension personnelle que tu as mis dans Orbitus. N'y a t-il pas là un aspect plus romantique que dans void(); par exemple?

 

En quelque sorte je suppose, void(); n'a pas le caractère introspectif d'Orbitus. L'idée même d'essayer de surmonter mes peurs a sous-tendue la réalisation d'Orbitus, par exemple le fait de ne pas être à la hauteur dans une relation sentimentale, et d'autres craintes de ce genre. Orbitus a été réellement composé pour moi. Je ne comptais pas le sortir, et puis Paul (Nielsen ndlr) de Tympanik m'a finalement convaincu de le faire.

 

On en connait le rendu sonore, mais en terme de concept, comment vois-tu l'application du cyberpunk à la musique?

 

Et bien, je pense qu'il y a différentes manières d'appliquer le cyberpunk à la musique. Il y a de la musique cyberpunk crée pour cet univers en particulier. Une bonne part de la musique heavy industrial aujourd'hui semble pouvoir être toujours écoutée dans quarante ans, lorsque les gens vivront dans un monde contrôlé par des robots ou quelque chose du genre. Je ne pense pas que ma propre musique ait une quelconque place dans une réalité cyberpunk. Il s'agit plus d'une interprétation cyberpunk pour moi-même, et pour mes contemporains. J'ai vraiment commencé à faire cela personnellement, quelque chose que des gens pourraient écouter en lisant William Gibson ou en jouant à un jeu-vidéo qui ait quelque chose à voir avec le futurisme. Je ne peux vraiment imaginer qui que ce soit écouter ma musique dans quarante ans.  

 

Tu es de loin l'un des artistes IDM majeurs aujourd'hui, et tu continues de sortir des Eps, parfois avec neuf titres, en téléchargement gratuit. Pourquoi ? Que penses-tu de la dématérialisation de la musique ? Comment rêverais-tu la situation de la musique aujourd'hui?

 

Je ne me vois certainement pas comme un artiste IDM majeur mais merci de dire cela. Et je ne sens vraiment pas que je le serais un jour, du moins dans mes propres yeux. Je pense toujours que j'ai encore énormément à apprendre, bien avant que je puisse un jour considérer cela. Mais j'ai débuté en souhaitant diffuser ma musique gratuitemment. Je n'aurais jamais pensé être signé sur un label, encore moins sur un label aussi incroyable que Tympanik. Donc à chaque fois que je sors quelque chose gratuitement maintenant, c'est un peu basé sur mon idée initiale de diffuser ma musique gratuitement, et en même temps, je pense que cela à voir avec le fait de dire merci aux gens. Ils mettent leur cœur et leur argent pour acheter quelque chose que j'ai crée, qui est une passion pour moi, que j'adore. Donc, le fait de m'assoir et de composer quelque chose d'autre à leur redonner échange me semble... je ne sais pas. Ca me semble être la moindre des choses. A propos de la deuxième partie de la question, je pense qu'il était attendu que la musique devienne digitale. Personnellement, j'aime les Cds et les disques physiques mais je comprends qu'il soit plus simple de tout avoir sur son ordinateur. Mais à cause de cela, du piratage, les choses deviennent incontrôlables. Maintenant que je suis sur Tympanik, Paul investit de l'argent car il croit en ce que je fais comme tout le monde dans le label, et je trouve injuste qu'il n'obtienne pas tout ce qu'il pourrait ou devrait à cause du piratage. Je ne suis pas sûr de la façon dont je rêverais la musique. Je pense que tant que je continue de faire mes propres disques et CDs, je serais heureux. Bon, si un nouveau format musical venait à apparaître, qu'il soit physique serait une bonne chose, pour je ne sais quelle raison, j'aime voir les discothèques chez les gens, cela me rend heureux.

 

Access+To+Arasaka

 

Que peux- tu dire à tes milliers de fans (et à moi) qui espèrent te voir un jour te produire en live?

 

Ah... que cela dépend complètement de ma chance de gagner au loto. Je n'ai jamais compté me produire en live donc tous mes investissements dans la scène musicale ont été dédiés à la production. Je n'ai même pas de laptop, c'est désolant! Donc, à moins que vous autres les gars, ne vous transportiez jusqu'à mon studio et acceptez de me voir debout sur une estrade avec un ghetto blaster à la main, ce ne sera pas pour tout de suite. Mais j'aimerais vraiment me produire sur scène.

 

Peux-tu nous parler de ton prochain album? La veine atmosphérique sera-t-elle davantage explorée?

