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8 décembre 2011 4 08 /12 /décembre /2011 14:31

Sortie : novembre 2011

Label : City Centre Offices

Genre : Field Recordings, Neo-classical, Orchestral & Abstract

Note : 8/10

 

Swod est un duo allemand, formé de Stephan Wöhrmann et de Oliver Doerell. Les deux germains se seraient rencontrés à Berlin en 2001, et bien qu'ils travaillent chacun de leur côté sans jamais réellement se croiser, leur collaboration autour du projet Swod est tout sauf anecdotique. Leur première réalisation, Gehen en 2004 avait déboulé sur l'injustement méconnu label City Centre Offices.  Doerell y avait déjà commis certains faits d'armes avec son side project Dictaphone. Leur second album, le bien nommé Sekunden, avait profité de très bonnes critiques et d'un important phénomène de bouche à oreille en 2007. Même en appliquant toujours une recette assez rectiligne, les travaux de Swod continuent de stimuler l'attention de mélomanes éclairés. Il faut dire que City Centre Offices est un label qui a hébergé l'album Tides de Arovane et certains travaux de Xela. On est donc loin de la petite épicerie de quartier. Précisons avant de poursuivre qu'Oliver se réserve les parties de cordes et les sphères plus électroniques, tandis que Wöhrmann se concentre sur son piano et les drums. Il est l'artisan de ce son si... néo-classique.

 

Le minimalisme allemand. Voilà qui mériterait bien une chronique plus qu'étayée. Ce savant dosage des éléments mélodiques, ces ornements givrés du second plan et cette discrétion électronique, Swod maîtrise tout ça depuis leurs débuts. Ils n'ont jamais renoncé à ces schémas. Tant mieux car la magie rencontrée sur Sekunden est encore ici intacte. Alors oui certes, les bleeps sont peut-être encore plus discrets que par le passé. Mais l'utilisation de l'électronique n'a jamais vraiment été prépondérante pour le duo. C'est plus une question de moyen d'entreprendre, de polir les effets souhaités pour renforcer le potentiel immersif de leur musique.

Le piano, mineur, est l'élément métronomique de l'album mais ne saurait se satisfaire de sa virtuosité. Les lits de cordes, des instruments plus surprenants et les effets ambient agrémentent ses sursauts, ses cavalcades et ses fuites en avant. Les sublimes titres The Pilot et Largo transpirent plus le spleen et la mélancolie que la joie, mais réchauffe les âmes tristes qui entretiennent une relation ambigue avec la saison hivernale. Car oui, Drei est un album cousu de fabulettes mélo-dramatiques parfaitement adaptées à la saison. Même les captures (de films probablement) dans la langue de Goethe ne sauraient rompre ces sentiments de plénitude, ce confort et cette beauté froide et neigeuse si bien retranscrits et évoqués. Le recours au format court et ce côté très "accessible" en feront le camarade idéal pour des écoutes domestiques répétées. Sans Peau et Oktober sont tout aussi recommandables que les perles précédemment citées. J'ai pour ma part eu un peu plus de mal avec les aspérités trop cavalières du piano sur Hellerau et I Am Here (la deuxième partie du premier cité évolue heureusement vers quelque chose de bien plus savoureux).

 

Certains artistes et certains labels discrets recèlent des trésors, conjuguant le miel et la glace. Au milieu des ornières industrielles et écorchées que je recommande habituellement, il est parfois de bon ton de cueillir de jolis fruits de saison, et de temps en temps se laisser aller à écouter des trucs qui glissent comme papa dans maman. Hautement recommandé, entre les benzos et les (re)lectures de romans d'écrivains russes dépressifs.

 

http://www.borguez.com/uabab/wp-content/uploads/2011/12/Swod-Drei-300x300.jpg

par Ed Loxapac

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8 décembre 2011 4 08 /12 /décembre /2011 10:57

Sortie : 14 novembre 2011

Label : Touch Records

Genre : Electro-acoustique

Note : 9/10

 

Cela faisait plus de 8 ans que nous n’avions plus de nouvelles de Chris Watson. En 2003, l’ex Cabaret Voltaire, sortait Weather Report, sublime album d’électro-acoustique se chargeant de capter les sons de la terre. Car Chris Watson n’est pas un musicien au sens premier du terme, c’est plutôt un créateur au sens primaire. Son travail se base uniquement sur la captation sonore directe, sur le travail du réel, sur le concret. En cela, on peut rapprocher ses créations de celles de Pierre Schaeffer ou Luc Ferrari dont il est un héritier évident. L’Anglais livre donc, sporadiquement, les résultats de ses captations pour le compte de documentaires sonores au sein de la BBC.


El Tren Fantasma est son ultime chef d’œuvre en date car il s’agit bel et bien d’un monument sonore que vous tenez entre les oreilles. Tout débute et tout s’achève au Mexique, il y a 10 ans, au bord d’une ligne de chemin de fer traversant le pays du Pacifique à l’Atlantique. Cette ligne mythique du réseau ferroviaire mexicain n’est plus mais Chris Watson l’a parcouru en compagnie des ultimes passagers. Le rendu apparaît sous la forme d’un livre de voyage en 10 escales.

Point de musique ici, seulement des sons. Les trains passent, accaparent l’espace sonore, pour s’imposer à vous. Cet ensemble concret transforme le réel en partition. Le voyage dans le train fantôme peut débuter. D’ailleurs, navigue-t-on dans réel, n’est-on pas dans le factice puisque aujourd’hui, il ne s’agit plus que d’un fantasme ? Tout l’enjeu est justement là, dans cet entre-deux permanent.

