Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Présentation

  • : Chroniques électroniques - Chroniques de disques, de concerts, de festivals, de soirées de musiques électroniques, rap et bien d'autres...
  • Chroniques électroniques - Chroniques de disques, de concerts, de festivals, de soirées de musiques électroniques, rap et bien d'autres...
  • : Au confluent des musiques électroniques, du rap et des autres styles, ce blog, ouvert et curieux. Chroniques de l'actualité des sorties IDM, électronica, ambient, techno, house, dubstep, rap et bien d'autres encore...
  • Contact

Recherche

Archives

Catégories

25 août 2012 6 25 /08 /août /2012 15:25

Sortie : août 2012

Label : Tympanik Audio

Genre : Electronica, Glitch, Symphonie synthétique

Note : 8/10

 

L'ukrainien Andriy Symonovych, aka r.roo est salué depuis l'année dernière par tout un pan de la musique électronique, qui navigue entre  free releases de netlabels tels que Abstrakt Reflections et Someone Records. Et des maisons références, comme Tympanik et le jeune Raumklang (label de Dirk Geiger). Tout le monde s'accorde sur le fait qu'il est dans le style, l'un des plus talentueux et prometteur compositeur de sa génération. Avant tout parce qu'il dépasse allègrement les limites des genres et s'éloigne donc des gratuites complexifications geekées d'une certaine frange consanguine IDM, qui peine plus que jamais en 2012 à se renouveler. Après trois albums de grande qualité et pléthore d'apparitions sur des compilations ambitieuses, le label chicagoan Tympanik de Paul Nielsen lui ouvre enfin ses portes.

 

Abordons si vous le voulez bien en (long) préambule le cas de Tympanik Audio, label qui fait parler beaucoup de gens aujourd'hui, tant en France qu'à l'étranger. C'est pas trop dans nos habitudes d'aboyer au milieu de la meute, mais ce n'est pas uniquement pour cette raison que vous ne trouvez cette année aucune chronique estampillée Tympanik dans nos lignes. On ne rappellera donc pas qui avait eu la bonne idée de mettre en avant dès 2009, des chefs d'oeuvres du genre comme Epiphora de SE, Fallen Clouds de Tapage ou encore le premier album (Oppidan) d'un certain Access To Arasaka. Tout ça pour dire que quand on a tant aimé et tant mis en avant un label, on peut se permettre d'être un minimum critique et de prendre un tout petit peu de recul sur quatre années d'aventures électroniques. Parce que taper sur un label indépendant dirigé par un passionné relève de la pure infamie, je me contenterais de dire que les releases de cette année (et de la fin de la précédente) m'en ont secoué une sans faire bouger l'autre. Loin de moi l'idée de blâmer qui que ce soit, plus particulièrement à l'heure où se posent les questions d'identité artistique et d'éventuel renouveau. Le souci de ne pas heurter la fan base est certes pragmatique sur le plan économique, mais est plus problématique quand elle fait passer le label à côté de réussites absolues tel que le très expérimental et pharaonique Psychexcess de Frank Riggio.

Mais bien loin de ces considérations très personnelles, une nouvelle bien réelle et définitivement triste est tombée avant la sortie des dernières releases. Tympanik renonce, pour un temps ou pour toujours (on en sait rien), au format physique. Alors chers lecteurs, ne vous laissez pas compromettre par ceux qui voudraient nous faire croire que ça ne change rien sur le fond, et que par extension le digital représente l'avenir. Les vrais observateurs savent ce que cela veut dire. Jetons alors l'opprobre sur les milliers de fans que compte Tympanik en ses rangs, qui adulent le label sans lui avoir jamais donné un centime. On abordera même pas le cas de ceux qui organisent le leakage des albums qu'ils adorent, dans leur idée que ce qui circule sur Internet n'a pas de propriétaire ni de créateur. Elle est belle la révolution virtuelle, sans la moindre propriété intellectuelle. Toujours est-il qu'il est tout bonnement injuste qu'un label tel que Tympanik peine à vendre les 500 exemplaires qu'il presse. Lecteurs responsables, fans de musiques et fervents défenseurs de l'objet phonographique, donnez du pognon aux artistes et aux labels que vous aimez si vous voulez qu'ils survivent. Merci à François Bayrou pour l'inspiration.

