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15 juillet 2011 5 15 /07 /juillet /2011 09:57

Sortie : juin 2011

Label : ECM Records

Genre : Electroacoustique, Glitch, Ambient

Note : 9/10


Amateurs de dancefloor et de house potache, passez votre chemin ! Ricardo Villalobos revient à la production, après pratiquement trois ans d’absence (non sans distiller toutefois quelques tracks ou remixs de façon sporadique), accompagné de Max Loderbauer, pour ce double disque intitulé Re: ECM. Si le boss germano-chilien du label Perlon n’est plus à présenter, son compère, moins connu du grand public, n’en officie pas moins depuis quelques années aux côtés du Moritz von Oswald Trio, du défunt Sun Electric, ou encore de l’aventureux duo NSI (accompagné par Tobias Freund).

Pour les 40 ans du label en 2009, Villalobos, qui mixait alors régulièrement des titres de ce catalogue dans ses sets, décida de revisiter une série de morceaux du label, avec la bénédiction de Manfred Eicher, patron de ECM, et la complicité de Loderbauer. Deux ans et demi plus tard, le résultat nous parvient enfin : dix-sept tracks reprenant des morceaux du pianiste norvégien C. Wallumrød, du compositeur russe Alexander Knaifel, mais également d’Arvo Pärt ou de Bennie Maupin.

 

Bien plus qu’un simple label, ECM est un mythe : à la toute fin des années 1960, passée l’onde de choc du free jazz et du dodécaphonisme, Manfred Eicher impose au jazz et à la musique contemporaine de nouvelles formes esthétiques, une nouvelle vision de l’avenir musical, un retour en grâce de la plénitude et de la contemplation sonore. Comptant parmi ses rangs des artistes aussi majeurs pour la fin du 20e siècle que Keith Jarrett, Arvo Pärt, Jan Garbarek, Pat Metheny, ou encore Steve Reich, le son ECM a toujours porté à la controverse : jazz de blancs, entend-on ici, absence de swing et maniérisme glacé, nous dit-on là. Toujours est-il que ECM s’est très vite imposé comme un label incontournable de la création musicale contemporaine.

Musicalement parlant, plus d’un fan de Villalobos sera assurément dérouté par sa nouvelle prod’. Si ce dernier avait déjà poussé la house dans ses derniers retranchements minimaux, elle est ici totalement exclue, au profit d’un abstractionnisme électroacoustique méditatif, aux sonorités fantomatiques, tantôt froides ou lumineuses, grinçantes ou liquides. Indescriptiblement riche, la cohérence musicale de l’ensemble est impressionnante, et le travail d’arrangements en studio d’une classe rare. Au point de vue rythmique (quand il y en a !), exit les beats, et place à une batterie jazzy, samplée et filtrée, du plus bel effet. Mais ne croyez pas que le jazz typé ECM soit la seule forme musicale de ce disque. Lorsque la musique ne s’oriente pas vers un ambient/glitch parfaitement maîtrisé, on pense également à des résonances de musiques industrielles ou dark-folk : machines s’écrasant les unes contre les autres dans une ambiance d’apocalypse, guitare désabusée ou piano spectral, distorsions abyssales… il y a là une vision de fin du monde, poussant parfois l’auditeur jusqu’au malaise. Re: ECM est un disque d’ambient, peut-être, mais pour autant qu’on confère à cette étiquette son extension la plus large.

Villalobos et Loderbauer n’ont certes pas cherché la facilité, et quoique certains morceaux aient certainement pu être rendus plus dansants, il n’y a ici aucun racolage, aucune compromission, pour une oeuvre cérébrale, belle et intelligente, dont on n’en finirait pas d’en étudier la portée créatrice.

 

Il s’agit incontestablement d’un disque à part dans la discographie des deux hommes, et particulièrement de Villalobos. Toutes les oreilles n’apprécieront pas, et j’entends déjà les critiques de comptoir sabrant les recherches esthétiques par trop mentales et épuisantes de ce Re: ECM, procès fait à l’encontre de toute oeuvre de percée. Celle-ci n’en demeure peut-être pas moins la plus parfaite de l’œuvre déjà éclatante du Chilien, pour qui s’attache à en scruter les mystères infinis. Villalobos & Loderbauer signent avec ce Re: ECM un chef-d’oeuvre visionnaire et unique, qui dessine aujourd’hui les contours de l’électronique de demain.

 

http://www.israbox.com/uploads/posts/2011-06/1309246469_ricardo-villalobos-max-loderbauer-re-ecm-2011.jpg 

par Pingouin Anonyme

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Published by Chroniques électroniques - dans disque
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commentaires

beatnikk 20/07/2011 18:00


Non seulement c'est TRES déroutant, une sorte de trip contemplatif qui m'a rappelé Susumu Yokoda sur certaines plages, mais en plus je ne saurais trop recommander du matos d'excellente facture pour
saisir toute la profondeur des volutes de cet objet sonore !
Etonnant, mais inspirant.


Unknown 16/07/2011 12:24


Oui, du beau langage, on ne devrait jamais hésiter à user de belles formes comme ce "par trop" très littéraire qui me fait penser que oui, c'est de la culture contemporaine, mais enfin, elle est à
considérer avec le respect que l'on doit aux formes culturelles les plus importantes... A fortiori ce disque-ci.
Mais au-delà de ces remarques stylistiques un peu secondaires tout de même, il faut reconnaître la grandeur de ce disque et l'enthousiasme intense que l'on ressent à son écoute. Le caisson de basse
des Prodipe n'en revient pas... De la profondeur, de la délicatesse, des figures de syle aventureuses... Les inconditionnels - et nostalgiques - du Murcof de "Remembranza" et "Utopia" sauront s'en
délecter mais également découvrir des dispositifs plus variés que ceux du mexicain. Manfred Eicher fait vraiment montre d'audace et laisser son catalogue à la libre fantaisie de Villalobos est un
geste aussi pertinent que celui, vieux de vingt ans maintenant, qui consistait à donner cette même carte blanche à un cinéaste réputé abscons et reclus au bord du Lac Léman. Lequel en fit de belles
choses et inventives aussi, soit dit. Merci Chroniques pour cette heureuse découverte. Et qui va m'occuper bien longtemps je pense, tant elle ne se livre pas immédiatement, mais nécessite nombre
d'écoutes pour laisser entrevoir tous ses reliefs et subtilités.


SPQR 15/07/2011 22:25


Bravo pour cet article très clair et bien écrit. Je m'en vais écouter ça.