 

Oui en quelque sorte. Il est clairement atmosphérique, c'est une sorte de prolongement d'Orbitus, mais le concept y est d'une certaine manière étoffé. J'imagine qu'il relève d'un point de vue plus mécanique, si cela a un sens. Il y a davantage de glitches, de sons surnaturels, je ne me suis pas tellement concentré sur des sonorités organiques. L'idée derrière Orbitus est basée sur des séries de Takeshi Kovacs (de Richard Morgan), Altered Carbon, Broken Angels et Woken Furies, et celui-ci également je pense. Il traite des humains s'acharnant à luter contre le passé. Son titre est Geosynchron et l'album étant achevé, il devrait sortir cet automne, avec un peu de chance, en octobre.

 

A quoi ressemblent tes projets à venir? Collaborations, écriture, vidéo? Peux-tu nous dire quelques mots sur ton projet artistique avec notre ami (et non moins talentueux) Timothée Mathelin aka shift. ?

 

Timothée, oui... Et bien on a cherché à construire un univers d'un genre clairement audio-visuel. J'ai crée des morceaux qu'il a interprété par le biais de ses artwork, et en même temps, il a crée de splendides travaux visuels que j'ai moi-même interprétés en musique. Donc je pense qu'on peut dire qu'il y a un artwork pour chaque musique mais on ne saura jamais vraiment ce qui a été crée en premier. Je suis particulièrement heureux de cette collaboration, principalement parce  que j'ai envie que tout le monde voit le travail qu'il a accomplit, c'est absolument incroyable. Cela va sortir bientôt, c'est quasiment fini. Il y a un autre projet qui s'est initié ces dernier jours mais je ne suis pas sûr que je puisse en parler... Je peux te dire que cela implique Erode, Dirk Geiger et moi-même. Nous sommes tous les trois en train de travailler ensemble mais je ne te dirai pas encore de quoi il s'agit.

 

http://idata.over-blog.com/2/47/16/19/manon/access-to-arasaka.jpg

 

Tu as toi-même étudié le design graphique. Existe-t-il selon toi, un lien entre cette discipline et les musiques expérimentales de type IDM?

 

D'une certaine façon, je pense que oui. Je suis souvent limité personnellement, mes créations visuelles sont restreintes parce que je ne suis pas assez compétent en modélisation 3D ou je n'ai pas de caméra pour les motions graphiques ou je n'arrive simplement pas à créer ce j'ai en tête. Mais l'IDM n'a aucune limite et j'ai l'impression de pouvoir faire absolument ce que je veux avec ça. Il n'y pas tellement de limitations, si ce n'est personnelles. Je pense qu'il existe une sorte de corrélation et j'essaye parfois d'appliquer à ma musique des règles qui sont propres au design graphique, tant que le résultat s'équilibre. Je suppose que la musique est presque une extension des créations visuelles pour moi, car je ne suis pas un expert, parfois il y a des choses que j'aurais envie d'être et que je ne peux pas, alors que la musique me le permet.

 

Est-ce qu'il y a une question que tu aurais aimé que je te pose ou un sujet que tu aurais aimé aborder ?

 

Robocop. (rires) Mais non, je n'en parlerai pas. Je parle de Robocop dans à peu près chaque interview donc on peut s'abstenir pour celle-ci.

 

 

Un grand merci à Robert Lioy pour son temps et sa sincérité.

propos recueillis par Manolito

Merci à FA

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17 septembre 2011 6 17 /09 /septembre /2011 15:31

Sortie : juillet 2011

Label : Tympanik

Genre : Ambient, IDM, Industrial

Note : 8/10

 

On ne compte plus les artistes passionnants dans les sphères électroniques rugueuses qui viennent à la base de la scène metal. Alexander Dietz, est de ceux là, s'accordant une pause inspirée en parallèle de son groupe Heaven Shall Burns pour signer son premier album solo chez Tympanik Audio. Bénéficiant d'un artwork et d'un packaging exceptionnel, ce premier essai d' Erode a bénéficié d'un joli travail de communication et du salut de poids lourds de la scène. L'intervention de Mike Cadoo (Dryft, Bitcrush, Gridlock) à la production suscite encore plus l'intérêt. Play it Loud !

 

