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3 août 2012 5 03 /08 /août /2012 01:30

Sortie : mai 2012

Label : Touch

Genre : Drone, Contemporain, Violoncelle

Note : 8/10

 

Le charme sauvage de l'islandaise n'a d'égal que son éternelle humilité. Celle dont le prénom est aussi difficile à écrire qu'à prononcer, est installée depuis quelques temps à Berlin, visiblement définitive capitale pour tout musicien qui se respecte. Même si elle est très loin d'officier dans des sphères mainstream, elle a donné un sévère coup de projecteur sur l'instrument qui lui est cher : le violoncelle. Véritable symbole du label Touch (avec Fennesz et quelques autres), son magnifique Without Sinking et sa miraculeuse collaboration avec Hauschka sur Sonic Pieces, font office d'indispensables pour bien des mélomanes avertis. Son Mount A, signé sous son pseudo Lost in Hildurness, est tout aussi recommandable (peut-être encore plus) même si il est moins souvent cité. Tout ce qu'elle touche se transforme en or. Même si tout le mérite lui en revient probablement, Hauschka fait aujourd'hui le bonheur du légendaire et inaccessible Deutsche Grammophon, référence classique si il en est. Quand on dit qu'elle a également collaboré avec des gens comme Ben Frost, Throbbing Gristle ou Pan Sonic, ça a tout de suite un impact un peu plus évocateur vis à vis de la virtuosité de la demoiselle. Leyfou Ljosinu (Allow The Light en anglais) est sorti il y a quelques semaines chez Touch, entraînant des réactions aussi vives que contrastées.

 

Enregistré dans les conditions du live au Centre de Recherche Musicale de l'Université de New-York, Leyfou Ljosinu est un album très particulier, mais qui se révélera comme tout sauf anecdotique avec le recul, dans la discographie de Hildur Guonadottir. Outre le fait que le GRM français (Groupe de Recherche Musicale) ai joué un rôle très important dans le projet, c'est avant tout les méthodes d'enregistrement qui ajoute tant de singularité à cet album. Pour d'autres, c'est ce qui déconcerte si j'en crois mes rares lectures sur la virtuelle toile. Quand on parle de méthode d'enregistrement, il faut surtout citer le matériel en question. Un couple de micros électro-statiques (Neumann U87) et un Soundfield ST450. Que des microphones qui coûtent la peau des couilles, et qui sont très difficiles à maîtriser pour ceux qui n'ont pas de réelles connaissances et de maîtrise de l'ingénierie sonore (à ce niveau là on peut même parler de science). Je vous épargnerais l'importance du placement et de la disposition des différents éléments pour profiter au maximum de cette luxueuse installation. Tout le monde sait que les lecteurs de Chroniques Electroniques n'ont strictement aucun intérêt pour le domaine technique.

Ceux qui ont eu la bonne idée de plonger les oreilles dans des titres tels que Light ou Reflection, savent que l'islandaise n'en est pas à son coup d'essai expérimental, et que s'approcher du drone ne lui a jamais fait peur. la démarche n'a pourtant jamais été aussi poussée. Après un Prelude dans la plus pure tradition Hildurienne (à pleurer donc), la fresque est là, ambivalente et ondulée, prête à transmettre son lot de mystères et d'émotions.

L'islandaise connait si bien son instrument qu'elle peut le laisser divaguer vers des trajectoires imprévues. Ce buste de bois qu'elle place entre ses jambes comme un torse masculin, semble même être un prolongement d'elle-même. On comprend vite lorsqu'elle caresse ce pelage de cordes, qu'elle a les armes pour le faire parler, gémir et hurler. Il est l'instrument de son génie, avec toute la noblesse que cela comporte.

