Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Présentation

  • : Chroniques électroniques - Chroniques de disques, de concerts, de festivals, de soirées de musiques électroniques, rap et bien d'autres...
  • Chroniques électroniques - Chroniques de disques, de concerts, de festivals, de soirées de musiques électroniques, rap et bien d'autres...
  • : Au confluent des musiques électroniques, du rap et des autres styles, ce blog, ouvert et curieux. Chroniques de l'actualité des sorties IDM, électronica, ambient, techno, house, dubstep, rap et bien d'autres encore...
  • Contact

Recherche

Archives

Catégories

15 octobre 2011 6 15 /10 /octobre /2011 22:09

Sortie : septembre 2011

Label : Troisième Bureau

Genre : rap français ?

Note : 4/10

 

Aurélien est né à Alençon en l'an de grace 1982. Il est blanc et ses parents sont salariés de l'Education Nationale (oui, j'y mets les majuscules). Il s'installe par la suite à Caen, et tente péniblement de faire des études de management. On dit qu'il a passé du temps aux states, et même qu'il a fait un boulot de veilleur de nuit dans un hôtel où il aurait écrit certains de ses textes. Et malgré tout ça, il décide de faire du rap, du rap français. Orelsan passe aussi beaucoup de temps à se branler sur internet, presque autant sur son skyblog que sur you porn. Ses clips sont au départ artisanaux. Le plus remarqué, Saint Valentin, redonne ses lettres de noblesse au slackness, genre rarement aussi bien exploré dans le rap hegagonale. La sauce samouraï prend vite sur les plate-formes vidéos. Il a l'intelligence de bien relayer les visiteurs sur son myspace souvent mis à jour. C'est parti. Immédiatement, ses incontestables talents d'écriture sont dévoilés, maniant les punchlines et les métaphores avec brio. Certains le décriront comme un éternel ado frustré, misogyne, bref un loser qui n'aurait d'autre partenaire sexuel que son disque dur (pas encore externe à l'époque). Analyse rapide et faux débat. Vient ensuite le chef d'oeuvre Sale Pute, décrivant les errances alcoolisées d'un homme trompé, crachant sa haine et ses frustrations de loser magnifique à son ex dulcinée sur MSN. Sale Pute est à remettre dans un contexte. Quand on est trompé par sa meuf, on ne crache pas sur les buralistes. Alors oui, de pseudo-féministes crient à la provocation et à l'incitation à la haine en arborant des T-Shirts à l'effigie d'une Sohane encore fumante. Et pourtant ce n'est que le début des récupérations politiques. Même de grosses pointures éclairées comme Ségolaine ou Frédéric Lefebvre tenteront de reprendre l'affaire à leur compte. Le bouillon est déjà trop puissant pour la marmite d'Orelsan.

Monsieur Cotentin est un enfant de la France d'aujourd'hui. Qui s'est pris une certaine France dans la gueule. Celle de Bénabar, de Sarkozy forcément, mais aussi de la France qui a consciemment élu femme de l'année une pauvre pouffiasse peroxydée qui se faisait sautée dans une piscine face à tout le pays, pendant que sa gamine moisissait à la DDASS. On l'appelait miette à l'époque, double miche aujourd'hui. Un de ces gamins parmi tant d'autres qui a échangé à l'adolescence ses posters de Guns and Roses contre les clips clinquants de MTV. Orelsan s'est aussi pris en pleine gueule les avancées technologiques, l'alcoolisme précoce, les capotes trop grandes et les parties interminable de PES entre couilles dans un appart' sale. Il illustre plus que bien le constat dans le très bon Changement, figurant en bonne place sur son premier album officiel (Perdu d'avance). Il croise la route du producteur Skread, les majors, les physios de club et les médias commencent à lui faire autant de risettes que le rayon pur malt d'une épicerie fine écossaise.

Le rap français est un genre musical gangrené depuis 98 par les poncifs et un capitalisme rampant (à l'exception de certains circuits indépendants), l'érigeant en musique de droite à destination de potentiels électeurs de gauche. On est donc un peu moins surpris qu'Orelsan et ses pensées sombres se soient assis sur les berges d'une certaine industrie schizophrénique. Des affiches annonçant la sortie du Chant des Sirènes pullulent dans un métro parisien qu'Orelsan ne fréquentera jamais. La province n'est pas épargnée. L'industrie a capté qu'il y avait un gros paquet de pognon à se faire sur le dos d'Orelsan. Voyons maintenant si cette personnalité définitivement attractive et attachante s'est prise les pieds dans le tapis.

 