Comme l'évoque l'artwork, cet album est comparable à un container recelant des objets et des reliques amenés à traverser les époques et à se crasher en zone décharnée. Si les influences de Beefcake (pour l'ambient) et de Gridlock (pour l'aspect rythmique et le caractère émotionnel) sont incontestables, l'allemand presse ici un contenu définitivement bien installé dons son époque. En membre éminent de groupe à guitares, il laisse transpirer des effluves de post-rock et de shoegaze à sa musique. Il y a parfois ici des réminiscences qu'on peut avoir déjà croisé chez n5md. Le vrai talent d'Erode est de parvenir à unir un ambient profond, presque spatial, à un beatwork incisif et complexe. Certains pourront même y trouver peut-être une démarche cyberpunk. Dès les premières secondes de 10950, ce sentiment impressionnant de charge et de puissance a immédiatement quelque chose de captivant, même si on est plus vraiment étonné de trouver cette dimension chez Tympanik. Tel un canevas d'intrigues, de tensions et de contrastes, où les visions d'apocalypse et de luxuriance rentrent en collision avec subtilité et intelligence, Erode révèle un Horizon ambivalent, à des années lumières des clichés "darkside" émoussés jusqu'à la garde par toute une génération de beatmaker. Les excellents titres Wither et Annoy sont souillés de toute cette parcimonie de puissance et de toute cette variété dans les tribulations sonores explorées et suggérées. Brillant. Le reste de l'ensemble est difficilement critiquable, tant le voyage est homogène et fascinant. Le sublime Disengage aurait été parfait pour se retirer de cette odyssée en territoire sombre et spatial si il ne précédait pas deux remixes plus que dispensables. Je préfère ne rien dire à propos du détestable Brutal Romance et de son parfum vocal eurodance qui révèle ici plus qu'une légère faute de goût. Si cette grossière erreur n'était qu'ioslée, il n'y aurait que très peu de raisons de s'alarmer. Mais bien trop d'excellents albums se montrent actuellement entachés de remixes nauséabonds.

 

Sans cela, Horizon est un album qui révèle ces trésors originaux au fil des immersions. Peu convaincu au départ, je constate qu'il s'impose progressivement au rang de splendide réussite. Il y a de fortes chances qu'il s'installe dans la durée parmi les plus belles réalisation du genre de l'année. Probablement plusieurs d'entre vous comme moi, souhaiteraient voir Erode collaborer avec un certain Access To Arasaka. Les écoutes de leurs albums respectifs témoignent d'une complémentarité évidente. Le rêve est donc permis. Mais par pitié, sans remixes.

 

http://tympanikaudio.com/wp/wp-content/uploads/horizon-cover-web.jpg

par Ed Loxapac

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16 septembre 2011 5 16 /09 /septembre /2011 16:21

Sortie : Août 2011

Label : Leaving Records

Genre : Néo-classique, expérimental, électro-acoustique

Note : 7/10

 

Jusqu’à maintenant, on était habitué aux escapades électronica-psyché de Leaving Records. Matthewdavid, le big boss, a réussi à créer une véritable identité sonore autour de son label. Vous nous avez maintes et maintes fois entendu parler de cette fameuse scène de Los Angeles. Entre les sorties Brainfeeder et toute la clique végétant autour de Matthewdavid, il y a eu l’éclosion d’artistes potentiellement fascinant. Maintenant que le soufflé est en train de lentement retomber suite à l’arrivée des inévitables vautours, il est temps de se renouveler. Et justement, c’est par l’entremise de l’énigmatique Julia Holter que l’on va peut-être trouver matière à prolonger nos songes.

 

Julia Holter est une illustre inconnue issue de Los Angeles et Tragedy est son premier album. Bon, inutile de vous précipiter sur ce dernier, il est déjà épuisé. En même temps, le principe de Leaving Records c’est de vendre ses albums en petit quantité afin de susciter la convoitise. Le fait de ne vendre les albums qu’en format cassette ne peut que titiller les hipsters. Pas de bol pour eux, ce coup-ci l’album fut vendu uniquement en format vinyle, format de prédilection des hypeux de l’ancienne école. Mais bon, les velléités marketing, après tout, on s’en branle.

La musique de Julia Holter est un sombre bordel. Dès l’intro en forme de collage surréaliste, on comprend qu’on n’aura pas affaire à un énième album d’électronica lo-fi contemplatif, labellisé LA. Ce coup-ci, c’est l’ouverture vers tout un pan de l’électro-acoustique qui s’immisce dans nos conduits auditifs. Tragedy repose sur une utilisation permanente du field-recording mais uniquement dans le but de nous semer. Les sons s’enchaînent sans jamais faire sens, on ne comprend pas où veut en venir Julia et c’est justement cela qui est intéressant. Ainsi, Celebration, morceau phare de l’album, n’hésite pas à débuter par 4 minutes d’électro-acoustique hasardeuse avant de lâcher un beat tranquille et de faire lentement monter la pression. La voix aiguë de Julia, qui parle plus qu’elle ne chante, nous accompagne alors dans cette étrange déambulation.

Même si l’électro-acoustique demeure ainsi que l’idée de composition néo-classique, chaque morceau déploie de nouvelles idées. Try To Make Yourself A Work Of Art convoque la magie noire en faisant penser à Demdike Stare, The Falling Age lorgne du côté d’une dark-ambient fantômatique aux faux airs de BO de Badalamenti, Goddess Eyes utilise le vocoder pour une comptine titubante. Mieux vaut se laisser porter plutôt que de vouloir chercher une réponse. Il n’est pas question de juger de la qualité des compositions mais plutôt de se limiter au ressenti.

