Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Présentation

  • : Chroniques électroniques - Chroniques de disques, de concerts, de festivals, de soirées de musiques électroniques, rap et bien d'autres...
  • Chroniques électroniques - Chroniques de disques, de concerts, de festivals, de soirées de musiques électroniques, rap et bien d'autres...
  • : Au confluent des musiques électroniques, du rap et des autres styles, ce blog, ouvert et curieux. Chroniques de l'actualité des sorties IDM, électronica, ambient, techno, house, dubstep, rap et bien d'autres encore...
  • Contact

Recherche

Archives

Catégories

18 mars 2012 7 18 /03 /mars /2012 15:41

Sortie : mars 2012

Label : Les disques du manoir

Genre : Rap de victime

Note : 5/10

 

Non, Fuzati et son pote Detect ne sont pas des débutants, malgré les sordides apparences. Leur Klub des Loosers n'est qu'une sous-division du Klub des 7, né lui même sur les cendres de l'Atelier et de toute la merde qui a gravité autour de ces bons à rien de TTC. La fin de l'espèce succède à Vive la vie et Spring Tales. Deux albums qui ont ravi une génération de trentenaires victimes dans leur adolescence du rap français AOC. Probablement aussi parce qu'ils sont blancs, qu'ils ne parlent pas d'une morosité banlieusarde qu'ils n'ont jamais connu, et parce qu'ils abordent aussi des thèmes chers à ceux qui peinent à illustrer en mots leurs doutes de névrosés et leur dépression généralisée. Car franchement, tout cela n'est même pas drôle. Mais malgré leurs velléités alternatives, le Klub des Loosers incarnent bien plus qu'ils ne le croient l'inconstance caractérisée d'un genre pourtant noble, mais maintes fois vulgarisé.

 

Oui, je sais, c'est probablement compliqué voire malhonnête de descendre le Klub des Loosers quand on a un peu défendu Orelsan (plus que son dernier album pourri et victorisé). Mais puisque le paradoxe ou la mauvaise foi ne nous font pas peur, on va quand même s'y risquer.

Les instrus en elles-mêmes ne sont pas forcément critiquables. Detect se serait contenté des scratchs. Se pose alors la question de ce qu'il est réellement venu foutre là, les instrus étant visiblement le fruit des travaux du Fuzati. Reconnaissons qu'ils ont toujours su bien choisir les samples. Surtout quand ils creusent dans le côté jazzy nonchalant, le rock 60's et les captures d'harmonies vocales vintage. Le problème reste et restera le flow de cet autiste (même pas Asperger) de Fuzati. Malgré les possibilités infinies du studio pour faire d'un rappeur brouillon un MC métronomique, celui qui se nomme dans son semblant de vraie vie Romain Goehrs ne parvient jamais à réellement se caler sur l'instru, s'essouffle et se noie souvent dans sa bile verbale. 

Le "Jazz rap" est particulièrement à la mode en ce moment, grâce à toute la clique qui tournoie autour de 1995. Le retour aux sources devient alors un véritable renouveau du Hip-hop français. Mais c'est agaçant de voir le rap hexagonal stagner, quand les différents pôles internationaux prennent des risques et instaurent de nouveaux styles. Le Hip-hop français s'avoue vaincu trop vite et engendre un handicap auditif ne sachant plus distinguer la pop dissimulée sous une casquette. L'idée du masque excite tout fan de MF DOOM et une utilisation non justifiée chez Orelsan et Fuzati résulte d'un hommage raté. Pourtant prononcé pour l'abstract depuis la circoncision, le Klub des Loosers se fait figure de proue du rap alternatif, prétendant avoir une véritable plume poétique, que tout les magazines faussement indépendants ne cesseront d'acclamer en comparant les névroses du rappeur à celles d'un Baudelaire contemporain. Heureusement, Fuzati s'éloigne de justesse du titre de Eminem français et de son pathétisme prétentieux. Mais le second degré, qui tenait à l'écart l'homme masqué de cette comparaison, est toujours en avis de recherche.

 

"Je suis vivant" entonne-t-il dès les premières mesures. En voilà une bonne nouvelle...

