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25 octobre 2011 2 25 /10 /octobre /2011 11:00

Sortie : 24 octobre 2011

Label : Cómeme

Genre : House moite

Note : 6,5/10

 

DJ et producteur actuellement très en vu, le Mexicain Rebolledo poursuit son ascension. Il est, à l’heure actuelle, l’un des uniques représentants intéressants de la scène house mexicaine.

Originaire d’une petite cité, Xalapa, Mauricio Rebolledo est d’ailleurs retourné sur ses terres pour composer son premier album, Super Vato. Avant cela, le mec a écumé (et écume encore) les villes de son pays afin de promouvoir sa musique, mélange de house, disco, cold-wave et EBM. Mais ce qui caractérise surtout sa musique c’est son humour décalé qu’on a pu apprécier dans des clips à l’esthétique D.I.Y. plutôt malignes. Un petit coup d’œil à Guerrero (ici) et à Pitaya Frenesi (ici) vous permettra de mieux saisir l’univers du bonhomme. En Europe, Rebolledo s’est rapidement entouré de piliers de la scène house, lui permettant ainsi de trouver son public. De Matias Aguayo à Superpitcher, de Paris à Berlin, Rebolledo a parfaitement su s’accaparer les codes du milieu.

 

Super Vato n’est pourtant rien de plus qu’un énième disque de house moite et, bien qu’arrivant à judicieusement humaniser l’ensemble, on n’est jamais transcendé. Pourtant, la production est irréprochable, les basses sont lourdes et l’ensemble transpire le sexe. On ne peut pas reprocher à Rebolledo d’avoir insufflé une bonne dose de chaleur mexicaine à son disque. Nous sommes bien face à un disque gonflé aux stéroïdes locaux. La basse vous prend aux tripes, les sons sont vicieux, la voix de Rebolledo est brumeuse. En gros, ça sent plus la weed que la MDMA.

D’ailleurs, l’album est parcouru de morceaux de choix. Positivísimo avance tel un rouleau compresseur avec son aspect progressif. L’exploit étant de ne jamais faire exploser le morceau afin de maintenir la tension. Pour le coup, c’est plutôt vicelard. On retiendra aussi l’excellent Super Vatos, s’appuyant sur la présence de Matias Aguayo, dont la lancinance initiale finit par se parer d’un synthé maléfique, tout droit sorti de chez Carpenter.

Mais à côté de ça, se trouve pléthore de morceaux moins recommandables. Steady Gear Rebo Maschine est rapidement irritant avec ses crissements tout droit pompés sur le Rollin’ & Scratchin’ des Daft Punk. Et des morceaux de la trempe de Corvette Ninja ou Meet me at TOPAZdeluxe paraissent bien anecdotiques.

 

Super Vato n’est pas un mauvais album, il est simplement trop inégal pour réussir à marquer les esprits. Alors même si Rebolledo reste un DJ plutôt intéressant de part ses sets salaces, même si le mec est capable de sortir des singles pas dégueulasses s’appuyant sur son humour décalé, il n’en demeure pas moins que sur la longueur d’un album, il peine à convaincre. Il ne vous reste plus qu’à picorer avec parcimonie dans les 10 titres présents, il y a tout de même matière à faire monter la température.

 

http://www.puntograph.tv/wp-content/uploads/2011/09/Rebolledo_SuperVato_560.jpg

 

par B2B

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24 octobre 2011 1 24 /10 /octobre /2011 10:29

Date : 23 octobre 2011

Lieu : Les Abattoirs (Toulouse)

 

Toulouse souffre depuis trop longtemps d’un manque d’accès à la musique électronique actuelle de qualité. Ville pourtant promise à toutes les ouvertures de part son étourdissante population étudiante, elle s’échine à rester bloquée sur une vision passéiste des musiques actuelles. On observe pourtant un renouveau intéressant ces derniers temps grâce aux structures associatives telles La Petite, Les Siestes Electroniques ou Callforth. Ce sont plusieurs festivals à la programmation enfin audacieuse qui tentent d’insuffler cet indispensable nécessité de nouveautés. Fait paradoxale, à côté de cela, Toulouse arrive à proposer des lieux difficilement imaginables ailleurs tel ce squat institutionnalisé qu’est Mix'art Myrys, endroit prônant un esprit libertaire frondeur.

Hier, les Abattoirs, le musée des arts contemporains de Toulouse, proposaient dans le cadre du festival pluridisciplinaire Novela, une soirée électronique futée, en plein air et surtout gratuite. La jeunesse s’est massée devant les grilles dès 20h, dans l’espoir de pouvoir entendre Planningtorock, Modeselektor et Pierre Henry.

 

L’anglaise de Planningtorock ouvre les hostilités avec une musique aux contours flous, de prime abord hermétique et limite pédante dans son approche artistique. Le son est pourtant d’une grande qualité, fait trop rare pour un concert extérieur, et les visuels captivants. La première demi-heure oscille entre cold-wave électro minimaliste et cheesy-pop techno. Il faudra attendre le dernier quart d’heure pour enfin trouver matière à plonger les yeux fermés dans un trip plus ésotérique. En laissant parler un synthétiseur caverneux sur une rythmique downtempo lancinante c’est toute la vague witch-house actuelle qui s’immisce dans notre cerveau.

