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8 août 2012 3 08 /08 /août /2012 02:09

Sortie : juillet 2012

Label : Abstrakt Reflections

Genre : Ambient, Glitch

Note : 7,5/10

 

Max Paskine est français. Ce qui réveille forcément un chauvinisme narquois, dans un pays comme le notre, où les prophètes ambient sont appelés à se faire connaître. Son boulot autour de la communication visuelle n'est qu'un cache nez à peine voilé, devant ses véritables ambitions de plasticien sonore. Et visuel aussi, car le minot tripote plus que pas mal certains logiciels, associant des mirages spatiaux ondulés à une musique qui se veut elle aussi interstellaire. Ce proche du Metaphore Collectif (où sévissent des gens comme Adamovitch ou Black Sheep) a signé il y a quelques jours son premier album chez Abstrakt Reflections, netlabel où il y a à boire et à manger, mais qui a quand même fait sortir du bois des gens comme VNDL ou R.roo.

 

Les ordinateurs, et les softwares qu'on leur associe, ont permis à des gens qui ne savent pas lire une partition de faire de la musique. C'est la cas de Paskine. Il ne faudra d'ailleurs qu'une écoute ou deux pour comprendre que la structure et sa superposition sont pour lui des éléments plus importants que la dialectique musicale classique. L'architecture, c'est tout de suite plus simple quand on a fait les beaux arts. Il y a d'ailleurs quelque chose de très schématique dans sa manière de composer. Peaufinant un substrat mélodique pour en faire un canevas ambient de base. C'est dans la répétition que Paskine quête lentement mais sûrement l'anomalie digitale. Là où l'altération pure du glitch fait la rencontre improbable des fonctions d'harmonie imitative de l'alitération. Pour que de la collision émerge une masse en fusion.

Son utilisation du phasing est peu orthodoxe, et semble venir d'une contrainte fixée plus que d'autre chose. A moins que cela ne vienne des influences du jeune homme. Philip Glass et Steve Reich pour les bases ambient et la révolution des procédures. Paskine sait aussi qu'avant que raster-noton ne devienne ce qu'il est aujourd'hui, Mille Plateaux a connu des heures de gloire, qui ont accouché d'éternelles références. Comme Mark Steel et Mark Fell au sein du duo SND. C'est là qu'il faut chercher le véritable héritage du marseillais à mon humble avis. L'intitulé de son album est d'ailleurs un hommage direct aux longues plages vaporeuses de Gas. Pour ce qui est du glitch, nul doute que le jeune français a passé des heures à se prendre dans la gueule les anomalies des papes que sont Noto, Robert Lippok ou Ryoji Ikeda. C'est même assez évident quand on écoute pour la première fois Qanoun Debut, et ses petits murs de sons surplombant un tapuscrit de percussions digitales.

Qu'on le veuille ou non, chaque nouveau venu dans le domaine du sound design intervient avec les influences qui ont façonné sa griffe. Ici réside la vraie performance de Paskine. Car bien que très influencée, sa musique est dotée d'un grain très personnel. La dimension répétitive relève finalement plus de la méthode, et ne saurait cacher la profonde originalité globale du projet. On pardonnera donc aisément la dérive presque rocksteady et très orientale de Octo (qui est à mon avis trop lisse et immédiat pour figurer au tracklistening). Ou sur le très bien foutu Struct, tout en sursaut et fausses pistes échantillonnées, où la démonstration technique se révélera plus probante que la recherche de la catharsis dans l'erreur sonore en elle même. Son travail autour de la limite est tout à fait louable, mais pas quand il ne l'a pas définie au préalable.

Il faudra à mon sens privilégier un titre très rythmique comme Thns, où le beat suit ses propres règles devant la chambre des souhaits, à l'abri des faux Stalker. Ou le triptyque Ambient Phase, écrin nébuleux et magnétique où le marseillais a l'intelligence de ne pas être trop démonstratif. Les phases deux et trois apportent une profondeur de champ admirable. L'aspect mélodique y prend l'ascendant sur la méthode et la contrainte. Sa démarche semble enfin libre. La musique est la vapeur de l'art, elle est à la poésie ce que la rêverie est à la pensée. Ce que le fluide est au liquide, ce que l'océan des nuées est à l'océan des ondes.

Quoi de mieux que de placer l'excellent Qanoun Time après pareil éclat. La fameuse catharsis tant recherchée y apparaîtra enfin. Derrière les fumées émanant d'un âtre assagi mais crépitant encore. Les ondes se superposent au détour des magnifiques saturations. Le beat est presque superflu face à telle référence ambient, aux confins du drone et du shoegaze numérique. La nuée pulsative de clôture s'élèvera aussi comme une réussite véritable, avec sa grêle battante et affûtée. Comme un souffle chaud sur la terre globalienne implorant l'averse.

 

Je maintiens que Paskine gagnerait à s'émanciper de certaines contraintes de composition pour libérer tout son incontestable talent. Bien qu'imparfait, UNTTLD est nettement au dessus de bien des production entendues cette année. Les sphères ambient ont multiplié les disques à l'infini. Les noyant dans leur propre graisse jusqu'à leur ôter toute valeur. Celui-ci est gratuit (ici) et mérite qu'on s'y attarde. Avant que son créateur ne revienne peut-être ailleurs, avec des schémas plus libérés. 

 

http://www.abstraktreflections.net/images/paskine-unttld.jpg

par Ed Loxapac

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Published by Chroniques électroniques - dans disque
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