Outre l'alcoolisme solitaire, le désoeuvrement bureaunier et la misère sexuelle, Fuzati propose cette fois-ci comme thème central l'absence de sens de la parentalité et de la procréation dans notre monde moderne. On lui donnera volontiers des circonstances atténuantes. Il n'est lui-même victime que du patrimoine névrotique transmis par ses glorieux géniteurs, qui lui auraient fait le plus beau des cadeaux en le noyant à la naissance. Il aurait voulu avoir les tatouages et les pectoraux de Booba, mais ressemble plus que probablement à un joueur de Warcraft. Il se rêve aujourd'hui en ténor des bukkakes au milieu de milfs pas dégueues mais continue surtout à se faire des orphelins devant son pc. Que ceux qui veulent son ADN lui demandent simplement un mouchoir. Alors oui, accordons-lui que sur l'Animal, Non-Père ou La fin de l'espèce, il vise parfois plutôt juste (les instrus lentes servent bien sa technique anémique) et hisse sa plume à son meilleur niveau.

 

"Je suis revenu pour allumer la flamme du baiseur inconnu. Elle dit qu'elle n'est qu'humanité, moi je me fous de son curriculum. Pour elle je ne serais ni le premier ni le dernier des hommes. Nous sommes de la mauvaise viande, difficile d'être tendres."

"J'ai des rêves d'épidémies et des vaccins en petit nombre. Vous n'êtes pas des lumières et le futur s'annonce très sombre.".

Rendons au loser ce qui lui appartient, même si comme dans le rap français originel, les "punchlines", même réussies, ne masquent que trop peu souvent le vide abyssal qui emplit l'ensemble de la thèse. On nous livre un énième "Horrocore" mondain venant satisfaire une population cultivée, assujettie par ses propres références, telle que sa soumission à la pensée de Stig Dagerman, alors que peu d'adorateurs ont eu la décence de ce dernier, qui est d'appliquer par la pratique, la théorie si convoitée du suicide. Être pris en pitié est un moyen d'obtenir la fameuse gloire posthume encore vivant, en trônant l'égo par le désespoir vécu jugé si fascinant. « C'était mieux avant » proclament les croque-morts du Hip-hop, qui effritent encore avec fourberie leurs mégots sur des tombes sans cadavres. Ce qui est véritablement à gerber, c'est le fond de bons sentiments des paroles du Klub des Loosers qui sera le plus médaillé des associations féministes. Mais vous comprenez, personne n'osera remettre en cause la sincérité de lyrics bourrées de lieux communs sur la souffrance. Et quand le Hip-hop d'hier anticipait le Hip-hop de demain, Mac Tyer de Tandem lui adressait cette phase : "Imagine, que chaque jour ma haine j'évacue, car la vie dont j'ai rêvée n'a pas été celle que j'ai vécue". 

 

Alors oui, à l'heure du triomphe de Bref et de l'apologie des trentenaires loosers, ça fera probablement sourire ceux qui le voyaient déjà depuis longtemps comme un prophète Houellebecqien. L'album ravira les fans de Cœur de Pirate et le ton vaguement polémiste, ne fera, lui, grincer les dents que des seuls supporters de Christine Boutin. 

On aura compris que Fuzati et son pote militent pour la ligature systématique des trompes et pour l'euthanasie active. S'ils font des petits, pas la peine de nous en mettre un de côté. Car finalement, Fuzati dit à peu près les même choses que Orelsan et commet la même erreur quand il pense que ça a un intérêt de mettre ça en musique. Il se prend en plus au sérieux et croit poser de vrais questions. Tout paraît plus beau quand on s'enivre dans le noir ? C'est bon mec, tu peux virer ton masque.

 

http://www.ladetentegenerale.com/onestpasbienla/wp-content/uploads/2012/03/Klub-des-loosers-La-fin-de-lesp%C3%A8ce-400x400.jpg

 

par Ed Loxapac et Pneu Rouillé

Partager cet article

Published by Chroniques électroniques - dans disque
commenter cet article

commentaires

Harry 04/10/2012 21:20

Je crois qu'il est impossible que l'auteur de cet article ai écouté profondément La fin de l'espèce. Compare "Vieille branche" avec n'importe quelle chanson d'Orelsan que tu as l'air de trouver
tellement mieux. C'est un putain de chef-d'oeuvre. Et pour le comprendre, t'as besoin de connaître l'esprit du Klub des loosers. Ta critique est bien facile.