Le légendaire Pierre Henry prend la suite, s’installant à la sono afin de pouvoir directement spatialiser lui-même le lieu. Car toute la magie qui va suivre vient de là, de cette installation sonore démesurée, à l’acoustique exceptionnelle, proposant une cinquantaine d’enceintes dispersées sur le site ainsi qu’un mur sur la scène. Et Pierre Henry de commencer son live en forme de best-of improbable. Entre musique concrète, techno organique, ambient, acid-house, musique classique et j’en passe, le géniteur des musiques électroniques va foutre la branlée à tous les petits jeunes. On ne parle plus de musique mais d’expérience totale. Les sons virevoltent, nient la stagnation. Au bout d’une demi-heure, le volume sonore est décuplé et Monsieur Henry installe une dark-ambient absolument sidérante, clouant la foule sur place puisque de toute façon aucune échappatoire n’est possible. Le public timide restera d’ailleurs excessivement respectueux et lorsque Pierre Henry achève son concert sur un remix techno de son « tube » Psyché Rock, il a droit à de longs applaudissements. A 84 ans, il a encore tout à apprendre aux musiciens actuels et démontre que la musique électronique n’est pas qu’une histoire de beats sans âmes.

Modeselektor vient achever la soirée avec un live que le public espère remuant. Moi aussi d’ailleurs car même si on n’a pas aimé le dernier album ici, Modeselektor reste une machine assez massive en live. Et bien ce fut loin d’être le cas ce soir, pire, Modeselektor fut insignifiant. On pourra toujours rejeter la faute sur l’absence d’un support visuel (Pfadfinderei annulant à cause du vent), on ne m’ôtera pas l’idée que Modeselektor est un groupe gadget. Le groupe s’en sort pourtant quand il décide de faire durer ses morceaux comme sur ce Grillwalker inaugurale ou sur un Blue Clouds enivrant. Pour le reste, les deux berlinois sont tombés dans l’écueil de la démonstration aussi offensive qu’inconsistante. Entre techno monolithique, euro-crunk vieillissant mal et hip-hop crétin, difficile de rester sur une idée plus de 2 minutes. On finit par se dire que Modeselektor est bien plus chiant que Pierre Henry.

 

L’écart était sans doute trop grand entre tous ces artistes mais au final, il aura permis de vivre un moment unique grâce à Pierre Henry. Retenons surtout le fait que c’était un évènement gratuit audacieux se soldant par une véritable réussite en terme d’affluence. Toulouse continue de poursuivre intelligemment sa lente mutation.

 

http://www.culture31.com/images/Affiche/visuel_Novela_240x352.jpg

 

par B2B

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22 octobre 2011 6 22 /10 /octobre /2011 12:16

Sortie : 11 octobre 2011

Label : Kranky

Genre : Ambient, néo-classique

Note : 8/10

 

En sortant Ravedeath, 1972 en début d’année, Tim Hecker ne se doutait peut-être pas que l’accueil critique de son disque allait être aussi unanime. Le mec a sorti un album immense dont on ne cesse encore, des mois plus tard, de fouiller les moindres recoins. L’abstraction de Ravedeath, 1972 venait poser de nouveaux jalons dans la recherche sonore notamment dans le fait d’instaurer une instabilité permanente entre la puissance contenue des drones et l’impact progressif des nappes ambients. Mais une question restait en suspend ? Tim Hecker était parti d’une photographie représentant un piano en équilibre avant la chute (pour la petite histoire, vous passerez par la case lecture de la chronique de l’album, ici) et pourtant son album reléguait l’instrument en arrière-fond, le noyant sous un imposant maelstrom sonore. Pourquoi ?

La sorti de Dropped Pianos recentre ainsi le débat en proposant de se focaliser sur les chutes de Ravedeath, 1972. Mais de chutes il n’y en a pas. Non, la chute préfigurant le destin tragique du piano a déjà été consommé. Dropped Pianos serait plutôt l’album précédant de quelques minutes cette performance puisqu'ici le piano vit encore et semble savoir qu’il s’agit de ses derniers instants.

Se composant de 9 morceaux plutôt court (l’album dépassant à peine les 30 minutes), Dropped Pianos se révèle indispensable pour peu que l’on veuille mettre à jour les intentions de Ravedeath, 1972. Habituellement, ce type d’album, surfant sur le succès de son illustre père, n’a aucune valeur, mais ici ce n’est pas le cas, loin de là.

Le fait de pouvoir enfin entendre distinctement ce piano relève de la promesse tenue. Enfin, les clés nous sont livrées, enfin nous pouvons comprendre. Et pouvoir percevoir ce piano mourant est déchirant. Les notes s’étirent à l’infini, la gravité s’impose. Dropped Pianos n’est pas un album triste, c’est un album résigné. Comme si ce piano savait qu’il n’était plus nécessaire de lutter, qu’il fallait mieux accepter son destin tragique. Il en ressort des morceaux prodigieux de sentimentalité contenue. On a l’impression de vivre les derniers moments d’un monde tout en restant dans un état purement contemplatif (rappelant d’ailleurs le Melancholia de Lars Von Trier). Tim Hecker utilise avec parcimonie son ambient grésillante, ses drones tremblants pour uniquement se concentrer sur l’émotivité. Mais comme toujours avec lui, point de facilité. Le cheminement est avant tout personnel.