Le Chant des Sirènes est annoncé par Orelsan lui même comme son dernier disque. Et c'est tant mieux. Parce qu'au fond son rap est aujourd'hui plus que jamais souillé par ses lacunes techniques en terme de flow, l'hyper production de Skread et des contradictions qui flirtent avec l'hypocrisie cynique d'un Tariq Rammadan. Il a abandonné l'autotune pour des samples french touch 1.0 et des boucles synthétiques dignes de ces bouffons de TTC qu'il déteste tant (Plus rien ne m'étonne, Double Vie). Sur le très bon Raelsan, il dit porter un toast à la mort de l'industrie du disque tout en arborant les couleurs. Et pire, il pousse un peu plus loin le fait de chanter vraiment, et très mal (Si Seul, Double Vie, l'inécoutable La terre est ronde). S'alignant ici sur les démarches de rapeurs aussi pourris et créatifs que La Fouine, Soprano et l'heureusement disparu Disiz La Peste. Pire, il gratifie ses auditeurs de l'anémique Petite Marchande de Porte-Clefs, où il est vaguement question du funeste parcours d'une pauvre petite asiatique (même pas sourde) débarquée à Paris pour saouler les voyageurs du RER avec ses babioles pourries. Presque pathétique. Alors que reste-t-il ici du Orelsan de Sale Pute, de Saint Valentin et de Changement. Et ceci en prenant le maximum de distance avec le facile constat que c'était mieux avant ? La plume évidemment, celle qui trempée dans l'acide chronique une société à la dérive faite d'image et de faux-semblants. Celle d'une industrie peoplisée où l'oseille a pris depuis longtemps le pas sur la création. Des clubs de Paris (Babylone la Grande) où tous ces anciens no-life provinciaux bureaucrates ont pris l'ascenseur social pour se réclamer de la phallique Tour Effeil et des 7500 euros au m² du Belleville d'antan. Et ça qu'est ce qu'il le fait bien (Le Chant des Sirènes). Il est à son firmament sur le brûlot Suicide Social, où toutes les franges de la population en prennent pour leur grade, du bouseux dans son étable aux bureauniers des machines à café, en passant par les homos revendicatifs et les blogueurs élitistes matant google analytics comme si leurs vies en dépendait. Magnifique, spontané et intelligent. Même sur l'hommage aux 90's sur le bien nommé 1990, il fait mouche, illustrant parfaitement l'âge d'or du rap français, des survets adidas à pression, et des instrus percutantes qui avaient à l'époque le courage et l'intelligence de demeurer minimalistes. Il adapte même son flow à l'époque. Dommage que le titre soit trop court. Les indulgents et les fans de la première heure (probablement les mêmes) trouveront du bon dans 2010 ou dans Elle viendra quand même. Il n'empêche que Orelsan est ici une caricature de lui-même, ressassant encore ses élucubrations de pineur du Calvados, ses lendemains de cuite et son mauvais gôut en matière de zic et d'instrus. Avouons tout de même que les infra-basses puissantes lui vont mieux que le reste.

 

On n'échappera pas, nous, élite de l'internet et d'over-blog, à cette question pourrie : Mais pourquoi vous publiez une chronique de l'album d'Orelsan ? Vous voulez gagner trente connexions ? En plus pour dire qu'il est mauvais. C'est même pas de l'electro. Vous êtes pas à votre place à CE. Peut-être pour tenter de communier un peu plus avec Aurélien Cotentin, lui non plus pas vraiment à sa place. Ce chroniqueur intelligent, mec lambda installé dans la vie moderne évoquant les frustrations, les dérives et les doutes de toute une génération. Oui, il a fait un album pourri et a bouclé la boucle. Peut-être n'avait il pas envie vraiment de le chier et qu'il fallait bien répondre au chant des sirènes vérolées de l'industrie. Lui et sa fameuse peur de l'échec. Il est désormais temps d'écrire, seulement d'écrire, car le costard de ce rap français là est aujourd'hui bien trop étroit pour lui. Moi, j'attends, tranquillement. Caroline Fourest, elle, se tripote désespérément en attendant son premier essai sociologique. 

 

http://www.moustique.be/a/view/q75/w600/h/64842/orelsan-le-chant-des-sirenes.jpg

par Ed Loxapac

Repost 0
Published by Chroniques électroniques - dans disque
commenter cet article
15 octobre 2011 6 15 /10 /octobre /2011 13:52

Sortie : 10 octobre 2011

Label : Triangle Records

Genre : Witch-house, trip ésotérique, proto-techno-indus

Note : 6/10

 

Water Borders est la dernière signature en date du label en vue TRI▼ANGLE Records. L’écurie new-yorkaise nous habitue depuis quelques temps à un son résolument orienté vers cette foutue scène witch-house. Le problème avec la witch-house c’est qu’elle est malheureusement parasitée par ce groupe inaudible qu’est Salem (chronique ici) et qui fait toujours figure de tête de gondole. C’est bien regrettable car à côté de ces escrocs se trouvent des groupes légèrement plus fréquentables (n’allons pas trop loin non plus, la witch-house ne passera pas l’hiver de toute façon) tel Balam Acab (chronique ici). Pour Water Borders, pas de chichi, dès les premières notes on reconnaît immédiatement cette esthétique dans l’air du temps.

 

Harbored Mantras est le premier album du duo de San Francisco et, histoire d’éviter de vous faire perdre votre temps, l’ensemble n’est pas dégueulasse. A la différence de Salem (décidément on y revient toujours), l’esbroufe est moins apparente et on serait presque tenter de croire à ces visions sataniques. Pourtant, la voix du chanteur est le plus souvent repoussante, laissant l’impression d’entendre une vulgaire vocalise d’un pseudo groupe indus du Berlin Est 80’s. Mais passé cette désagréable impression et pour peut que l'on veuille bien adhérer au principe, Harbored Mantras se révèle être une étrange errance sonore.

Entre proto-techno, rythmiques tribales et enrobage indus, on se laisse manipuler. L’ambiance est lourde, convoquant d’obscurs démons. Les cloches de Tread On Them et les courants d’airs glaçant l’espace sonore se font échos pendant que le beat métallique de What Wiwant nous martèle le crane. Chaque morceau se déploie hasardement, ne prenant jamais une direction fixée d’avance. En cela, la musique de Water Borders sait se révéler prenante.