El Tren Fantasma doit s’écouter avec la plus grande attention pour pouvoir être réellement apprécié. Le rendu sonore a beau être impressionnant, le risque de vivre le voyage en dilettante est un piège à éviter. Les bruits des animaux de la ferme de Las Mochis est d’ailleurs trompeur puisque lorsque le train vient à passer, c’est pour mieux annihiler la nature. El Tren Fantasma c’est la lutte incessante entre l’homme et la nature, à ceci près que l’homme est ici représenté par la machine. Cette lutte permet de mieux confronter réel et imaginaire car Chris Watson ne se contente pas de livrer un rendu sonore brut, il colle, assemble, superpose différentes strates, il accélère, dilate, étire le temps. Il rend ainsi le réel imaginaire afin de véritablement créer le fantasme.

Unique morceau musical, El Divisadero impose la lancinance d’un train qui roule, cette rythmique métronomique apaisant les esprits. C’est alors qu’une nappe ambient vient sublimée ce parcours avant que le tout se transforme en écho. On touche ici au chef d’œuvre absolu tant le rendu est remarquable, tant l’hypnose s’impose avec finesse.

El Tren Fantasma doit s’appréhender comme un parcours. Entre les portes qui s’ouvrent et se ferment avec fulgurance de Chihuahua, l’abandon désagréable dans le terminal ferroviaire de Mexico D.F. ou bien le trip nocturne dans une jungle inhospitalière (à faire flipper tous les James Cook en herbe) de El Tajin, l’expérience est totale et confine au sublime.


Il est difficile de ne pas tomber dans la conclusion dithyrambique, dans l’avalanche de superlatifs pour qualifier ce chef d’œuvre de Chris Watson. Dites vous seulement que dans 50 ans, El Tren Fantasma aura encore tout son sens. On parle ici d’œuvre majeur, de patrimoine musical. El Tren Fantasma est le disque de voyageur ultime.

 

http://www.touchmusic.org.uk/images/585x/TO42.jpg

 

par B2B

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7 décembre 2011 3 07 /12 /décembre /2011 19:56

Sortie : octobre 2011

Label : Tympanik Audio

Note : 8,5/10

Genre : IDM

 

Nos fidèles lecteurs éclairés, ainsi que les illustres suiveurs du label Tympanik, savent qu'une fois par an le néerlandais Tapage (Tijs Ham) lève les yeux de son laptop pour nous pondre un attendu long format. Habité par la passion, ce geek probable jouit d'une humilité et d'une sympathie à la hauteur de son talent. Son deuxième album Fallen Clouds, fait partie des albums que j'écoute le plus depuis trois ans. Sa collaboration avec Meander l'an dernier, bien qu'un brin surprenante et dansante, s'avère d'excellente facture. Au début de cette année, il apparaissait sur le label Raumklang Musik de Dirk Geiger, pour livrer un Seven (ici) cristallin et texturé à souhait. Même si l'artwork de Overgrown est des plus déconcertant, c'est avec la faim du boulimique insatiable que nos oreilles averties se sont jetées sur ce nouvel essai.

 

Quand j'ai entendu la contribution de Tapage à l'excellente compilation Emerging Organisms Vol.4 de Tympanik, j'ai pris peur et ai craint que cette dernière annonce un certin reflet de l'album à venir. J'ai même fait part de ma surprise (et de mon inquiétude) à ce cher Tijs. Il me répondit avec le recul, l'humilité et la nonchalance qui le caractérise, que Last était une tentative, un délire dansant qui n'annonçait rien de spécial. Pour lui, ce type de compilations est idéal pour surprendre et explorer de nouvelles choses. Quand on a adoré un disque et qu'à fortiori on trouve son auteur sympathique, on a tendance à vouloir anticiper (et parfois s'approprier) les travaux à venir. Le fan est con, et égoïste.

Les artistes que j'apprécie et avec qui j'ai la chance de parfois conversé sont très souvent surpris des films que je me fais à propos de leur musique. De cette quête de sens et d'images que je ne sais abandonner. Les artistes intellectualisent souvent beaucoup moins que les auditeurs. Pour eux, leur jet spontané ne saurait cautionner quelconque chronique ou interprétation. C'est bien sûr mieux comme ça. Alors inutile de rappeler que les mots qui suivent n'engagent que moi.

Overgrown semble au premier abord totalement anarchique. Les morceaux sont majoritairement courts et ne semblent pas avoir été tracklistés dans un ordre cohérent. Les textures, une fois encore, sont archi-travaillées. Tapage a une façon de concasser les glitchy beats et de leur infliger un traitement très spécifique, dont il conserve le secret avec malice, mêlant les aspects aquatiques et pneumatiques avec une facilité qui force le respect. Mais pour moi, tout l'intérêt de Overgrown réside bien ailleurs de ces considérations techniques.