La découverte de ce Dropped Pianos risque fort d’émouvoir au plus haut point les fans de Ravedeath, 1972. Tim Hecker nous offre plus qu’un simple album de chute. Il s’agit du partenaire indispensable à son récent chef d’œuvre. Les deux albums ne font désormais plus qu’un, la boucle est bouclée, la mélancolie a définitivement pris l’ascendant.

 

http://www.ladepeche.fr/content/photo/biz/2011/09/27/cefd2d441a00df99555944270f7f1bd1_zoom.jpg

 

par B2B

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21 octobre 2011 5 21 /10 /octobre /2011 15:50

Sortie : octobre 2011

Label : Profan

Genre : Techno expérimentale

Note : 7,5/10

 

Depuis que Wolfgang Voigt a abandonné ses pseudos Gas et Studio 1, pourtant phares de la scène ambient-minimal allemande des années 90, on aurait pu croire que ce gourou aux multiples alias et collaborations co-fondateur du label Kompakt, s’ouvrirait désormais à des horizons moins ésotériques. Erreur : La chose s’est empirée. Oh certes, le bonhomme ne rechigne plus à balancer des kicks, voire à rentrer dans les rangs serrés de la structure en  4/4 ; mais cela n'a pas empêché son précédent LP Freiland Klaviermusik et son piano cinglé de répétitivité démente qui a fait grincer du bec les plus valeureux d’entre nous (pourtant biberonnés au minimalisme américain). ce n’est rien de dire que la première fois que j’ai mis ce nouveau Kafkatrax (produit sur le label Profan, subdivision de Kompakt créée par Voigt lui-même) dans mon lecteur CD, je me suis dit que j’allais passer une putain de mauvaise heure.

 

Et en fait, tout de suite, on s’aperçoit que non ; que pour la première fois, l’aridité autiste de l’expérimentation totale se fait presque accessible, et pour tout dire, musicale. L’introductif 1.0 (les tracks, exempts de titre, sont seulement numérotées) joue d’emblée la carte maîtresse de son disque : le travail des voix. On ne saurait trop l’applaudir, tenant sans doute la raison de la référence à Kafka. Des phrases parlées, dictées en allemand, sont montées en boucle, répétées, entremêlées puis démêlées puis remailées, filtrées, réverbérées, déformées… à l’écoute au casque, l’effet rendu est celui de l’hallucination auditive, où des paquets de voix informes s’adressent directement à une conscience décollée d’elle-même. Sauf que, le point n’est pas négligeable, ces hallucinations auditives sont musicales ! Pour accompagner ce travail sur les voix, Mr Voigt s’est branché sur un mode rythmique pachydermique, au kick plus lourd que véritablement lent, qui épouse parfaitement le mouvement de balancement des autistes. De façon plus surprenante, des mélodies font parfois leur apparition, sous la forme de petites mélodies au synthé, ou d’interventions sonores plus proches du glitch, qui confèrent à l’ensemble un côté finalement assez dansant.

 

On tient sans doute l’œuvre la plus accessible de l’immense discographie de Wolfgang Voigt, et au départ, ça surprend forcément ; mais on se laisse vite embarquer dans ce trip hallucinatoire et immersif. L’écoute au casque ou aux intra-oriculaires à fort volume est vivement conseillée, l’effet rendu n’en est qu'amplifié.

 

http://s.dsimg.com/image/R-3168374-1318856433.jpeg

par Pingouin Anonyme

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19 octobre 2011 3 19 /10 /octobre /2011 09:41

Sortie : 17 octobre 2011

Label : Planet Mu

Genre : Dubstep, Electronica, dreamlike Juke

Note : 6,5/10

 

Jamie Teasdale est connu pour constituer avec Roly Porter le duo Vex'D, spécialiste dans une forme de dubstep retors et immersif. Leur Cloud Seed s'était élevé sans mal parmi les meilleurs albums du genre de 2010 (ici). De son côté, le sieur Porter fut évoqué tout récemment à l'occasion de la sortie de son premier album, Aftertime, petit bijou de drone noisy (chroniqué ici). Les deux oeuvrent séparément depuis un bail, et c'est sous le nom de Kuedo que Jamie Vex'D a réalisé seul plusieurs Eps. Entre glitch-hop et dubstep dowtempo et flashy, Dream Sequence et Videowave n'étaient pas complètement indignes d'intérêt mais loin de soutenir la comparaison avec les travaux qu'il a pu accomplir avec son comparse. De même, Severant n'égale pas Aftertime, mais on était loin d'imaginer ce résultat.