Parfois, la voix féminine du groupe s’impose et permet de retrouver l’esprit malsain de Fever Ray (chronique ici). Parfois, des sons insolites, sortis de nulle part, arrive à nous faire flipper à la façon de Demdike Stare (chronique ici). Parfois, un morceau lancinant comme Feasting On Mongeese se trouve chambouler par l’arrivée soudaine d’une rythmique tribale envoûtante. Ajoutons à cela pléthore d’instrumentations étrange, le plus souvent emprunté au gamelan, et vous aurez compris que Water Borders déploie sa toile sans garde-fou.

 

Water Borders n’est pas là pour faire plaisir. Quant à savoir s’il s’agit uniquement d’un groupe surfant sur la vague actuelle witch-house, il n’y a qu’un pas que je me garderai de franchir. Pris dans son contexte actuel, Harbored Mantras est un album plutôt malin, réussissant à instaurer une réelle ambiance perverse et c’est toujours ça de pris.

 

http://positivedestruction.files.wordpress.com/2011/07/water-borders-harbored-mantras.jpg

 

par B2B

Repost 0
Published by Chroniques électroniques - dans disque
commenter cet article
14 octobre 2011 5 14 /10 /octobre /2011 14:35

Sortie : octobre 2011

Label : self-production

Genre : techno minimale, IDM, electronica

Note : 8/10

 

Heureusement, l’électronique française ne se limite pas à la French Touch, à l’electro grassouillette et au whisky-coca. A côtés de blazes déjà connus comme Rone ou Mondkopf, un duo nouveau se profile, relativement mystérieux, qui se fait appeler Tenkah. Et plutôt que de perdre votre temps avec le dernier Justice, on ne saurait trop vous conseiller de jeter vos deux oreilles sur son tout dernier Freddy EP, qui laisse présager le meilleur pour les deux compères.

 

Les plus fouineurs connaissent Tenkah depuis quelques EP déjà : The Walk et Stalingrad avaient déjà fait clignoter tous les signaux de la réussite électronique. Mais avec ce nouveau Freddy, Tenkah est monté d’un cran non-négligeable dans le sound-design. Il n’est d’ailleurs pas évident d’étiqueter leur musique, au croisement incertain de la techno minimale, de l’IDM, de la BO et de l’electronica. Il y a une puissance lyrique, une tension dramatique qui émergent de leurs compos tout à fait rafraichissantes, entre dancefloor habile, mélodies immédiates, recherches rythmiques et manipulations glitch.

A ce titre, le morceau d’ouverture de l’EP, Nocturne, est particulièrement parlant  Violons et piano s’y marient dans une ouverture très orchestrale de toute beauté, avant de muter en une belle IDM avec ses beats en forme d’éclats de verre (spécialité maison apparemment), bientôt glitchée et portée à incandescence. Le morceau éponyme, soutenu par une ligne de chant bien sentie, se permet même la structure classique couplet/refrain, le long d’une construction très habile mixant indie, hip-hop et tonalités jazzy à leur électronique de base. Le reste de l’EP est constitué d’une instru du Freddy, et de cinq remixes du même titre, dont je retiendrais pour ma part ceux, excellents et tout aussi méconnus Dakent et Mindthings.

L’écoute de cet EP engage donc à découvrir le reste de la production de Tenkah, tout aussi intéressante. On a d’abord une dizaine de remixes, parmi lesquels ceux de Radiohead, Cœur de Pirates ou Dakent sont absolument magnifiques. Et puis il y a les productions isolées, et là encore, on tient de magnifiques pépites, telles Ocean ou Harmonie, condensés d’immédiateté dancefloor et d’onirisme lascif particulièrement visuel. Idem de l’efficacité de Stalingrad, où l’hymne russe passe à la moulinette électronique. Comme Tenkah n’a pas encore de label, ce qui est à la fois plaisant et incompréhensible, la quasi-totalité de leurs productions est disponible ici en écoute et/ou en téléchargement. Et ça aussi, c’est bien.

 

Tout jeune, Tenkah n’en a pas fini de faire parler de lui dans les mois et les années qui viennent, soyez-en certains, c’est le genre de son que l’on découvre maintenant, et qui atterrit deux ans plus tard en couv’ de Tsugi. Il sera temps alors de juger s’ils auront ou non perdu leur âme. En attendant, jetez-vous sur ces morceaux, ils vous accompagneront longtemps encore. Cerise sur le gâteau : même l’artwork, signé par LeBureau92, est joli ! Chapeau les gars !

 

http://28.media.tumblr.com/tumblr_lscof9yYj61r114vwo1_500.jpg

par Pingouin Anonyme

Repost 0
Published by Chroniques électroniques - dans disque
commenter cet article
12 octobre 2011 3 12 /10 /octobre /2011 11:08

Sortie : octobre 2011

Label : Kompakt

Genre : House aérienne

Note : 8/10

 

Une simple boucle peut vous rendre dingue, la répétition infinie d’un son vous agrippe alors et vous catapulte au-delà de la stratosphère afin de vous faire entreprendre l’éternité le temps d’un morceau. Ne cherchez pas, ne cherchez plus, Looping State Of Mind de The Field est plus efficace que n’importe quelle pilule du bonheur.