Suis-je déjà venu ici. Est-ce que j'ai déjà vécu cela ? Quand était-ce ? Et avec qui ? Qui n'a jamais eu cette inexplicable impression de déjà vu, ou même de déjà vécu ? Overgrown est pour moi à l'image d'un désordre cérébral orphelin, qui torture la mémoire séquentielle avec un plaisir sadique. Chaque séquence semble renvoyer à un souvenir, réel ou froissé, fantasmé ou intact. Ce ne sont parfois que des images, furtives et nébuleuses, mais parfois la magie ou la dramaturgie de ces instants passés refont surface avec tout ce que cela comporte. C'est donc peut-être au plus profond de son cortex et (ou) de son inconscient que Tapage est allé chercher ces promenades en amnésie digitale. D'où le côté anarchique et parfois même malmenant des premières écoutes. Si les enchaînements des concassés et crépitants Xyloplax/Crab/Ethyl et Mimic/Leptoid sont ceux qui m'ont le plus touché, c'est probablement car c'est à ces endroits là que mes lésions cérébrales potentielles sont les plus poreuses. Le très groovy Unfolded avec ma logique bien à moi se révélerait donc comme le titre le plus iconoclaste de la bande. Il n'en est pas moins dénué d'intérêt. Bien au contraire.

 

Vous en avez marre de retrouver Tapage bien placé dans notre top IDM annuel ? Est-ce notre faute si comme le printemps, il revient chaque année (tout comme le bien nommé Access To Arasaka et son excellent Geosynchron à venir) avec son lot de promesses ? Il ne semble jamais se satisfaire de ce qui lui est acquis, modifie sa manière d'envisager les textures et la position du beat dans l'espace. La question est : Pourquoi ne jouit-il pas de la reconnaissance qui lui est due ? Souhaitons que cet excellent Overgrown parvienne à lui donner encore un peu plus de reconnaissance et de visibilité. Chapeau bas l'artiste.

 

tapage.jpg

par Ed Loxapac

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7 décembre 2011 3 07 /12 /décembre /2011 17:55

Sortie : novembre 2011

Label : Eglo records

Genre : Deep et micro-house, bass music, jazz fusion

Note : 8,5/10

 

Le jeune britannique Sam Sheppard, alias Floating Points, a le vent en poupe et toute l’attention des défricheurs. Depuis 2009 qu’il distille ses maxis (dont un sur Planet Mu), on attend de pied ferme un premier essai consistant, car sa deep-house jazzy teintée d’une touche subtile de bass music promettait de belles choses. Et voici donc Shadows, sur le jeune label Eglo Records, dont Sheppard est co-fondateur. Chance ! Les belles choses sont bien présentes sur ce long EP de plus d’une demi-heure.

 

La musique de Floating Points s’entend de prime abord comme une deep-house pastel, totalement instrumentale, au son analogique et vintage, toute de rondeur vêtue, sorcière et citadine. Les rythmiques y sont chaudes et lascives, appelant volontiers à la danse aussi bien qu’à la contemplation paresseuse. Les basses extraordinairement profondes sont d’une beauté à pleurer et offrent un groove intense, qui ne va pas sans rappeler la profondeur "bass music" de l’Angleterre de Sheppard. Obfuse s’ouvre sur de lentes notes de synthé, avant de muter en une micro-house aux inspirations proches des travaux de Villalobos, avec cette petite touche futuriste supplémentaire qu'on n'entend pas chez le chilien. Realise et ARP3 sont des bijoux de deep-house, plus directes et musclés, certaines rythmiques lorgnant là encore sur la frange la plus soul des bass music, d’autre sur la techno minimale du Detroit des années 90. On ne pense plus à Villalobos mais à Carl Craig, sans donc rien perdre au change.

Les morceaux Mirtle Avenue et Sais, respectivement début et conclusion de l’album, sont quant à eux de véritables pièces. Sur la première un synthé futuriste vous accueille, suivi d’une basse magnifique, avant qu’un nouveau synthé pianote une petite mélodie rappelant fortement le jazz fusion inspiré par du triangle d’or Miles-Zappa-Hancock. Une batterie jazzy, faussement ternaire mais vraiment jolie, en profite pour s’installer avant qu’un premier kick n’intervienne et envoie l’auditeur au ciel, avant un long break au piano modulé. Sais retourne quant à lui sur le terrain de la micro-house, mais toujours habitée par cet esprit jazz fusion, matérialisé cette fois par un break au violon à vous en fendre le cœur, en se permettant même des montées typiques de la minimale, sans que l’on trouve quelque faute de goût que ce soit. Hallucinant de constater à quel point la cohérence de ce disque touche à la perfection, alors même qu’il ne cesse d’entrelacer et diversifier les styles. Opposé à la deep house typée Smallville, misant sur un hypnotisme chamanique, ce Shadows est un disque vivant et ouvert, ondulant et soyeux, dont l’écoute au casque procure une extase auditive garantie.

 

N’y allons pas par quatre chemins : ce Shadows  est un disque génial, d’une beauté, d’une subtilité et d’un groove  bien supérieurs à l’ordinaire. Si Floating Points voulait se mesurer aux plus grands, le tour de force est brillamment réussi. Encore !

 

http://oedipepurple.files.wordpress.com/2011/11/click-350x350.png

par Pingouin Anonyme

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5 décembre 2011 1 05 /12 /décembre /2011 10:46

Date : 2 & 3 décembre 2011

Lieu : Rennes

 

C’est la fleur au fusil que nous nous rendons au Parc Expo de Rennes dans un bus sage comme une image. En même temps, les puristes le savent, c’est toujours dans les premières heures d’une longue soirée que les concerts sont les plus intéressants… et qu’ensuite tout se délite. 33ème Rencontres des Transmusicales, nous voilà.