 

Lors de la chronique du dernier Machinedrum (ici), paru également sur Planet Mu, il avait été fait remarqué par des lecteurs que les influences de l'album n'étaient pas à chercher dans le dubstep ou la deep-house, mais du côté de ces genres chicagoan, étranges et limités que sont le footwork et la juke. Aucun de nous ici n'est familier à ces sons à 160 bpm, dédiés à des concurrents qui défient en battle la vélocité de leurs mollets. C'est apparemment le nouveau délire de Planet Mu qui en sort régulièrement des compiles. Pour avoir assisté rapidement à la performance du crew de footwork du label au dernier Electron festival (ici), je peux vous dire que c'est franchement inécoutable – désolée pour ceux qui aiment. Mais là n'est pas le point. Avec Severant, Kuedo romps avec le style qu'il s'était constitué jusqu'alors et nous pond un mélange de juke mélancolique à la sauce Vangelis. Ca a l'air horrible, je sais. Pourtant Teasdale s'en sort presque bien. Assumant les influences de Blade Runner, de coke rap à la The Clipse ou de Tangerine Dream, Kuedo dépeint des ambiances languissantes et orangées. L'ensemble est cotonneux, les boucles de synthés sonnent de façon fondamentalement vintage et les nappes détiennent un potentiel cinématique particulièrement efficace. Inévitablement, qui que ce soit ayant les mélodies de synthés rétro-futuristes en abomination n'y trouvera jamais son compte, et ceux qui se sont penchés sur cet album savent jusqu'où elles sont poussées. Mais voilà, Teasdale est tout sauf le dernier des arrivistes. Le bonhomme maîtrise assez les textures et les imbrications sonores pour parer son trip sur l'évasion et la prise de distance avec la réalité de tonalités justes, presque touchantes. Bizarrement, l'aspect flottant et immensément désabusé de Severant s'accorde avec cette prise de position anachronique. On rencontre à l'occasion de larges flaques d'électronica, parfois des petits bouts de dubstep (les syncopes de Truth Flood), mais le plus souvent, c'est ce squelette rythmique répétitif et distant qui confère cette dimension hypnotique et illuminée. Un type de rythme qui peut laisser comme deux rond de flamby lorsqu'on ne fait pas immédiatement la relation avec le footwork, lui-même ayant été préalablement étiré, amolli et adouci. Alors forcément, tout ne fonctionne pas à tout les coups. Les arpèges interminables (Ascension Phase) ou les carillons assommants d'un fake de harpe (Reality Drif) menacent de lasser avant même d'avoir commencé. Severant est inégal, c'est un fait. Mais certains morceaux dégagent un charme qui ne ressemble à rien d'autre. C'est le cas du vaporeux Ant City, de cette exquise kitscherie qu'est Salt Lake Cults, ou du céleste Onset (Escapsim).

 

Alors voilà, Severant est le genre d'album qui pousse à la schizophrénie, car on peut l'écouter un matin et se dire putain, c'est génial, remettre ça le lendemain et le trouver piteux. S'il y a une chose qu'on ne peut reprocher à Kuedo, c'est bien l'absence de prise de risque. Il y a quelque chose d'obsolète dans cette démarche mais la dimension émotionnelle de ce disque n'a rien d'emprunté. Teasdale parvient à en faire un album intriguant et probablement fractionnel.

 

KuedoSeverant600Gb111011

par Manolito

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19 octobre 2011 3 19 /10 /octobre /2011 08:55

Sortie : octobre 2011

Label : Mute

Genre : Electro-pop shoegaze, electronica aérienne

Note : 4/10

 

J’ai longtemps eu un faible pour M83. Les deux premiers albums du groupe, M83 et Dead Cities, Red Seas & Lost Ghosts (sur le regretté label Gooom), m’ont durablement accompagné au début des 00’s. Aujourd’hui encore, je reste persuadé que ces albums sont des œuvres sous-estimées. Le mélange entre électronica aérienne, techno sous-marine et envolées shoegaze était alors intelligemment mené. Puis l’un des membres fondateurs du groupe s’en est allé laissant l’antibois Antony Gonzalez seul aux commandes du navire. Le virage pop prit par le groupe ne m’a alors pas convaincu. C’est pourtant à ce moment là que M83 a pris son envol à l’étranger, notamment aux Etats-Unis où il jouit d’une importante notoriété. Depuis quelques années, je ne suis que passivement l’actualité du groupe, écoutant cependant chaque sortie, arrivant à y puiser parfois, l’espace d’un instant, ce plaisir passé. La sortie d’Hurry Up, We’re Dreaming, m’apparaît désormais comme une simple formalité.

 

M83 a toujours proposé une musique « adolescente ». Entendons par là qu’il s’agit essentiellement d’une musique sentimentale, jouant sur un trop plein d’émotions. Tel l’éloge d’une adolescence fantasmée, Hurry Up, We’re Dreaming ne déroge pas à la règle avec ses ballades électro-pop 80’s tantôt ascensionnelles (Intro, Midnight,Wait), tantôt mièvres (la quasi intégralité des 22 morceaux). On reprochera d’ailleurs au disque sa longueur. Bref, redevenir adolescent oui mais pas le temps d’un double album, d’autant plus quand le second disque se révèle être une purge à côté d’un premier déjà grandiloquent mais néanmoins fréquentable. De même, les ouvertures électro-rock (Reunion, This Bright Flash) sont franchement ridicules avec ce mauvais goût crânement affiché. Ajoutons à cela de nombreux morceaux superflus qui laissent à penser qu’il aurait été plus judicieux de se concentrer sur un simple LP. Mais la question de savoir s’il s’agit d’un « bon » disque peut sporadiquement s’effacer si l’on accepte de se laisser prendre au jeu des montagnes russes émotionnelles.