 

Le suédois Axel Willner avait déjà conquis le monde en 2007 via son From Here We Go Sublime avant de confirmer toutes les espérances placées en lui en 2009 avec Yesterday & Today (chronique ici). Sa recette pourrait paraître excessivement simple mais il n’en est rien. Pourtant, tout fonctionne toujours de la même manière : une boucle lancinante (à la guitare, au piano,…) se parant des artifices électroniques nécessaires à l’explosion (montée progressive, rythmique house, adjonction de drums,…). Mais le génie de The Field est de nous ouvrir les portes de la perception en prolongeant l’orgasme indéfiniment. Alors que n’importe quel producteur se contenterait d’une utilisation plate d’une boucle, lui préfère l’amener vers des territoires insoupçonnés. Pour cela, The Field mise pleinement sur la capacité de concentration de ses auditeurs. Il est impératif d’adhérer au fait que les morceaux s’étirent sur près de 10 minutes pour mieux arriver à leurs fins. A partir de ce moment là, ce n’est pas un voyage que vous entreprenez mais une odyssée.

La boucle s’empare de vous insidieusement, prend place dans votre esprit, se loge dans un coin avant de faire effet. Au bout de quelques minutes, l’abandon apparaît. Et alors que vous êtes dans une transe inévitable, le morceau décide de jouer avec vous, de prendre le large, d’ouvrir les fenêtres pour entrevoir le champ des possibles. Vous planez littéralement et vous ne voulez plus redescendre.

Même si on retrouve pleinement l’esprit des précédents travaux de The Field, on ne peut qu’adhérer à cette volonté de poursuite impossible. Pourquoi prendre la tangente alors que le mec a trouvé matière à extasier les foules ? Ce troisième album n’est rien d’autre qu’une fuite en avant, la sensation que The Field touche de près au but. Et la peur qu’il y arrive s’immisce car tel un fix trop fort, on craint de rester bloquer un jour sur un morceau, de ne plus pouvoir redescendre.

Looping State Of Mind n’a pas volé son titre. On passera sur l’hommage évident au N.Y. State Of Mind de Nas pour mieux se focaliser sur le looping. Car oui, la musique de The Field c’est un tour de montagnes russes uniquement composé de 360 vertigineux. Mais le vertige possède parfois des vertus insoupçonnées et on est loin, bien loin, de l’envie de vomir. Les loopings sont ici cotonneux et comme ralentis par une force occulte. Cette étrange sensation s’observe par un son résolument marqué par le krautrock et le shoegaze, par une volonté d’emplir l’espace sonore, de ne rien laisser s’échapper afin de scotcher l’auditeur, de le maintenir sous pression afin qu’il n’ait jamais envie d’aller voir ailleurs. Je ne m’arrêterai ainsi sur aucun morceau particulier (même si l’envie me démange) car l’album ne peut s’appréhender que dans sa globalité, l’édifice ne tenant qu’à partir du moment où l’on comprend que le looping est l’ossature permettant à l’album de prendre tout son sens. Les 7 morceaux de l’album ne font plus qu’un, se répondant inlassablement, ne cherchant pas à prendre l’ascendant l’un sur l’autre mais constituant au final un puzzle psychédélique en forme de cadavre exquis.

 

Si certains doutaient encore de l’immense talent de The Field, qu’ils aillent jeter une oreille à ce Looping State Of Mind. Ne dites pas qu’on ne vous avait pas prévenus. Le trip est imparable, l’efficacité immédiate. Votre cerveau va alors connecter de nouveaux neurones, vous transportant dans un monde où les frontières n’existent plus. La redescente sera longue, très longue mais le plaisir est tellement immense que vous ne pourrez que succomber.

 

http://images.junostatic.com/full/CS1820947-02A-BIG.jpg

 

par B2B

Repost 0
Published by Chroniques électroniques
commenter cet article
11 octobre 2011 2 11 /10 /octobre /2011 18:58

Sortie : septembre 2011

Label : Serein

Genre : Ambient, Drone, Electro-acoustique

Note : 8/10

 

Composé de la moitié de l'excellent duo Deaf Center (Otto A. Totland) et de Huw Roberts (Guruyu, Opiate), le projet Nest avait déjà marqué les esprits avec son premier album Retold, joyau délicat et sensible déjà paru sur le joli label gallois Serein, ancien adepte du mp3 récemment converti aux 10''. Jusqu'en France, et surtout sur le net, Retold avait trouvé un écho unanime, augurant de belles promesses. Nous, qui avions commis l'outre-cuisance de ne pas écrire de chronique à propos de ce magnifique album, tentons de rattraper l'infamie en donnant un humble coup de projecteur à ce format court qu'est Body Pilot, disponible uniquement en vinyle à l'heure actuelle.

 

Délicate et minimaliste, le musique de Nest évoque des équilibres fragiles. Comme si cette fine pellicule de neige qu'est la poudreuse était prête à céder sous le moindre impact. L'atmosphère est rassurante et chaude en ces territoires gelés pour les citadins que nous sommes (pour la plupart). Peu habitués à contempler l'horizon. Qu'il est doux alors d'imaginer se dévoiler des étendues désertiques et insondées, de sentir la réverbération et l'écho des drones dans des glaces éternelles. Quand les touches du piano sont délicatement pressées (Stillness et The Dying Roar), c'est comme si de légères empreintes s'inscrivaient dans une neige immaculée. Aucun vent ne viendra les recouvrir, laissant cette partition progressive naturelle reprendre ses justes droits.

