Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Présentation

  • : Chroniques électroniques - Chroniques de disques, de concerts, de festivals, de soirées de musiques électroniques, rap et bien d'autres...
  • Chroniques électroniques - Chroniques de disques, de concerts, de festivals, de soirées de musiques électroniques, rap et bien d'autres...
  • : Au confluent des musiques électroniques, du rap et des autres styles, ce blog, ouvert et curieux. Chroniques de l'actualité des sorties IDM, électronica, ambient, techno, house, dubstep, rap et bien d'autres encore...
  • Contact

Recherche

Archives

Catégories

8 septembre 2012 6 08 /09 /septembre /2012 00:28

Sortie : septembre 2012

Label : Touch

Genre : Noise, Ambient, Sound Design

Note : 8,5/10

 

Il est impossible d'évoquer le cas du finlandais Mika Vainio sans le relier à l'oeuvre de Pan Sonic, duo qu'il a formé avec Ilpo Väisänen. Même si il est de bon ton de rappeler que Sami Salo avait participé à la réalisation de leur premier album : Vakio. Peu veulent bien se rappeler les liens intimes et complexes qui unissent l'indus et la musique concrète. Les finlandais ont de la mémoire. Pour faire court et précis, disons simplement que Pan Sonic est le châinon manquant entre Pierre Henry et Einstürzende Neubauten, entre John Cage (happy birthday) et Throbbing Gristle. Tout ça en arborant la noblesse déchue du terme minimaliste. Chacun peut débattre de ce qui représente leur meilleur réalisation, il doit même y avoir des forums spécialisés pour ça. Toujours est-il que même leur dernier opus avant la scission en 2009, Gravitoni, même si il n'avait réellement rien apporté de nouveau au sillon du duo, avait mis tout le monde au garde à vous. Vainio suit depuis son aride bonhomme de chemin, lâchant des albums de fous (avec Fennesz parfois) sur des labels aussi sérieux que raster-noton ou les Editions Mego. Le génie renvoie parfois à une certaine arrogance. C'est sans doute pour cela que certains de ses albums, comme son Life de l'année dernière (ici), souffrent de critiques un peu faciles et de sous-estimation. FE3O4 est sorti il y a tout juste quelques jours chez Touch, et aimante déjà les commentaires.

 

Oeuvre radicale et abrasive, FE3O4 ne fait pas mystère de sa substance. Elle est pourtant faite d'alliages et de textures antagonistes, sous l'étendard rare et risqué de l'électrocité. A ce niveau là de textures et de procédures, on ne peut même plus parler de musique. Ni même de glitch, de drones ou de blasts. Le grain est unique, hyper soigné même dans ses décharges les plus sévères. Quand on sait que Vainio a à ses côtés une légende vivante du mastering en la personne de Denis Blackham, on peut jouer les érudits l'espace de cinq minutes, mais ne nous mentons pas. La surprise est de taille, même pour les coutumiers de Pan Sonic, Vainio, du harsh doom/noise et des postures de ces putains d'autistes de Sunn O))).

Si ce disque est aussi terrifiant, c'est parce que son autopsie est publique (les cris de la machine sur l'exceptionnel Magnetism). Parce que l'auditeur se prend chaque soudure dans la gueule comme autant de gnons, pénétré dans son fort intérieur par l'hyper-conductivité des déflagrations. Même au moments les plus contemplatifs de Magnetosense et Magnetosphere, cet horizon désertique, à perte de vue, provoque vertiges et palpitations. Sans clichés ni enluminures, Vainio fait du son industriel d'anticipation. C'est peut-être ce qui le rend pour certains si arrogant, si prétentieux.

D'autres, plus nuancés et forcément plus conquis, ne pourront que se délecter de trouver au milieu de pareille fournaise une froideur létale, un pragmatisme anarchique dans la manière d'exposer les coutures du sound design. Bénis soient les fous que nous sommes, aimantés par un son magnifique mais dérangeant glorifiant l'atome. L'expérience comprend son lot de terreurs et de sueurs, renvoyant à des émotions diaboliques mais jamais malsaines.

Le silence est un acteur sensible, parfois pesant dans ce genre de sons. Son second rôle n'est pas à envisager comme un vil subalterne. C'est la parcimonie de ses apparitions qui forme tout son vice. Tout comme le jeu autour des volumes, des ondulations des fréquences. Citons alors l'inquisiteur et apocalyptique Magnetosone pour calmer les trop nombreux apprentis sorciers des sphères expérimentales.

La plus grande invention du diable est d'avoir fait croire à l'homme qu'il n'existait pas. C'est sans doute pour ça qu'une partie non négligeable de l'album (vers la moitié) inonde l'auditeur dans une torpeur presque anesthésique. Pour qu'il se prenne la quenelle au moment où il ne s'y attend plus. Elle viendra dès l'entame du psychotique Elvis's TV Room, avec cette texture de glitch venue d'on ne sait où. Les fréquences crient pour laisser échapper encore une fois cette putain de cigale mutante venue des profondeurs infernales. Avant que ses dernières flatulences ne viennent crever, concluant l'oeuvre par dix secondes de saturations glitchées aiguës, qui peuvent tuer votre animal de compagnie préféré.

 

Qu'on le veuille ou non, Touch a encore fait super mal cette année. FE3O4 n'est pourtant pas une simple oeuvre supplémentaire à créditer à leur compteur. C'est une boucherie, réservée à un public averti. Un truc qui te renvoie à des rêves et des idées impossibles. Celle de se fâcher définitivement avec ses voisins hippies militants de l'anti-nucléaire. Ou celle d'un set de Mika Vainio vs Thomas Köner vs Lustmord, annihilant les hipsters qui filment les concerts de Rock En Seine avec un Ipad. Ne serait-ce que pour ça, aussi physique et malmenante soit-elle pour l'équilibre et l'oreille interne par extension, l'expérience mérite d'être vécue.

 

http://static.boomkat.com/images/594163/333.jpg

par Ed Loxapac

Partager cet article

Published by Chroniques électroniques - dans disque
commenter cet article

commentaires