Hurry Up, We’re Dreaming est avant tout un disque contextuel. Le type même de skeud qu’on s’écoute à la fin des grandes vacances au moment clé de l’empilement de souvenirs, la musique venant s’immiscer dans notre cerveau pour mieux nous faire revivre les souvenirs passés.

M83 c’est de l’électro mignonne et un peu conne. Mais parfois, ça fait du bien de se laisser ainsi balader. C’est absolument inoffensif car quand on est ado, on se fout du monde qui nous entoure. Hurry Up, We’re Dreaming c’est un refus de grandir, une volonté de rester dans sa bulle. On comprend mieux le succès du groupe aux Etats-Unis. Ces grands gamins s’y retrouvent dans ces ballades électroniques progressives et ont ainsi l’impression d’être lâché dans l’univers de Dawson. Et c’est bien là les effroyables limites de M83, la mièvrerie finissant inéluctablement par l’emporter passé le cap des 5 minutes. Alors quand on sait que le tout correspond à deux épisodes de Dawson, le côté émotif s’efface très vite, laissant place à l’agacement.

 

Hurry Up, We’re Dreaming est dans la droite lignée des récents albums de M83, groupe qui poursuit inlassablement sa quête de l’adolescence éternelle. Cet album arrive ainsi à convaincre le temps d’un morceau, pris au hasard. Prolonger l’exercice est quasiment impossible pour tout esprit adulte. Totalement acquis à la cause d’une électro-pop gluante, on ne peut s’empêcher de préférer le rire aux larmes. 

 

http://musikplease.com/wp-content/uploads/2011/08/M83.jpeg

 

par B2B

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18 octobre 2011 2 18 /10 /octobre /2011 20:26

Sortie : juillet 2011

Label : Ultimae

Genre : Space Ambient

Note : 7,5/10

 

La collaboration entre Carbon Based Lifeforms et Ultimae a commencé en 2003 à l'occasion de la sortie du très bon Hydroponic Garden. Les scandinaves Daniel Ringström et Johannes Hedberg sont souvent accompagnés de la jolie voix de la très charmante Karin Andersson. Ils sont considérés par beaucoup comme des références en matière d'ambient enchanteur et méditatif, et plus largement par les observateurs de ce qu'il convient d'appeler les Musiques Assistées par Ordinateurs. Twentythree est leur quatrième album, suivant le très bon Interloper de l'année dernière (chroniqué par nos soins ici).

 

CBL nous avait habitués à des sons évoquant des zones terriennes chimériques et vierges. Cette fois-ci, ils semblent se concentrer vers des destinations encore plus lointaines. Bien au delà de notre petite planète. Là où des messages stellaires tentent d'être captés, là où l'horizon se conjugue à l'infini. La dimension contemplative des très longues pistes demeure intacte, tout comme la quasi absence de beat. Dès les premières minutes d'Arecibo (et du suivant System), l'auditeur attentif et équipé d'un matos haute définition pourra prétendre à une certaine béatification. Comme celle qu'arbore les agneaux de prés salés devant un Mont Saint-Michel qui les dépasse, l'humain n'a jamais semblé si insignifiant devant l'immensité et les mystères de l'espace.  Pendant Somewhere in Russia, on peut s'imaginer les témoins de la sortie de cabane d'observation d'un camarade russe, s'immergeant dans la neige pour que sa vision ne soit troublée par quelque parasite sonore. Que voit-il ? Quel est le fruit de son attente ? Seul lui le sait, mais ses années de travail prennent tout leur sens en quelques fractions de secondes, quand une flammèche vient tout à coup fendre le ciel. Certains trouveront que CBL a su par le passé se montrer plus immédiat et peut-être moins abstrait dans l'évocation. Ils poussent ici l'aspect "progressif" à un degré impressionnant. Comme sur le magnifique Inertia, où les ondulations des drones se plient sous les coups d'un goutte à goutte de stalagmite gelé. On pourrait ainsi croire que la gravité classique reprend le dessus sur la pesanteur, entamant un lent atterrissage sur le plancher des vaches. Ce sentiment se renforce sur VLA ou Kensington Gardens, où les textures se montrent plus naturelles et plus organiques. Cette subtilité dans la réverbération des sons donne un caractère définitivement "deep" à l'ensemble. Ceux qui tendront vraiment bien l'oreille pourront même prétendre saisir les discrètes interventions de Dame Karin sur Inertia et Kensington Gardens.

 

Ce nouvel album de Carbon Based Lifeforms me transmet la même impression que lors de leur prestation live à La Nuit Hypnotique de Mulhouse. Il faut vraiment se mettre en condition et choisir le bon contexte pour pleinement se laisser happer. C'est certes le cas de la plupart des sorties de Ultimae, mais la démarche est ici encore plus contextuelle que d'habitude. Twentythree peut perdre de sa substance lors d'écoute au casque. Le 5.1 est forcément l'idéal même si il n'est pas à la portée de toutes les bourses. Une écoute en extérieur, bien couvert en plein hiver, le cul dans la neige et la tête dans les étoiles, ça peut aussi donner de sacrés résultats. La mise en condition que je vous dis...