 

http://media.paperblog.fr/i/485/4853183/transmusicales-2011-L-VQietM.jpeg

 

Vendredi 2 décembre

 

A peine le temps de prendre nos marques qu’au détour du Hall 4, des sonorités math-rock nous interpellent. Voici les catalans Za!, jeune duo de poly-instrumentistes. Les deux compères sont survoltés ce soir, malgré un public encore très peu nombreux. Leur math-rock est de bonne qualité, les couleurs mélodiques et rythmiques s’enchaînent à vitesse grand V. Curiosité : un solo du batteur qui tape sur tout sauf sur son instrument, transformant la totalité de l’espace scénique en batterie géante. Une des meilleures découvertes de cette première soirée.

S’ensuit un passage plus que rapide à Kakkmaddafakka dans un hall 3 acquis à la cause pop, un hall qu’on fera en sorte de fuir pendant ces deux jours, tant la prog ne nous intéresse pas. Le Hall 9 voit Souleance partir dans du turntablism pas dégueulasse mais un brin austère avant l’arrivée d’Hollie Cook, sorte de tête d’affiche de la soirée. Si je vous dis que c’est la Lily Allen du reggae, ça vous suffit pour comprendre l’étendue du carnage ? Non parce que sincèrement, des bouses comme ça, on n’a pas l’occasion d’en entendre tous les jours ! On reprend nos esprits sur Robin Foster. L’indie pop-rock du groupe n’est pas désagréable, les morceaux fonctionnent bien avec leurs structures progressives même si dans le genre, c’est du vu et revu. Heureusement que le meilleur est à venir.

Protégé scandinave de Lindström et Prins Thomas, jeune espoir de la scène nu-disco, Todd Terje n’a pas démérité ce soir. Parti sur les chapeaux de roues, son set a déroulé une nu-disco de qualité, aux basses chaleureuses et aux nappes de synthés planantes et futuristes. Refusant de trancher entre le old et le new pour mieux les entrelacer, le norvégien a représenté haut la main les couleurs d’une scène musicale trop représentée.

Mais on commence à avoir envie d’en découdre plus sérieusement avec de la musique d’adulte. Heureusement, pour ça, il y a la Green Room d’Heineken, toute petite scène qui vient à point nommée pour satisfaire nos désirs, avec ce soir un plateau 100% français. Arrivés sur la fin du set des deux minettes de Nekochan, Childrum prend immédiatement le relais en balançant des beats lourds comme du plomb pour un DJ set efficace sans être couillon. Les deux rennais semblent se faire plaisir et le public est réceptif. Passé une demi-heure de défouloir salvateur, s’ensuit un inévitable moment d’errance. Comme tout le monde, parce que paraît-il que « c’est trop bien, tu vois », on file écouter SBTRKT. Et bien entendu, comme on pouvait s’y attendre, c’est très mauvais. Décidément, quand les dubsteppeurs décident de sortir les instruments (batterie électronique), et les voix (chanteur insupportable), leur musique passée à la moulinette electro devient une bouillie indigeste.

On passe donc écouter Alexander Tucker, dont le nom circulait beaucoup, et son ambient-drone-folk aux contours relativement insaisissables. Difficile d’en dire du mal, mais l’horaire tardif n’est pas propice à une écoute lascive. On préfère donc partir à la découverte de Silverio. Le mexicain est déchaîné, il balance des disques comme un bourrin, saute en slip, le cul à l’air, dans tous les sens. C’est rigolo mais rapidement épuisant pour les nerfs, tant les rythmiques sont concassées. On se dit que ce n’est pas grave, qu’il y a Motor City Drum Ensemble qui nous promet un DJ set de qualité. Et bien non, on s’est fourré le doigt dans l’œil, dupé par l’excellent DJ Kicks livré par l’allemand en milieu d’année. Le mec nous livre un set faiblard, un peu chiant, enchaînant sans grande conviction des titres house sans génie.

Il est 4h du mat’, c’est le moment de se finir en beauté sur Niveau Zero et son dubstep de guerrier. Le son de la Green Room est fort, trop fort, mais ça a l’avantage de sérieusement bastonner la foule de teufeurs bretons venue en découdre avec tout le monde, y compris le public. C’est bourrin dans tous les sens du terme. Même si le français assure très correctement son job, on tient une demi-heure et on décide de se barrer, grâce une navette de retour surréaliste, à la faune gentiment bigarrée, et roulant tous phares éteints à travers la nuit rennaise.

 

Agoria - Hall 9 - Samedi 3 décembre

 

Samedi 3 décembre

 

Premier concert, première déception. On attendait de pied ferme le set de Zomby, jeune espoir de la scène dubstep. Mais passées dix petites minutes sympathiques, tout déraille : le gars appuie sur play plus qu’il ne mixe, et enchaîne sans coup férir électro sans intérêt, mauvais hip-hop et Rn‘B hyper vulgaire. Tant pis ! On enchaîne avec Rivoli, sympathique duo de DJ au look vintage, qui distille perles et raretés  tropicales bien groovy. S’ensuit le trio du Mexican Institute of Sound, qui mélange une cumbia énergique et chaleureuse à des sons et rythmiques hip-hop plus traditionnels. L’ensemble passe très bien pour euphoriser ce début de soirée.

