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8 octobre 2011 6 08 /10 /octobre /2011 09:48

Sortie : septembre 2011

Label : Liminal Recs

Genre : IDM, Glitch, Industrial, Ambient

Note : 8,5/10

 

Les premières fois que j'ai écouté cet album de Sound Wave Pressure, je n'avais accès ni au nom du groupe, ni à ceux des titres. La fatalité m'obligeant a utiliser une version ancestrale de l'ipod, il était insupportable de ne pas avoir la plus petite idée de l'origine de ces hallucinantes comptines glitchées. Lorsque le tourment cessa, il apparu que Sound Wave Pressure est un projet IDM, composé de Sitreus et de.. r.roo. Ben voyons. Le genre de moment où vous souhaiteriez vous coller des beignes pour n'y avoir penser avant. La patte dudit Ruga Roo est pourtant flagrante, et ce n'est pas comme si on ne parlais jamais de cet Ukrainien. Les derniers album et EP de Andriy Symonovych (Into A Cloud, ici et Ache, ) ont abreuvé certains auditeurs avisés de compositions immersives, puissantes et délicates. Dans Sound Wave Pressure il s'associe à Sitreus Ramirez, résident de Kiev également et âgé de 19 ans, avec qui il a par ailleurs monté le label Someone Records. Prozac est leur deuxième album. 

 

Le netlabel russe Liminal Recs, qui le produit, compte en ses membres un certain Medkit, auteur du singulier Obsessive Compulsive Disorder (chroniqué ici), qui portait  sur les angoisses maladives et les troubles nerveux. Au vu de l'intitulé de leur album, r.roo et Sitreus partagent vraisemblablement avec lui plus d'un point commun. Ce qu'il y a de bien avec le fait d'entamer une chronique par l'évocation de sujets de ce genre, c'est de pressentir la potentielle défection boudeuse d'une part de notre aimable lectorat. J'aimerais dire que c'est justement le moment de ne pas fuir. L'exercice qui consiste à écrire sur des artistes démesurément confidentiels – qui sont, en ce qui me concerne, souvent originaires d'Europe de l'Est et souvent compositeurs d'IDM – a ceci d'exaltant qu'il revient à partager des coups de coeur qui sont justement, globalement méconnus. Mais il peut réserver au tournant l'impression frustrée de rien changer du tout à la confidentialité de ces artistes. D'être bien gentil mais pas bien utile. Prozac est le genre d'album qui donne envie d'astreindre tout le monde, n'importe qui à l'écouter. Enfin ceux que ça intéresse, car certains trouveront à tous les coups que j'exagère. Mais là n'est pas la question. 

Sous une enveloppe d'émotions à vif, qui vibre et pulse doucement, se nouent des intrigues lointaines qu'on observe en spectateur, qu'on ne cherche même pas à comprendre. Des images de visages tristes mais durs, des sentiments profondément désenchantés d'où gicle une poésie brute, limpide et humble semble émaner de cette oeuvre. Emmanuel Carrère écrit dans Limonov que vouloir se faire poète pour un jeune Ukrainien dans les année 70's était aussi commun que l'envie de s'exprimer par le rap pour un jeune de banlieue parisienne aujourd'hui. Le même aujourd'hui que celui des musiques expérimentales de l'Est de l'Europe, dans lesquelles il y existe une sensibilité noire et romantique qui ne se manifeste pas ailleurs. C'est un tableau de compositions électroniques presque choquant de richesse que dresse Prozac. Sound Wave Pressure réussit dans cet album à passer d'un genre à l'autre toutes les 4,30 minutes - le temps moyen de chaque track – tout en maintenant intact ce fil rouge et ténu tissé d'orchestrations veloutées, de cordes et d'un éternel piano. On plonge en premier lieu dans une IDM belle et houleuse (Quien es ?, She Needs Drugs, I Am, The Infinity). Les tourbillons mélodiques et rythmiques ont quelque chose de parfait, de presque déchirant. r.roo et Sitreus s'engagent alors dans des sentiers dont les rythmes ont des consonances de hip-hop abstrait, et peignent des beats fluides entrelacés d'une mélancolie aérienne (It's All The Same). Puis viennent des déluges de breakbeat assassins et magnifiques (Breathe), des complaintes néo-classiques qui vous coupent les mots (What Have We Done), des fractures spatiales aux goût d'indus et de revanche (I've Lost, Post Effect) et une conclusion d'électronica luminescente (Inner Empire). Il est rarement compliqué d'exprimer une préférence envers certains titres. Mais là, sur 12 morceaux, 8 sont mes favoris.  

 

Comme très souvent avec ce genre d'artistes et ce genre de netlabel dont les productions sortent par le biais du téléchargement gratuit, Prozac est disponible sans frais, ici, sur le site de Liminal Recs. J'aurais aimé l'écrire quinze fois et en police 18. Aux côté de labels comme le biélorusse Echomania, d'artistes comme Klaus Kinski, Ar.Muta ou Medkit, Sound Wave Pressure et Liminal Recs mérite beaucoup plus d'attention. Qu'elle soit ukrainienne, russe ou polonaise, l'IDM de l'Est tue, c'est tout. 

swp prozac front
par Manolito

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Published by Chroniques électroniques - dans disque
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commentaires

Marc 08/10/2011 12:06


l'artwork est absolument magnifique, en plus


Chroniques électroniques 08/10/2011 15:55



je l'aime bien aussi. il me fait penser à King Crimson avec un cacheton à la place de la glotte.