 

http://img20.imageshack.us/img20/3905/10901780.jpg

par Ed Loxapac

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17 octobre 2011 1 17 /10 /octobre /2011 08:20

Sortie : 17 octobre 2011

Label : Raster Noton

Genre : Proto-techno-minimaliste

Note : 9/10

 

Alva Noto va finir par avoir notre peau. Alors que nous sommes en train de vivre une évolution sonore fulgurante depuis l’explosion des architectes dans le milieu de la musique électronique (de Kangding Ray à Hecq), Alva Noto vient prouver, une fois de plus, que lorsque le son décide de jouer avec l’espace, il peut alors devenir la drogue la plus puissante qui soit. Déjà, son récent projet, avec le pianiste Ryuichi Sakamoto (chronique ici), avait permis de remettre la notion de silence au centre des enjeux acoustiques. Mais le boss de Raster Noton n’a jamais pu se figer sur une seule esthétique sonore et même si la totalité de ses travaux relève essentiellement de l’art contemporain, il n’en demeure pas moins qu’ils sont aussi de puissants exercices sensoriels dont l’impact sur le long terme finira bien par éclater un jour à la face du monde.

 

Univrs n’est pas seulement le 8ème album solo d’Alva Noto, c’est sans doute son travail le plus abouti et le plus accessible à ce jour. Et n’allez pas croire pour autant qu’accessible soit ici synonyme de raccourcicement des expérimentations. Chaque album d’Alva Noto répond à une exigence intellectuelle, comme si l’Allemand était obligé de s’infliger des garde-fous afin de mieux maitriser son art. Univrs a ainsi pour optique de proposer une réponse sonore à la différenciation conceptuelle d’un langage universel. L’intitulé pourra paraître pompeux pour certains et en soi, ils n’auront pas tort car ce qui nous intéresse uniquement ici c’est la résultante auditive.

Un bug informatique peut-il être musical ? Tel est plutôt la question que l’on pourrait se poser. Univrs ne repose sur aucune mélodie, sur aucun artifice superfétatoire. Exit aussi l’utilisation de séquenceurs puisque Alva Noto bosse uniquement ses compositions à base d’oscillations et de modulations de fréquences. Il en résulte une proto-techno absolument fascinante tant elle est propice à l’abandon physique. Pour faire simple, caler moi cette album sur un sound-system digne de ce nom et je deviendrai dingue car pour la première fois, Alva Noto se révèle dansant. Oui, dansant. Une grande partie des morceaux fonctionnent sur un principe immersif imparable. Tout en tension, les bruits de parasitages informatiques finissent par emplir totalement l’espace sonore, tout en s’appuyant sur une rythmique répétitive. Le verdict est sans appel, on approche du monstre sonore capable de vous catapulter vers des sphères encore inconnues. L’aspect anxiogène de l’ensemble prouve la capacité d’Alva Noto à bidouiller avec une intelligence vicieuse des sons aucunement destinées à la musique. Pire, l’écoute d’Univrs n’est en rien désagréable, bien au contraire, tant le pouvoir de fascination opère pendant que vos jambes tremblent mécaniquement.

Musique totalement acquise à une vision monochromatique du monde, il est impossible d’isoler un morceau. Tout au plus peut-on s’attarder sur Uni Acronym, performance live s’appuyant sur la participation d’Anne-James Chaton. L’artiste français déclame ainsi à la suite 208 acronymes conférant au morceau un pouvoir d’hypnose et continuant ainsi son travail sur la « littérature pauvre » (explication avec la chronique d’Evènements 09 ici). Pour le reste, mieux vaut se laisser happer par Univrs dans son ensemble.

 

Plus qu’un simple album de musique expérimentale, Univrs est un manifeste pour le futur de la techno (après Emptyset et Kangding Ray cette année, on ne peut que s’incliner devant tant de propositions audacieuses). Ne soyez pas rebutés par l’esthétique d’Univrs, prenez le risque d’y plonger les yeux fermés et vous verrez de quoi est capable la musique électronique en 2011.

 

http://3.bp.blogspot.com/-vwHs516Nx7g/TnAB5ORAD4I/AAAAAAAACAQ/vinXppcAZnk/s1600/a.jpg

 

par B2B

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16 octobre 2011 7 16 /10 /octobre /2011 17:55

Sortie : septembre 2011

Label : Moodmusic

Genre : House kraftwerkienne

Note : 7,5/10

 

Mais que ne sait pas faire Sasu Ripatti, alias Vladislav Delay, aka plein de trucs ? De l’ambient-glitch ultra-sophistiqué (cf. son travail solo ou avec sa femme, aka AGF, une autre tarée du même style) à la techno la plus raide et cheapy (Sistol ou Uusitalo), des drones les plus effrayants (cf. son Quartet, ici) à la dub-tech la plus réussie (cf. Moritz von Oswald Trio, ici), le type est partout, réussit à peu près tout, ce qui, conjugué à un hyper-activisme, le rend absolument omniprésent dans la sphère électronique depuis plus de dix ans. Aujourd’hui, on se penche sur son projet house, mis en jachère depuis 2008, le bien connu Luomo.

