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13 juin 2012 3 13 /06 /juin /2012 23:41

Sortie : mai 2012

Label : Dark Clover / Origami Sound

Genre : Burial

Note : non noté

 

Il paraît que Volor Flex est russe, et c'est bien tout ce qu'on sait à peu près de lui. Il fréquente le label roumain Dark Clover et il aime bien Burial. Tant et tellement qu'il semble lui vouer un véritable culte. Le type ne peut même pas dire qu'il officie dans le post-dubstep/UK Garage/2-step mes couilles, puisqu'il copie littéralement le mystérieux William Bevan de South London. Pour s'attaquer à ce que certains appellent un mythe, faut soit être inconscient ou avoir des couilles d'ours. Son premier album, Tramp, déjà sorti il y a six mois en digital chez Dark Clover, annonçait la couleur sans le moindre scrupule. Au-delà du constat que tout le monde partage, posons nous une question un peu plus poussée. Volor Flex n'est-il qu'un vulgaire copycat ? Et encore mieux. Burial ne mérite-t-il pas d'être copié ?

 

Je dois le dire tout de suite, la musique de Burial ne m'a jamais touché. J'ai toujours pensé qu'il fallait remettre le dubstep dans le contexte générationnel des années 00 et de la musique dématérialisée. Burial, même si il a révolutionné le genre en 2006, n'échappe à mon sens pas à cette conclusion. Même complètement inconsciemment, un artiste s'inspire toujours de ce qu'il croit connaître ou apprécier pour sculpter sa propre matière. On ne va donc pas blâmer Burial pour ça. C'est juste que quand tu t'es pris dans la gueule les expérimentations de Lee Perry (dans son Black Ark des 70's, avant qu'il ne le crâme) sur un quatre piste et en une seule prise, la soul Bristolienne de Massive Attack ou Tricky et le Modus Operandi de Photek (un des dix meilleurs albums électroniques de tous les temps), t'as un peu de mal à t'extasier pour si peu. Si je n'étais pas moi même, je dirais que c'est loin d'être mauvais, juste complètement surévalué. Même si je me fais toujours niquer (après ptet 843 écoutes) par les titres U Hurt Me, Near Dark et Untrue (et même Archangel, c'est pour dire), je ne peux m'empêcher de sourire comme un aigri péremptoire devant l'intégration de la voix de Junior Reid sur Broken Home. En dehors de la certes révolutionnaire et ludique utilisation de Soundforge, tout celà n'est-il pas un peu facile ? Vu que j'essaie chaque jour un peu plus de me guérir d'une certaine "excessivité", posons la question autrement. Burial, rythmiquement et dans le fond, c'est pas un peu tout le temps la même recette ? Skank hérité des jamaïquains, samples de voix mielleuses (presque R&B quand même), vagues ambient pas très poussée, atmosphère pluvieuse et mastering qui semble avoir été hébergé dans une crack house. Il faut avouer qu'il parvient à transmettre quelque chose de réellement émotionnel à travers ses chroniques de la violence ordinaire, ses effluves urbaines et mélancoliques qui semblent venir de sous l'asphalte. Alors oui, merci pour ça. Il n'a sans doute pas souhaité le tourbillon qui a suivi son avènement, tous comme les éternels suiveurs de la scène dubstep ambient. Seulement voilà, personne n'avait prévu qu'un jour, un jeune russe pousserait le vice si loin, et surtout si bien.

 

Volor Flex n'a pas pris de risques. Il a mis le paquet sur la production et l'affinage des textures. Rendant son plagiat assumé probablement beaucoup plus lisse et propre que l'original. Alors oui, y a des moments où c'est excessivement grossier. De par la présence de la sacro-sainte pluie Burialienne, et de par l'intégration d'une nuée de crépitement de vinyles un peu trop grandiloquente pour être véritablement honnête. Mais quel talent quand même dans l'orchestration (je sais pas si c'est le mot juste) des intros et des interludes agrémentés de piano plaintif (Foretime et Inexplicable Thing). A l'ombre de la copie, Volor Flex s'est trouvé une mélancolie toute personnelle, et un vrai talent pour ce qui est de distiller des décoctions ambient (Forsaken). Pour ce qui est des claudiquant contretemps, c'est archi texturé encore une fois et divinement bien soigné, même si ça sent sévèrement l'hommage. Ce sera encore plus flagrant sur True Faith, et son sample de voix de gamine transie par l'absence de pitié de la vie.

