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9 novembre 2010 2 09 /11 /novembre /2010 16:46

Date : 7 novembre 2010

Lieu : Maschinenfest, Turbinenhalle (Oberhausen)

 

Après trois jours d'errance dans les rues sinistres d'Oberhausen et de déflagrations soniques reçues au Maschinenfest, Nicolas Chevreux, boss du label Ad Noiseam, acceptait enfin de répondre favorablement à notre demande d'interview. Il demande à Manolito, quart féminin de Chroniques électroniques, si ce sera long. "Nan, pas plus d'un quart d'heure", lui répondit-elle. La diplomatie et le sens de la nuance de notre benjamine me laisse encore envieux à l'heure où j'écris ces lignes. Nicolas nous accordera en réalité plus d'une heure d'entretien. On se dirige backstage pour être plus tranquille. Là bas, Niveau Zero traîne son sourire reptilien tandis que Yann Faussurier (Izsoloscope) se restaure en compagnie d'une charmante amazone plus emo que cyberpunk.

 

Nicolas, peux-tu revenir tout d'abord sur ton parcours avant Ad Noiseam, et ce qui a motivé la création du label en Allemagne ?

Au début, j'ai débarqué dans le milieu de la musique dans les années 1990, avec une émission de radio que j'ai animé de 1995 à 1999 à Grenoble où j'étudiais. Ensuite, en 1998, j'ai créé un webzine que j'ai tenu jusqu'en 2002. Tout s'est toujours fait par étape. Je recevais plein de disques et de démos. j'ai eu un jour l'envie de publier une compilation avec des artistes pas encore très connus mais dont la musique me plaisait. C'était sans aucune ambition mais ça a plutôt bien marché. Jamais j'aurais pensé que, par la suite, je dirigerai un label dont le catalogue contiendrait plus de 130 disques. C'est donc rapidement devenu une activité à temps plein. Pour ce qui est de mon arrivée en Allemagne, ça n'a pas grand chose à voir avec la musique. J'avais étudié en France avant de bouger aux Etats-Unis. Ma copine était Allemande. Elle a voulu rentrer, je l'ai suivi et on s'est installé.

 

Malgré tout, y avait sans doute à l'époque un auditoire plus large en Allemagne pour ce genre de sons ?

C'est sans doute vrai avec le recul, mais j'en n'avais pas du tout conscience à ce moment là. En fait, Ad Noiseam a vu le jour après mon arrivée à Berlin. C'est vrai que si j'avais déménagé ailleurs, le label n'aurait peut-être pas eu le même succès ou n'aurait même peut-être jamais existé.

 

En France ça aurait peut-être marché autrement ?

C'est vrai que je vends aujourd'hui plus de disques en France qu'au départ. Je dirais même que c'est un pays où je vends pas mal, contrairement à l'Italie et l'Espagne où c'est le néant. Sans même parler de l'Afrique ou l'Amérique du Sud. Je ne dirais pas que Ad Noiseam est connu en France, contrairement aux artistes français signés sur le label qui eux, le sont. Je vends pas mal de disques en Europe de l'Est aussi mais c'est assez nouveau. Avant, c'était des pays où les gens n'avaient vraiment pas de thunes. A ce niveau là, Paypal et Internet ont remis les pendules à l'heure. C'est surtout en Russie, en Pologne, en Hongrie ou en Roumanie que ça marche bien. Les pays où il existe une scène électronique, même émergente.

 

Comment tu juges aujourd'hui l'évolution des musiques électroniques underground ?

Je dirais que ça bosse pas mal, que des choses intéressantes s'y font même si le terme underground ne m'apparaît plus adapté. Plus particulièrement pour le breakcore, l'EBM ou le power noise qui sont des scènes qui ont explosé il y a déjà un bon moment. C'est l'explosion du dubstep il y a cinq ans en Angleterre qui a réellement changé la donne. Mais ça c'est pareil, ça n'a plus rien d'underground aujourd'hui. Quand tu vois qu'un des membres de Skream a posé avec le Prince Harry... Clairement, y a pas eu de courant depuis trois ou quatre ans qui peut se réclamer de l'underground et qui m'a mis sur le cul.