 

Tragedy est un ovni musical. On fait face à un objet hybride. S’agit-il réellement de musique ? Pas sûr. L’essentiel est de se concentrer sur soi, sur sa capacité à interagir avec les sons. Julia Holter a indéniablement quelque chose à raconter, il nous reste plus qu’à apprendre son langage. Cette nouvelle signature californienne nous ouvre à nouveau les portes de la perception.

 

http://cc3.upanh.com/27.429.34696442.h280/juliaholtertragedylr015web2011bnp.jpg

par B2B

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14 septembre 2011 3 14 /09 /septembre /2011 16:34

Sortie : septembre 2011

Label : Ohm Resistance

Genre : Power dubstep

Note : 8/10

 

Si vous aussi, vous en avez marre du dubstep pour troisième âge ou clubbers mainstream, suivez le Pingouin, car voici une des plus grosses déflagrations dubstep jamais entendues ! La guerre qui se joue ici entre le russe Melamin et l’américain Wicked Sway est tout sauf froide, et ce Metamorphosis sorti sur l’excellent label Ohm Resistance condense toute la violence d’un genre musical pourtant en voie de faire faillite, ou de lancer une OPA hostile sur le sucre Candy.

 

Après deux EP remarqués en 2010 et 2011 (Neuro Dub et Cheaper to die), voici le premier LP de ce duo réuni pour l’occasion par Kurt Gluck, le boss de Ohm Resistance. Loin donc des Shackleton et autres artisans de dubstep demi-écrémé, mais également beaucoup plus violent que les excellents Vex’d, Matta ou Niveau Zero, ce Metamorphosis replace toute la puissance du bass-vomiting au cœur du propos. Car ce n’est pas de simples wobbles dont il s’agit, mais d’un véritable grand-huit de basses dont les montées, descentes, vrilles et loopings retournent le crâne et l’estomac  à très grande vitesse. La prod’ aux petits oignons rend de plus parfaitement audible chacun des assauts sonores que l’auditeur aura à subir.

L’introductif Bullet, en featuring avec Mark Instinct, nous plonge directement dans ces déluges de basses à couper au couteau, sur un substrat symphonique qui, une fois n’est pas coutume, réussit à être crédible. Les morceaux suivants, Dance with me et Double line ralentissent un peu les bpm, mais pour mieux asseoir des rythmiques écrasantes au matraquage groovy. Les titres 49904 et Contrast proposent des constructions plus sombres, installant des ambiances dark pour mieux les marquer de ces scansions vertigineuses qui parviennent à déployer des wall of sound à vous en allonger à terre en signe de soumission.

Tandis que Checkpoint continue à massacrer conscieusement vos enceintes et votre intégrité auditive, c’est au morceau éponyme que revient la tâche de transformer vos tympans en conduits à goudron, dans une atmosphère proche de la scène anglaise originelle, mais dopée à d’importantes doses d’amphétamines. Ultime assaut, ce City of Angels, à l’atmosphère cinématographique, passe au mixeur les vocaux faussement poppy de AnnGrey, pour un dernier tour de ce manège infernal.

 

Melamin & Wicked Sway parviennent à réaliser ce qui n’arrive que deux ou trois fois par ans : un putain de LP dubstep, rugueux, violent, intransigeant, sans compromission. On imagine une interview avec eux, le duo ne lâchant pour seule réponse aux questions du pauvre journaliste venu se jeter dans la gueule du loup : « just fuck ». What else !?

 

http://www.chartsinfrance.net/images/4/IUS/886788046757.jpg

par Pingouin Anonyme

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12 septembre 2011 1 12 /09 /septembre /2011 22:55

Sortie : août 2011

Label : Alphapup

Genre : Glitch-Hop

Note : 5/10

 

L'année dernière, le projet de Chris Alfaro se révélait comme une des meilleures surprise de 2010. Membre éminent de ce qu'il convient aujourd'hui d'appeler "la scène abstraite californienne", Free The Robots a fait le bonheur de ceux qui ont eu la chance de le voir s'exécuter en live, comme lors des désormais reconnues soirées Low End Theory. Influencé aussi bien par le jazz que par des racines plus psychédéliques, Ctrl Alt Delete (chroniqué ici) a donc posé des bases qui laissent augurer de très belles promesses. Ce Ep arrive donc à point pour se faire une idée sur les capacités de l'américain à oeuvrer dans la durée.

