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16 janvier 2012 1 16 /01 /janvier /2012 23:58

Sortie : janvier 2012

Label : Warp

Genre : IDM, Experimental

Note : 8/10

 

Juste avant l'avènement de la révolution islamique d'Iran, la jeune Leila Arab paye cher les liens qui unissent sa famille au dernier Shah. Son exil britannique va la convertir définitivement à une autre révolution : celle que connaît la musique électronique. Remarquée pour ses talents de Dj, c'est pourtant auprès de Bjork (elle joua des claviers sur les premiers albums de l'islandaise) qu'elle va trouver en premier lieu la reconnaissance de son grand talent. La naine hurlante lui présentera plus tard un certain Aphex Twin. C'est le début d'une longue complicité qui acouchera d'un album brillant et surprenant pour l'époque : Like Weather, sur Rephlex. Que ceux qui ne furent pas parcourus de frissons lors de l'introduction vocale du ténébreux Luca Santucci sur Something se mettent à bouffer du gravier.

Le très lynchien Courtesy Of Choice paraîtra en 2000 sur le label XL Recordings. Encore aujourd'hui, le choix de ce label pour un tel disque demeure difficilement compréhensible. Lassée du music buseness et en perte d'inspiration après la mort de ses deux parents, Leila se tiendra éloignée des charts jusqu'en 2008, année où sort le somptueux Blood, Looms and Blooms, belle oeuvre de pop synthétique moderne qui rassemblera des vocalistes comme Martina Topley-Bird (ex-Tricky), Terry Hall (ex-The Specials) ou encore sa soeur Roya (qui posa sa voix sur Londinium, unique chef d'oeuvre d'Archive). Leila a un caractère bien trempé. Certains disent même qu'elle est ingérable. Ceux qui ont assisté à sa performance au Festival Factory il y a quelques années se souviennent forcément de la soufflante qu'elle infligea à Terry Hall lorsqu'il se manqua sur Time To Blow. Il a d'ailleurs dû remballé sa fierté et recommencer sa partie. Un peu plus tard, on remarqua de grossiers gestes d'agacement à l'endroit de ses machines mais surtout de l'ingénieur du son.

Pourtant, la jeune fille au vélo est encore plus exigeante envers elle même que vis à vis de ses collaborateurs, refusant de sortir des disques peu élaborés. C'est donc cette fois-ci avec Mt. Sims, chanteur, compositeur et compère de The Knife qu'elle a composé ce quatrième album, simplement baptisé U & I. L'album sort aujourd'hui, chez Warp, la critique est à l'affût.

 

Le dossier de presse dit que l'auteur de Ultrasex et Leila se sont rencontrés en 2006 lors d'une soirée costumée. Monsieur s'était grimé en unité centrale et s'est présenté comme un fan. Des vestiges de cette rencontre du hasard transpirent sur l'artwork mais surtout sur la carte mère de cet album. Car au delà du traitement très haché et définitivement industriel du beat, il règne sur Activate I, All Of This, Welcome To Your Life et surtout Colony Collapse Disorder des parfums de pogroms viraux et numériques dans les circuits. Une atmosphère froide et malsaine, digne d'une backroom pour geek sadomasochistes. Voilà qui donne envie hein, bande de coquins.

Si cet album a bien été écrit à quatre mains, les deux artistes n'ont pas renié leurs univers propres. Ils interviennent en périphérie, mais en complémentarité, au service du concept. Mt Sims aime bien ce genre de projets de toute façon. Son chant robotique ou son spoken word nonchalant se marie très bien avec ce magma numérique et ses écorchures digitales. L'exemple le plus digne est probablement le tubesque, et choisi en premier extrait (Disapointted Cloud) Anyway. Leila rappelle quand à elle sur le court (peut-être trop) Interlace qu'elle fut ingénieur du son et qu'elle affectionne particulièrement les improvisations et la spontanéité que lui offrent ses machines.

Pourtant, c'est sans le geek ultrasexué que la princesse Leila va offrir le plus beau et le plus vénéneux joyau de cet opus. Tout en grooves vicieux, en basses abyssales et en claviers Rephlexiens, Boudica agit comme un scalpel sur les synapses et provoque des convulsions irréversibles de la nuque. Il y a de la violence à revendre chez l'iranienne, même si elle n'en dévoile que trop rarement les preuves depuis ses premiers amours de rave.

Quelques mots à propos du songwriting, mystérieux et ambigu, à l'image de Mount Sims. Voici qui ne fera pas chavirer les hipsters et les weirdos férus de tropicalisme mais ça a franchement le mérite de susciter l'émotion et la curiosité. Malgré cette grande froideur et ce léger soupçon d'hermétisme, Leila ravive néanmoins le sens mélodique de la texture enfantine dont elle a le secret, comme sur Eight ou In Motion Slow. C'est probablement ça U & I, un album à la croisée des chemins entre l'humain et la machine.

 

Dépassant son simple concept, ce nouvel album est une véritable réussite. Il est peut-être un peu trop abrupt et rugueux pour ceux qui voudraient poser un premier pied dans l'univers de Leila. Ceux qui l'observent et l'encensent depuis ses débuts seront surpris mais adhéreront facilement. Sa philosophie du "vivons mieux, vivons cachés" réussit plutôt bien à sa musique. Elle qu'on accusait de ne pas se renouveler à l'époque de Courtesy of Choice a démontré que le grand écart ne lui faisait pas peur. Ce dernier est aux antipodes du précédent mais est maculé du même talent et de la même intelligence. Warp peut définitivement compter sur les vaches sacrées de l'IDM pour maintenir un tant soit peu l'attention des auditeurs les plus exigeants.

 

http://musikplease.com/wp-content/uploads/2011/11/leila-ui.jpeg

par Ed Loxapac

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Published by Chroniques électroniques - dans disque
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commentaires

Gaël / Sfar 22/01/2012 08:37

J'ai été de suite séduite par la complexité de cet album.
Je me demande si je ne suis pas encore plus séduite par cet article : tout est dit, si bien dit et l'ensemble est fort instructif.
Bravo et merci!

Rabbit 17/01/2012 23:09

On a le même morceau préféré je vois. Encore un grand disque pour le futur, peut-être un peu trop en recherche celui-là pour toucher autant que les précédents mais jusque là je prends mon pied.