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14 juillet 2012 6 14 /07 /juillet /2012 17:30

Sortie : juin 2012

Label : Touch

Genre : Sound Design radical, Ambient isolationniste

Note : 8/10

 

Thomas Köner est un pionnier du multimédia trop rarement cité. L'allemand n'est pas loin des cinquante piges et compte onze albums à son actif, avec celui présenté aujourd'hui. Ingénieur du son de formation, il a rapidement trouvé surfait le simple travail autour des aspects mélodiques, pour se concentrer sur la couleur et le grain du son. Son approche sonique assez radicale lui a valu la reconnaissance de ses illustres pairs depuis belle lurette. Il a énormément travaillé pour le cinéma et s'est illustré avec ses installations sonores bien poussées, en lien avec des évènements très contemporains. Il a parcouru les couloirs du Musée d'Orsay, du Louvre et du Centre Georges Pompidou. Pour ce qui est de sa discographie, disons qu'il a connu les grandes heures de Mille Plateaux, même si ses oeuvres les plus mythiques (et presque introuvables) sont ses quatre premières, parue sur le mythique et néerlandais label Barooni entre 1990 et 1995. Si le préambule ici déroulé ne vous a pas encore convaincu de tout le sérieux du bonhomme, précisons seulement maintenant qu'il est la moitié de Porter Ricks, duo techno tout simplement génial et légendaire. Après un flirt avorté avec Glacial Movements, Novaya Zemlya est sorti le mois dernier sur le label Touch, référence expérimentale si il en est.

 

Bon c'est quoi ça Novaya Zemlya, hormi le point le plus oriental d'Europe, une île entre la Russie et la Norvège qui compte un peu plus de 2000 habitants, et le terrain de chasse idéal pour ceux dont le kiff ultime est de courir nu derrière des rennes et des ours polaires ? L'île, composée de deux parties distinctes de par leur relief et leur climat un peu différent, est habitée par deux spécificités pour le moins surprenantes. Tout d'abord parce que c'est le lieu où le mirage polaire atmosphérique fut pour la première fois observé. Ce qui veut dire en "un tout petit peu plus clair", que l'atmosphère y agit comme un guide d'ondes, et qu'une partie de la lumière émise par le soleil se propage selon une trajectoire inhabituelle et peut être observée sur le côté où la Terre est plongée dans l'obscurité. C'est fascinant n'est-ce pas ? Merci donc à Wikipédia.

Mais la Novaya Zemlya fut aussi un haut lieu des expérimentations militaires russes pendant la guerre froide. C'est aussi là que s'est produite l'explosion de l'AN602 en 1961, bombe à hydrogène et plus dévastatrice arme nucléaire jamais testée. Il doit y avoir un léger petit goût de plutonium dans les cours d'eaux. Cette petite leçon d'histoire vous aura peut-être ennuyée, mais elle pourrait à elle seule faire office de chronique, tant l'album dont il est question est habité par l'histoire, le climat, le relief et les mésaventures de l'île.

Ce qu'il y a de plus troublant, c'est que malgré son probable refus musical (tout est relatif) le son jusqu'auboutiste de Thomas Köner n'est pas dépourvu d'un certain reliquat mélodique. Quelle est la part de field recordings ? Thomas Köner s'est-il rendu sur place ? Mystère, et c'est sans doute mieux comme ça. Car l'auditeur est lui transporté, vers ce nouvel archipel où la perception semble modifiée. L'allemand décrit lui même son oeuvre comme un passeport vers la géographie métaphysique. Ne cherchez pas de drums, il n'y en a pas. On peut néanmoins soupçonner qu'il se soit concentré sur la partie la plus glaciaire de l'île, tant on semble entendre, sur la première pièce de la trilogie, la scission des blocs de glace et la déshydratation opérée par les vents sur les fragments qui demeurent. Tellement que la deuxième partie est presque entièrement conçu de ce souffle chaud propice à la désertification, et de ces graves abyssales qui semblent venir d'en dessous et prêtes à dégommer du subwoofer. Faudrait quand même pas oublier que les nappes phréatiques contiennent un peu de plutonium, même si la paix et un côté chill relatif emplissent les atmosphères de fonte et de renaissance qui suivent les climats blafards et inquisiteurs de la troisième partie.

 

C'est toujours difficile de décrire du son contemplatif et subjectif de ce niveau, sans sombrer dans le lyrisme au jus de minou façon Marc Levy que certains de nos concurrents et amis adorent tant. D'autant plus quand l'introduction faite dans le livret associé par Thierry Charollais, est apte à filer des complexes à n'importe quel chroniqueur en herbe. Cette musique épidermique se doit d'être ressentie plutôt que décrite, à un volume à s'en assommer, avec un matériel de très haut niveau. C'est dommage parce que ce détail (conséquent) rendrait presque l'oeuvre élitiste. Pas en son coeur, mais plus parce que le commun des mortels n'a pas toujours accès à un matos digne de ce nom pour s'immerger dans sa passion. Le casque est encore plus recommandé, si celui qui le porte a la bonne idée de couvrir la moindre source de lumière qui l'entoure. Une oeuvre radicale réservée à un public averti, mais plus que recommandée. Ne cherchez pas de titre dans le player, ça n'a ici aucun sens et vous seriez capables de vous dégoûter à vie du mp3. Peut-être en faudrait-il un dans ce cas.

 

http://2.bp.blogspot.com/-t35qv7uH_oU/T-UxqxEFP6I/AAAAAAAAWSg/RVylzdr3M4o/s1600/Thomas+K%C3%B6ner+-+Novaya+Zemlya+(2012).jpg

par Ed Loxapac

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Published by Chroniques électroniques - dans disque
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commentaires

Alex G 01/08/2012 00:29

Tout à fait d'accord avec cette critique. Après le magnifique La Barca, j'avais un peu peur qu'il retombe à nouveau dans un long hiatus comme dans les années 2000 (5 ans entre Nuuk et La Barca,
tout de même), mais force est de constater que le bonhomme ne déçoit jamais. Superbe disque et chronique à l'avenant.

ygjk 15/07/2012 17:05

Je viens de me le prendre... C'est juste incroyable l'ambiance qui s'en dégage. Le travail effectué semble abyssal, dans sa masse, mais également dans son résultat avec un "son" très profond. J'ai
tendance à être saoulé par le trop plein de reverb' (dans beaucoup de productions IDM surtout), mais là c'est tellement maîtrisé que je m'étonne moi même à ne pas tendre l'oreille et tenter de
comprendre "comment il a fait ci ou ça et avec quoi...", non j'écoute les pistes comme un ensemble parfaitement fini et homogène.

Et ouai, vu la définition des basses et des aigus, la qualité des réverbérations... incompatible avec les mp3.

Merci pour la chronique, extraordinaire découverte.