Le parc expo se remplit rapidement, le jeune public rennais est présent en masse ce samedi (permission de minuit) et le festival affiche sold-out avec 12500 personnes présentes. Et c’est là que les 33 ans d’expérience des Trans portent leurs fruits puisque malgré la foule, la circulation est toujours fluide, les concerts à l’heure, le site praticable.

On a à peine le temps de retrouver le Hall 9 que débarque l’épiphénomène du festival, les minots de Carbon Airways. A 14 et 15 ans, le frangin et la frangine dynamitent le public avec leur electro-punk à la Atari Teenage Riot. C’est d’une redoutable efficacité, même si on devine l’énorme management derrière le duo. Tout est calibré, la mise en scène millimétrée, et quoiqu’éphémère, difficile de ne pas accrocher face à cette décharge d’énergie primaire.

Une galette-saucisse plus tard, et on file assister au live de Shabazz Palaces. Le duo abstract hip-hop de Seattle est attendu par un public visiblement connaisseur. Débute alors un concert aux basses particulièrement massives. Malgré cela, le flow est noyé dans des effets inutiles, l’ambiance se fait pesante et le groupe semble prendre un malin plaisir à saborder ses propres morceaux. On ne tient pas longtemps pour s’éclipser, déçus. C’est con, car en plein ventre mou du festival, il n’y a pas grand-chose à se mettre sous la dent. On erre donc quelques instants, tentant d’éviter la foule de p’tits jeunes titubants, avant de découvrir une énième scène planquée, investie par l’équipe du Mouv’. On aurait mieux fait de l’éviter puisque le temps d’un mini-battle, Don Rimini et Baadman se sont associés pour nous faire du mal. L’électro typiquement parisienne des 2 DJ est une horreur. A part faire sauter comme des crétins des ados éméchés, ça ne sert à rien, vraiment à rien.

Heureusement, Agoria va sauver notre soirée. Le lyonnais a préparé un set totalement old-school, puisant ses racines dans la tech-house des 90’s. Le résultat est à tomber. Agoria nous claque un best-of retournant tout sur son passage et ponctué par des moments épiques, comme ce remix dément du Spastik de Plastikman. Le public est connaisseur, réagit à quart de tour quand retenti le Crispy Bacon de Laurent Garnier. Agoria ne nous laisse pas respirer, les bras sont levés. Il dépasse d’ailleurs allègrement l’horaire prévu, mais aurait pu encore mixer des heures sans jamais nous lasser.

Que faire après un tel set quand on constate que sur le papier, il ne reste plus rien de transcendant ? Il est près de 3h et désormais, c’est aux jeunes de s’amuser. Pour nous, impossible d’aller voir Huoratron, Don Rimini ou Fukkk Offf, parce que bordel, on a des principes chez Chroniques Electroniques ! On préfère se retirer tranquillement.

 

Agoria - Hall 9 - Samedi 3 décembre

 

Malgré une absence de réelle tête d’affiche, le public rennais est toujours fidèle au rendez-vous, confiant dans la programmation de ce festival qui n’a rien perdu de son esprit défricheur. Même si nous n’avons pas vécu de véritable révélation scénique (notamment en électro où la prog' était finalement plutôt consensuelle), il y a avait largement de quoi s’occuper durant ces deux nuits !

 

par Pingouin Anonyme & B2B

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2 décembre 2011 5 02 /12 /décembre /2011 17:13

Sortie : octobre 2011

Label : Columbia

Genre : Jazz Fusion

Note : 8,5/10

 

Adulés par les aventuriers et rejetés par d'aigris puristes, le trompettiste norvégien Nils Petter Molvaer diffuse un jazz sans frontières, qui ravit les fans intégristes de Bitches Brew ou Circle In The Round (la période électrique de Miles quoi). Utilisant l'électronique plus comme un simple moyen de composition que pour s'enfermer dans un sous genre trop exigu pour lui, ses albums Khmer et Solid Ether sont des exemples indispensables de cette fusion quasi-unique. Tout comme son compère tunisien Dhafer Youssef, il souffre parfois d'un incompréhensible étiquetage jazz world. Comme si dès qu'on sortait du sérail élitiste et des sphères anglo-saxonnes, on devait se justifier de faire du jazz déviant. Après les chefs d'oeuvre précédemment cités, il y eut comme une légère période de vache maigre créatrice, même si NP3 pouvait tout de même contenir de petites perles. Rien de bien passionnant jusqu'au très rock Hamada en 2009 (ici). Molvaer revient cette fois-ci amputé de son éternel compagnon : le guitariste génie Eivind Aarset, prisonnier d'acouphènes récurrents. Si cette nouvelle a de quoi décevoir, elle n'enlève en rien la curiosité et l'excitation qui précède la sortie d'un album d'un des dernier héritiers de Miles Davis.

 

Eivind est souffrant. C'est pas pour autant que le Nils va s'associer à un vulgaire manchot scandinave. Il trouve en Stian Westerhus (guitariste émérite) un digne allié pour entamer une percée encore un peu plus dark, expérimentale mais pas trop, avec tout ce qu'il faut de ponctuations noisy pour transmettre ici un album ambivalent à souhait.

Car oui, la trompette ne Nils ne s'est probablement jamais aussi bien intégré à l'ensemble. Par là, j'entends qu'elle sait parfois se mettre en retrait pour mieux servir l'ensemble. Pour être encore plus clair, on pourrait même dire que la trompette intervient un peu comme une partie vocale, au service de l'ambiance.

