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8 août 2012 3 08 /08 /août /2012 23:47

Sortie : juillet 2012

Label : Denovali

Genre : Experimental, Ambient

Note : 8,5/10

 

Eugenio Caria est italien, de Sardaigne plus précisément. Précision ô combien importante en fonction du caractère insulaire qu'on voudra bien déceler dans sa musique. Même si A New Life est son premier album, ce fanatique du field recorder et des expérimentations est tout sauf un débutant. Il n'y a qu'à écouter son Requiem For A Dream (faut le trouver hein) pour en être le témoin.  Utilisant des matières à priori pas ou peu complémentaires, son travail a trouvé abri chez Denovali, label allemand à qui on doit déjà cette année l'indispensable II de Bersarin Quartett (ici), et la fresque tortueuse en trois parties du français The Eye Of Time (ici), magnifiée par de volontaires aspérités malades. A New Life est lui aussi un sacré pavé, séparé en deux parties bien distinctes. Prévenons tout de suite qu'une préparation psychologique est nécessaire avant de s'immerger dans les sphères fiévreuses et bipolaires de Saffronkeira. Le péril face au puits sans fond de la folie est à portée d'oreille.

 

On dit que quand les malades persévèrent à corps et à cris dans l'antre de la folie, ils peuvent entrevoir les portes d'un certain paradis. Une nouvelle vie, c'est quand même une drôle de promesse pour qui n'est pas averti. Placée entre la photo jaunie de l'innocent que l'on fut et le tableau de ce qu'on a pas voulu devenir, la piqûre de la conscience ne saurait laisser choir celui qui a fui. Celui qui a tenté du moins. La démence est parfois une voie inconsciente mais salvatrice, pour qui a le bon goût de ne pas se laisser berner par une existence factice dont on voudrait contempler l'agonie. La folie peut tenir à distance des affres de la vie. Choisir une vie meilleure plutôt qu'une nouvelle vie ? Les fous sont les derniers vrais rebelles face à l'ordre établi. Même si la descente aux enfers n'est pas pavée de sensations fleuries. Que ces innocents soient bénis.

Pourquoi ce maladroit concours d'assonance, laissant la part belle à une noble et aiguë voyelle ? Parce que New Life semble évoquer les cicatrices béantes d'un parcours accidenté amenant lentement mais sûrement vers la folie. On ne saurait dire si cette dernière s'est construite par décompensation ou du fruit d'une anomalie cérébrale sévère. Peut-être les deux. Peu importe en réalité. Certains secrets d'inspiration artistique se doivent de rester enfouis. C'est sans aucune limite que semblent évoluer les ramifications. Avec tout ce que cela comporte de sursauts, de décharges pavoisant devant l'impossible rémission (111208 et First Denti). Car le décès social précède le décès physique.

La vie est un chemin d'argile, qui sous le soleil s'effrite où l'on s'embourbe sous la pluie. Qui ne tient que gelée par l'hiver, sa morsure me fait courir. Ma grande nouvelle aura changé, c'est la mort qui est annoncée mais l'hiver, c'est fait pour résister.

C'est de cette troublante mais surpuissante approche minimaliste, de cette alliance difficile à maîtriser entre l'électronique et l'électricité que naît l'impressionnant travail expérimental de l'italien. Pourtant, nulle complexification bête et méchante n'est à déplorer. Bon nombre d'artistes seraient bien inspirés de céder à cette conversion au pragmatisme, surtout pour ce qui est du travail autour du beat et de son rôle. Mais aussi à propos de pareilles sèches et brutales émanations noise. Les basses fréquences ouvrent les voies à des frappes sourdes, à des gargarismes analogiques et à des field recordings plutôt bien choisis pour exprimer atmosphère si dark, plongeon si âcre et profond dans les abysses d'un esprit malade. Il y a même des moments où on ne parvient pas à comprendre ce qu'il fait. Où il puise ses sources saumâtres, et où est la marge d'improvisation. Sûrement de sa caboche comparable à un haut fourneau industriel.

Bien que plus facile d'accès, moins expérimentale et physique sur le long terme, la première partie m'apparaît comme peut-être plus pertinente. Car plus épique et plus immersive. Peut-être moins grandiloquente et moins prétentieuse aussi. Ce n'est pas forcément un reproche, encore moins quand un scénario qui se veut aussi long et poignant qu'un Sergio Leone n'acouche pas d'un Robert Hossein. Car pas d'artifices ni de batard sampling ici. C'est même assez fréquent de faire ce genre de constat devant pareil objet musical "hantologique". Quand le piano déboule au dessus des drones spectraux, et des grands renforts d'orchestration. Les niches musicales, elles aussi, ont droit à leurs hyper productions. Il ne faut pourtant pas s'y tromper, il y a du génie dans ce romantisme sombre, qui trouve toute sa force dans des ambiances aussi belles que vénéneuses. Je ne les décrirais pas volontairement. D'autres le feront, mais seront forcément à côté d'un ressenti qui ne peut être qu'individualisé. Je me contenterais d'écrire qu' Ethan et 8th Months sont des tueries éreintantes. Que si Last Days aurait pu avoir sa place sur l'oeuvre de The Eye of Time, il joui d'un éclat épique plus équilibré et bien mieux produit. Je dirais aussi que les trois dernières pièces de la deuxième partie sont des réussites totales sur le plan strictement musical pour qui saura patienter. Pas de thème inertique principal dans lequel se morfondre, la force évocatrice du concept est suffisante. La fin sera tragique. Ce sera bien là, de toute une vie, le seul contrat bien rempli.

 

Oeuvre impressionnante de 120 minutes qui ne s'écoutera qu'aux heures sombres, A New Life est plus qu'un album. C'est une tranche de vie, réelle ou inventée, qui ne pourra que bénéficier de son exceptionnelle enveloppe physique. Possédant des accointances avérées avec celle de The Eye Of Time, elle trouvera une place de choix dans une noble discothèque, entre In Bocca Al Lupo de Xela et les oeuvres complètes de Leyland Kirby. Un hommage qui se veut aussi, comme un avertissement.

 

http://images.hhv.de/catalog/detail_big/00282/282870_1.jpg

par Ed Loxapac

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Published by Chroniques électroniques - dans disque
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commentaires

Marc 05/11/2012 14:16

Plus je l'écoute, plus j'y vois un chef d’œuvre...
Simplement une des plus belles œuvres que je connaisse sur la naissance (on est loin de l'idéalisation).