 

Même si il est difficile de se faire une avis clair avec si peu de matière, il convient tout de même de constater que la musique de Free The Robots connaît la même stagnation que le genre hybride dans lequel il officie. Ce nouveau genre, qualifié de hip-hop de geeks par certains observateurs, avait à l'époque suscité un engouement à la hauteur des limites qu'il étale aujourd'hui. Dommage, mais malgré tout classique. Mais revenons malgré tout à l'objet du jour, au lieu de spéculer sur ce qui se tramerait en coulisses. Si le choix des drums est toujours du meilleur goût, l'ensemble vient parfois se parer de turbines ronflantes aisées et néfastes (The Free) ou d'excès 8-bits définitivement obsolètes même à l'ère du vintage revival (The Mind's Eye). Alors heureusement que Prototype B vient quelque peu renouer avec l'émulation d'hier, surtout dans sa capacité à superposer des strates improbables pourtant diablement complémentaires. Il faut parfois avoir le courage et l'intelligence de demeurer downtempo. Beau titre. Tout comme sur la funèbre, burlesque et pourtant entraînante Dance Of The Deadbeat. Voilà ce qu'on est en droit d'attendre de Free The Robots. Même si tout cela ne contient rien de vraiment nouveau. On a même parfois l'impression d'écouter du bon, mais trop vieux son Ninja Tune. Rattlesnake contient aussi de bonnes choses, mais les percussions plus naturelles sont desservies par leurs accords avec des écorchures digitales bien trop convenues pour être vraiment honnêtes. Dommage.

 

Il faut dire que ce genre de formats courts a souvent pour vocation de simplement mesurer les réactions avant la sortie d'un long format plus abouti. Espérons le, car ces titres bien trop courts laissent entrevoir une déception potentielle bien plus large. Free The Robots semble vouloir prendre le risque de ne rien renouveler en espérant faire aussi bien. Pas très couillu, mais à l'image du genre et de son fer de lance : un certain Flying Lotus. Attendons donc la sortie d'un vrai album pour crier à l'arnaque ou pour faire un de nos trop rares mea culpa.

 

http://www.parisdjs.com/images/alpha_pup/Free_The_Robots-The_Minds_Eye_Ep_b.jpg

par Ed Loxapac

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12 septembre 2011 1 12 /09 /septembre /2011 20:38

Sortie : septembre 2011

Label : Morr Music

Genre : folk-électronica

Note : 7/10

 

A Reykjavik, en descendant la rue Skolavorðustíg, le visiteur mélomane ne peut éviter un arrêt à 12 Tónar. Outre les classiques Sigur Ros, Gus Gus, Björk et autres FM Belfast, vous pourrez découvrir dans ce magasin sur deux niveaux bien d'autres musiciens islandais. Deux petits espaces salons ont été aménagés, avec des lecteurs CD portable sur lesquels vous pouvez écouter ce que bon vous semble, avec le café offert pour plus de confort. Place alors aux compositions classiques et hautement cinématographiques de Jóhann Jóhannsson, aux instrumentaux planants de Skuli Sverrisson ou à la pop fragile de Rökkurró. Parfaites illustrations de ce territoire désertique et enchanteur.

 

C'est toutefois la voix d'une autre elfe échappée de l'île qui nous parvient aujourd'hui. Membre de Seabear, Sóley la multi-instrumentiste s'est lancée en solo l'an passé avec le maxi Theater Island, et propose cette fois ci un long format qui mélange de petites pièces électronica sur lesquelles elle pose son chant qui rappelle à certains Joanna Newsom.

 

A l'approche des montagnes, le vent souffle dans des replis rocheux. Les trolls supris par le jour, perchés immobiles sur leurs crètes, veillent sur l'horizon. On raconte que les peuples de ces monts hostiles peuvent vous apporter bonheur et richesse tout autant que malheur et maladie. Hantés par ces légendes et élevés au milieu de plaines infinies, les artistes islandais sont influencés par la douceur des champs, le rythme apaisé du pays et la splendeur de la nature. Et il y a ce spleen, cette mélancolie extériorisée comme une posture. Sóley n'échappe pas à cet esprit. Le piano en apesanteur, les guitares discrètes, les accords mineurs et cette voix qui pleure le sourire aux lèvres sont à l'image de sa terre d'origine.

Cet univers minimaliste, parfait pour admirer l'immensité, se dégage dès les premières notes de We Sink. Des morceaux de bois s'entrechoquent pour marquer le rythme, le piano se coule dans l'espace, et le chant entame sa complainte. De discrets effets se glissent en finesse dans les instrumentations empruntées. Les sons se doublent, la voix se répond, venant sublimer le subtil écrin organique. Ce folk n'est pas commun. Ces ballades touchent au coeur par leur profondeur si vous vous laissez piéger par ce chant adolescent qui rappelle d'autres timbres de la même provenance. L'accompagnement lo-fi recherche la finesse et la douceur. Les claviers et la guitare électrique flottent sur And Leave et sa batterie étouffée, en mode intimiste, alors que Dance est lumineux, ouvert sur les autres.

Les mélodies au piano donnent de la profondeur, se mêlant à la voix timide. Kill The Clown est ainsi une ballade merveilleuse, rappelant les mondes de Tim Burton, où les cordes vocales se fondent à celles de l'instrument. Des aigus scintillent et le conte se prolonge. La première partie de The Sun Is Going Down accentuent sur les delays, renforçant la présence fantomatique des êtres magiques qui peuplent cet album. Puis le second volet revient à un folk plus classique, toujours aussi mélancolique, avec une Sóley complètement habitée.

