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20 février 2012 1 20 /02 /février /2012 10:41

Sortie : 14 Février 2012

Label : History Always Favours The Winners

Genre : Néo-classique, dark ambient, sampling

Note : 8,5/10

 

Difficile de suivre pleinement les incalculables sorties deLeyland Kirby. Le mec a bien dû laisser éclore 20 disques en moins de 3 ans. Cet acharnement aura eu le mérite de susciter l’attention. De plus, l’homme brouille les pistes puisqu’il opère sous de nombreuses entités tant il fourmille de projets, et ce même si on retrouve un même esthétisme sonore dans toutes ses pièces. Leyland Kirby est un érudit qui s’accomplit en puisant dans les niches intellectuelles et auditives.

Ainsi, sous l’entité de The Caretaker (dont le nom est emprunté au personnage de The Shining), il a dernièrement exhumé d’obscurs 78 tours du début du XXème, les a tronqués, samplés et a amplifié le grain pour livrer un album étrangement sombre et fragile. An Empty Bliss Beyond This World mérite qu’on s’y attarde avec précision (écoute intégrale ici).

 

Patience (After Sebald) est le nouveau projet de l’anglais (écoute intégrale ici). Il s’attaque à la bande son du prochain documentaire de Grant Green qui s’attardera sur la vie de l’écrivain WG Sebald. Pour cela, The Caretaker est allé fouiner dans l’œuvre de Schubert et plus précisément dans un enregistrement de 1927 de Winterreise (composé en 1827).

Le piano de Schubert est placé en retrait, semblant surgir d’un brouillard extrêmement dense. L’opacité oblige à écouter attentivement pour se sentir concerné car si le piano n’est pas le personnage principal, il n’en demeure pas moins le pivot. C’est surtout l’impressionnant magma entourant le noble instrument qui prend ici l’ascendant. Cette masse sonore indéchiffrable pousse à l’interprétation. S’agit-il du gaz que l’on a oublié d’éteindre ? D’une pluie incessante ? D’un vent continue ? Libre à chacun de jouer avec ce bruit de fond fascinant car toute la force de Patience (After Sebald) se trouve justement dans cette volonté de pousser l’auditeur à l’introspection. Au final, le mariage entre le retouchage de Schubert, pour un rendu néo-classique, et les nappes et crépitements incessants, pour l’enrobage dark-ambient, est consommé et le rendu magnétique.

Patience est un album mélancolique, pour ne pas dire dépressif. Les compositions de Schubert sont tronquées, Leyland Kirby préférant se servir de bouts de partition pour ainsi les répéter à l’envie afin de capturer l’auditeur dans une lancinance extrême provoquant la tristesse. Le pouvoir ensorcelant de ces 12 titres est sidérant et on se prend au jeu du déchiffrage. On n’est jamais réellement certain de ce que l’on écoute tant tout est fantomatique. Est-on sûr d’entendre une mélodie en arrière fond de Approaching the outer limits of our solar system ? Ne sommes-nous pas en train de rêver ? Patience (After Sebald) nous oblige à tâtonner, à avancer à l’aveugle dans un paysage de désolation.

Mais étrangement, derrière cet enrobage mélancolique, se trouve un album fier. Jamais l’impression de tomber n’est ressentie. On avance indubitablement, face au vent. Impossible de mettre un genou à terre tant l’album vous pousse à poursuivre votre quête. Quand je vous dis que The Caretaker est capable de vous ensorceler, croyez-moi.

 

The Caretaker semble avoir retrouvé ces pistes de Schubert dans un manoir du XVIIIè siècle. Les partitions sont jouées par un fantôme dans une immense salle de bal, ouverte aux quatre vents. Vous devenez un simple spectateur, un spectre évoluant parmi les ombres. Vous fermez alors les yeux et vous n’êtes plus, vous vous contentez de ressentir cette musique traversant les époques pour devenir indatable, indéchiffrable et impalpable.

 

 

http://f0.bcbits.com/z/35/21/3521552049-1.jpg

 

P.S. : The Caretaker vient de publier les chutes de l'album. Vous pouvez prolonger l'expérience ici.

 

par B2B

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Published by Chroniques électroniques - dans disque
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