 

Peut-être que dans les sphères plus expérimentales, y a un carcan autistique qui n'a pas encore sauté ?

Oui c'est vrai. Y a aussi une certaine complaisance dans certaines micro-scènes à ne pas trop aller entendre ce qui se passe autour. Y a eu l'explosion du power noise il y a 12 ou 13 ans, du breakcore il y a 7 ou 8 ans. Mais clairement, une nouvelle explosion underground, je ne vois pas, là maintenant, d'où ça pourrait venir.

 

Après, sur le terme "underground", je l'employais moins par rapport à l'aspect commercial ou visible, mais plus en terme d'état d'esprit ou même par rapport aux modes de "consommation" de la musique. On ne peut vraiment pas comparer les récents "travaux" de Rusko ou de Skream avec ceux de Matta ou de Hecq (sortis dur Ad Noiseam). Peut-être que c'est lié à l'âge aussi, les jeunes se prennent des caries en écoutant des sucreries putassières tandis que les auditeurs de Hecq sont plus des trentenaires qui ont une approche différente de la musique.

Pas sûr, pas forcément. Après, sur le côté commercial, c'est sûr qu'à la Fnac, tu vas trouver beaucoup de merde comme le dernier Rusko. D'ailleurs on peut le dire, Rusko c'est de la merde. Mais c'est tellement moins de la merde que Magnetic Man et tout un tas d'autres trucs.

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Comme quand t'écoutes la musique de Major Lazer ou de Diplo, on peut même dire qu'on est dans la vulgarisation pure et simple...

Oui c'est clair. Mais tu sais, c'est aussi valable pour la drum & bass. Moi j'ai choisi de sortir DJ Hidden et pas... des trucs que je ne citerai pas.

 

L'année dernière, le label grec Spectraliquid a fermé ses portes. Cette année, on dit que Jarring Effects est en grande difficulté. Qu'en est-il de Ad Noiseam ?

Pour Jarring Effects je sais pas, je ne pense pas qu'on puisse dire ça. Je les connais bien, je suis allé au lycée avec deux des mecs qui sont à la base du truc. C'est des mecs supers qui font un boulot énorme. je pense qu'ils vont s'en sortir. Parce que comme Ad Noiseam ou Ant-Zen, Jarring Effects a une vraie histoire et un catalogue très important. C'est sûr que si on avait commencé il y a deux ans ou aujourd'hui, ça aurait pas été la même histoire. C'est à ces difficultés là que se sont heurtés les gens de Spectraliquid. Pour ce qui est d'Ad Noiseam, cette année ça va plutôt bien, mais en 2008 et 2009 c'était l'horreur.

De toute façon, dans la musique underground, tu vends surtout du son à des gens qui n'ont pas de thunes, des gens qui vivent avec le RSA où l'équivalent allemand, qui ont des petits boulots. Y avait aussi les gens qui dépensaient 50 à 100 euros par mois dans la musique et qui, depuis la crise et la perte de leur job, n'achètent plus que trois ou quatre albums dans l'année. On a été vraiment victimes de la crise. De trucs financiers qui nous dépassent complètement. Si t'ajoutes à ça l'explosion du mp3, du piratage et de l'extrême multiplication des sorties, le constat est clair : ça devient très dur parce que les gens n'achètent plus de disques.

 

Il y a aussi tout un jeune public qui n'a pas été éduqué, qui ne ressent plus le besoin de se déplacer chez les disquaires pour palper et sentir les disques.

