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9 juillet 2012 1 09 /07 /juillet /2012 02:32

Sortie : mai 2012

Label : Time Released Sound

Genre : Classical, Drone, Ambient, Experimental

Note : 8,5/10

 

Quand elle ne joue pas du violon sur des oeuvres majeures comme le Flare de Erik K Skodvin (Svarte Greiner et moitié de Deaf Center), paru sur Sonic Pieces en 2010, ou le magnifique Digressions de Greg Haines de cette année (dont on reparlera très vite, même si c'est tardif), Iden Reinhart trouve le temps de maintenir en vie son projet personnel Strië. Après un premier album passé presque inaperçu, elle revient sur le label britannique Time Released Sound, propriété de Colin Herrick, qui peut se targuer de réaliser d'exceptionnels objets artisanaux et renforce encore un peu plus l'intérêt d'acquérir des albums passionnants dans leurs versions charnelles. 

 

Ohtul est une oeuvre obsédante et névrotique, difficile à pénétrer mais littéralement addictive si on accepte de s'y plonger avec la conviction qu'elle mérite. Car oui, y jeter une oreille attentive n'est pas dénué d'un certain risque. Celui de basculer dans un rêve torturé, où des angoisses qu'on croyait obsolètes depuis des lustres se ravivent en toisant comme des cloportes l'inconscient et le déni. L'ambiance résolument lynchienne est là, souriante et vicieuse, face à cette nuit humide où prédateurs et spectres tissent une toile comparable à une tumeur ramifiée. L'invention la plus géniale du diable est d'avoir fait croire aux mortels qu'il n'existait pas. La bête est pourtant là, tapi dans des ombres opaques ou dans des buissons millénaires dont on ne sait pas les noms. Car toute la malice de Ohtul est là. Pendant les trois somptueux premiers titres, abstraits mais suffisamment immédiats pour ne pas laisser poindre l'union des cinq phalanges sur la naïve pommette.

Il y a là un nombre très important d'instruments qui n'évoquent finalement que très peu la torture (crins majestueux, cordes damnées mais vivaces, clarinette langoureuse et piano qui trouve dans ses frappes les plus aigües l'énergie et l'élégance du martyr romantique). Hällilaul et ses matières grouillantes n'annonçaient certes rien de très funky, surtout quand ses gémissement laissaient échapper des plaintes bien trop humaines. Le rêve humide se devait d'être agité, mais l'Arabesque et son suivant pouvait laisser planer l'espoir d'une certaine retenue dans la prise de pouvoir du disque sur l'auditeur. Le troisième titre est probablement le plus vicieux, quand le drone principal se montre aussi strident que pénétrant. Ou quand le piano rassuré est enveloppé d'une ouate propice à l'abandon des cloisons défensives. La voix masculine se veut sacrée mais n'exorcisera pas grand chose.

C'est à l'orée de Rapid Eye Movement que le rêve sombre, ou cette nuit habitée par le doute, prend une tournure plus anxiogène. Les sons se parent alors de reflets imprévus, révélant de fausses et improbables symétries, confrontant alors l'auditeur à d'inquisitrices questions. Le nystagmus illustré en musique, laisse alors échapper ce qui ne devait pas être vu. Il n'est alors plus seulement question de musique, mais aussi d'un sentiment d'étrange malaise et d'interrogation. Le drone et l'ambient, ont souvent l'habitude de revêtir des apparats médiévaux et souterrains pour créer de tels sentiments. C'est tout l'inverse avec Ohtul et c'est probablement ce qui le rend si désarmant. Il diffuse un contenu onctueux, des volutes sporadiques de souffle chaud sur le théâtre de nos peurs insondables. Lost In Between, tout est dans le titre et résume trop bien l'ambivalence de l'ensemble. C'est sans doute pour ça que la texture se montre alors plus grinçante et plus venteuse, le glitch et les larsens plus épidermiques. Le piano se fait plus grave dans son patinage, et semble doté d'yeux au dos des pédales pour surveiller ce qui tenterait de fuir. La dernière fois que je me suis chié dessus comme ça, c'était en écoutant le Grimoire de Kreng. La troisième salve de Sovn suit le même terrifiant sillon, en ajoutant gargarisme, voile noir et vaporeux sur un substrat mélodique qui ferait passer la tendre enfance au placard de Natascha Kampusch pour une kermesse mormone.

Heureusement que le magnifique False Awakening reviendra armé de jeux autour des tonalités. Muant le dark en quelque chose de beaucoup plus cristallin. Le piano officie toujours dans une splendide retenue. Il est plus conquérant que guerrier, et pose des empreintes sur le canevas de violoncelle, accueillant comme un haut de fesse ferme de jouvencelle. Les stigmates du passé prennent alors la beauté de leurs propres tombes.

 

Ohtul est un album complexe, physique et malmenant. Chacun pourra y voir de différents reflets. Il n'en demeure pas moins terrifiant et beau à en crever. Le plus étrange est qu'il n'est jamais aussi explicite que quand il opte pour un minimalisme contenu et pas jusqu'auboutiste. Il faudra un nombre d'écoutes encore plus important que d'habitude pour en faire l'indispensable qu'il deviendra, sans contestations possibles.

 

http://timereleasedsound.com/html/wp-content/uploads/wpsc/cache/product_img_59_500x550.jpg

par Ed Loxapac

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Published by Chroniques électroniques - dans disque
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commentaires

bob 10/07/2012 20:48

Ecouté une fois, (très) légèrement déçu. Ayant lu la chronique je m'attendais à quelque chose de peut être plus immersif. Ce n'est en rien un mauvais album mais il faut que je me plonge dedans (au
casque dans le noir?) pour en tirer le meilleur.

Chroniques électroniques 11/07/2012 01:19



Pas si étrange que ça. Quelqu'un que je connais très bien, avec des goûts tout à fait louables, n'est pas parvenu à adhérer après les deux premiers titres. L'adhésion et la notion d'excellent
disque, c'est parfois hautement subjectif. Heureusement d'ailleurs. Mais le noir aidera peut-être... je le souhaite en tous cas.



TechNono 10/07/2012 18:24

Et en effet les artistes de Time Releases ont droit à des packagings tout aussi superbes qu'originaux. Très beau catalogue!!

TechNono 10/07/2012 18:11

Les deux extraits disponibles qui sont apparement les deux premiers morceaux de l'album sont magnifiques. La texture venteuse ajoute beaucoup au côté immersif. J'ai hâte d'entendre la suite.

Mention toute particulière pour l'emploi du terme "nystagmus" qui m'a envoyé tout droit sur Wikipédia :))

Merci pour cette nième découverte.