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18 mars 2012 7 18 /03 /mars /2012 01:34

Sortie : février 2012

Label : Denovali

Genre : Ambient, Indus, Dark Shoegaze

Note : 8/10

 

Le label allemand Denovali fait désormais figure de référence dans le domaine des musiques sombres. Même si ils se sont montrés spécialistes des ré-éditions courageuses et bienvenues (Subheim, Blackfilm, Bersarin Quartett, Field Rotation...), leurs sorties metal, jazz fusion et expérimentales sont également plus que saluées. Les portes sont aujourd'hui ouvertes au mystérieux français qui se cache derrière le projet The Eye Of Time. Il s'appellerait Marc Euvrie, et aurait officié dans des formations punks et hardcores. Ce très bel objet (double cd ou triple vinyle) redonne vie dans des versions remasterisées à des réalisations passées. After Us (2006), Jail (2008) et Lily On The Valley (2005) sont autant de regards sur différentes période de sa vie. Elles font bloc aujourd'hui pour former cette trilogie qu'est The Eye Of Time. Et à la vue du dossier de presse (toujours un peu excessif dans les comparaisons chez Denovali) et de l'artwork, le moins qu'on puisse dire est que ce Marc Euvrie n'illustre pas sa vie avec des emoticones.

 

Si on apprivoise très vite les contrées hostiles ici dépeintes, le joli livret très complet qui accompagne l'objet nous renseignera définitivement sur la couleur dominante de l'oeuvre.

L'être humain a été dépossédé de ses possibilités d'aventure et d'expérimentation que l'existence est censée lui donner. Nous laissons l'humanité s'obscurcir et s'éteindre car nous ne prenons pas de risques.

Interprétation un rien candide qui n'apportera guère à cette oeuvre définitivement sombre et sans le moindre compromis. Parce que voilà, ce n'est pas un album, c'est une fresque pavée de cicatrices écrites au jus de citron. Et pour se l'enfiler d'un coup, faut avoir du courage, de l'espoir et du temps. Surtout du temps. Celui qui passe et qui nous fait croire que nous sommes maîtres de notre destinée. Alors que les balises sont partout, aptes à ne jamais nous faire dévier d'un plan prévu à l'avance par plus puissant que nous. Dieu pour certains, le grand ordinateur pour d'autres. La véritable émancipation du plan n'existe pas. Ce n'est que lorsque nous l'avons accepté qu'il est possible de vivre. C'est aussi probablement cela qu'illustre "l'Oeil du Temps". Car telle est la vie des hommes. Quelques joies très vite effacées par d'innombrables chagrins et tourments. Il n'est pas nécessaire de le dire aux enfants.

Il y a différentes manières de donner vie en musique à la thèse. De préférence sans tomber dans le pathos et le cliché. L'esthétique est ici évidemment dark. Certains éléments, pourtant spontanés et originaux, la font parfois basculer d'un côté emo-goth-indus pas toujours des plus pertinents. C'est fort heureusement très épars comme sentiment. Car ses boucles, qu'on pourra qualifier de drum'n bass, sont très primitives mais ont le don d'aller à l'essentiel. Les passages au violoncelle ou au piano sont aussi d'excellente facture, et servent très bien les contours ambient résolument épiques. Élevées au grain stoner post-metal et bouillies dans le sludge (bien plus que dans un patrimoine électronique), ses mélodies ne sont jamais aussi prenantes que quand elles jouent le pari de la saturation et de l'épique. En celà, la deuxième partie proposée (qui est en fait la dernière réalisée chronologiquement), Jail, est un peu plus aboutie que la première (After Us). Même quand des cris sauvages de metalleux damné viennent déchirer le silence d'une nuit sans lune (Time Has Come, mais surtout Comfort, Design and Graves). L'horizon c'est compliqué à capter quand on est enfermé entre quatre murs. Encore plus quand on sait que l'effondrement d'un système en perte de valeurs et d'humanité n'est pas pour demain. La lumière et donc l'espoir, ne jaillissent qu'entre les barreaux qui vous séparent d'un dehors souvent bien plus angoissant et incertain que le dedans. Ce n'est donc sûrement pas pour rien que l'album trouve son point culminant lors de The Distance Between You And The Rest (entre post-rock ambient et derbouka martiale) et le titre où il donne même son matricule.

Il y avait aussi du très bon sur la première partie, comme lors d'After Us, Birds and Lands et My Hope Took The Road. D'autres titres également, mais dont les titres sont trop compliqués et longs à écrire pour que je ne les mentionne. J'ai juste en fait été plus touché par la deuxième période, la deuxième tranche de vie. Ceci est un jugement plus personnel que qualitatif. La troisième partie, celle qui est censée représenter l'espoir si j'ai tout bien compris, n'est pas aussi réussie dans sa construction. Dommage, mais presque prévisible. Les somptueuses mélodies aventureuses et dramatiques, craquelées et poisseuses, sont nettement plus intéressantes quand elles évoquent la frustration, la séparation et son lot d'incompréhensions, la mort, l'amour et la haine. Autant de sentiments intimement mêlés mais qui ajoutent du relief, de la passion et de l'originalité à la vie.

 

Même si un voile étrange réside encore sur le (re)mastering de la trilogie, The Eye Of Time est une oeuvre très personnelle et donc imparfaite. C'est donc ce qui la rend si humaine et passionnante. Voilà donc un pavé qui traînera souvent aux abords de la platine. Pour les jours ou on aura du courage, de l'espoir et du temps. Surtout du temps, et avec personne autour.

 

http://denovali.com/theeyeoftime/cover260.jpg

par Ed Loxapac

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Published by Chroniques électroniques - dans disque
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commentaires

he_lium 21/03/2012 18:57

A maintes reprises, je trouve que cet album a notamment des accointances avec le Third Eye Foundation de Matt Elliott. Excellent en écoutes fragmentées.
J'en profite pour vous remercier pour ces nombreuses découvertes depuis 2 ans que je fréquente ce blog. Un beau travail de défrichage! :-)