 

L'Islandaise se fait la parfaite ambassadrice de son pays d'origine avec ses morceaux touchants et chargés d'une mélancolie propre à l'humeur de ses compatriotes. Un son qui semble émerger d'une maison de poupée tout en collant parfaitement avec les grandes étendues de cette île sauvage.

 

http://www.morrmusic.com/upload/cache/ac94d0a3f45b2bf8ffbc24fd373a50ab.png

par Tahiti Raph

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12 septembre 2011 1 12 /09 /septembre /2011 09:40

Dates : 31 août-11 septembre 2011

Lieu : La Villette (Paris)

 

Le festival Jazz à La Villette a su construire au fil des années une réputation de qualité et d'éclectisme, avec une vision extra large de ce qu'est le jazz. Si nous aurions eu cette année envie de faire de nombreuses dates, pour voir par exemple la combinaison Tom Harrell, Roy Hargrove et Stéphane Belmondo, et que les retours ont été très bons pour Abdullah Ibrahim et Archie Shepp accompagné du MC Napoleon Maddox, ce sont quatre autres soirs que nous vous rapportons.

 

Zu + The Ex (Dimanche 4 septembre - Cabaret Sauvage)

par Pingouin Anonyme 

C’est dans un Cabaret sauvage à moitié rempli que le trio italien Zu (basse, saxo baryton, batterie) ouvre la soirée. Coqueluche de la scène metal intello depuis quelques temps grâce à son excellent album Carboniferous en 2009, Zu aura pourtant bien du mal à s’imposer. Mélange hybride de drone, de math-rock et de free-jazz, le magma sonore déjà touffu et complexe du groupe se trouve desservi par un son ingrat, incapable d’en restituer les subtilités réelles. Quelques morceaux enchaînés sans temps mort en 30 petites minutes, et Zu remballe ses instruments sous l'accueil finalement chaleureux d’un public respectueux, mais un peu déçu d’en avoir si peu entendu.

Une petite demi-heure plus tard, et les Hollandais de The Ex débarquent sur scène sourire aux lèvres, accompagnés du Brass Unbound, soit un sympathique quatuor de cuivres (deux saxos, une trompette, un trombone). La rencontre des deux formations est une aubaine, le Brass Unbound relevant les compos classiques de The Ex, puisées dans leur interminable discographie : tour à tour festif, latino ou franchement free, c’est un relief nouveau que prend le post-rock noisy des bataves grâce à cet apport musical rafraîchissant. Le trio de guitares de The Ex fonctionne à la perfection, la qualité du son s’étant nettement relevée, et le chant très typé d'Arnold de Boer fait mouche, rappelant souvent le style, tant physique que vocal, de feu Ian Curtis de Joy Division. Mention spéciale à Katherina Bornefeld, à la batterie et parfois au chant, qui parvient à communiquer à un public enthousiaste une énergie solaire. Une heure quarante-cinq et trois rappels plus tard, les huit musiciens quittent la scène visiblement lessivés, mais laissant un parterre de fans conquis et heureux.

 

Poni Hoax + ESG (Jeudi 8 septembre - Cabaret Sauvage)

par B2B

Ca m’apprendra à arriver en retard, même de 20 minutes. J’aurai pourtant du me douter que les horaires d’un festival de jazz sont toujours respectés. Poni Hoax est en pleine représentation lorsque je pénêtre dans le Cabaret Sauvage. Le public ne bronche pas devant la cold-wave abrasive de la bande de Nicolas Ker. Alternant envolées rock viscérales et rythmique robotique, le chanteur balaie l’espace scénique avec gravité avant d’achever le concert par un Antibodies rageur.

A peine le temps de reprendre son souffle, d’observer le public se masser devant la scène (le concert est sold-out) que la bande d’ESG déboule sur scène. La famille Scroggins va littéralement emporter le public dans un punk-funk dansant en diable. En quelques minutes, les cries se multiplient, les corps se contorsionnent. La rythmique se fait autant animal qu’urbaine donnant l’impression d’assister à un concert dans la jungle new-yorkaise. Le batteur est impressionnant de maitrise, la basse de Nicole Nicholas parle directement aux tripes pendant que les percus des Scroggins provoquent les jambes. La répétitivité devient alors une arme provoquant une transe extatique. Les danses ultras sexuelles font monter dangereusement le taux d’hormones de la salle, les paroles mi-chantés, mi-scandés n’en finissent plus de résonner dans les têtes. L’aspect minimaliste des chansons d’ESG prend alors une vertigineuse proportion en live et leur musique devient imparable. 1h de concert plus tard, le public peut aller s’essorer dehors, conquis.