La voix s'égraine, des paroles incompréhensibles, voilées, murmurées, mais qui semblent tant dire. Les notes sont amples, installent progressivement le canevas. Déjà, le travail autour de la spatialisation est remarquable. Ce grain, si spécifique aux objets Neumann, et ces mediums qui semblent si lointains, ajoutent à l'atmosphère une tonalité profonde, insondable et solennelle, digne d'un faux conclave en chapelle ardente. Les silences occupent peu mais bien l'espace. La voix se répercute contre des parois poreuses et millénaires. Puis, les notes se resserrent, le thème se gorge d'inquiétude transie. Ce qui se révélera comme une insoutenable attente propice à l'assise de la charge expérimentale (jusqu'à la 23ème minute) , prendra des allures de longueurs pour ceux qui entendent plus qu'ils n'écoutent. L'instrument de toute les attentions déploie sa plainte au milieu des voraces échos. Puis, et c'est là que toute la technique de l'islandaise est impressionnante, la caresse se fait plus violente et plus débridée. On pourrait croire qu'elle saisit ce tronc comme un stradivarius léger comme une feuille d'érable, pour lui arracher ses secrets les plus inavouables. Elle est seule mais l'impression que la scène compte dix concertistes est bluffante. Sans jamais céder à la cacophonie et à la surcharge, les six dernières minutes seront dantesques. Jusqu'à ce désarmant silence, qui rendra ce pavé musical si obsédant. Tout n'est plus qu'absence, avec toute la paix et la frustration conjuguées.

 

Ceux qui assistérent aux installations de Pimmon, Monolake et Hildur sous l'égide du GRM et de Présences Electronique avaient, pour certains d'entre eux, émis une certaine réserve voire de la déception. Il y a deux écoles dans ces cas là, ceux qui ne jurent que par l'immédiateté des albums en eux même, et ceux qui envisagent la musique (l'expérimentation surtout) dans sa configuration scénique. Il en est de même avec cet album. Déconcertant peut-être, mais tout sauf décevant. L'exigence est la panacée de ceux qui vivent la gueule dans le son. Un album à part donc, mais qui comptera. Hautement recommandé.

 

http://www.touchmusic.org.uk/images/585x/TO90.jpg

par Ed Loxapac

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Published by Chroniques électroniques - dans disque
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commentaires

Kulma 04/08/2012 14:31

Je me souviens de m'être bien fait chier au concert de Robert Henke aux présences électroniques : gros moyens techniques pour accoucher de pas grand chose de mémorable. démonstratif, théorique et
distant...aucune prise de risque et aucune émotion. nul.le vide, même spacialisé sur le matos du GRM, ça reste du vide. La comparaison avec la prestation terrible de Francisco Lopez l'année
précédente sur une installation audio à peu de chose près semblable, serait cruelle.
Pour Hildur, entièrement d'accord avec toi, dispositif minimal, pour un album charnel, intimiste et d'une grande intensité physique et émotionnelle. très beau et touchant.

ygjk 04/08/2012 03:56

Oui ! Découvert grave à vous d'ailleurs ! Gramercy est tout simplement pour moi l'une des plus belles surprises de la ère moitié de 2012. J'aime énormément ce qu'il ce passe depuis quelques années
dans ce "domaine", cette utilisation "intelligente" de l'électronique avec des musiciens venant du classique, poussant même parfois les expérimentations vraiment loin. Sans trop trop m'éloigner, ce
qu'a fait The Knife avec "Tomorrow, In a Year" reste et restera pour moi un chef-d'oeuvre.

ygjk 03/08/2012 21:21

Je vais me le commander ce soir, ça semble vraiment intéressant en tout cas.
Sinon, peut-être ne connaissez-vous pas une autre violoncelliste à la créativité impressionnante (à mon avis si, elle à une grosse réputation dans le modern-classic, elle intervient même dans des
salons technologiques), Zoe Keating (elle a un moment fais partie du groupe de Melora Creager, Rasputina, également extraordinaire). Elle utilise les looper comme personne.

Merci pour l'article, il donne envie d'en écouter plus, il fait donc bien son boulot !

Chroniques électroniques 04/08/2012 03:13



Merci pour la salutation et la recommandation. Je vais jeter une oreille à ce que fait cette Zoe Keating, car non je ne connaissais pas. Deux autres violoncellistes qui font des merveilles dans
des registres bien différents et que tu connais déjà peut-être : Richard Skelton et Frances Marie-Uitti.


A bientôt.