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16 juillet 2011 6 16 /07 /juillet /2011 15:01

Sortie : juin 2011

Label : Raumklang Music

Genre : Glitch, IDM, slightly Industrial 

Note : 8/10

 

Si en français la prononciation de son avatar produit une sorte de borborygme, en allemand, langue d'origine de Simon Schikora, Grauraum signifie "chambre grise". Celui qui compose par ailleurs sous le nom d'Hotaru Bay compte parmi les poulains de Raumklang Music, maison administrée par Dirk Geiger. On se souvient de son délicat Firefly Reject, perle parmi bien d'autres qui constituaient Snowflakes, la compilation du label (chroniquée ici). Son premier album, For The Stranted, était l'oeuvre de ce projet axé sur une IDM ciselée, tandis que Grauraum révèle des desseins plus noirs, lorgnant vers territoires consumés et industriels, dont Shades est l'illustration.

 

L'album semble baigner entre deux eaux, qui se brouillent et se confondent. Les balafres rythmiques, le caractère atomisé du beat et la puissance de ces basses qui sonnent comme des gongs expriment une fougue ténébreuse. Mais une dimension hautement introspective s'y mêle. Des nappes opaques forment des lambeaux de brume, dont les ombres trompeuses se jouent de nos sens. Tandis que flottent des sentiments désenchantés, graves et secrets, des aiguilles sifflantes crèvent l'atmosphère et la terre se gondole, faisant craquer sa pellicule d'airain, de tôle et d'acier. Les inspirations urbaines de Shades sont indéniables. Mais il s'agit d'une ville particulière, grise et assommante, sans être pourtant dénuée de poésie. De celles dans lesquelles on devient si négligeable que le repli sur soi-même est inexorable. Grauraum délivre des sensations de torpeur sombre, de frénésie illusoire, implacablement touchées par la grâce.

 

L'album s'enclenche en douceur, libérant de graciles volutes mélodiques au-dessus de parterres déjà électriques (Through The Childrens Eyes) puis mariant downtempo et ambient, porteur de signes avant-coureurs (I Say I Am Not). Passées les deux premières pistes, la charge est lancée. Si The Sleep Pt 2 (The Awakening) est majoritairement fait d'émanations troubles proches du dark ambient, sa dernière minute et demi vrille merveilleusement le crâne, à force de pulvérisations chimiques et de lourdes saccades. Vient alors le fantastique et âprement industriel Nearly Always Meaningless, terrassant de brisures mécaniques et magnifié par ces quelques goutes de piano, s'égrainant de temps à autres sur les crêtes du beat. Long de huit titres, dont deux remixs, Shades ne s'embarrasse pas de fioritures. L'essentiel est là, brut et sauvage, à l'image d'un voyage évolutif. Après le ravage coule une pluie salvatrice, qui lave les rues des nuées de cendres. Rarement un morceau n'a exprimé cette image avec autant de perfection que l'Apocalypse Walz Mix by Millipede de End Of Line, beau à pleurer. Une basse sourde tonne, le clapotis des gouttes sur l'asphalte semble tout proche, et la lumière perce la brume, éclatante et si triste. A mon sens, peu de remixs clôturant un album ne l'ont aussi bien complété. La relecture par LPF12 de The Sleep Pt 2 s'impose de loin comme la pièce la plus intrigante. C'est un bain acide de dark ambient long de plus de 17 minutes. Des résonances claustrophobiques imprègnent le moindre fluide. Des créatures à la fois bioniques et reptiliennes sifflent à nos oreilles, et lorsqu'un beat évanescent parvient à pénétrer la gangue de formol dans laquelle on est plongé, c'est pour se trouver aussitôt aspiré dans de funestes tourbillons.

 

Ecorché, presque lyrique, Shades est un album d'une force considérable. Ses contours indus, sa puissance émotionnelle, et l'usage du glitch comme instrument de la corrosion soumettent l'auditeur à une troublante expérience. A écouter seul, au casque.. en ville.

 

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par Manolito

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Published by Chroniques électroniques - dans disque
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commentaires

Unknown 16/07/2011 16:12


Je ne peux guère goûter pour le moment que ce "end of line" déjà très intéressant. Les larsens et résonances se posent justement sur une ligne rythmique claire. Trop claire en fait: Je regrette
personnellement la régularité des séquences beat, lesquelles reviennent par trois fois sur la même et exactement identique et prévisible séquence de 16 temps.
Il ne s'agit que de ce titre naturellement... Mais cela donne une image.
Cependant, l'ensemble du morceau et l'impression de mélancolie qui s'en dégage donne l'envie d'aller plus loin vers le disque dont il est issu. Dans les ambiances, leur simplicité et leur
franchise, ces sons me font penser à ce merveilleux Dither que j'aimais tant, dont les "Amek" et surtout "Urei" m'ont inspiré de beaux sentiments. Je me précipite donc vers le reste de ce
disque.
Merci Chroniques pour cette proposition.


Chroniques électroniques 17/07/2011 17:20



La régularité dont tu parles se retrouve dans l'album. Les beats sonnent souvent de façon foncièrement rugueuse, mais les pistes n'en appellent pas à des évolutions inédites ou fondamentalement
portées sur l'expérimental. De même que l'aspect indus reste tempéré. Mais tu vois juste, la mélancolie générale, la dimension évocatrice, ont quelque chose de vrai, qui sublime littéralement
l'ensemble. Et si je puis me permettre, la version de Millipede survole tous les (relatifs) travers de l'originale. La façon donc le beat - réduit à l'essentiel - s'enfle au environs de la moitié
à de quoi abasourdir même la brute la plus insensible. Mais tu devrais y goûter par toi-même de toute façon..