N : Ouais il y a de ça. Moi je préfère les formats physiques, surtout le vinyle, mais je vends aussi du mp3 dont les recettes profitent également au label et aux artistes. Le vrai problème avec le jeune public d'Europe occidentale, c'est qu'il s'est pris en pleine gueule la musique en tant que produit dérivé du merchandising. Que les jeunes privilégient le mp3 c'est pas le problème en fait. Mais maintenant on constate que les jeunes privilégient le style de vie qui va avec, que la musique en tant que telle. Pourquoi Ed Banger est devenu si gros ? C'est sûrement pas parce que leur musique est bonne. C'est surtout parce qu'ils ont réussi à vendre de l'image, une mode et ses produits dérivés.

C'est marrant parce que je me suis retrouvé à faire du merchandising une fois, dans mon magasin (Dense Berlin). On avait organisé un concert de Justice. Tous les jeunes fluos qui étaient là n'en avaient rien à foutre des disques. Pourtant j'en avais plein à leur vendre. Ils ne voulaient que les pin's et les T-shirts. C'est surtout un problème de curiosité envers la musique. Maintenant ce que veulent les gens c'est la sonnerie de Justice sur leur téléphone, des clips surdiffusés et une licence globale de distribution de la musique. C'est le contraire en Europe de l'Est car toute cette profusion n'existait pas là bas il y a pas encore si longtemps. Ils sont plus curieux et ont un rapport plus artistique à la musique. Là où le côté "marque" prend le dessus sur l'artistique, il y a un fléchissement des ventes. Bien sûr tu vas me dire qu'Ad noiseam est une marque aussi, mais j'ai jamais vendu d'autocollants de ma vie. Je dis pas que ça n'arrivera jamais, mais ça me ferait chier.

 

Comment tu justifies l'importante orientation dubstep sur le label cette année ?

Vu qu'Ad noiseam est mon label, que j'ai construit tout seul et que j'y fais tout, l'orientation se fait essentiellement en fonction de mes goûts. J'écoute chaque projet au moins 100 fois avant de le sortir. Même si je sais que ça peut bien se vendre mais que je m'emmerde, que ça ne me plaît pas, je ne le sors pas. Oui c'est plus dubstep parce que, je répète, je trouve que c'est ce qu'il y a de plus intéressant, de plus innovant en ce moment. Mais si dans un an je reçois des trucs aussi intéressants que Subheim, je les sortirai sans problèmes. Après, il ne faut pas que ça paraisse plus capitaliste que ça ne l'est ce que je vais dire... mais je pense qu'actuellement, il est plus facile de vendre du dubstep qu'autre chose. A qualité égale, je préfère vendre du dubstep qu'un bon truc plus expérimental mais qui pourrait me foutre à terre financièrement. J'ai un loyer à payer. En même temps, je n'ai jamais sorti de disques de Rusko, ce qui prouve que l'aspect commercial n'est pas si prépondérant que ça. Sinon, on serait pas là à en parler. Je me taperais des montagnes de coke à Hollywood.

 

Hors ADN, est-ce que tu peux citer quatre ou cinq disques qui t'ont plu cette année ?

Ouais même si je trouve que 2010 n'est pour l'instant pas une année exceptionnelle. Il y a eu un très bon album de Lorn, Nothing Else sur Brainfeeder. Celui-là je l'ai vraiment aimé. Dans un registre très différent, j'ai beaucoup aimé l'album black metal de Celeste, Ame Morte. C'est un groupe français et c'est carrément bien. Le Vex'd est très très bien aussi. Il y a aussi un label belge qui a ressorti des tiroirs un vieil album de Jean-Jacques Perrey. Donc tu vois, ça passe du black metal au moog... le chanteur de Third Eye Foundation, Matt Elliott , fait aussi des trucs géniaux en solo. Voilà, ça, ça fait vraiment partie des disques que j'emmènerais sur une île déserte. Cette année, j'attends encore le truc qui va me mettre une grosse claque. Par contre, il y a des trucs qui m'ont vraiment fait chier, plus particulièrement les derniers Flying Lotus et PVT. Pour le dernier, j'ai halluciné, je croyais même m'être trompé de disques. C'est quand même une sale année pour Warp.