 

Projet house. Lorsqu’on est habitué à l’aridité globale du travail de Mr Delay, on pourrait être en droit de se poser des questions. Ce serait oublier les albums Vocal City et Paper Tigers qui, sans révolutionner la face de la house-music, avaient bénéficié d’un accueil plus que chaleureux en proposant une house accueillante et agréable, mais extrêmement froide et robotique (ce qui est, évidemment, un paradoxe). Sans changer sa démarche de fond, cet album Plus porte parfaitement son nom, puisque tout y est effectivement un cran au-dessus, qualitativement, que dans ses précédents LP.

Ce qui frappe d’abord, c’est ce côté quasi kraftwerkien qui rythme tout l’album d’un bout à l’autre. Les boucles de Twist, le premier morceau, l’entrée en matière du premier kick, sa ligne de chant typique d’une certaine région de la Belgique dans les années 80, bien connue pour son EBM, ces petites mélodies électroniques naïves, ce Luomo nouveau se pose donc comme un hommage ou retour aux sources des premières scènes électroniques européennes. Très dansants, et parfois même un peu trop en rapport à la dose de vulgarité nécessaire pour y parvenir, les neufs morceaux du disque reproduisent tous ce schéma du robotisme funky coincé dans un ascenseur, rendu célèbre à l’occasion d’une citation fameuse d’un un certain pionnier de la première scène Detroit.

Une sorte de mélancolie naturelle émane donc de l’ensemble du disque, un aspect rétro avec larme à l’œil en option, vers une représentation déjà passée du futur. Ceux qui ont trippé dans leurs jeunes années sur le Trans-Europe Express ou le Autobahn comprendront de quoi je parle – cet autoroute de ville-monde, ce bitume gris des banlieues tristes, cette absence de nature, de forêts, de campagnes, cette lente monotonie du voyage moderne, le bercement des rails du train ou le défilement hypnotique des bandes blanches de l’autoroute. Parfois pourtant, le ton se durcit, les kicks se rythment avec plus de groove, c’est la pause-essence-cigarette, l’escale rapide pour se dégourdir les jambes, regarder des cartes postales Belle-époque les yeux vides, et acheter un paquet de Chamallow dûment mérité.

 

J’apprécierai pour ma part toujours plus le travail ambient-glitch de Mr Delay, c’est sans doute ma pente qui m’y oblige. D’ailleurs sa prochaine livraison arrive sous peu. Mais ce Luomo vaut clairement le détour, du moins pour ceux qui ont eu la (mal)chance de rêver sur ces sons vintages des années 80. Meilleur sans doute que ces précédents LP sous ce pseudonyme, ce Plus déclenchera sans aucun doute un grand nombre de sourires. Et c’est déjà ça.

 

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par Pingouin Anonyme

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16 octobre 2011 7 16 /10 /octobre /2011 12:31

Sortie : 26 septembre 2011

Label : Jarring Effects

Genre : Electronica, Dubstep, Hip-hop, Expérimental

Note : 8/10

 

Lyon, 1995, un collectif se forme autour d'un local, mi-studio, mi-salle de répet. D'abord association, Jarring Effects  prendra le statut de label en 1998, avec une première compilation, Fantasques Hits. 15 ans plus tard, les voilà à leur 100ème référence. Entre temps Jarring a acquis une place fondamentale dans le paysage français des musiques underground, électroniques et alternatives. Une position de section défricheuse, de foncières attaches au dub et un goût pour les hybridations enfumées marquent le parcours du label dont les représentants les plus visibles portent les noms d'High Tone, Ez3kiel, Brain Damage, L'Oeuf Raide, Ben Sharpa, Scorn, Reverse Engineering, Playdoe... JFX n'a cependant pas toujours eu la vie rose, et a dû faire face à aux difficultés financières que la crise de l'industrie musicale réserve aux labels indépendants, parfois plus aux uns qu'aux d'autres. C'est un plaisir d'autant plus grand que de constater cette sortie. Ce n'est pas un anniversaire que célèbre ce coffret de trois disques, c'est une discographie de cent réalisations et de quinze ans d'amour du son.

 

La compil' JFX Bits vol. 1 représenta pour moi un émoi musical fulgurant, goûtant alors avec des yeux de nouveau-né, au contact inédit de sonorités rugueuses, de volutes de basses assassines et d'électronica énigmatique. Les sélections de Jarring n'ont pas perdu leurs effets de tourbillon trans-genre mêlé d'un esprit de diffuse cohérence. FX100 se compose de titres exclusifs, de relectures, de collaborations entre piliers du labels et de contributions d'invités étrangers. Chaque Lp a pour vocation de refléter un angle de la musique du label. L'auditeur passe ainsi du Dub To Dubstep au Hip-hop to Electronica pour finir sur les UFO, les inclassables. Outre le fait d'immortaliser l'identité du label à un moment donné, le caractère inédit des tracks et la construction progressive et intéressante de l'ensemble, ces 2h30 de son contiennent surtout des tonnes et des tonnes de pépites. Le disque Dub To Dubstep dessine différents axes à l'injection du dub dans l'électronique, passant par de l'électro-dub à faire vriller un sound system entier, par des influences de steppa hypnotiques et implacablement enveloppantes ou par du dubstep mâtiné de trous d'air et de poudre à canon. Parmi les meilleurs titres, citons l'irrésistible Seabord Coastline de Mayd Hubb & Lobe Radiant Dub System, le mélange de skank enfumés et de lynchage métallique du Spank d'High Tone revu par Niveau Zero et l'intervention de Led Piperz avec Rola Bearings. Le coup de chapeau peut être tiré à Dub Addict, qui épurent le désormais mythique et un poil facile Rub-A-Dub Anthem de High Tone, puis.. ne font rien pendant 6 minutes, et lâchent, en guise de piste cachée, un final hallucinant d'abstract hip-hop à la Free The Robots, tremblant de violence froissée et lancinante. Bombesque. 