On pense à des écrivains émérites en s'immergeant dans cette musique froide, aussi romanesque que romantique. Saint Ex pour les voyages bien sûr, mais ce bon vieux Dosto également pour le spleen et les questions existentielles du contemplatif averti. Les paroles d'un autre poète français récemment disparu viennent aussi naturellement à l'oreille, plus particulièrement à l'écoute du sublime The Dying Roar. Vol de nuit sur l'antarctique, j'attends la prochaine guerre. Jamais d'escale, jamais de contact avec l'ordinaire. Perdu la boussole, le compas. Erreur volontaire. N'essayez pas de m'éteindre ou je m'incendie volontaire. Cette vision d'un coeur encore chaud s'immolant sur la glace m'irradie l'âme et le corps.

La recette présentée ici est pourtant connue depuis longtemps. Nappes ambient grasses et profondes, approche acousmatique, piano discret et subtil, drones imperturbables et subtile démarche noisy. Retranscrire autant d'émotions et de visions chimériques avec "si peu" relève du génie. Sur Koretz's Meteor, le naturaliste ou le simple explorateur pourra prendre autant de clichés qu'il veut, les images n'auront jamais autant de puissance à posteriori. La magie du furtif moment à déjà disparu, en même temps que le piano désormais lointain, dans des vapeurs instanmatiques dévoilant la disparition d'entières forêts de sapins bleus (The Ultimate Horizon).

 

Face à tant de beauté simple et élégante, le chroniqueur passionné préférera garder le silence sur l'autoroute enneigée du priapisme et de la volupté. A écouter à haut volume lors des froides et joliment tristes soirées d'hiver. Ce quatre titres justifie à lui seul l'investissement dans une platine vinyle. Pour les autres, le dernier album de Deaf Center est toujours aussi recommandable (chronique ici).

 

http://igloomag.com/wp/wp-content/uploads/2011/09/nest-body_pilot-300x300.jpg

par Ed Loxapac

Repost 0
Published by Chroniques électroniques - dans disque
commenter cet article
11 octobre 2011 2 11 /10 /octobre /2011 16:31

Sortie : octobre 2011

Label : Polydor

Genre : Comptines indie-pop et  electronica

Note : 6,5/10

 

Si Björk provoque une unanimité béate parmi nos plus illustres confrères, sa réception par les amateurs de musique a toujours été beaucoup plus mitigée. Il y aurait deux camps opposés : d’une part ceux qui louent le chant prodigieux de l’islandaise, l’audace de certains de ses concepts, la forte personnalité du personnage de scène ; et ceux qui d’autre part ne voient en Björk qu’une braillarde pouilleuse qui débite autant de conneries sur la nature qu’une new age mal dégrossie, maladivement horripilés par sa voix. (Certes, il y a bien un troisième camp, les fétichistes des pieds, qui trouvent, eux, vachement cool que Björk compose pied nu en marchant dans l’herbe.) Et si une chose est certaine, c’est que ce Biophilia tellement attendu et annoncé ne va pas arranger cette fracture des cœurs.

 

On en a tant tartiné sur ce disque, ses instruments hybrides (les fameux Tesla coil et gameleste…), ses multiples collaborateurs (Matthew Herbert, Zeena Parkins, Michel Gondry…), ses quatre singles de lancement savamment distillés, ses interviews sans nombre (jusque dans L’Express [sic !]), ses applis Iphone/Ipad, son dépassement de la frontière nature/technologie, son implantation résolument high-tech et multimédia, ainsi que son improbable touffe rousse… que la température de l’attente se montrait extraordinairement fiévreuse. Loin de la conceptualité démente de Medùlla, de la démesure d’Homogenic ou de l’enchaînement pop des singles de Volta, la démarche de Biophilia se rapprocherait plutôt de la finesse electronica du Vespertine.

L’écoute des deux premiers morceaux, Moon et Thunderbolt, encourage cette analyse. On y découvre de belles comptines electronica, intimistes et finement ciselées, à la richesse instrumentale indéniable. La production est en elle-même magnifique, grâce à son traitement formidable des basses, qui sont d’une profondeur rare, mais également grâce à la spatialisation des instrus et à l’énorme travail d’arrangement du chant de Björk. C’est d’ailleurs son timbre vocal qui surprend en premier. On sait que la dame s’est faite opérer des cordes vocales, ce qui l’a obligé à retravailler son style naturel. Son chant s’est posé, transformé, apaisé, pour un résultat à la fois sobre et audacieux : tout se passe comme si Björk ne cessait de lutter contre la démesure de son propre chant et de son invraisemblable amplitude (lutte particulièrement sensible avec Moon, l’ambient-drone de Dark Matter ou la tristesse mélancolique et spectrale de Cosmogony).

Malheureusement, ce Biophilia n’est pas exempt de tout reproche. Si son electronica peut apparaître plus ferme et énergique, comme sur Virus et son espèce de xylophone extraterrestre, ou sur Hollow et sa montée en pression tout en rupture, il reste une énigme intangible : mais que foutent ici ces passages breakcore qui secouent nos comptines comme des cocotiers ? D’une part, leur réalisation est loin d’atteindre le génie culbutant d’un Venetian Snares ou Otto von Schirach ; mais d’autre part, la nécessité et la pertinence de leur incrustation au sein ces comptines sont particulièrement douteuses. Le finish de Cristalline, par ailleurs le plus désagréablement poppy et convenu de ces dix morceaux, tombe comme une pleine touffe de cheveux roux sur la soupe. Et même si ces moments breakcore sont un poil mieux intégrés sur Sacrifice ou sur l’orageux Mutual Core, on reste un peu perplexe quant à la légitimité de telles embardées rythmiques, qui provoquent des scansions malheureuses et inutiles à l’intérieur de morceaux initialement cohérents.