 

Et justement, y a pas un artiste ou un groupe que tu rêverais de signer ?

Si les Beastie Boys m'envoyaient une démo, je crois qu'on pourrait s'entendre. J'ai eu la chance de bosser avec des gens que j'avais beaucoup idolâtré, comme Dälek ou Black Lung. Ah oui, et puis j'aimerais bien sortir un album de Lustmord un jour.

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Est-ce que tu peux nous dire quelques mots sur les quatre albums qui sortent ces jours-ci ?

D'abord il y a l'album du français Igorrr, du baroquecore avec des influences de musiques de 17e siècle, des voix d'opéras, des voix metal, c'est extrêmement cassé comme truc. Je m'entends parler et je me dis que ça ne doit pas donner du tout envie. Mais c'est très bon comme truc, le mec est ingénieur du son, c'est super ludique. Il y a l'album de Subheim, projet grec récemment installé à Londres. Electronique mais très orchestral, organique et très acoustique avec beaucoup de chants féminins aussi. C'est un peu pour moi la suite logique de l'album des Killimanjaro Darkjazz Ensemble que j'avais sorti l'année dernière, en plus lourd et moins trip-hop.

L'album de Black Lung, un mec qui fait de la musique depuis plus de 20 ans et qui vie dans le désert en Australie. C'est de l'electronica, industrielle avec un côté techno et un aspect western. C'est très ludique aussi. Y a plein de photos de chaire morte pour ceux que ça branche. C'est un ovni intemporel cet album là. Et pour finir, y a le disque de Matta, c'est pas vraiment un album, ça compile les deux vinyles déjà sortis, le remix de Hecq et trois inédits.

 

Dernière question, peux tu nous dire ce que représente pour toi le Maschinenfest, artistiquement et économiquement ?

Socialement tout d'abord, je trouve qu'il y règne une ambiance conviviale et familiale. Les gens ici sont vraiment gentils. Musicalement, je n'aime pas tout, comme tout ce qui est noise dont je suis maintenant un peu revenu. Cela me donne aussi l'occasion de donner un coup de projecteur sur des artistes signés chez moi, comme Matta, Subheim et Niveau Zero. Economiquement, faut le reconnaître, je me fais du blé. Les gens ici sont super ouverts. Même si c'est des puristes de l'Indus, tu leur balances du Matta et ils achètent tous les disques que j'ai en stock. C'est marrant car ils pensent tous que Matta ou DJ Hidden font du breakcore, comme un peu tout ce qui sort pour eux de l'éternel format 4X4.

 

Il est désormais temps pour Nicolas de rejoindre sa copine, seule face aux hordes de gothiques et de soldats de l'Indus qui veulent acheter l'album de Niveau Zero. Remercions-le encore du précieux temps qu'il nous a offert, en toute gentillesse et en toute humilité.

 

propos recueillis par Ed Loxapac et Manolito

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Published by Chroniques électroniques - dans Interview
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commentaires

Barnabé 26/09/2012 18:40

Ha oui j'oubliais de préciser que je n'ai pas de caries malgré mon jeune âge hehehe, en effet tout les jeunes n'écoutent pas de la merde! Je préfere largement Hecq et Matta à Rusko et Skream!
Surtout apres avoir découvert que Rusko et Cypress Hill ont sorti un album ensemble!

Barnabé 26/09/2012 18:34

Bonjour, je suis en train de lire tout vos interview car j'en ignorais l'existence jusqu'à présent. Mais celui-ci m'interpelle sur un seul point : à la question 4 Nicolas semble affirmer que Skream
reposerait sur les épaules de plusieurs individus. Il est certainement beaucoup plus calé que moi en la matière mais il me semble que Skream compose seul. Qu'en est-il vraiment? Je me permet de
douter sous la peine de me faire traiter d'inculte! Je vous souhaite une bonne journée (ou soirée bien sur)