Décoiffante, c'est encore léger pour qualifier la partie Hip-hop To Electronica. Jarring Effects semble avoir toujours eu un penchant pour les flow d'égorgeurs, lourds et pleins, qui te cisaillent un peu plus les chairs à chaque syllabe. Ce n'est pas un hasard si on retrouve dans leurs rangs des individus comme Oddatee, Ben Sharpa et ici des intervenants tels Thavius Beck, B Dolan, K-The-I??? ou Twelve & Non Genetic de Shadow Huntaz. Des personnages moins connus par ailleurs, Metastaz, Yarah Bravo & Miscellaneous cumulent des beats sur-dopés, des consonances old-school et des bribes de 8-bit, sur un Supah improbable mais excellent qu'abrase le flow féminin et lézardé de Yarak Bravo. Dans un genre différent – une instru bien plus rock – Fumuj fait de Duck Tape un truc jouissif et électrique. L'alliance de beats infectés et lourds et d'un flow capiteux, en oeuvre sur la majorité du disque, fonctionne particulièrement sur The Storm Never Past de Reverse Engineering & B Dolan. A ce jeu-là, les Suisses en blouse blanche sont incollables.

Si les deux faces évoquées donnent lieux à des disques remarquables – seules quelques minimes traces de dancehall perdues dans le chant d'un toaster, ou de grime dans le flow d'un rappeur m'auront moins émoustillée – le troisième Lp ne soutient pas la concurrence. Il les déclasse direct. Peut-être n'est-ce pas surprenant, peut-être est-ce justement dans l'hybride et l'owniesque qu'excelle JFX. Ces 11 pistes ne sont autre qu'une nébuleuse de bijoux noirâtres, où violence et douceur croisent le fer et se mélangent. Le charmant Juniper de Filastine Y La Bamba réussit une symbiose pop voilée/abstract hip-hop. Le travail du génial Professor Psygroove sur Kika d'Ez3kiel, tout en conservant le lyrisme de l'original, l'enrichit d'une variété de textures rythmiques impressionnante. L'enchainement le plus susceptible de faire disjoncter un paquet de connexions se résume à Scorn, Ohmwerk & Major Klemt et Uzul & Ez3kiel. Shake Hands est du Scorn pur jus, laissant grandir et louvoyer un rythme tellurique, calme mais plus décapant que de l'acide. Comment décrire Collision II de Ohmwerk & Major Klemt ? En commençant par dire qu'il pourrait faire passer certains artistes d'Ad Noiseam pour des chérubins et qu'il ne serait pas choquant posé à côté du récent Avenger de Hecq (chroniqué ici). Les mecs ouvrent les hostilités sur du breakcore qui ne rigole pas du tout. Malaxé, le matériau composite prend forme, épouse un rythme ébouriffant, crache des vapeurs mélodiques et consomme ses injections de dubstep et d'IDM, le tout en 3,35 minutes – ce qui est scandaleusement court. Si je n'avais qu'un track à retenir, ce serait celui-ci. Citons également l'exceptionnel Labyrinth qui ferme cet ensemble, de Picore & Strings Of Consciousness, Picore dont le très bon Assyrian Vertigo sera bientôt évoqué ici, ainsi que l'owni (c'est le mot) de Spade & Archer ft. France Loisir, Un Mojito et Je Meurs ft. Steve La Queen qui déclame sur des drones crispants « Et moi, courant cul nu, Crâne ouvert à l'arrière Je feins de vendre mon âme, Sauvée par une canette Hurlant à gosier ouvert: « Sucre! sucre! ferment! »... »

 

FX100 est un superbe objet, surtout lorsqu'on le tient entre ses mains. La qualité des productions, la pertinence des collaborations et l'ampleur du contenu en font un indispensable pour les fans de la première heure et un très bon moyen pour d'autres d'appréhender l'esprit du label. Hier soir le festival Riddim Collision organisé par Jarring Effects s'est achevé avec entre autres les concerts de Saul Williams et de Näo. Si celui de ces derniers fut aussi bon que leur prestation au Maschinenfest, les Lyonnais ont dû en prendre plein la gueule. Ceux qui, comme nous, ont loupé cette 13ème édition peuvent toujours s'ingérer l'intégralité des ces compiles à haut volume, ça régénère. Les autres aussi d'ailleurs. 

 

simul boxset web light

par Manolito 

 

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