 

Avec tout le battage médiatique qui l’a précédé, on était en droit d’espérer bien plus de ce Biophilia, qui tient un équilibre précaire entre intimité sensible et fautes de goût. Malgré un esthétisme périphérique assez poussé (visuel agréable, clips intéressants, investissement multimédia total : la tournée live sera sans aucun doute visuellement démente), il n’est assurément pas son meilleur disque, et ne se trouvera jamais en mesure de conquérir des oreilles jusque là réfractaires au travail de Björk, qui, quatre ans après un Volta déjà décevant, donne une fois encore un nouveau coup d’épée dans l’eau de son propre génie.

 

http://www.nonesuch.com/files/imagecache/section-artists-image/media/images/bjork-biophilia-cover-450.jpg

par Pingouin Anonyme

Repost 0
Published by Chroniques électroniques - dans disque
commenter cet article
10 octobre 2011 1 10 /10 /octobre /2011 12:25

Sortie : septembre 2011

Label : Warp

Genre : IDM

Note : 6,5/10

 

Andy Turner et Ed Hanley formèrent Plaid après leur premier projet Black Dog Productions, déjà annonciateur d'un meilleur à venir. Nous sommes au début des années 90 et l'IDM se prépare à son heure de gloire. Warp fait de ce genre à part son étendard, en englobant Boards Of Canada, Aphex Twin et Autechre à l'aventure de Sheffield. Voilà pour la petite histoire, que beaucoup connaissent déjà. Pourtant, depuis toujours, Plaid fait figure de formation un rien délaissée par rapport aux autres précédemment citées. Probablement parce qu'ils n'ont jamais vraiment renoncé au "tout mélodique", aux voix venues du froid et aux instruments étranges. Trois de leurs albums, Double Figure, Rest Proof Clockwork et l'inaltérable Not For Trees font néanmoins partie des meilleures productions de l'époque.

Depuis... et bien pas grand chose. Plaid ne s'est pas renouvelé, en usant perpétuellement de très bonnes recettes forcément inchangées. Peu nombreux sont ceux qui tendirent l'oreille à leurs sorties des années 2000. Lors de l'anniversaire des 20 ans de Warp à l'auditorium de la Villette, ils furent pourtant ceux qui tirèrent le meilleur de l'installation 5.1 et du visuel associé, lors d'un live hallucinant précédant une excellente mais éreintante prestation scatologique d'AFX.

Warp, après des années d'allégresse, tente péniblement de faire croire au monde entier qu'il est encore un vrai label indépendant. Il fait des choix inquiétants en terme d'investissements pour l'avenir (exceptés Battles et peut-être l'ovniesque Gonjasufi) et amorce un virage pop un peu mou de la bite. Les vaches sacrées et béatifiées de l'époque, continuent donc de sortir des galettes chez eux, pour des raisons probablement plus contractuelles qu'humaines. Voyons donc si avec ce dernier Plaid, un soupçon de la magie d'antan peut subsister.

 

Scintilli est un bel album, et honnêtement si il était le produit d'une sombre association d'Europe de l'est, on prétendrait peut-être tenir là un soupçon de réussite. Mais cet album est juste du Plaid, pur sucre. Alors oui, Plaid c'est vachement bien. Mais vingt ans après la révélation, on s'estime en droit d'attendre plus. Un plus que beaucoup continue d'attendre de Warp alors que les vraies évolutions se trouvent ailleurs. Ceux qui lisent régulièrement ce site élitiste et moribond qui est le nôtre savent de quelles crémeries je parle.

Car oui, la dimension ouatée des textures, la customisation de l'acoustique et cette déconcertante subtilité mélodique est toujours là, comme en atteste Missing ou le très très beau 35 Summers. Ceux qui surveillent le duo depuis ses débuts auront d'ailleurs forcément un sourire narquois et amusé à l'écoute de Thank. Rien n'a changé mes bien chers frères. Mais seigneur, que tout cela résonne chiant rythmiquement aujourd'hui. Les vrilles et les sursauts de Plaid ne parviennent plus à surprendre même si ils peuvent continuer de séduire. Doit-on y voir une troublante humilité artistique ? Un souhait de ne pas se dénaturer ? Ou peut-être encore juste l'envie de continuer à faire ce qu'ils ont toujours aimé.

Le côté rugueux et écorché de Eye Robot n'est malheureusement que trop peu exploité par la suite pour laisser espérer quoi que ce soit. Que ce soit délibéré ou non, l'ensemble de l'album sonne très vintage (Unbank, Craft Nine, Founded)  même si ça et là, des preuves du fait qu'ils se sont saisis des évolutions technologies sont perceptibles à l'oreille avertie (Sömnl, Tender Hooks). Quand le rafraîchissant, cristallin, cavalier et légèrement funky African Woods pourrait nous faire légèrement dodeliner, Upgrade et ses ronronnements Edbangerien$ déjà trop périmés pour être honnêtes précipitent l'inévitable envie de passer à autre chose. Dommage, car ne fut-ce qu'un instant, l'envie d'y croire a malgré tout vécu.

 

Ne vous y trompez pas, Scintilli recèle de jolies comptines electronica majoritairement old-school. Plaid peut aujourd'hui être une vraie soupape de décompression pour les coutumiers de prods plus "harsh". Ils peuvent aussi servir de rampe de lancement vers des albums plus poussés (plus sérieux ?). Si j'étais mesquin, je dirais que Scintilli peut bénéficier du label "IDM pour les noobs". Je le suis, alors je le dis. Mais je suis aussi un grand nostalgique qui pardonne tout à ses anciennes idoles. Alors je dirais que même si ils font aujourd'hui partie des arbres cachant une forêt bien plus luxuriante qu'il n'y paraît, j'ai eu beaucoup de plaisir à avoir de leurs nouvelles.