 

L'ukrainien livre ici son album probablement le plus abouti et le plus riche. Avant tout parce que les orchestrations et la production au sens large, n'ont jamais été aussi poussées. Je n'ai pas de doutes sur les talents de pianiste de r.roo, je regrette simplement que tous ses ornements instrumentaux et classiques se voient parés de textures strictement synthétiques. Mais parce que les saveurs sont bien moins plastifiées que par le passé, on pardonnera plus que facilement ce fait établi. Car r.roo est un esthète, qui patine sur les couches glacées et lisses d'une étendue triste et romantique sans jamais la faire céder aux habiles sirènes de la dépression. Sans sombrer dans un versant émotionnel sirupeux et déjà trop entendu. Il a compris que le trop est l'ennemi du juste, que les rythmiques n'ont pas besoin de s'enfermer dans la forteresse inaccessible de la complexité pour répondre comme il se doit à ses arabesques et cavalcades pianistiques. Ses simples accords mineurs s'accouplent parfaitement à la spontanéité virevoltante des violons et aux furtives émanations lyriques. Medlenno et Oktrovenie s'avancent donc comme les plus beaux titres dans le style. Empreints d'une richesse et d'un esthétisme très original. Le glitch et le beat, sont certes en retrait par rapport aux oeuvres passées mais trouvent une place essentielle dans une toile plus musicale que technique. Les glissements de terrains, qu'on préférera baptiser de fugaces transitions, font évoluer le thème général et les systèmes rythmiques, passant allégrement de l'intraçable (l'excellent Ostuplenie) au plus binaire (Au fall). Cette démarche peut même se révéler anarchique et alternative, dans un sérail IDM qui compte bien plus de règles et de conventions qu'on voudrait le croire, surtout sur le plan des sources de conception et de la rythmique en général.

Des titres comme On the Other Side Of The Glass ou From You forment un peu le ventre mou de l'opus, même si le piano est toujours aussi simplement bouleversant. On leur préférera le libre et transi Hello My Reflection, malgré certaines invitations à la kitscherie. Pareil pour le plus cristallin et contemplatif Don't Talk About It. Je passerais par contre mon tour sur One Day, où les vocalises digitales présentes me font penser à l'inéluctable déboulé d'un hologramme entonnant une énième version re-visitée de Prince Igor (dédicace à Sissel, même sans Warren G). On pourra donc regretter que certains titres n'aient pas été rempaclés par des trucs un peu plus débridés. Comme sur Thank You un peu, mais surtout comme la ligne de basse venue d'ailleurs et le tassement de beat progressif du très très bon We Will Never See How People. Même le déchirant Vydokh de fermeture ne parviendra pas à détacher l'auditeur de Ostuplenie, vraie surprise de l'album dont l'approche expérimentale et sauvageonne mériterait d'être plus poussée à l'avenir. Les interférences, les signaux de détresse en amont de déflagrations de bruits blancs ouvrent magnifiquement la voie à ces beats et glitchs claudiquant, et à cette nouvelle révélation de classiques beautés.

 

r.roo signe ici la meilleure release de Tympanik cette année. Cet insatiable travailleur doit malgré tout veiller à ne pas trop en faire et donc à ne pas s'éparpiller. Si il veut continuer à susciter l'intérêt qu'il mérite. Gare au syndrome Pleq d'il y a quelques années, heureusement transcendé par de nouvelles directions salvatrices (toujours aussi nombreuses néanmoins). L'ukrainien se démarque de ses congénères en livrant une partie plus musicale et personnelle que jamais. Qu'un tel album ne bénéficie pas d'une sortie physique est bien là le seul regret. Recommandé donc, malgré tout.

 

http://nothingbuthopeandpassion.com/wordpress/wp-content/uploads/2012/08/rroo-mgnovenie-300x300.jpeg

par Ed Loxapac

Partager cet article

Published by Chroniques électroniques - dans disque
commenter cet article

commentaires

Joël 29/08/2012 12:26

Haha, en effet... ça vaut largement les bonnes sœurs libidineuses d'era (http://www.youtube.com/watch?v=QE223IHhMJo)

Joël 28/08/2012 23:36

je viens de voir à l'instant que cela ne t'avait pas échappé également...

Chroniques électroniques 28/08/2012 23:41



http://www.youtube.com/watch?v=WahcTznCRm4



Joël 28/08/2012 23:34

Belle découverte, merci Ed pour cette chronique, et pour les autres également... Voilà pour la pommade. Seul bémol me permettrais-je, les cœurs ne sont pas du meilleur goût selon moi (sur don't
talk about it, et one day), ça me fait penser un peu à du ERA (c'est terrifiant de dire cela, je sais). Merci encore!

waky 28/08/2012 21:10

Talentueux Ruga, Ed inspiré, cette chronique me mets les crocs. Merci.

Flo 27/08/2012 15:22

Dommage pour le format physique (vous êtes surs de la news, je ne l'ai vu nulle part?). Surtout qu'en achetant chez tympanik, on profite du taux de change euro/dollar. Et ils ont non seulement
leurs cd mais aussi ceux de plein d'autres bons labels.

Chroniques électroniques 27/08/2012 16:14



Sûrs de rien. Toujours est-il que les albums de r.roo et de Tineidae étaient prévus pour sortir en physique, et que là ils ne sont que disponibles au format digital sur le bandcamp du label. Y a
même des sorties qui ont été reculées, pas de Emerging Organisms cette année. Voilà qui donne quelques signes...