Il y a comme quelques chose d'oppressant dans cet album, à mi-chemin entre la gestation et la régénération d'un organisme mutant. Baboon Moon renvoie à un long songe obscur et pénétrant, creusant des sillons mentaux tortueux un peu borderline. On peut bien sûr y trouver des plages où le calme et la volupté sont souverains (Mercury Heart, Prince Of Calm ou même Blue Fandango malgré ses hululements) mais la tension, indicible et palpable, n'est jamais véritablement loin. Dans un riff ou un kick lourd (l'immense Recoil), les micros expérimentations au second plan de Bloodline, ou dans l'orchestration quasi post-rock de l'excellent Sleep With Echoes. Et la trompette, comme un substrat mouvant, gémit et plie sous les coups de pressions.

Jusqu'au Baboon Moon de clôture, où l'on comprend mieux toute cette matière contenue jusqu'alors; quand la déferlante progressive quelque peu guerrière s'abat sur l'auditeur déjà conquis depuis bien longtemps.

 

Les quelques notes issues d'instruments exotiques qui parsèment l'opus dans toute sa longueur ne suffiront pas à lui donner une teneur world. N'en déplaisent aux éternels détracteurs du norvégien. Il règne ici un magma à l'énergie live littéralement revitalisant. Le nom de Nils Petter Molvaer cache comme jamais sur cet album un titre de quartet véritable. Baboon Moon se révèle comme l'amant idéal d'une nuit fiévreuse et torturée. Pas sûr néanmoins qu'il aide à trouver le sommeil. Mais est-ce vraiment ce que l'on demande à un (ou une hein) partenaire nocturne ? Hautement recommandé.

 

http://images.music-story.com/img/album_N_400/nils-petter-molvaer-baboon-moon.jpg

par Ed Loxapac

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1 décembre 2011 4 01 /12 /décembre /2011 21:16

Sortie : septembre 2011

Label : Kaometry Records

Genre : Breakcore orchestral

Note : 8/10

 

Peter Van Drunen, Néerlandais, prend le blaze d'Autonon lorsqu'il compose des sons qu'il décrit comme résidant « quelque part entre l'indietronic, l'IDM et le breakcore ». L'homme a sorti un album et un Ep en 2009, sur le label anglais Bitcrusher. A la rentrée, c'est Kaometry Records qui lui a fait une place avec cet Ep de six titres, Song From Room 1. On avait eu l'occasion d'évoquer ce label géré par deux Français, à l'occasion du Little Ratle Stilt de PierrotheMoon (chroniqué ici). Autonon va dans le sens des expectatives.

 

Même si on frôle l'oxymore, il faut l'admettre, Song From Room 1 s'apparente bel et bien à du breakcore orchestral. Moins ludique et régressif qu'Igorrr mais bourré de ses influences, ce mini-album fait cohabiter des assemblages instrumentaux et une sève breakcore flirtant parfois avec l'ultra-violence. Les ambiances sont travaillées comme celles d'un film d'angoisse. L'intrigue noueuse se joue il y 50 ans dans les couloirs macabres d'un hôpital potentiellement psychiatrique. Les trames harmoniques décrivent des pics d'anxiété, amorcent manoeuvres et déliements et semblent globalement dresser les contours de contes glauques et sadiques. Un coup d'oeil à l'artwork suffit se représenter pleinement le manège. L'Ep s'ouvre sur les gongs et les cuivres frissonnants de Room 6. Il ne faut pas longtemps pour que des breakbeats torrentiels viennent saccager de leurs sinusoïdes les volutes dramatiques des cordes. L'ascension, aux sonorités de course poursuite digne d'un Pierre et le Loup tous deux sous psychotropes, se prolonge jusqu'à faire de la soupe de vos neurones. Cisplatin – du nom d'un agent anticancéreux – opte pour un passage à tabac sans fioritures autres que le goute-à-goutte d'un liquide qui s'égrène, tandis que des souffles habités hululent entre les saccades obscures et semées de crevasses de Losing Identity. Autonon parvient à créer un matériau à la fois dark, frénétique et presque cartoonesque, dont les orchestrations finement arrangées sont le fait même de la dimension captivante. L'apogée de Song From Room 1 se produit sur Faith And Suspicion, sorte d'hallucinante comptine dont la mélodie s'enclenche avec douceur. Telle une boîte à musique torpillée, cette petite beauté combine sauvagerie et innocence dans un dosage idéal, disséquant à la machette des vestiges mélancoliques. Deux relectures concluent l'Ep. Le remix de Losing Identity par Stazma fait passer le rythme furieux à une vitesse encore supérieure. Quant à Najmal, sa re-visite de Room 6 offre un résultat foncièrement épuré, proche d'une drum'n'bass ciselé et intense, tout en exacerbant l'attrait mélodique. Joli.

 

A la fois théâtral et morcelé, Song From Room 1 est un sacré bout d'Ep. Bien qu'excellentes, les salaceries d'Autonon ne sont point à mettre entre les oreilles les plus tendres. Entre leurs sorties de dub hybride, d'IDM et de breakcore, Kaometry pourraient bien être s'installer parmi les rejetons d'Ad Noiseam.