 

images.jpg

par Ed Loxapac

Repost 0
Published by Chroniques électroniques - dans disque
commenter cet article
10 octobre 2011 1 10 /10 /octobre /2011 09:28

Sortie : 10 octobre 2011

Label : InFiné

Genre : Electro-pop

Note : 7/10

 

Comment ça, un groupe d’électro-pop chez InFiné ?! J’avoue, quand j’ai reçu l’album j’ai éprouvé un léger doute. Et merde, voilà que le label lyonnais tombe lui aussi dans le panneau d’un genre trop souvent (disons à 90%) aseptisé. Mais voilà, The Edges Of The World de Composer s’avère être au final plutôt réussi et même malin dans son approche du genre.

 

Composer n’est pas vraiment un groupe au sens premier du nom. Nos deux protagonistes se sont en effet rencontrés lors d’un workshop organisé par InFiné. Eric Raynaud, la moitié électronique plus connu sous le pseudo de Fraction, et Guillaume Eluerd, la moitié folk officiant avec The Year Of The Dog, ont eu une semaine pour présenter un concert. L’alchimie a pris et depuis, ils se sont lancés dans le long format. Les deux gaziers n’en ont d’ailleurs rien à foutre du milieu électro-pop et ça s’entend. Il s’agit plutôt de deux mélomanes érudits qui ont décidé de sortir un disque sans se soucier des codes en vigueur dans le milieu.

Pourtant, l’album débute par un Check Chuck résolument classique et lorgnant de près avec Phoenix. Mais rapidement, le morceau prend de l’envergure et on sent pointer les intentions de Composer. Ce qui fascine de prime abord dans cet album c’est cette remise à zéro permanente. Aucun morceau ne ressemble au précédent, chacun tentant d’explorer de nouvelles pistes. L’idée se tient d’ailleurs sur la longueur même si l’album ne compte au final que 9 morceaux (dont un interlude inutile). Il n’empêche que l’on devine rapidement l’influence première du groupe, The Notwist, période Neon Golden. Seven Days avec sa construction électronique alambiquée ne peut que conforter cette idée. De même, la voix tout en velours de Guillaume Eluerd rappelle celle de Markus Acher, leader de The Notwist.

Ce qui marque aussi c’est ce refus d’une électro-pop béate. The Edges Of The World n’est pas un album joyeux, il est empli de la mélancolie désabusée de trentenaires fatalistes. A l’écoute de Rooftop, on devine que les lendemains seront gris. Le ton se durcit aussi sévèrement sur la cold-wave technoïde glaçante de Polar Bear, véritable bombe de l’album à l’efficacité frontale et rappelant les excellents Poni Hoax.

 

The Edges Of The World est une très bonne surprise. Alors que l’électro-pop se complait dans sa mièvrerie, Composer vient démontrer qu’on peut faire de l’électro-pop sans paraître pour des benêts naïfs et sans se pervertir. One shot ou non, Composer signe un bel album désabusé.

 

http://wadmag.com/uploaded/news/composertheedgeooftheworld/1.jpg

 

par B2B

Repost 0
Published by Chroniques électroniques - dans disque
commenter cet article
8 octobre 2011 6 08 /10 /octobre /2011 13:35

Sortie : septembre 2011

Label : Text Records

Genre : Electronica, house

Note : 8/10

 

Dernièrement, Four Tet nous a infligé une sortie de route indigne de son niveau. En même temps, en se prêtant au jeu superfétatoire du mix pour la série Fabric (chronique ici), Kieran Hebden aurait du savoir où il foutait les pieds. Bien mal lui en a pris. Le mieux pour oublier cet écart est de vite se plonger dans le nouvel EP de ce prodige de l’électronica.

 

Locked / Pyramid est un simple 2 titres mais voilà, après une journée d’écoute impulsive, il me paraissait impensable de ne pas en parler car on retrouve enfin le Four Tet que l'on a toujours aimé, celui capable de fabriquer un classique instantané avec 2 bouts de ficelles.

Locked était présent sur le mix Fabric et c’en était d’ailleurs le meilleur morceau. Ce petit bijou permet de retrouver le Four Tet pré-There Is Love In You (chronique ici), celui qui privilégiait l’électronica poétique. La mélodie est finement jazzy, se contentant d’une simple ligne de basse avec un synthé léger. On est à la limite de l’approche easy-listening d’un Mr Scruff. A ceci près que Four Tet reste un orfèvre et qu’il y ajoute quantité de sonorités organiques. Locked devient alors ce morceau idéal d’électro matinale.

Pyramid n’est rien d’autre qu’une perfection house (elle aussi présente sur le mix Fabric). Sous son aspect répétitif et finement progressif transparaît alors une poésie élégiaque. C’est lorsque une nappe planante et cinématographique fait son apparition que l’on comprend tout le génie de Kieran. Cette nappe finit par s’imposer permettant ainsi au morceau d’atteindre des sommets de mélancolie.

 

Avec un rien, Four Tet réussit une nouvelle fois à atteindre des sommets. Ce mec est décidément brillant notamment dans sa façon de ne jamais renier ses travaux passés tout en se réinventant continuellement. Locked / Pyramid est un désarmant bijou de simplicité.