 

Brad Mehldau (Vendredi 9 septembre - Cité de la Musique)

par Tahiti Raph

La parfaite salle de la Cité de la musique accueille quelques jours plus tard un Américain à la fois pianiste classique virtuose, au swing jazz et à la culture pop. Après l'avoir vu au Châtelet en novembre dernier pour jouer, largement accompagné, son dernier et magnifique album Highway Rider, Brad Mehldau est seul cette fois ci. Il se présente sobrement au public, attitude respectueuse et costume discret. Les mains sont placés, le jeu peut commencer.

Car le garçon est joueur. Il s'amuse à débuter lentement puis à densifier ses morceaux. La main gauche pose les bases, déroule, entretient le feu, tandis que la main droite se promène, enrichie, voire intensifie la mesure en doublant la mise. Sa musique est faite de ruptures, de moments de grâce et de crispations. Le tempo peut s'accélérer ou se complexifier en fonction de l'humeur des aigüs. l'Américain ne joue pas vraiment du jazz au sens propre du terme. Même s'il répond à l'idée de musique improvisée et bien qu'il parte d'un thème auquel il revient généralement après de longues minutes de pérégrinations, le ton est plus libre, plus large que le jazz.

Habitué des reprises pop, il ne faut attendre que trois titres pour un hommage à Radiohead, groupe qu'il place très souvent dans son répertoire en solo (Paranoïd Androïd dans son Live à Tokyo) ou en trio (Exit Music (For A Film) ou Knives Out dans sa série Art Of The Trio). Il s'attaque pour l'occasion à Jigsaw Falling Into Place issu d'In Rainbows, morceau qui correspond à sa facilité à marteler nerveusement son clavier avec une grande finesse. La guitare de Johnny Greenwood fait vibrer sa main gauche quand la voix de Thom Yorke anime la droite. Le thème est tricoté, détricoté, puis ne sert que de prétexte à l'improvisation de plus en plus lointaine. Après un passage moins en rondeur, Mehldau se lance dans un Teardrop de Massive Attack hypnotisant et langoureux. Avec le risque que le concert tourne au blindtest, la pianiste assume son goût de la musique moderne et démontre comment elle peut sonner autre. Pas jazz pour autant.

Encore complétement dans cette réflexion sur ces nombreux emprunts au répertoire pop, le premier rappel enfonce le clou avec le Blackbird du duo Lennon/Mc Cartney qu'il jouait déjà sur le premier Art Of The Trio. Un retour sur scène relativement court par rapport à ce qu'il avait montré jusque-là. Trois autres suivront, plus longs. Même si les ritournelles de sa main droite lassent parfois, qu'il semble combattre le trop de technique par des morceaux grands publics, le public est conquis par sa sincérité et son inventivité.

 

Questlove's Afro Picks (Dimanche 11 septembre - Grande Halle de la Villette)

par B2B

Le voilà le fameux évènement du festival, la soirée au line-up en forme de all-star game. Il faut réussir à s’imaginer une escouade de l’afro-beat venu frapper votre cul le temps d’un unique concert. 20 musiciens prennent ainsi place sur scène pour la Questlove's Afro Picks, gigantesque projet mis en place par RBMA (Red Bull Music Academy).

Le début est pourtant poussif, la soul prend l’ascendant avec une Macy Gray par forcément adaptée pour ce projet. Les premiers solos de cuivres des membres d'Antibalas tentent de réveiller difficilement une hall de la Villette au son trop plat, à l’architecture froide (c’est à vous faire regretter un Zénith, c’est vous dire). Si en plus le public devient chiant et braillard, ça n’arrange rien. Puis, au bout de 40 minutes, le Love Is Natural Feeling de Tony Allen, tout sourire sur scène du début à la fin, devient élastique. Macy Gray s’oppose à un Amp Fiddler de classe internationale. Questlove, le légendaire batteur des Roots et le chef d'orchestre de ce projet, entame alors un battle avec Tony Allen annonçant une suite explosive.

L’afro-beat reprend ses droits, la foule peut commencer à bouger, il était temps. David Murray dirige les cuivres tout en se permettant des solos de saxos euphorisant. Quand retenti Sorrow Tears and Blood de Fela Kuti, la foule qui connait ses gammes se laisse prendre au jeu. Black Thought (MC des Roots) prend le timbre de Fela tout en imposant un flow hip-hop actuel. Les paroles militantes de ces morceaux africains des 70’s commencent à prendre sens. Malgré la longueur des morceaux, tout semble s’enchaîner vite. Questlove accentue ses frappes, le son prend du relief pour mieux capter l'attention. Le Peace de Bongi Makeka interprété par Mamani Keita et ses choristes annonce la fin alors qu’on a tout juste l’impression de commencer à vivre quelque chose. 11 morceaux et 1h50 plus tard, le combo quitte la scène sous une longue ovation. On en aurait voulu plus, bien plus.

