Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Présentation

  • : Chroniques électroniques - Chroniques de disques, de concerts, de festivals, de soirées de musiques électroniques, rap et bien d'autres...
  • Chroniques électroniques - Chroniques de disques, de concerts, de festivals, de soirées de musiques électroniques, rap et bien d'autres...
  • : Au confluent des musiques électroniques, du rap et des autres styles, ce blog, ouvert et curieux. Chroniques de l'actualité des sorties IDM, électronica, ambient, techno, house, dubstep, rap et bien d'autres encore...
  • Contact

Recherche

Archives

Catégories

18 juillet 2011 1 18 /07 /juillet /2011 21:58

Date : 15 et 16 juillet 2011

Lieu : Juan-les-Pins (France)

 

Il est des lieux que tout amateur de jazz se doit d'avoir foulé un jour. Le festival Jazz à Juan en fait incontestablement partie. L'affiche de cette année limite de toute façon les hésitations. Direction le sud donc, pour découvrir cette mythique scène perchée devant la mer, au milieu d'une reposante pinède, rare pause naturelle au sein d'une ville sururbanisée. Entre plages privées, parade de voitures de luxe et touristes en représentation, se pressent fans de jazz et locaux qui ne veulent pas rater l'événement même s'il les dépasse. Rien que pour le cadre magnifique, le déplacement vaut la peine.

 

Gros programme pour l'ouverture de cette 51e édition avec deux concerts et un défilé de stars. Le couchant brûle la scène alors que les derniers spectateurs tardent à s'asseoir et que différents musiciens ayant épaulé Miles Davis pendant sa carrière s'installent discrètement. Cette soirée est un hommage au célèbre trompettiste. Elle débute avec un groupe qui se présente sous le nom de Bitches Brew Beyond (photo ci-dessous), référence à l'album du maître sortie en 1969 et à son jazz futuriste alors expérimenté. La trompette sera à l'honneur, avec un Wallace Roney tout de suite très en jambe quand son frère Antoine Roney au sax et Bennie Maupin à la clarinette basse ou à la flûte sont plus en retrait. Leur musique est cool, parfois même un peu trop, et heureusement que Bobby Irving aux claviers booste un peu l'ambiance adoucie par le charme des lieux. 

Le sourire et la technique d'Al Foster à la batterie font plaisir à entendre, bien plus que les interventions rares et abstraites de DJ Logic aux platines. Hormis un question-réponse scratch-trompette un peu simpliste avec Wallace Roney en fin de prestation, sa présence interroge. Le son assez inhabituel qui prévaut semble laisser un peu dubitatif le public qui se retrouve plus dans les classiques joués au terme de la playlist, dont un Round Midnight sobre. Un court rappel laissera au final un peu dubitatif, malgré quelques bonnes séquences.

 

Juan-Bitches-Brew.jpg

 

Place au gros morceau. Il est presque 23 h et la nuit est tombée sur le site quand Marcus Miller (photo ci-dessous) se saisit de sa basse, Herbie Hancock se place derrière son piano et Wayne Shorter s'avance sax en main. Les trois hommes se sont succédés dans les années 1960 et 1980 aux côtés de Miles Davis et se retrouvent aujourd'hui ensemble. Ils jouent ce soir avec deux musiciens plus jeunes mais qui s'avèrent tout à fait au niveau de l'événement, Sean Jones posant sa trompette avec justesse et parcimonie et Sean Rickman démontrant un swing à toute épreuve à la batterie. Mais c'est surtout Marcus Miller qui va impressionner les spectateurs. Sur ses deux basses Fender, l'Américain s'éclate et donne le souffle de compositions qui n'en demandent pas tant. Sa complicité avec Hancock est communicative. Les séquences animées par les deux hommes, magnifiquement soutenus par le batteur, sont impressionnantes de maîtrise et d'inventivité. A l'inverse, Wayne Shorter semble un peu en retrait. Ses solos sont légers et il n'y a qu'en duo avec Sean Jones qu'il prend du volume. 