 

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par Manolito

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1 décembre 2011 4 01 /12 /décembre /2011 10:44

Sortie : 31 octobre 2011

Label : Air Texture

Genre : Ambient

Note : 8/10

 

Air Texture Records ne compte aucun artiste dans ses rangs. Etrange. Ce nouveau label new-yorkais n’a qu’une optique, transmettre la science de la musique ambient par le biais de compilations démontrant que ce style n’est pas uniquement propice à l’évocation d’un monde éthéré à la Brian Eno. L’ambient d’aujourd’hui est multiple et ne répond plus vraiment à la catégorisation d’antan. Le seul point commun permettant l’unification est l’absence d’une rythmique régulière. A partir de ce moment, libre à l’artiste de se concentrer sur des nappes, des sons, des idées abstraites, libre à lui de transmettre son approche sensible. Car il est uniquement question de sensibilité et de réception sensorielle, de volonté de placer l’auditeur dans un état contemplatif total afin que celui-ci se retrouve face à lui-même.

 

Air Texture volume I est une double compilation soigneusement agencée. Le label a demandé à deux artistes de proposer une sélection personnelle. On retrouve le très respecté bvdub (Brock Van Wey, artiste californien auteur d’albums ambient immersifs souvent chroniqués dans nos lignes, ici et ici) pour la première galette et Andrew Thomas (figure ambient incontournable chez Kompakt, au cœur des compils Pop Ambient, chroniquées ici et ici) pour la seconde.

Appréhender cette double compilation dans sa totalité est impossible tant la masse est dense et indéchiffrable. Le choix de ne pas proposer des compilations mixées est judicieux car ainsi chaque morceau à le temps de déployer sa toile, chose indispensable avec le genre. Vous voyez donc naître, vivre et mourir des morceaux qui ne sont pourtant jamais déchirants. Le tour de force est d’éviter de tomber dans l’ambient purement émotive, tentant de vous arracher une larme alors que vous n’avez rien demandé. Non, il est ici uniquement question d’ambient au sens noble du terme. Vous devez prendre les morceaux comme ils arrivent, ne pas tenter de résister mais simplement vous laissez aller à vos songes, les nappes ne jouant alors qu’un rôle de passeur.

En 25 morceaux pour près de 3h d’immersion, vous êtes à la merci d’artistes au sommet de leur art, à la merci de ces compositeurs sachant mener à la perfection une idée simple. Le piano ou la guitare dominent largement l’ossature des morceaux tout comme l’exploitation de nappes voluptueuses et cotonneuses. L’utilisation du field-recording est aussi monnaie courante, quand ce n’est pas la mise en avant de drones insondables. Chacun y puisera son bonheur et c’est peu de le dire. On retrouve ainsi bvdub avec un Tried So Hard nous plongeant dans la chaleur d’un désert mexicain, brouillé par la vision de mirages, au côté d’Arc of Doves avec un I Remember When au piano mélancolique. Ajoutons à cela un Diorama Rendered d’Atlas Sound puisant sa source dans la musique balinaise, un Sand Partina de Oneohtrix Point Never à l’ambient-synth follement psychédélique,un... Inutile de vous soûler avec la description de tous ces morceaux puisque de Orla Wren à Chihei Hatakeyema, de Biosphere à Ian Hawgood, de Let’s Go Outside à Wolfgang Voigt, de Markus Guentner à Loscil, absolument rien n’est à jeter puisque tout y est sublime pour aboutir à une compilation en forme d’incontournable immédiat.

 

Air Texture volume I est d’une beauté sidérante. D’une homogénéité folle, les 25 morceaux playlistés sont en touts points exemplaires. En même temps, il faut bien avouer que ce n’est pas une surprise de la part de bvdub et Andrew Thomas. Il ne reste plus qu’à attendre les prochaines fournées puisque le deuxième volume sera sélectionné par Loscil et Rafael Anton Irisarri, avant un volume III sélectionné par Deadbeat et DJ Olive.

 

http://preview.filesonic.com/img/a5/00/1d/4178845.jpg

 

par B2B

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30 novembre 2011 3 30 /11 /novembre /2011 20:55

Sortie : novembre 2011

Label : Sunday Best Recordings

Genre : On se l'demande...

Note : 4,5/10

 

Mais nom d’une cuillérée de Garmonbozilla, que ne sait donc pas faire David Lynch ? Entre deux films, le cinéaste touche un peu à tout : sculpture, peinture, installation, méditation transcendantale… et même à la musique ! Son premier essai, Bluebob, en 2001, accompagné par John Neff, avait retenu l’attention, par son mélange improbable de rock-indus, d’americana et de chanson populaire américaine. Dix ans plus tard, voici que débarque son deuxième disque, Crazy Clown Time, alors que sa production cinématographique semble à l’arrêt depuis ce qui reste pour moi son chef-d'oeuvre, Inland Empire (2006). Et autant dire que cela passe comme un mauvais café américain.

