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12 juin 2012 2 12 /06 /juin /2012 21:53

Sortie : juin 2012

Label : Hymen

Genre : IDM, Glitch, Sound Design

Note : 8,5/10

 

Simple abréviation de son nom véritable Philippe Vandal, VNDL est un jeune canadien francophone très prolifique, qui porte le marcel aussi bien que j'arbore le slim, et qui surveille actuellement de très près la révolte étudiante canadienne. Après avoir participé au bordel monstre qu'était la compilation de remixes du Consume Adapt Create de Architect, il s'est positionné vers des netlabels reconnus comme Abstrakt Reflections (pour Something For Someone) et plus récemment Executive (pour le bien plus prometteur Triptyque). Ces deux releases sont encore aujourd'hui disponibles en libre téléchargement. Je fus très surpris (pour des raisons que je vais développer) d'apprendre qu'il signait son premier album chez une renommée et crédible maison bavaroise. Un peu moins que notre Frank Riggio national se charge du mastering. Enfin bref, Gahrena est sorti aujourd'hui chez Hymen, et c'est une excellente surprise.

 

Je dois avouer que j'étais plus que sceptique sur le potentiel de VNDL. Je n'ai certes pas l'oreille absolue et je m'efforce chaque jour un peu plus d'accepter (à défaut de respecter) le goût des autres. Je trouvais surtout qu'il représentait très bien ces jeunes insatiables beatmakers qui s'efforcent surtout de démontrer ce qu'il savent et peuvent faire, souvent au détriment d'un rendu final plus technique que réellement passionnant d'un stricte point de vue musical. Je trouvais aussi que ses nobles influences, Gridlock et Nebulo en tête, avec un soupçon d'Access To Arasaka, étaient beaucoup trop visibles pour qu'il puisse tracer son original sillon. Il faut probablement mettre ça sur le coup de la jeunesse. Puis, il semble que le jeune québécois ai découvert les barons virtuoses des compositions abstraites et électro-acoustiques, comme Christian Fennesz, Keith Kenniff ou Lawrence English. Cette ouverture à de nouveaux horizons, plus musicaux et plus aboutis, a visiblement étoffé sa culture mais surtout sa propre palette de sons. Parce que la grande qualité de Gahrena se situe bien plus loin que de naïves promesses ou d'un statique et éternel potentiel.

 

Le qualificatif le plus adapté après les premières écoutes est sans doute "recherché". Avant même réussi. Car le jeune canadien se livre ici à une vraie quête sonique pour maintenir les courants de sa musique en vie, en mouvements permanents. C'est surtout son utilisation des guitares, en tension parmi les chocs de l'échantillonnage et les parasites, qui souffle ce vent frais sur une "IDM" actuelle. On ne soulignera forcément pas assez le travail de Riggio au niveau du mastering, pour donner substance et équilibre à toute cette réverb', enveloppante et omniprésente tout au long de l'opus. Et pourtant, il y avait toutes les chances pour que ceci vire à la branlette.

On ne compte plus les artistes (il n'y a pas qu'eux, la société s'en charge très bien) qui tentent de maintenir en place le diktat du rasage à blanc pour mieux reconstruire. Les édifices, ou les paysages, puisque c'est ainsi qu'il faut les baptiser sont certes propices à la contemplation béate, mais les superpositions sont aussi solides qu'elles sont mouvantes, et ne chancellent jamais vers l'onanisme synthétique. Les trois premiers titres (l'introduction s'ouvre comme un hommage très original  et à peine masqué à Gridlock) surfent avec les limites et les saturations, avant que l'indispensable et tout en sursaut Bragg (avec Nebulo, tiens tiens...) ne vienne écarquiller les yeux et les conduits des derniers sceptiques. Certains observateurs éclairés lui trouveront, plus sur la forme que sur le fond, une certaine ressemblance avec Code Inconnu (issu de l'inaltérable compilation When Light's Drillin the Haze, concoctée par nos soins et disponible ici).

Les guitares de VNDL savent se montrer parfois plus discrètes, et la dominante électrique souhaitée revêt alors les contours d'un sound design idéal pour chiller devant les tourments du monde extérieur. Ou comme quand les beats de Novar, s'abbatent sur l'asphalte tels des bombinettes gorgées d'électricité statique. Y a bien que l'électricité qui peut se réclamer du terme, jamais le thème principal ne se repose sur lui même. Voilà pourquoi le dernier tiers du morceau vient révéler des trajectoires inespérées et vrillées.

Il faut aussi souligner le placement anarchique mais très subtil des remixes qui apportent un vrai plus à l'album. Sûrement parce que VNDL a très bien choisi ses complices du jour. Le souvent excellent Offthesky délivre ici une version de Nikohn extrêmement onirique et ouatée. Je suis peut-être un peu moins fan du Novar de C0ma, même si son placement peu après le diptyque Recycle Theory est particulièrement pertinent.

Parlons-en d'ailleurs de Recycle Theory. Ses régurgitations numériques et cybernétiques rappellent un peu tout ce qui me déplaisait à l'époque, mais le caractère définitivement plus abouti de la production éfface un peu les aspects un peu déjà entendus des bourrasques intestinales de la matrice. Pleq, dont on n'avait pas parlé depuis longtemps, apaise un peu ses nouvelles velléités acousmatiques (pas complètement non plus) pour se livrer à un exercice dans lequel il a toujours excellé, la collaboration nébuleuse et opaque. Night At Slaeg est donc à retenir du côté des plus belles réussites.

L'excellent Yanide, fermera ces électriques tribulations en redonnant à la guitare sa liberté d'expérimenter. Les plus imaginatifs pourront même y voir de vieux jouets de l'enfance s'articuler et renaître de leurs cendres cristallines. Magnifique.

 

A ma grande mais plus qu'agréable surprise, VNDL livre ces jours-ci l'album d'IDM qu'on attendait plus cette année. Grace à un mastering et à des invités de grande qualité, mais surtout grace à une technique enfin mise au service d'un ensemble musical hypnotique qui ravira les contemplatifs aptes à s'électriser. En somme, un album plus que recommandé.

 

http://hymen-records.com/all/hymen-y802-x3.jpg

par Ed Loxapac

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Published by Chroniques électroniques - dans disque
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commentaires

Paranoiak 14/06/2012 04:06

Lien Bandcamp pour écoute :

http://hymen-records.bandcamp.com/album/gahrena-paysages-lectriques