 

 

http://www.parisetudiant.com/uploads/assets/evenements/recto_fiche/57466_jazz-a-la-villette.jpg

par Pingouin Anonyme, Tahiti Raph et B2B 

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10 septembre 2011 6 10 /09 /septembre /2011 17:04

Sortie : juillet 2011

Label : Tympanik Audio

Genre : IDM industrielle et technoïde

Note : 8,5/10

 

Le duo Ex_Tension représente, avec Normotone (interview et chronique ici et ), une frange toute particulière de l'électro-indus française, celle made in Strasbourg et propulsée sur le label chicagoan Tympanik. Vincent Gendrot aka Vxt et Pierre-Yves Hohmann aka Py composent ensemble depuis 1997. Après un premier EP, Needles, Ex_Tension réalise Desert en 2005, EP autoproduit qui se voit aujourd'hui complété et remasterisé. Entre temps le duo est loin d'avoir chômé. Outre de multiples apparitions sur des compiles du genre, deux albums, Legacy et Freedom sont respectivement sortis sur M-Tronic et Signifier – mais n'ont à tort trouvé aucun échos dans nos pages. Six ans après, Desert s'enrichit de 2 titres inédits et d'un remix à cinq mains, composé par Access To Arasaka, Totakeke, Geomatic, Zentrert Ins Antlitz et Sonic Area.

 

Assister à un live d'Ex_Tension est une expérience qui présente des similitudes avec la sensation de se faire ravaler le faciès par les palles d'un hélicoptère - il suffit d'ailleurs d'écouter Journey pour le sentir venir, l'hélico. A l'occasion de l'exceptionnelle Fête de la Musique Electro-Industrielle, en juin dernier à Paris, le duo avait livré une performance démente, sans répit, suintant la sueur et la corrosion, et avait entrainé le public dans des danses hallucinées. Sur disque, cette même tension moite et hypnotique est à l'oeuvre. Desert trempe dans un bain technoïde et tribal, d'où émergent des flaques d'ambient noir, et des raclements et éructations de turbines en surchauffe. Le plus frappant chez Ex_Tension réside dans le caractère hypnotique, presque hallucinatoire des rythmiques. Les boucles cavalent à des vitesses folles. Les montées n'en finissent plus. Il vient certainement le moment de préciser que Desert, long d'1h12, est composé d'un titre éponyme, de 32 minutes, de trois tracks « normaux », et du fameux remix, de 23 minutes. L'infinitude et la dimension haletante décrites plus haut en sont peut-être davantage explicables. Cet album recèle des capacités d'absorption irrépressibles. N'essayez pas d'aller d'un point à un autre, au moyen de transports on ne peut plus communs, avec du Ex_Tension dans le casque. C'est un coup à se retrouver perdu, angoissé, presque incapable de lire un plan de métro. Desert mène dans des souffleries au bord de l'implosion. Les sonorités ont perdu toute consonance humaine pour psalmodier la gloire des machines et du monde digital, que seules d'éparses nappes lyriques nuancent et illuminent parfois.

Il faudrait presque être culotté pour prétendre à la description de Desert, chef d'oeuvre vicieux long d'une demi-heure. Parlons cependant d'une introduction grêlée et inquiétante, mue par une respiration mécanique, et de l'arrivée martiale des drums, tambours épiques sonnant une macabre promesse de fin des temps, sur fond de gargouilles qu'ont égorge. Jusqu'à la moitié, Desert mute en course sublime, mur sonore idéal à l'expression d'une apocalypse en territoire précolombien. Les sonorités tribales se dressent, des nappes claires embrasent le ciel et l'intensité est portée à son comble. Je n'irai pas plus loin. Des trois titres intermédiaires, ma préférence va à Tension 6. Encore une fois Ex_Tension use de ces beats cycliques et circulaires, cinglant la mélodie de coups de serpe. Contrastant avec le pouls métallique du rythme, s'apparentant à un râle, la trame onirique de ce morceau-ci est à tomber raide de beauté et de divine ambivalence. Quant au remix de Desert, according to les cinq pré-cités, disons que, sans avoir la fantastique progression et la cohérence de l'original, il en résulte quelque chose d'assez passionnant malgré tout. Evoquons simplement l'ouverture d'Access To Arasaka (dont une interview paraitra très prochainement), qui opte pour un fond mélodique translucide et délicat, fait de doux carillons détonnant avec la complexité du part-terre rythmique.

 

Desert est un disque époustouflant, métallique et noir comme la crasse. Le pouvoir qu'il a sur l'auditeur impose le plus grand respect et les fusions de drums sauvages et de lueurs miroitantes ont de quoi rendre fou. Les chanceux strasbourgeois pourront assister samedi prochain, à la release party des albums d'Ex_Tension et de Normotone. Comme pour Desert, ceux qui y passeront s'en souviendront.

 

                                2-2011-02-26-preview-e t-desert-front

par Manolito

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