Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Présentation

  • : Chroniques électroniques - Chroniques de disques, de concerts, de festivals, de soirées de musiques électroniques, rap et bien d'autres...
  • Chroniques électroniques - Chroniques de disques, de concerts, de festivals, de soirées de musiques électroniques, rap et bien d'autres...
  • : Au confluent des musiques électroniques, du rap et des autres styles, ce blog, ouvert et curieux. Chroniques de l'actualité des sorties IDM, électronica, ambient, techno, house, dubstep, rap et bien d'autres encore...
  • Contact

Recherche

Archives

Catégories

13 janvier 2012 5 13 /01 /janvier /2012 23:50

Sortie : 12 janvier 2012

Label : Ici D'ailleurs

Genre : Expérimental, Dark Folk

Note : 9/10

 

Matt Elliott est peut-être le musicien le plus désespéré de cette génération. Originaire de Bristol, cerveau de The Third Eye Foundation depuis le milieu des années 90's, l'homme a développé avec son groupe une forme musicale qui élève des ponts entre la drum'n'bass, le noise, les orchestrations néo-classiques et les influences de musiques traditionnelles. Revenir sur l'histoire de la formation comme sur la carrière musicale de son leader serait trop long. Contentons nous de dire que The Third Eye Foundation est un immense groupe. The Dark, son infiniment dévasté et dernier album date de 2010 (chronique ici). 

Seulement voilà, au début des années 2000, Matt Elliott s'est découvert des ascendances slaves et a quitté Bristol pour le Sud de la France. Deux faits qui pourraient en apparence être déconnectés mais qui ont eu une portée fondamentale sur l'évolution de sa musique. Seul - bien qu'accompagné entre autres de Chris Cole (Manyfingers) - abandonnant presque entièrement la dimension électronique, Elliott se met à composer des folk songs dont la moelle épinière devient sa voix et sa guitare. The Mess We Made est son chef-d'oeuvre, prodige absolu dans lequel toute âme mélomane et ne craignant pas la détresse se doit de s'être perdue. Drinking Songs, Falling Songs et Howling Songs ont suivi, tous sur le label français Ici D'ailleurs. C'est au tour de The Broken Man.

 

Dans la trilogie dark folk que contait ces trois précédents opus, le dernier, Howling Songs marquait un renouveau vocal. Les chorus, qui auréolaient sa voix d'épaisseurs spectrales avaient disparu, la révélant dans toute sa chaleur. C'est la guitare aujourd'hui, qui est le lieu du bouleversement. Il est lisible sur le web qui pullule d'éloges que son immersion dans la world music lui sied. Que ce terme est laid et tellement vide de sens pour qualifier la variation dont le jeu de son instrument fait l'objet. C'est de l'esprit de la guitare espagnole dont se sont imprégnées ses cordes, celui des accords fous et poignants de la musique andalouse. Bien que jamais, encore une fois, ses influences ne soient réductibles à une seule. Quelle ne fut pas la surprise lorsqu'à la première écoute de How We Fell s'élève une mélodie sensuelle et sombre, sur fond de bruits de clochers, aux couleurs de poussière ardente et aux odeurs d'olives et de javel des petits bourgs hispaniques. C'est alors que naît sa voix, chaude et vibrante, au creux d'un arpège. Il n'est pas humain d'avoir un timbre à tant vous arracher de larmes. Alors que les couches se densifient, que l'intensité s'enfle et que – enfin – des choeurs fantomatiques jaillissent en tourbillonnant, l'auditeur (fanatique?) soupire en se disant que Matt est malgré tout, resté un peu le même. Et qu'il ne va pas mieux. Son mal-être furibond, ses névroses magnifiques se fondent au coeur de son chant. La noirceur et la beauté pétrifiante dans lesquelles baignent ses sons vous gagnent comme le venin empoisonne le sang. C'est le poids de la tristesse du monde qui vous recouvre à l'écoute de Dust Flesh And Bones, pièce maîtresse et diamant noir qui serti The Broken Man. « This is how it feels to be alone. Just like we'll die alone ». Des sentiments les plus virulents, c'est la douleur de la perte que Matt crache, avec du miel dans la gorge, à la face de tous, lui qui menace de poignarder au visage tous ceux qui lui stipuleront qu'il vaut mieux aimer et perdre que de ne pas aimer du tout. De la l'apathie muette et permanente jusqu'à l'horizon indéfini du désespoir, tout de l'anéantissement de celui qui a perdu y est dépeint. Le piano, fugace et si vengeur, de If Anyone Tells Me..., le vide total, l'absence de rythme qui l'habitent et son errance houleuse de 13 minutes, en font une des plus sublimes pièces entendue depuis... longtemps. 

 

Les fans auront dû avoir la tête plongée à l'intérieur depuis un mois. Car « music has no price but it has value, Mp3's have a price but no value », Matt Elliott avait mis son album en vente digitale pour 2 euros, depuis le 24 novembre. The Broken Man est sorti officiellement hier. Il est grand temps pour tous de se réveiller, allègres et conscients de leurs risques et périls. Ne restera alors que poussière, chair et os.  

 

cover-500x500-Copie
par Manolito

Partager cet article

Repost 0
Published by Chroniques électroniques - dans disque
commenter cet article

commentaires

Philippe 26/01/2012 02:41

Je vous lis depuis quelques années et j'adore quand vous sortez des sentiers battus pour nous proposer de tels artistes.

mainsdoeuvres 17/01/2012 12:39

Matt Elliott sera en concert le Dimanche 29 janvier dans le cadre du festival Mo'Fo'12 à St Ouen.
toutes les infos ici : http://www.festivalmofo.org

Rabbit 14/01/2012 09:26

"Les derniers Third Eye Foundation", je voulais dire avant qu'il revienne avec The Dark bien sûr (donc essentiellement le merveilleux Little Lost Soul).

Rabbit 14/01/2012 09:24

Superbe chronique. Matt Elliott c'est même le musicien le plus désespéré jamais entendu pour ma part. Il avait d'ailleurs peut-être touché le fond dès 98 avec For All The Brothers And Sisters sur
You Guys Kill Me, ces hurlements de loups esseulés m'ont hanté longtemps...

Mais comme il le disait c'est sur cet album qu'il est le plus misérable... Comme toi j'étais surpris de lire un peu partout ces références à la "world music", d'ailleurs la musique andalouse, de
même que les folklores grecs ou balkaniques étaient déjà très présents sur Failing Songs, ce sont des musiques dont la tristesse l'accompagne depuis longtemps.

Et en effet The Mess We Made est son chef-d'oeuvre, pile à la croisée des derniers Third Eye Foundation et de son goût pour les complaintes vocales... l'un de mes disques de chevet.