Le groupe tente de jouer l'accompagnement des rêves de Miles Davis, explique Marcus Miller au micro. Pour cela, le bassiste peut souffler un instant dans une clarinette - basse bien sûr - ou relever la contrebasse posée à ses pieds. C'est en électrique qu'il reste toutefois le plus en verve, tout à la fois dynamique et technique. Il laisse ainsi un grand espace à Herbie Hancock pour s'amuser avec des samples de voix enregistrés sur son clavier ou pour sortir en rappel son bon vieux synthé portable et s'approcher enfin de celui avec qui il a conversé toute la soirée. Les titres s'enchaînent dans cette fusion qui rapproche Miller et Miles. Un subtil Someday My Prince Will Come vient calmer les ardeurs avant un final explosif qui fait lever le public. 

La soirée n'a été qu'une lente montée pour atteindre les sommets passé minuit. 

 

Juan-MMiller.jpg

 

Le lendemain le vent souffle sur la pinède. Keith Jarrett (photo ci-dessous) et ses deux inséparables soutiens, Gary Peacock à la contrebasse et Jack DeJohnette à la batterie, font la balance à l'abri d'une tente dressée sur la scène. Le pianiste masque difficilement son agacement face aux photographes, et pourtant il arrive à s'éclater sur les bribes de morceaux ébauchés. L'Américain a ses humeurs et peut arrêter un concert si un élément lui déplaît. L'organisation est donc adaptée à Juan, où il a déjà joué un bon paquet de fois, n'ayant notamment pas raté avec son trio une seule édition depuis 2000, lui dont la présence est plutôt rare en Europe. Les messages de prévention sont ainsi fermement répétés deux heures plus tard avant son arrivée sur scène : portable éteint, pas de photo, pas de vidéo. Les tentes ont été démontés. Le vent est tombé.

Avec un Summertime en finesse, le duo débute subtilement la première partie. Keith Jarrett peut se laisser aller, lui qui est expressif derrière son instrument. Il se lève, se dandine, se tortille et laisse - comme sur album - laisser échapper quelques cris d'approbation. Les dernières lueurs du jour disparaissent alors que Jack DeJohnette caresse ses fûts plus qu'il ne les frappe, fait scintiller ses cymbales, charley et ride en tête. Même dans ses rares solos, le batteur ne hausse pas le ton et retient ses baguettes. Gary Peacock est lui aussi discret avec des passages d'improvisation justes et inspirés. Keith Jarrett lui reste toujours aussi précis et surprenant, répondant à une mouette qui salue la performance d'un cri, frôlant les touches de son Steinway pour accompagner le ressac. Car quand Peacock et DeJohnette s'effacent, c'est bien en duo avec la mer que l'Américain se retrouve dans un romantisme absolu. L'obscurité est totale à l'entracte.  

 

Juan-KJarrett.jpg

 

Les trois hommes reprennent leur position après une courte pause. Le triangle est formé de Jarrett, presque dos au public, et DeJohnette à l'avant de la scène quand Peacock est placé un peu en retrait. Une formation compacte qui permet au trio de jouer à un volume faible et d'être toujours à portée de coup d'oeil. Comme la veille, le groupe nous gratifie d'un Someday My Prince Will Come à la reprise. Keith Jarrett est maintenant chaud et s'enflamme un peu plus, dansant presque, les doigts toujours accrochés à son instrument. Les morceaux s'étirent nettement plus en longueur et gagnent en intensité avant de revenir dans la douceur pour le final. Les trois musiciens se plient en deux en guise de salue et ne tardent pas à revenir pour un premier rappel vite interrompu... le pianiste se dirige vers le micro et d'aucuns craignent qu'il n'ait été fâché par le comportement d'un spectateur. Il n'en est rien, Jarrett ne fait que demander à l'ingénieur du son de modifier le son de la basse. Souci de perfectionnisme avant un morceau qui ressemble à ses improvisations en solo, avec un motif répété de manière hypnotisante à la main gauche et une main droite très libre.

Le deuxième rappel est plus calme, laissant retomber l'engouement de ce concert passionné, poignant, poétique. Le batteur et le contrebassiste laissent le dernier mot à Jarrett dont les dernières notes vont se perdre dans les vaguelettes qui s'échouent à quelques pas de là. Magnifique.

 

Juan-Logo.jpg

par Tahiti Raph

Partager cet article

Published by Chroniques électroniques - dans concert-soirée-festival
commenter cet article

commentaires