 

http://www.catapult.co.uk/resources/cache/resize_box_it_-resources-product-images-37367-Four_Tetjpg.350x350.jpg

 

par B2B

Repost 0
Published by Chroniques électroniques - dans disque
commenter cet article
8 octobre 2011 6 08 /10 /octobre /2011 09:48

Sortie : septembre 2011

Label : Liminal Recs

Genre : IDM, Glitch, Industrial, Ambient

Note : 8,5/10

 

Les premières fois que j'ai écouté cet album de Sound Wave Pressure, je n'avais accès ni au nom du groupe, ni à ceux des titres. La fatalité m'obligeant a utiliser une version ancestrale de l'ipod, il était insupportable de ne pas avoir la plus petite idée de l'origine de ces hallucinantes comptines glitchées. Lorsque le tourment cessa, il apparu que Sound Wave Pressure est un projet IDM, composé de Sitreus et de.. r.roo. Ben voyons. Le genre de moment où vous souhaiteriez vous coller des beignes pour n'y avoir penser avant. La patte dudit Ruga Roo est pourtant flagrante, et ce n'est pas comme si on ne parlais jamais de cet Ukrainien. Les derniers album et EP de Andriy Symonovych (Into A Cloud, ici et Ache, ) ont abreuvé certains auditeurs avisés de compositions immersives, puissantes et délicates. Dans Sound Wave Pressure il s'associe à Sitreus Ramirez, résident de Kiev également et âgé de 19 ans, avec qui il a par ailleurs monté le label Someone Records. Prozac est leur deuxième album. 

 

Le netlabel russe Liminal Recs, qui le produit, compte en ses membres un certain Medkit, auteur du singulier Obsessive Compulsive Disorder (chroniqué ici), qui portait  sur les angoisses maladives et les troubles nerveux. Au vu de l'intitulé de leur album, r.roo et Sitreus partagent vraisemblablement avec lui plus d'un point commun. Ce qu'il y a de bien avec le fait d'entamer une chronique par l'évocation de sujets de ce genre, c'est de pressentir la potentielle défection boudeuse d'une part de notre aimable lectorat. J'aimerais dire que c'est justement le moment de ne pas fuir. L'exercice qui consiste à écrire sur des artistes démesurément confidentiels – qui sont, en ce qui me concerne, souvent originaires d'Europe de l'Est et souvent compositeurs d'IDM – a ceci d'exaltant qu'il revient à partager des coups de coeur qui sont justement, globalement méconnus. Mais il peut réserver au tournant l'impression frustrée de rien changer du tout à la confidentialité de ces artistes. D'être bien gentil mais pas bien utile. Prozac est le genre d'album qui donne envie d'astreindre tout le monde, n'importe qui à l'écouter. Enfin ceux que ça intéresse, car certains trouveront à tous les coups que j'exagère. Mais là n'est pas la question. 

Sous une enveloppe d'émotions à vif, qui vibre et pulse doucement, se nouent des intrigues lointaines qu'on observe en spectateur, qu'on ne cherche même pas à comprendre. Des images de visages tristes mais durs, des sentiments profondément désenchantés d'où gicle une poésie brute, limpide et humble semble émaner de cette oeuvre. Emmanuel Carrère écrit dans Limonov que vouloir se faire poète pour un jeune Ukrainien dans les année 70's était aussi commun que l'envie de s'exprimer par le rap pour un jeune de banlieue parisienne aujourd'hui. Le même aujourd'hui que celui des musiques expérimentales de l'Est de l'Europe, dans lesquelles il y existe une sensibilité noire et romantique qui ne se manifeste pas ailleurs. C'est un tableau de compositions électroniques presque choquant de richesse que dresse Prozac. Sound Wave Pressure réussit dans cet album à passer d'un genre à l'autre toutes les 4,30 minutes - le temps moyen de chaque track – tout en maintenant intact ce fil rouge et ténu tissé d'orchestrations veloutées, de cordes et d'un éternel piano. On plonge en premier lieu dans une IDM belle et houleuse (Quien es ?, She Needs Drugs, I Am, The Infinity). Les tourbillons mélodiques et rythmiques ont quelque chose de parfait, de presque déchirant. r.roo et Sitreus s'engagent alors dans des sentiers dont les rythmes ont des consonances de hip-hop abstrait, et peignent des beats fluides entrelacés d'une mélancolie aérienne (It's All The Same). Puis viennent des déluges de breakbeat assassins et magnifiques (Breathe), des complaintes néo-classiques qui vous coupent les mots (What Have We Done), des fractures spatiales aux goût d'indus et de revanche (I've Lost, Post Effect) et une conclusion d'électronica luminescente (Inner Empire). Il est rarement compliqué d'exprimer une préférence envers certains titres. Mais là, sur 12 morceaux, 8 sont mes favoris.  

 

Comme très souvent avec ce genre d'artistes et ce genre de netlabel dont les productions sortent par le biais du téléchargement gratuit, Prozac est disponible sans frais, ici, sur le site de Liminal Recs. J'aurais aimé l'écrire quinze fois et en police 18. Aux côté de labels comme le biélorusse Echomania, d'artistes comme Klaus Kinski, Ar.Muta ou Medkit, Sound Wave Pressure et Liminal Recs mérite beaucoup plus d'attention. Qu'elle soit ukrainienne, russe ou polonaise, l'IDM de l'Est tue, c'est tout. 

swp prozac front
par Manolito
Repost 0
Published by Chroniques électroniques - dans disque
commenter cet article