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17 septembre 2012 1 17 /09 /septembre /2012 16:36

Sortie : août 2012

Label : Koen Music

Genre : Noise, Abstract, Experimental

Note : 8/10

 

Propriétaire et tête pensante des labels Home Normal, Nomadic Kids Republic et Tokyo Droning, Ian Hawgood trouve aussi du temps pour composer sa propre musique. Les fins observateurs auront remarqué ses collaborations avec Bvdub, ses albums Wolfskin (première release du label Hibernate) et Snow Roads, ainsi que la collection de remixes de qualité supérieure Slow Films in Low Light. Si j'observe pour ma part avec la plus grande attention les sorties estampillées Home Normal, les déjà innombrables écoutes du merveilleux Sparks de la troupe Black Elk (ici) continuent de me donner des insomnies. Les multiples occupations du britannique installé au japon, contrastent avec son intriguant besoin de sommeil. On s'étonne donc, même avec grand plaisir, de le voir créer un nouveau label. Koen Music avait déjà accouché du Sparks cité plus haut. Evoquons donc aujourd'hui The Shattered Light, qui entama cette énième nouvelle direction. Car la force, l'originalité du projet et l'artwork qui l'accompagne, hissent déjà Koen Music comme une maison dont on attend énormément dans les mois à venir.

 

Si Ian Hawgood a toujours fait du son pour lui, dans un souci de toujours se renouveler, même sans jamais se soucier de ce qu'on en penserait, ou de comment l'auditeur tenterait d'analyser sa musique. C'est sans doute encore plus vrai pour The Shattered Light. La musique est parfois un irrésistible appel. Un défouloir salvateur et nécessaire pour ne pas céder à l'angoisse. Ou pour que la création s'élève comme une alternative à la procrastination. A tout ce qui échappe et nous dépasse aussi.

On parle souvent du processus de gestation long de certains albums, souvent pour ne rien en dire. The Shattered Light a mis quatre ans à apparaître dans une version publiable. Et c'est un évènement dramatique qui lui permit de voir le jour. Quand le britannique apprit le décès soudain de son père. Cet album est le fruit d'innombrables heures d'enregistrement, armé de deux de ses six cordes (une Fender Jazzmaster japonaise et une American Tele), de son tape recorder favori, d'une pédale de distorsion, d'amplis féroces et de tout ce qui lui tombait sous la main. 

D'où ce besoin de se créer un espace propre et sécurisé, isolé du tumulte extérieur. Pour se concentrer sur cette avalanche de sentiments, qui submergent les heures sombres où les vestiges de l'enfance s'envolent. Je ne sais plus qui a dit qu'on ne devient réellement adulte que lorsque on a perdu ses parents. C'est pas complètement con, surtout si on sort un instant des postures aisées de l'enfance tortueuse et des classiques conflits oedipiens. On se prend alors à ne rien vouloir oublier, de l'odeur unique de l'aftershave, aux éventuelles heures où papa bonheur portait ses lourdes chevalières. Le premier souvenir côtoie alors celui où on apprit qu'un jour la faucheuse nous emporterait aussi. L'imposante et inéluctable responsabilité qui incombe au fils, de devenir père à son tour. L'heure où les photos craquelées par le temps ne retranscriront plus les traits qu'on a bien voulu retenir. Il restera alors la quête de l'esprit paternel. Cette persévérance à maintenir la lumière de ce père plus ou moins sévère, persécuteur, permissif, perméable, pernicieux ou même hypermétrope. Pour qu'avec toute la nuance qu'il pouvait contenir, son simple souvenir s'élève comme un phare dans la nuit et son délire.

C'est tout cela qu'évoquent les moindres mesures de The Shattered Light. Car au delà des lignes de guitares ne réside plus que le vide. Comme la lente montée de tension exceptionnelle de My Mountain Empire, où les guitares évoquent surtout la saturation et la surcharge des sentiments d'angoisse, de manque et d'oppression. Là ou la colère tutoie et insulte l'incompréhension. Cette même collision d'énergie et de sensations maculera les excellents titres The Truant Heart et The Eternal Loss. Jusqu'à ce que les esquisses de Seas Of Silence ne révèlent les contours d'un certain apaisement, d'une paix relative et de certains aspects affectueux, qui éclateront en pleine lumière sur la magistral titre qui donne son nom à l'oeuvre. Il restera alors, cette neige parasitaire et magnétique, grésillant les schémas de la conscience et cette presque impression de communication avec l'au-delà (Where Shadows Never Fall).

 

Oeuvre abstraite, instrumentale et expérimentale difficile à "chroniquer", The Shattered Light a le don de donner la chair de poule sans jamais céder à un pathos éculé. Même si une fois encore, le matériel et le format d'écoute ne pourront qu'amplifier ou réduire certaines difficultés d'accès. L'expérience, dédale personnel et obsédant, mérite d'être vécue. Avec le risque que certains, même coutumiers du genre, ne restent définitivement sur le bord de la route. Nul n'est égal face à la lumière. Au nom du fils, et du père.

 

http://www.fluid-radio.co.uk/wp-content/uploads/2012/07/Cover4.jpg

par Ed Loxapac

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Published by Chroniques électroniques - dans disque
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commentaires

TechNono 18/09/2012 18:16

J'adore cet album! J'attends avec impatience le Sparks et deux autres albums de Home Normal.

Respect pour Mr Ian Hawgood et tout ce qu'il fait pour la musique :)