 

Bergson disait qu’un philosophe n’a finalement qu’une seule idée fondamentale qu’il déploie, ausculte, dissèque et trifouille toute sa vie durant. Il en va de même pour Lynch, cinéaste monomaniaque par excellence, qui ne cesse de tourner autour du même complexe fantasmatique, film après film, en en donnant une vision chaque fois décalée, renouvelée, mais profondément identique. « Différence et répétition », comme ils disent. A la sortie de Bluebob, l’étonnant était de considérer qu’y compris dans le domaine musical, le cinéaste tripotait la même matière symbolique, les mêmes ambiances fusionnant le clinquant hollywoodien et les délires névrotiques consubstantiels de la psyché humaine. En écoutant le Bluebob, étrange contraction nominale de Blue Velvet et du Bob de Twin Peaks (représentation schizophrénique, toxicomaniaque et refoulante du père incestueux), on retrouvait avec plaisir l’univers générique de Lynch, sans tenir non plus entre ses deux oreilles un disque inoubliable.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que ce Crazy Clown Time restera encore moins dans les mémoires. Le disque s’ouvre pourtant bien avec son titre éponyme : on se retrouve directement immergé dans un americana enlevé par le chant de Karen O qui ne va pas, pour l'occasion, sans rappeler celui de Siouxsie et le monde batcave en général. Mais dès le deuxième morceau Good Day Today, c’est une très mauvaise electro qui nous prend à la gorge, accompagnée de chants vocodés particulièrement dégueulasses, le tout sur une trame couplet pourri/refrain de merde, qui donne furieusement envie d’attraper sa télécommande pour zapper le massacre. On repense alors à Badalementi, aux B.O. audacieuses du cinéaste qui parvenaient par exemple à concilier Bowie, Lou Reed, NIN, Rammstein et This Mortal Coil, avec du bel ambiant et du freejazz réfléchi…  et on constate les dégâts. Toutes les névroses, toutes les maniaqueries, toute cette répétition différenciée de détails obsédants mais diffus, tout cela manque malheureusement à l’appel  sur ce disque. L’écouter pour soi n’a aucun intérêt ; l’écouter pour Lynch non plus. Parmi un océan de daubes, seuls les morceaux 10, 11, 12 (et même 13, soyons charitable) peuvent légitimement être sauvés. On y entend une sorte de batcave américaine, dépressive et vaguement industrialisée, un chant de sous-Bowie nasillard et enrhumé, sur des accents à la fois soul et dramatiques, qui rappellent enfin, discrètement, les ambiances cinématographiques de l’œuvre de Lynch.

 

Pourtant herméneute passionné de l’œuvre de Lynch, le Pingouin doit bien avouer son entière animosité à l’égard de ce disque sans (presque) aucun intérêt. Jusqu’ici, je croyais que seule la peinture de Lynch était ridicule, mais en fait non, sa musique l’est également. « Fire walk with me »… nan nan, pas ici !

 

http://cdn.pastemagazine.com/www/articles/david-lynch-crazy-clown-time.jpg?1320412664

par Pingouin Anonyme

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28 novembre 2011 1 28 /11 /novembre /2011 15:00

Sortie : octobre 2011

Label : Raumklang Music

Genre : Electronica, Old-school IDM 

Note : 7,5/10

 

Le Roumain Victor Popescu compose depuis une quinzaine d'années. Il abandonne l'architecture pour ouvrir son studio de production, Square Sound Records, qui ne tarde pas à se développer en label. Ce n'est qu'en 2010 qu'il développe son projet Brazda Lui Novac, du nom du coin dans lequel il habitait dans son enfance, et qu'il sort un premier album éponyme. Dizzy sort aujourd'hui sur Raumklang Music, le label de l'allemand Dirk Geiger dont les releases déçoivent rarement.

 

Au premier contact de cet album, qui s'effectue en toute logique par le biais de l'artwork, une question brule, pourquoi ? Pourquoi le pastel, les robots pré-pubères, tout ça... Trêve d'incompréhension, la musique, elle, semble moins ésotérique, ou l'être dans un autre genre. Dizzy est fait d'IDM, d'électronica ultra old-school et d'errances synthétiques hors espace-temps. Un enrobage downtempo et des ambiances sci-fi parachèvent le tout. Brazda Lui Novac convoque des spectres new wave et early electronics ondoyant entre les 80's et les 90's, mais les fusions qu'il opère préservent de l'écueil du kitsch. Les 14 morceaux s'apparentent à des comptines méditatives, à l'image de bouts de scénario défilant devant nos yeux et dégageant des émotions contrastées, ingénues, épiques ou utopistes. Dizzy pourrait être le reflet d'une vaste uchronie, mêlant des récits de cyborgs déchus et les chroniques poétiques d'un monde contrefactuel. La musique de Brazda Lui Novac n'a rien de sombre, elle rayonne du brillant de néons défoncés, clignotants et poussiéreux. L'electronica moirée que dresse les synth-lines chancèle entre fouillis rythmique et chimères indolentes. Conjecturer des influences de Skam ou du Warp naissant ne serait pas forcément absurde. Il arrive cependant que la formule de Dizzy disjoncte à l'occasion. Trop de bleeps et de synthés flamboyants rendent ardue la tenue sur la longueur (Move, Beatz). Mais l'existence d'une poignée de pépites du genre de Blue, Speed, EDM et surtout l'exceptionnel et foudroyant Shift font largement ployer la balance. Le disque s'achève sur deux remixes, celui du sublime Streets de Subheim par Brazda lui-même et de Sat par Access To Arasaka, qui ont pour défaut de n'être d'aucune cohérence avec le reste. Mais face à une telle beauté, il est dur de faire des manières. Streets transporte, tout en préservant les bourrasques émotionnelles de Subheim et AtA aplanit littéralement Sat pour ensuite le plisser et en froisser les éléments dans un souffle exhalant la froideur cyberpunk.

 

Quoique légèrement inégal, Dizzy est un album qui ne ressemble à nul autre. Hors continuum actuel, ses trames acidulées et profondément cinématiques ont un charme manifeste. Reste l'artwork...

 

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par Manolito

 

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