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1 novembre 2011 2 01 /11 /novembre /2011 17:38

Sortie : octobre 2011

Label : Synthetic Symphony

Genre : Indus, EBM

Note : 6,5/10

 

Longtemps je fus pris d'hésitation quant à la rédaction de cette chronique. En effet, l'homme connu sous le pseudo de @NathanF par les twittos, rédacteur de l'excellent blog Brainfeeders & Mindfuckers, a publié une très belle chronique de ce Skinny puppy nouveau (ici), alors à quoi bon ? Et puis finalement, l'envie fut la plus forte, et malgré l'hommage rendu, voici ma propre opinion sur ce Handover, attendu depuis plus de deux ans (sinon depuis 1996).

 

Qui n'a pas connu les hurlements psychotiques de Nivek Ogre dès 1982 sur leur première démo  Back & Forth qui n'a jamais été bercé par l'indus des origines, qui écoute de la tech tout en se foutant de ses racines EBM ne peut sans doute pas comprendre ce qui se passe sur ce disque. Face obscure de Front 242 et Nitzer Ebb, on ne compte plus les formations metal-indus qui se sont inclinées devant les maîtres canadiens (presque toutes en réalité). Pionniers parmi les pionniers avec Laibach ou The Swans, Skinny Puppy a toujours donné dans le glauque, le haineux, le malsain, la polytoxicomanie, l'autodestruction, à telle enseigne que cette atmosphère de mort a rebuté plus d'un amateur averti. Néanmoins, après leur huitième album en 1996, le groupe explosa lentement mais sûrement, Ogre et cEvin Key se répandant en projets solos discutables et vieillots. Les deux albums qui suivirent, The Greater wrong of the right et Mythmaker, furent des échecs retentissants, alternant sur chaque morceaux les fautes de goûts, des rythmiques hip-hop au chant imitant Marilyn Manson, le tout sans énergie, sans la foi en la décrépitude pour laquelle ils furent adorés.

Ce nouveau Handover était donc attendu avec frayeur et tremblement. Disons-le brutalement : ce disque est supérieur aux deux précédents, mais inférieurs aux huit LP qui condensèrent le génie de Skinny Puppy. Depuis qu'Ogre s'est refusé à hurler, sentant ses cordes vocales menacées d'extinction, plus rien ne peut être comme avant, même si le gus s'est éloigné des rives mansoniennes trop sages. La musique elle-même ne s'est pas sophistiquée, mais elle s'est éclaircie, ces cons veulent plus que jamais nous faire danser, plutôt que de broyer notre cervelle entre leurs mains charbonneuses. Inutile d'ailleurs de disséquer la tracklist, puisque nous avons onze fois la même track, en terme de structure autant que d'ambiance.

Faut-il donc conclure, comme le fait @NathanF, à la mort de la musique industrielle, chevillée par essence à la décennie 75-85 ? Pour tout historien amateur des musiques populaires, la question est des plus passionnante. Vrai que la technologie a lissé les productions indus en général, ce qui ne peut qu'être dommageable pour un courant musical prônant la crasse, l'usine, l'engagement politique, la spontanéité musicale et le détournement mélodique et percussif de matériaux non-musicaux. Rappelons que c'est grâce à l'indus que des bruits de marteau-piqueur peuvent  muter en beats dévastateurs.  Vrai que Ministry et Laibach se sont perdus, que NIN a beaucoup changé, que les Neubauten se sont assagis, que les Swans ne font plus aussi peur, que Throbbing Gristle est désormais défunt, et que tout le monde se branle des Residents ou de Cabaret Voltaire. Cet indus-là n'a pourtant pas pris une ride à la réécoute. Mais la violence musicale, la recherche de matériaux sonores encore inexplorés ont sans doute changé de camp, et qu'un sound-design indus d'aujourd'hui n'est pas celui d'hier. Mais personnellement, je ne désespère pas (Billancourt). Il reste encore des usines à fracasser dans ce bas-monde, pour y danser sur leur ruine. Mais la relève ne peut sans doute pas venir des glorieuses formations d'antan, d'autant que l'espérance de vie de la plupart de ces musiciens de l'acier et de la chaîne automatique se réduit désormais à peau de chagrin.

 

Le Chiot Décharné ne déroge pas à la règle. La maison de retraite est proche, même si cet album fera gentiment plaisir aux amateurs, sans leur enfoncer non plus un tube de béton armé dans le cul. Je ne crois pas que l'indus soit mort ; mais Skinny Puppy a désormais pris rendez-vous avec les maisons de retraite. Debout industrial lovers ! Rien n'est jamais perdu. Mais comme ils le hurlaient eux-mêmes sur ce qui reste leur meilleur morceau à mon sens : "Rot and assimilate / so hot to annihilate". A méditer.

 

http://s.dsimg.com/image/R-3183554-1319488599.jpeg

 

 

par Pingouin Anonyme

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Published by Chroniques électroniques - dans disque
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commentaires

Rabbit 02/11/2011 08:53


Quelques belles traces d'indus également sur le label Linge Records (ceci n'est pas un spam). Je pense notamment à Stolearm ou à Nude, là ça reste vraiment crade et spontané, à la fois magmatique
et glacé, suant le mal-être et la déliquescence...


Nathan 01/11/2011 19:10


On est d'accord sur le fond. Et je me demandais justement si les seules traces d'indus valables, on les trouvait pas chez Scorn ou Detritus. En fin de compte, le penchant totalement électronique,
sans voix, sans hurlements. Du moins, c'est là que je retrouve les émois austères et la violence que j'aime chez Neubauten, Ministry et Skinny Puppy. Alors qu'en définitive, c'est profondément
différent musicalement parlant.


Chroniques électroniques 02/11/2011 15:09



Je suis d'accord pour Scorn et Detritus... De toute façon, l'indus ne met pas nécessairement en avant le chant (et d'ailleurs, le meilleur NIN depuis Fragile reste Ghost, qui est...
instrumental). Personnellement, je vois la poursuite de la démarche indus dans le champ de certains glitcheurs fous, ainsi que dans une certaine tech-indus. La faute, aussi, au metal-indus qui
s'est trop dilué dans le metal tout court, voire avec le neo-metal (et ça, c'est mal), à cause peut-être de certaines formations comme Rammstein, ou même les derniers Ministry, que tu dénonces à
raison !


Pingouin Anonyme