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19 octobre 2010 2 19 /10 /octobre /2010 10:48

Sortie : 25 octobre 2010

Label : Ostgut Ton

Genre : Techno organique

Note : 8,5/10

 

Au risque de se répéter, Ostgut Ton est le label techno de 2010. Après l’album anxiogène de Marcel Dettmann (ici), les mixs poisseux de Ben Klock (ici) et Scuba (ici), le label a décidé d’enfoncer définitivement la concurrence cette année avec Fünf, compil’ labyrinthique qui va faire bien plus qu’hanter vos nuits.

Pour les non-initiés, Ostgut Ton est le label maison du Berghain, LE club berlinois qui fait figure de référence mondiale. Le Berghain c’est d’abord un lieu, une usine, plantée dans un terrain vague inhospitalier. Lorsque le weekend arrive, les milliers de clubbers déboulent en espérant passer le cap du videur tatoué jusqu’à la gueule. Une fois rentré, inutile de se presser, vous avez 24h devant vous pour crever d'épuisement. Libre à vous de stopper le temps pour vivre pleinement l’épreuve. Les corps se mélangent, les normes s’effacent, les règles s’estompent et vous vous retrouvez au cœur d’une expérience dépassant le cadre de la musique.

Pour montrer l’attachement au lieu, le producteur Emika a enregistré les sons de l’usine à froid, lorsque la foule est partie se consumer au bord de la Spree. Une usine ça respire, ça reprend son souffle, ça comble les espaces. Cette énorme bibliothèque sonore a été jetée en pâture aux ouvriers du club, à ceux qui font le Berghain. Ostgut Ton voit les choses en grand et n’a pu se limiter à un seul disque, c’est donc deux galettes pour 24 titres qui déboulent dans nos conduits auditifs.

 

Le résultat est à l’image du Berghain : nihiliste. Si Ostgut Ton est en train de redéfinir les contours de la techno c’est par le biais d’un son échappant aux carcans. En se recentrant sur la basse, la techno du Berghain devient épurée pour finalement se transformer en diamant noir. Il y a du vice dans chaque beat, de la sueur derrière chaque son. En y ajoutant une forte touche d’indus, Fünf dépasse les frontières de la techno pour aboutir à un monstre. Le refus de la mélodie, l’absence de montées rend cette musique viscérale. La lumière ne peut venir que des machines. Vous pénétrez dans le domaine de la techno organique.

Sans être hermétique, Fünf reste une compil’ autiste, un voyage réclamant une énorme implication personnelle. On ne sort pas indemne de ces 160 minutes flirtant avec le totalitarisme. Le beat est souvent froid et percussif et ne s’accompagne que de quelques sons épars, comme avec Prosumer. Ryan Elliott préfère se concentrer sur une basse surhumaine, Nick Höppner sur un dubstep migrant vers une house frontale pendant que Fiedel lorgne du côté d'Einstürzende Neubeuten avec sa techno vous collant un marteau-piqueur dans le crâne.

Les tauliers du club, quant à eux, s'amusent avec ce joujou sonore. Marcel Dettmann est fidèle à lui-même avec la techno rampante de Scourer, Ben Klock nous l'a joue 100% indus avec un Bear anxiogène, Luke Slater bastonne les derniers clubbers sur un Boom Tang Shwuck imparable et Shed avec Boom Boom n'oublie jamais de regarder du côté de Detroit. Mais c'est Len Faki qui arrive à stopper ce bulldozer grâce à un Kraft Und Licht impressionnant de frustration canalisée, une montée sans fin qui n'arrivera jamais à percer la lumière du jour.

 

Fünf est un monstre hybride, une compil' explosant les poncifs du genre. Le Berghain et ses héros nocturnes l'ont bien compris, dans un club, on se retrouve indubitablement seul. Fünf n'est rien d'autre qu'un combat contre soi. C'est une base sombre, à vous d'en faire surgir les émotions qui se planquent derrière chaque recoin. Le voyage sera long mais au bout du tunnel, soyez en sûr, la lumière percera aussi vos tympans.

 

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par B2B

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Published by Chroniques électroniques - dans disque
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commentaires

House Music Radio 06/01/2012 13:16

Bon article, à noter quand même que ce label a un peu évolué en 2011 par rapport à son style "minimale glaciale" des débuts avec le super album house de Steffi et celui de Planetary Assault System.
Super label en tout cas

Malo 09/12/2010 15:33


Bravo pour cet excellent article !!

Tout à fait représentatif de ce qu'est Ostgut Ton et le Berghain ! Les mots sont incisifs, bien placé, la description est criante de vérités et met l'eau la bouche!

encore bravo !