Pedro 01/10/2012 15:57

Un article de baltringue, écrit par et pour des baltringue : je kiffe !

Par contre écrire que Fuzati dis la même chose que Orelsan...
C'est aussi aberrant que dire que tu a été conçu par amour et non pas un soir où ton père, trop alcoolisé, a oublié de mettre une capote.

Des bisoux !!!

Jean 20/07/2012 21:40

Bonjour,
j'aimerais réagir à cette chronique en particulier; cela, si possible, sans que l'on me fasse le reproche de ne pas lire les chroniques positives qui traitent d'album de meilleure qualité.
Pour moi il n'y a pas de critères objectifs et certains qui font qu'un album est bon ou mauvais : les jugements esthétiques sont purement subjectifs... Je comprends donc que vous puissiez ne pas
aimer cet album. Cependant, vous exposez vos jugements comme des vérités, ce qui occasionne parfois des contradictions dans vos propos. Par exemple, vous dites que Fuzati a un "mauvais" flow,
pourquoi? A quels critères absolus vous référez-vous pour juger qu'un flow est bon ou mauvais? Vous dites que n'importe quel rappeur peut avoir un flow métronomique, alors n'est-ce pas justement
plus intéressant et innovant d'avoir un flow qui dérange, qui trébuche, qui n'est pas épuré à l'extrême?
""Je suis vivant" entonne-t-il dès les premières mesures. En voilà une bonne nouvelle..." Votre sarcasme semble porter sur le fait que c'est une trivialité d'affirmer son existence. Toutefois, vous
omettez de préciser que le premier album se finit par le suicide par pendaison de Fuzati : cette phrase fait donc la transition entre les deux albums, ce qui me semble bien moins trivial... Mais
peut-être n'avez-vous pas compris le projet de création d'un personnage sur le long terme, d'où l'utilisation d'un masque (il parait donc difficile de prendre ce voilement d'identité uniquement
pour un hommage).
Ensuite, vous ne dîtes pratiquement rien sur la créativité linguistique de Fuzati. "Je mange peu, nourrit l'espoir que quelqu’un m'attende quelque part". Ce que je trouve remarquable dans cette
phrase c'est la transition presque immédiate d'un plan physique (je mange peu) à un plan métaphorique (nourrit l'espoir... personnification). Cela, grâce au réemploi d'une expression tout à fait
courante, ce qui a pour effet de provoquer un flou entre réel et fiction. Un autre exemple, dans un moment où Fuzati mélange naissance et mort, il lâche cette première phrase ( peut-être un peu
banal): "ton premier trou tu l'appelleras maman le dernier tu n'le verras pas", puis enchaîne un peu après : "chaque vie a son terme comme chaque lit a une tâche de sperme." Cette deuxième phrase
me suffirait pour acheter l'album tellement le parallélisme linguistique (notamment du point de vue des sonorité) parvient à rassembler de manière très forte la naissance et la mort, pourtant si
contradictoire...
Pour lancer un dernière argument plus osé, je dirais que si vous n'avez pas appréciez cet album c'est justement parce qu’il dérange et détonne tant par son contenu que par sa musicalité. Fuzati
s'est confronté à l'immanence pure ou si vous préférez au sentiment d'absurde, au réel dénué des rassurantes interprétations symboliques... C'est pourquoi je ne vous suis absolument pas sur "le
fond de bon sentiment des paroles du kdl". Au contraire, Fuzati fournit une voix bien différentes de l'idéologie dominante...
Bien à vous,
Jean

CeZz 24/06/2012 11:48

Critique Décevante, pleine de fausses infos, d'abord comme dit dans les commentaires précédents le Klub des Loosers est antérieur au Klub des 7. De plus, dire que Fuzati fait pareil qu'Orelsan
c'est non fondé, c'est plutot orelsan qui fait du plagiat perpétuel sur KDL, il a seulement su créer le buzz. En tout cas je suis désolé, normalement vos critiques sont bien mieux fondées. je
comprends qu'on puisse pas aimer cet album, mais la critique ne devrait pas etre aussi subjective dans ce cas.
Pour moi personnellement, cet achat est un des meilleurs de cette année

Valérian Le Floch 21/06/2012 19:55

" Par contre, personne n'est là pour acquieser quand on chronique avec passion un bon album. "

Vous avez des gouts d'merde quesque tu veut !