C'est un album finalement très difficile à chroniquer, parce que qu'on le veuille ou non, on en revient toujours à l'inspiration volontaire et assumée de départ. On aurait pu sortir de cette ornière sur l'excellent et lumineux (au sens propre) Fake Love, si il n'avait pas posé sur les voix ces filtres vraiment loin d'être indispensables. On se consolera par contre sans demi mesure avec le rampant et ambigu Last Night, d'où la nuit laisse échapper des vagues isolantes et des pianos voilés.

Une porte grinçante s'ouvre sur My Story, autre belle copie qui se veut améliorée et qui aurait eu plus que sa place sur Untrue. Si la légende est plus belle que l'histoire, publies la légende. C'est ce qu'a fait Volor Flex, avec sans doute une plus ou moins consciente volonté de la sublimer. A plusieurs reprises, il n'en sera pas loin, à grand renfort de partie de piano et d'ambient nocturne et nébuleux. Il y a par contre d'autres moments où il se perd en route, dans sa volonté de couvrir le mythe de poussière tout en perpétuant l'hommage. C'est tout de suite là beaucoup plus foireux (l'inaudible Shame). L'oeuvre se clôturera, après plus d'une heure de formats courts quand même, sur un Repulsion grossièrement dubbé. Dommage.

 

Je n'aime pas la musique de Burial. Je ne vais donc pas dire que celle-ci est bonne, dans un malhonnête aveu de vouloir me payer maladroitement le mythe. Mais c'est par moment loin d'être une simple et pâle copie. Ceux qui idolâtrent Burial aimeront probablement cet album si ils sont honnêtes avec eux même et qu'ils parviennent à pardonner l'affront. Faute de grives, les pigeons boufferont du beau merle. Mais il ne faut pas prendre les oies du bon dieu pour des canards sauvages, si succès elle remporte, la musique de Volor Flex devra rendre l'âme à qui elle appartient.

 

http://www.dubstepforum.gr/site/wp-content/uploads/2012/05/Volor-Flex-My-Story.jpg

par Ed Loxapac

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Published by Chroniques électroniques - dans disque
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commentaires

rocky 18/06/2012 16:53

Les deux derniers Ep de Burial, Street Halo et Kindred (actuellement dispo sur un seul et même cd via l'édition japonaise) sont excellents. A écouter absolument, notamment les deux derniers
morceaux de Kindred qui laissent augurer du meilleur pour la suite.
Quant au présent musicien, la chronique ne me donne pas envie d'y jeter une oreille : /

diie 14/06/2012 20:30

et pourquoi pas de note ? lâche !

samvox 14/06/2012 12:12

Quelle belle chronique ! Toute en antiphrases : tu n'aimes pas Burial mais au bout de la 843ème écoute... Je suis entièrement d'accord avec ton analyse... Volor Flex a tellement été marqué par W.
Bevan qu'en écoute à l'aveugle on prend l'un pour l'autre. Pourtant, pour moi, il n'est pas un simple copycat.
Burial dessine sa musique. Elle est purement illustrative. Le mec a digéré Mezzanine, Rinse FM au casque, en déambulant dans le South London. Paysages, donc. Il faut avoir été travailler en RER, la
gueule dans le cul, le visage collé à la fenêtre, un filet de bave aux lèvres et avoir vu le paysage suburbain défiler avec l'album éponyme ou Untrue dans les oreilles pour en comprendre toute la
dimension graphique. La musique de Burial est donc une succession de "motifs". Que Volor Flex réinterprète et redessine à sa mesure. Où Burial tague des fresques, le russe donne dans la vignette.
C'est tout son talent. Plutôt qu'une pâle copie, j'y vois une réinterprétation, dépassant le simple hommage, sur format cours du modèle.
Donc effectivement,si vous aimez Burial, vous aimerez Volor Flex. Mais comme tout bon spin-off, il n'est pas nécessaire d'avoir vu la série originale pour en apprécier la déclinaison.
Pour les antiquaires curieux du son Bristolien séminal, je signale la sortie d'une compilation de Smith & Mighty sur Bristol Achive Records cette année, juste indispenable... en attendant la
réédition hypothétique du The Call Is Strong de Carlton sorti en 1990, pour moi, chef d'oeuvre absolu des deux producteurs.

Chroniques électroniques 14/06/2012 12:56



Merci pour l'éloge. Et merci à toi de citer Smith & Mighty, formation passionnante qui a beaucoup trop souffert dans l'ombre éternelle de Massive Attack.



TechNono 14/06/2012 11:21

Je suis tout a fait d'accord au sujet de Burial... J'aime bien écouter une ou deux pistes de temps en temps mais je ne crois pas avoir déjà écouter l'album en entier car trop répétitif.

Forcément l'album ci-dessus perd tout intérêt pour moi...